‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 94 sur 114 · ESC 459 ES · texte numérisé non relu

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qu'il a inspiré moins de compassion , j Iosophcs, qui ont le pins déclamé contre

qu'il a subsisté plus longtemps , et qu'il y en a encore des restes aujourd'hui.

Lorsque nos philosophes ont écrit que Vescîavage dure encore en Pologne et même en France , que les ecclésiastiques et les monastères ont des esclaves sous

la traite des nègres , ont fait eux-mêmes valoir leur argent par ce commerce 9 tant la philosophie inspire d'humanité.

Un auteur anglois a fait sur ce sujet une réflexion très-sage. Il est étonnant, dit-il, qu'un peuple qui parle avec tant

le nom de main-mortables , ils se sont ] de chaleur de la liberté politique , ne

joués des termes et de la crédulité de leurs lecteurs. Qu'est-ce que 1% mainmorte ? C'est un contrat par lequel un seigneur a cédé des fonds à un colon , sous condition, i° d'un cens ou redevance annuelle en denrées, en argent, ou en travail; 2° le colon ne pourra vendre ni aliéner ces fonds sans le consentement du seigneur , et sans lui payer les droits de lodset vente ; 3° que si le colon vient à mourir sans héritiers communs en biens avec lui , sa succession appartiendra au seigneur. Où est l'iniquité et la dureté de ce contrat? Il gêne la li-

fasse aucun scrupule de réduire une partie des habitants de la terre à un état où ils sont non - seulement privés de toute propriété , mais encore de toute espèce de droits. Le hasard n'a peutêtre jamais produit aucune combinaison plus propre à tourner en ridicule un système grave, noble , généreux, et à faire voir combien peu les hommes sont dirigés dans leur conduite par des principes philosophiques. Observât, sur les Comm. de la société 3 par Millar.

Voyez Servitude.

ESDRAS , auteur de deux livres de berté du colon , cela est incontestable ; ! l'ancien Testament , fut prêtre des Juifs mais c'est une grande question de sa- | quelque temps après leur retour de la

voir si la liberté absolue est un bien pour ceux qui manquent d'intelligence , d'activité et de conduite : nos philosophes ne sont pas assez sages pour la décider sans appel. Il est bon de savoir qu'un

captivité , et sous le règne d'Artaxerxès Longue-main. Il est appelé docteur habile dans la loi de Moïse. Selon les conjectures communes , ce fut lui qui recueillit tous les livres canoniques , en

colon main - mortable est toujours le [ rendit le texte plus correct , les distribua

maître de s'affranchir ; en cédant au seigneur les fonds qu'il tient de lui , et le tiers des «meubles , il a droit de se pourvoir par devant le juge , et de se faire déclarer franc sujet du roi. Plusieurs seigneurs poionois ont offert la liberté à leurs serfs , et ceux-ci l'ont refusée. A quoi servent donc les diatribes de nos philosophes ?

Mais Vescîavage, pris en rigueur, subsiste encore dans les colonies... Ce n'est point ici le lieu de discuter cette question de morale et de politique, nous pourrons l'examiner au mot Nègres. C'est assez pour nous d'avoir montré ce que le chris-

en vingt- deux livres , selon le nombre des lettres de l'alphabet hébreu ; mais ce fait n'est pas incontestable. On croit encore que dans cette révision il changea quelques noms de lieux , et mit ceux qui étoient en usage de son temps à la place des anciens.

Les deux livres tfEsdras sont reconnus pour canoniques par la synagogue et par l'Eglise. Le second est attribué à Néhémias. Le troisième, qui se trouve en latin dans les Bibles ordinaires, après la prière de Manassès , est reçu comme canonique chez les Grecs ; mais il est regardé comme apocryphe par les ca-

tianisme inspire et présenta ce sujet. Dès l; tholiques et par les anglicans. Ce troi-

que le commerce apprend aux hommes à ne plus adorer d'autre Dieu que l'argent , et que le philosophisme vient encore renforcer celte disposition , nous pouvons prédire que la servitude ne recevra ni adoucissement , ni diminution.

