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dans quelques universitds, et parliculicrement dans celle de Paris, le jour qu’un licencié reçoit le bonnet de docteur, et à laquelle préside ce même licencié immédiatement après la réception du bonnet.
Le nom de cette thèse vient du mot aula, salle, parce qu’elle se passe dans une salle de l’université, et à Paris dans une salle de l’archevêché, Degré, Docteur , etc.
AUMONE, don fait aux pauvres par motif de charité et pour les soulager.
Elle est souvent commandée dans l’Ecriture sainte ; il étoit spécialement ordonné aux Juifs d’assister les pauvres, les veuves , les orphelins , les étrangers. Deut., c. 15, a ; Eccl., c. 4, 1, etc.
Les maximes de charité que Jésus-Christ répète continuellement dans l’Evangile , ont encore mieux fait sentir la nécessité de ce devoir. Il semble faire dépendre notre salut éternel du plus ou moins d’actions charitables que nous aurons faites. Matth., c. 25, ÿ. 54. L’ordre des diacres a été institué pour prendre soin des pauvres. c. 6. La ferveur de l’Eglise primitive engagea les fidèles à vendre leurs biens, à en déposer le prix aux pieds des apôtres , pour subvenir aux besoins des indigents.
Saint Paul écrivant aux Corinthiens , leur recommande de faire des collectes ou des quêtes tous les dimanches, pour assister les pauvres, comme il l’avoit prescrit aux Eglises de Galatle.' Saint Justin, y/pol. 2, nous apprend que tous les fidèles de la ville et de la campagne s’assembloient le dimanche pour assister à la célébration des saints mystères; qu’après la prière, chacun faisoit son aumône, selon son zèle et ses facultés ; qu’on en remettoit l’argent à celui qui présidoit , c’est-è-dire , à l’évêque, pour le distribuer aux pauvres, aux veuves, etc. Cet usage s’ohscrvoit du temps de saint Jérôme, et il est encore pratiqué dans les paroisses; à la messe du dimanche on quête pour les pauvres.
M. de Tillcmont, fondé sur un passage du code Ihéndosien, observe qu’au quatrième siècle il y avoit des femmes pieuses qui s’occupoient h recueillir des
aumônes pour les prisonniers; on conjecture que c’étoient les diaconesses.
La charité envers les malheureux fut le caractère distinctif des premiers chrétiens : plusieurs la poussèrent jusqu’à se rendre esclaves , et à nourrir les pauvres du prix de leur liberté. Saint Clément , Epist. I , n. 65. Ils assistoient les païens aussi bien que les fidèles : Julien leur rend cette justice; il écrit à un pontife du paganisme, Episi. 62 : « Il est hon- » feux que les Galiléens nourrissent ® leurs pauvres et les nôtres, i Aucune religion n’a inspiré aux hommes une charité aussi industrieuse, n’a suggéré autant d’établissements divers pour soulageras différents besoinsde l’humanité.
Dans l’origine , les ministres de l’Eglise ne subsistoient que (Tawnônes. Les oblations des fidèles se divisoient en trois parts, l’une pour les pauvres, la seconde pour l’entretien des églises et le service divin, la troisième pour le clergé. Saint Chrodegand, évêque de Metz au huitième siècle , dans la règle qu’il prescrit aux chanoines réguliers, veut qu’un prêtre à qui l’on donne quelque chose pour célébrer la messe, pour administrer les sacrements, pour chanter des psaumes et des hymnes, ne le reçoive qu’à titre (ïaumône.
Tel a toujours été l’esprit de l’Eglise. Les dons qu’on lui a faits, les biens qu’elle a reçus par donation , les fondations par lesquelles elle a été enrichie, sont regardés comme des aumônes, dont ses ministres sont les économes, les dispensateurs et non les propriétaires. Il y a cependant une différence à faire entre une solde, une subsistance accordée à titre de service , et une pure aumône. Voyez Casuel.
Dans notre siècle calculateur on a soutenu sérieusement que l'aumône n’est point un précepte rigoureux. Que signifie donc la sentence prononcée par Jésus-Christ contre les réprouvés, parce qu’ils n’ont pas fait l’aumône? On ajoute qu’elle produit plus de mal que de bien , parce qu’elle entretient la fainéantise des pauvres. Cette prétention seroit pardonnable, si tous les pauvres étoient en état de travailler ; mais les infirmes, les vieil-
lards, les femmes enceintes ou en couche, celles qui sont chargées d’enfants , les imbéciles, les enfants en bas ûge, les impotents, les voyageurs surpris par des besoins imprévus, etc., ne doivent pas être condamnés à mourir de faim.
C’est une fansse politique de fournir aux riches des prétextes pour endurcir leurs entrailles aux souffrances des malheureux. Si les pauvres abusent de l’aumône^ les riches abusent bien davantage de leurs richesses ; vingt pauvres soulagés mal à propos sont un moindre inconvénient qu’un seul pauvre réduit à périr par la dureté des riches. Si , toutes les fois qu’il se présente une bonne œuvre à faire , on commençoit par disserter sur les abus et les inconvénients qui peuvent en résulter, on n’en féroit jamais aucune. Il est dangereux que ce ne soit là le dernier fruit de la philosophie régnante. Fby. Charité, Fondation, HÔPITAL.
« Donner, dit saint Augustin, à man- » ger à celui qui a faim , et à boire à » celui qui a soif , revêtir un homme nu, » loger un voyageur, donner asyle à un » fugitif, visiter un malade ou un pri- * sonnier, racheter un esclave, soute- » nir un foible , guider un aveugle , con- K soler un affligé, panser un blessé, n montrer le chemin à celui qui s’égare , » donner un conseil à celui qui en a be- » soin , et la subsistance à un pauvre , » ne sont pas les seules espèces d’att- B mânes que l’on peut faire; mais par- » donner à celui qui pèche , ou le corri- » ger quand on a autorité sur lui, en ou- B bliant l’injure que l’on en a reçue, et B on priant Dieu de lui faire grâce ; ce B sont des œu\TCS de miséricorde que B l’on peut regarder comme des au- » mânes. » L. de Fide , Speet Chant., c. 72, n. 19.
AUMUSSE , fourrure que les chanoines et d’autres ecclésiastiques portent sur le bras gauche en été. Dans l’origine, elle étoit destinée à couvrir la tête et les épaules en hiver pendant l’olTicc de la nuit. Le nom à'aumusse signifie littéralement au coucher; en vieux françois «e musser, c’est se cacher , et le soleil mussant est le soleil couchant.
AURICULAIRE , se dit de la confession qui se fait secrètement à l’oreille. Voyez Confession.
AUSBOURG. Voyez Augsbolrg.
AUSPICE. Voyez Divination.
AUSTÉRITÉS. Voyez Mortification.
AUTEL, plate-forme de terre, de pierres ou de bois , élevée au-dessus du sol, et sur laquelle on offre un sacrifice. On voit d’abord que autel vient du latin altus , à cause de son élévation.
Les Grecs le nommoient Ouctatrnpiov , du verbe Oùea , tuer, immoler; les Hébreux Mizheach, de zabach, égorger , sacrifier. Ce nom est donné dans l’Ecriture à ['autel des holocaustes et à celui des parfums, et non à la table des pains de proposition sur laquelle on ne consumoit rien. Celte remarque est essentielle.
Sous la loi de nature, les patriarches élevoient des autels en pleine campagne, pour offrir des victimes au Seigneur. Noé, Abraham , .lacob , en usoient ainsi.
Par la loi de Moïse , Dieu défendit aux Israélites d’offrir des sacrifices ailleurs que dans le tabernacle, et prescrivit la manière dont les autels dévoient être construits. H y en avoit un nommé l’autel des holocaustes , sur lequel on brûloit les victimes, et un autre sur lequel on consumoit les parfums; il en fut de même lorsque le temple fut bâti. Les autels qui furent érigés par Jéroboam à Samarie, et par quelques autres rois, sur des lieux élevés , furent autant de crimes commis contre la loi ; Dieu en punit les auteurs. Dans l'JIist. de l’Jcad. des Inscript., t. 5, in-12, p. 19, et t. 4, p. 9, il y a une histoire exacte des autels consacrés au vrai Dieu , depuis la création du monde jusqu’à Jésus-Christ.
Autel, chez les chrétiens, est une table carrée placée ordinairement à l’orient de l’église, et sur laquelle on célèbre la messe. On lui donna celte forme, parce que Jésus-Christ étoit à table lorsqu’il institua l’eucharistie, et parce que l’on offre sur celle table le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ.
Dans l’Eglise primitive, les autels n’étoienl que de bois , et se transportoient souvent d’un lieu à un autre; mais un concile d’Epaone , de l’an 51 7 , défendit
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de construire des autels d’autre matière que de pierre. Dans les premiers siècles , il n’y avoit qu’un seul autel dans chaque église , mais le nombre en augmenta bientôt; saint Grégoire dit que de son temps , au sixième siècle , il y en avoit douze ou quinze dans certaines églises.
A la cathédrale de Magdebourg , il y en avoit quarante-deux.
Vautel n’est quelquefois soutenu que par une seule colonne , comme dans les chapelles souterraines de sainte Cécile à Rome et ailleurs ; quelquefois il Test par quatre colonnes , comme Vautel de saint Sébastien , in cryptâ arenariâ : mais la méthode la plus ordinaire est de poser la table d’autel sur un massif de pierres.
Ces autels ressemblent en quelque chose à des tombeaux. En effet, les premiers chrétiens tenoient souvent leurs assemblées aux tombeaux des martyrs , et y célébraient les saints mystères. Il est dit dans l’Apocalypse : ® Je vis sous » Vautel les âmes de ceux qui ont été » mis à mort pour la parole de Dieu , » et pour le témoignage qu’ils lui ont » rendii» » c. 6, 9. De là est venu
l’usage de ne point consacrer dautel sans y mettre des reliques des saints.
^ L’usage de la consécration des autels est assez ancien, et la cérémonie en est réservée aux évêques. Depuis qu’il n’a plus été permis d’offrir que sur des autels consacrés, on a fait des autels portatifs , pour s’en servir dans les lieux où il n’y a point dautel solide consacré ; Hincmar et Bède en font mention. A la place dautels portatifs, les Grecs se servent de linges bénits qu’ils nomment àvTtyuivüta, c’est-à-dire, qui tiennent lieu dautels. Sur la forme , la décoration , la bénédiction des autels, voyez l’ancien Sacramenlairc par Grandcolas, 1" part., p. 33 et CIO.
L’abbé Renaudot, dans sa collection des Liturgies orientales, t. 1, p. J 81 et 331 , t. 2, p. 52 et 56, a retnanjué, après le cardinal Roua , que dans toutes les Eglises d’Orient, aussi bien (jue dans l’Eglise lalinc , ou a toujours regardé Vautel, non comme une table commune, mais comme une table sacrée, sur laquelle le corps et le sang de Jésus-Christ
sont offerts en sacrilice. L’usage constant de consacrer les autels, les prières que Ton récite , les cérémonies que Ton fait pour ce sujet, attestent hautement que les Orientaux ont toujours attaché au nom dautel la même idée que nous. Pendant les persécutions , il n’étoit pas possible d’avoir des autels massifs et solides; on fut obligé de se servir de tables de bois et dautels portatifs. L’espèce d’esclavage dans lequel les Grecs ou melcbites, les cophtes , les Syriens , etc., sont encore à l’égard des mahométans, les obligent souvent de faire de même. Mais dès que Ton eut la liberté d’élever des basiliques , on y plaça des autels de pierre ou de marbre, souvent revêtus d’ornements d’or et d’argent. Fleury, Mœurs des Chrétiens, n. 35; Langue! , du véritable Esprit de l’Eglise dans l’usage de ses cérémonies , p. T32.
