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BAISER DE PAIX. Foyez Paix.
BALiiAM , prophète appelé par Balac, roi des Moabites , pour maudire les Israélites ; Dieu le força de les bénir et de prédire leur prospérité future. Num., c. 24, 17. Il sortira , dit-il , une étoile
de Jacob, et il s’élèvera un sceptre dans Israël , qui gouvernera tous les enfants de Seth , par conséquent tous les hommes , puisque, depuis le déluge, il n’est resté au monde que la postérité de Seth. Le Targum ou paraphrase d’Onkélos,et celui de Jonatham , Maimonide et d’autres savants rabbins, ont appliqué cette prophétie au Messie. Les commentateurs chrétiens n’ont donc pas tort de l’entendre de même.
Les incrédules ont fait des railleries insipides sur ce qui est dit , Num., c. 22 , y. 18, que Dieu fit parler l’ânesse sur laquelle Balaam étoit monté; ils ont regardé cette narration comme une fable ridicule. Mais nous ne voyons pas pourquoi i! étoit plus indigne de Dieu de faire parler un animal que de faire entendre une voix en l’air , ou de se servir d’un autre signe pour intimer ses volontés à un prophète. On ne peut, sans contredire le texte sacré , supposer que Balaam étoit un faux prophète , un infidèle , un idolâtre , parce qu’il demeuroit parmi les Ammonites; il est évident, par la narration de Moïse , que cet homme connoissoit et adoroit le vrai Dieu ; il ne partit, pour se rendre à l’invitation du roi des Moabites, qu’après avoir consulté le Seigneur, et après en avoir reçu une permission expresse. Si donc l’ange du Seigneur lui dit, c. 22, jfr. 32 ; « Ton voyage est criminel et con- » traire à mon dessein , » c’est probablement parce que ce prophète méditoit en lui-même comment il pourvoit concilier les ordres de Dieu avec les vues du roi des Moabites, afin de ne pas être privé d’une récompense. La manière dont saint Pierre en parle, IL Petr., c. 2, il. 15 , ne paroît pas signifier autre chose. Au reste les commentateurs ne s’accordent pas trop sur l’idée que l’on doit avoir de ce personnage.
De savants critiques en ont pris occasion de traiter une question , qui est de
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savoir si Dieu peut se servir c’es personnages vicieux , même des infidèles et des idolâtres , pour prédire l’avenir. Plusieurs exemples allégués dans l’Ecriture sainte prouvent que Dieu l’a fait par d’autres que par Èalaam. Le prophète Michéefe. 5, H, accuse quelques-uns de ses confrères de prophétiser pour de l'argent; il ne dit pas néanmoins que c’étoient de faux prophètes. Dans le livre de Daniel , c. 2, 1 , nous voyons que
Dieu envoie un songe prophétique à Nabuchodonosor, prince idolâtre, quoiqu’il connût le vrai Dieu. Jésus-Christ, Maith., c. 7 , ÿ. 23 , dit qu’au jour du jugement il réprouvera des hommes qui se vanteront d’avoir prophétisé et fait des miracles en son nom. Saint Jean, c. 11, ÿ. 51 , nous apprend que Caïphe, on qualité de pontife, prophétisa que Jésus - Christ mourroit non-seulement |)Our sa nation , mais pour rassembler les enfants de Dieu. Probablement il fit cette prédiction sans le vouloir et sans en comprendre le sens. Note de Mosheim sur Cudworlh, c. 5, § 89, à la fin. Quant aux prédictions qui avoient cours parmi les païens , voyez Oracle.
D.LLE (concile de). Il est reçu en France comme œcuménique, du moins jusqu’à la vingt-sixième session. Il fut assemblé l’an 1451 , et dura jusqu’à 1443; mais la dissension entre le concile et le pape Eugène IV commença dès l’an 1437 , à la vingt - sixième session , et dura jusqu’à la fin. Il avoit été convoqué en vertu du décret du concile général de Constance , qui avoit ordonné , session 59 , que dans cinq ans il se tiendroit un nouveau concile général.