L'on sait que quelques-uns de nos phi-

sième livre , dont on a le texte grec y n'est qu'une répétition des deux premiers; il est cité par saint Athanase , saint Augustin , saint Ambroise : saint Cyprien même semble l'avoir connu. Le quatrième, qui ne subsiste qu'en latin , est rempli de visions, de songes, et

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contient des erreurs ; il est d'un autre auteur que le troisième , et probablement d'un Juif converti, mais mal instruit : les Grecs n'en font aucun cas , non plus que les Latins.

Nous ne doutons pas qu* Esdras n'ait beaucoup contribué à la collection ou au canon des livres de l'ancien Testament , aussi bien qu'au rétablissement de la république juive ; mais on lui attribue tant de choses sur de simples présomptions, qu'il est difficile de ne pas douter de plusieurs. Rien n'est plus ingénieux, et, si l'on veut, rien n'est plus probable que les conjectures que Prideaux a faites y dans son Histoire des Juifs, liv. 5, sur les travaux à" Esdras; mais de simples probabilités ne sent pas <îes preuves, et il en faudroit de trèspositives dans, une question aussi importante qu'est l'authenticité , l'intégrité et la divinité des livres de l'ancien Testament.

Suivant ces conjectures, c'est Esdras •qui réunit en un corps les livres sacrés, *]ui en donna une édition correcte , cl qui les rangea à peu près dans le même ordre où ils sont aujourd'hui. 11 en rassembla le plus grand nombre d'exemplaires qu'il put ; il les confronta, et il corrigea les fautes qui s'y étoient glissées par l'inattention des copistes ; il fut aidé dans ce travail parles docteurs de la grande synagogue. Cependant il ne put pas mettre dans ce canon ou catalogue , ni son propre livre , ni celui de Néhémie, ni celui de Malachic, qui paroissent avoir écrit après lui. Il ajouta, dans plusieurs endroits des livres sacrés, ce qui lui parut nécessaire pour les éclaircir, les lier et les achever, et en cela il eut l'assistance du môme Esprit qui les avoit dictés au commencement.

Mais ces additions prétendues sont les passages que Spinosa et d'autres incrédules soutiennent n'avoir pas pu être écrits par Moïse, et l'on a solidement prouvé le contraire.

Esdras est encore l'auteur des deux livres des Paralipomèncs, et peut-être de celui d'Eslhcr ; cependant il y a dans le premier de ces livres , c. o, une généalogie des descendants de Zorobabcl,qui

s'étend plus bas que le temps d' Esdras : ce n'est donc pas lui qui l'a faite en cm tier : conséquemment ces ouvrages n'ont été placés dans le canon que plus tard. Il changea les noms anciens de plusieurs lieux , et y substitua les noms moder« nés , afin de les faire mieux connoître. Enfin , il écrivit tout en lettres chaldaïques, plus nettes et plus agréables que les anciens caractères hébreux ou samaritains. Quelques savants ont même douté s'il n'est pas l'auteur des points voyelles du texte hébreu.

Tout cela n'est fondé que sur la tradition des Juifs: or, cette tradition, touchant la question même dont nous paFlons, est mêlée de plusieurs fables auxquelles on n'ajoute aucune foi. Il s'agit donc de savoir quelle règle nous devons suivre pour distinguer dans cette tradition le vrai d'avec le faux.

Nous ne révoquons point en doute l'inspiration d'Esdras, puisque son livre fait partie des Livres saints ; mais nous ne savons que par la tradition juive qu'il a écrit les Paralipomèncs , le livre d'Eslhcr, et non celui de Tobie ; qu'il a mis dans le canon l'ouvrage de Jérémie , et non celui de Baruch , et qu'il a fait tout ce que les Juifs lui attribuent. Or, celte tradition des Juifs n'a été couchée par écrit qu'après la naissance du christianisme , environ cinq cents ans après la mort à'Esdras. Il faut encore s'y fier , pour savoir que les livres de ce prêtre , de Néhémie, de Malachic , d'Esther, des Paralipomèncs , ont été placés dans le canon par la grande synagogue. La première chose de laquelle il faudroit être certain , est que cette synagogue a été inspirée de Dieu pour faire cette opération. Prideaux pense que la grande importance de l'ouvrage le demandoit, et que celte preuve suffit. Sans donle elle suffit aussi aux protestants en général, puisqu'ils n'en ont point d'aulre.

