‹ Dictionnaire de théologieChapitre 127 sur 170 · BEU 296 BEK · texte numérisé non relu

BEU 296 BEK

ï chair de Jdsus -Christ reprennent la * nature du pain et du vin. » Guitmond, contra Bereng., Bibliot. BP., p. 327.

Par cet exposé , l’on voit que les bé-t rengariens ont été les précurseurs des luthériens et des calvinistes dans leur erreur sur l’eucharistie , que les uns et les autres se sont trouvés dans le même embarras pour tordre le sens des paroles de l’Evangile. Par la conduite que l’Eglise a tenue envers les premiers , il est aisé d’apercevoir quelle étoit alors la croyance catholique et universelle, si c’est l’Eglise ou si ce sont les protestants qui ont innové cinq cents ans après.

Tous les écrivains de l’onzième siècle qui ont attaqué Bérenger , attestent que sa doctrine étoit une nouveauté, que personne ne l’avoit encore soutenue , à l’exception de Jean Scot Erigène, au neuvième siècle, et qu’elle fut condamnée des qu’elle osa se montrer ; elle le fut de même au concile de Latran , composé decent treize évêques, l’an i 059.

Quelques efforts qu’eussent faits les bérengariens pour répandre leur doctrine en France, en Italie, en Allemagne, les auteurs contemporains témoignent qu’ils étoient en petit nombre, et l’on ne peut pas prouver qu’il en restât encore lorsque Luther et Calvin parurent. Quoique l’onzième siècle ne soit pas l’un des plus éclairés , il ne faut pas croire ce que 'disent les protestants, que Bérenger fut très -mal réfuté, et n’eut contre lui que des moines. Les évêques de Langres, de Liège, d’x\ngers, de Bresse , et l’archevêque de Rouen , écrivirent contre lui; leurs ouvrages subsistent encore; le Traité du corps et du sang du Seigneur, par Lanfranc, archevêque de Cantorbéry ; celui de Guitmond, évêque d’Averse près de Naples ; celui du prêtre Alger , scolastique de Liège , sous le même titre , sont des ouvrages savants et solides.

Erasme en faisoit grand cas, et les préféroit à tous les écrits polémiques qui avoient paru sur cette matière dans le seizième siècle. Bérenger se sentit incapable d’y répondre , et fut obligé d’avouer sa défaite. Les lettres et les fragments qui nous restent de ses ouvrages

ne donnent pas une haute idée de ses talents, encore moins de sa bonne foi.

Dans les Fies des Pères et des Martyrs, tom. 3, il y a une notice exacte de la vie et des erreurs de Bérenger , et des ouvrages qui furent écrits contre lui, pag. 534 et suiv. On en trouve un détail encore plus ample dans Vllist. de VE' glise gallic., tom. 7, 1. 20 et 21.

La manière dont Mosbeim en a parlé , Hist. ecclésiast. du onzième siècle , 2»

part., c. 3, § 13 et suiv., montre à quel excès un homme, éclairé d’ailleurs, peut porter l’aveuglement systématique. Il dit d’abord que Bérenger étoit renommé pour son savoir et pour la sainteté exemplaire de ses mœurs : il n’a pas cru pouvoir se dispenser de donner quelques grains d’encens à un hérétique. Mais le savoir de Bérenger est fort mal prouvé par ce qui reste de ses écrits, et sa sainteté encore plus mal par trois parjures consécutifs.

Mosheim prétend qu’avant ce siècle l’Eglise n’avoit encore rien décidé sur la manière dont Jésus-Christ est dans l’eucharistie, et que chacun en croyoit ce qu’il jugeoit à propos. Si cela étoit vrai, il s’ensuivroit déjà que Bérenger étoit fort téméraire de vouloir expliquer un mystère que l’on s’étoit contenté de croire simplement et sans vouloir le pénétrer. Mais la vérité est que jusqu’alors la croyance de l’Eglise catholique avoit été la présence réelle de Jésus-Christdans l’eucharistie, comme l’attestent tousceux qui écrivirent contre Bérenger. Ce qui avoit été écrit au neuvième siècle contre cette vérité par Jean Scot Erigène, n’avoit eu aucune suite, et n’avoit point eu de partisans. Bérenger lui-même n’a jamais osé prétendre qu’il soutenoit le sentiment commun des fidèles, et que les évêques qui le condamnoient étoient des novateurs. Aucun écrivain de son siècle n’a osé prendre la plume pour lo défendre.

Parce que Grégoire YII traita Bérenger avec plus de ménagement que scs prédécesseurs , Mosheim le soupçonne d’avoir embrassé la même opinion : nous prouverons le contraire. Grégoire, avant d’être pape , avoit assisté , en qualité

Page 1