‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 95 sur 114 · AÇ>\ ESP · texte numérisé non relu

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Nous soutenons qu'il nous doit tout ce qu'il nous a promis, a Dieu, dit saint

Augustin , est devenu notre débiteur, en recevant quelque chose de » nous, mais en nous promettant ce qu'il » lui a plu. » Serm., 1S8 , n. 2. a Dieu , » dit saint Paul , est fidèle à ses pro- » messes, il ne permettra pas que vous » soyez tentés au-dessus de vos forces T » mais il vous fera tirer avantage de la » tentation même, afin que vous puis- » siez persévérer. » /. Cor., c. 10, y. 15.

Quand on se rappelle la conduite de Dieu à l'égard des pécheurs dans tous les siècles, la patience avec laquelle il les attend , les menaces qu'il leur fait , la répugnance qu'il a de les punir , les tendres invitations qu'il leur adresse, la facilité avec laquelle il pardonne au premier signe de repentir, la joie qu'il témoigne de leur retour, peut -on se persuader qu'il en délaissera un seul , qu'il lui refusera des grâces, qu'il l'endurcira pour avoir la triste satisfaction de le punir, qu'il abandonnera même les justes? Est-ce ainsi qu'il a traité les hommes antérieurs au déluge , les Sodomi tes , les Egyptiens , les Chananéens,. les Ninivites, David, Achab, Nabuchodonosor, Manassès , la nation juive toute entière?

Jésus -Christ, parfaite image de son Père, en a représenté tous les traits; il a mis sous nos yeux , non le tableau de sa justice , mais celui de sa miséricorde» Ses maximes, ses exemples , sa vie toute entière , ne respirent que la douceur, Pindulgence , la compassion pour les pécheurs. Les paraboles de la brebis égarée, des fermiers de la vigne , de l'enfant prodigue, du publicain dans le temple; sa conduite à l'égard de Zachée , de la pécheresse de Naïm , de la femme adultère , de saint Pierre , des Juifs qui l'ont crucifié; quelles leçons ! quels motifs de confiance! Les pharisiens en ont murmuré, les incrédules s'en scandalisent.

Convient - il de n'en pas parler pour ramener le pécheur?

Pour savoir lequel de ces deux motifs, V espérance ou la crainte, est le plus efficace pour convertir les pécheurs et pour affermir les justes , il ne faut pas

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Interroger les théologiens spéculateurs qui ne connoissent que leur cabinet ; il laut consulter les ouvriers évangéliques, les hommes blanchis dans les travaux de l'apostolat, instruits, par une longue «expérience , des penchants du cœur humain : tous ces derniers répondront que .la crainte abat le courage , et que Yesférance le ranime. Foijez Confiance en Dieu.

ne fut jamais confondu avec l'être qui ne sent rien , et qui est purement passif. Parce que tout homme se sent , il a dit : Je suis une substance ; par analogie , il a supposé aussi une substance dans le corps ou dans la matière , sans pouvoir comprendre ce que c'est, sans avoir aucune idée claire d'une substance matérielle. L'idée de Y esprit est donc claire , naturelle , saisie par le sentiment inté- ESPRIT, substance immatérielle et I rieur; l'idée de la matière est une idée distinguée du corps. (Ne XL, p. 619. ) 'factice calquée sur la première. Plusieurs philosophes de notre siècle jj Ainsi ia question se trouve réduite à ont poussé l'entêtement jusqu'à soutenir savoir si, lorsque les auteurs sacrés , les que les auteurs sacrés , et les Pères de j Pères de l'Eglise et les anciens philosol'Eglise, n'altachoient point au mot es- plies ont nommé Dieu, les anges , les prit le même sens que nous lui don- j âmes, ils les ont conçus comme des êtres nons ; que sous ce terme ils entendoient j morts , passifs, immobiles , ou comme seulement une matière très-subtile, une j des êtres qui se sentent, qui pensent et substance ignée ou aérienne, inacces- 'qui agissent. Le pyrrhonien le plus insible à nos sens , et non une substance j trépide oseroit-il former du doute làabsolument immatérielle, dessus? Pour n'avoir aucune idée de Sans entrer dans aucune discussion j V esprit, il faut n'avoir jamais réfléchi grammaticale , nous convenons qu'il n'y ! sur soi-même. Cette idée n'a commencé a, dans les langues connues, aucun j à paroître obscure que depuis que cerîerme propre et uniquement destiné à j tains philosophes ont travaillé à l'cmsignilier un être immatériel. Comme brouiller. Un disputeur peut mettre en l'imagination n'y a point de prise, il a | question si le souffle ou le feu est un fallu recourir à une métaphore pour le j être qui se sent, qui pense, qui a la désigner ; la plupart des noms qu'on lui ( conscience de ses opérations; mais un a donnés signifient le souffle , la respi- homme sensé ne se le persuadera jaration , qui est le signe de la vie. mais; l'ignorant le plus groasier en fe-

