‹ Dictionnaire de théologieChapitre 143 sur 170 · CAB 327 CAB · texte numérisé non relu

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de l’alphabet et des nombres d’arithmétique, les différentes manières de tourner et décomposer un mot , devinrent un art auquel s’appliquèrent sérieusement les esprits curieux et crédules.

On ne peut guère douter que les juifs n’aient fondé sur ce préjugé l’opinion qui règne parmi eux , que la prononciation du nom hébreu de Dieu peut opérer des miracles ; de là encore la superstition qu’ont eue leurs docteurs d’en changer les points voyelles , pour que la vraie prononciation de ce mot fût ignorée , de l’appeler ineffable , etc. Ils ont forgé un art prétendu de décomposer les mots de l’Ecriture sainte , de trouver la valeur numérique des lettres, de fonder là-dessus des mystères et des dogmes qu’ils croient sérieusement. Leurs sephiroths ne paraissent être autre chose qu’une liste et une généalogie des i; t Jligences ou des génies , selon la méthode des Chaldéens.

Comme Platon admeltoit aussi des génies ou dieux inférieurs pour gouverner le monde, et que Pylhagore attribuoit aux nombres une vertu merveilleuse, les premiers philosophes qui eurent connoissance du christianisme firent un mélange des idées chaldéennes, judaïques et platoniciennes, et voulurent y accommoder les dogmes prêchés par les apôtres. De là les éons des Valentiniens , la prétendue science cachée des gnostiques , la magie , dont la plupart des anciens hérétiques firent profession. Cet entêtement se perpétua parmi les philosophes éclectiques du troisième et du quatrième siècle ; il se renouvela lorsque les Arabes apportèrent en Europe la philosophie de Pythagore et de Platon ; l’on a vu même dans le dix-septième siècle des hommes qui avoient entrepris de faire revivre les folles imaginations des cabalislcs Juifs.

àinsi s’est formée, selon la plupart des critiques , la caèèafe des juifs. Plusieurs protestants , comme Basnage , Mosheim , Brucker, n’ont pas manqué d’observer que le génie cabalistique, né en Egypte chez les esséniens et les thérapeutes juifs , SC glissa promptement dans le christianisme, que tes différentes

sectes en éloient infectées , que les Pères de l’Eglise même ne surent pas s’en préserver. De là, disent ces profonds raisonneurs, est venu le goût des Pères pour les interprétations allégoriques de l’Ecriture sainte ; de là sont nées les opinions philosophiques , qui , de siècle en siècle , ont été mêlées avec la théologie chrétienne. Pour pousser cette belle idée jusqu’où elle peut aller, il restoit aux incrédules à dire que Jésus-Christ luimême a suivi le goût cabalistique , en se servant de paraboles pour instruire le peuple, et que l’auteur de l’Apocalypse en a donné des leçons , c. 1 5 , 1 8 , en

nous invitant à compter les lettres et les chiffres du nom de la bête.

Un savant de l’académie des inscriptions, Mém., tom. 13, fn-I2, p. 58 , a parlé plus sensément de la caèèa/e juive et de son origine; Mosheim et Brucker auroienl dû profiter de ses réflexions. Le tableau qu’il a tracé de cette folle science est des plus énergiques. « Principes » faux ou incertains, dit-il, maximes » superstitieuses , interprétations arbi- » traires , allégories forcées , abus ma- » nifestes des livres saints; mystères re- » cherchés dans les événements , dans » les objets réels et dans les symboles ; » vertus attribuées à des jeux d’imagiï nation sur les mots, sur les lettres, » sur les nombres ; attention à consulter

* les astres , commerce prétendu avec » les esprits, récits fabuleux , histoires

* ridicules : tout y respire l’imposture

* et la séduction. » L’on nous dispensera de croire que les meilleurs esprits de l’antiquité, les philosophes chaldéens et égyptiens , Pythagore et Platon , et surtout les Pères de l’Eglise , ont été tous entêtés plus ou moins de ce chaos d’absurdités.

En effet , le docte académicien s’attache à les en disculper. Il fait voir que la caôèa?e juive n’a qu’un rapport trèséloigné et très-imparfait avec les idées astrologiques des Chaldéens , avec les nombres de Pythagore, avec les abraxas ou talismans des basilidiens ; que les éons de Valentin ressemblent encore moins aux sephiroths de la cabbale qu’aux générations divines de Saucho-

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