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Dans l’hypothèse de l’athéisme, du matérialisme , de la fatalité, rien n’est positivement ni bien ni mal, puisque rien ne peut être autrement qu’il est ; il n’y a plus ni ordre ni désordre , puisqu’il n’y a point d’intelligence suprême qui ait rien ordonné.
Toutes les objections des manichéens répétées par Bayle et par les athées sur l’origine du mal , ne sont que des sophismes ; ils confondent le bien et le mal relatifs avec le bien et le mal absolus. Si Bayle avoit lu saint Augustin avec plus d’attention , il auroit vu que ce Père a très-bien saisi le point de la difficulté , et a fondé ses réponses sur un principe évident : * Quelques biens que Dieu B fasse, dit-il, il peut toujours faire B mieux , puisqu’il est tout-puissant ; il B n’y a donc aucun degré de bien qui ne B soit un mal , en comparaison d’un B degré supérieur : où faudra- il nous B arrêter? b Bpist. 18i , c. 7 , n. 22. L. contra Bpist. fundam., c.2o, 30, 37, etc. Voilà ce que Bayle et ses copistes n'ont jamais voulu concevoir.
Ils disent qu’un être souverainement puissant et bon n’a pu faire du mal.
S’ils entendent «n mal absolu, cela est vrai. Mais où est dans le monde le mal absolu ? Il n’y en a pas plus que de bien absolu. S’ils entendent par mal un bien moindre qu’un autre, leur principe est faux. Un être souverainement puissant et bon a pu, sans déroger à sa bonté, faire un bien moindre qu’un autre bien. Si l’on s’obstine à soutenir qu’il a dû faire le plus grand bien qu’il a pu, on tombe dans l’absurdité : Dieu ne seroit pas tout-puissant, s’il ne pouvoit pas faire mieux que ce qu’il a fait.
Tous les sophismes que les anciens et les modernes ont faits sur l’origine du îna/, ont été fondés sur cette équivoque et sur la comparaison fautive qu’ils ont faite entre la bonté jointe à une puissance infinie , et la bonté des créatures jointe à une puissance très-bornée.
Ils ont fait le même abus des mots bonheur et malheur. Le bonheur est l’état habituel du bien-être; celui dont nous sommes capables ici-bas est nécessairement borné, non-seiUemenl dans
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sa durde, mais en lui-même, par con- 1 séquent mélangé de mal et de privation ; quelque parfait que l’on puisse l’ima- ' giner , la certitude dans laquelle nous sommes de le voir finir un jour, suffît pour y répandre l’amertume : il n’y a point de bonheur absolu que le bonheur éternel.
Les idées de bonheur et de malheur sont donc encore des notions purement relatives , et non des idées absolues ; un état habituel quelconque est censé heureux, quand on le compare à un état moins avantageux et moins agréable ; il est réputé malheureux en comparaison d’un état dans lequel on goûteroit plus de plaisir et où l’on sentiroit moins de privations. Entre le bonheur absolu qui est celui de l’éternité, et le malheur absolu qui est la damnation , il y a une échelle immense d’états qui ne sont le bonheur ou le malheur que par comparaison-, quel que soit celui de ces états dans lequel un homme se trouve , il n’est ni absolument heureux ni absolument malheureux. Les détracteurs de la providence ont beau répéter que Vhomme est malheureux en ce monde, cela signifie seulement qu’il est moins heureux qu’il ne poürroit et ne voudroit l’être, et il ne s’ensuit rien contre la bouté de Dieu ; puisque cette bonté ne peut jamais s’étendre jusqu’à rendre l’homme aussi heureux actuellement qu’il le peut et le veut être.
Quand un homme seroit habituellement exempt de toute souffrance, et dans un sentiment continuel de plaisir, cela ne suffîroit pas pour le rendre absolument heureux, à moins qu’il ne fût certain que ce sentiment ne finira et ne diminuera jamais. Or un sentiment de plaisir trop vif ou continué trop longtemps , dégénère en douleur et devient insupportable.
Ainsi les objections tirées du prétendu malheur des êtres sensibles, ou de leurs souffrances, ne prouvent jjas plus contre la providence et la bonté de Dieu , que celles que l’on veut tirer de l’imperfection ou des défauts des créatures.
royez Mai, , Mamcuicisme.
BIEN ET MAL MOBAL. C’est ce que
l’on appelle en d’autres termes hunté et méchanceté des actions humaines. S il n’y avoit point de loi suprême émanée de la volonté de Dieu , souverain législateur , il n’y auroit dans nos actions ni bien ni mal moral. Lorsqu’une action quelconque seroit bonne et utile pour nous , nous serions dispensés de savoir si eMe est nuisible à d’autres. Le bien moral , c’est ce qui est conforme à la loi éternelle qui nous est intimée par la raison et par la conscience ; le mal moral, ce qui est contraire ou à cette loi ou à la loi divine positive.
Il est dit dans l’Ecriture que Dieu, en créant nos premiers parents, leur donna l’intelligence, leur montra le bien et le mal. Eccl., c. 17,7.5. Il ne pouvait leur donner cette connoissance qu’en leur imposant une loi ; sans loi , il n’y a plus de devoir ou d'obligation morale, plus de bonne œuvre ni de péché n’y a plus ni vice ni vertu. Voyez ces articles.
Les théologiens observent que parmi les actions libres de l’homme , il y en a qui sont bonnes ou mauvaises , précisément parce qu’elles sont commandées ou défendues; d’autres qui sont bonnes ou mauvaises en elles -mêmes, et abstraction faite de toute loi qui les commande ou les défend ; conséquemment ils distinguent la bonté et la méchanceté fondamentale de certaines actions d’avec la bonté et la méchanceté formelle.
Ainsi , disent-ils , l’action de manger le sang des animaux, dans les premiers âges du monde, n’étoit pas un crime en elle-mcme, mais seulement parce que Dieu l’avoil défendue; l’observation du sabbat n’étoit un acte de vertu que parce que Dieu l’avoit commandée par un précepte positif. Au contraire , aimer Dieu et le prochain sont des actions essentiellement bonnes et louables , indépendamment de toute loi ; Dieu n'a donc pas pu se dispenser de les commander à l’homme : le blasphème , le meurtre , le parjure, sont des actions essentiellement et fondamentalement mauvaises , que Dieu n’a pas pu se dispenser de défendre. Les art ions fondamentalement bonnes ou mauvaises sont l’objet de la