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/oan., c. 9 , ÿ. 39 : «Je suis venu dans B ce inonde pour exercer un jugement, B de manière que ceux qui ne voient pas B soient éclairés , et que ceux qui voient B deviennent aveugles, b La suite donne l’explication. Les pharisiens lui demandèrent : I Sommes-nous donc aussi des B aveugles? Si vous l’étiez, répliqua le B *iauveur, vous n’auriez point de péché; B mais vous dites nous voyons; votre B péché demeure, b Donc , si l'aveuglement des pharisiens étoit venu de Jésus- Christ, et non de leur opiniâtreté, ils auroient été exempts de péché.
Joaiu, c. 12, ÿ. 57 , nous lisons encore : ï Quoique Jésus eût fait de si B grands miracles en présience des Juifs, B ils ne croyoient pas en lui, de manière B qu’ils accomplissoient ce qu’a dit B Isaïe : Seigneur, quiacruce que nous B avons annoncé, qui a reconnu l’opé- B ration de votre bras ? b Ils ne pouvoient pas croire , parce qu’Isaïe a encore dit : I Dieu les a rendus aveugles D et a endurci leur cœur, de manière B qu’ils ne voient point , etc. b A ce sujet, saint Augustin dit : « Si l’on me de- B mande pourquoi ils ne pouvoienl pas B croire, je répondrai d’abord , parce B qu’ils ne le vouloient pas... S’ils ne le B vouloient pas, c’étoit la faute de la
B volonté humaine Ils étoient si or-
B gucilleux , qu’ils vouloient leur propre B justice, et non celle de Dieu, b Tract. 35 , in Joan., n. 6 et 9. Tous les jours nous disons dans le même sens : Cet homme ne peut se résoudre à faire telle chose; et cela signifie seulement qu’il ne le veut pas , qu’il le refuse avec obstination.
Soutiendra - 1 - on que les J uifs refusoient de croire , afin d’accomplir la prédiction d’Isaïe , et que Dieu les aveugloit positivement, afin de les rendre incrédules? Non - seulement l’on dira deux absurdités, mais l’on contredira l’évangéliste; il ajoute que cependant plusieurs des principaux Juifs crurent en Jésus - Christ , mais qu’ils ne sc déclaroient pas, à cause des pharisiens, et de peur d’être chassés de la synagogue. Puisque les principaux crurent, il ne teuüit qu’aux autres de faire de même.
Même langage dans saint Paul. En parlant de l’incrédulité des Juifs , il leur applique encore la prédiction d’Isaïe , /dct., c. 28, ^.24, etsuiv.; Jlom., c.ll, f. 1 ; mais il ajoute que, malgré leur obstination. Dieu les aime encore â cause de leurs pères , et qu’il les a laissés dans l’incrédulité , aussi bien que les gentils, afin d’avoir pitié de tous, f. 28 et 32. Ce n’étoit donc pas afin qu’ils demeurassent aveugles et incrédules.
Dès le second siècle , saint Irénée a donné cette réponse aux marcionites , qui abusaient déjà des passages que nous venons d’examiner. « C’est le même B Dieu , dit-il , qui aveugle les incrédules B qui le méprisent , comme le soleil, sa B créature , aveugle ceux qui ne peu- B vent pas regarder sa lumière à cause B de quelque maladie des yeux , et qui B accorde une lumière plus grande et B plus parfaite à ceux qui croient en lui B et le suivent... Comme il connoît tou- B tes choses d’avance , il laisse dans l’in- B crédulité ceux dont il prévoit la ré- B sistance , il se détourne d’eux et les B laisse dans les ténèbres qu’ils ont eboi- B sies eux-mêmes, b Jdv. Hœr., 1. 4, c. 29. Tertullien répond à peu près de même à ces hérétiques, 1. 2 , adv. Mar don., cap. 14, et Origène , de Princip.. 1. O, c. l,n. 11.
Cependant saint Augustin semble avoir pensé que Dieu aveugle positiviment les pécheurs pour punir leurs passions déréglées : Spargens pœnales cœcilates super illicitas cuptditales, Confess., 1. 1, c. 18 , n. 29 ; et il l’a répété plus d’une fois. Mais il a aussi expliqué plus d’une fois ce qu’il entendoit par là. ï Dieu, dit-il, aveugle et endur- B cit , en abandonnant et ne secourant B pas. B Tract. 53, in Joan., num. 6.
t Quiconque est tombé danc Vaveugle- B ment d’esprit est privé de la lumière B intérieure de Dieu, mais non pas en- B tièrement , tant qu’il est dans cette B vie. B Enarr. in Ps. c. 6, n. 8. Il aj> plique à Jésus-Christ tout ce qui est dit du soleil dans le psaume 18. -« Lorsque B le Verbe s’est fait chair, dit- il , et B qu’en se revêtant de notre mortalité B il a daigné habiter parmi nous , d n’a
AZY 245 ÂZY
» pas voulu qu’aucun homme pûts’excu- * ser d’être dans les ombres de la mort, » et la chaleur du Verbe y a pénétré. » Foyez Grâce, $ ô,'; Exdürcissement.