C’est donc mal à propos que Daillé et d’autres écrivains protestants ont voulu persuader que, dans les écrits des Pères et dans les anciens monuments ecclésiastiques , le nom dautel étoit pris dans un sens abusif, et ne signifioit qu’une table commune ; qu’ainsi Ton ne peut en tirer aucune conséquence pour prouver que les anciens regardoient l’eucharistie comme un véritable sacrifice. Il y a des preuves positives du contraire. Saint Paul dit aux Hébreux , c. 13, jt. 10 : « Nous avons un autel, duquel les mi- » nistres du tabernacle n’ont pas le pouï voir de manger. * Dans le tableau de la liturgie chrétienne , tracé par saint Jean , /ipoc., c. 4 , jl. 2 , nous voyons un trône occupé par un personnage vénérable , autour de lui vingt-quatre vieillards ou prêtres; devant le trône, au milieu des vieillards, un agneau en état de mort ou de victime, c. 5 , y. G , qui reçoit les honneurs de la Divinité, c. G, y. 9; sous Vautel, les âmes de ceux qui ont été mis à mort pour la oarole de Dieu. Voilà cerlaincmeut l’appareil d'un sacrifice.
Saint Ignace , instruit par saint Jean Tévangélisle , écrit aux Philadciphiens, n. 1 : « Ayez soin d’user d'une seule I eucharistie. Il y a une seule chair de > Noire-Seigneur Jésus-Christ, un seul
» calice, pour marquer l’iinité de son » sang ; un seul autel , comme un seul » évêque , avec le presbytère et les dia- » cres. » Dans ces trois passages , le grec porte Suntxçyfpiov ^ ce terme n a jamais signifié une simple table à manger, mais un autel destiné à offrir des sacrifices.
Saint Ircnée , adv. Jlær., 1. 4 , c. 1 8 , n. 6, parlant de l’eucharistie, dit que Dieu nous ordonne, comme à l’ancien peuple , de lui faire souvent et sans interruption nos offrandes sur son autel, quoiqu’il n’en ait pas besoin. Grabe, sur cet endroit , est forcé de convenir qu’il est question là d’un autel proprement dit , et d’un sacrifice dans toute l’énergie du terme. Origène, Hom. 10 in Josue, parle des fidèles qui faisaient des dons pour l’ornement des églises et des autels. Saint Cyprien, Epist. 5b ad Comel., oppose l’Eglise au Capitole, et les autels du Seigneur aux autels des idoles. Eusèbe, Hist. ecclés., 1. 7, c. 15, fait mention d’une Eglise et d’un autel dans la ville de Césarce , sous le règne de Gallien , par conséquent au milieu du troisième siècle. Les protestants ne peuvent pas nier que les Pères du quatrième n’aient souvent donné le nom d'autel à la table sur laquelle on consacroit l’eucharistie, et ne l’aient appelée V autel sacre'.
Mais comment prouveront-ils que le sens de ce terme n’a pas toujours été le même, que saint Paul et saint Jean n’ont entendu par là qu’une table à manger , pendant que les Pères postérieurs l’ont pris pour une table de sacrifice? Ces deux apôtres n’ont pas pu confondre un autel avec une table , puisque ces deux objets ont un nom différent en grec et en hébreu. Pour prendre leurs repas , les anciens se couchoient sur des lits ; nous ne lisons nulle part que les premiers chrétiens aient été dans cette attitude pour recevoir l’eucharistie ; il faut donc qu’ils ne l’aient pas envisagé comme une cène ou un souper , tel que le font les protestants , mais comme une cérémonie auguste et sacrée, digne du plus profond respect, et ils l’ont témoigné par la manière dont ils ont orné les autels, dès qu’il leur a été possible et libre de le faire.
Les noms éiccçrjptov , provitiatoire , duyiaçyjptov , sacrificatoire , table sacrée, etc., que les Orientaux ont toujours donnés et donnent encore aux autels, ne signifient point une table commune. Toutes les fois que les païens , les hérétiques, lesmahométans,ont renversé et démoli les autels , cet acte de haine a été regardé par les chrétiens comme une impiété et une profanation. On peut faire la même remarque sur les linges ou nappes d'autel, et sur les vases sacrés; jamais on ne les a traités comme des meubles ordinaires. En général les rites, les cérémonies, les usages religieux attestent la croyance des peuples avec plus d’énergie que les expressions des théologiens. Lorsque les protestants ont démoli les autels dans les églises desquelles ils se sont emparés , ils ont assez témoigné qu’ils vouloient détruire l’ancienne croyance du christianisme touchant l’eucharistie.
Autel de Prothèse, est une espèce de crédence sur laquelle les Grecs bénissent le pain destiné au sacrifice, avant de le porter au grand autel, où se fait le reste de la célébration. Selon le père Goar, ce petit autel ou crédence étoit autrefois dans la sacristie. Les protestants n’y font pas tant de façons pour célébrer leur cène ; bonne preuve qu’ils ne pensent pas comme les Grecs.
Autel se trouve aussi employé dans l'Histoire ecclésiastique pour signifier les oblations ou les revenus casuels de l’église; racheter les autels , c’étoit racheter ses revenus usurpés par les séculiers. On appelait l'église les dîmes et les autres revenus fixes , et autels les revenus casuels. Quand on dit que le prêtre doit vivre de l'autel, cela signifie qu’il a droit de vivre des revenus de l’église.
AUTEURS ECCLÉSIASTIQUES. C’est le nom général que l’on donne aux écrivains qui ont paru dans le christianisme depuis les apôtres, en y comprenant les Pères apostoliques et ceux des siècles suivants ; souvent aussi l’on désigne par là ceux qui ont écrit depuis saint Bernard, mort l’an 1155 , et qui est regardé comme le dernier des Pères de l’Eglise.
L’an 392, saint Jérôme fit le Catalogue des Ecrivains illustres, dans lequel il comprit même les apôtres et les évangélistes , et parla de leurs ouvrages. Eusèbe avoit fait de même dans son Histoire ecclésiastique, écrite avant l’an 326 ; mais ni l’un ni l’autre n’ont prétendu donner une notice exacte de tous ceux qui avoient paru. En 836, Photius, encore laïque, composa sa Bibliothèque dans laquelle il renferma l’extrait de 279 ouvrages de divers auteurs , soit ecclésiastiques , soit profanes, dont plusieurs ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Le cardinal BeUarmin, mort l’an J621 , fit un Catalogue des Auteurs ecclésiastiques, qui n’est pas très-exact; depuis ce temps-là on en a fait de plus amples et de plus complets.
Guillaume Cave , savant anglois , publia, en 1688, une Histoire littéraire des Ecrivains ecclésiastiques , en un volume in-folio, qui a été ensuite réimprimé en deux volumes , avec des augmentations et de nouvelles remarques ; il l’a poussée jusqu’en 1317. Le Nain de Tillemont, dans ses Mémoires sur l’Histoire ecclésiastique, en seize volumes in-i° , n’a compris que les auteurs des six premiers siècles. En 1686, le docteur Dupin commença de publier le premier volume de sa Bibliothèque des Ecrivains ecclésiastiques, qui renferme cinquante-huit volumes in-8° ; mais on l’a jugé digne de censure en plusieurs points. Doin llemi Cellier, bénédictin, a donné un ouvrage du même genre, et qui est plus exact, en vingt-quatre volumes in-i°.
Auteurs proeaxes. C’est une question assez curieuse de savoir si les auteurs profanes, les poêles, les philosoplics, !cs législateurs, ont emprunté des Juifs et de leurs livres les connoissances qu’ils font paroître dans leurs écrits, ou si c’est Moïse, au contraire, qui a emprunté des Egyptiens ses idées sur la Divinité, sur la morale, sur la législation. Il y a sur ce sujet une dissertation de Dorn Calmet, Bible d’Avignon, t. 5, p. 81 et suivantes.
Le premier sentiment paroil avoir été suivi par plusieurs anciens Pères de l’E-
glise, tels que saint Justin, saint Clément d’Alexandrie, Origène, Tertullien, sainlCyrille d’Alexandrie, Eusèbe, Théodoret, saint Ambroise , saint Augustin; mais il est sujet à de grandes difficultés.
\° Nous ne voyons pas qu’aucun ancien auteur grec ait eu connoissance de la langue hébraïque, dans laquelle étoient écrits les livres des Juifs. Ces livres n’ont été traduits en grec que vers l’an 290 avant Jésus -Christ, 2i6 ans après le premier retour de la captivité. Les Juifs eux -mêmes n’ont commencé que vers ce même temps à faire usage de la langue grecque. Pythagore , Platon, etc., étoient morts longtemps avant cette époque. Il est donc fort difficile que les Grecs aient pu converser avec les Juifs , et en apprendre quelque chose.
2“ Démétrius de Phalère , le faux Aristée, le Juif Aristobule , Philon et Josèphe , ne paroissent point être du sentiment des Pères sur ce point de fait, et nous n’avons aucun motif solide de récuser leur témoignage.
3° Les Pères mêmes que nous avons cités n’en parlent point d’une manière constante et uniforme; ils disent plusieurs choses qui nous font juger que sur cet objet ils avoient plutôt des doutes et des soupçons, qu’un sentiment fixe et déterminé.
•4“ Quelques rapports vagues de conformité entre quelques maximes ou quelques expressions des anciens philosophes , et les vérités révélées dans les livres saints , ne suffisent pas pour prouver l’cmpnml supposé. Ces écrivains ont pu puiser ce qu’ils disent, ou dans les lumières naturelles de la raison , ou dans la tradition généralement répandue chez toutes les nations, qai remonte jusqu’à la révélation primitive , comme avoient fait Job cl scs amis.
La seconde question a été décidée trop légèrement par plusieurs auteurs modernes. Ils ont affirmé au hasard, que Moïse avoit emprunté toute sa législation des Egyptiens , et ils n’ont pu citer en preuve que quelques cérémonies des Juifs, qui, selon les auteurs grecs, étoient aussi pratiquées par les Egyptiens; mais il y a sur celte prétendue
conformité plusieurs réflexions à faire.
,.^^»Les Grecs sont trop modernes pour nous rendre compte des usages que suivoient les Egyptiens au siècle de Moïse , qui a vécu plus de mille ans auparavant; et il est certain que les anciens Egyptiens n’avoient rien laissé par écrit: eux seuls connoissoient leurs hiéroglyphes. Moïse , loin de montrer aucun penchant à copier les Egyptiens , défend à son peuple d’imiter les superstitions de l’Egypte; il leur auroit tendu un piège, s’il avoit mis sous leurs yeux le même cérémonial qu’ils avoient vu suivre en Egypte.
2° Il dit que le culte que les Israélites dévoient pratiquer ne pouvoit manquer de paroître abominable aux Egyptiens.
Exod.j c. 8, jt. 26. On sait de quelle indignation il fut saisi , lorsqu’il vit les Hébreux imiter dans le désert le culte du dieu Apis , en adorant le veau d’or. Il ne leur permet de fraterniser avec un Egyptien ou avec un Iduméen qu’à la troisième génération. Veut., c. 23, ÿ. 7 et 8. L’antipathie entre ces nations et les Juifs a été constante et la même dans tous les siècles. Mais les auteurs grecs et latins, la plupart fort mal instruits, ont confondu mal à propos les rites des Juifs avec ceux des Egyptiens.
3° La doctrine de Moïse sur le dogme et sur la morale a été précisément la même que celle des patriarches ses ancêtres ; il n’a donc pas eu besoin de l’apprendre chez des étrangers. On ne montrera jamais chez les Egyptiens des notions de la création, de la providence, de l’unité de Dieu , de l’absurdité de l’idolûtrie, etc. aussi pures et aussi sublimes que celles que Moïse attribue à ses aïeux.
4® De même la plupart des cérémonies religieuses, les sacrilices , les offrandes, les purifications , les abstinences , les symboles de la présence de Dieu, etc., ont été communes à toutes les nations; elles avoient été employées par les patriarches au culte du vrai Dieu, avant d’être profanées par les polythéistes égyptiens , iduméens , chananéens , etc.
