‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 85 sur 114 · ENF 434 ENF · texte numérisé non relu

ENF 434 ENF

il n'y a point là d'injustice. ïl est du ils sont conçus. Dieu menace de punir

bien commun qu'un criminel puisse être puni , non-seulement dans sa personne,

jusqu'à la quatrième génération ceux qui le haïssent, ceux qui imitent lés-

inais dans celle de ses enfants , qui doi- péchés de leurs pères , et non ceux qui vent lui être chers ; c'est un frein de j s'en corrigent : conséquemment Ezéplus contre le crime. A plus forte raison ! chiel soutient aux Juifs captifs , qu'ils Dieu peut-il agir de même.

A la vérité , ce seroit une cruauté de mettre à mort des enfants à cause du j crimes ; que s'ils se corrigent , Dieu cescrime de leur père ; un tyran seul est sera de les affliger. C'est la réfutation capable de cette barbarie. Les souve- j de la maxime des Juifs modernes, qui

portent ! leurs

peine , non des péchés der pères , mais de leurs propres

rains, les magistrats , n'ont droit de vie et de mort que pour un crime person-

disent que , dans toutes leurs calamités, il entre toujours au moins une once de

nel ; le bien de la société n'exige rien ; l'adoration du veau d'or.

davantage ; ils ne peuvent dédommager un enfant de la perte de sa vie; en la

Cela n'empêche pas que les enfants en bas âge ne se trouvent enveloppés

lui ôtant, ils priveroient peut-être la dans un fléau général, tel que le dé-

société d'un membre qui l'auroit utilement servie dans la suite. Dieu , au contraire , est le souverain maître de la vie et de la mort ; indépendamment de tout crime, il peut dédommager dans l'autre vie ceux qu'il prive de la vie présente; lui seul sait pourvoir au bien général de la société , et en réparer les pertes. Il est donc faux que Dieu soit injuste dans aucun sens, lorsqu'il punit de mort les enfants à cause du crime de leur père.

Il avoit dit aux Juifs : « Je suis le Dieu » fort et jaloux, qui recherche l'iniquité » des pères sur les enfants jusqu'à la » troisième et à la quatrième génération » de ceux qui me haïssent. » Bxod., c. 20, 5. 5; Deut., c. 5, f. 9. 11 les avoit menacés de les faire périr à cause de leurs péchés et de ceux de leurs pères , Levii., c. 2G , f. 59. Cependant il semble dire le contraire par Ezéchiel ; ce prophète emploie un chapitre entier à réfuter le proverbe des Juifs captifs à Babylonc : « Nos pères ont mangé le » raisin vert, et c'est nous qui en avons » les dents agacées. » II leur soutient, de la part de Dieu, que cela est faux ; il leur oppose cette maxime absolue : o Celui » qui péchera est celui qui mourra : je » jugerai chacun selon ses œuvres. j> Ezech., c. 48. Comment concilier ces divers passages?

Très - aisément : il y est question des adultes et non des enfants en bas âge ; cela est clair par les termes dans lesquels

luge , la ruine de Sodome , une contagion, etc. Il faudroit un miracle pour que cela ne fût pas , et Dieu n'est certainement pas obligé de le faire.

Enfants dévorés par les Ours. Voy.

Elisée.

Enfants dans la fournaise. Il est dit, dans le livre de Daniel, chap. 3, que Nabuchodonosor fit jeter dans une fournaise ardente trois jeunes Hébreux qui n'avoient pas voulu adorer la statue d'or qu'il avoit fait élever ; qu'ils furent miraculeusement conservés dans les flammes , qu'ils en sortirent saints et saufs; que le roi, frappé de ce prodige, le fit publier par un édit adressé à tous ses sujets.

La prière et le cantique que ces trois jeunes hommes prononcèrent à cette occasion , et que l'Eglise répète encore , ne se trouvent plus dans le texte hébreu de Daniel ; ils ont été tirés de la version de Théodotion et mis dans la Vulgate Mais ils sont dans la traduction grecque de Daniel, laite par les Septante, qui a été imprimée à Home en 1772, et qui a été copiée autrefois sur le Tétraples d'Origène. Ainsi , l'on ne peut plus douter que cette partie du chapitre 5 n'ait été dans l'original hébreu. Saint Athanase recommande aux vierges de dire ce cantique dès le matin • saint Jean Chrysostome atteste qu'il est chanté dans toute l'Eglise , et le quatrième concile de Tolède ordonne de le chanter tous les dimanches, et dans loiTice des

ENF

ENF

martyrs. Bingham, 1. 14, c. 2, § 6, tome 6 , p. VI.

