END 427 END
Drucker observe que Tatien ne dit point j aveuglé leurs yeux et endurci leuf que la matière a été créée , mais qu'elle ' cœur, afin qu'ils ne fussent pas cona été engendrée , poussée dehors ou | vertis. Saint Paul conclut , Rom., c. 9, produite , que tel est le sens des termes j f. 18, que Dieu a pitié de qui il veut, grecs. Il a dû savoir que les Grecs , non j et endurcit qui il lui plaît. plus que les autres peuples, n'ont point j Fondé sur ces divers passages , saint eu de terme sacré pour exprimer la j Augustin soutient , contre les pélagiens, création prise en rigueur, et qu'ils ont \ que 1' 'endurcissement des pécheurs est
été forcés de se servir des termes usités dans leur langue.
Tatien dit qu'avant la naissance du monde , le Verbe étoit en Dieu , et qu'il étoitle commencement de toutes choses:
donc il n'a point eu lui-même de commencement ; c'est pour cela qu'il a été engendré par communication , et non par séparation. Il dit que tous les autres êtres n'étoient en Dieu et dans le Verbe que par sa puissance intelligente : donc
un acte positif de la puissance de Dieu. Lorsque Julien lui répond que les pécheurs ont été abandonnés à eux-mêmes par la patience divine, et non poussés au péché par sa puissance, saint Augustin persiste à soutenir qu'il y a eu un acte de patience et un acte de puissance , Contra Julian., 1. 5 , c. 5, n. 15 : c. 4,n. 15. S'il y a, disent les incrédules, un blasphème horrible, c'est d'enseigner que Dieu est la cause du péché ; telle est ils n'y étoient pas en substance, comme | cependant la doctrine de Moïse, des le Verbe étoit en Dieu : donc ils n'ont j prophètes, de l'Evangile , de saint Paul, pas pu sortir par émanation comme le j des Pères de l'Eglise : il n'y manque Verbe est émané de Dieu. Suivant les j rien pour être un article de foi du chrisparoles de Tatien , la production de ces êtres est un acîe de puissance , la génération du Verbe est par nécessité de nature; ces êtres ont eu un commencement , le Verbe n'en a point eu : donc leur commencement est une création, et non une émanation. Si dans la suite Tatien admit les éons des valenliniens , et leur émanation, il avoit changé de doctrine. C'est bien assez de lui attribuer les erreurs dont les Pères l'ont chargé , sans lui en imputer encore d'autres que les anciens ne lui ont jamais reprochées. Voyez Création, Philosophie, Tatien, etc.
ENDURCISSEMENT. On peut citer un grand nombre de passages de l'Ecriture sainte dans lesquels il est dit que Dieu endurcit les pécheurs. Exod., c. 10, f, 1, Dieu dit : « J'ai endurci le cœur de » Pharaon et des Egyptiens , afin de » faire des miracles sur eux , et d'apt> prendre aux Israélites que je suis le ■» Seigneur. » Nous lisons dans Isaïe, c. 33, f. 17 : « Vous avez endurci notre » cœur, afin de nous ôter la crainte de » vos châtiments. » Dans l'Evangile de
saint Jean , c. 12 , f. 40 , il est dit que les Juifs ne pouvoientpas croire, parce que , selon la parole d'Isaïe , Dieu avoit
lianisme, comme l'a soutenu Calvin. C'est à nous de démontrer le con-
| traire : 1° dans plusieurs autres endroits , l'Ecriture enseigne que Dieu ne veut point le péché, Ps. 3, j^. 5; qu'il le déteste, Ps. 44, f. 8; qu'il est la justice même, et qu'il n'y a point en lui d'iniquité , Ps. 91 , y. 16 ; qu'il n'a com-
| mandé à personne de mal faire , n'a donné lieu de pécher à personne, ne veut point augmenter le nombre de ses enfants impies et pervers. Eccli., c. 15, f. 21 , etc. Le sens équivoque du mot endurcir, peut-il obscurcir des passages aussi clairs?
