‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 93 sur 114 · CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

CHRÉTIENNE

Pour attaquer avec succès la doctrine | de l'Eglise sur les indulgences , il a fallu

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droiture de chaque particulier; on sait où cette méthode conduisit bientôt les raisonneurs.

Si l'on ne doit faire aucun cas du témoignage des hommes en matière de dogmes , pourquoi seroit-on plus obligé d'y déférer en matière de faits? Un témoin est sans doute aussi croyable quand il dépose de ce qu'il a entendu , de ce qu'on lui a toujours enseigné, que quand il atteste ce qu'il a vu. Si les Pères de

l'Eglise sont récusables sur le premier i nier la nécessité des satisfactions et des chef, ils ne sont pas moins suspects sur I bonnes œuvres, les effets de l'absolution le second. Parmi ces témoins , plusieurs ; sacramentelle , l'efficacité des autre ont été disciples immédiats des apôtres : ' sacrements, le principe de la justificadès que par ignorance, ou autrement, Uion, la manière dont les mérites de ils ont été capables de changer la doc- ! Jésus-Christ nous sont appliqués, etc. trinc qui leur avoit été confiée , et à j Bientôt les sociniens ont attaqué les mélaquelle les apôtres leur a voient défendu ; rites et les satisfactions de Jésus-Christ de rien ajouter et de rien retrancher , on j même , l'essence de la rédemption et ne voit plus pourquoi le même soupçon ] la rédemption réduite à rien a fait doune peut pas avoir lieu à l'égard des j ter de la divinité du Rédempteur. Ainsi apôtres. Nous ne sommes pas surpris de s'enchaînent les erreurs, ce que les incrédules ont formé , contre j Nous ne sommes donc pas étonnés de ces derniers , les mêmes accusations ' ce que les principes des protestants ont que les protestants avoient intentées ! fait naître les socinianisme ; celui-ci, à

contre les Pères de l'Eglise.

force de retrancher des dogmes , a dé-

Cependant c'est à ces mêmes témoins ! généré en déisme. Aujourd'hui les arguque nous sommes obligés de nous lier \ ments des déistes contre la révélation, pour savoir quels sont les livres authen- J ou contre la providence de Dieu dans tiques de l'Ecriture sainte , pour être ! l'ordre surnaturel , sont tournés , par certains que le texte n'a été ni changé J les athées , contre cette même provint interpolé. Quelle certitude peuvent ; dence dans l'ordre naturel , par conscnous donner des témoins dont on a corn- \ quent contre l'existence de Dieu : chaîne mencé par suspecter l'intelligence, la d'égarements, qui aboutit enfin au pyr-

critique, la bonne foi ?

Ce sont encore eux qui attestent les miracles par lesquels le christianisme

rhonisme. ( Ne XXXVIII, p. 619.)

Avant de mourir , Luther et Calvin ont vu les progrès de leurs erreurs chez

s'est établi dans les premiers siècles, les anabaptistes et chez les sociniens; Dès que l'on a trouvé bon de rejeter j nous ignorons s'ils ont frémi des contous les miracles opérés dans l'Eglise j séquences. Ils ont ouvert la porte à l'inromaine , d'y soupçonner de la préven- crédulité qui règne de nos jours , la

tion et de la fourberie, de récuser tous les témoins , sur quoi fondés croirons nous plutôt les anciens que les modernes? Si les Pères ont pu nous en imposer sur les faits arrivés de leur temps, les déistes ont-ils tort de former le même soupçon , ou plutôt la même calomnie , contre les témoins des miracles de Jésus-Christ?

Dès que Ton ne fait aucun cas de la tradition en matière de dogmes , on la

corruption des mœurs a fait le reste.

Lorsque nous objectons aux protestants les excès auxquels se sont portés plusieurs de leurs théologiens, ils nous en savent mauvais gré; ils nous disent que les égarements d'un fanatique, ou d'an mauvais raisonneur, ne prouvent rien.

Nous leur répondons : Puisque vous êtes si attentifs à relever les moindres écarts des théologiens catholiques, et à tirer de là de* conséquences en faveur de

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votre parti , vous ne devez pas trouver mauvais que nous usions de représailles ; si cette manière de raisonner ne vaut rien , c'est vous qui nous en donnez l'exemple.