Moïse, en les ramenant à leur destina-
tion primitive, n’a fait que suivre les leçons de ses ancêtres et les ordres exprès de Dieu. Il n’a donc pas eu besoin de rien emprunter des Egyptiens.'
Auteurs sacrés. On nomme ainsi let écrivains inspirés de Dieu , de la plume desquels sont sortis les divers livres de l’Ecriture sainte , soit de l’ancien , soit du nouveau Testament, tels que Moïse, les historiens qui l’ont suivi , les prophètes , les apôtres , les évangélistes , pour les distinguer des auteurs ecclésiastiques.
AUTHENTIQUE. On nomme livre authentique, celui qui a été écrit par l’auteur dont il porte le nom , et auquel il est communément attribué.
Une histoire, une narration , peut être vraie ou conforme à la vérité des faits sans être authentique , sans avoir été écrite par l’auteur auquel elle est attribuée; il sullit qu’elle ait été faite par un écrivain suffisamment instruit et sincère , quel qu’il soit. Parce que l’auteur d’un livre n’est pas connu , il nt s'ensuit pas que tout ce qu’il renferme soit faux et fabuleux , et il peut avoir autant de poids et d’autorité que si l’auteur étoit certainement connu.
En effet parmi les livres saints , il en est quelques - uns , surtout de l’ancien Testament, dont on ne connoît pas certainement les auteurs ; on sait seulement qu’ils sont partis d’une main respectable, puisque les anciens , plus à portée que nous d’en découvrir l’origine, y ont ajouté foi , et l’ont cité comme faisant autorité. Sur ce point, la tradition est le seul guide auquel nous puissions nous en tenir. Pour les livres du nouveau Testament , on sait certainement qu’ils sont authentiques , qu’ils ont été écrits par les auteurs dont ils portent les noms.
Pour qu’un livre soit censé canonique, inspiré, divin, réputé parole de Dieu , ce n’est pas assez qu’il soit authentique, qu’il ait été écrit par un des apôtres ou par un de leurs disciples immédiats; il faut encore que l’Eglise l’ait adopté comme tel, et que la tradition ancienne dépose en sa faveur. L’Eglise ne seroit pas en état de nous garantir la doctrine cliréticnnc , si elle n’avoit pas eu l’au-
lorité de nous apprendre, sans danger d’erreur , quels sont les livres que nous devons regarder comme règles de notre croyance. Les règles de critique peuvent servir à découvrir si un livre aétééciit par tel ou tel auteur; mais elles ne peuvent nous apprendre si ce livre est ou n’est pas règle de foi ; c’est à l’Eglise de voir s’il contient ou ne contient pas la doctrine de Jésus - Christ. Cette société sainte a été instruite de vive voix par les apôtres , avant d’avoir reçu leurs écrits, et aucun livre ne peut suppléer entièrement à l’enseignement public et toujours subsistant de l’Eglise. Foyez Autouité DE l’Eglise , Canon , Infaillibilité.
Authentique, signifie quelquefois faisant autorité ; c’est dans ce sens que le concile de Trente a déclaré la vulgate aulhentique. Foyez Vulga'te.
AUTOCËPHALE, terme dérivé du grec ai>T05, lui-même, etxeyaJyj, chef ; il signifie celui qui ne reconnoît point de chef. On croiroit d’abord que l’on a voulu désigner par là les sectes d’indépendants ; mais on donnoit ce titre aux évêques qui n’étoient soumis à aucun métropolitain, et aux métropolitains qui ne reconnoissoieiit point la juridiction du patriarche.
AUTO-DA-FÉ, acte de foi. Foy. Inquisition.
AUTOGRAPHE , nom formé du grec a-Cnoi, lui - même , et de ypxfu, f écris; on nomme ainsi un livre qui a été écrit de la propre main de l’auteur. Pierre , évêque d’Alexandrie , rapporte qu’au sixième siècle on gardoit encore à Epbèse Yautographe, ou l’original de l’évangile de saint Jean , liiox^^pov. Chron. Alex., à lladero editum. Lorsque Tertullicn dit que dans les Eglises fondées par les apôtres on lit leurs lettres authentiques, il paroit qu’il entend les originaux ou les au tographes. Nous pensons de même que l’exemplaire de la loi qui , sous le règne de Josias , fut trouvé dans le temple, étoit l’original écrit de la propre main de Moïse. JF. lieg., c. 22, ÿ. 8.
AUTORITÉ, droit de commander. La première question qui se présente, est de savoir quelle est la source de ce droit. Nos philosophes modernes , et quchpies
jurisconsultes qui les copient, posent pour principe qu'aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté, disent-ils , est un pré. sent du ciel, chaque individu de même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de sa raison ; de là ils concluent qu’un homme ne peut être assujetti à un autre que par son consentement libre , donné en considération des bienfaits qu’il en a reçus , ou qu’il en espère; sans doute par la nature ces dissertateurs entendent Dieu qui en est l’auteur, et par la liberté, l’indépendance de toute autorité humaine. Nous soutenons que ces principes et leurs conséquences sont autant de faussetés aussi opposées au bon sens et à la saine philosophie , qu’aux leçons de la révélation.
Nous le démontrons d’abord par deux vérités incontestables : l’une, que par la nature, c’est-à-dire, par la volonté et l’intention du Créateur, l’homme est destiné à la société ; cela est prouvé par la constitution , par les besoins , par les inclinations de l’homme ; et Dieu lui-même dit après l’avoir créé : « 11 n’est pas bon « que l’homme soit seul. » Gen., c. 2, y. 18. L’autre, qu’aucune société ne peut subsister sans subordination; cela est aussi évident qu’un axiome de géométrie ; donc Dieu , fondateur de la société, est aussi l’auteur de toute autorité. Nous défions nos adversaires de renverser ce raisonnement. Dieu n’a pas plus attendu le consentement de l'homme pour le soumettre à Vautorité, que pour le destiner à la société; ce consentement n’est pas plus nécessaire pour l’une que pour l’autre. Il est absurde d’envisager les hommes comme des êtres nés fortuitement du sein de la terre, isolés, indépendants , sans aucune relation mutuelle , libres de tout engagement et do tout devoir naturel ; cette hypothèse sent le matérialisme le plus grossier. Si l’homme naissant n’avoit point de devoirs, il n’auroit pas non plus de droits; et il lui est aussi impossible de s’acquérir un droit que de s’imposer un devoir, à moins que l’un et l’autre ne soient ratifiés d'avance par la loi éternelle du Créateur.
Examinons toutes les espèces de sociétés que l’homme peut former , nous verrons sortir de la même source Vauconjugale, paternelle et domestique, Y autorité civile et politique, l’autoriié ecclésiastique ou religieuse. Le fait et les principes, la conduite de Dieu et sa parole , se réunissent constamment pour démontrer l’absurdité de la théorie de nos philosophes.
Autorité CONJUGALE , paternelle et DOMESTIQUE. Elle résulte de la société entre le mari et son épouse, entre le père et ses enfants , entre le maître et ses serviteurs : Dieu s’est clairement expliqué sur les devoirs qui en sont inséparables. « Il n’est pas bon , dit le Seigneur, que » l’homme soit seul ; faisons-lui une aide » semblable à lui. » Genes., c. 2, 18.
Dieu forme une femme de la substance même d’Adam ; la femme est donc une aide donnée à l’homme, et non une égale qui ait droit de lui disputer l’empire; il est la souche de laquelle elle est sortie ; la supériorité de force , de tête, de* courage accordée à l’homme démontre l’intention du Créateur. Après le péché, Dieu dit à la femme : « Tu seras » sous la puissance de ton mari, et il » exercera Yaiitorité sur toi, » cap. 3,
16. Dieu n’a pas demandé le consentement de la femme pour la soumettre à son époux, et s’ils avoient stipulé le contraire , Dieu auroit annulé le contrat.
Au moment même qu’il leur accorde la fécondité, il leur donne Yautorité sur leurs enfants : « Croissez, multipliez, » peuplez la terre et soumettez-la, » c. 1, i. 28. Ainsi le droit de soumettre les enfants est attaché au pouvoir même de les mettre au monde , et cette soumission à laquelle Dieu condamne les enfants , est déjà un bienfait pour eux ; en leur prescrivant des devoirs, il leur donne des droits, puisqu’il ordonne à leurs pères et mères de les conserver.
Dès le moment de la conception , il est iléfendu au père et à la mère de détruire l’ouvrage de Dieu ^ c’est un dépôt duquel ils lui sont responsables. Aussi Eve, devenue mère ; s’écrie : « J’ai reçu de » Dieu la possession d’un homme , » c. T,
1 ; elle regarde son fils comme un bien
qui lui appartient, mais bien précieux , qu’elle a reçu de Dieu , à la conservation duquel elle doit donner tous ses soins. Or, où seroit la justice et la réciprocité , si le père et la mère étoient obligés de droit naturel à nourrir, à élever, à conserver un enfant, et que l’enfant ne leur dût rien dès qu’il seroit en état de se passer d’eux? Attendronsnous que celui - ci consente, par reconnoissance, à les respecter et à leur obéir? Dieu a stipulé d’avance pour le genre humain tout entier ; et l’effet de cette loi irrévocable, fondée sur une exacte justice , ne peut être frustré par aucune convention.
L’obligation d’honorer les pères et mères , et de leur obéir , est confirmée par la punition de Cham , c. 9, f. 25, et par toute l’histoire des patriarches; Dieu attache ses bienfaits à la bénédiction qu’ils donnent à leurs enfants , et des châtiments aux malédictions qu’ils prononcent ; lorsqu’il dicte sa loi aux Hébreux , il place ce devoir important immédiatement après le commandement de lui rendre un culte. Exod., c. 20 , ^ 12.
On nous objecte que V autorité paternelle a ses bornes : qui en doute? Si elle n’en avoit point, elle seroit opposée à la fin pour laquelle elle a été donnée. Dieu, sagesse éternelle , ne se contredit point dans ce qu’il fait : il a établi Yautorité des pères et mères , afin de les intéresser à la conservation de leurs enfants ; il ne leur a donc pas accordé le droit de les détruire : il leur a prescrit des devoirs , par là même il a borné leur autorité, et il eu est de même de toute autre autorité quelconque : celle-ci est donc bienfaisante par sa nature , c’est-à-dire, selon l’intention du Créateur ; il l’a établie pour faire le bien, et non pour faire le mal. Mais lorsque le dépositaire de Yautorité en abuse , Dieu ne l’en dépouille pas pour cela , parce qu’il en résultcroit un plus grand mal ; et lorsque ce dépositaire pèche en violant ses devoirs , il ne nous donne pas le droit de pécher et de violer les nôtres.
11 est faux que , dans l’étal de nature, Yautorité paternelle liniroil aussitôt que
les enfants scroient en état de se conduire : quel est donc cet étal imaginaire de nature opposé à celui dans lequel Dieu a créé le genre humain ? Puisque toute obligation est réciproque , le père, dans ce même état fictif, seroit dispensé de conserver et d’élever son fils, il pourroit en disposer comme du petit d’un animal; et c’est ainsi que pensoient les Grecs et les Romains ; mais ne rougit-on pas de nous remettre au point où ils étoient.