Il est fort singulier que les protestants attribuent si libéralement l'inspiration de Dieu à la synagogue juive , pendant qu'ils la refusent à l'Eglise chrétienne. Cependant cette inspiration n'éloit pas moins nécessaire à l'Eglise pour former le canon des livres du nouveau Testa-

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ment , qu'à la synagogue pour dresser le catalogue des ouvrages de l'ancien. Ils sont forcés de s'en tenir à la tradition orale des Juifs, qui a demeuré cinq cents ans sans être écrite , et ils refusent de s'en rapporter à la tradition vivante de 1 Eglise catholique, à moins qu'on ne leur en fournisse des preuves par écrit dès le second ou le troisième siècle. Voilà une bizarrerie à laquelle nous ne concevons rien.

Pour nous , nous avons une règle plus simple , et qui n'est sujette à aucune in-

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menec soixante -treize ans auparavant.

2° Il atteste dans son livre que , quand il arriva à Jérusalem, il trouva le temple rebâti , le culte rétabli, la police remise en vigueur , selon la loi de Moïse; que tous les règlements qu'il ajouta furent faits en vertu de celle même loi : donc elle étoit connue être vérée des Juifs avant c^f Esdras fût au monde. Comment la connoissoient-ils , sinon par les livres d& Moïse ?

5° Il est impossible qu'un seul homme ait pu posséder toules les connoissances

conséquence. Nous ne refusons pointa la ! historiques , physiques , géographiques

synagogue une assistance de Dieu pour ; et politiques nécessaires pour composer discerner les Livres sacrés ; mais quand ( non-seulement les cinq livres de Moïse T elle ne l'auroit pas eue , notre foi n'en j mais tous les autres qui composent l'an-

seroit pas moins certaine. C'est Jésus- Christ et ses apôtres qui ont appris à l'Eglise chrétienne quels sont ces livres, soit pour l'ancien Testament, soit pour le nouveau ; et nous en sommes assurés, parce que l'Eglise a toujours fait profession de ne croire et de n'enseigner que ce qu'elle a reçu de Jésus-Christ et des apôtres. Nous n'avons pas besoin de remonter plus haut , cette autorité seule nous su (lit. Voyez Canon.

Plusieurs incrédules ont assuré qu'Esâras est le véritable auteur du Pcntateuque attribué à Moïse , et des autres livres de l'ancien Testament ; un peu de réflexion suffit pour faire sentir l'absurdité de cette supposition. ( Ne XXXIX, p. 619. )

J° Esdras n'est venu de Babylone en Judée que soixante-treize ans après le premier retour de la captivité sous Cyrus , et sous la conduite de Zorobabel ; il n'étoit ni grand prêtre, ni juge souverain de la nation, mais simple sacrificateur. Les Juifs ont-ils été assez do- monarchies, elc.

cien Testament. Il est impossible qu'il ait assez pu varier son style, pour prendre le ton et la manière de douze ou quinze auteurs différents , et qui les distinguent. Il n'y a qu'à comparer le livre d1 'Esdras avec le Deuléronome, et voir s'ils sont du même auteur. Il n'a pas écrit en hébreu pur : il y a mêlé du chaldéen ; le seul ouvrage qu'on puisse lui attribuer , outre celui qui porte son nom , sont les deux livres des Paralipomènes , et il n'auroit pas pu les faire , si les livres précédents n'avoient pas existé. Auroit-il répété ce qui est dit dans les livres des Rois, s'il avoit été l'auteur des uns et des autres? Il n'auroit fait que reprendre l'histoire où les livres des Rois l'avoient laissé.

