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quer de copier Beausobre , et d'affirmer que les Pères de l'Eglise n'ont point eu la notion de la parfaite spiritualité ; les Juifs pouvoient encore moins l'avoir, puisqu'elle ne se trouve pas dans la Bible. Celle objeclion est assez grave pour mériter un examen sérieux.
1° Quand le terme d'incorporel se trouveroit dans l'Ecriture sainte , nous n'en serions pas plus avancés , puisque ,
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même , Origène prouve la parfaite spiritualité de Dieu ; il soutient que les paroles de l'Ecriture ne doivent point être prises dans le sens grammatical , mais dans un sens spirituel ; les principes qu'il pose, ibid., n. 6 et 7 , démontrent également la parfaite spiritualité des anges et des âmes humaines. Pourquoi Beausobre a-t-il supprimé ce fait essentiel? Tome 15, in Joan., n. 21 , Origène
selon nos adversaires , les anciens en- I répète la même chose; il réfute ceux qui tendoient seulement par ce mot un être \ disoient que ces paroles, Dieu est esprit,
qui n'est point un corps grossier et sensible , mais un corps subtil , tel que l'air ou le feu. Qu'importe le terme , dès que nous trouvons la chose dans les livres saints ? Ils nous enseignent que Dieu est immense , infini , qu'il remplit le ciel et la terre , qu'il est présent à toutes les pensées des hommes. Jerem., c. 25 , f. 21; Baruch, c. S, t. 25; Ps. 158, f. 5 , etc. Cela peut-il s'entendre d'un corps? Très-souvent, dans l'Ecriture, Vesprit signifie la pensée , l'intelligence, les conneissances surnaturelles. Exod.t cap. 55, f. 51 ; Num.} c. Il , f. 25 , 29 , etc. Donc ce n'est ni le souffle, ni un corps subtil.
2° Un. auteur païen a rendu aux Juifs
signifioient, Dieu est un souffle. Il avoue que , dans le sens grammatical , esprit signifie un corps; mais il prouve qu'on ne doit pas le prendre dans ce sens. Le texte cité de Novatien ne dit rien de plus. 2° Il faut savoir d'abord que , dans le dise. 5'4, cité par Beausobre , saint Grégoire de Nazianze prouve , ex professo, contre les manichéens, que Dieu ne peut pas être un corps ; et Beausobre luimême l'a remarqué ailleurs. Dans ce même discours, dans le 58e, Carm. 1 , de Virginit., etc., ce Père nomme les anges des intelligences pures, vois , des êtres intelligibles et intelligents , des natures simples , que l'on ne saisit que par la pensée. L'aveu qu'il fait de la foi-
plus de justice que nos adversaires. « Les j blesse de notre esprit pour concevoir les
substances spirituelles, et de l'insuffisance du langage pour en exprimer la nature , prouve qu'il ne les prenoit pas pour des corps ; il n'est difficile ni de concevoir les corps subtils , ni d'en exprimer la nature. II avoue encore qu'mcorporcl et immatériel sont des termes purement négatifs ; mais il n'ajoute point que ces termes sont faux à l'égard de Dieu.
5° Nous sommes déjà convenus que, dans aucune langue, il n'y a un terme propre et sacré pour distinguer un esprit , qu'il faut absolument l'exprimer parunemétaphoreempruntéedes corps; que prouvent donc celles dont saint Grégoire de Nazianze, Méthodius et d'autres se sont servis? Bien du tout. Quand ils
» Juifs , dit Tacite, conçoivent un seul » Dieu par la pensée seule , Etre souve- » rain , éternel , immuable , immortel. » Judœi mente solcî unumque numen inielligunt y summum illudet œternum, neque mutabile , neque interiturum.
Où les Juifs avoient-ils puisé celte notion sublime , sinon dans la Bible?
II. Nous n'aurons pas plus de peine à justifier la croyance des Pères de l'Eglise que celle des auteurs sacrés.
1° Origène, de Princip., 1. 1, c. 1, dit seulement : « Je sais que quelques-uns » voudront soutenir que, selon nos Ecri- » turcs , Dieu est un corps , parce qu'il » y est dit , Dieu est un feu dévorant , 9 Dieu est esprit ou souffle , Dieu est » lumière. » Comment Beausobre sait-il
qu'Origène , par ce mot quelques-uns , a ' ne se seroient expliqués qu'une seule entendu les docteurs chrétiens, les au- fois d'une manière orthodoxe , c'en seleurs ecclésiastiques, et non des philo- roit assez pour convaincre d'injustice sopheset des hérétiques? 11 étoit de la leurs accusateurs. Les Pères ont attribué bonne foi d'avouer que dans cet endroit aux esprits le mouvement , c'est-à-dire
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faction ; ils appellent diffusion , la présence à plusieurs parties de l'espace , et il ne s'ensuit rien.