Mais tous les hommes, sans avoir roit une dérision, aucune teinture de philosophie, ont Voyons donc si les auteurs sacrés, les distingué naturellement la substance vi- Pères de l'Eglise, ont admis la création; vante , active, principe de mouvement, i ils ont conçu que Dieu agit par le seul d'avec la substance morte , passive , in- [ vouloir : Dieu dit , que la lumière soit, capable de se mouvoir; ils ont nommé j et la lumière fut. Un être matériel peutla première esprit, la seconde corps ou j il être créateur? Aucun matérialiste amatière. Cette distinction est aussi an- i t-il jamais cru la création possible ? Ils cienne que le monde, aussi étendue que j disent , en parlant de la création de la race des hommes. Tous ont été si l'homme, que Dieu souffla sur un corps, persuadés de l'inertie de la matière, [et que l'homme devint une âme vifju'ils ont supposé un esprit partout où j vante ; que l'homme est fait à l'image ifs ont vu du mouvement. Voxjez Paga- de Dieu. Voilà les deux substances clai-

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La distinction de ces deux êtres entre <îans notre intelligence, non-seulement par le canal de nos sens , mais par la conscience de nos propres opérations; un être qui se sent, qui se rend témoignage de ses pensées , de ses vouloirs , *le ce qu'il fait et de ce qu'il éprouve,

rement distinguées ; l'homme qui ressemble à un Dieu pur esprit, qui se sent, qui se connoît, qui pense, qui veut , qui agit , n'est-il qu'une portion, de matière?

Après deux mille cinq cents ans de disputes philosophiques , nous en sommes encore à ces deux premiers mots,

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et nous n'irons jamais plus loin. Uesprit I Comme le propre de l'esprit est d'agir,, est l'être qui se sent , se connoît , vit et I les anciens ont appelé esprit toute cause agit; le corps est l'être qui ne sent rien, qui agit, comme le vent, les tempêtes, ne se remue point, s'il n'est pousse et i Ps. 148. L'Ecclésiastique , c. 59 ,jL 5!> mis en mouvement. On a su les distin- j et suivants , dit : a II y a des esprits qui

guer depuis Adam jusqu'à nous, et en j » ont été créés pour la vengeance

dépit du verbiage philosophique , on !» Le feu , la grêle , la famine , la mort , continuera de les distinguer jusqu'à la ] » les bêtes farouches, les serpents , le fin des siècles. j » glaive. » Le nom d'esprit mauvais

Peu importe de savoir si les anciens < est quelquefois donné aux maladies inont pensé ou non que tout esprit est j connues et regardées comme incurables;

dans ce sens Saul étoit agité par un mauvais esprit. I. Reg. c. '18, j. 10. Il est parlé, dans l'Evangile, d'un jeunehomme-

toujours revêtu d'un corps subtil; il nous suffit que jamais l'on n'ait confondu ces deux êtres.