Il y a, sa^s doute , des erreurs involontaires , innocentes , qui ne viennent d'aucune passion déréglée , mais d'un défaut de connoissance et de lumières , et que l'on ne peut pas imputer à péché ; mais il ne s'ensuit pas que toutes sont de cette espèce , et qu'il est indifférent pour le salut de professer Verreur ou la vérité. Si Dieu avoit eu le dessein de sauver les hommes par l'ignorance , il n'auroit rien révélé ; il n'auroit pas envoyé son Fils sur la terre pour être la lumière du monde , et ce divin Maître n'auroit pas commandé à ses apôtres d'enseigner toutes les nations. Un incrédule raisonne donc très-mal , lorsqu'il soutient que, s'il se trompe, c'est de bonne foi ; qu'un athée môme est excusable de ne pas croire en Dieu , parce qu'il peut être trompé sans qu'il y ait de sa faute. Une erreur qui vient de négligence de s'instruire, d'indifférence, d'orgueil, d'opiniâtreté, ou de toute autre passion quelconque, n'est pas plus pardonnable que la passion qui l'a fait naître. C'est un mauvais prétexte de dire que nous ne connoissons pas l'intérieur des hommes , ni le motif de leur conduite , que ce jugement est réservé a Dieu seul ; si cette raison étoit solide, il ne seroit jamais permis de blâmer ni de punir aucun crime , parce que nous ne connoissons pas les motifs qui l'ont fait commettre , et le degré d'ignorance qui peut le rendre excusable.

Cependant les critiques protestants ne cessent de s'élever contre les Pères de l'Eglise, parce que ces saints docteurs ont attribué les erreurs des hérétiques à un esprit inquiet , à un caractère léger , à l'amour de la nouveauté, à l'ambition d'être chef de parti ; et ils reprochent aux théologiens catholiques d'être en cela les serviles imitateurs des anciens. Ne reviendra-t-on jamais, disent-ils, de la maligne et téméraire hahitude de chercher toujours dans les dérèglements du cœur l'origine des er-

ERR reurs ? On peut la trouver d'une manière plus naturelle et plus innocente dans la foiblesse de l'esprit humain , et dans l'obscurité où il a plu à Dieu de laisser certaines vérités.

Voilà certainement un trait de charité exemplaire ; mais est-elle réglée par la prudence? 1° Elle ne va pas à moins qu'à contredire l'Evangile. Jésus-Christ déclare que celui qui ne croira pas sera condamné; saint Paul dit anathème à quiconque enseignera un autre Evangile que celui qu'il a prêché. Galat., c. 1 , f. 8. 11 met au nombre des œuvres de la chair les disputes , les dissensions et les sectes, c. 5, f. 49. Il attribue les erreurs des sectaires à l'hypocrisie et à une conscience cautérisée , /. Tim., c. 4, f. 2; à l'orgueil aussi bien qu'à l'ignorance, c. 6, f. 4; aux pièges du démon, à la volonté duquel ils obéissent, IL Tim., c. 2 , f. 26 ; à la corruption de l'esprit et à l'opiniâtreté , c. 5 , fr 8 ; à la prévention pour certains maîtres, et à l'amour de la nouveauté , c. 4 , f. 5; à un vil intérêt, TH., c. 1, f. M. II déclare qu'un hérétique est condamné par son propre jugement, c. 3, f. 10.

Saint Pierre et saint Jean n'en jugent pas plus favorablement. Les Pères de l'Eglise ont-ils eu tort de suivre les leçons et les exemples des apôtres ?

2° Pourquoi les protestants, toujours si charitables envers les mécréants, sontils si prompts à condamner les Pères de l'Eglise, à relever les moindres méprises qu'ils croient trouver dans leurs écrits, à leur supposer des motifs odieux, pendant qu'ils ont pu en avoir de trèslouables? Ces Pères méritent-ils donc moins d'indulgence et de ménagement que les hérétiques de tous les siècles? Nous ne disons rien des invectives sanglantes que les protestants lancenlcontre les pasteurs et les docteurs de l'Eglise catholique. Avant de censurer avec tant d'aigreur un défaut vrai ou prétendu , il ne faut pas commencer par s'en rendre coupable. Voyez Hérétique.