4° Il faut supposer qu'Esdras a été inspiré pour faire les prophéties qui n'étoient pas encore accomplies de son temps ; celles qui regardent le Messie et la conversion des nations, celles de Daniel, qui annoncent la succession des

ciles pour recevoir de ce prêtre des livres , des dogmes, des lois , des mœurs dont ils n'avoient encore aucune connoissance? Si les Juifs n'avoient pas été imbus de la croyance , des mœurs , des espérances qu'ils ont toujours attribuées aux livres de Moïse, on devroit les regarder comme des insensés, d'avoir quitté la Perse et l'Assyrie pour venir s'établir dans la Judée. Ce n'est pas

5° Si les livres de Moïse avoient été forgés par Esdras, les Culhéens, établis à Samarie, ennemis mortels de ce prêtre et des Juifs qui le respectoient , n'auroient jamais reçu ces livres comme divins, comme la règle de leur croyar.ee et de leur police ; aucun peuple n'a pris de son gré un ennemi pour législateur.

La constance de ces Samaritains à conserver les anciens caractères hébreux y

Esdras qui leur avoît inspiré celte dé- ! pendant que les Juifs ont adopté les ca-

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Tactères chaMéens , prouve que l'un de ces peuples n'a jamais rien voulu avoir de commun avec l'autre.

6° Si les Juifs n'avoient pas été bien convaincus qu'il y avoit une loi de Moïse qui leur défendoit d'épouser des étrangères , auroient-ils consenti à se séparer de celles qu'ils avoient prises pour épouses , de les renvoyer avec les enfants qu'ils en avoient eus , comme ils le firent \orsqu' Esdras l'exigea? c. 13.

Quelques incrédules l'ont taxé de cruauté à ce sujet ; il n'auroit pas osé le proposer de sa propre autorité.

Nous ne connoissons aucun de ces critiques qui se soit donné la peine de répondre à aucune de ces raisons.

Ceux qui ont imaginé qu'une partie l

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f. 24 : a Lorsque je partirai pour l'Es- » pagne , j'espère de vous voir en pas- » sant. » Et sur ce que dit saint Ciément, Epist. 1 , c. 5 , que saint Paul est allé jusqu'à l'extrémité de V Occident, expression qui semble désigner Y Espagne.

Conséquemment saint Cyrille de Jérusalem , saint Athanase, saint Epiphane , saint Jean Chrysostome , saint Jérôme , Théodoret, saint Grégoire le Grand et d'autres, ont été persuadés que saint Paul avoit effectivement prêché dans ce royaume.

Cependant le pape Gélase a été dans l'opinion que saint Paul n'a point exécuté ce voyage, quoiqu'il en eût formé le dessein ; Innocent Ier dit , dans sa première épitie, que saint Pierre est le seul des livres de l'ancien Testament s'étoit I apôtre qui ait prêché en Occident. On perdue pendant la captivité de Baby- j n'a trouvé en Espagne aucun vestige loue , et qu'Esdras les rétablit , retom- certain de la prédication de saint Paul , bent à peu près dans les mêmes incon- j et Sulpice Sévère pense que la religion vénients. Les livres de Tobie et d'Esther j chrétienne a été reçue assez tard en deçà nous attestent que pendant la captivité j des Alpes, Hist.} 1. 2. Les critiques moles Juifs observoient leur religion, leurs j dernes, qui sont de ce sentiment, disent lois, leurs mœurs nationales, autant j que les anciens Pères n'ont point eu qu'il leur étoit possible : donc ils étoient j d'autre raison de croire le voyage de attachés à leurs livres. Une législation j saint Paul en Espagne , que ce que nous aussi compliquée et aussi minutieuse que | lisons dans Fépîlre aux Romains; que celle des Juifs n'a pu se conserver par ] l'expression de saint Clément peut seuunc simple tradition. Si tous les exemplaires de la Chronique de Froissait ou

de l'histoire de Joinville étoient perdus , nous voudrions savoir qui seroit parmi nous l'homme assez habile pour les refaire tels qu'ils sont.