AVOCAT, AVOCATE. Foyez Para-
CLET.
AZAZEL. Foyez Bocc émissaire.
AZOTE. Foyez Septuagésime.
AZYME , du grec «Çu/tos , sans levain, pain qui n’est pas fermenté. Depuis le schisme des Grecs, consommé dans l’onzième siècle par le patriarche Michel Cérularius , il y a eu dispute entre eux et les Latins , pour savoir si le pain dont on se sert pour la consécration de l’eucharistie , doit être levé ou sans levain; les Grecs et les autres Orientaux , les Syriens jacobites et maronites , les cophtes et les nestoriens , se servent de pain levé, et il paroît que cet usage est établi chez eux depuis les premiers temps du christianisme ; les Latins consacrent du pain axÿmejetlessavantsneconvienncnt point de l’époque à laquelle cette coutume a commencé , quoiqu’elle n’ait pas été toujours généralement observée.
Bingham , charmé de trouver une occasion de blâmer l’Eglise romaine , prétend que l’usage des pains azymes^ que nous nommons hosties, a été inconnu dans toute l’Eglise avant l’onzième siècle; il veut nous le prouver par saint Epiphane, qui parle du pain azyme comme d’un rit affecté par les ébionites, Hœr. 30 , n. IS ; par saint Ambroise , qui appelle le pain de l’eucharistie un pain usuel, de Sacram., 1. 4 , c. 4 ; par l’auteur de la vie du pape Melchiade, mort l’an 314, qui nomme l’eucharistie fermentum; par le pape Innocent I , mort en 417, qui l’appelle de meme dans une de ses lettres; enfin , parce que Photius, qui commença le schisme des Grecs au neuvième siècle , n’objecte point aux Latins l’usage du pain azyme, au lieu que Michel Cérularius leur en fit un crime en 1051 ; donc, dit Bingham, il n’en étoit pas encore question dans l’Eglise latine. Orig. ecclés., 1. 15, c. 2, g 5.
Mais ces preuves ne peuvent pas prévaloir aux témoignages positifs d’Alcuin en 790, et de llaban-Maur en 819 , qui parlent du pain azyme, comme d’un
usage commandé et nécessaire â observer ; le premier connoissoit la pratique des Eglises d’Angleterre , et le second celle des Eglises d’Allemagne. Lorsque le rit grégorien fut introduit enEspagne, dans l’onzième siècle , au lieu du rit mozarabique , les Eglises de ce royaume ne changèrent rien dans le pain dont elles se servoient pour l’eucharistie ; le pain azyme y étoit donc usité , au moins depuis la fin du sixième siècle. Dans le dixième et l’onzième , le pape Léon IX soutint, contre les Grecs, que l’on s’en servoit en Italie de temps immémorial.
Ce que saint Epiphanea dit des ébionites , nous donne lieu de penser que , dans l’Eglise grecque , l’on s’abstient de consacrer du pain azyme , de peur do paroître approuver Terreur des hérétiques , qui en usoient par attachement aux rites judaïques ; mais la même raison n’avoit pas lieu dans l’Occident, où les ébionites ne parurent jamais.
Il n’est pas prouvé que du temps do saint Ambroise le pain usuel fût du pain levé ; aujourd’hui encore le peuple des campagnes mange souvent des gâteaux de pain sans levain ; il semble au contraire que dans la vie du pape Melchiade , et dans 1a lettre d’innocent I, le mot fermenium est employé pour distinguer le pain eucharistique du pain ordinaire.
Du silence de Photius , Ton doit seulement conclure que ce patriarche et les autres Grecs n’attachoient pas pour lors au pain levé autant d’importance qu’ils lui en ont donné cent soixante ans après, lorsqu’ils ont voulu absolument consommer leur scliisme, et que dans l’onzième siècle ils ont été moins raisonnables qu’au neuvième.
On ne se persuadera jamais que dans cet intervalle les Eglises d’Italie, des Gaules, d’Espagne , d’Angleterre et d’Allemagne , ont conspiré tout à coup à se servir de pain azyme contre leur ancien usage , sans que Ton puisse découvrir aucun motif ni aucun événement qui ait pu donner lieu à ce changement; on sait le temps auquel le missel grégorien a été substitué au missel gallican et au missel gothique ou mozara-
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bique , la manière dont cela s’est fait, et les motifs par lesquels on s’y est déterminé : pourroit-on ignorer l’origine du pain azyme, si l’usage du pain levé avoit été constant et universel dans tout l’Occident ?