Les deux principaux objets du concile de liâle étoieiit la réunion des Grecs avec l’Eglise romaine , et la réformation générale de l’Eglise , tant dans son chef que dans ses membres, suivant le projet qui en avoit été fait au concile de Constance. Conséquemment il déclara , dans sa seconde session , qu’il tenoitson pouvoir immédiatement de Jésus-Christ, que toute personne quelconque , même le pape, étoit obligée de lui obéir dans ce (pii regardoit la foi, l’extirpaliou du schisme, cl la réforme générale de l’E-
glise dans son chef et dans ses membres.
Ce décret est censé avoir été confirmé par le pape lui-même , puisqu’il donna une bulle par laquelle il déclaroit que , quoiqu’il eût cassé le concile de JSâle , légitimement assemblé ; " néanmoins , pour éviter les dissensions , il reconnoissoit que ce concile avoit été légitimement continué depuis son commencement , et devoit l’être à l’avenir ; qu’il l’approuvoit dans ce qu’il avoit ordonné et décidé , et déclaroit que la dissolution qu’il en avoit faite étoit nulle. Cette bulle fut reçue et publiée dans la seizième session, le 5 février 1434.
Le concile fit ensuite plusieurs canons de discipline touchant les mœurs du clergé, condamna et supprima les annales.
Mais après la vingt-cinquième session, tenue en 1437 , le pape transféra le concile de Bâle à Ferrare, et deux ans après à Florence. Comme les Pères de Bâle s’obstinèrent à y continuer leurs assemblées, et procédèrent juridiquement à la déposition du pape ; depuis ce moment le concile de Bâle ne put plus être envisagé comme légitimement assemblé :
aussi les évêques s’en retirèrent peu à peu , et sentirent que tout ce qu’ils feroient n’auroit plus aucune autorité.
Il est fâcheux que ce concile n’ait pas eu une plus heureuse issue ; les décrets de discipline que l’on y dressa étoient très-sages. Plusieurs mêmes ont été suivis , surtout en France , comme ce qui regarde l’établissement des professeurs de langues hébraïque et grecque dans les universités , la fréquentation des excommuniés , la prescription en faveur de ceux qui ont possédé paisiblement un bénéfice pendant trois ans , la récitation de l’olljce divin, la suppression des expectatives de la cour de Rome , les privilèges des gradués , etc.
On prétend que le haut clergé d’Allemagne demande aujourd’hui l’exécution des décrets de ce concile, Merc. de France du 2 décembre 178G.
Les actes originaux de ce concile sont conservés dans les archives de la ville de Bâle, cl il y en a une co|ûe authen tique à la bibliothèque du roi. Jlist. do
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l'Eglise gallic., X. i6,l. 47, an. 1431.
BANNIÈRE d’église. C’est une espece de drapeau ou étendard de couleur, sur lequel est peinte ou brodée l’image du patron d’une église, et qui se porte à la (été des processions. Lorsque plusieurs paroisses vont en procession au même lieu de dévotion , chacune se reconnoît et se rassemble à sa bannière. Lorsqu’il y a plusieurs confréries ou associations de dévotion dans une même église, chacune a sa bannière, à laquelle les confrères ou consœurs se réunissent , pour mettre plus d’ordre dans les processions. Ployez Gonfalon ou Gonfanon.
BAPTÊME, sacrement qui efface le péché originel, et qui nous fait chrétiens, enfants de Dieu et de l’Eglise.
Jésus-Christ l’a institué, en disant à ses apôtres, Matlh., c. 28, i. 19 : « Allez » enseigner toutes les nations , et bap- !> tisez-ics au nom du Père , et du Fils , » et du Saint-Esprit, s
Le mot liaptcme, en général, signifie lotion , immersion , du mot grec /Sarrru ou/3a7tTiÇw,je lave , je plonge. Tous les peuples ont compris que l’action de laver le corps éloit un symbole de la purification de l’àme. Les Juifs appcloicnt baptême certaines purifications légales qu’ils pratiquoient sur leurs prosélytes après la circoncision. On donne le même nom à celle que pratiquoit saint Jean dans le désert à l’égard des Juifs, comme une disposition de pénitence pour les préparer >soit à la venue de Jésus-Christ, soit à la réception du baptême que le Messie devoit instituer. Celui-ci est absolument différent du baptême de saint Jean , par sa nature, sa forme, son efficacité et sa nécessité , comme le prouvent les théologiens , contre la prétention des luthériens et des calvinistes.