Encore une fois , il n'est pas prouvé qu'Esdi'as ait eu autant de part qu'on le croit communément à la collection des Livres sacrés, au changement des caractères, à la correction du texte, etc. Ft y. les dissertations sur ce sujet , Bible d'Avignon , tome 17, pag. 5 et suiv.

L'auteur de la Bible expliquée a fait quelques objections frivoles contre le livre d'Esdras; son réfutateur y a solidement répondu : elles ne valent pas la peine d'être répétées.

ESPAGNE, Eglise d'Espagne. La plupart des savants espagnols sont persuadés que l'Evangile a été prêché dans leur pays par saint Paul. Ils se fondent sur ce que l'apôtre écrit aux Romains , c. 15 ,

lement signifier l'Occident , et non l'extrémité de l'Occident.

Il en est de même d'une autre tradition des Eglises d'Espagne, qui porte que saint Jacques le Majeur a prêché l'Evangile dans ce royaume ; cet.le tradition est fondée sur le témoignage de saint Jérôme, de saint Isidore de Séville, sur l'ancien bréviaire de Tolède, sur les livres arabes d'Anastase , patriarche d'Antioche , touchant les martyrs. Ce fait important a été combattu par plusieurs critiques habiles , mais toujours défendu avec force par les savants espagnols.

Voy. Vies des Pères et des Martyrs , tome 6, p. 516.

Quoi qu'il en soit, saint Irénée , mort l'an 205, cite la tradition des Eglises d'Espagne et des Gaules ; Tertullien , peu de temps après , parle aussi des Eglises d'Espagne; mais ils ne disent rien d'où Ton puisse conclure que ces Eglises étoient florissantes et en grand

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nombre. On ne connoît personne qui ait souffert le martyre en Espagne avant saint Fructueux , mis à mort i'an 259 ; et le premier concile tenu en Espagne est celui d'Elvire , que Ton place communément vers l'an 300. Fabricius pense qu'Elvire est la ville de Grenade ; il est plus probable que la première a été détruite , et qu'elle étoit située à trois ou quatre lieues de Grenade.

L'opinion la plus suivie par les critiques est que le christianisme s'estétabli en Espagne dans le cours du second siècle , que les premiers prédicateurs y ont été envoyés de Rome ou des Gaules ; mais on ne connoît positivement ni la date précise de leur mission , ni le détail de leurs travaux. Les révolutions arrivées dans ce royaume ont fait perdre la mémoire de ces anciens événements.

Le christianisme y étoit florissant au troisième siècle, puisque le concile d'Elvire porte les noms de dix-neuf évoques, et que la discipline qu'il établit est trèssévère. Sur la fin du quatrième , l'hérésie des priscillianistes , qui étoit une branche de celle des manichéens , y lit des ravages.

Vers l'an 470, les Visigoths, ou Goths occidentaux , qui s'étoient d'abord établis en Languedoc, passèrent les Pyrénées , et se rendirent maîtres de Y Espagne ; ils y portèrent l'arianisme dont ils étoient infectés , mais ils n'y détruisirent pas la foi catholique. Vers l'an 590, la plupart furent convertis par saint Léandre , évêque de Séville , et par saint Isfdore, son frère et son successeur. V Espagne redevint ainsi entièrement catholique.

Au commencement du huitième siècle, en 711 , selon le père Pagi , les Maures s'emparèrent de FEspagne, et y firent régner le mahométisme. Cependant un très-grand nombre de chrétiens y conservèrent leur religion , soit dans les montagnes deCastille et de Léon, où plusieurs se retirèrent , soit dans quelques villes , où ils obtinrent par capitulation l'exercice du christianisme. Ces chrétiens ont été nommés mozarabes , c'està-dire mêlés avec les Arabes. Voyez Mozarabes. L'an 1088, le roi Alphonse re-

prit la ville de Tolède sur les Maures , et y rétablit l'exercice de la religion chrétienne. Depuis ce temps-là , l' Espagne a été reconquise en détail , et la domination des Maures y fut détruite l'an 149 1 . Ils n'en ont cependant été entièrement chassés que sous Philippe II en 1570, et sous Philippe III en 1 61 0 , après que l'on eut fait toutes les tentatives possibles pour les convertir.