Il est à peu près certain que Jésus- Christ a consacré l’eucharistie avec du pain azyme, puisque c’étoit le seul dont il fût permis d’user dans la célébration de la pâque : cette considération jointe à la leçon que saint Paul fait aux fidèles, /. Cor., c. 5, 7 : « Purifiez - vous du
» vieux levain, etc., ® a fait conclure que le pain azyme étoit le plus convenable pour l’eucharistie. Aujourd’hui encore les Abyssins cophtes se servent de pain azyme pour consacrer l’eucharistie le jour du jeudi saint : les arméniens ont affecté de ne mettre ni levain dans le pain eucharistique , ni vin dans le calice , afin d’exprimer ainsi leur er-
reur touchant l’unité de nature en Jésus-Christ ; les ébionites s’abstenoient de célébrer avec du pain levé , par attachement aux rites judaïques ; mais l’Eglise latine ne s’est conduite par aucun de ces motifs. C’est très-mal à propos que les Grecs l’ont voulu charger de ce ridicule ; par mépris. ils nous appellent azymites ; par réciprocité on les a nommés fermentaires . Les protestants auroient dû s’abstenir d’imiter l’opiniâtreté des Grecs. L’Eglise latine a été plus raisonnable qu’eux : lorsqu’ils consentirent à se réunir à elle au concile de Florence , il fut décidé que chacune des deux Eglises seroit libre de conserver son ancien usage. Le Brun, JSxplic. des Cérémon., t. 5, p. 116 etsuiv.
Thiers fait mention de plusieurs superstitions pratiquées par différentes sectes à l’égard du pain eucharistique.
Tr. des Superstitions ,t. 2,1. 5 , ch. 1 .
BaAL ou BEL , divinité des Assyriens, des Babyloniens , des Phéniciens ou Chananéens, des Carthaginois, etc. Ce nom signifie Seigneur; il paroît synonyme à Moloch, prince ou roi; c’est un des noms anciens du soleil : la première idolâtrie a été l’adoration des astres. F oyez Astres.
On sacrifioit à Baal ou h Moloch des victimes humaines , des hommes faits ou des enfants ; et ce culte impie fut souvent imité par les Juifs, malgré la défense expresse que Dieu leur en avoit faite. Ueut., c. 12, jf. 50. Jérémie leur reproche d’avoir brûlé leurs enfants en holocauste à Baal, c. 19, 5 , et de
les avoir initiés à Moloch , c. 52 , jf. 55.
Les rahbins, pour diminuer l’horreur de ces sacrifices impies, soutiennent que leurs ancêtres ne brûloient pas leurs enfants, mais qu’ils les faisoient seulement passer par le feu à l’honneur de Moloch. Les expressions de Jérémie , comparées à la loi du Deutéronome,
semblent témoigner le contraire. Si dans le culte de Baal il n'en coûtoit pas toujours la vie à quelqu’un, ses autels du moins étoient souvent arrosés du sang de ses propres prêtres. On le voit par le sacrifice sur lequel Elle les défia de faire descendre le feu du ciel. « Ils se blcsj> soient selon leur usage, dit l’écrivain » sacré, avec des couteaux et des lan- » celles, jusqu’à ce qu’ils fussent cou- » verts de sang. » III. Beg., c. 18, î. 28.
Dans la suite , on a cru que le Dieu Bel des Assyriens étoit Nemrod ,et que celui des Phéniciens étoit un roi de Tyr , mais il n’y en a aucune preuve, le culte rendu aux morts est postérieur de beaucoup à l’adoration des astres.' 11 n’a comtnencé que quand il y a eu des rois assez puissants pour en imposer aux hommes par l’éclat du faste, et des peuples assez esclaves pour pousser la flatterie aux derniers excès. Foyez la Disserlationsur Moloch, etc.. Bible d'Avignon, t. 2, p. 555; A/cm. de l'Acadé-
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nu'e àes Inscript. , t. 71 , in-12, p. 172.
Quand on considère les désordres et les crimes dont l’ancienne idolûtrie étoit accompagnée , on n’est plus surpris de «e que Dieu l’avoit défendue aux Israélites sous peine de mort.
BAALITES, adorateurs de Baal. Pour «xcuser le culte rendu au soleil , et toutes les autres espèces d’idolâtrie , quelques incrédules ont prétendu que ce culte serapportoit au vrai Dieu ; que les polythéistes adoroient, dans les astres et dans les différentes parties de la nature , la puissance et la bonté du Créateur. C’est prêter des idées bien spirituelles à des hommes très-grossiers , et dont nous avons peine à concevoir toute la stupidité.
S’il y avoit une idolâtrie excusable, ce seroit sans doute le culte du soleil; cet astre est , pour ainsi dire, l’âme de la nature; rien de plus pompeux que les hymnes faits à son honneur par les anciens poètes. Mais si l’on avoit demandé aux Péruviens , qui l’adoroient , à quel personnage ils avoient intention de rendre leurs respects et leurs vœux, il n'est pas à présumer qu’ils auroient nommé le Créateur de l’univers , dont la providence gouverne toutes choses. Ils croyoient que le soleil étoit un être animé et intelligent; c’étoit même l’opinion des philosophes grecs; c’est donc à lui que s’adressoient les hommages qu’on lui rendoit , puisque l’on étoit persuadé qu’il voyoit , entendoit et approuvoit ce que l’on faisoit pour obtenir ses faveurs.
