‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 98 sur 114 · ÉTAT DE LA NATURE HUMAINE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA NATURE HUMAINE

Les théologiens distinguent différents états , dans lesquels le genre humain a été ou a pu se trouver depuis la création , et il faut en avoir une notion pour entendre le langage théologique; nous parlerons de chacun sous son titre particulier. Ainsi :

Etat de pure nature. Voy. Nature.

Etat d'innocence. Voyez Adam.

Etat de nature tombée. Voy. Péché originel.

Etat de nature réparée. Voyez Rédemption.

De même , à l'égard de chaque particulier, et relativement au salut, l'on distingue Y étal de grâce d'avec Y état du péché. Voyez Grâce , Péché.

Etat , condition , profession. Saint Paul, /. Cor., c. 7, f. 20, dit aux fidèles : o Que chacun demeure dans la vocation » ou dans Y état dans lequel il a été ap- » pelé, maître ou esclave; dans Y état » de virginité , ou dans celui du ma- » riage , qu'il y persévère selon Dieu. » Il est donc possible de faire son salut dans tous les états de la vie, à moins qu'ils ne soient criminels en eux-mêmes et une occasion prochaine de péché.

Aussi lorsque les publicains et les soldats demandèrent à saint Jean -Baptiste ce qu'ils dévoient faire, il ne- leur ordonna point de quitter leur profession , mais de s'abstenir de toute injustice. Luc., c. 3, jL 12. Jésus-Christ fit de même ; il ne dédaigna point les publicains, pour lesquels les Juifs avoient le plus grand mépris; et lorsqu'ils lui en tirent le reproche, il répendit qu'il n'étoit point venu appeler les justes , mais les pécheurs à la pénitence.

Cette vérité est confirmée par l'Histoire ecclésiastique , qui nous montre des saints, c'est-à-dire des personnages d'une émincnle vertu dans tous les étals de la société , parmi les pauvres et les ignorants , aussi bien que parmi les riches et les savants; dans les chaumières aussi bien que sur le trône et dans .es palais des rois ; dans les siècles même

les plus corrompus et les moins favorables à la pratique des vertus. Tous se sont sanctifiés par l'accomplissement des devoirs de leur état, en y joignant une piété exemplaire.

Ce sont là deux moyens de salut qu'il ne faut pas séparer. De même qu'un chrétien seroit dans l'illusion, s'il pensoit qu'il peut se sanctifier par la piété seule, sans remplir les devoirs de Yétat dans lequel Dieu l'a placé , il ne se tromperoit pas moins s'il se persuadoit qu'il ne doit rien à Dieu , dès qu'il ne manque point à ce qu'il doit aux hommes ; cette erreur n'est que trop commune dans tous les siècles où l'on fait peu de cas de la religion, et il se trouve une infinité de personnes intéressées à l'accréditer. Sous prétexte que les dévots ne sont pas toujours exacts à satisfaire aux devoirs de la société , on prétend que la fidélité à les accomplir tient lieu de toutes les vertus, et remplit toute justice. Mais, quand on y regarde de près , il est aisé de voir que cette morale n'est qu'une hypocrisie ; que quiconque ne se fait aucun scrupule de secouer le joug de toutes les lois religieuses , ne s'en fait pas davantage d'enfreindre les devoirs de son état, lorsqu'il le peut faire impunément; et qu'il n'y est fidèle qu'autant que son honneur et sa fortune en dépendent.

L'Eglise chrétienne , qui n'a rebuté aucune profession innocente , a toujours proscrit avec sévérité toutes celles qui sont criminelles, qui ne servent qu'à exciter les passions et à fomenter les désordres publics : conséquemment, dès les premiers siècles , elle a refusé d'admettre au baptême les femmes perdues et ceux qui lenoient des lieux de débauche, les ouvriers qui fabriquoient des idoles , les acteurs de théâtre , les gladiateurs, les conducteurs des chars dans les combats du cirque , les astrologues , ceux même qnii assistoient habituellement à ces spectacles. Ils étoient obligés d'y renoncer, s'ils vouloient être baptisés ; et s'ils y retournoient aprèi, leur baptême , ils étoient excommuniés.

Bingham , Orig. ecclés., I. 11 , c. 5, § 6 c t suiv.

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