Les mots corps et matière ne sont pas moins métaphoriques que le mot esprit.
Vi*7, la matière, dans l'origine signifie du bois; quelques auteurs l'ont rendu eu latin par sylva ; si l'on soutenoit qu'en disant que Dieu est immatériel , nous entendons seulement qu'il n'est pas du bois , on se couvriroit de ridicule. Corps , dans notre langue , comme dans toutes les autres, a au moins dix ou douze significations différentes ; un pauvre corps, signifie souvent un pauvre esprit; savoir ce qu'un homme a dans le corps, c'est savoir ce qu'il pense ; on peut dire, le corps d'une pensée, pour distinguer le principal d'avec les accessoires. Aussi les anciens ont souvent confondu corps avec substance ; ils ont nommé corps , tout être borné et circonscrit par un lieu, tout être susceptible d'accidents et de modifications passagères : nous le ferons voir au mol Tertullien. Dans ce sens, ils ont dit que Dieu seul est incorporel. La plus vicieuse de toutes les philosophies est de bâtir des hypothèses sur des termes équivoques» Beausobre s'est plaint vingt fois de ce que l'on a fait le procès aux hérétiques sur des mots ; et il ne fait autre chose à l'égard des Pères de l'Eglise.
4° Puisque saint Augustin a dit que l'âme humaine est un corps dans un certain sens, il donne assez à entendre que ce n'est pas dans le sens propre. Lib. contra Èpist. fund., c. 16, et ailleurs, il réfute les manichéens qui disoient que Dieu est une lumière , par conséquent un corps. Personne n'a professé avec plus d'énergie que ce Père , et n'a mieux prouvé la parfaite spiritualité de Dieu , des anges et des âmes humaines ; il seroit inutile de copier ce qu'il en a dit.
C'est sans doute pour nous détromper de ces paradoxes, que Beausobre nous renvoie au père Petau , Dogm. Theol.,
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ces saints docteurs qui ont soutenu la parfaite spiritualité des intelligences célestes, et il a réfuté d'avance la plupart des raisons de Beausobre.
11 est faux que l'hypothèse <?.'un Dieu corporel soit indifférente à la foi et à la piété ; cette erreur est incompatible avec le dogme essentiel de la création, et avec celui de la sainte Trinité. Si Dieu n'est pas créateur , il faut admettre le système des émanations, avec toutes les absurdités qui s'ensuivent; il faut concevoir Dieu comme l'âme du monde ; supposer, avec les stoïciens , la fataiité de toutes choses , avec les épicuriens , la matérialité de l'âme humaine, par conséquent sa mortalité : erreurs qui sapent le fondement de la morale et de la religion.
Foy. Dieu , Ange, Ame, Emanation , etc.
5° Poussons à l'excès , s'il le faut , la complaisance pour nos adversaires. Mosheim , dans ses notes sur Cudworth , Syst. inlell., c. S, sect. 5, § 21 , dit que les anciens philosophes dislinguoient dans l'homme deux âmes, savoir l'âme sensitive, qu'ils appeloient aussi Vesprit, et qu'ils concevoient comme un corps subtil; et l'âme intelligente, incorporelle, indissoluble, immortelle. A la mort de l'homme, ces deux âmes se séparoient du corps , et demeuroient toujours unies, mais non confondues, de manière que l'une ne pouvoit être absolument séparée de l'autre. Ce même critique prétend que les Pères de l'Eglise ont conservé dans le christianisme cette opinion philosophique.
Supposons , pour un moment , qu'il y ait quelques Pères de l'Eglise qui ont pensé en effet de cette manière : il s'ensuit déjà que ces Pères , aussi bien que les anciens philosophes , ont eu une idée très -claire de la parfaite spiritualité, puisqu'ils l'ont attribuée à l'âme intelligente que l'on appeloit *«&»«, mens, en tant qu'elle éloit distinguée de l'âme sensitive , ipuy$ , anima, que l'on envisageoit comme un corps très-subtil. Il s'en-
tome 5 , de Jngelis , 1.1. En effet , ce I suit encore que si les Pères ont cru que théologien, après avoir allégué dans le i les anges sont toujours revêtus d'un chapitre 2 les passages des Pères qui corps subtil, ils ne les ont pas pour cela semblent supposer les anges corporels , confondus avec le corps , et qu'ils les ont cite dons le 5e le très-grand nombre de I regardés comme des substances spiri-
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tuelles par essence. Il s'ensuit enfin que Dieu est pur esprit, à plus forte raison, suivant la croyance des Pères qui est celle des auteurs sacrés ; qu'ainsi les accusateurs des Pères ont tort à tous égards.