Lorsque Zoroastre voulut donner une religion nouvelle aux Chaldéens qui adoroient les astres , il ne pensa point que leur culte eût aucun rapport au seul Dieu créateur du monde.
Il y a plus. Cclsc, Julien, Porphyre, ont fait un crime aux chrétiens de ce qu’ils ne voulüient rendre aucun culte aux génies , aux prétendus dieux inférieurs ou secondaires, auxquels, selon eux, le Dieu suprême a confié le gouvernement de l’univers. Us soutenoient, comme Platon , que ce Dieu suprême étoit trop grand ou trop occupé de son bonheur , pour se mêler des choses de ce monde; conséquemment qu’il étoit fort inutile de
lui rendre aucun culte; que l’encens, les prières et les offrandes dévoient être adressés seulement aux génies , ou dieux inférieurs. Porphyre, Traité de V abstinence , liv. 2, c. 5-i, 37, 38. Le soleil, sans doute, étoit un de ces dieux; en quel sens le culte qu’on lui rendoit pouvoit-il se rapporter au vrai Dieu ?
Sans entrer dans une plus longue discussion, nous pouvons être assurés que si l’idolâtrie avoit eu quelque rapport au Créateur , elle n’auroit pas fait naitre chez les païens tant d’absurdités et tant de crimes , et Dieu ne l’auroit pas pünie par des châtiments si rigoureux. Voyez Dieux des Païens, Idolâtrie.
BAANITES, hérétiques, .sectateurs d’un certain Baanès , qui se disoit disciple d’Epaphrodite , et enseignoit les erreurs des manichéens vers l’an 810.
Voyez Pierre de Sicile, Hist. du manichéisme renaissant. Baronius , ad ann. 810.
B.4BEL. L’histoire sainte rapporte que les hommes rassemblés dans les plaines deSennaar n’avoient encore qu’un même langage ; qu’ils formèrent le dessein de bâtir une tour élevée jusqu’au ciel, avant de se séparer, ou plutôt afin qu’elle leur servît de marque pour ne pas se séparer ; que Dieu, pour renverser ce projet, confondit leur langage sur le lieu même, de manière qu’ils ne s’entendirent plus les uns les autres , qu’ainsi il les força de se diviser pour aller habiter différentes contrées : que cette tour reçut le nom de Babel, confusion, parce que le langage des hommes y fut confondu.
Gen., c. U.
Cet événement arriva l’an du monde 1802; Phaleg , le dernier des patriarches de la famille de Sem , venoit de naitre ; selon quelques commentateurs , il avoit alors quatorze ans , et son nom signifie dispersion. Cette date s’accorde avec les observations que Callisthène envoya de Babylone à Aristote ; elles étoient de 1603 ans ; c’est précisément l’intervalle de temps qui s’éloit écoulé depuis la fondation de la tour de Babel jusqu’à l’entrée d’Alexandre à Babylone.
L’Ecriture remarque encore que celte masse d’édifice étoit de brique liée avec
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du bitume : les voyageurs nous apprennent que dans ce même lieu la terre continue à vomir une quantité prodigieuse de bitume. On trouve, à un quart de lieue de l’Euphrate, vers l’Orient, des ruines que l’on croit être les restes de la tour de Babel; mais cette opinion n’est appuyée sur aucune preuve.
Quelques incrédules ont fait des dilïîcultés contre l’histoire de la confusion des langues et de la tour de Babel. Selon la Genèse , disent-ils , cette entreprise fut faite cent dix-sept ans après le déluge; pendant un si court espace, il ne pouvoit pas être né assez d’hommes pour former toutes les peuplades dont parle Moïse , pour faire un édifice aussi immense , et il n’y avoit pas eu assez de temps pour inventer tous les arts nécessaires à l’exécution d’un pareil ouvrage.
Mais Moïse ne suppose point que pour lors la terre fût déjà couverte de toutes les peuplades dont il parle au chapitre 10 de la Genèse ; il y détaille d’avance les générations qui ne vinrent au monde qu’après la dispersion.
Connoît-on assez quelle fut la masse et la hauteur de la tour de Babel, pour assurer qu’il n’y avoit pas alors assez d’hommes existants pour l’avoir faite?
Le désir qu’ils avoient de construire une tourt fort haute , ne prouve pas qu’ils l’aient élevée en effet à une grande hauteur. Il n’y a d’ailleurs aucune nécessité de s’en tenir à la chronologie du texte hébreu , touchant la date de cet événement ; suivant les Septante et le texte samaritain, il n’est arrivé qu’environ quatre cents ans après le déluge.
Noé et ses enfants connoissoient les arts , puisqu’ils avoient bâti l’arche ; ils n’en perdirent point la conuoissance pendant l’année du déluge ; ils purent donc la donner à leurs descendants, sans que ceux-ci fussent obligés de les inventer.