C’est Jésus - Christ qui a donné à cette cérémonie la force d’effacer le péché. Voyez la Dissertation sur les trois baptêmes. Bible d’Avignon, tom. 13 , p. 199.
Le baptême de l’Eglise chrétienne est appelé dans les Pères de plusieurs noms relatifs à scs effets spirituels , comme adoption, renaissance, régénération de l’âme , illumination, etc.
Ce sacrement a été rejeté par plusieurs anciens hérétiques des premiers siècles, tels que les ascodrutes, les marcosiens, les Valentiniens, les quintiliens, quipensoient tous que la grâce , qui est un don spirituel , ne pouvoit être communiquée ni exprimée par des signes sensibles. Les archontiques le rejetoient comme une mauvaise invention du Dieu Sebahoth , c’est-à-dire, du Dieu des Juifs, qu’ils regardoient comme un mauvais principe. Les séleuciens et les hermiens ne vouloient pas qu’on le donnât avec de l’eau ; ils employaient le feu , sous prétexte que saint Jean-Baptiste avoit assuré que le Christ baptiseroit ses disciples dans le feu. Les manichéens , les pauliciens , les massaliens , le rejetoient également. D’autres en ont altéré la forme. Ménandre baptisoit en son propre nom ; les éluséens y invoquoient les démons ; les montanistes joignoient le nom de Montan leur chef, et de Priscille leur prophétesse , aux noms sacrés du Père et du Fils. Les sabelliens, les marcosiens , les disciples de Paul de Samosate, les eunomiens , et quelques autres hérétiques ennemis de la Trinité , ne baptisoient point au nom des trois Personnes divines : c’est pourquoi l’Eglise rejetoit leur baptême , mais elle admettoit celui des autres hérétiques , pourvu qu’ils n’altérassent point la forme prescrite , quelles que fussent d’ailleurs leurs erreurs sur le fond des mystères.
Les chrétiens orientaux , grecs , jacobiles , syriens, égyptiens et éthiopiens, les nestoriens, et les Arméniens, dont plusieurs sont séparés de l’Eglise romaine depuis douze cents ans , ont conservé la même croyance qu’elle touchant le baptême. Tous en reconnoissent la nécessité absolue, et lui attribuent les mêmes effets que nous; ils regardent comme nous l’eau naturelle seule comme la matière de ce sacrement ; ils l’administrent par trois immersions. La seule différence qu’ils mettent dans la forme, c’est qu’au lieu de dire comme nous , Je te baptise, etc. ils disent : -Un tel est baptisé au nom du Père, etc. Tous observent les exorcismes et les antres cérémonies du baptême ; mais dans le cas
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de nécesssilé ils les suppriment. Perpét. de la foi, tom. 5, liv. 2, c. 1 et siiiv. Les protestants avouent que le baptême est un sacrement ; mais tous n’en reconnoissent pas également la nécessité et les effets ; tous en ont supprimé les cérémonies.
Conséquemment les théologiens catholiques sont obligés d’examiner, i « quelles sont la matière, la forme, les cérémonies du baptême. 2° Qui en est le ministre , ou par qui ce sacrement peut être validement administré. 5® Quelles personnes sont capables de le recevoir.
4® Quels effets il produit. S® De quelle nécessité il est. 6® Quel est le sort éternel de ceux qui meurent sans avoir eu le bonheur d’être baptisés. Nous tâcherons d’abréger toutes ces questions.
1. De la matière, de la forme , des cérémonies du baptême. Le sentiment universel de tous les chrétiens , est que l’eau naturelle , de fontaine , de rivière , de pluie , est la seule matière avec laquelle on puisse baptiser validement; Jésus-Christ l’a ainsi déterminé , en disant : <r Si quelqu’un n’est pas régénéré » par Veau et par le Saint-Esprit, il ne » peut pas entrer dans le royaume de * Dieu. » Joan., c. 5, 5. Toute autre
liqueur, soit artificielle, soit naturelle, ne peut être employée pour baptiser.
