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lo vice peut lui nuire ; mais il est aussi des circonstances où le vice autorisé par l’exemple peutdevenir avantageux. Déjà nos moralistes athées nous avertissent que dans les sociétés corrompues il faut se corrompre pour devenir heureux , se mettre au ton des mœurs régnantes pour cire estimé et applaudi. Il y a des hommes si mal constitués par la nature, que le vice est nécessaire a leur bonheur. Qu’importe que le vice puisse nuire , s’il peut aussi être utile? L’événement dépend du hasard ; tout homme dominé par une passion est tenté d’en faire l’épreuve. Il n’a point de remords à craindre , dès qu’il se sent le courage de les étouffer.
Les fautes les plus secrètes peuvent être dévoilées , mais il s’est commis aussi plusieurs grands crimes dont on n’a jamais pu découvrir les auteurs. Dans les sociétés corrompues , les fautes sont si communes que l’on n’y fait presque plus d’attention ; une dose suffisante d’effronterie tient lieu de probité. A force de raisonnements et de palliatifs , on parvient aujourd’hui à justifier les iniquités les plus criantes , et à rendre toutes les réjmtîitions équivoques.
i>La société sans doute est utile au bonheur d’un athée ; mais , comme tant d’autres, il peut jouir des avantages de la société sans y mettre beaucoup du sien : ceux qui servent le plus efficacement leurs semblables, ne sont pas les plus honorés : les vertus les plus nécessaires sont ordinairement les plus obscures , et les devoirs les plus pénibles sont les moins récompensés.
On dit que nous devons nous attacher à la patrie qui nous protège. Mais combien d’hommes profilent des bienfaits et de la protection de la patrie, en lui rendant de mauvais services, en lui insultant, en déclamant contre scs lois , en décriant son gouvernement , en exaltant jusqu’aux nues le mérite supérieur de ses ennemis ! Selon un axiome consacré parmi les athées, une patrie cpii ne nous rend point heureux , perd ses droits sur nous.
Un homme , continue-t-on , doit sc faire aimer. Où est celte nécessité pour
un athée? Il lui suffit d’être craint, et que personne n’ose lui nuire. Qu’ai-je à faire, dira-t-il, de l’amitié d’un père vieux , infirme , languissant , qu’il faut soigner et nourrir à mes dépens ? Que me rendra- t-il en échange de mon amitié?
Je conviens que l’ingratitude éloignera de moi mon bienfaiteur, le fera peutêtre repentir de ce qu’il a fait pour moi ; que m’importe s’il n’est plus en état de me faire du bien , de se venger , ni de me faire essuyer des reproches ?
J’avoue encore que la justice est nécessaire au maintien de toute association; mais on peut profiter de l’association , sans contribuer à son maintien. On a prouvé doctement de nos jours que plusieurs vices sont pour le moins aussi nécessaires au maintien de la société que les vertus.
D’ailleurs , la justice ne suffit point si l’on n’y ajoute la charité , l’humanité, la compassion pour les malheureux ; sur quoi peut être fondé pour moi le devoir de secourir un étranger , un inconnu qui souffre, mais qui ne meconnoît point, et que je ne reverrai jamais?
H est faux que nul homme ne puisse être content de soi-même , quand il sait qu’il est l’objet de la haine publique. Plusieurs grands hommes l’ont encourue par leurs vertus et par le zèle le plus pur; d’autres ont gagné la faveur publique par des crimes heureux : ceux-ci avoientils plus de droit d’être contents d’euxmémes que les premiers ?
Toutes les maximes de morale des athées sont donc fausses lorsqu’on les examine cnrigueur; quand elles seroient vraies, le commun des hommes est incapalfie de faire les réflexions , les cîilculs, les raisonnements nécessaires pour en sentir la vérité. Admettons un Dieu et une providence , ces maximes deviendront des lois.
Que le vice nous soit utile ou pernicieux dans ce monde , n’importe ; Dieu le défend , il le punira tôt ou tard.
Quand le vice nous élèvcroit sur la terre au comble du bonheur, ce ne sera qne |)0ur quelques moments ; l’ivresse passagère im’il nous causera sera suivie d’un