Ces mêmes critiques demandent comment toutes ces peuplades pouvoient avoir encore la même langue , pendant que Moïse a dit, dans le chapitre précédent , que cliacun avoit sa langue ; comment elles se trouvoient rassemblées dans les plaines de Sennaar , après qu’il
a dit qu’elles éloient allées peupler le Nord et le Midi.
Ferons-nous un crime à cet historien d’avoir dit , par anticipation et brièvement dans le chapitre 10 , ce qu’il se proposoit d'exposer plus en détail dans le chapitre suivant? Si c'étoit une faute, on pourroit la reprocher à tous les écrivains de l’antiquité.
Lorsque les censeurs de Moïse témoignent leur étonnement de ce que la construction de la tour de Babel et la confusion des langues , sont deux faits dont les auteurs profanes n’ont eu aucune connoissance, ils montrent eux-mêmes que les leurs sont très-bornées. Eusèbe, dans sa Préparation évangélique, liv. 9, c. 1 4, 17, etc., nous a conservé un fragment de l’histoire d’Assyrie , écrite par Abydène, où ces deux grands événements sont rapportés ; donc la tradition en étoit conservée sur le lieu même. Il cite encore Artapan et Eupolème , qui disent la même chose. II paroît que la guerre des Titans contre les dieux , dont parlent les poètes , n’est autre chose que l’entreprise de Babel déguisée par les fables. Celse et Julien prétendoient au contraire que Moïse avoit emprunté des païens toute cette histoire ; mais les écrits de Moïse sont plus anciens que ceux des poètes; Tatien , Origène, saint Cyrille , l’ont prouvé par tous les monuments de l’histoire profane. r
D’autres critiques, dont l’ambition étoit de diminuer le nombre des miracles , ont voulu faire disparoître celui de la confusion des langues à Babel. Selon le génie de la langue hébraïque, disentils, cette expression de Moïse ; Toute la terre n'avoit qu’une bouche et une parole, peut signifier que tous les hommes étoient parfaitement d’accord, n’avoient qu’un même sentiment et un même dessein ; par conséquent les paroles suivantes, Dieu confondit leur langage , peuvent signifier que par la permission do Dieu la discorde se mit entre eux , et qu’ils SC séparèrent pour aller habiter diflérentes contrées”. Or la différence de leur langage dut résulter naturellement de leur séparation mémo ; très-peu do temps suffit pour que deux peuples qui
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ne se fréquentent plus , ne parlent pins la même langue. Le Clerc , in Genes., c. H ; Sentiment de quelques Théologiens de IJolL, lett. 19 ; Simon, Ilist. crit. de l’ancien Testam., liv. 1, c. 14 et 13; Rép. aux Théol. de Holl.^ ch. 20. SaintGrégoire de Nysse, Orat. 12, contra Eunom., paroît de ce sentiment.
Mais cela n’est pas conforme au sens naturel du texte : Moïse dit que Dieu confondit leur langage sur le lieu même, et il le répète deux fois, chap. 11, ÿ. 7 et 9 ; il ajoute : tellement que l’un n’entendit plus la parole de son voisin. Qu’une multitude d’hommes n’aient eu d’abord qu’un seul et même dessein , qu’ils aient commencé à l’exécuter de concert , que tout à coup ils se soient divisés sans raison et sans motif, et n’aient plus voulu s’entendre , cela ne nous paroît pas naturel. L’historien prévient même cette idée , en attribuant à Dieu ces paroles : « Si nous les laissons faire, * ils poursuivront l’ouvrage qu’ils ont » commencé , jusqu’à ce qu’ils en soient s venus à bout. » Il n’est donc pas ici question de la simple permission d’un événement naturel , mais d’une intervention positive de la toute-puissance de Dieu.
Plusieurs auteurs ont fait des dissertations pour savoir si le langage que les hommes parloicnt avant la confusion, se conserva sans aucun changement dans la famille de Sem ou ailleurs ; si cette première langue est l’hébreu , ou une autre , etc. Ces discussions ne nous regardent point. Puisqu’il est prouvé à présent que toutes les langues sont composées des mêmes racines monosyllabes, que toutes leurs diflérences consistent dans l’union, l’arrangement, la prononciation plus ou moins forte de ces mêmes éléments ; l’hébreu ne peut pas être censé la première langue plutôt qu’une autre, à moins que l’on ne prouve que les racines primitives y ont été conservées avec plus de simplicité que dans les autres ; c’est ce que l’on n’a pas encore fait. Un simple changement de prononciation des mots primitifs a suffi pour que les ouvriers de Rahcl ne s’entendissent plus , et il auroit fallu un miracle
permanent pour que les descendants do Sem conservassent toujours parmi eux la même prononciation et le même arrangement de mots primitifs. Foy. \'0rigine du langage et de l'écriture, par M. Gébelin.
BACHELIER. Voy. Faculté de Théologie.
