CAI
niathon. Nous ajoutons que l’on peut retrouver les mêmes erreurs et les mêmes préjugés chez les Indiens , chez les Chinois , même chez les Sauvages de l’Amérique ; sans doute ces derniers ne sont pas allés les chercher en Egypte. C’est un entêtement ridicule de vouloir trouver dans un seul lieu de l’univers la source des opinions vraies ou fausses qui viennent naturellement dans l’esprit de tous les peuples.
Il observe très-judicieusement que le goût des anciens pour les symboles , les
preuves positives, toutes les fausses conjectures des critiques protestants, et leur pompeux système touchant les effets contagieux de la philosophie orientale , dans laquelle ils ont cru trouver l’origine de toutes les opinions de l’univers, vraies ou fausses ; système éblouissant au premier coup d’œil , et soutenu d’un grand appareil, d’érudition, mais dont le fond ne porte sur rien.
CADAVRE. Selon la loi des Juifs, quiconque avoit touché un cadavre étoit souillé ; il devoit se purifler avant de se
hiéroglyphes, les allégories, est venu de ! présenter au tabernacle du Seigneur
la nécessité , de la tournure de l’imagination des Orientaux , et non du dessein de cacher la vérité au vulgaire , comme nos philosophes modernes l’ont rêvé ;
Num., c. 19, ÿ. il et suiv. Quelques censeurs des lois de Moïse ont jugé que cette ordonnance étoit superstitieuse; il nous paroît au contraire qu’elle étoit
qu’il n’est pas étonnant que les Pères de : très-sage. l»C’étoit une précaution contre l’Eglise, et même les écrivains sacrés, j la superstition des païens, qui interrose soient conformés à ce goût dominant; ; geoient les morts, pour apprendre d’eux tous les savants et tous les sages étoient j l’avenir ou les choses cachées , abus séforcés d’y avoir égard, puisqu’autre- j vèrement interdit aux Juifs, Beat., c. ment ils n’auroient pas pu se faire écou- j 18 , ^. U , mais qui a régné chez la pluter. Croirons-nous que les Péruviens et part des nations. La coutume qu’avoient d’autres peuples de l’Amérique se sont j les Egyptiens de conserver les momies , servis d’hiéroglyphes au défaut d’écri- ! pouvoit y donner lieu , et ce n’étoit pas ture , afin de ne pas être entendus de ’ un exemple à imiter. 2° Cette loi tendoit tout le monde?
Le savant académicien prouve que la
cabbale n’est pas ancienne, même parmi les juifs ; vainement on a cru en trouver des vestiges et un foiblc commencement dans le Talmud, compilé au sixième siècle ; alors lesjuifs ne cultivoient point d’autre science que celle de leur religion ; ainsi la cabbale n’a pu naître chez eux que vers le dixième siècle. En cll'ct , le rabbin Haï Gaon, mort l’an 1 057 ou 1058, est le premier auteur dans les ouvrages duquel la cabbale soit clairement énoncée. On doit en conclure que les premières semences de cet art ridicule sont venues des philosophes arabes , et qu’elles ont été communiquées aux juifs dans le temps que ceux-ci vivoient sous la domination des Sarrasins, parconsé-
à inspirer plus d’horreur pour lemeurtre. Quand on sait combien ce crime est commun chez les peuples mal policés, on n’est pas tenté de blâmer un législateur qui prend tous les moyens possibles pour le prévenir. Dans les climats aussi chauds que la Palestine, il y a du danger à garder longtemps un cadavre sans lui donner la sépulture ; il étoit donc très à propos d’engager les Juifs à ensevelir promptement les morts , et à se purifier après les avoir touchés. Depuis que les mahométans ont négligé de prendre les mêmes précautionset d’observer laméme propreté que les Juifs et les Egyptiens, l’Asie et l’Egypte sont devenus le foyer de Ja peste. Si l’on connoissoit mieux les anciennes mœurs, les dangers relatifs aux climats, les erreurs et les désordres
quent dans les 8 , 9 et 10' siècles. C’est des peuples dont Moïse étoit environné, depuis cette époque seulement que les : on n’auroit plus la témérité de blâmer Juifs ont commencé à cultiver les sciences * aucune de scs lois.
profanes , en particulier l’astrologie et la grammaire.
Ainsi se trouvent détruites, par des
CAIANISTES. f^oyez Monoimiysites.
GAIN , fils aîné d’Adam, et meurtrier de son frère Abel. L’indulgence avec la-
quelle Dieu traita ce malheureux après son crime est digne d’altenlion ; elle a <5té remarquée par plusieurs Pères de l’Eglise. Déchiré par les remords , tremblant pour sa propre vie , Gain éloit prêt à SC livrer au désespoir ; Dieu daigne le rassurer, et se contente de lui faire expier son crime par une vie errante.
Ce trait de miséricorde, et une infinité d’autres que rapportent les livres saints, étoient nécessaires sans doute pour donner aux pécheurs des espérances de pardon , et pour les empêcher de devenir plus redoutables par les fureurs du désespoir.