Il est dit , Gen., c. 45, j. 27, que Vesprit de Jacob commença de revivre , lorsqu'il apprit des nouvelles de Joseph. JVum., cap. 27, f. 16, Moïse dit :

« Que le Seigneur, Dieu des esprits de > toute chair, choisisse un homme ca-

gneur : « Mon âme vous désire pendant » la nuit , et la matin mon esprit s'é- » veille pour vous dans le fond de mon » cœur. » UEcclésiaste, c. 12 , j. 7, dit que la poussière de l'homme rentrera dans la terre d'où elle a été tirée , et que

possédé d'un esprit muet qui le jetoir. par terre , le faisoit écumer, grincer les dents, éprouver des convulsions, ce sont les symptômes de Tépilepsie ; mais dans d'autres passages l'esprit impur est évidemment le démon, comme Matt.,

» pable de conduire toute cette multi- c. 42,jf.43, etc. De là même il résulte tude. » Isaïe, c. 26, j. 9 , dit au Sei-

que les anciens ont été plus enclins à spiritualiser les corps qu'à matérialiser les esprits.

Les incrédules nous en imposent , lorsqu'ils disent qu'esprit est un mot vide de sens, un terme purement négatif, qui signifie seulementce qui n'est pas corps, l'esprit retournera à Dieu qui l'a donné. . Nous pourrions dire, avec autant de rai- Tobie , c. 5, f. 6, demande à Dieu que son, que corps ou matière signifie scuson esprit soit reçu en paix , etc. Dans \ leraent ce qui n'est pas esprit. S'il y a tous ces passages, il n'est point question j de mauvais philosophes qui décident que du souille ni d'une substance matérielle, tout ce qui n'est pas corps n'est rien, comme le prétendent les incrédules. on connoît aussi des idéalistes qui ont

Dans plusieurs autres endroits, il est soutenu qu'il n'y a que des esprits , que parlé d'esprits bons ou mauvais, qui j les corps ne sont qu'une apparence et

vont où il leur plaît, qui parlent, qui agissent, qui se présentent devant le trône de Dieu , etc. Ce ne sont point là de simples métaphores; il neseroit pas possible de leur donner un sens raisonnable , et les auteurs sacrés leur attribuent des opérations qui ne peuvent convenir à des êtres matériels, quelque subtils qu'on les suppose. Lorsque Jésus-Christ a dit dans l'Evangile, Joan., c. 4, v. 24, « Dieu est esprit, on doit » l'adorer en esprit et en vérité , il n'a » certainement pas voulu dire que Dieu » est un corps subtil. »

Nous convenons cependant que le mot esprit, dans l'Ecriture sainte , ne signifie pas toujours une substance immatérielle.

une illusion faite à nos sens; les uns ne sont pas plus raisonnables que les autres.

Ils disent que, jusqu'à Descartes , les philosophes et les théologiens attribuoient de l'étendue aux esprits. Quand cela seroit vrai , il ne s'ensuivroit rien, puisque , malgré Descartes , il y a encore aujourd'hui des philosophes qui , en admettant la distinction essentielle entre les corps et les esprits, soutiennent que ceux-ci ne sont pas absolument sans étendue. Cudworlh, Syst. intell., c. 5, sect. 5, § 52, tom.2,p.496.

Si l'on nous demande comment nous prouvons l'existence des esprits, ou des substances distinguées de la matière, tout homme sensé répondra : 1° Je sens

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que je suis moi , et non un autre ; que si quelquefois je suis passif, d'autres fois je suis actif; que quand j'agis avec réflexion , je le fais librement et par mon choix; voilà trois sentiments dont la matière est essentiellement incapable.