Enfants trouvés. Le sort de ces malheureuses victimes de l'incontinence étoit autrefois abandonné aux seigneurs sur les fiefs desquels on les avoit exposés; mais l'intérêt, qui prévaut presque toujours sur les sentiments d'humanité , fit négliger de pourvoir à leur conserva-

ligion n'cloit venue à leur secours. L'évêque et le chapitre de Paris donnèrent les premiers l'exemple de la charité à cet égard ; ils destinèrent une maison placée près de l'église cathédrale pour recevoir ces enfants qui furent d'abord nommés les pauvres enfants trouvés de Notre-Dame. Charles YI rendit témoignage de cette bonne œuvre , et y appliqua un legs , dans son testament , Fan 1536 ; un arrêt du parlement, du 1 5 août 1552, condamna les seigneurs à y contribuer.

Par le zèle de saint Vincent de Paul , les Sœurs de la charité qu'il venoit d'instituer se chargèrent d'en prendre soin.

Après plusieurs translations, ces enfants ont été placés vis-à-vis de l'Hôtel-Dieu , et l'on a conservé, dans l'église de Notre- Dame , l'espèce de couche sur laquelle ils implorent les aumônes des fidèles.

Ployez les Hecherches sur Paris , par M. Jaiilot , tome 1 , p. 96 et suiv.

Dans plusieurs villes du royaume , il y a des hôpitaux semblables pour les recevoir , et des religieuses du Saint-Esprit qui se consacrent à élever ces enfants ; c'est l'objet de leur institut.

devoirs de la nature. Cela peut être.

Lorsque les mœurs sont dépravées à l'excès, que le libertinage est poussé au comble dans l'état du mariage, aussibien que parmi les personnes libres , combien de milliers d'enfants périroient toutes les années, s'il n'y avoit pas des hôpitaux pour les recevoir, et des mains charitables prêtes à les recueillir? Quand

tion : la plupart auroient péri , si la re- même sur mille il y en auroit cent de

légitimes , abandonnés par des parents misérables ou dénaturés, c'est un moindre mal que si les neuf dixièmes étoient exposés à périr. Au point où nous sommes , il n'est plus question de choisir entre le bien et le mieux , mais de préférer le moindre mal. Si l'on veut des établissements desquels la malice humaine ne puisse pas abuser, l'on peut prédire hardiment qu'il ne s'en fera jamais.

ENFER, lieu de tourments, où les méchants subiront , après cette vie , la peine due à leurs crimes. L'enfer est donc l'opposé du ciel ou du paradis, dans lequel les justes recevront la récompense de leurs vertus.

L'hébreu scheoî , le grec tetpripoç et &3*?« , le latin infernus et orcus, Y enfer , expriment dans l'origine un lieu bas et profond, et par analogie le tombeau, le séjour des morts. Les Juifs se sont encore servis du mot gehenna ou gehinnon, vallée près de Jérusalem , où il y avoit une fournaise nommée tophet, dans laquelle les idolâtres fanatiques entretenoiewtdu feu pour sacrifier ou initier leurs enfants à Moloch. De là vient que, Ce zèle n'a point d'exemple hors du \ dans le nouveau Testament , Yenfer est

christianisme, et il n'est que foiblement imité dans les communions séparées de l'Eglise romaine : preuve évidente que la politique et l'humanité ne feront jamais ce qu'inspire la religion. C'est elle qui nous fait sentir le prix d'une créature vivante consacrée à Dieu par le baptême, pendant qu'à la Chine on laisse périr , toutes les années , trente mille enfants exposés.

On objecte que ces asiles charitables fournissent aux pauvres un moyen et une tentation de se débarrasser de leurs enfants , et de se dispenser ainsi des

souvent désigné par gehenna ignis, la vallée du feu.

On propose plusieurs questions sui Yenfer; on demande si les anciens Juifs en ont eu connoissance, où il est situé, et quelle est la nature du feu qui y brûle; si les peines que l'on y endure sont éternelles , en quel sens on doit entendre la descente de Jésus-Christ aux enfers.

I. La plupart des incrédules modernes ont soutenu que Moïse , ni les anciens Hébreux, n'avoient aucune idée d'un lieu de tourments après la mort ; que ,

ENF

ENF

dans les siècles suivants , les Juifs ont reçu des Chaldéens cette idée pendant il captivité de Babylone. Qui avoit donné cette notion aux Chaldéens? Voilà ce Qu'ils ne nous ont pas appris.