Ainsi l’a décidé le concile de Trente, sess. 7, de Bapt., can. 2. Mais l’Eglise chrétienne , toujours attentive à professer sa foi par ses cérémonies , a été , dès les premiers siècles , dans l’usage de bénir l’eau des fonts baptismaux por des prières particulières; c’a été, de la part des protestants , une témérité trèscondamnable de supprimer et de blâmer cette bénédiction, ^oyez Eau bénite , Eau du Baptême.
La forme ou les paroles par lesquelles ce sacrement est administré , sont : Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; et ce sont les propres paroles de Jésus -Christ. Dans l’Eglise grecque, le prêtre dit : Un tel est baptisé au nom du Père, etc. Quelques théologiens ont douté autrefois si cette forme étoit valide, parce qu’ils prenoient mal le scas de la formule des Grecs; iis
croyoient qu’elle signifioit : Qu’un tel soit baptisé, etc. Aujourd’hui personne ne doute que ce baptême ne soit valide. Dans quelques sociétés protestantes , la coutume s’étoit introduite de faire verser l’eau sur la tête du baptisé par un diacre, pendant que le ministre , placé dans la chaire , prononçoit la formule du baptême. Alors le baptême étoit nul, puisque le sens littéral des paroles n’étoit pas vérifié ; le ministre n’auroit pas dû dire; je te baptise, mais je te fais baptiser ; nous ignorons si cet usage subsiste encore quelque part.
On a toujours cru sans contestation que l’invocation expresse des trois Personnes divines est absolument nécessaire , et c’est principalement par cette formule du baptême que l’on a prouvé autrefois aux ariens et à d’autres hérétiques l’égalité et la consubstantiafité des trois Personnes de la sainte Trinité; de manière que le baptême conféré au nom de Dieu, ou au nom de Jésus-Christ, seroit censé nul. L’Eglise fut toujours très-attentive à examiner si les hérétiques changeoient quelque chose à la formule de ce sacrement ; et toutes les fois qu’ils ont eu cette témérité , elle a rejeté leur baptême.
Quelques incrédules modernes ont écrit que le baptême conféré au nom des trois Personnes , fut adopté par les sectateurs de Platon , devenus chrétiens, parce qu’ils y trouvoient les sentiments de ce philosophe sur la Divinité. Ces savants critiques ont ignoré sans doute que c’est Jésus-Christ lui-même qui en a dicté et prescrit la formule à ses apôtres , et que ses disciples ont baptisé sous ses yeux. Joan., c. 4, ÿ. 2. Il ne reste plus qu’à prouver que Jésus-Christ a été disciple de Platon. Uoyez Tiu.mté.
Quant aux cérémonies qui précèdent, accompagnent et suivent ce sacrement , on croit avec raison qu’elles sont d’institution apostolique ; elles n’auroient pas été aussi universellement adoptées, si elles n'avoient pas eu pour auteurs les fondateurs même du christianisme. Les constitutions apostoliques, les plus vieux sacraincntaircs , les Pères du second et du troisième siècle en fout mention, non
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comme de rites institues récemment , mais comme d’usages observés partout.
Les uns parlent des instructions et des exorcismes dont le baptême étoit précédé; les autres, du renoncement au démon, à ses pompes et à ses œuvres , et des promesses que faisoit le catéchumène ; les uns de l’immersion ou de l’infusion de l’eau répétée trois fois, les autres des onctions faites au baptisé, du signe de la croix imprimé sur son front, de la robe blanche dont on le revêtoit,etc. Tout cela étoit jugé nécessaire pour donner au nouveau chrétien une haute idée de la grâce qu’il recevoit, et des obligations qu’il contractoit. En traitant ces cérémonies de superstitions , et en les supprimant comme des abus, les protestants ont évidemment témoigné que leur croyance touchant le baptême n’est plus la même que celle de l’Eglise primitive; si elle en avoit eu une idée aussi basse et aussi abjecte qu’eux , elle auroit baptisé comme eux sans aucun appareil , en versant l’eau d’une aiguière sur la tête du baptisé , dans un plat bassin. C’est principalement dans les exorcismes du baptême qu’au commencement du cinquième siècle on prouvoit , contre les pélagiens, que les enfants, avant d’être baptisés, sont sous la puissance du démon, par conséquent souillés du péché.