Il peut se faire que Yerreur d'un homme , élevé dans une fausse religion, soit moralement invincible; qu'un mahométan , par exemple, peu capable de

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réfléchir , croie fermement que l'Alcoran a été inspiré; mais il ne s'ensuit rien. Nous ne savons que trop , par notre expérience , que Terreur peut nous paroître revêtue de toutes les couleurs de la vérité. Il y auroit de l'injustice à penser que tous les philosophes qui ont écrit en faveur du paganisme n'y crussent pas, et qu'à leur place nous aurions mieux aperçu qu'eux l'absurdité

à sa liberté , nous ne croyons pas qu'il commette un crime. Si un maître n<7 peut, sans nuire grièvement à ses pro près intérêts , lui assurer la vie , la sub sistance , la protection , que sous condition d'un service perpétuel , nous ne voyons pas où est l'injustice de l'exiger, ni en quoi cette convention réciproque blesse le droit naturel.

Dans l'état des familles errantes et nomades, lorsqu'il n'y avoit point encore

du polythéisme et de l'idolâtrie. Il ne I

s'ensuit pas de là qu'il est indifférent! de société civile établie, un serviteur pour le salut d'adorer plusieurs dieux , 1 ne pouvoit changer de maître sans s'exou de n'en reconnoître qu'un seul , j patrier; un maître ne pouvoit congédier d'être déiste ou athée. Dieu seul peut] ses esclaves sans ruiner sa famille. {Adjuger jusqu'à quel point une erreur-, clavage étoit donc une suite inévitable quelconque est innocente ou criminelle, j de la société domestique ; mais il étoit

EKKOiNtè. Lorsque l'Eglise condamne une proposition comme erronée, elle

adouci parles avantages de cette société. Un esclave pouvoit être l'héritier de son

entend que celte proposition est con- maître qui n'avoit pas d'enfants. Gen.,

traire à une vérité enseignée par la révélation , qu'elle y est opposée, ou direc-

c. 15, f. 2. La liberté civile n'est devenue un bien que depuis qu'elle a été

tement, ou par voie de conséquence. ! protégée par les lois, et que les moyens Lorsqu'elle la condamne comme hcré-\ de subsistance sont multipliés-, avant tique, elle déclare que cette proposi- j cette époque, la liberté absolue étoit tion est contraire à un dogme que l'E- un mal pour tout homme qui n'avoit glisc a formellement décidé. Avant la j pas une famille, des troupeaux, des décision, v?rreur peut être involontaire ; serviteurs, des pâturages. Il serait abet pardonnable ; après la décision, elle i surde de soutenir que ['esclavage donc Test plus ; c'est opiniâtreté, et consé- j mestique étoit pour lors contraire au quemment hérésie. droit naturel. Nous ne blâmerons donc

ËSAU. Voyez Jacob. I point Abraham, ni les autres patriarches,

ESCLAVAGE , ESCLAVE. De savoir si j d'avoir eu des esclaves; et nous ne pou-

tout esclavage est contraire au droit naturel , c'est une question qui regarde directement les philosophes moralistes.

vons pas douter qu'ils ne les aient traités avec toute l'humanité possible. Job proteste qu'il n'a jamais refusé de rendre

Mais comme les patriarches ont eu des ; justice à ses serviteurs et à ses seresclaves et n'en sont point blâmés, que j vantes, lorsqu'ils la lui demandoient, Moïse s'est borné à rendre plus douce la ! parce qu'il a toujours craint le jugement condition des esclaves, sans supprimer ; de Dieu, c. 31 , f. 15.

absolument la servitude ; qu'elle a subsisté et subsiste encore sous le christianisme , les politiques incrédules de notre siècle ont déclamé à l'envi contre la religion , qui a permis ou toléré dans tous

II. Moïse donna des lois aux Hébreux pour réunir ce peuple en société civile et nationale. On sait quel étoit alors le droit des gens dans l'état de guerre; c'étoit de tout égorger. Lorsqu'on ôtoit

les temps celte infraction du droit na- j la liberté à un prisonnier, au lieu do turel. Nous sommes donc forcés d'exa- j lui ôter la vie, faisoit-on un acte do miner si leurs plaintes sont fondées , et i cruauté? Si aujourd'hui nous étions en s'ils ont raisonné sur des principes so- guerre avec une nation sauvage qui eût lides. I massacré tous nos prisonniers, nous croi-

I. Le premier besoin de l'homme est I rions-nous obligés , par la loi naturelle, la vie et la subsistance. Si , pour se les ! à lui renvoyer les siens? Si , au lieu de procurer, il se trouve réduit à renoncer | les égorger par représailles , on les ré-

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duisoit à Y esclavage, auroient-ils droit de se plaindre? Nous nous croirions ; obligés , sans doute, par les lois de l'hu- | inanité, à ne pas rendre leur condition \ insupportable, à l'adoucir autant que pourroit le comporter leur naturel farouche. Voilà ce que fit Moïse.