Ils supposent encore que les patriarches ni leurs descendants n'avoient aucune connoissance de l'immortalité de l'âme et d'une vie future ; on trouvera les preuves du contraire au mot Ame.

cliap. 24 , $-. 48-21 , ne sont pas intelligibles , à moins que l'on n'attribue à ce patriarche et à ses amis la connoissance d'un séjour où les bons sont récompensés et les méchants punis , après la mort. Voyez Lovvth , de sacra Poesi Hebrœ^r., t. 1 , p. 202, etc.

Dans le Ps. 15, ^. 9 et 10, David dit à Dieu : a Ma chair repose dans l'espé- » rance que vous n'abandonnerez pas

Or, dès que l'on admet une vie future, » mon âme dans le séjour des morts il est impossible de supposer que le sort j » ( scheol ) , et que vous ne laisserez pas des méchants y sera le même que celui j » votre serviteur pourrir dans le tomdes justes; ce n'a été là l'opinion ni des i » beau. » Voilà deux séjours différents, anciens Hébreux , ni d'aucune autre l'un pour l'âme , l'autre pour le corps, nation ; elle est opposée aux idées na- : Le prophète Isaïe , c. 2i , f. 9, supturelles de la justice. pose que les morts parlent au roi de

Les anciens Egyptiens admettoient I Babylone lorsqu'il va les joindre , et lui certainement des récompenses et des j reprochent son orgueil. Chapitre 6ô , peines après la mort ; il seroit étonnant j f. 44 , il dit : a On verra les cadavres des que les Hébreux n'eussent point adopté » pécheurs qui se sont révoltés contre celte croyance pendant leur séjour en j » moi ; leur ver ne mourra point , leur Egypte, et qu'ils eussent attendu pen- j » feu ne s'éteindra point, et ils feront dant près de mille ans les leçons des j » horreur à toute chair : » Jésus-Christ, Chaldéens ; mais sur ce dogme essentiel j dans l'Evangile , en parlant des ré-

ils n'ont pas eu besoin d'autre instruction que de celle de leurs pères, qui venoit de la révélation primitive.

Moïse , Veut., c. 58 , f. 22 , fait dire au Seigneur : « J'ai allumé un feu dans » ma fureur, il brûlera jusqu'au fond de » Venfer ( scheol ) , il dévorera la terre » et toutes les plantes, et brûlera jus- » qu'aux fondements des montagnes. »

CVtoit pour punir un peuple rebelle et ingrat. Si par Venfer on entend ici le tombeau, une fosse profonde de trois ou quatre pieds , rien de si froid que cette expression.

Job, c. 26, f. 6, dit que Venfer ( scheol ) est découvert aux yeux de Dieu, et que le lieu de la perdition ne peut se cacher à sa lumière. Dans ces deux passages , les plus anciens traducteurs ont rendu scheol par Venfer. Dans le c. 10, f. 21 et 22, Job peint le séjour des morts comme une terre couverte de ténèbres, où régnent un ennui et une tristesse éternelle : si les morts ne sentent rien , à quoi aboutit celle réflexion ?

Le savant Michaëlis, dans ses Notes sur Lowlh, a fait voir que le chap. 11 , t. 16 et si \v. du livre de Job, et le

prouvés , leur applique ces paroles d'Isaïe : Leur ver ne mourra point , et leur feu ne s'éteindra point. Marc, c. 7.^. 45.

Tous ces écrivains hébreux ont vécu avant la captivité de Babylone, et avant que les Grecs eussent publié leurs fables sur Venfer.

Nous n'avons donc pas besoin de savoir ce qu'ont pensé les différentes sectes des Juifs après la captivité , les esséniens, les pharisiens, les sadducéens .

Philon et d'autres. Ils ont mêlé une partie des idées de la philosophie grecque à l'ancienne croyance de leurs pères, et il ne s'ensuit rien.

Nous ne prenons pas plus d'intérêt aux fables des païens et aux visions des mahométans sur Venfer; il nous suffit de savoir que la croyance d'une vie future, où les bons sont récompensés et les méchants punis, est aussi ancienne que le monde , et aussi étendue que la race des hommes. On l'a trouvée chez des Sauvages et chez des insulaires , qui montroient à peine quelques signes de religion.

Mais comme cette croyance étoit trèsobscurcie chez les Juifs par le matéria-

ENF

ENF

lisme des sadducéens , chez toutes les autres nations , par les fables du paganisme , et par les faux raisonnements des philosophes, il a été très-nécessaire que Jésus-Christ vînt la renouveler et la confirme! par ses leçons. Il a mis en lumière , dit saint Paul , la vie et l'immortalité par l'Evangile , mais surtout par le miracle de sa résurrection. 77. Tim.} c. 1, f. 10. Il a déclaré , en termes formels , que les méchants iront dans le feu éternel qui a été préparé au démon et à ses anges. Matth., c. 25 , y. 41.