Mosheim , dans ses Dissertations sur l’histoire ecclésiastique , tom. 1, p. 215, prétend que plusieurs cérémonies du baptême ont été empruntées des païens ; que les exorcismes en particulier sont relatifs à ce que les platoniciens croyoient des démons. Dans son Histoire ecclésiastique du premier siècle^ 2® part., c. 4 , § 1 et 2 , il dit que les apôtres et les disciples du Sauveur tolérèrent par nécessité, ou établirent, pour de bonnes raisons , différentes cérémonies relatives au temps et aux circonstances. Il convenoit, dit-il, dans ces premiers temps, d’avoir quelques égards pour les anciennes opinions , pour les mœurs et les lois des différentes nations auxquelles on prêchoit l’Evangile. Deausobre dit que les exorcismes de l’eau et les onctions du /wpteme, sont venues des va—
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lentiniens. D’autres ont pensé que les apôtres avoient établi dans quelques Eglises des cérémonies juives; mais Mosheim n’est pas de cet avis. Les incrédules n’ont pas manqué d’allirmer positivement que nos cérémonies sont des restes de paganisme : Calvin, encore plus fougueux, a dit qu’elles ont été inventées par le diable.
Impiété , et fanatisme antireligieux.
Est-il croyable que les apôtres , qui ont inspiré aux fidèles tant d’horreur pour les usages , pour les mœurs, pour les pratiques des païens , aient conservé quelques-unes de leurs cérémonies , ou aient voulu ménager leurs opinions?
La plupart des cérémonies religieuses avoient été en usage parmi les adorateurs du vrai Dieu, avant d’être profanées par les païens ; pourquoi ne les auroit-on pas ramenées à leur première destination? Jésus-Christ lui-même en avoit donné l’exemple ; il soulUti sur les apôtres , pour leur donner le Saint-Esprit, il imposoit les mains sur les malades , il toucha les oreilles et la bouche d’un sourd et muet pour le guérir , il mit de la boue sur les yeux d’un aveuglené , etc. Il exorcisoit les possédés pour les délivrer ; quelques incrédules ont dit qu’en cela il imitoit les magiciens. Les apôtres n’ont donc pas eu besoin de la doctrine de Platon touchant les démons, ni des idées païennes , pour instituer les cérémonies du baptême. Voyez Cérémonies, Exorcisme.
Quand les réflexions de Mosheim seroient aussi vraies qu’elles sont fausses, il s’ensuivroit déjà que les prétendus réformateurs n’ont pas imité la sagesse et la charité des apôtres. Ils ont trouvé les cérémonies établies et pratiquées dans toute l’Eglise chrétienne depuis quinze siècles; les fidèles y étoient accoutumés , et elles ne donnoient lieu à aucune erreur; les prédicants les ont bannies ; ils les ont taxées de superstitions et d’idolâtrie : ils n’ont pas eu pour les mœurs et les habitudes des catholiques la même condescendance que les apôtres selon Mosheim , ont eue pour les mœurs des nalions païennes auxquelles ils prêchoient l’Evangile ; il nous paroit que cette diffé-
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rence ne leur fait pas honneur. Dans l’article Eau békite, nous prouverons, contre Beausobre, que la bénédiction de l’eau n’est point une superstition, ni un rit emprunté des hérétiques.
A la vérité , il y a eu quelques changements légers dans la manière d’administrer le baptême; mais les rites principaux onttoujoursété conservés. Autrefois on le donnoit par une triple immersion, comme font encore les Orientaux , et cet usage a duré dans l’Occident jusqu’au douzième siècle. Dans le sixième , quelques catholiques d’Espagne ne faisoient qu’une seule immersion, de peur, disoient-ils , que les ariens visigoths n’imaginassent que par la triple immersion l’on divisoitla Trinité ; mais celte raison locale ne fit point d’impression sur les autres Eglises. La coutume de baptiser par infusion, en versant de l’eau sur la tête, paroît avoir commencé dans les pays septentrionaux , où l’usage du bain est impraticable pendant la plus grande partie de l’année, et elle s’introduisit en Angleterre vers le neuvième siècle.