Placé à la tête d'une nation qui devoit «enquérir les terres l'épée à la main, j au milieu de peuples qui avoient des j esclaves, dans un état de société où la j liberté étoit nulle pour ceux qui n'avoicnt j pas la propriété des terres , il ne pou- [ voit supprimer absolument Yesclavage; \ mais il fit des lois très-sages pour l'a- \ tioucir. Exod., c. 21 , f. 1 et suiv.; ! Levit., c. 25, f. 40, etc. Nous soute- l nons que ['esclavage étoit moins dur j chez les Juifs que chez toute autre na- | lion connue ; il seroit aisé d'en faire la ! comparaison. Qu'auroient fait de mieux, j en pareil cas , nos philosophes , ven- j gcurs des droits de l'humanité?

Quand on veut disserter contre Yes- ".

davage , il ne faut pas argumenter sur

«ne idée de la liberté, telle que nous la ,

connoissons aujourd'hui ; elle n'a existé

nulle part dans le monde avant la nais-

sance du christianisme , et il est ab- '

surde de trouver mauvais que Moïse ne :

l'ait pas établie chez les Juifs, dans des !

siècles où l'état uhysique et moral du s

genre humain tout entier s'y opposoit. j

Trouve - t-on, parmi les Juifs, aucun '

exemple de la barbarie avec laquelle les J

Crées et les Romains, ces deux nations \

si éclairées et si polies , traitoient leurs ■

esclaves ?

A Athènes , les esclaves affranchis \

étoient encore appelés citoyens bâtards. j

Les Romains se seroient crus déhono- j

rés, s'ils avoient mangé avec un esclave;

pour l'admettre à leur table , ils éloient

obligés de l'affranchir.

il. Lorsque Jésus - Christ parut sur

la terre, les droits de l'humanité n'é-

îoient pas mieux connus qu'au siècle de

Moïse. Les philosophes , au lieu de les

cclaircir, les avoient rendus plus obscur.

Les Grecs avoient décidé que parmi les

hommes, les uns naissent pour la liberté

-et les autres pour Yesclavage ; que tout

étoit permis contre les Barbares , c'est-

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à-dire , contre tout homme qui n'étoit pas Grec; dans la seule ville d'Athènes, il y avoit quatre cent mille esclaves pour vingt mille citoyens. A Rome, la condition des esclaves n'étoit guère différente de celle des bêtes de somme : on frissonne en lisant la manière dont ces malheureux étoient traités. Voyez les Mémoires de VAcad. des Inscript., t.

63,in-12,p. 102. Tel étoit le droit commun de toutes les nations dans les siècles de la philosophie. Si Jésus-Christ , par ses lois, avoit attaqué de front ce droit prétendu, il auroit autorisé la résistance des empereurs et des autres souverains à l'Evangile ; aujourd'hui nos philosophes l'accuseroienl d'avoir attenté au droit public de tous les peuples.

Le divin Législateur fit mieux ; par ses maximes de charité , de douceur, de fraternité entre les hommes , il disposa les esprits à sentir que Ycclavage , tel qu'il étoit pour lors, blessoit la loi naturelle. On voit, par la lettre de saint Paul à Philémon, ce que dictoit la morale évangélique sur ce point essentiel, et combien est éloquent le langage de l'humanité dans la bouche de la chanté chrétienne; un esclave baptisé acquéroit le droit de fraternité avec son maître.

« Que chacun , dit saint Paul , de- » meure dans l'état dans lequel il a été » appelé à la foi. Etiez - vous esclave? » Ne vous en affligez pas ; mais si vous » pouvez devenir libre, profitez de l'oc- » casion. /. Cor., c. 7 , f. 20. Après le » baptême, il n'y a plus ni juif ni gen- » til , ni maître ni esclave ; vous êtes » tous un seul corps en Jésus -Christ.