C’est donc très -mal h propos qu’un incrédule moderne a été scandalisé de l’indulgence avec laquelle Dieu a traité le fratricide. Ce crime ne demeura pas impuni , puisque le coupable fut condamné à mener une vie errante sur la terre.
Il demande comment Caïn pouvoit (lire pour lors : Quiconque me trouvera me tuera, Gen., c. 4, 14. C’est l’ex-
pression de la frayeur. Il est incertain si Adam n’avoit pas déjà un grand nombre d’enfants , si Abel meme n’en avoit pas laissé ; Caïn pouvoit donc redouter la vengeance de ses neveux , ou plutôt il paroit évident que l’an 130 du monde, peu avant la naissance de Seth , Adam et Eve a voient eu un grand nombre d’enfants et de petits-enfants dont l’Ecriture ne parle point. Quant à ce que dit Josèphe, que Gain devint chef d’une troupe de brigands, c’est une conjecture qui n’est point fondée sur l’histoire sainte, et qui ne mérite aucune attention. Dès ce moment le nom de Caïn n’est plus prononcé dans l’ancien Testament.
Il est dit que Dieu lui imprima un signe pour empêcher qu’il ne fût tué ; quelques auteurs se sont persuadés que Dieu avoit changé la couleur du visage de Caïn , l’avoit rendu noir , que de là est venue la race des nègres. C’est une vaine imagination ; ces écrivains ne se sont pas souvenus qu’à l’époque du déluge universel toute la race humaine a été formée de la postérité de Noé. De là un incrédule de nos jours a pris occasion de déclamer contre les commentateurs des livres saints ; mais faut-il attribuer
aux commentateurs en général la méprise d’un ou do deux particuliers?
Quelques interprètes traduisent ainsi le texte hébreu : Dieu fit un signe ouunmiracle devantCAin, pour rassurer qu’il ne serait pas tué. D’autres : Dieu disposa l’avenir pour Caïn, de manière qu’il ne fût pas tué par quiconque le rencontrerait. Un écrivain qui entend trèsbien l’hébreu a donné récemment des réponses solides à d’autres objections que l’on peut faire contre l’histoire de Cctin. Réponse critique, etc., tome 4 , pag. 1 .
CAINITES , hérétiques du second siècle , qui rendoient (les honneurs extraordinaires à Caïn et aux autres personnages que l’Ecriture nous peint comme les plus méchants des hommes , tels que les Sodomites, Esaü, Coré, Judas, etc. C’étoit une branche des gnostiques , qui joignoit aux mœurs les plus corrompues des erreurs monstrueuses.
Comme ils admettoient un principe supérieur au Créateur , plus sage et plus puissant que lui , ils (lisoient que Caïn étoit enfant du premier, et Abel une production du second. Ils soutenoieut que Judas étoit doué d’une connoissance et d’une sagesse supérieure ; qu’il n’avoit livré Jésus-Christ aux Juifs, que parce qu’il prévoyoit le bien qui devoit en arriver aux hommes; conséquemment ils lui rendoient des actions de grâces et des honneurs, et avoient un Evangile sous son nom ; ce qui leur fit donner aussi le nom de judaïtes.
Ils rejetoient l’ancienne loi et le dogme de la résurrection future; ils exhortoient les hommes à détruire les ouvrages du Créateur, et à commettre toutes sortes de crimes; soutenoient que les mauvaises actions conduisoienl au salut. Ils supposoient des anges qui président au péché , et qui aident à le commettre; ils les invoquoient et leur rendoient un culte. Enfin , ils faisoient consister la perfection à se dépouiller de tout sentiment de pudeur, et à commettre sans honte les actions les plus infâmes. Terlullien nous apprend qu'ils enseignoient encore des erreurs sur le buplême.
La plupart de leurs opinions étoient renfermées dans un livre qu’ils nom- Ascension de saint Paul , où, sous prétexte des révélations faites à cet apôtre , dans son ravissement au ciel , ils enseignoient leurs impiétés et leurs blasphèmes.
Une femme de cette secte , nommée Quintille, vint en Afrique du temps de Tertullien, et y pervertit plusieurs personnes; on appela quintillianistes les sectateurs qu’elle forma : il paroît qu’elle ajoutoit encore d’horribles pratiques aux infamies des comités.
On auroit peine à se persuader qu’une secte entière ait pu pousser à cet excès la démence et la dépravation , si ce fait n’étoit pas attesté par les Pères de l’Eglise les plus respectables ; mais saint Irénée, Tertullien, saint Epiphane, Théodoret , saint Augustin , en parlent de même ; et les deux premiers étoient témoins contemporains. Les égarements des fanatiques qui ont paru dans les derniers siècles, rendent croyables ceux que l’on attribue aux anciens. Ilornebec, Controv., pag. 590, parle d’un anabaptiste qui pensoit sur Judas comme les comités. Lorsque Uesprit est entraîné par la dépravation du cœur, il n’est point d’erreur ni d’impiété dont l’homme ne soit capable.
CALCÉDOINE. Voyez Ciialcédoine.