Pour étayer cette détestable morale , nos philosophes sont allés plus loin ; ils ont dit que la qualité même de Créateur ne donne pas à Dieu le droit de commander aux créatures , qu’il faut y ajouter les attributs de sagesse et de bonté. Quoi! la création n’est-elle donc pas par elle - même un effet de bonté ? l’être , la conservation , ne sont - ils pas déjà un bienfait , et le commandement de Dieu n’en est-il pas encore un autre ? A entendre raisonner nos philosophes , on diroit que Dieu nous fait tort en nous donnant des lois , qu’une liberté illimitée nous seroit plus avantageuse qu’une liberté réglée et bornée par la loi divine, et que nous serions plus heureux , si Dieu, après nous avoir créés , nous avoit livrés à nous - mêmes. Il faut avoir un cœur bien dépravé pour penser et raisonner ainsi, a La loi du Seigneur, dit » le boi prophète , est la droiture , la sa- » gesse et la justice même ; c’est la con- » solation de notre cœur, la lumière qui » nous guide , la main qui nous con- » duit , etc.; c’est un trésor plus pré- » deux que toutes les richesses de l’uni- » vers ; il fait la douceur et le seul vrai * plaisir de la vie. » Ps. 18. 8. Quoi
qu’ils en disent, la création donne le droit d’anéantir aussi bien que celui de conserver; donc elle donne, à plus forte raison , le droit de commander , et Dieu n’a pas plus besoin de notre consentement pour l’un que pour l’autre. Rienlôt peut-être on nous enseignera que , quand il ne nous fait pas autant de bien que nous en désirons , nous avons droit de nous révolter contre lui.
Dans les premiers tenq)s dii monde , un père ûgé de plusieurs siècles, qui
voyoit cinq ou six générations de ses descendants, devoit être à leurs yeux un personnage bien respectable; pouvoit-on envisager ses volontés autrement que comme des lois ? D’autre part , les patriarches , persuadés que la fécondité est un don de Dieu , que les enfants sont un dépôt duquel il demandera compte; qui voyoient dans cette nombreuse famille leur force et le présage certain de leur prospérité, dévoient la chérir tendrement. Ainsi la puissance paternelle, indépendante pour lors de toute loi civile , étoit tempérée par l’affection naturelle , par l’intérêt , par la religion; l’Ecriture ne nous montre aucun exemple d’un père qui en ait abusé. Mais nous voyons , par l’histoire de Juda et de Thamar, qu’un chef de famille avoit droit de vie et de mort sur chacun des membres. Gen., c. 58, ÿ. 24. Il le falloit, puisqu’il n’y avoit alors aucune puissance publique que l'autorité paternelle et domestique, o
Lorsque cette société s’est augmentée par l’acquisition d’un nombre de serviteurs ou d’esclaves , le chef de famille a exercé sur eux, de droit naturel, la même autorité que sur ses enfants. Au mot Esclavage , nous prouverons que , dans l’origine, cet état n’a été contraire , ni au droit naturel de l’humanité, ni au bien commun ; que la liberté civile des serviteurs étoit incompatible avec la vie nomade des premiers hommes, et qu’elle n’est devenue un bien que par l’établissement de la société civile. Aussi ne voyons -nous point Abraham blâmé dans l’Ecriture sainte d’avoir eu trois cents esclaves : Sara son épouse châtie Agar sa servante , qui lui manquoit de respect ; lorsque celle-ci prit la fuite , un ange du Seigneur lui ordonne de retourner et de s’humilier sous la main de sa maîtresse. Gen., c. I6, i. 5.
Un prisonnier de guerre, destiné à la mort , se trouve heureux d’y échapper en se rendant esclave , il doit la vie à celui qui le prend à son service ; un particulier sans ressource , exposé à périr par la faim , trouve un maître qui s’oblige à lui fournir la subsistance et à ses enfants , sous condition d’un service
perpétuel ; un chef de famille rencontre un enfant exposé et abandonné, il l’élève et l’entretient , dans la persuasion que cet enfant lui appartiendra. Où est l’injustice dans ces différents cas ? Quand il y auroit un contrat dans les deux premiers , il n’y en a point dans le troisième; la même loi naturelle qui ordonne à un chef de famille de sauver un enfant de la mort, quand il le peut, commande à celui-ci d’honorer et de servir son libérateur, comme s’il étoit né de son sang. Il n’est ici besoin d’aucun contrat ni de convention de part et d’autre ; Dieu y a suppléé d’avance par la loi éternelle de la justice et de l’humanité; et sans cette loi suprême , aucun contrat ne pourroit avoir force de loi , ni imposer aucune obligation morale.
■-Nous cherchons vainement dans la nature humaine le titre de cette liberté prétendue que l’on soutient être un don du ciel, don fatal, qui exposeroit l’espèce humaine à une perte inévitable.
Les besoins auxquels la nature assujettit l’homme dès sa naissance jusqu’à la puberté, les accidents auxquels il est ex- *posé d’ailleurs, les fautes même qu’il peut commettre , sont un titre de dépendance pour toute sa vie. Si c’est la nature qui établit cette dépendance, c’est donc elle aussi qui établit l'autorité : l’une ne peut être sans l’autre.
A cette voix impérieuse de la nature.
Dieu n’a pas manqué d’ajouter une loi positive; l’Ecriture, parlant de nos premiers parents , dit que Dieu a ordonné à chacun d’avoir soin de son prochain , mandavit illis unicuique de proximo suo. L'ccL, c. il 1 f. 12. Donc il a ordonné aussi à celui qui a reçu des soins, d’honorer, de respecter , de servir son bienfaiteur ; il n’a point attendu le consentement libre de l’un ou de l’autre pour leur imposer cette obligation. Il est donc faux que l’autonte conjugale , paternelle , domestique, soit fondée sur un contrat; elle l’est sur la loi divine , naturelle et positive , antérieure à toute convention.
Dans l’origine, cette autorité n’étoit point illimitée, puisque la même loi qui la fondoit Iri prcscrivoit des bornes ;
mais elle étoit absolue dans ce sens , qu’elle n’étoit encore gênée par aucune loi humaine; au - dessus d’elle elle ne voyoit que la loi divine , elle s’étendoit à tout ce qui étoit nécessaire au maintien et au bien-être de la société domestique. Depuis l’établissement de la société civile et des lois humaines, l’rt«torité paternelle a dû être subordonnée à la puissance publique , par la même raison que l’intérêt de chaque famille doit céder à l’intérêt général de la société entière. Nous voyons , en effet , l'autorité paternelle restreinte par les lois de Moïse ; un enfant rebelle à ses père et mère est condamné à mort , non par eux , mais par les juges, et c’est le peuple qui est chargé d’exécuter la sentence. Deut., c. 21 , 1. 18 : police beaucoup plus sage que celle des Grecs et des Romains , qui attribuoient au père le pouvoir de disposer de la vie d’un enfant nouveau-né , de l’exposer ou de le vendre jusqu’à trois fois après l’avoir élevé. La loi chrétienne a fait réformer ce désordre ; elle a resserré et sanctifié les obligations des époux ; ils ont appris par elle à respecter et à chérir davantage un enfant consacré à Dieu par le baptême.
C’est dans cet état de chose que des philosophes insensés viennent attaquer les fondements de l' autorité paternelle , aussi anciens que le monde , et ébranler du même coup toute espèce d'autorité; soutenir qu’aucune n’est donnée par la nature , que toutes sont établies sur un prétendu contrat qui n’exista jamais, sur la reconnoissance des bienfaits reçus , ou sur l’espérance de ceux que l’on recevra. Ils constituent aussi les inférieurs juges et arbitres de l'autorité à laquelle Dieu leur ordonne d’être soumis ; bientôt peut-être ils décideront qu’un enfant parvenu à la puberté est de droit et par nature supérieur à son père. Cette morale abominable n’atteste que trop la diminution de l'autorité paternelle ^ et la nécessité de la renforcer, s’il étoit possible. On le sentira mieux encore en lisant l’article suivant.
AtiToniTÉ CIVILE et politique. Par des accroissements successifs , une fa-
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mille est devenue une peuplade, et la réunion de plusieurs a formé une nation. Soit que les peuplades se soient réunies par le voisinage, par un commerce mutuel, par des alliances , ou par la nécessité de se défendre contre des aggresseurs injustes, cette nouvelle société pouvoit encore moins subsister sans subordination qu’une société domestique.
L’habitude d’obéir à un père disposoit déjà les membres à reconnoître Vautorilé d’un chef ; aussi le gouvernement monarchique paroît-il le plus ancien.
Mais soit que l’on ait établi un seul chef ou plusieurs , la source de Yautorilé est la même ; Dieu en avoit prévu et préparé le besoin ; il s’en est rendu le garant : un législateur quelconque n’a pu avoir V autorité nécessaire pour obliger les particuliers , si ses lois n’avoient pas été autorisées par le législateur suprême. Quand tous les membres sans exception y auroient consenti, cela sulBroit peutêtre pour faire régner la force , mais non pour obliger la conscience ; autant il est impossible à un homme de s’imposer à soi-même une obligation morale, autant il est incapable de donner à un autre homme l’autorité et le droit de la lui imposer. Quand il auroit promis cent fois d’obéir, qui l’obligera de tenir sa parole , s’il n’y a pas une loi antérieure et éternelle qui lui enjoint de tenir sa promesse? Quand il le refuseroit, qu’en résulteroit-il? Toute la société, de laquelle il veut être membre sans en observer les lois , seroit en droit do le traiter comme un ennemi , de le chasser ou de le punir.
Dès qu’une société civile ou nationale est une fois formée , elle est obligée, de droit naturel , à conserver et à protéger toute créature humaine qui nail dans son sein ; elle en est censée la mère , de même que Dieu en est le premier père ; à son tour , chaque individu est , dès sa naissance , soumis aux lois de la société dans laquelle il reçoit le jour , autrement elle ne pourroit subsister. Dieu, qui ordonne à la société de le conserver et de le protéger parce qu’il est homme , lui commande , par réciprocité , d’obéir aux lois établies et à \' autorité qui gouverne:
sans cela il n’y auroit plus d’égalité ni de justice. Dieu , qui n’a pas consulté le corps de la société pour lui imposer ce devoir , n’a pas plus besoin du consentement de chaque particulier pour l’assujettir à cette obligation. Appeler celle réciprocité de devoir un contrat réel ou présumé , un pacte social, c’est abuser du terme et brouiller toutes les notions ; il n’y a ici liberté ni de part ni d’autre ; Dieu , père.et bienfaiteur de l’humanité a tout réglé et tout prescrit d’avance , et il auroit été absurde de laisser à chaque particulier une liberté destructive de la société.
Dieu est donc aussi réellement l’auteur et le fondateur de la société civile que de la société conjugale et domestique ; il a destiné l’homme à l’une et à l’autre par les besoins , par les inclinations, par les passions même qu’il a données à l’homme, et qui ont besoin d’un frein ; donc il est aussi le seul vrai principe de Yautorité civile et législative : sans la loi divâne naturelle , les lois humaines seroient réduites à la seule force coaclive ; mais cette force n’impose pas plus une obligation morale que* la violence d’un voleur armé.
Aussi l’Ecriture sainte , plus sage que la philosophie, nous dit que Dieu a établi un chef sur chaque nation , in unamquatnque gentemposuitrectorem.EccL, c. 17, i l. Dès que Dieu s’est choisi un peuple particulier, il a daigné en être le législateur ; cette fonction étoit trop auguste pour être conliée à un homme ; mais il donna à Moïse Yautorité de faire exécuter les lois , et il commanda d’établir des juges pour en faire l’application ; il prononça la peine de mort contre quiconque résisteroit à leur sentence : en annonçant que les Israélites se choisiroient un roi , il lui défendit d’opprimer son peuple. DeuL, c. 17, jl. 9, 20. Ainsi, par le fait et par les principes , se démontre la vérité de la maxime , que toute puissance vient de üieu.