Le concile de Calchut ou Celchylh , tenu en 816, ordonna que le prêtre ne se contenteroit pas de verser de l’eau sur la tête de l’enfant, mais qu’il la plongeroit dans les fonts baptismaux. Foyez Immersion. Nous voudrions savoir pourquoi les protestants , qui font profession d’imiter scrupuleusement l’Eglise primitive, n’ont pas renouvelé l’usage de donner le baptême par immersion.
Les écrivains ecclésiastiques parlent de plusieurs cérémonies que l’on praliquoit autrefois en administrant ce sacrement, et qui ne se font plus , ou dont il ne reste que de légères traces , comme de donner aux nouveaux baptisés du lait et du miel dans l’Eglise d’Orient, du vin et du miel dans celle d’Occident, de les revêtir d’une robe blanche , de leur donner incontinent la confirmation cl l’eucharistie. Ancien Sacrament., par Grandcolas, 2' part., pag. I.
Le temps auquel on adininislroit solennellement le baptême éloil la fêle de Pâques et celle de la Pentecôte , non pas parce que la saison est alors la plus favorable aux bains froids, comme l’a rêvé
un médecin anglois, mais h. cause des deux grands mystères que l’on célèbre ces jours -là. D. Claude de Vert avoit avancé que l’origine du baptême est venue de la coutume de laver les enfants immédiatement après leur naissance. M. Langue! a fait voir que Jésus-Christ n’a eu aucun égard à cet usage en instituant ce sacrement ; que , quand saint Paul a dit que lorsque le baptisé est plongé dans l’eau et en sort, c’est une figure de la sépulture et de la résurrection de Jésus-Christ, il n’a fait que de développer le vrai sens de la cérémonie et l’intention du Sauveur ; que les noms de régénération, de vie nouvelle, etc., dont il s’est servi , ne sont point des moralités ni des métaphores empruntées des Juifs; que quoique le baptême ne se donne plus aujourd’hui par immersion, il ne laisse pas de représenter suffisamment l’intention de Jésus-Christ et les leçons de saint Paul. Du véritable esprit des Cérém. de l'Eglise, § 16 et suiv.
Il importe fort peu de savoir si les Juifs praliquoient une espèce de baptême à l’égard de leurs prosélytes, et quelle idée ils y attachoient; ce qui est dit dans l’Evangile, du baptême de saint Jean- Baptiste, ne nous instruit pas beaucoup ; nous voyons, par la conversation que Jésus-Christ eut avec Nicodème, touchant la régénération spirituelle , que ce docteur juif fut fort étonné de l’idée que le Sauveur lui en donnoit. Joan., c. 5, jt. 3 ; il n’y a donc aucune ressemblance entre ce qui se faisoit cliez les Juifs, et ce que Jésus-Christ a institué.
IL Du Ministre du baptême. Il est prouvé, par les Actes des apôtres et par les lettres de saint Paul, qu’ils baptisoienl ceux qui croyoienl en Jésus-Christ; mais qu’ils préféroicnl à celle fonction celle d’annoncer l’Evangile. I. Cor., c. I , 17. 11 y a donc lieu de penser
qu’ils se déchargèrent de ce soin sur les diacres ou sur les laïques. Aussi , selon la pratique de l’Eglise , il a été établi que les évêques et les prêtres sont les ministres ordinaires de ce sacrement; mais ipic dans le cas de nécessité il peut être administré par toutes sortes de personnes , même par des femmes.