BAGNOLOIS ou BAGNOLIENS, secte d’hérétiques qui parurent dans le huitième siècle , et furent ainsi nommés de Bagnols , ville du Languedoc , au diocèse d’Uzès , où ils étoient en assez grand nombre. On les nomma aussi concordais ou conzocois , termes dont on ne connoît pas la véritable origine.
Ces bagnolois étoient manichéens , et furent les précurseurs des albigeois. Ils rejetoient l’ancien Testament et une partie du nouveau. Leurs principales erreurs étoient que Dieu ne crée point les âmes quand il les unit aux corps ; qu’il n’y a point en lui de prescience ; que le monde est éternel, etc. On donna encore le même nom à une secte de cathares dans le treizième siècle. Foy. Cathakes.
BAHEM , ou plutôt BAHIM.’ Dans le premier livre des Machabées, il est dit que le roi Démétrius écrivit au grand prêtre Simon en ces termes : Coronam auream et bahem quam misistis, suscepimus. Le grec, au lieu de bahem, lit baïnam, que Grotius dérive de bais, une branche de palmier. Ce sentin nt paroît le meilleur. Il étoit assez ordinaire d’envoyer ainsi des couronnes et des palmes d’or aux rois vainqueurs, en forme de présents. Machab. I, ch. 15, f. 37.
’baÎaNISME ou BAYANISME , erreurs de Baïus et de ses disciples.
Michel Baïus ou de Bay , né en 1313 à Melin, dans le territoire d’Ath en Ilainaut, après avoir étudié à Louvain et passé successivement par tous les grades de cette université , y reçut le bonnet de docteur en 1340 , et fut nommé l’année suivante , par Charles V , pour y remplir une chaire d’Ecriture sainte,, avec Jean Ilessels , son compagnon d’études et son ami. 11 enseigna dans ses écrits, et lit imprimer diverses erreurs sur la grâce , le libre arbitre, le péché originel»
îa charité , la mort de Jésus-Christ , etc. Elles sont contenues dans soixante-seize propositions, condamnées d’abord en Î576 par le pape Pie V.
On peut rapporter toutes les propositions de Baïus k trois chefs principaux : les unes regaident l’état d’innocence; les autres l’état de nature tombée ou corrompue par le péché ; les autres enfin l’état de nature réparée par le Fils de Dieu fait homme et mort en croix ;
1° Comme les anges et les hommes sont sortis des mains de Dieu justes et innocents , Baïus et ses disciples ont prétendu que la destination de ces créatures à la béatitude céleste, que les grâces qui les y menoient de proche en proche, n’étoient pas des dons gratuits , mais des dons inséparables de la condition des anges et du premier homme; que Dieu les leur devoit , tout comme il devoit à ce dernier la vue , l’ouïe et les autres facultés naturelles. Selon le principe fondamental de Baïus, une créature raisonnable et sans tache ne peut avoir d’autre fin que la vision intuitive de son Créateur; Dieu n’a pu, sans être luimême l’auteur du péché, créer les anges et le premier homme que dans un état exclusif de tout crime , ni par conséquent les destiner qu’a la béatitude céleste : cette destination étoit à la vérité un don de Dieu , mais qu’il ne pouvoit leur refuser sans déroger à sa bonté , à sa sainteté , à sa justice. Telle est la doctrine de Baïus , dans son livre üeprimâ hominis justilid , surtout chap. 8. Elle est exprimée dans les propositions 21 , 23 , 2i, 26, 27 , 55 , 71 et 72 , condamnées par la bulle de Pie V. 2“ Conséquemment Dieu a été dans l’obligation indispensable de départir aux anges etk l’homme les moyens nécessaires pour arriver à leur lin ; d’où il résulte que toutes les grâces , soit actuelles , soit habituelles, qu’ils ont reçues dans l’état d’innocence, leur étoient ducs comme une suite naturelle de leur création.
5° Le mérite des vertus et des bouiics actions étoit de même espèce , c’csl-kdire , naturel , ou , ce qui revient au même , le fruit de la première ciéation. 4® La félicité élcriiellc attachée à ces mé-
rites étoit de même ordre , c’est-à-dire, une pure rétribution , où la libéralité gratuite de Dieu n’entroit pour rien ; c’étoit une récompense et non une grâce. 5® L’homme innocent étoit à l’abri de l’ignorance, des souffrances et de la mort , en vertu de sa création; l’exemption de tous ces maux étoit une dette que Dieu payoit à l’état d’innocence , un ordre établi par la loi naturelle, toujours invariable, parce qu’elle a pour objet ce qui est essentiellement bon et juste. C’est la doctrine expresse des propositions 53 , 69 , 70 et 75 de Baïus.
Foyez Le Père Duchesne , Hist. du Baianisme , liv. 2, p. 177, 180; et livre 4 , pag. 556 et 361 ; et le Traité hist. et dogm. sur la doctrine deBaius, par l’abbé de La Chambre , tome 1 , chap. 2, pag. 49 et suiv.