Mais nos adversaires , aussi habiles commentateurs de l’Ecriture sainte que profonds raisonneurs , nous accusent de mal traduire. Saint Paul dit, Rom.^ c. 13, fr. 1 : « Que toute personne soit
» soumise aux puissances siyjérieures ; 3 car il n’est point de puissance qui ne T> vienne de Dieu, et celles qui sont, » ont été ordonnées ou réglées par lui ; » ainsi , celui qui résiste à la puissance, D résiste à l’ordre de Dieu. i Vous avez tort , répliquent nos philosophes, il y a ; celles qui sont de Dieu sont ordonnées ou bien réglées ; donc celles qui sont mal réglées ou mal ordonnées , ne viennent pas de Dieu. C’est ainsi qu’il faut l’entendre , conformément à la droite raison et au sens littéral ; car enfin n’y a-t-il pas des puissances injustes , des autorités usurpées , établies contre l’ordre et la volonté de Dieu ? Faut-il obéir en tout aux persécuteurs de la vraie religion?
Et, pour fermer la bouche à l’imbécillité, la puissance de l’antechrist viendra-t-elle de Dieu ? etc.
Sans nous émouvoir de cette insulte, nous disons que ce cotnmentaire est opposé au texte; il suppose que saint Paul, après avoir dit qu’il n’est point de puissance qui ne vienne de Dieu , se rétracte ou restreint cette maxime, et décide que la puissance ne vient de Dieu que quand elle est bien réglée. Mais qui décidera si elle est bien ou mal réglée ? Les particuliers , sans doute ; avant d’obéir ils examineront si l'autorité est légitime ou usurpée , si les lois sont justes et conformes à la volonté de Dieu ; si elles leur paroissent injustes , ils seront dispensés de la soumission , et ils auront droit de résister à l'autorité. Excellente morale ! Ç’a été celle de tous les séditieux et de tous les fanatiques de l’univers.
1» .Saint Paul a donc eu tort d’ordonner aux fidèles en général de rendre honneur, tribut, respect aux puissances établies pour lors ; c’étoient des païens, des tyrans , des persécuteurs , de vrais antechrists. Claude et Néron étoient empereurs , et l’on ne soutiendra pas, sans doute , que la puissance de ces monstres étoit fort bien réglée. 2" Saint Pjerre dit sans restriction : « Soyez soumis pour B Dieu à toute créature humaine , au roi » comme le plus élevé en dignité, aux » officiers qu’il a préposés pour punir » les malfaiteurs et protéger les gens de » bien ; parce que telle est la volonté de
» Dieu. » I. Petr., c. 2, ÿ. 13. 3° Le sage parlant à des puissances très-injustes, leur dit : « Ecoutez, vous qui gouvernez » les peuples, et qui voyez avec complai- » sance les nations autour de vous ; c’est B Dieu qui vous a donné l'autorité, et B votre puissance vient du Très-Haut ; il B jugera vos actions et vos plus secrètes B pensées , parce qu’étant les ministres B de son royaume, vous n’avez pas gardé B les lois de la justice , ni gouverné selon B sa volonté, b Sapient., c. 6, f. 3. -4” Les premiers chrétiens , quoique persécutés par les empereurs , leur ont obéi dans tout ce qui ne tenoit point à la religion ; nos apologistes l’ont ainsi représenté aux empereurs mêmes et aux magistrats ; Tertullien , saint Irénée et les autres Pères , entendent comme nous les paroles de saint Paul. 5° C’est des protestants que nos censeurs ont emprunté leur théorie touchant les fondements de l'autorité'; Jurieu a soutenu avant eux qu’il n’y a aucune relation de maitre, de serviteur , de père , d’enfant , de mari et de femme, qui ne soit établie sur un pacte mutuel; que l'autorité, fondée sur le droit de conquête , n’est qu’une pure violence , etc. M. Bossuet l’a réfuté sans réplique , cinquième avert. aux protest., n. 50 et suivants. 6“ Cependant les plus célèbres commentateurs , même protestants , n’ont pas osé tordre le sens de saint Paul , comme le font nos jurisconsultes modernes. Foyez la Synopse des critiques sur ce passage.
Il y a des autorités illégitimes , des puissances usurpées, des gouvernements tyranniques, contraires à la volonté et à la loi de Dieu , nous en convenons; mais enfin, dès qu’elles existent et sont reconnues, il est de l’intérêt général et du bien commun qu’elles soient respectées et obéies, parce que l’anarchie est le plus grand de tous les maux. Dans quels dangers seroit la société , s’il étoit permis au premier insensé qui jugera l’autonfé injuste ou illégitime , de lever l’étendard et de sonner le tocsin de la sédition contre elle? Alors un conquérant seroit forcé d’avoir toujours le glaive levé sur la tête d’un peuple conquis , et de le gouverner avec un sceptre de fer, pour lui ôter le
pouvoir de secouer le joug. Ainsi les principes de nos adversaires , loin de favoriser la liberté du peuple , ne tendent qu’à fournir aux souverains un motif ou un prétexte de lui ôter toute liberté.
On nous demande fièrement s'il faut donc obéir en tout aux persécuteurs de la vraie religion. Non, sans doute : Jésus-Cbrist a posé la limite au delà de laquelle V autorité civile n’a aucun pouvoir ; il a ordonné de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu : or , la religion est à Dieu et non à César; c’est Dieu qui l’a établie, nonseulement sans le concours de V autorité civile , mais malgré sa résistance ; et c’est dans ce sens que les apôtres ont posé pour maxime qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. Il n’est personne qui ne puisse abuser des facultés naturelles qu’il a reçues de Dieu , aussi bien que de V autorité dont il est dépositaire, et il ne s’ensuit rien.
Quelques incrédules ont poussé la démence jusqu’à dire que si toute autorité vient de Dieu, la peste, la guerre, la stérilité et les autres fléaux de l’humanité en viennent aussi ; qu’il ne s’ensuit pas néanmoins qu’il n’est pas permis de s’en mettre à couvert quand on le peut. Ainsi , selon leur avis , toute autorité est un fléau de l’humanité , comme la guerre, la famine , ou la peste. Mais est-il démontré que la société humaine peut se passer aussi aisément d’une autorité quelconque pour la gouverner , que des fléaux dont nous parlons ? Nous prions ces déclamateurs insensés de ci ter l’exemple d’une société civile ou domestique qui ait subsisté et prospéré sous une anarchie absolue. Le vrai fléau de riuimanité seroit cette liberté chimérique dont nos adversaires ont l’imagination frappée , et qu’ils ne cessent de réclamer : avec ce beau privilège, aucune société ne pourroil se maintenir, et les membres ne tarderaient pas de se détruire les uns les autres. L’homme, né avec des passions fougueuses, a besoin de lois qui les répriment , et les lois n’auroient aucune influence, s’il n’y avoit pas une autorité armée de la force pour les faire exécuter.
Avant de décider que les souverains ont reçu de leurs sujets Yaulorité dont ils sont revêtus , nos profonds politiques auroient dû nous apprendre comment les sujets peuvent donner ce qu’ils n’ont pas , et ce qu’ils n’ont jamais eu. On nous dit que Vautorité appartient de droit naturel au corps de la société, qu’elle ne peut s’en dépouiller absolument et pour toujours , qu’elle est en droit de la reprendre lorsque son chef ou ses chefs en abusent. La fausseté de ce principe est déjà suffisamment prouvée : mais il faut achever de démontrer le contraire par l’état général du genre humain , afin qu’il ne reste aucun doute sur une matière si importante.
Dans les sociétés les plus démocratiques , Vautorité n’est jamais entre les mains du plus grand nombre , mais des chefs de famille et des principaux citoyens; les femmes, les jeunes gens, les serviteurs, les étrangers résidants, n’y ont point de part ; ils font cependant au moins les trois quarts de la société. S’il est vrai qu’aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander à son semblable, si la liberté est un don du ciel , dont tout homme a droit de jouir dès qu’il fait usage de sa raison , il est clair que , dans la démocratie même , la quatrième partie qui gouverne le reste a usurpé Vautorité; que ce gouvernement est aussi contraire au droit naturel que l’aristocratie et l’état monarchique. Pour que chaque membre de la société jouisse également de la liberté, il faut qu’il n’y ait plus d'autorité, et que l’anarchie soit absolue.
Dans cet état des choses, voyons comment Vautorité pourroit naître, et quel en sera le fondement. Tous les membres de la société sont rassemblés pour établir et choisir un gouvernement; tous doivent donner leur sufl’rage. Qu’ils remettent Vautorité 0M\ chefs de famille, à un sénat, à un roi , cela nous est égal ; il s’agit de savoir ce que peut opérer et ce (pie signifie le suft’ragc qin^ chacun donne à ce moment. S’il dit : je vous donne la portion d’autorité que j’ai sur la société, il déraisonne , puisqu’il n’en a réellement aucune, et que l’anarchie
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subsiste encore. S’il entend : je vous donne ^autorité que fai sur moi, cela ne se peut pas : il est absurde qu’un particulier ait Vautorité sur soi-même et soit son propre supérieur. S’il veut dire: je vous remets ma liberté naturelle, c’est un attentat ; une liberté accordée par la nature est inaliénable :
ainsi le veulent nos philosophes. Si cela signifie ijevous ladonne seulement pour un temps, sauf à la reprendre quand il me plaira, le don est illusoire; donner, dit-on , et retenir, ne vaut. Ainsi , le simple particulier ne peut donner validement ni V autorité qu’il n’a pas , ni la liberté qu’il a. Si nous supposons qu’il dit : je vous choisis pour subvenir au besoin que la société dont je suis membre a d’être gouvernée, cela se comprend ; mais alors ce particulier ne fait que céder à une nécessité dont Dieu même est l’auteur, et son consentement n’est pas libre. S’il dit : je vous choisis pour exercer au nom de Dieu Z’autorité qu’il a sur nous tous*ce[a se conçoit encore mieux , et alors c’est Dieu et non l’homme qui revêt de l’autorité le dépositaire choisi par la société. Nous défions nos adversaires de donner un autre sens raisonnable au suffrage d’un électeur quelconque.
Enfin , l’absurdité de leurs principes est palpable , par les conséquences énormes qui s’ensuivent. En supposant que toute autorité est donnée en considération des bienfaits reçus ou que l’on espère , ils ont décidé qu’une société qui ne procure aucun bien à ses membres, perd le droit de leur commander; que tout membre mécontent de son sort a le droit de se détruire et de priver la société de ses services. Suivant cette morale, le mécontentement de ce membre le dépouille de l’humanité , et le met dans l’état de pure animalité , puisqu’il ne tient plus à la société humaine. Y eut-il jamais une société qui n’ait procuré et ne procure aucun bien à ses membres ? Elle a veillé à leur conservation meme avant leur naissance ; iis sont redevables à scs lois de l’éducation qu’ils ont reçue, de la sûreté dont ils ont Joui , des mœurs qu’ils ont contractées , des plaisirs de
l’adolescence, de leurs vertus s’ils en ont; leurs vices sont leur propre ouvrage , et de là vient le malheur qu’ils imputent à la société. Si l’autorité, en général , étoit aussi malfaisante que nos philosophes ingrats le supposent, elle ne souffriroit pas aussi patiemment les insultes qu’ils lui font. Nous nous garderons bien de copier les conseils abominables que quelques-uns ont donnés aux sociétés mécontentes de leurs chefs.
La plupart ont reproché à la morale chrétienne de favoriser le despotisme des souverains , en rendant leur autorité sacrée. A-t-il donc été possible aux chrétiens sensés de méconnoître une vérité sentie même par les païens? Hésiode et Homère disent que les rois sont les lieutenants de Jupiter, et que c’est lui qui les a placés sur le trône; les Chinois, qus les princes ont reçu leur commission du ciel ; Zoroastre , qu’Ormudz , ou le bon principe, a établi les rois pour gouverner les peuples. Une preuve positive (le l’heureuse influence de la morale chrétienne sur les gouvernements , c’est que la puissance souveraine n’est nulle part plus tempérée et plus sagement réglée que chez les nations éclairées par les lumières de l’Evangile ; partout ailleurs le despotisme et l’esclavage sont établis. Constantin, premier empereur chrétien, est aussi le premier qui , par ses lois, ait mis des bornes au despotisme exercé par ses prédécesseurs. Loi, Roi,etc.