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Au troisième siècle il y eut une dispute assez vive pour savoir si le baptême administré par les hérétiques étoit valide ; les évêques d’Afrique, à la tête desquels étoit saint Cyprien, prétendoient que ce baptême étoit nul, et ils s’autorisoient de la coutume établie parmi eux, de rebaptiser ceux qui l’avoient reçu. Le pape saint Etienne leur opposa la pratique de l’Eglise de Rome , qui étoit universellement suivie hors de l’Afrique, et qui étoit plus ancienne que la leur :
N’innovons rien, leur dit-il , tenonsnous-en à la tradition. Règle invariable, que l’Eglise catholique a toujours observée , et qu’elle suit encore , qui démontre la fausseté du fait dont les protestants voudraient se prévaloir ; savoir , que les apôtres n’avoient point établi de discipline uniforme, qu’ils avaient laissé aux dift’érentes Eglises la liberté de faire ce qui leur paroîlroitle plus convenable, et qu’ils n’avoient donné à personne l’autorité d’en juger, ni le soin d’y veiller. Après quelque temps de résistance , les évêques d’Afrique sentirent la sagesse de la règle alléguée par le pape et la nécessité de s’y conformer. Voyez Rebaptisaxts. Il est donc demeuré pour constant que le baptême donné par les hérétiques est valide, à moins qu’ils n’aient altéré ou la matière ou la forme de ce sacrement. C’est encore la décision du concile de Trente , sess. 7, de JSapt., can. 4.
111. Des personnes capables de recevoir le baptême. Il est évident que ceux qui reçurent le baptême de la main de Jésus-Christ et des apôtres étoient des adultes, et qu’avant de le leur donner, Jésus-Christ et les apôtres exigeoient d’eux la foi : « Allez, dit le Sauveur, 1) enseignez toutes les nations et bapti- » sez-les. * Malth., c. 28, jl". 19. « Pre- » chez l’Evangile à toute créature ; celui » qui croira et recevra le baptême sera ^ sauvé, celui qui ne croira pas sera s condamné. » Marc., c. IG, 15. Les ai)ôtrcs baptisèrent ceux qui avoienl cru h la prédication de saint Pierre, yict., c. 2, > . 41 . Saint Philippe dit à l’eunuque de la reine Candace : « Si vous croyez » de tout votre cœur , vous pouvez rc-
* cevoir le baptême, ® c. 8, jl. 27, etc. De là les anabaptistes et les sociniens ont conclu que la foi actuelle est une disposition nécessaire pour le sacrement ; que les enfants étant incapables d’avoir la foi , ne doivent point être baptisés ; que s’ils l’ont été, il leur faut renouveler le baptême lorsqu’ils sont parvenus à l’ûge de raison et suffisamment instruits. Cette doctrine est une conséquence naturelle de celle des protestaïUs, qui enseignent que la grâce de la justification est l’effet non du sacrement , mais de la foi , et que toute l’efficacité du sacrement consiste à exciter la foi. De là s’est ensuivie une autre erreur : c’est que comme le baptême n’est pas le seul moyen capable d’exciter la foi, ce sacrement n’est pas absolument nécessaire; et pour le soutenir, il a fallu nier le péché originel : ainsi s’enchaînent les erreurs; nous ignorons pourquoi tous les protestants n’ont pas raisonné de même.
Nous répondons d’abord , que le meilleur interprète du sens de l’Ecriture sainte , est la pratique constante et universelle de l’Eglise : or l’usage a été, dès le commencement du christianisme, de baptiser les enfants, comme le témoignent saint Irénée, adv. Ilœr., 1. 3, e. 22, Origène, saint Cyprien, et les Pères postérieurs, quoique cet usage n’ait pas été d’abord généralement observé. On peut même le prouver par une lettre de l’hérésiarque Manès. Saint Augustin, Op. imperf., 1. 3, n. 187. Les soeiniens ne le nient point; mais ils prétendent que c’est un des abus qui s’introduisirent dans l’Eglise incontinent après la mort des apôtres. Ils ajoutent que le baptême des enfants n’est fondé sur aucun passage de l’Ecriture sainte; nous soutenons le contraire.
Malth., c. 19, î. 14, Jcsus-Cbrist dit: € Laissez approcher de moi les enfants, » tels sont les héritiers du royaume des » cieux. ® Or, il dit ailleurs que l’on ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu , si l’on n’est pas régénéré par l’eau et par le Saint-Esprit. Donc les enfants sont capables de cette régénération. Il est dit de quelques-uns des premiers
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fidèles, qu’ils ont été baptisés avec toute leur maison, I. Cor., c. 1, 16, etc.