2° Moïse répète plusieurs fois que Pharaon lui-même endurcit son propre cœur. Exod., c. 7, f. 23 ; c. 8, f. 15. Jérémie reproche le même crime aux Israélites, c. 5, f, 5; c. 7, f. 26, etc. Moïse les exhorte à ne plus faire de même. Deut., c. 40 , f. 16 ; c. 15 , f. 7. David , Ps. 94 , f. 8 ; Fauteur des Paralipomènes,l. 2, c. 50,^< 8; saint Paul, Ileb., c. 3, jL 8 et 15 ; c. 4, f. 7 , font la même leçon à tous les pécheurs; elle seroit absurde, si Dieu lui-même étoit l'auteur de V endurci s sèment.
5° C'est le propre , non-seulement de l'hébreu, mais de toutes les langues.
END
END
d'exprimer comme cause ce qui n'est qu'occasion. On dit d'un homme qui déplaît, qu'il donne de l'humeur, qu'il fait enrager ; d'un père trop indulgent , qu'il pervertit et perd ses enfants ; d'une femme aimable, qu'elle rend un homme fou , etc. ; souvent c'est contre leur intention; ils n'en sont donc pas la cause, mais seulement l'occasion. De même, les miracles de Moïse et les plaies de FEgypIc, étoient l'occasion et non la cause de Y endurci s sèment de Pharaon; la patience de Dieu produit souvent le même effet sur les pécheurs ; Dieu le prévoit , le prédit , le leur reproche ; ce n'est donc pas lui qui en est la cause directe. Il pourroit l'empêcher , sans doute; mais l'excès de leur malice n'est pas un titre pour engager Dieu à leur donner des grâces plus fortes et plus abondantes. Il les laisse donc s'endurcir, il ne les en empêche point; c'est tout ce que signifie le terme endurcir.
Quand il est question de crimes , de fléaux , de malheurs , le peuple se console en disant : Dieu Va voulu , celte façon de parler populaire signifie seulement que Dieu l'a permis, ne l'a pas empêché.
4° Loin de réfuter cette réponse, saint Augustin l'a donnée et répétée dix fois. Il dit que Pharaon s'endurcit luimême, et que la patience de Dieu en fut l'occasion ; Mb. de Grat. et lib.
Arb., n. 45 ; Lib. 83 , quœst. q. 1 8 et 24 ; Serm. 57, n. 8, in-Ps. iOi, n. 17.
a Dieu, dit-il, endurcit, non en don- » nant de la malice au pécheur, mais d en ne lui faisant pas miséricorde, » Epist. 194 ad Sixtum, c. 3, n. 1. Ce •o n'est donc pas qu'il lui donne ce qui » le rend plus méchant, mais c'est qu'il ï ne lui donne pas ce qui le rendroit t> meilleur, Lib. 1. ad Simplic, q. 2, n. » 15'; c'est-à-dire une grâce aussi forte » qu'il la faudroit pour vaincre son obt> stinalion dans le mal. » Tract. 53, in Joan., n. 8 et suiv.
En cela même consiste Yacte de puissance que Dieu exerce pour lors ; celle puissance ne brille nulle part avec plus d'éclat que dans la distribution qu'elle fait de ses grâces , en telle mesure qu'il
lui plaît. « Pelage, dit-il , nous répondra, » peut-être, que Dieu ne force personne » au mal, mais qu'il abandonne seuls lement ceux qui le méritent, et il aura » raison. » Lib. de Nat. et Grat., c. 23, n. 25. Cela est formel.
C'est par ces passages qu'il faut expliquer ce qui paroîtroit plus dur dans d'autres endroits des ouvrages de ce Père. Sous ses yeux même , les évêques d'Afrique ont décidé que Dieu endurcit, non parce qu'il pousse l'homme au péché , mais parce qu'il ne le tire pas du péché, ann. 423, Epist. Synod., c. 11.
