BA R
B.vrthélemi ( massacre de la saint).
C’est un des plus fâcheux événements de notre histoire , dont les ennemis de la religion sont très - attentifs à renouveler le souvenir , et qui fournit une ample matière à leurs déclamations.
C’est le massacre des calvinistes, fait à Paris le 2i août 1572 , que l’on a nommé la journée delà Saint-Barthélemi.
En supposant que les catholiques furent poussés à cet acte de cruauté par le zèle de religion , il a été aisé de rendre ce motif odieux , et de faire conclure qu’il n’est point de passion plus redoutable.
Mais il est prouvé par des monuments ineonteslables , 1®que la religion ne fut point le motif de ee massacre, et que les ecclésiastiques n’y eurent aucune part. L’entreprise formée par les calvinistes d’enlever deux rois, plusieurs villes soustraites à l’obéissance , des sièges soutenus, des troupes étrangères introduites dans le royaume , quatre batailles rangées livrées au souverain , n’éloient - elles pas des raisons assez puissantes pour irriter Charles IX, sans le motif de la religion , et pour lui faire envisager les calvinistes comme des sujets rebelles et dignes de mort? Ils ont beau exeuser leur révolte par la prétendue droiture de leurs intentions , et par la raison du bien public; ce motif, toujours aisé à feindre , ne peut pas plus servir à les justifier, qu’à excuser la cruauté des catholiques.
Aucun ecclésiastique ne fut consulté et n’entra au conseil dans lequel le massacre des calvinistes fut résolu ; le duc de Guise même en fut exclu. Il est faux , quoi qu’en dise l’auteur des Essais sur l’Histoire générale, que cette funeste résolution ait été préparée et méditée par les cardinaux de Birague et de Retz; ces deux hommes n’avoient pour lors que très-peu d’influence dans les affaires; ils ne furent élevés au cardinalat que longtemps après. Si Grégoire XIII rendit solennellement grâces à Dieu de l’événement , ce n’étoit pas pour sc réjouir du meurtre des calvinistes, mais de la conservation du roi , qui écrivit dans toutes les cours que les rebelles
avoicnt mis sa vie et sa couronne en danger. Que le fait fût vrai ou faux , le pape pouvoit le croire de bonne foi et remercier Dieu de ce que le roi et la religion catholique étoient sauvés. Si les ennemis étoient sur nos frontières , si on les battoit et que l’on en tuât un grand nombre, nous remercierions Dieu, sans doute, non de l’effusion de leur sang , mais de la cessation du péril.
Il est prouvé encore, par l’aveu même des protestants, que les évêques, les ecclésiastiques , les religieux , loin de prendre part au meurtre dans les villes où le peuple vouloit massacrer les calvinistes, comme on avoit fait à Paris, firent leur possible pour l’empêcher, et en sauvèrent un grand nombre dans les couvents. Cela se fit même dans la ville de Nîmes , où les huguenots avoient deux fois massacré les catholiques de sang-froid. Plusieurs catholiques furent enveloppés dans le massacre des calvinistes. L’auteur des Annales politiques n’a donc pas eu tort de soutenir , tom. 5, n» 18 , que le clergé n’a eu aucune part à cette boucherie.
2° La proscription des calvinistes fut dictée par une fausse politique. L’ambition de l’amiral de Coligny , sa jalousie contre les Guises, sa conduite séditieuse, furent la vraie cause de tous les troubles du royaume. Il étoit plus souverain à l’égard des calvinistes, que Charles IX ne l’étoit à l’égard des catholiques ; les huguenots avoient osé dire au roi: Faites la guerre aux Espagnols , ounous serons contraints de vous la faire; l’amiral avoit eu la témérité d’offrir au roi dix mille hommes pour entrer dans les Pays-Bas ; il les avoit donc à scs ordres. Ce sujet rebelle n’avoit que trop mérité l’arrêt de proscription prononcé contre lui ; mais ce n’est pas par un massacre qu’il falloit le punir. Les éloges que lui o»t prodigués les calvinistes sont trop suspects pour servir à sa justification.
5” Il est encore prouvé que le massacre de l’amiral cl de ses partisans ne fut point un projet prémédité cl préparé de longue main , mais l’effet momentané du ressentiment de Catherine de .Médicis et de son fils le duc d’Anjou , cl de la