AüTOUrrÉ- UELIGIEUSE ou ECCLÉSIAS- TIQUE. Nous entendons par là VautoriUi des pasteurs de l’Eglise sur les simples fidèles. Lorsqu’un chrétien est convaincu que, depuis le commencement du monde. Dieu a révélé et prescrit aux hommes la religion , c’est-à-dire , le culte qu’il exigeoit d’eux , il ne peut plus douter si c’est Dieu qui a donné aux pasteurs l’autorité nécessaire pour enseigner les fidèles , et pour les guider dans la voie du salut.
Dans l’état de société purement domestique , le chef de famille étoit aussi le ministre du culte divin ; les enfants^ d’Adam, Noé, Abraham, Jacob, ont offert des sacrifices; Mclcliisédech, roi
de Salem, étoit aussi prêtre du Dieu Très-Haut. Gen., c. 14, f. 18. Mais, lorsque plusieurs peuplades réunies ont formé une société civile , il a été convenable que la puissance temporelle et Yautorilé spirituelle ne fussent plus réunies dans la même personne. Dieu, en donnant sa loi aux Hébreux , choisit la tribu de Lévi pour faire les fonctions du culte divin ; il confia Yautorilé civile et politique à Moïse et aux juges. Jésus- Christ , qui a paru sur la terre lorsque les nations avoient une législation civile établie , n’y a dérogé qu’en ce qui regardoitla religion ; il a donné aux apôtres et à leurs successeurs la puissance spirituelle, ou Yautorité nécessaire pour faire croire la doctrine et observer la morale de l’Evangile : c’est ce que l’on nomme Yautorité de l’Eglise; et l’on comprend que dans cette expression l’Eglise est le corps des pasteurs , et non l’assemblée des fidèles.
Cette autorité est évidemment divine, puisque Jésus-Christ est Dieu ; elle est indépendante de la puissance civile, puisque le Sauveur a établi son Evangile malgré les puissances de la terre ; elle ne la gêne point , puisque la puissance civile ne s’étend point à la religion ; elle ne l’aiToiblit point, au contraire, elle la renforce par les leçons d’obéissance qu’elle fait aux peuples. Jésus- Christ a dit à ses apôtres : « Toute puis- » sance m’a été donnée dans le ciel et » sur la terre; allez donc, enseignez » toutes les nations, baptisez-Ies au nom I du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ® et apprenez-leur à garder tout ce que I je vous ai ordonné ; je suis avec vous I jusqu’à la consommation des siècles. » Malth., c. 28, y. 18. Lorsque les souverains et les peuples ont embrassé le christianisme, ils se sont soumis à cet ordre suprême.
Mais aucune vérité n’est à couvert des attentats de l’hérésie. Pour avoir droit de se révolter contre une fli/tonté établie depuis seize siècles, tes sectaires ont dit que Jésus-Christ a donné rnutor/M spirituelle à Y Eglise, c’est-à-dire, à l’assemblée des fidèles; et non aux pasteurs; que ceux-ci la reçoivent de YE-
glise , et non d’ailleurs; qu’ils sont simples mandataires des fidèles; qu’ils n’ont d'autorité sur le troupeau qu’autant que les ouailles trouvent bon de leur en accorder. Jésus -Christ, en donnant la mission à ses apôtres , parloit-il donc à l’assemblée des fidèles , qui n’existoit pas encore ? Trouvera-t-on dans l’Ecriture que Jésus-Christ a donné aux fidèles la commission d’enseigner et de gouverner leurs pasteurs ? Sans doute , comme on y a trouvé que c’est aux enfants de commander à leurs pères et au peuple de maîtriser les rois.
Comme les prédicants ne pouvoient établir leur secte que par une autorité divine, il a fallu recourir aux puissances séculières; ce sont elles qui ont fondé par leurs lois les églises luthérienne, calviniste et anglicane : aussi n’a-t-on pas manqué d’enseigner que Dieu a donné aux rois et aux magistrats le droit et le pouvoir de régler et de prescrire la doctrine et la discipline de l’Eglise; et cela s’est trouvé à point nommé dans l’Ecriture sainte. Mais lorsque l’intérêt a changé , l’on y a trouvé aussi que les souverains , à leur tour, ne sont que les mandataires de leurs sujets; que leur autorité, lorsqu’ils en abusent, est aussi révocable que celle des pasteurs. Bien entendu que cette nouvelle doctrine n’a été prêchée que dans les états républicains; dans les autres, le souverain ne l’auroit pas soufferte.
Malgré les anathèmes lancés contre ces erreurs, quelques-uns de nos jurisconsultes modernes ont osé les renouveler, et ont suivi la mêjne marche que les protestants : ils ont soutenu d’abord que les pasteurs de l’Eglise ne peuvent légitimement exercer aucune fonction publique de leur ministère, ni faire aucun acte d'autorité ecclés^'astigue , sans l’agrément et l’aveu de la puissance civile; ensuite, pour compléter le système, on prétend aujourd’hui que les rois tiennent toute leur autorité de leurs sujets, qu’elle ne vient pas plus de Dieu que celle des pasteurs ne vient de Jésus- Christ. Ainsi, les gouvernements ne peuvent plus être dupes du zèle hypo-
crite que l’on avoit affecté d’abord pour la prétendue suprématie de leur pouvoir.
Dans l’article précédent , nous avons démontré que Dieu est le seul et véritable auteur de la puissance civile et pobtique, quelque soit le sujet dans lequel elle réside. .\u mot Pasteüus , nous ferons voir que leur autorité vient de Jésus-Christ, et n’est soumise à aucune autre ; que VatUorité de l’£ g lise eslceWe des pasteurs, et non du corps des fidèles.
Il faut distinguer V autorité de V Eglise en matière de foi, et son autorité en fait de discipline. La première est la mission même que les apôtres et leurs successeurs ont reçue de Jésus-Christ pour enseigner les fidèles, mission qui impose à ceux-ci l’obligation de croire ; il a dit aux apôtres : « Celui qui vous écoute m’é- » coûte moi-même, et celui qui vous mé- » prise me méprise. j> Luc., c. 10, 16.
A l’article Mission , nous prouverons que celle des apôtres ne s’est pas terminée à eux , mais qu’elle a passé à leurs successeurs , et durera autant que l’Eglise.
Sans aucun égard pour la mission , les protestants soutiennent que , pour régler sa croyance, le simple fidèle ne doit point s’en rapporter à Vautorité de l’Eglise ou à l’enseignement des pasteurs , mais qu’il doit examiner par l’Ecriture sainte ce qui est révélé de Dieu, ou non révélé , par conséquent vrai ou faux , certain ou douteux ; les eatholiques prétendent le contraire, conséquemment ceux-ci s’en tiennent à la voie d’ autorité ^ et les premiers à la voie d’examen. Il faut donc voir d’abord lequel de ces deux procédés est le plus aisé ou le plu? possible à un simple fidèle , de s’assurer de Vautorité divine de l’Ecriture sainte, ou de constater la mission divine des pasteurs de VEglise. Nous soutenons que le premier de ces examens est impossible au commun des fidèles , et que le second est très-aisé.
Pour fonder notre foi sur la seule autorité de l’Ecriture sainte, il faut être certain, l» que tel livre est canonique, écrit par un auteur inspiré , et que c’est véritablement la parole de Dieu; si c’é-
toit un livre supposé , apocryphe, altéré, rempli d’erreurs, il n’auroit aucune autorité. 2° Qu’il a été fidèlement traduit, et que la version rend exactement le sens du texte original. 5° Que le sens du livre est véritablement tel qu’il nous paroît, que nousne nous trompons point dans la manière dont nous l’entendons.
Il n’est aucun de ces trois points sur lequel il n’y ait des disputes entre les croyants et les incrédules, entre les catholiques et les hérétiques ; un simple fidèle est évidemment incapable d’entrer dans toutes ces contestations, à plus forte raison de les décider.
Pour être assuré de Vautorité divine et infaillible de VEglise, il faut être convaincu, \° de la mission des apôtres, 2° de la succession légitime des pasteurs qui les remplacent. La mission divine des apôtres est constatée par les mêmes preuves qui établissent la divinité delà religion chrétienne, et que nous nommons motifs de crédibilité; ce sont les miracles de Jésus-Christ, ceux des apôtres, leurs vertus , leur martyre, leurs succès, le monde changé parle christianisme : preuve démonstrative, à portée des plus grossiers. La succession des pasteurs de VEglise par la voie de l’ordination est un fait public , incontestable , sur lequel personne n’est tenté de former des doutes et de disputer. Dans le sein de VEglise catholique, un simple fidèle a le même degré de certitude en matière de foi , qu’il a de ses intérêts les plus chers , de sa naissance , de ses droits, de ses devoirs naturels et civils; la certitude morale est poussée au plus haut degré de notoriété.
Une preuve de la nécessité de cette méthode, c’est qu’elle est suivie dans les sectes mêmes qui font profession de la rejeter. Avant de lire l’Ecriture sainte, un luthérien , un calviniste , un socinien, sont imbus déjà dès l’enfance, par leur catéchisme, de la doctrine de leur communion. Lé premier trouve dans l’Ecrilure sainte le luthéranisme; le second y voit le calvinisme ; le troisième y découvre la doctrine de Sociii. Ce n’est donc pas le sens de l’Ecriture qui les guide, c’est leur croyance antérieure qui
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décide pour eux du sens de l’Ecriture.
Foyez Ecriture sainte, Eglise.
Une autre question est de savoir si en matière de discipline VEglise a Vautorité de faire des lois , et d’obliger par des peines les fidèles à les observer.
Voyez Lois ecclésiastiques.
Comme toutes les contestations entre V Eglise cathoUque elles sectes hétérodoxes se réduisent à savoir quelle est la voie la plus certaine pour connoître la vraie doctrine de Jésus-Christ , il est bon de faire voir que notre méthode est fondée sur un principe unique et simple , dont les conséquences sont palpables.
Ce principe est que lnJîeligion chrétienne est une Religion révélée.
De là nous concluons , 1° donc nous devons la recevoir par l’organe de ceux que Dieu a spécialement chargés de l’enseigner, et non par un autre canal. Tout homme qui n’est point envoyé de Dieu , qui n’est point revêtu d’une mission divine , est sans caractère et sans autorité pour dogmatiser : les talents , les lumières La sainteté , et tous les avantages possibles ne peuvent suppléer au défaut de mission. Jésus-Christ l’avoit donnée à ses apôtres ; ceux-ci l’ont communiquée à leurs successeurs ; ils ont voulu que celle mission fût attestée par V ordination donnée à la face de YEglise; ainsi le christianisme s’est perpétué jusqu’à nous , ainsi il doit se conserver jusqu’à la fin des siècles.
Il s’ensuit, 2“ que la révélation du christianisme, qui est un fait général, doit se prouver comme tout autre fait, par la tradition orale, par l’histoire écrite, par les monuments, ou par les rites extérieurs qui y sont relatifs. Puisqu’ici la certitude morale ne peut être poussée trop loin , et que notre foi ne pont être trop ferme, aucune de ces trois jirenves ne doit être rejetée; de leur concert parfait résulte le plus haut degré de certitude et de notoriété possible. C’est ainsi que l’on jirocèdc dans tontes les questions ipie l’on jteut former sur un fait important, dinpicl dépendent nos intérêts les plus chers.
5» Que le fait général de la révélation du christianisme se résout cl se décom-
pose en une multitude de faits particuliers qui doivent se prouver par les mêmes signes que le fait général. Toute question , en matière de religion , se réduit à demander : Jésus -Christ et les apôtres ont-ils enseigné telle doctrine?