Quant à l’état de nature tombée, voici les erreurs de Baïus et de ses sectateurs sur la nature du péché originel, sa transfusion et ses suites. 1° Dans leur système , le péché originel n’est autre chose que la concupiscence habituelle dominante. 2® Cette idée supposée , la transfusion du péché d’Adam n’est plus un mystère qui révolte la raison ; ce péché se transmet de la même manière que l’aveuglement , la goutte et les autres maladies physiques de ceux dont on tient la naissance : cette communication se fait indépendamment de tout arrangement arbitraire de la part de Dieu ; tout péché, par sa nature , a la force d’infecter le transgresseur et toute sa postérité, comme a fait le péché originel , proposition 50. Cependant ce dernier est en nous sans aucun rapport à la volonté du premier père , proposition 46. Sur les suites du péché originel, Baïus dit, 1® (juc le libre arbitre, sans la grâce, n’a de force que pour pécher, proposition 28.
2“ Qu’il ne peut éviter aucun péché, proposition 29; que tout ce qui en sort, même l’infidélité négative, est un péché; (|iic l’esclave du péché obéit toujours à la cupidité dominautc ; que jusqu’à ce (|irn agisse |)ar l'impulsion de la charité, toutes scs actions partent de la cupidité et sont des péchés, propositions 51 , 36, 64, 68, etc. 5® Qu’il ne peut y avoir en
lui aucun amour légitime dans l’ordre naturel , pas même de Dieu , aucun acte de justice , aucun bon usage du libre arbitre , ce qui paroît dans les infidèles , dont toutes les actions sont des péchés , comme les vertus des philosophes sont des vices , propositions 23 et 26. Ainsi , selon Baïus , la nature tombée et destituée de la grâce , est dans une impuissance générale à tout bien , et toujours déterminée au mal que sa cupidité dominante lui propose. Il ne lui reste ni liberté de contrariété , ni liberté de contradiction exempte de nécessité : incapable d’aucun bien, elle ne peut produire d’action qui ne soit un péché ; nécessitée au mal , elle s’y porte au gré du penchant qui la domine , et n’en est ni moins criminelle ni moins punissable devant Dieu. Voyez les auteurs cités cidessus.
Les erreurs de Baïus, d’ilessels et de leurs sectateurs , ne sont pas moins frappantes touchant l’état de nature réparée par le Rédempteur : ils disent formellement que la rétribution de la vie éternelle s’accorde aux bonnes actions , sans avoir égard aux mérites de Jésus- Christ ; qu’elle n’est pas même , à proprement parler, une grâce de Dieu , mais l’effet et la suite de la loi naturelle, en vertu de laquelle le royaume céleste est le salaire de l’obéissance à la loi ; que toute bonne œuvre est de sa nature méritoire du ciel , comme toute mauvaise est de sa nature méritoire de la damnation ; que le mérite des œuvres ne vient pas de la grâce sanctifiante, mais seulement de l’obéissance à la loi; que toutes les bonnes actions des catéchumènes, qui précèdent la rémission de leurs péchés, comme la foi et la pénitence, méritent la vie éternelle , propositions H , 12, 13,18,69.
La justification des adultes , selon Baïus, de jMst!/’., cap. 8, et dejustitia , c. 3 et 4, consiste dans la pratique des bonnes œuvres et la rémission des péchés. En conséquence , il soutient que les sacrements do baptême et de pénitence ne remettent point la coulpe du péché, mais la peine seulement; qu’ils ne confèrent point la grâce sanctifiante;
qu’il peut y avoir dans les pénitents et les catéchumènes une charité parfaite , sans que les péchés leur soient remis ; que la charité , qui est la plénitude de la loi , n’est pas toujours jointe avec la rémission des péchés ; que le catéchumène vit dans la justice avant d’avoir obtenu la rémission de ses péchés ; qu’un homme eu péché mortel peut avoir une charité même parfaite , sans cesser d’être sujet à la damnation éternelle ; parce que la contrition , même parfaite , jointe à la charité et au désii du sacrement , ne remet point la dette de la peine éternelle , hors le cas de nécessité ou de martyre , sans la réception actuelle du sacrement , propositions 51 , 34, 33, 67, 68, etc.
Comme dans le système de Baïus on est formellement justifié par l’obéissance à la loi , ce docteur et ses disciples disent qu’ils ne reconnoissent d’autre obéissance à la loi que celle qui coule de l’esprit de charité , proposition 6 ; point d’amour légitime dans la créature raisonnable , que cette louable charité que le Saint-Esprit répand dans le cœur, et par laquelle on aime Dieu , et que tout autre amour est celte cupidité vicieuse qui attache au monde , et que saint Jean réprouve , proposition 38.