Conséquemment , les théologiens distinguent dans les damnés deux peines

avoit dit , dans son ouvrage sur la Gc' nêse, liv. 12, c. 53 et 54-, que V en fer n'est pas sous terre ; mais dans ses Rétractations} 1. 2, c. 21, il reconnoît qu'il auroit dû plutôt dire le contraire, sans néanmoins l'affirmer ; et dans la Cité de Dieu , liv. 20 , ch. 16 , il dit que personne n'en sait rien, à moins que l'Esprit de Dieu ne le lui ait révélé.

De même , touchant la nature du feu de Y enfer , il n'y a aucune raison de penser que ce n'est pas un feu matériel, et que dans les passages de l'Ecriture que nous avons cités , il faut prendre le feu dans un sens métaphorique, pour

différentes, la peine du dam, ou le re- S une peine spirituelle, très-vive et insupgret d'avoir perdu le bonheur éternel, et | portable. On cite, à la vérité, quella peine du sens , ou la douleur causée \ ques Pères de l'Eglise qui ont été dans parles ardeurs d'un feu quine s'éteindra i cette opinion, comme Origène, Lactance jamais. Ces deux espèces de tourment j et saint Jean Damascène ; mais le plus sont clairement distinguées dans les pa- \ grand nombre des saints docteurs ont rôles du Sauveur; le ver qui ne meurt [pensé que l'on doit entendre les passages point, désigne la peine du dam, et le \ de l'Ecriture sainte à la lettre , cl que le feu qui ne s' éteint point, est la peine du feu par lequel les âmes des damnés et les sens. [ démons sont tourmentés, est un l'eu ma-

il. De savoir en quel lieu de l'univers j tériel. Petau, Dog. Théol., t. 5, 1. 5, c. 5. est situé Y en fer , c'est une question tout j Inutilement l'on demandera comment au moins inutile ; la révélation ne nous | une âme spirituelle , comment un esprit, l'apprend point ; les conjectures des phi- j tel que le démon, peuvent être lourlosophes et des théologiens sur ce sujet \ mentes par un feu matériel. Il n'est cersont également frivoles. Les uns ont \ tainement pas plus difficile à Dieu de trouvé bon de placer Yenfer au centre faire éprouver de la douleur à une àme de la terre, sans doute à cause du feu ■■< séparée du corps , qu'à une âme unie à central ; les autres dans le soleil , qui est s un corps. Les affections du corps ne peule centre du système planétaire : est-ce ! vent être que la cause occasionnelle des donc là le feu allumé dans la colère du l sentiments de l'âme ; Dieu , sans doute, Seigneur? Quelques rêveurs ont cru que ; peut suppléer comme il le veut à toutes les comètes sont autant (Tenfers diffé- I les causes occasionnelles. Nous ne comrents ; quelques autres ont poussé la té- [ prenons pas mieux comment notre àme mérité jusqu'à donner les dimensions de peut ressentir de la douleur lorsque notre cet affreux séjour. corps est blessé, que comment une àme,

Il nous paroît mieux de nous en tenir unie au feu , en sera tourmentée. Il ne à la sage réflexion de saint Augustin : nous est pas plus aisé de concevoir com- « Lorsqu'on dispute sur une chose très- ment les bienheureux , en corps et en » obscure, sans avoir des enseignements àme, verront Dieu , pur esprit, quecom- » clairs et certains, tirés de l'Ecriture j ment un esprit sans corps peut éprouver * sainte, la présomption humaine doit j le supplice du feu. » s'arrêter , et ne pencher pas plus d'un Pour soulager l'imagination, quelques r> côté que d'un autre. » Liv. 2, de pecc. \ anciens ont pensé que Dieu, pour rendre meritis et remiss., c. 56 ; Epist. 190 ad j les âmes et les démons susceptibles de Optât., c. 5 , n° 16. | ce supplice, les revêtoit d'un corps quel-

Le saint docteur a suivi lui-même cette conque ; mais cette supposition ne sert à règle touchant la question présente. Il I rien , puisque l'union même d'un esprit

1NJ

ENF

à un corps est un mystère , dont nous ne sommes convaincus que par le sentiment intérieur et par la révélation.

II f . Quant à la durée des peines de Yen fer, (Ne XXXVII, p. 61 8. ) la croyance de l'Eglise catholique est que ces peines

infinie , la grièveté des offenses commises contre une majesté infinie , les peines que mérite un coupable qui a jusqu'à la mort abusé d'une bonté infinie , et résisté à une miséricorde infinie.

