‹ Dictionnaire de théologieChapitre 105 sur 170 · A ST 200 AST · texte numérisé non relu

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humaines ; qu’ainsi nos deslinées sont écrites dans le tableau du ciel ; que l’on peut les y lire et les annoncer d’avance ; qu’à la naissance d’un enfant , l’on peut tirer son horoscope , prévoir et prédire ce qu’il sera , ce qu’il fera, et quel sera son sort pendant toute sa vie , etc.

A la honte de l’Esprit humain , cette erreur a régné chez presque tous les peuples et dans tous les siècles; les Chaldéens , qui se distinguèrent par leur habileté dans l’astronomie , déshonorèrent cette science en y mêlant l’astrologie. Cet abus est proscrit par les lois de Moïse, parles lois des empereurs païens , plus rigoureusement encore par celles des empereurs chrétiens et par celles de l’Eglise. Plusieurs philosophes ont été attachés à cette étude vaine et frivole , et y ont eu confiance , en particulier l’empereur Julien ; Cicéron l’a combattue dans son livre De fato. Les Pères de l’Eglise et les théologiens n’ont rien négligé pour en désabuser les hommes'; ils en ont fait voir l’absurdité et l’impiété. Mais il n’y a pas encore longtemps que nous pouvons nous féliciter d’être guéris de cette maladie. Sous la régence de Marie de Médicis , aucune femme n’auroit entrepris un voyage sans avoir consulté son astrologue, qu’elle appeloit son baron. Louis XIll fut surnommé le Juste, parce qu’il étoit né sous le signe de la balance ; et les historiens nous apprennent qu’à la naissance de Louis XIV, son horoscope fut tiré avec toute la gravité et l’importance possible.

D’où a pu naître cette démence ? De la même source que le culte des astres.

«Par une vainc imagination, dit le » Sage , les hommes ont méconnu Dieu » dans scs ouvrages; ils sont persuadés I que les éléments , les astres qui rou- » lent sur nos têtes, le soleil, la lune, B les planètes , sont les dieux qui gou- » vernent le monde. » Sap., cap. 15, y. 1 . Par conséquent ils leur ont attribué des connoissanccs et une puissance bien supérieures à celles des hommes. Dès (lu’on les a regardés comme les arbitres de nos deslinées, l’on a dû conclure qu’ils poiivoient aussi nous les faire connoilrc d’avance.

On a vu d’ailleurs que les astronomes pouvoient prédire l’apparition de tel astre ou de telle constellation, le changement des saisons et de la température de l’air , une éclipse de soleil ou de lune ; que les diverses couleurs de ces deux astres annonçoient ou le beau temps, ou le vent, ou la pluie. Les astrologues, pour se rendre importants , se sont vantés d’avoir des connoissanccs encore plus étendues , de pouvoir prédire des événements qui n’avoient aucune liaison avec les phénomènes du ciel; quelques unes de leurs prédictions , vérifiées par hasard , ont inspiré aux ignorants une confiance aveugle à leurs pronostics. On sait jusqu’où a été poussée la curiosité de tous les peuples, et leur envie de connoître l’avenir. Ainsi s’est établiela croyance générale de l’influence des astres sur nos destinées , l’opinion que les dieux, c’est-à-dire, les astres animés, révéloient aux observateurs du ciel les événements les plus cachés dans l’avenir. Et puisque les stoïciens mêmes croyoient fermement à l'astrologie, il se peut très-bien faire que les astrologues eux-mêmes aient été souvent dupes de leur propre curiosité.

Mém, de l'acad. des Inscripl., t. LVI , in-12, p. 43.

Voilà pourquoi les Chaldéens , qui sont les plus anciens observateurs des astres, ont été aussi les plus célèbres devins de l’antiquité. Dans le livre de Daniel, c. 2, f. 2 et 27, les sages, les mages, les devins, les faiseurs de prédictions, les Chaldéens , sont la même chose.

Les philosophes qui ont combattu cctlc erreur, n’en attaquèrent point le fondement, c’est-à-dire, la prétendue divinité des astres ; ils ne purent donc pas la détruire : leurs raisonnements étoient trop abstraits pour être à portée du peuple. La lumière du christianisme fut pltis cflicacc ; mais elle n’élouft’a pas entièrement l’habitude d’ajouter foi aux l)rédictions des astrologues. Lorsque les .Arabes se mirent à étudier l'astronomie, ils donnèrent dans le même foible que les Chaldéens, et contribuèrent ainsi à entretenir le préjugé. 11 domine autant (juc du passé chez les Cracs , et l’on prétend qu’il est assez commun en Italie.