III. Mais puisque Ton ne reproche aux anciens philosophes d'avoir méconnu la parfaite spiritualité , que pour faire retomber ce blâme sur les Pères de l'Eglise, nous sommes forcés d'examiner ce qui en est.
Mosheim , dans le même ouvrage , cap. 4 , g 26 , note ( y) , prouve, par des
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riens. Or, ces derniers n'ont jamais été assez insensés pour prétendre que les âmes étoient composées d'atomes grossiers, ou des parties les moins subtiles de la matière ; jamais ils n'ont dit que
ces atomes étoient hétérogènes ou de différente espèce : donc les platoniciens, qui les ont attaqués, ont entendu que les âmes ne sont composées ni d'atomes subtils, ni d'atomes homogènes.
2° Les épicuriens, qui supposoient les atomes homogènes et de même espèce, n'en ont pas moins soutenu que les âmes qui en étoient composées étoient disso-
passages très-forts de Cicéron et d'autres l lubies , destructibles , mortelles , péris-
philosophes , que les anciens n'ont point attaché aux mots esprits, âme, incorporel, être simple, être pur, etc., le
sables ; donc il est faux qu'ils aient pensé que les parties d'une substance composée de matière homogène étoient
même sens que nous y attachons ; qu'ils ! inséparables , et l'on ne prouvera jamais
ont appelé spirituel et incorporel tout corps subtil, igné ou aérien ; être simple , celui qui n'est point composé d'atomes de différente nature ou de matières de différentes espèces ; qu'ils ont pensé que, quand une substance est formée d'une matière homogène , ses parties sont, inséparables,-qu'elle est par conséquent indestructible et immortelle. Ce critique, si bien instruit des opinions de l'ancienne philosophie , ajoute cependant une restriction. « Je ne prétends pas assurer , » dit-il , qu'aucun des anciens n'a eu l'i- » dée de la parfaite spiritualité ; je veux » seulement dire que, quand on lit leurs
que leurs adversaires ont soutenu le contraire sur ce point.
5° Les anciens philosophes n'ont point connu de matière plus pure ni plus subtile que le feu ou la lumière, l'air ou Véther : or , nous verrons que , suivant les platoniciens , les âmes ne sont formées d'aucun des quatre éléments , qu'elles sont d'une cinquième nature absolument différente, à laquelle ils n'ont pas pu donner un nom ; donc ils ont pensé que cette nature étoit purement spirituelle ou immatérielle.
Il est singulier que l'on suppose les philosophes , surtout les platoniciens ,
ouvrages, il ne faut pas croire que j plus stupides que le peuple. A l'imitation » toutes les fois qu'ils emploient les I du peuple, ils ont adoré les éléments
» mêmes termes que nous , ils y atta » chent aussi le même sens. »
Nous lui savons g<"é de cette observation. Puisqu'il ne nie pas qu'il y ait eu des anciens philosophes qui ont eu l'idée de la parfaite spiritualité , il est de notre devoir d'examiner si les Pères de l'Eglise n'ont pas adopté cette notion plutôt que celle des autres philosophes.
1° L'on sait très-bien que Démocrite , les épicuriens et d'autres n'admettoient point l'idée de la parfaite spiritualité , puisqu'ils soutenoient que les esprits ou les âmes étoient composés d'atomes ; mais l'on sait aussi que Pylhagoi e , Platon et leurs disciples , ont combattu de toutes leurs forces l'opinion des épicu-
comme des dieux : le feu ,.sous le nom de Vulcain, l'air le plus pur, sous le nom Jupiter , etc. Mais ils les supposoient animés par une intelligence , par un génie , ou par une âme capable de voir, d'entendre , de connoître ce qu'on faisoit pour lui plaire; Platon l'enseigne formellement dans le Timée, p. 527, B, et ailleurs. Les parsis, qui adorent encore aujourd'hui le feu , en ont la même idée. Voyez Paksis. Les ignorants, non plus que les savants , qui ont supposé toute la nature animée par des intelligences, ne les ont jamais confondues avec les corps ou grossiers ou subtils dont ils les croyoient revêtues.
