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ils en imposèrent par leur extérieur mortifié, et firent des prosélytes.
Au commencement du quatorzième siècle , il s’en trouvoit un grand nombre en Allemagne le long du Rhin, surtout à Cologne ; et comme leur fanatisme étoit allé toujours en croissant, leurs erreurs se réduisaient à huit chefs principaux. 1° Ils prétendoient que l’homme peut acquérir en celte vie un tel degré de perfection, qu’il devienne impeccable et ne puisse plus croître en grâce.
2° Ceux qui sont parvenus à ce degré, n’ont plus besoin de prier ni de jeûner; leurs sens sont tellement assujettis à la raison, qu’ils peuvent accorder librement à leur corps tout ce qu’il demande.
3“ Parvenus à l’état de liberté , ils ne sont plus tenus d’obéir , ni d’observer les préceptes de l’Eglise.
4» L’homme peut parvenir ici-bas à la parfaite béatitude , et posséder le même degré de perfection qu’il aura dans l’autre vie.
5° Toute créature intelligente est naturellement bienheureuse , et n’a pas besoin de la lumière de gloire pour voir et posséder Dieu.
6® La pratique des vertus est pour les âmes imparfaites ; celles qui ont atteint la perfection, sont dispensées de les pratiquer.
7“ Le simple baiser d’une femme est un péché mortel ; mais le commerce charnel avec elle n’en est pas un, lorsque l’on est tenté.
8° Pendant l’élévation du corps de Jésus-Christ, les parfaits ne sont pas obligés de se lever, ni de lui rendre aucun respect ; ce seroit un acte d’imperfection pour eux de se distraire de la contemplation , pour penser à l’eucharistie ou à la passion de Jésus-Christ.
Voyez Dupin et le Père Alexandre sur le quatorzième siècle.
Ces erreurs furent condamnées dans le concile général de Vienne sous Clément V , en 1311 ; mais cette condamnation n’étouffa pas entièrement l’erreur ni les désordres qui en étoient la suite. Ils subsistoienl encore dans le quinzième siècle. Leurs partisans se nommoient alors les frères et les soeurs du libre es~
prit; on les appeloil en Allemagne heg~ garés et schwestriones , traduction du latin sororius; en Bohême pi (/«rds ou picards; en France picards et lurlupins. Pour lors ils avoient secoué toute honte ; ils disoient que l’on n’est parvenu à l’état de liberté et de perfection que quand on peut voir sans émotion le corps nu d’une personne de sexe différent ; par conséquent ils se dépouilloient de leurs habits dans leurs assemblées , ce qui leur fit donner le nom d'adamites. Ziska , général des hussiles , en extermina un grand nombre l’an 1 421. Quelques-uns ont donné par erreur le nom de frères picards aux hussites ; mais ces deux sectes n’avoient rien de commun.
Au dix-septième siècle , les sectateurs de Molinos ont renouvelé une partie des erreurs des beggards. C’en est assez pour nous convaincre que les anciens Pères de l’Eglise n’en ont point imposé, lorsqu’ils ont attribué les mêmes égarements et les mêmes turpitudes aux gnostiques. Les hommes se ressemblent dans les différents siècles , et les mêmes passions produisent les mêmes effets. Èist. de VEgl. gallic., 1. 36, an 1311.
BEGGIIARDS, BÉGDLNS ET BÉGUI- NES, sont aussi les noms qu’on a donnés aux religieux du tiers-ordre de saint François. On les appelle encore à présent, dans des Pays-Bas, beggards; parce que longtemps avant qu’ils eussent reçu la règle du tiers-ordre de saint François , et qu’ils fussent érigés en communauté régulière , ils en formoient déjà dans plusieurs villes, vivoient du travail de leurs mains , et avoient pris pour patronne sainte Begghe , fille de Pepin-le- Yieux , et mère de Pépin de Herstal , princesse qui fonda le monastère d’Andonne, s’y retira et y mourut, selon Sigebert , en 692. A Toulouse , on les nomma béguins, parce qu’un nommé Barlhélemi Béchin leur avoit donné sa maison pour les établir dans celle ville. De celte conformité de nom , le peuple ayant pris occasion de leur imputer les erreurs des begghards et des béguins condamnées au concile de Vienne , les papes Clément V et Benoît XII déclarèrent , par des bulles expresses , que ces