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Cependant les livres saints, les leçons des Pères de l’Eglise , les anathèmes lancés contre cette superstition, auroient dû la déraciner. Il étoit sévèrement défendu aux Juifs de consulter aucune espèce de devins. Lévit., c. 19, i. 51.

ûeut., c. 18, i. 10. Le prophète Isaïe insulte à la crédulité des Babyloniens et à la folle confiance qu’ils donnoient à leurs astrologues , c. 47, ^.13. « Qu’ils » paroissent , dit-il , ces hommes si ha- » hiles à contempler le ciel et à observer ® les astres, qui supputoient les lunai- » sons pour vous prédire l’avenir ; qu’ils » vous sauvent à présent de vos mal- » heurs ; ils sont comme la paille con- B sumée par le feu , et ils ne peuvent se » délivrer eux-mêmes. »

Une loi de l’empereur Constance défend, sous peine de la vie, de consulter des astrologues ou mathématiciens, et les autres devins. Si elle porte aussi le nom de Julien , elle ne fut pas faite de son aveu , puisque , dans son ouvrage contre le christianisme, il se déclare partisan de l'astrologie. Saint Cyrille , contre Julien, 1. 10, pag. 556 et 5S7. Honorius et Théodosc bannirent aussi les astrologues. Origène, saint Basile, saint Ambroise , saint Augustin , ont démontré la vanité et l’illusion de leurs prédictions. Saint Epiphane nous apprend qu’Aquila fut excommunié pour n’avoir pas voulu renoncer à l'astrologie. Plusieurs conciles ont condamné la confiance que l’on avoit à cet art funeste, et ont sévèrement défendu d’y avoir recours.

Nos rois ont confirmé ces lois par leurs ordonnances dans les derniers siècles.

Thiers, Traité des Suÿerst., t. i, c. 7, I. 5,p. 213.

On dit que îa philosophie seule a pu nous détromper sur ce point ; mais si la religion n’y a contribué en rien, pourquoi les anciens philosophes n’ont-ils pas pu y réussir, et pourquoi plusieurs d’entr’eux ont-ils donné dans le même préjugé que le vulgaire? Les Pères l’ont attaqué par la philosophie aussi bien que par la religion. Si l’on veut comparer les arguments de Bardai , dans son Arget'.is , avec ceux des Pères, on verra

qu’ils sont les mêmes. T'oyez Devin.

ASYLE, sanctuaire, lieu de refuge, qui met un criminel à l’abri des poursuites de la justice. Ce mot qui vient du grec, est composé d’a privatif, et de cuAkcü , prendre, arracher, dépouiller.

On ne pouvoit sans sacrilège arracher un homme de l'asyle dans lequel il s’étoit réfugié.

Les temples, les autels, les statues des dieux ou des héros , leurs tombeaux, étoient chez les anciens la retraite de ceux qui étoient accablés par la rigueur des loi.s , ou opprimés par la violence des tyrans. De tous ces asylcs, les temples étoient les plus sacrés et les plus inviolables. On supposait que les dieux se cliargeoient eux-mêmes de punir les criminels qui venoient se mettre ainsi sous leur dépendance immédiate ; et on regardoit comme une impiété de vouloir leur ôter le soin de la vengeance.

Chez les païens on accordait ainsi l’impunité aux criminels , même les plus coupables, soit par superstition, soit pour peupler les villes par ce moyen ; c’est ainsi en effet que Thèbes, Athènes, Rome , se remplirent d’habitants ; preuve assez sensible de la multitude des crimes qui se commettoient pour iors.

Les Israélites avaient des villes de refuge que Dieu lui-même avoit désignées; m '.is elles n’étoient un asyle assuré que pour ceux qui avoient commis un crime par inadvertance , par un cas fortuit et involontaire , et non pour ceux qui s’en étoient rendus coupables de propos délibéré.