Au seizième siècle , quelques théologiensespagnols,quiavoientsuivi Charles- Quint en Allemagne, y avoienl pris une teinture des erreurs de Luther ; ils la rapportèrent dans leur patrie , et ils y firent quelques prosélytes ; mais les rigueurs de l'inquisition étouffèrent ces semences de l'hérésie, et aujourd'bui les Espagnols se félicitent d'avoir été exempts des convulsions dont l'Allemagne , la France et d'autres royaumes ont été agités à celte occasion. Il est aisé de voir quel est l'esprit qui a dicté aux protestants et aux incrédules les injures qu'ils se sont permis de vomir contre les Espagnols.

On voit , par ce court détail , que la religion chrétienne n'a couru nulle part de plus grands dangers qu'en Espagne, et qu'elle n'a pu s'y conserver que par une protection particulière de la Providence. Cette Eglise a eu de grands hommes et de grands saints , et la discipline ecclésiastique s'y est toujours maintenue avec plus de sévérité qu'ailleurs.

ESPÈCES ou ACCIDENTS EUCHARIS- TIQUES. Foy. Eucharistie.

ESPÉRANCE , vertu théologale et infuse , par laquelle nous attendons de Dieu , avec confiance , le secours de sa grâce en cette vie , et le bonheur éternel en l'autre. Les motifs de cette confiance sont la bonté de Dieu , sa fidélité à tenir ses promesses, et les mérites de Jésus- Christ.

On peut avoir la foi sans Yespérancey mais on ne peut avoir Vespérance sans la foi ; comment espéreroit-on ce qu'on ne croit pas ? Aussi saint Paul dit que la foi est le fondement de Vespérance.

Hebr., c. 11 , f. 1 . Les théologiens appellent espérance informe , celle qui n'est pas accompagnée de la charité, et qui

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peut se trouver dans les pécheurs; espérance formée, celle qui est perfectionnée dans les justes par la charité.

L'effet de l'espérance chrétienne n'est pas de nous donner une certitude absolue de notre sanctification, de notre persévérance dans le bien , et de notre glorification dans le ciel, comme le veulent les calvinistes , selon la décision de leur synode de Dordrecht; mais de nous inspirer une ferme confiance en la bonté de Dieu, aux mérites de Jésus-Christ, au secours de la grâce ; confiance qui ne déroge ni à l'humilité que Dieu nous commande , ni à la crainte de notre propre foiblcsse.

Deux excès sont opposés à l'espérance; savoir, la présomption et le désespoir. Celui-ci a lieu lorsque nous nous persuadons que nos péchés sont trop grands pour que Dieu les pardonne , et que nous sommes trop foibles pour que la grâce nous soutienne. Nous tombons dans la présomption , lorsque nous comptons tellement sur nos vertus et sur nos forces , que nous ne craignons plus de perdre la grâce ni le bonheur éternel.

Selon les philosophes, V espérance et la crainte sont incompatibles ; mais les théologiens soutiennent que cela n'est vrai qu'à l'égard de la crainte excessive et absolument servile; que Y espérance même la plus ferme n'exclut point la crainte filiale qui nous éloigne du péché, parce qu'il déplaît à Dieu , qui nous fait éviter les occasions de le commettre , et .^ous fait prendre des précautions contre notre foi blesse.

Puisque Dieu nous commande d'espérer en lui , que la confiance aux mérites de Jésus-Christ est la base du christianisme , que ce sentiment fait toute notre consolation dans cette vie , on ne peut pas s'empêcher de savoir mauvais gré à ceux d'entre les théologiens qui affectent de suivre toujours les opinions les plus rigides, et les plus propres à nous faire désespérer de notre salut.

Pour un pécheur qui se perdra par présomption , il yen a vingt qui tomberont dans l'im pénitence par désespoir. Pour ébranler notre confiance, ils répètent sans cesse que Dieu ne nous doit rien.

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