Qu’ils l’aient écrite ou non, cela ne décide rien , puisqu’on matière de fait il reste deux autres preuves , la tradition et les monuments. Quand les apôtres n’auroient écrit nulle part que le baptême est nécessaire au salut, il nous sullîroit de savoir par l’histoire qu’ils ont voulu que tout fidèle fût baptisé , et que l’on n’a jamais tenu un homme pour chrétien , à moins qu’il ne fût baptisé ou n’eût désiré de l’être. Pour savoir quels effets ils ont attribués au baptême, nous n’avons besoin que de considérer les cérémonies avec lesquelles ce sacrement fut toujours administré.
Nous concluons , 4“ que toute autorité en matière de foi se réduit au témoignage. Lorsqu’il est constant, uniforme, universel delà part des différentes Eglises ou sociétés chrétiennes dispersées dans le monde, il ne peut être faux.
Lorsque les témoins sont revêtus de caractère , jurent et protestent qu’il ne leur est ni permis ni possible d’altérer le fait dont ils déposent , leur attestation est plus forte et plus respectable. Tel est le témoignage des Eglises dispersées, énoncé par la bouche de leurs pasteurs. Lorsqu’on met en question si L'Eglise a une autorité en matière de foi, c’est comme si l’on demandoit : h'Eglise estelle admissible à rendre témoignage par la bouche des pasteurs, pour attester quelle est la croyance des différentes sociétés qui la composent, et ce témoignage est-il digne de foi ?
5» 11 en résulte que la catholicité ou runiformilé de doctrine entre ces sociétés dispersées est la vraie règle à la- <piclle les grands et les petits, les savants et les ignorants doivent faire attention, donner leur confiance. Lorsqu’entre plusieurs preuves il s’en trouve une qui est également à portée de tous, cl (pii suppUhî à toutes les autres, il est naturel que tous y aient recours et se reposent sur elle. Il seroit absurde de
renvoyer les simples fidèles à des lectures , à des discussions sur des livres et des passages, à des raisonnements dont ils sont évidemment incapables.
Nous concluons enfin , donc tout docteur qui veut établir un point de dogme par une des trois preuves dont nous avons parlé, et rejette les deux autres, qui veut renverser la tradition par le silence de l’Ecriture, au lieu de suppléer à ce silence par la tradition et par l’énergie des monuments, se rend suspect de fraude. S’il manque d’ailleurs du caractère essentiel à l’enseignement , démission divine et légitime, c’est un prévaricateur ; s’il résiste au témoignage et à la décision de V Eglise, c’est un hérétique.
Outre l’enchaînement et l’évidence de ces conséquences , nous avons pour nous l’usage observé constamment depuis les apôtres jusqu’à nous. Lorsqu’une dispute sur le dogme s’est élevée, les pasteurs se sont assemblés; ils ont dit :
Voilà ce que nous enseignons aux fidèles, ce que nous avons trouvé , établi et professé <lans ^Eglise dont le gouvernement^nous est confié. Lorsque ces témoignages se sont trouvés uniformes, unanimes, ou presque unanimes , ils ont dicté la décision, et on a dit anathème à ceux qui résistoient. Si l’on est entré avec CCS derniers dans la discussion des passages de l’Ecriture et des raisonnements qu’ils objectoient, c’a été pour les mieux confondre. La seule explication certaine et infaillible de l’Ecriture, est l’enseignement constant et uniforme de l’Eglise.
Ainsi ont raisonné au second siècle saint Irénée, pour réfuter les hérétiques de ce temps-là ; au troisième , Tertullien dans ses Prescriptions contre eux ; au quatrième, les Pères qui ont disputé contre les ariens ; et cette méthode n’a jamais changé.
Ainsi ont été forcés d’agir les protestants eux-mémes, lorsqu’ils ont disputé dans leurs synodes contre les sociniens, pour savoir s’il faut baptiser les enfants, et si le bapU‘mc leur est nécessaire : au silence de l’Ecriture objecté par les sociniens, aux passages mômes sur les-
quels ils se fondoient , les protestants ont voulu opposer la pratique constante et générale de l’Eglise.
Qu’ont répliqué les sociniens ? Vous en revenez , ont-ils dit, au principe des catholiques , que vous faites profession de rejeter aussi bien que nous. Le fondement de votre croyance et de la nôtre est, que toute question doit être décidée par l’Ecriture seule.
Quand il a fallu prendre parti sur les contestations survenues entre les arminiens et les gomaristes , les ministres assemblés à Dordrecht ont décidé, à la pluralité des suffrages, que le sentiment des arminiens est contraire à l’Ecriture , et que ceux-ci prenoientmal le sens des passages sur lesquels ils se fondoient. Mais nous demandons par quelle voie un simple calviniste peut être assuré que les gomaristes ont mieux pris le sens de l’Ecriture que les arminiens?
Il nous paroît plus nature) le déférer au témoignage des évêques, lorsqu’ils disent : Nous attestons que telle est la croyance de nos Eglises; c’est un fait public sur lequel il leur est impossible de se tromper ou de nous en imposer , que de nous soumettre au jugement des ministres lorsqu’ils disent : Nous déclarons que tel est le sens de l’Ecriture; ceci est un article sur lequel mille docteurs se sont trompés depuis la naissance du christianisme, et ont été légitimement condamnés.
Fidèles à suivre la marche des hérétiques , les sociniens et les déistes prétendent que, pour savoir si une doctrine est révélée de Dieu, ou non révélée , il n’est pas question d’examiner si elle a été enseignée par Jésus-Christ, par les apôtres , ou par quelqu’un des écrivains sacrés, mais qu’il faut voir si elle est conforme à la droite raison , ou si elle y est opposée , parce qu’une doctrine contraire à la raison est infailliblement fausse , et ne peut avoir été révélée de Dieu. 11 est clair que ce procédé est encore plus absurde que celui des protestants ; mais c’est une conséquence qui ne pouvoit manquer de s’ensuivre :
c’est ainsi que la prétendue réforme a frayé le chemin au déisme. Déjà saint
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Augustin a réfuté cette théorie dans son livre De uiilitate credendi.
i° La plupart des vérités révélées sont des mystères ou des vérités incompréhensibles àrentendemcnt humain; l’examen de cette doctrine en elle-même ne peut donc aboutir qu’à conclure : Je ii’y conçois rien. Or, l’ignorance et le défaut d’intelligence de notrepart ne prouvent rien.
2° De savoir si Dieu a révélé telle ou telle doctrine, c’est un fait: or, ce fait se prouve par des témoignages , et non par des arguments spéculatifs. Parce qu’une doctrine nous paroît vraie , il ne s’ensuit pas que Dieu l’ait révélée ; quand elle nous paroîtroit fausse, il ne s’ensuivroitpas non plus qu’elle n’est point révélée. Lorsqu’il est question de savoir si telle loi est émanée de l'autorité souveraine, on ne commence point par examiner si elle est juste ou injuste, raisonnable ou absurde, utile ou pernicieuse; on s’en rapporte aux faits qui prouvent que cette loi a été véritablement portée et promulguée. C’est un principe universellement admis , qu’il est absurde d’argumenter contre les faits.
3° La révélation est faite pour les ignorants aussi bien que pour les savants : or, les ignorants ne sont pas plus en état de juger de la vérité ou de la fausseté d’une doctrine en elle-même , que de décider de la justice ou de l’injustice d’une loi quelconque. Mais l’homme le plus ignorant peut être convaincu des faits qui prouvent la mission divine des pasteurs de l’Eglise. Foyez Mission.
4° La voie d’examen a été de tout temps la source des hérésies; elle est encore le principe de toute espèce d’incrédulité ; parce qu’un socinien et un déiste jugent que les mystères du christianisme sont faux et absurdes, ils décident que Dieu n’a pas pu les révéler , que toute révélation est une imposture : ils imitent l’opiniâtreté des athées, qui soutiennent que Dieu n’a pas créé le monde, parce qu’il n’est pas assez bien fait à leur gré.
Il ne faut donc pas confondre l’examen de la mission avec rexamen de la doctrine : le premier est à la portée des
simples fidèles, le second ne l’est pas. Lorsque la mission des pasteurs est prouvée , le devoir du fidèle est de croire sans examiner la doctrine , parce qu'il en est incapable.
AVARE, AVARICE. C’est aux philosophes moralistes de faire sentir la bassesse et les funestes conséquences de cette passion; les théologiens la nomment l’un des sept péchés capitaux : souvent elle est censurée dans l’Ecriture sainte. Salomon, dans les Proverbes, et les prophètes , se sont appliqués à en guérir les Juifs; Jésus-Christ reprend fréquemment ce vice des pharisiens ; saint Paul en inspire de l’horreur et du mépris; il dit que c'est une idolâtrie. En effet, les désirs de notre cœur sont une espèce de culte que nous adressons aux objets dans lesquels nous faisons consister notre bonheur. Il est passé en usage de dire que les avares n’ont point d’autre Dieu que l’argent.
AVE MARIA , ou Salutation angélique, prière à la sainte Vierge , trèsusitée dans l’Eglise romaine. Elle est composée dés paroles que l’ange Gabriel adressa à la sainte Vierge , lorsqu’il vint lui annoncer le mystère de l’incarnation, de celles de sainte Elisabeth, lorsqu’elle reçut la visite de la Vierge, et enfin de celles de l’Eglise, pour implorer son intercession. On l’appelle Ave, Mara, parce qu'elle commence par ces mots, qui signifient : Je vous salue, Marie.
On appelle aussi Ave, Maria, les plus petits grains du chapelet ou rosaire , qui indiquent que , quand on le récite , on doit dire des Ave ^ à la différence des gros grains , sur lesquels on dit le Pater oi\ l’oraison dominicale. Voy, l’Ancien sacra mentaire par Grandcolas, première partie , pag. 414.
Ave , Maiua ( religieuses de 1’ ). Voy.
SaINTE-Ci.AIUE et COUDELIÉUES.
AVENEMENT, se dit de la veuue du Messie. On distingue deux sortes d’avénrments du Messie , l’un accompli , lorsque le Verbe s'est incarné, et qu’il a paru parmi les hommes revêtu d’une chair mortelle ; l’autre futur , lorsqu’il descendra visiblement du ciel dans sa
gloire et sa majesté pour juger tous les hommes.
Les juifs sont toujours dans l’attente du premier uvéncïnstit du Messie , et les chrétiens dans celle du second , qui précédera le jugement. C’est une question parmi les commentateurs , de savoir si Jésus-Christ a parlé de ce dernier avènement dans l’Evangile, Matt., c. 24; N arc., c. 13; Luc., c. 21. Malgré les eflorts que l’on a faits pour le prouver dans une dissertation sur ce sujet , Bible d’Avignon, tom. 13, p. 403, il nous paroît plus naturel de penser qu’il est seulement question du siège de Jérusalem , de la ruine et de la dispersion de la nation juive. Pour entendre autrement le discours de Jésus-Christ, il faut forcer le sens de ces paroles : Cette génération ne passera point jusqu’à ce que tout s’accomplisse. Les Pères ont pensé, cl la vérité, que les événements dont parle le Sauveur, sont une figure de ce qui doit arriver à la fin du monde ; mais aucun n’a décidé que ce soit là le sens littéral des évangélistes.
AVENT , temps consacré par l’Eglise pour se préparer à célébrer dignement la fête de l’avénement ou de la naissance de Jésus-Christ , et qui précède immédiatement celte fête. Voyez Noël.
Ce temps dure quatre semaines, et commence le dimanche qui tombe ou le jour de saint André, ou le jour qui en est le plus proche, soit avant , soit après, c’est-à-dire, le dimanche qui tombe entre le 27 novembre et le 3 décembre inclusivement. Cet usage n’a pas toujours été le même. Le rit ambrosien marque six semaines pour Vavent, et le sacramentaire de saint Grégoire en compte cinq. Les capitulaires de Charlemagne portent qu’oii faisoit un carême de quarante jours avant Noël : c’est ce qui est appelé, dans quelques anciens auteurs, le carême de la Saint-Martin.