Lorsqu'on objecte à saint Prosper, que , selon saint Augustin, Dieu pousse les hommes au péché , il répond que c'est une calomnie : a Ce ne sont pas là, dit-il, » les œuvres de Dieu, mais du diable; » les pécheurs ne reçoivent pas de Dieu » l'augmentation de leur iniquité, mais » ils deviennent plus méchants par eux- » mêmes. » Ad Capit. Gallor., Resp. 1 1 . et Sent. 11.
Longtemps auparavant, Origène avoit expliqué, dans le même sens, les passages de l'Ecriture que nous objectent les incrédules; saint Basile et saint Grégoire de Nazianze recueillirent ce qu'il en avoit dit. Phitocal., c. 24 et suiv. Saint Jean Chrysostome confirma cette doctrine , en expliquant l'Epître de saint Paul aux Romains, et saint Jérôme la suivit dans son Commentaire sur Isa'ie, c. 63, f. 17. Tous les Pères l'ont soutenu contre les marcionites et contre les manichéens; ils ont enseigné constamment que Dieu laisse endurcir le pécheur, non en lui refusant toute grâce, mais parce qu'il ne lui donne pas une grâce aussi forte et aussi etïicacc qu'il le faudroit pour vaincre son obstination dans le péché. Voy. saint Irénée, contra Hœr., 1. 4, c. 29 ; Tcrtull., adv. Marcion., 1. 2, c. 14, etc.
Si quelques théologiens modernes, qui se paroicntdu nom (ïaugustiniens, l'ont entendu autrement, leur entêtement ne prouve pas plus que celui de Calvin.
Par là nous voyons en quel sens il est dit , dans les Livres saints et dans les écrits des Pères , que Dieu aban-
END
END
donne les pécheurs , qu'il délaisse les nations infidèles, qu'il livre les impies à leur sens réprouvé , etc. Cela ne signifie point que Dieu les prive absolument de toute grâce , mais qu'il ne leur en accorde pas autant qu'aux justes; qu'il ne leur donne pas autant de secours qu'il l'a fait autrefois, ou qu'il ne leur donne pas des grâces aussi fortes qu'il le faudroit pour vaincre leur obstination.
En effet , c'est un usage commun dans toutes les langues, d'exprimer en termes absolus ce qui n'est vrai que par comparaison ; aussi lorsqu'un père ne veille plus avec autant de soin qu'il le faisoit autrefois , et qu'il le faudroit, sur ia conduite de son (ils , on dit qu'il l'abandonne, qu'il le livre à lui-même ; s'il témoigne à l'aîné plus d'affection qu'au cadet , on dit que celui-ci est délaissé , négligé , pris en aversion , etc. Ces façons de parler ne sont jamais absolument vraies, et personne n'y est trompé , parce que l'on y est accoutumé.
Une preuve que tel est le sens des écrivains sacrés , c'est que dans une infinité d'endroits ils nous disent que Dieu est bon à l'égard de tous , qu'il a pitié de tous , qu'il n'a de l'aversion pour aucune de ses créatures, que ses miséricordes se répandent sur tous ses ouvrages, etc. Les pécheurs les plus endurcis ne sont pas exceptés. Ecli., c. 5, jL 3 : « Ne dites pas , Que pouvois- » je faire ? ou , Qui m'humiliera à v cause de mes actions ? Dieu vengera » certainement le mal, c. 15, j. 11. Ne y dites pas, Dieu me manque.... tfest n lui qui m'a égaré , il n'a pas besoin
* des impies Si vous voulez garder
» ses commandements , ils vous metv tront en sûreté... Il ne donne lieu de » pécher à personne.» Dieu me manque, signifie évidemment, Dieu me laisse -manquer de grâce ou de force , et selon l'auteur sacré, c'est un blasphème : donc les pécheurs , même endurcis , ne peuvent pas le dire. Saint Augustin,//, de Grat. et Mb. Jrb., c. 2,n. 3, se sert ^le ce passage pour réfuter ceux qui rejetoient sur Dieu la cause de leurs .péchés ; il n'a donc pas cru qu'aucun
pécheur , même endurci , pût alléguer ce prétexte. In Ps. 54, n. 4, il dit, qu'il ne faut désespérer de la conversion de personne, si ce n'est du démon. Dans ses Confessions , 1. 8, c. 11 , n. 27, il se dit à lui-même : « Jette-toi entre les » bras de ton Dieu, ne crains rien, il » ne se retirera pas, afin que tu tom- » bes, etc. » Encore une fois, s'il est arrivé à saint Augustin de ne pas s'exprimer toujours avec autant d'exactitude que dans ces passages, cela ne prouve rien ; c'est à ceux-ci et à d'autres qu'il faut s'en tenir, puisqu'ils sont fondés sur l'Ecriture sainte, et dictés par le bon sens.