Les enfants ne sont pas exceptés. D’ailleurs, nous prouvons par l’Ecriture, contre les anabaptistes, les sociniens et les protestants, que les enfants naissent souillés du péché originel; que cette tache est effacée, non par la foi, mais par le baptême; que ce sacrement est absolument nécessaire : donc c’est leur système, et non pas le nôtre, qui est contraire à l’Ecriture sainte. Quand ils nous parlent de prétendus abus introduits dans l’Eglise immédiatement après la mort des apôtres , nous les prions d’être moins téméraires, et de présumer que les disciples immédiats des apôtres ont dû connoître ce qui éloit ou n’étoit pas abusif, pour le moins aussi bien que les raisonneurs du seizième siècle. C’est donc avec raison que le concile de Trente a condamné le sentiment de ces derniers touchant le baptême des enfants, sess. 7, de Bapt., can. 13. Mais nous ne voyons pas de quel droit les protestants , en suivant leurs principes , peuvent blâmer les sociniens ni les anabaptistes.
On convient aujourd’hui que l’on ne doit pas baptiser les enfants des infidèles, malgré leurs parents, à moins que ccs enfants ne soient en danger de mort ; non-seulement parce que cette espèce de violence faite aux pères et mères est contraire au droit naturel qu’ils ont sur leurs enfants, mais encore parce que ceux-ci , devenus grands, seroient exposés à profaner leur baptême par l’apostasie à laquelle ils seroient engagés par leurs parents.
Dans les premiers siècles, plusieurs chrétiens différoient leur baptême jusqu’à la mort, et le recevoient au lit pendant leur dernière maladie : les uns agissoient ainsi par humilité, et j)arcc qu’ils craignoient de n’étre pas encore assez bien disposes; les autres par libertinage, afin (Je pécher plus librement, dans l’espérance que tous leurs péchés seroient effacés par le baptême. L’Eglise n’a|)prouva ni les uns ni les autres, elle s’éleva même hautement contre la négligence des deruiers; elle déclara irrégu-
liers , les cliniques ou grabataires, c’est, à-dire , ceux qui avoient été ainsi baptisés au lit; le concile de Néocésarée défendit de les élever aux ordres sacrés , à moins qu’il ne fût prouvé que leur baptême n’avoit pas été différé par un mauvais motif. Voyez Cliniques.
On refusoit aussi, dans l’Eglise primitive, ce sacrement aux personnes réputées infâmes , engagées dans des professions criminelles etincompatibles avec la sainteté du christianisme, à moins qu’elles ne renonçassent à leur état. Tels étoient les sculpteurs et autres ouvriers qui faisoient des idoles , les femmes publiques, les comédiens, les cochers, gladiateurs, musiciens, ou autres qui amusoient le public dans le cirque ou dans l’amphithéâtre; les astrologues, devins, magiciens, enchanteurs; les hommes passionnément adonnés aux jeux du théâtre, les concubinaires publics, ceux qui tenoient des lieux de débauche, etc. : ceux qui promeltoient de s’en abstenir étoient mis à l’épreuve. Bingham, Orig. eccl., 1. 11, c. 5, § G et suiv.
Saint Paul . I. Cor., c. lu, 50, dit:
« Si les morts ne ressuscitent |Miint, que ï font ceux qui sont baptisés pour les » morts? à quoi bon ce baptême? » De là quelques-uns imaginèrent que Ton pouvoit baptiser après la mort les catéchumènes qui avoient désiré le baptême, et un concile de Carthage condamna cet abus ; d’autres se figurèrent qu’un vivant pouvoit recevoir le baptême à la place du mort, et lui obtenir ainsi le pardon de ses fautes. Tertullien parle de cette superstition dans son livre de Besurrectione carnis, et quelques Pères l'ont attribuée aux marcionites. 11 est évident que tous ces seclaires entendoient mal le texte de saint Paul, et que ces abus n’étoient pas encore connus du temps de l’apôtre; mais les commentateurs, soit catholiques , soit protestants , ne sont pas d’accord dans l’explication qu’ils donnent de ce passage. Voyez la Synapse des Crit. sur cet endroit, et K Dissert, sur le baptême pour les morts, Bible d'Avi gnon, tom. 15, p. -178.