Bingliam, dans ses Ongines ecclésiastiques, 1. 8, c. 11, § 5, pense que le droitd’asyle dans les Eglises chrétiennes a commencé sous Constantin. Il observe que , dans l’origine , ce privilège n’a été accordé ni pour mettre les criminels à l’abri des poursuites de la justice, ni pour diminuer l’autorité des magistrats, ni pour donner atteinte aux lois; mais afin de fournir un refuge aux innocents accusés et poursuivis injustement, de laisser aux juges le temps d’examiner mûrement les cas incertains et douteux, de mettre les accusés à couvert de la

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vengeance et des voies de fait, enfin, de donner lieu aux évéqucs d'intercéder pour les coupables, chose qu’ils faisoient souvent. U ne faut donc pas être surpris si les empereurs suivants confirmèrent ce droit (Tasyle, et si les pasleurs de l’Eglise furent ardents à le soutenir. Nous en voyons un exemple remarquable dans les ouvrages de saint .îean Chrysostome. Un favori de l’empereur Arcadius , nommé Eutrope , avoit suggéré à ce prince de supprimer le droit iVasyle; bientôt disgracié et poursuivi lui-même par des ennemis puissants, il fut réduit à se réfugier dans une église, et à chercher son salut en embrassant l’autel. Cet événement fournit à saint Jean Chrysostome le sujet d’un discours très-éloquent sur la vanité des grandeurs humaines, et sur la justice des décrets de la Providence. Op. 581.

Lorsque les empereurs Honorius et Théodose eurent réglé et modéré le droit d'asyle , les évêques et les moines eurent soin de marquer une certaine étendue de terrain qui fixoit les bornes de la juridiction séculière. Peu à peu les couvents devinrent des espèces de forteresses où les criminels se mettoient à l’abri du châtiment etbravoient les magistrats. Ce privilège fut étendu dans la suite, non-seulement aux églises et aux cimetières, mais aussi aux maisons des évêques ; parce qu’il n’étoit pas possible à un criminel de passer sa vie dans une église, où il ne pouvoit faire décemment plusieurs des fonctions animales. Mais enfin les asyles furent insensiblement dépouillés de leurs immunités, parce qu’ils ne servoient plus qu’à favoriser le brigandage et à multiplier les crimes.

11 faut convenir cependant , que si les asyles ont mis à couvert de châtiment plusieurs coupables qui l’avoicnl justement mérité, ils ont aussi sauvé la vie à un grand nombre d’innocents injustement poursuivis par les fureurs de la vengeance. Dans les temps malheureux où les vengeances particulières étoient censées permises , où l’on no connoissoit plus d’autre loi (jue celle du plus fort, il falloit nécessairement avoir des lieux de refuge contre la violence des seigneurs

toujours armés. Celle triste ressource n’a cessé d’être nécessaire que quand l’autorité de nos rois, la police des villes , la juridiction des tribunaux de magistrature, ont été solidement établies.

Il y avoit plusieurs de ces asyles ou sanctuaires en Angleterre; le plus fameux étoit à Béverly , avec cette inscription : Hœc sedes lapidea freed stool dicitur, id est, pacis cathedra, ad quam reus fugiendo perveniens omnimodam habet securitatem. Camden.En France, l’église de Saint-Martin de Tours a été longtemps un asyle inviolable. Les franchises accordées aux églises en Italie, ressembloient beaucoup au droit d’asyle; mais elles ont été abolies.

Charlemagne avoit donné aux asyles une première atteinte en 779, par la défense qu’il fit de porter à manger aux criminels réfugiés dans les églises. Nos rois ont heureusement achevé ce que Charlemagne avoit commencé. Hist. de VAcad. des Inscr., tom. 2, in-12, p. 52; Mém., tom. 74, p. 46.

ATHANASE (saint), évêque et patriarche d’Alexandrie, a été l’un des plus célèbres Pères de l’Eglise au quatrième siècle. Ses combats contre les ariens , les persécutions qu’il essuya de leur part , la constance avec laquelle '1 supporta leurs calomnies, plusieurs exils , une vie errante et toujours exposée pour la défense de la foi , sont <les faits connus de tous ceux qui ont lu l’histoire ecclésiastique. Quelques incrédules en ont pris occasion de le peindre comme im zélateur imprudent, comme un boutefeu, un fanatique. La vérité est qu'il n’opposa jamais que la patience , la prudence cl la force de la vérité h une persécution de cinquante ans. Son caractère se montre dans scs ouvrages; il n’injurie point ses adversaires, il ne cherche point à les aigrir , il les accable par l’autorité de rEcriiurc sainte et par la force de scs raisonnements. D’autres lui ont reproché d’avoir peu traité la morale; mais il étoit trop occupé des dangers que couroil le dogme pour avoir eu le temps de composer des traités de morale. Plusieurs auteurs protestants

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ont rendu justice à ses talents et à ses vertus. La meilleure édition de ses ou- ATages est celle qu’a donnée dom de Montfaucon, en 3 volumes in-folio. On convient que le symbole qui porte son nom n’est pas de lui, mais il est tiré de ses écrits. Fies des Pères eldes martyrs, t. 4, p. 3i.