On doit raisonner de même sur ceux dans lesquels il est dit que Dieu aveugle les pécheurs , puisque l'Ecriture nous enseigne qu'ils sont aveuglés par leur propre malice. Sap., cap. 2, f. 21.
« Dieu , dit encore saint Augustin , aveu- » gle et endurcit les pécheurs en les » abandonnant, et en ne les secourant » pas. » Tract. 53, in Joan., n° G. Or, nous venons de voir en quel sens Dieu les abandonne et ne les secourt pas.
Mais il y a quelques-uns de ces passages qui méritent une attention particulière. Dans Isaïe, chap. 6, f. 9, Dieu dit au prophète : «Va, et dis à ce peuple: « Ecoutez et n'entendez pas, voyez et
» gardez-vous de connoître.
Aveugle le
» cœur de ce peuple , appesantis ses » oreilles et ferme-lui les yeux, de » peur qu'il ne voie, n'entende, ne com- » prenne , ne se convertisse , et que je » ne le guérisse. Jusques à quand, Sei- » gneur? Jusqu'à ce que ses villes soient » sans habitants, et sa terre sans cul- » turc. » Isaïe n'avoit certainement pas le pouvoir de rendre les Juifs sourds et aveugles ; mais Dieu lui ordonnoit de leur reprocher leur stupidité, H de leur prédire ce qui arriveroit. Ainsi, aveugle ce peuple, signifie simplement, dis-lui et reproche-lui qu'il est aveugle, etc.
L'Evangile fait plus d'une fois allusion à celte prophétie. Dans saint Matthieu, chap. 13, f. 13, Jésus -Christ dit des Juifs : « Je leur parle en paraboles, » parce qu'ils regardent et ne voient » pas, ils écoutent et ils n'entendent ni
END
END
» ne comprennent pas. Ainsi s'accom- } du peuple, et la plus capable d'exciter » plit en eux la prophétie d'Isaïe, qui a i son attention : non-seulement c'étoit le m dit : Vous écouterez et n'entendrez i goût et la méthode des anciens, et surit pas, etc. En effet, le cœur de ce peuple ! tout des Orientaux; mais c'est encore » est appesanti, ils écoutent grossière- aujourd'hui parmi nous le genre d'in- » ment, ils ferment les yeux, de peur j struction que le peuple saisit le mieux : j» de voir, d'entendre , de comprendre, 1 ce seroit donc une absurdité de supposer >» de se convertir et d'être guéris. » Dans j que Jésus - Christ s'en servoit alin de saint Marc, c~ 4, f. 12, le Sauveur dit j n'être ni écouté ni entendu.
à ses disciples : « Il vous est donné de » connoitre les mystères du royaume de » Dieu ; mais pour ceux qui sont de- » hors , tout se passe en paraboles , afin v que voyant ils ne voient pas, qu'écou- ). tant ils n'entendçnt pas , qu'ils ne se >• convertissent pas, et que leurs péchés v ne leur soient point remis. » Dans saint Jean, ch. 12, jL 39, il est dit des Juifs, que malgré la grandeur et la multitude des miracles de Jésus-Christ, « ils ne pouvoient pas croire , parce » qu'Isaïe a dit : Il a aveuglé leurs yeux » et endurci leur cœur, de peur qu'ils » ne voient , n'entendent, ne se conver- » tissent, et que je ne les guérisse. » Saint Paui applique encore aux Juifs cette prophétie , Jet., cap. 18, y. 23 , et
3° Pourquoi étoit-il donné aux apôtres de connoitre les mystères du royaume de Dieu , et pourquoi cela n'étoit-il pas accordé de même au commun des Juifs?