4° Ce même fait est encore démontré
une cinquième nature , qu il est plus difficile de nommer que de concevoir :
Çuinta illa non nominata magis , quàm jion intellecta nalura; il auroit été facile de lui donner un nom , si on l'avoit prise pour un corps subtil.
Ibid.y n. 80, pag. lia. « Plusieurs , >» dit -il, soutiennent la mortalité de » l'âme , parce qu'ils ne peuvent ima- >» giner ni comprendre quelle elle est, » lorsqu'elle n'a plus de corps ; comme * s'il étoit plus aisé de concevoir quelle
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par la distinction que les philosophes ont mise entre l'âme sensitive et l'âme intelligente, entre l'âme des brutes et celle des hommes ; jamais ils n'ont dit que l'âme sensitive et l'âme des brutes étoient des corps grossiers , ou des corps composés de matières hétérogènes ; quoiqu'ils regardassent celles-ci comme des corps homogènes et très-subtils , ils les ont crues mortelles et périssables : donc ils ont pensé différemment à l'égard de l'âme intelligente. Aussi Platon , dans le Tintée, ibid., dit que Dieu , en formant le monde , mentem quidem, animée animant verô corpori dédit.
5° Ce même philosophe, dans le Phédon, p. 591 , G , soutient qu'une âme ne peut être plus grande ou plus petite qu'une autre âme; pourquoi non, si c'est un corps subtil?
6° Personne n'a mieux connu que Cicéron les opmions des divers philosophes sur la nature de l'âme , puisqu'il ïes a rapportées toutes. Dans ses Questions académiques , 1. 4, n. 225, édit.
Rob. Steph., p. 54 , il propose celle-ci : )» si l'âme est un être simple ou comi' posé; dans le premier cas, si c'est du ?» feu, de l'air, du sang, ou si c'est, » comme le veut Xéno; :ate , l'intellij- gence sans aucun corps , mens nu Ho » corpore ; alors, dit-il, on a peine à * comprendre quelle elle est. » Voilà du moins Xénocrale défenseur de la parfaite spiritualité. Bientôt Cicéron sera du même avis , et c'est celui de Platon , sous lequel Xénocrate avoit étudié la philosophie.
Dans les Tusculanes , 1. 1 , n. 64, page 114, après avoir parlé des quatre éléments , Cicéron demande si l'âme est
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» elle est dans le corps , sa forme , sa » grandeur, son lieu. Si nous ne conce- » vons pas ce que nous n'avons jamais » vu , il n'est pas plus facile de conce* » voir Dieu que l'âme divine séparée » du corps. » Nous ne voyons pas en quoi il est difficile de concevoir l'âme humaine comme un corps très-subtil.
N° 85. Il rapporte ce raisonnement, tiré du Phédon de Platon , pag. 544, D. « Ce qui agit toujours est éternel ; s'il » cessoit d'agir, il ne seroitplus. L'Elre » seul, qui se meut lui-même, ne cesse » jamais de se mouvoir, parce qu'il ne » peut cesser d'être ce qu'il est par es- » sence , principe du mouvement. Ce » principe ne peut venir d'un autre, il » ne seroit plus principe : il ne peut » donc ni commencer ni cesser d'être. » On sait que chez les Grecs mouvoir et agir, mouvement et action sont synonymes. La question n'est pas de savoir si le raisonnement de Platon, pour prouver l'éternité de l'âme, est solide ou non ; mais auroit-il pu le faire s'il avoit envisagé l'âme comme un corps subtil? Nous soutenons que ce philosophe n'a jamais cru qu'un corps d'aucune espèce pût être un principe d'action ; et c'est ce que les matérialistes ne lui ont jamais pardonné.
N° 101. Cicéron ajoute : « S'il y a, » comme le veut Aristote, une cinquième » nature différente des quatre éléments,
» c'est celle des dieux et des esprits
» Ceux-ci sont exempts de mélange et » de composition ; ce ne sont point des » êtres terrestres, humides, ignés ou » aériens; tous ces corps sont incapables » de mémoire, de pensée, de réflexion, » de souvenir du passé , de prévoyance » de l'avenir , de sentiment du présent. » Ces facultés sont vraiment divines ; » l'homme n'a pu les recevoir que de » Dieu.... En effet, Dieu lui-même ne » peut être conçu que comme une intel- » ligence, mens, dégagée de tout mé- » lange terrestre et périssable , qui voit » tout, qui meut tout, et dont l'action » est éternelle. »
Il le répète , n° 110, pag. 119. « La » nature de l'esprit , animi, est une » nature unique et singulière, propre à