D'ailleurs, il est impossible à tout philosophe d'expliquer par un mécanisme cor-

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Beau sobre , dans son Histoire du manichéisme, 1. 5 , c. 2, g 8, a fait tous ses efforts pour disculper les manichéens, qui concevoientla nature divine comme une lumière étendue , par conséquent comme un corps; il prétend que cette opinion ne nuit en rien à la foi ni à la | piété. Voici ses raisons : 1° L'Ecriture

porelles opérations de l'âme, la pensée, sainte ne décide point le contraire; le

la réflexion , le vouloir, les sensations , le mouvement commencé et non communiqué; les matérialistes sont forcés d'en convenir.

2° L'ordre physique de l'univers ne peut être attribué au hasard, ou à une nécessité aveugle , le bon sens y répugne; il faut donc que ce soit l'ouvrage d'une intelligence ou d'un esprit. Or, s'il y a un esprit auîeur et conservateur du monde , qui empêche qu'il n'ait donné l'être à d'autres esprits d'un ordre inférieur? De même il faut un ordre moral pour fonder la société entre les hommes ;

terme incorporel ne se trouve point dans la Bible ; Origène l'a remarqué. 2° Ce Père dit que les docteurs chrétiens , qui croyoient Dieu corporel , alléguoient en preuve cette parole de Jésus-Christ.

Joan.y c. 4, jL 24 , Dieu est esprit, c'est-à-dire, un souffle; ainsi les auteurs ecclésiastiques n'attachoient point au mot esprit le même sens que nous.

5° Origène lui-même reconnoît que tout esprit, selon la notion propre et simple de ce terme , est un corps , tom. 43 , in Joan.} n. 21 : Novalien, lib. de Trinit., c. 7 , dit : « Si vous prenez la substance

prême, cet ordre ne porte sur rien. C'est une absurdité de supposer que rien n'est absolument bien ou mal dans l'ordre physique , et qu'il y a du bien ou du mal dans l'ordre moral.

5° Le système de ceux qui nient l'existence des esprits n'est qu'un chaos de contradictions et de conséquences pernicieuses à la société, il ne peut être embrassé que par des motifs odieux. Le genre humain tout entier réclame contre l'entêtement des matérialistes; dans tous les temps ils ont excité le mépris et la haine publique ; c'est un trait de démence de leur part, de vouloir lutter contre le sens commun.

Quand ces preuves ne seroient pas démonstratives pour les hommes de toutes les nations, elles le sont pour nous, qui les voyons confirmées par la révélation. C'est aux philosophes de les développer ; il nous suffît de les indiquer sommairement. Mais un théologien doit savoir sur quel fondement l'on accuse les auteurs sacrés et les Pères de l'Eglise de n'avoir pas connu la nature des êtres spirituels , d'avoir cru que Dieu , les anges et les âmes humaines sont des substances corporelles.

s'il n'y a pas un esprit législateur su- » de Dieu pour vn esprit, vous en ferez

» une créature. » 4° « Pouvez-vous, dit » saint Grégoire de Nazianze, concevoir » un esprit sans concevoir du mouve- » ment et de la diffusion ?... En disant » que Dieu est incorporel ou immatériel, » on dit ce que Dieu n'est pas , et non ce » qu'il est.... Tous les termes que l'on | » emploie pour expliquer cette nature » incompréhensible présentent toujours » à notre esprit l'idée de quelque chose » de sensible. » Orat. 54. 5° Ce même Père dit ailleurs qu'un ange est un feu ou un souffle intelligent ; l'auteur des Clémentines appelle les anges des esprits ignés. Suivant l'opinion de Mélhodius , les âmes sont des corps intelligents, dans Photius, Cod. 234. Si nous en croyons Caïus , prêtre de Rome , V esprit de l'homme a la même figure que le corps, et il est répandu dans toutes ses parties. Ibid., Cod. 48. 6° Enfin saint Augustin, Epist. 28, reconnoît que , dans un cer-

tain sens , l'âme est un corps. Dans ses Confessions , liv. 5, p. 44, il dit : « Si » j'avois pu avoir une fois l'idée des sub- » stances spiritueiles , j'aurois bientôt » brisé toutes les machines du mani- » chéisme. »

Les incrédules ne pouvoient pas man-

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