Parce que les apôtre:> interrogeoient leur maître en particulier, afin d'apprendre de lui le vrai sens de ces paraboles ; l'Evangile leur rend ce témoignage. Les Juifs , au contraire, s'en tenoient à l'écorce du discours , et ne se soucioient pas d'en savoir davantage. Loin de chercher à se mieux instruire, ils fermoient les yeux , ils se bouchoient les oreilles, etc., parce qu'ils n'avoient aucune envie de se convertir. Tout se passoit donc en paraboles à leur égard ; ils se bornoient là , et n'alloient pas plus loin ; de manière qu'ils écoutoient sans rien j comprendre, etc. C'éloit donc un juste Il suffit de comparer ces divers pas- reproche que Jésus-Christ leur faisoit,
sages pour en prendre le vrai sens ; saint j et non une tournure malicieuse dont il
Matthieu s'est exprimé d'une manière ' usoit à leur égard.
Rom., c. 11 , f. 8.
qui ne fait aucune difficulté ; mais comme le lexlc de saint Marc paroît plus obscur, les incrédules s'y sont attachés, et ils en concluent que, suivant cet évangélisle, Jésus-Christ parloit exprès en paraboles, afin que les Juifs n'y entendissent rien , et refusassent de se convertir.
Mais saint Jean dit qu'ils ne pouvoient pas se convertir ; d'accord. « Si l'on me » demande , dit à ce sujet saint Augus- » tin , pourquoi ils ne le pouvoient pas, » je réponds d'abord , parce qu'ils ne le » vouloient pas. » Tract. 53 in Joan., n. 6. En effet, lorsque nous parlons d'un
1° 11 est clair qu'au lieu de lire dans homme qui a beaucoup de répugnance le texte , afin que , il faut traduire, de à faire une chose, nous disons , qu'il ne manière que : c'est la signification très-] peut pas s'y résoudre ; cela ne signifie ordinaire du grec h* , et du latin ut, et j point qu'il n'en a pas le pouvoir. Ce secette traduction fait déjà disparoître la roit encore une absurdité de prétendre plus grande difficulté: « Pour ceux qui 1 que les Juifs ne pouvoient pas croire, v sont dehors, tout se passe en para-] parce qu'Isaïe avoit prédît leur incrédu- » boles, de manière qu'en voyant ils ne j lilé ; en quoi cette prédiction pouvoit-ellc ». voient pas, etc. » C'est précisément le influer sur leurs sentiments? fnêmc sens que dans saint Matthieu.
2° 11 n'est pas moins évident que des paraboles, c'est-à-dire des comparaisons sensibles , des apologues , des façons de parier populaires et proverbiales, étoient la manière d'instruire la plus à portée
A la vérité, saint Jean semble attribuer celte incrédulité à Dieu lui-même : Il a aveuglé leurs yeux et endurci leur cœur. etc. Mais cet évangélisle savoit que le passage d'Isaïe éloit très-connu, qu'il ivétoit pas nécessaire de copier scr-
ENF
ENF
vilement la lettre, pour en faire prendre le sens. Or , nous avons vu que dans ce prophète, aveugle ce peuple, signifie, déclare-lui qu'il est aveugle, et reprochelui son aveuglement. Voyez Cause finale, Grâce, § 5, Parabole, Péché, etc.
ÉNERGIQUES ou ÉNERGISTES, nom donné, dans le seizième siècle , à quelques sacramentaires, disciples de Calvin et de Mélanchton , qui soutenoient que l'eucharistie n'est que Yénergie ou la vertu de Jésus-Christ, et non son propre corps et son propre sang.