» Galat., c. 3, f. 27. Esclaves , obéis- » sez à vos maîtres temporels avec » crainte et simplicité de cœur, comme

» servant Dieu et non les hommes

» Et vous, maîtres, traitez de même » vos esclaves, en vous souvenant que » vous avez dans le ciel un Seigneur » qui est votre maître et le leur , et qu'il » n'y a de sa part aucune acception de » personnes. » Ephes., c. 6, y. 5,

Cela n'a pas empêché un philosophe de nos jours d'écrire qu'il n'y a, dans l'Evangile , pas une seule parole qui rappelle le genre humain à la liberté

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primitive pour laquelle il semble né; j dieux , mais à l'église, nu pied des auqu'il n'est rien dit, dans le nouveau ! tels, insacro-sanctis ccclesiis, et alors Testament, de cet état d'opprobre et | les affranchis et leur postérité étoient de peine auquel la moitié du genre hu- j sous la protection de l'Eglise. Dictionmain étoit condamnée; que l'on ne j naire des antiquités, au mot Jffrantrouve pas un mot, dans les écrits des | chissement.

apôtres et des Pères de l'Eglise , pour changer des bêtes de somme en citoyens, comme on commença de le faire parmi nous vers le treizième siècle.

Probablement ce philosophe n'avoit jamais lu le nouveau Testament, puisqu'il ignoroit les paroles de saint Paul, que nous venons de citer , et le nom de frère que Jésus-Christ donne à tous les

En recommandant l'humanité aux maîtres , l'Eglise respecta leurs droits ; les anciens canons défendent d'élever un esclave à la cléricature, ou de le recevoir dans un monastère sans le consentement de son maître. Bingham , Orig. eccl., 1. 4, c. 4, g 23; 1. 7, c. 5, g 2.

Malgré ces sages ménagements, la politique de Constantin a été blâmée par

hommes. A la vérité , ce divin Maître j nos philosophes: mais leur privilège est n'a pas disserté sur le droit naturel ; de ne jamais s'accorder avec eux-mêcomme les philosophes ; mais il l'a fait : mes. Une des bonnes œuvres les plus sentir , en nous rendant tous enfants de { communes parmi les chrétiens , fut de Dieu par le baptême. Les belles maxi- j tirer leurs frères de la servitude, et mes de Sénèque et des autres stoïciens, ; d'acheter leur liberté. Plusieurs poussur l'humanité due aux esclaves , n'a- \ scrent l'héroïsme de la charité jusqu'à voient rien opéré ; Jésus-Christ, en ap- ; se rendre eux-mêmes esclaves pour en prenant aux hommes que Dieu est le j délivrer d'autres ; saint Clément de père de tous , a changé les idées et les mœurs des maîtres du monde. En effet, Constantin, devenu chrétien , sentit la [exemple. Les évêques crurent ne pounécessité des affranchissements, pour repeupler un empire dévasté par des guerres continuelles, et il comprit en j crer au rachat des esclaves; saint Exu-

Rome nous l'apprend , Fpist. I. ad Cor. n. 7. Saint Paulin de Noie en est un

voir faire un plus saint usage des richesses des Eglises, que de les consa-

même temps que le don de la liberté seroit plus précieux , lorsqu'il seroit consacré par des motifs de religion ;il autorisa les affranchissements faits à l'Eglise en présence de révoque; mais cet usage subsistoit déjà parmi les chrétiens , puisqu'il en est fait mention dans la lettre de saint Ignace à saint Polycarpe , n° 4. Ployez la note de Cotelier sur cet endroit. Bientôt le baptême donna aux esclaves la liberté civile aussi bien que la liberté spirituelle des enfants de Dieu. Dès ce moment la législation fut occupée à modérer le pouvoir des maîtres sur les esclaves , et les Eglises devinrent un asile pour ceux d'entre ces malheureux qui étoient maltraités injustement par leurs maîtres. Histoire de VAcad. des Inscript., tome 1 9, in- 1 2, pag. 212 et 21 7 ; Mém. tome 63, p. 120. Les affranchissements per vindictam i ou par la baguette du préteur , ne se tirent plus dans les temples des faux

père de Toulouse vendit jusqu'aux vases sacrés pour satisfaire à ce devoir de charité.

L'histoire a conservé le souvenir des pieuses profusions que fit sainte Bathilde, reine de France, et régente du royaume, pour racheter des esclaves, et du zèle dont elle fut animée pour l'extinction de l'esclavage. Il étoit impossible que des exemples aussi frappants n'eussent pas des imitateurs. Cependant l'on ose écrire de nos jours que le christianisme n'a contribué en rien à l'extinction ni à l'adoucissement de Y esclavage.

Les effets de la charité chrétienne auroient été plus prompts et plus sensibles, si l'irruption des Barbares n'avoit changé tout à coup le droit public et les mœurs de l'Europe. Mais l'espèce de servitude qu'ils introduisirent , étoit beaucoup plus supportable que Yesclavage domestique usité chez les Grecs et chez les Romains; c'est pour cela même

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