Cependant les incrédules ont prononcé

sont éternelles, et ne finiront jamais; d'un ton d'oracle la maxime suivante : c'est un dogme de foi qu'un chrétien ! Si la souveraine puissance est unie ne peut révoquer en doute. dans un être à une infinie sagesse , elle

Il est fondé sur les paroles de Jésus- | ne punit point ; elle perfectionne ou elle Christ, Matth., c. 25, f-, AQ. En parlant j anéantit. Celle vérité , disent-ils, est du jugement dernier, ce divin Maître ! aussi évidente qu'un axiome de malhénous assure que les méchants iront au i matique. II nous paroît, au contraire, supplice éternel , et les justes à la vie j que c'est une fausseté très-évidente ; cet éternelle. axiome prétendu supposeroit que Dieu

Vainement on objecte que dans l'Ecri- ne peut jamais punir, même par un châturc sainte les mots éternel, éternité , timent passager, puisqu'une puissance désignent souvent une durée limitée , et 1 infinie , jointe à une infinie sagesse, peut non une durée qui n'aura jamais de fin. ! perfectionner toute créature autrement Personne ne disconvient que par vieéler- l que par des punitions. nelle Jésus-Christ n'entende une vie qui \ D'autres ont dit : Dieu ne peut avoir ne finira jamais : sur quoi fondé veut- i droit de faire à ses créatures plus de mal on , dans le même passage, entendre le [ qu'il ne leur a fait de bien : or , une supplice éternel dans un sens différent? ; éternité malheureuse est un plus grand Sur un point aussi essentiel, Jésus- | mal que tous les biens dont une créature Christ a-t-il voulu laisser du doute , user | a été comblée ; donc Dieu ne peut la cond'équivoque, nous induire en erreur, j damner à un supplice éternel, en donnant un double sens au même | Autre sophisme : il prouvei oit qu'auterme? Aucun autre passage de l'Ecri- cune société ne peut jamais condamner îurenepeuten fournirun exemple. Dans à mort un coupable, quelque criminel îout le nouveau Testament , la récom- qu'il soit , parce que la mort est un plus pense des justes est nommée vie éter- grand mal que tous les biens que la sonelle , et le supplice des méchants feu J ciélé peut faire à un particulier. A proétervel , Matth. , c. '18 , jh 8 ; peine éter- j prement parler , ce n'est pas Dieu , c'est nelle, IL Thess., c. 4-, jh 9; liens éter- j 1 homme qui se fait à luSmème le mal nels , Judée, f. 6 et 7. Dans saint Marc, ! de la damnation ; il ne l'encourt que pour c. 3, f. 2!), il est dit que celui qui a blas- j avoir abusé de tous les moyens que Dieu phémé contre le Saint-Esprit n'aura ja- \ lui a fournis pour s'en préserver. mais de rémission, mais sera coupable I Rien n'est donc plus faux quelalourd'un crime étemel. Nous ne voyons pas ' nure dont se servent les incrédules pour de quelle expression plus forte on peut rendre odieux le dogme de la damnation se servir pour désigner l 'éternité prise des méchants. Dieu, disent-ils, crée un en rigueur. grand nombre d'âmes dans le dessein

Quand on aura dit , avec les incré- j formel de les damner. C'est un vieux dulcs , que le péché ne peut pas faire à blasphème des manichéens contre le Dieu une injure infinie; qu'une peine j dogme du péché originel , répété ensuite infinie seroit aussi contraire à la justice | par les pélagiens. Voyez saint Augustin,

de Dieu qu'à sa bonté; qu'il a pu proposer à la vertu une récompense éternelle , sans qu'il doive attacher pour cela un supplice éternel au crime ; que s'ensuivra-t-il ? Il en résultera que nous connoissons très-mal les droits d'une justice

1. k , de Anima et ejus orig., c. H, n. 16 ; Operis imperf. contra Jul., 1. 4, n. 125 et suivants.

L'Ecriture sainte nous enseigne , au contraire, que Dieu n'a donné l'être à aucune créature par un motif de haine,

ENF

Sap., c. 11 , y. 25; que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connoissance de la vérité. /. Tim., c. 2, f. 4; qu'il est le Sauveur de tous les hommes , principalement des fidèles. Ibid., e. 4, f. 10. Le deuxième concile d'Orange a prononcé l'anathème contre ceux qui disent que Dieu a prédestiné quelqu'un au mal , can. 25 ; et le concile de Trente l'a répété , sess. 6 , de Juslif., can. 17.

A la vérité , Dieu donne l'être à plusieurs âmes, en prévoyant qu'elles se damneront par leur faute et par leur résistance aux moyens de salut ; mais pré-

Page 1