ENERGUMÈNE , homme possédé du démon. Quelques auteurs , anciens et modernes, ont soutenu que ce terme, dans l'Ecriture sainte, signifie seulement des personnes qui contrefont les actions du démon , et opèrent des choses surprenantes qui paroissent surnaturelles.
Nous prouverons le contraire aux mots Possédé et Possession. Le concile d'Orange exclut de la prêtrise les énergurnénes , et les prive des fonctions de leur ordre , lorsque la possession est postérieure à leur ordination.
L'usage de l'Eglise primitive étoit de tenir les énergumcnes dans la classe des pénitents, de faire pour eux des prières particulières et des excorcismes. Comme la plupart étoient des païens, lorsqu'ils étoient guéris , ils se faisoient instruire , et ordinairement ils recevoient le baptême. Voyez Bingham , liv. 3 , c. 4, § 6, tome 2, p. 26.
ENFANCE. Filles de V Enfance de Jésus-Christ. Congrégation, dont le but étoit l'instruction des jeunes tilles et le secours des malades. On n'y recevoit point de veuves, on n'épousoit la maison qu'après deux ans d'essai, on ne renonçoit point aux biens de famille en s'attachant à l'institut ; il n'y avoit que les nobles qui pussent être supérieures.
Quant aux autres emplois, les roturières pouvoient y prétendre ; plusieurs cependant étoient abaissées à la condition de suivantes , de femmes de chambre et de servantes.
Cette communauté bizarre commença à Toulouse en 1657. Ce fut un chanoine de celte ville qui lui donna, dans la suite , des règlements qui ne réparèrent
rien ; on y observa d'en bannir les mots dortoir, chauffoir , réfectoire, qui sentoient trop le monastère. Ces filles ne s'appeloient point sœurs; elles prenoient des laquais , des cochers ; mais il falloit que ceux-ci fussent mariés , et que les premiers n'eussent point servi de tilles dans le monde : elles ne pouvoient choisir un régulier pour confesseur.
Le chanoine de Toulouse soutenant, contre toute remontrance, la sagesse profonde de ses règlements, et n'en voulant pas démordre, le roi Louis XIV cassa l'institut, et renvoya les filles de V Enfance chez leurs parents : elles avoient alors cinq ou six établissements, tant en Provence qu'en Languedoc.
ENFANT. C'est aux philosophes moralistes de démontrer quels sont les devoirs réciproques des pères et des enfants selon la loi naturelle; mais nous sommes chargés de faire voir que la religion révélée y a sagement pourvu dès le commencement du monde, et a prévu d'avance les erreurs dans lesquelles sont tombés à cet égard la plupart des peuples , et même les philosophes les plus célèbres.
La première mère du genre humain a montré à tous les parents l'idée qu'ils doivent avoir de leurs enfants , lorsqu'elle dit, à la naissance de son fils aîné : Dieu m'accorde la possession, dhm homme , et qu'elle répéta en mettant Seth au monde : Dieu me donne celui-ci pour remplacer Abel. Gènes.
c. 4, f. 4 et 45. Deux époux qui reçoivent leurs enfants comme un bienfait que Dieu leur accorde, comme un dépôt duquel ils doivent lui rendre compte , ne seront pas tentés de les laisser périr, d'en négliger l'éducation , beaucoup moins de les exposer , de les détruire , de les vendre, comme on a fait chez des nations qui sembloient d'ailleurs instruites et policées.
De là même il s'ensuit que les devoîrs des enfants ne sont pas seulement fondés sur la reconnoissance, mais sur l'ordreque Dieu a établi pour le bien commun du genre humain. Quand même les pères et mères manqueroient aux obligations que Dieu leur impose, les enfants ne
ENF
ENF
seroient pas dispensés pour cela de l'o- pourvu, non-seulement à la conserva-
béissancc, de l'attachement, des services qu'ils leur doivent. La loi que Dieu leur a prescrite est confirmée par les effets qu'il a voulu attacher à la bénédiction ou à la malédiction des pères; nous en voyons l'exemple dans le sort de Cham , d'Esati, des divers enfants de Jacob.