Leur doctrine n’est pas moins erronée sur le mérite et la valeur des bonnes œuvres; puisqu’ils avancent d’un coté que , dans l’état de la nature réparée, il n’y a point de vrais mérites qui ne soient gratuitement conférés à des indignes; et que de l’autre ils prétendent que les bonnes œuvres des fidèles qui les justifient , ne peuvent pas satisfaire à la justice de Dieu pour les peines temporelles qui restent à expier après la rémission des péchés , ni les expier ex condigno ; ces peines , selon eux , ne pouvant être rachetées, même par les souffrances des saints , propositions 8 , 37 , 74. Voyez les auteurs cités ci-dessus, et VAiréyé du Traité de la grâce de Tournely, par iM. .Montagne.
Ce système , comme le remarque solidement ce dernier théologien, est un composé bizarre de pélagianisme, quant à ce qui regarde l’étal de nature iimo-
centejde lullicranisme et de calvinisme, pour ce qui concerne l’état de nature tombée. Quant à l’état de nature réparée , les sentiments de Baïus sur la justification , l’efficacité des sacrements et le mérite des bonnes œuvres, sont directement opposés à la doctrine du concile de Trente : ils ne pouvoient éviter les différentes censures qu’ils ont essuyées.
En effet, dès I5S2, Ruard Tapper , Josse Ravestin , Ritchou , Cunncr et d’autres docteurs de Louvain s’élevèrent contre Baïus et Ilessels, qui répandoient les premières semences de leurs opinions. En 1560, deux gardiens des Cordeliers de France en déférèrent dix-huit articles h la faculté de théologie de Paris, qui les condamna par sa censure du 27 juin de la même année. En 1567 parut la bulle de Pie V , du 1" octobre , portant condamnation de soixante-seize propositions qu’elle censuroit inglolo, mais sans nommer Baïus. Le cardinal de Granvelle , chargé de l’exécution de ce décret , l’envoya à Morillon , son vicaire général, qui le présenta à l’université de Louvain , le 29 décembre 1567. La bulle fut reçue avec respect, et Baïus parut d’abord s’y soumettre; mais ensuite il écrivit une longue apologie de sa doctrine , qu’il adressa au pape, avec une lettre du 8 janvier 1569. PieV, après un mûr examen, eonfirma, le 13 mai suivant , son premier jugement , et écrivit un bref à Baïus , pour l’engager à se soumettre sans tergiversation. Baïus hésita quelque temps; et se soumit enfin, en donnant à Morillon une révocation des propositions condamnées. Mais après la mort de Josse Ravestin , arrivée en 1570, Baïus et ses disciples remuèrent de nouveau. Grégoire XllI, pour mettre fin à ces troubles , donna une bulle le 29 janvier 1579, en confirmation de celle de Pie V son prédécesseur, et choisit , pour la faire accepter par l’université de Louvain, François Tolel, jésuite , et depuis cardinal. Alors Baïus rétracta scs propositions , et de vive voix , et par un écrit signé de sa main, daté du 21 mars 1580. Dans les huit années suivantes jusqu’à la mort de Baïus, les contestations
se réveillèrent, et ne furent assoupies que par un corps de doctrine dressé par les théologiens de Louvain, et adopté par ceux de Douai. Jacques Janson, professeur de théologie à Louvain , voulut ressusciter les opinions de Baïus, et en chargea le fameux Cornélius Jansénius son élève , qui , dans son ouvrage intitulé Augustinus , a renouvelé les principes et la plupart des erreurs de Baïus,
oyez Jansénisme. Quesnel ensuite a répété mot pour mot, dans ses Réflexions morales, un grand nombre de propositions condamnées par Pie V et Grégoire XIII. Voyez Qüesnellisme.
Il n’est pas nécessaire d’être profond théologien pour démontrer que le système de Baïus est absurde en lui-même.
Sur quoi fondé soutient-il que Dieu devoit à la nature innocente tous les privilèges et les avantages accordés à Adam? Dieu sans doute ne peut pas créer l’homme en état de péché ,- cela seroit contraire à sa sainteté et à sa justice ; mais comment prouvera-t-on que Dieu doit à l’homme exempt de péché telle mesure de dons spirituels et corporels, tel degré de bonheur et de bien-être pour le présent et pour l’avenir ? On ne peut fonder celte prétention que sur les sophismes des anciens philosophes et des manichéens touchant l’origine du mal. Dieu, essentiellement maître de ses dons et tout-puissant, peut en accorder plus ou moins à l’infini et en telle mesure qu’il lui plaît. C’est le principe qu’a posé saint Augustin avec raison , pour réfuter les manichéens. II y a de I’al>surdité à supposer que Dieu doit quelque chose à une créature à laquelle il ne doit pas même l’existence. Dans cette hypothèse ridicule , il seroit impossible de concilier la permission du péché avec la justice , la sagesse , la sainteté et la bonté de Dieu. S’il devoit tant de faveurs à l’homme innocent, pourquoi ne lui devoit- il pas aussi la gnïce efficace pour persévérer dans l’innocence ?
Dès que le principe fondamental de Baïus est évidemment faux et sent le manichéisme , toutes les conséquences qu’il en tire ne sont pas moins fausses.
Dans ce même système, la rédemption