ATHÉE , ATHÉISME. Nous entendons par «t/ieïsme, non-seulement le système de ceux qui n’admettent point de Dieu, mais encore l’opinion de ceux qui nient la providence, parce qu’à proprement parler, un Dieu sans providence n’existe pas pour nous. C’est la réflexion que fait Cicéron contre les prétendus dieux d’Epicure. 11 est triste que ce soit aujourd’hui le sentiment dominant parmi les incrédules; mais la multitude des ouvrages qui ont paru de nos jours pour établir cette doctrine désolante, ne prouve (fue trop le nombre de ses partisans.

C’est aux philosophes [de réfuter les divers systèmes à' athéisme et de démontrer l’existence de Dieu par les preuves que la raison seule nous suggère ; le devoir d’un théologien est de faire voir que les auteurs sacrés ont très-hien connu le caractère , les causes, les effets de {'athéisme ; que le portrait qu’ils ont tracé des athées de leur temps, convient encore parfaitement à ceux d’aujourd’hui.

•Selon le roi prophète , Ps. 12, i Tin- » sensé a dit dans son cœur : Il n’y a » point de Dieu. Ce langage est celui des » hommes corrompus et pervers. II n’en > n’est pas un seul parmi eux qui fasse » le bien. Leur bouche respire l’infection » des tombeaux , leur langue exhale le » poison des serpents ; ils cherchent à » séduire par le mensonge ; la noirceur » de leurs calomnies, l’amertume de » leurs reproches , démontrent qu’ils se- ” roient prêts à répandre le sang de leurs » adversaires. Ils passent des jours tris- ” tes et malheureux , jamais ils n’ont » goûté la paix : ils tremblent où il n’y a » aucun sujet de frayeur. Le Seigneur ■> est juste; il se venge de ces insensés,

* pendant que le pauvre, soumis et Iran-

• quille, met son espérance en Dieu. *

Longtemps avant David , Job avoit re-

marqué que {'athéisme est le vice des grands du monde, des hommes aveuglés par la prospérité, corrompus par l’opulence , pervertis par l’usage immodéré des plaisirs. Ils ont dit à Dieu : ï Retirez-vous de nous ; nous ne vou- » Ions ni recevoir vos leçons, ni con- ' noître vos lois. Qui est le Tout-Puis- " sant , pour que nous soyons ses ado- » râleurs , et à quoi nous serviroit de B l’invoquer?.... Mais Dieu leur rendra B ce qu’ils méritent, et alors ils le con- B noîtront. b Joh , c. 21.

t II viendra un temps , dit saint Paul , B auquel les hommes ne pourront plus B supporter une saine doctrine ; ils se B choisiront des maîtres selon leur goût; B une curiosité effrénée , la démangeai- B son d’entendre quelque chose de nou- B veau, les détourneront de la vérité, B et les feront courir après des fables, b II. Tim., c. 4, f. 3.

La principale source de {'athéisme, selon l’Ecriture sainte, est la corruption du cœur ; plusieurs philosophes modernes en sont convenus , et l'expérience le prouve. Les Grecs étoient parvenus au comble de la prospérité par leurs victoires sur les Perses , lorsque leurs philosophes se précipitèrent dans l’épicuréisme. Rome étoit devenue la maîtresse du monde, elle regorgeoit des richesses de l’Asie , lorsque le luxe introduisit dans ses murs cette philosophie meurtrière. Les Juifs venaient d’être délivrés de la persécution des rois de Syrie , ilsétoienlenrichisparlecommerce d’Alexandrie , lorsqu’ils virent éclore parmi eux le saducéisme , qui n’étoit qu’un épicuréisme grossier. Faut-il qu’à notre tour la naissance de {'athéisme vienne nous annoncer que nous touchons au plus haut point de prospérité auquel notre monarchie soit parvenue depuis sa fondation?

Mais le luxe, père de la corruption et de {'athéisme., prépare la ruine des états et la décadence des nations : ce qui est arrivé à celles dont nous venons de parler devroit nous faire trembler et nous rendre plus sages.

I. Quel motif pourroit engager un athée à être vertueux? 11 sait, à la vérité , que

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