Nous n'avons pas besoin de réflexions profondes , pour réfuter les incrédules qui ont décidé que les enfants ne doivent plus rien à leurs pères et mères , dès qu'ils sont assez grands et assez forts pour se passer d'eux; que l'autorité paternelle Unit dès qu'un enfant est en état de se gouverner lui-même. Si cela étoit vrai , quels seroient les parents assez insensés pour prendre la peine d'élever des enfants ? Quel motif pourroit les y engager ? En voulant favoriser la liberté des enfants , on met donc leur vie en danger. Si cette morale détestable avoit été suivie dès l'origine, le genre humain auroit été étouffé dès le berceau. Voyez Père.
Nous ne citerons point les lois que Dieu avoit portées par Moïse , pour rendre sacrés et inviolables les devoirs de la paternité et de la iiliation; nous nous contentons d'observer que la circoncision , par laquelle un enfant recevait le sceau des promesses laites à la postérité d'Abraham, l'offrande des premiers-nés qui rappeloit aux Israélites un miracle signalé fait en faveur de leurs enfants 3 le rachat qu'il falloit en faire , le sacrifice que les femmes dévoient offrir après leurs couches , étoient autant de leçons qui dévoient redoubler l'affection et l'attention des parents. Aussi ne voyons-nous point chez les Juifs le même désordre , la même barbarie qui régnoient chez les nations païennes , où l'on ne faisoit pas plus de cas d'un enfant nouveau -né que du petit d'un animal.
Dans le christianisme, par le baptême, un enfant devient (ils adoplif de Dieu, frère de Jésus- Christ , héritier du ciel , membre de l'Eglise , par conséquent doublement cher à ses parents. C'est un dépôt duquel ils sont responsables à Dieu , à l'Eglise, à la société. Par celle institution salutaire , Jésus - Christ a
lion et à la vie , mais à l'état civil et aux droits légitimes des enfants. Une charité ingénieuse et active a fait élever des asiles pour les orphelins , pour les enfants abandonnés, pour ceux des pauvres ; la religion, devenue leur mère, supplée à l'impuissance, ou répare la cruauté des parents. Elle seule a su nous apprendre ce que c'est qu'un homme , ce qu'il vaut, ce qu'il doit être un jour; elle a aussi réfuté d'avance les rêveries philosophiques sur la dissolubilité du mariage, sur les bornes de l'autorité paternelle , sur les prétendus droits des enfants, etc.
Lorsque les païens eurent la malice de publier que les chrétiens égorgeoient un enfant dans leurs assemblées, nos apologistes réfutèrent cette calomnie , et firent retomber ce crime sur les accusateurs. Comment, disent-ils, ose-t-on nous charger d'un homicide , nous qui avons horreur, non-seulement d'ôter la vie à un enfant, mais de l'empêcher de naître, de l'exposer, de mettre sa vie en danger? C'est parmi vous que ces désordres sont communs, vous les commettez sans h >nte et sans remords.
Saint Justin , Jpol. 1 , n. 27 ; Tertullicn , Anologet., c. 9 ; Lactance , Divin. Instit., lib. 6 , c. 9 ; lib. 6, c. 20 , rendent témoignage de ce fait, et reprochent aux païens leur barbarie.
Le philosophe, qui a écrit de nos jours que chez les Romains il n'étoit pas nécessaire de fonder des maisons de charité pour les enfants trouvés, parce que personne n'exposoit ses enfants , et que les maîtres prenoient soin de ceux de leurs esclaves, en a grossièrement imposé. Les Romains , sans doute , nourrissoient ordinairement les enfants de leurs esclaves , parce qu'ils les regardoient comme du bétail destiné à leur service ; pour leurs propres enfants nouveau-nés, ils ne faisoient aucun scrupule de les mettre à mort ou de les exposer. 11 est constant que chez les Grecs et chez les Romains noit au monde de son père étoit censé le rcconnoilrc; de là est néft
, lorsqu'un enfant veon le mettoil aux pieds s'il le relevoit de terre, il