Cette abstinence avoit d’abord été instituée pour trois jours par semaine ; savoir, le lundi , le mercredi, et le vendredi , par le premier concile de Mâcon , tenu en 581 . Depuis , la piété des fidèles l’avoit étendue à tous les autres jours : mais elle n’étoit pas constamment ob-
servée dans toutes les Eglises , ni si régulièrement par les laïcs que par les clercs. Chez les Grecs, l’usage n’étoit pas plus uniforme : les uns commençoient le jeûne de Vavent dès le 15 novembre , d’autres le 6 de décembre , et d’autres le 20. Dans Constantinople même , l’observation de Vavent dépendoit de la dévotion des particuliers , qui le commençoient tantôt trois , tantôt six semaines, et quelquefois huit jours seulement avant Noël.
En Angleterre, les tribunaux de judicature étoient fermés pendant ce temps-là. Le roi Jean fit à ce sujet une déclaration expresse , qui porloit défense de vaquer aux affaires du barreau dans le cours de ïavent. In adventu Domini nulla assisa capi debet ; et même encore à présent il est défendu de se marier pendant Vavent sans dispense.
Une singularité à observer par rapport à Vavent, c’est que , contre l’usage établi aujourd’hui d’appeler la première semaine de Vavent celle par laquelle il commence , et qui est la plus éloignée de Noël, on donnoit ce nom à celle qui en est la plus proche, et l’on comptoit ainsi toutes les autres en rétrogradant, comme on fait avant le carême les dimanches de la septuagésime , sexagésime et quinquagésime, etc.
AVEUGLEMENT SPIRITUEL. Il consiste à ne pas sentir l’importance du salut, le prix des grâces de Dieu , l’énormité de nos péchés , la nécessité de faire pénitence , etc. L’Ecriture dit des infidèles, qu’ils sont dans les ténèbres , et de tous les pécheurs, qu’ils sont aveugles. Lorsque cet aveuglement est volontaire, il est criminel sans doute; s’il ne l’étoit pas , il ne seroit pas imputable.
Cependant nous lisons dans plusieurs endroits des livres saints , que Dieu aveugle les pécheurs , les impies , les incrédules; comment cela doit-il s’entendre? Souvent Dieu reproche aux pécheurs leur aveuglement: peut-il en être l’auteur ? Non sans doute. 11 est dit , Sap., c. 2, jl. 25, que les pécheurs sont aveuglés par leur propre malice; II. Cor., c. 4, jl. 4 , que c’est le dieu de ce siècle, ou les passions divinisées, qui ont aveuglé
l’esprit des infidèles ; ce n’est donc pas Dieu. Saint Paul dit que le cœur des faux sages a été aveuglé , parce qu’ayant connu Dieu , ils ne l’ont pas honoré , qu’ainsi ils sont inexcusables. Rom., c. 1 , jt. 20 et 21 ; c’a donc été leur faute , et non celle de Dieu. Saint Jean dit que celui qui hait son frère, ne voit pas clair, que les ténèbres l’ont rendu aveugle ; mais il nous avertit que Dieu est la lumière, et qu’en lui il n’y a point de ténèbres , Joarx., c. 1, î. S ; c. 2, 12;
{'aveuglement ne vient donc pas de lui. Il dit que le Verbe divin est la vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde , Joan., c. 1 , jt. 9 ; les pécheurs ne sont pas exceptés.
Dieu répète continuellement aux Juifs :
Soyez saints , parce que je suis saint : or, la sainteté de Dieu consiste en ce qu’il défend le péché et le punit; il ne peut donc y contribuer en aucune manière. « Dieu, dit le Sage , déteste l’impie » et son impiété , » Sap., c. 14, ÿ. 9. I Et il ne donne lieu de pécher à per- » sonne , » Eccli., c. 15 , f . 21. Dieu ne veut pas seulement que l’on dise qu’il abandonne les pécheurs, iMd., f. 11 ; à plus forte raison seroit-ce un blasphème de penser qu’il les aveugle, qu’il leur ôte absolument toute lumière de la grâce. Enfin Jésus-Christ dit formellement aux Juifs ; « Si vous étiez » aveugles , vous n’auriez point de pép ché , c’est-à-dire , vous ne seriez point P coupables du péché que vous comp mettez , en refusant de croire en moi, p Joan., c. 9 , ^. 41 . Cela nous paroît clair.
Cependant Calvin a cité vingt passages qui prouvent que Dieu aveugle positivement les pécheurs; les incrédules ne cessent de les répéter ; plusieurs théologiens en abusent pour prétendre qu’il y a des pécheurs auxquels Dieu refuse des grâces de conversion; il faut donc les examiner en détail. La (luestion est très-importante ; il s’agit de savoir si nous n’avons pas à faire à des aveugles volontaires.
Kemanpions d’abord que dans toutes les langues , rnèinc dans la nôtre , il y a deux équivoques très -communes. La première est de dire ([u’uii homme fait
ce qu’il laisse faire , ce qu’il néglige d’empêcher autant qu’il le peut; ainsi l’on attribue à un magistrat les désordres qu’il n’empêche point, à un père les passions de son fils lorsqu’il ne les réprime point, à un maître le libertinage d’un domestique sur lequel il ne veille point. Les Pères de l’Eglise disent aux riches qui n’assistent point les pauvres : Vous ne les avez point nourris , vous les avez tués. Non pavisti , occidisti ; et cela signifie seulement , vous les avez laissés périr. Nous disons à un imprudent qui s’est attiré des malheurs par défaut de prévoyance et de précaution : Fous l’avez voulu, etc. La seconde , qui revient au même, est d’appeler cause ce qui est seulement occasion; ainsi nous disons brusquement à un homme , vous me faites enrager, lorsque son caractère ou sa conduite sont pour nous une occasion de dépit et de colère, meme contre son intention ; la vraie cause est notre impatience, et souvent la bizarrerie de notre propre caractère. On dit à un jeune homme follement épris des attraits d’une femme : Cette beauté vous aveugle, vous rend fou ; souvent elle l’ignore ou en est fâchée. On dit des grands qui prodiguent leurs bienfaits, qu’iVs font des ingrats; ce ne devroit pas être là le fruit des bienfaits.
C’est dans ce double sens qu’il est dit que Dieu aveugle les pécheurs; 1® parce qu’il ne leur accorde pas des lumières aussi abondantes et aussi puissantes qu’il le faudroit pour dissiper facilement leur aveuglement ; mais l’excès de leur opiniâtreté n’est pas un litre pour exiger de lui de plus grandes grâces ; 2® parce que la patience avec laquelle il les attend, les bienfaits qu’il leur accorde, leur persuadent souvent qu’il en sera toujours de même, et que Dieu ne les punira pas. Dieu dit aux Juifs, Isa'i., c. 43 , 24 : « Vous m’avez fait servir à
» vos propres iniquités, ® c’csl-à-dirc , vous avez abusé de mes bienfaits pour in’olïenser. Toutes ces façons de parler, abusives et fausses en bonne logique , ne doivent pas plus nous surprendre en hébreu (ju’en françois , dans les auteurs sacrés que chez les écrivains profanes.
Le passage le plus fort qu’il y ait sur cette matière , est dans le prophète Isaïe , c. G, i. 9. Dieu lui dit : « Va et dis à ce ï pe’uple, Ecoutez et n’entendez pas, » voy^ et ne comprenez pas. Endurcis » le cœur de ce peuple , bouche-lui les » oreilles et ferme-lui les yeux, de peur D qu’il ne voie, n’entende et ne com- V prenne , qu’il ne se convertisse et que » je ne le guérisse. Jusques à quand, » Seigneur? Jusqu’à ce que ses villes n soient sans habitants, ses maisons dé- » sertes , et ses terres sans culture. » Si l’on prenoit ce passage à la lettre, rien ne seroit plus absurde. 1° Ce seroit une contradiction de la part de Dieu d’envoyer un prophète aux Juifs pour leur faire des reproches , s’il avoit le dessein de les aveugler et de les endurcir : ils l’étoient déjà. 2“ Isaïe n’avoit certainement pas le pouvoir de les rendre pires qu’ils n’étoient. Il est donc évident que c’est ici une prédiction , et non un commandement; le sens est : * Va dire à ce B peuple : Fous écoutez et n’entendez B pas, vous voyez et ne comprenez pas.
B Mais laisse-le endurcir son cœur , se B boucher les oreilles , se fermer les B yeux , parce qu’il craint de voir , d’en- B tendre et d’être guéri; et cela durera B jusqu’à ce que l’excès de ses malheurs B le fasse rentrer en lui-même, b Celte menace étoit évidemment plus propre à convertir les Juifsqu’à les aveugler ; c’est le langage d’un père irrité contre ses enfants, mais qui voudroit les changer, afin de ne pas être obligé de les punir.
Ce passage d’Isaïe est répété cinq ou six fois dans le nouveau Testament.
Maith., c. 13, ji. 13. Jésus-Christ dit des Juifs : * Je leur parle en paraboles, B parce qu’ils regardent et ne voient B pas , Us écoutent et ils n’entendent pas , » et ne comprennent rien. Ainsi s’ac- » complit à leur égard la prophétie d’I- » saïe, qui leur dit : Fous écouterez et B n’entendrez pas, vous regarderez et B ne verrez pas. Car le cœur de ce peuple » est appesanti ; ils ouvrent à peine les * oreilles, ils ferment les yeux, de peur » de voir, d’entendre , de comprendre , » de se convertir cl d’être guéris. * Ainsi le Sauveur attribue à la malice volon-
taire des Juifs ce que la prophétie sembloit attribuer à Isaïe lui-même. Malgré celte évidence , les incrédules concluent que Jésus-Christ parloit exprès aux Juifs en paraboles , afin de les aveugler et de les endurcir. Quoi ! des paraboles sensibles , des comparaisons palpables , n’étoient-elles pas la leçon la plus propre à ouvrir les yeux d’un peuple grossier et obstiné? Il étoit question là de la parabole de la semence , image de la parole de Dieu , et des causes qui l’empêchent de produire du fruit; cette énigme n’étoit pas fort difficile à comprendre.
Cependant , disent les incrédules , Jésus-Christ témoigne qu’il n’a aucune envie d’ouvrir les yeux aux J uifs ; lorsque ses disciples lui demandent : « Pourquoi B parlez-vous en paraboles à ces gens- » là ? il répond : Piyce qu’il vous est B donné de connoîlre le mystère du B royaume des deux , au lieu que cela ne B leur est pas accordé, b Ibid., Ensuite il explique à ses disciples en particulier le sens de la parabole , et ne l’explique point au peuple.
Mais pourquoi n’éloit-il pas donné aux Juifs de connoitre les mystères du royaume de Dieu? Parce qu’ils ne le vouloient pas : Jésus-Christ le dit formellement; ils fermoient les yeux, ils se bouchoient les oreilles , etc. S’ils lui avoient demandé une explication dans le dessein d’en profiler, il la leur auroit donnée aussi bien qu’à ses disciples.
Point du tout, répliquent les incrédules; suivant saint Marc, c. 4, jl. il , Jésus-Christ dit à ses disciples : «t II vous B est donné de connoitre les mystères B du royaume de Dieu, au lieu qu’aux B étrangers tout est dit en paraboles, B afin qu’ils voient sans connoîlre , qu’il B écoutent sans entendre, de peur qu’ils B ne se convertissent , et que les péchés B ne leur soient remis, b
Fausse traduction ; îkk en grec , ut en latin , ne signifient point là afin que, mais , de manière que; il seroit absurde de supposer que Jésus-Christ parloit, instruisoit, reprenoit les Juifs, afin qu’ils n’écoulassent pas , et ne fussent pas convertis. Foyez Inte.ntion.
Dans le même sens, Jésus-Christ dit,