CALICE, coupe, vase à boire; ce terme est souvent employé par les écrivains sacrés dans un sens métaphorique, fondé sur les anciens usages. Comme on mettoil dans une coupe les petites boules, les fèves ou les billets dont on se servoit pour tirer au sort , calice signifie souvent le sort, la portion d’héritage échue à quelqu’un par le sort. Ps. 10 , 7 , le
feu, le soufre, les vents orageux , seront la portion du calice des impies. Psaume 1.5, Jr. 5, il est dit : Le Seigneur est la portion de mon héritage et de mon caiicc, c’est-à-dire , la portion d’héritage qui m’est échue par le sort.
Par une métaphore semblable , les écrivains hébreux emploient , pour désigner l’héritage ou la possession d’un homme , le cordeau ou la perche avec lesquels on mesuroit la portion de chacun
des héritiers. Dans le psaume 104 , ÿ. 1, le cordeau de votre héritage ; dans le psaume 75 , r. 2 , la verge ou la perche de votre héritage , signifient votre portion , ce que vous possédez.
Dans un autre sens calice signifie un breuvage, une potion bonne ou mauvaise ; les bienfaits de Dieu sont comparés à une potion douce et agréable , ses châtiments à un breuvage amer qu’il faut avaler. Psaume 74 , ji'. 9 , il est dit que le Seigneur tient dans sa main un calice de vin mêlé d’amertume, qu’il en verse de côté et d’autre , que les pécheurs en boiront jusqu’à la lie. Jérémie , c. 25, f. 15 , dit : Le calice du vin de la colère du Seigneur, etc.
Jésus-Christ demanda à deux de ses apôtres : Pouvez-vous boire le talice que je dois avaler ? Malt., c. 20 , }. 22 : Pouvez-vous supporter les souffrances qui me sont réservées ?
L’usage étoit autrefois, et il subsiste encore parmi le peuple des campagnes, à la fln des repas de cérémonie, de verser aux conviés du vin à la ronde , de boire à la santé les uns des autres, de remercier l’hôte, qui, de son côté , leur répond des choses obligeantes, de se lever ensuite de table, et de rendre grâces à Dieu. Chez les anciens on buvoit à la ronde dans la même coupe en signe de fraternité. Conséquemment cette coupe étoit appelée la coupe de bénédiction ou de souhaits heureux , la coupe d’actions de grâces , la coupe de satiété, calix inebrians ; la coupe de santé, parce qu’on la prenoit encore pour faciliter la digestion. Prendre la coupe de santé, calicem salutaris , et invoquer le nom du Seigneur , ps. 1 15 , î. 15, c’éloit remercier Dieu de ses bienfaits. Chez les personnes riches cette coupe étoit d’or , et quelquefois garnie de pierreries , c’étoit une marque d’opulence. Le psalmiste s’écrie : « Que ma » coupe de satiété est belle ! * Calix meus inebrians , quàm prœclarus est!
ps. 22, 5 ; que mon sort est heureux !
Dans les repas destinés à cimenter une alliance , ou à la fin d’un sacrifice , on ne manquoit pas de boire la coupe d’actions de grâces et de bénédictions ; c’é-
foit alors la coupe d’alliance et d’amitié ; dans ceux qui se faisoient après les obsèques d’un mort, c’étoit la coupe de consolation. Jerem., c. 16 , 7,
Jésus-Christ, après sa dernière cène, daigna faire allusion à ces divers usages: € Il prit une coupe pleine de vin , la bé- » nit, rendit grâces à Dieu , en fit boire » à tous ses apôtres , et leur dit : Ceci » est la coupe de mon sang et d’une » nouvelle alliance; faites ceci en mé- » moire de moi , etc. » Matth., c. 26 , ÿ. 28 ; Luc., c. 22 , i. 20. Ainsi selon l’intention du Sauveur , cette action est lin symbole de reconnoissance envers Dieu , et d’action de grâces , d’alliance avec Jésus-Christ , de participation à son sacrifice, de fraternité entre les hommes, de santé pour nos âmes; l’eucharistie ne remplirait pas parfaitement toutes ces significations, si ce n’étoit rien de plus que la cérémonie faite par les anciens ; encore moins pourroit-elle produire les effets pour lesquels JéSus-Christ l’a instituée.
Calice , se dit particulièrement de la coupe ou du vase dans lequel on consacre le vin de l’eucharistie. Le vénérable Bède pense que le calice dont Jésus-Christ se servit dans la dernière cène, étoit une coupe à deux anses, et contenoit une chopine; que ceux dont on s’est servi dans les premiers siècles étaient de la même forme. Plusieurs étaient de bois ou de verre; le pape Zéphirin, ou, selon d’autres, Urbain I" ordonna qu’on les fît d’or ou d’aige/it ; Léon IV défendit d’employer des calices d’étain ou de verre ; le concile de Calchut ou Celcyth en Angleterre , renouvela la même défense l’an 787.
Les calices des anciennes églises pesaient au moins trois marcs ; l’on en voit dans les trésors et les sacristies de plusieurs églises qui sont d’un poids encore plus considérable. Il y en a même dont il paraît que l'on n’a jamais pu se servir, à cause de leur volume , et qui sont probablement des dons faits par les princes pour servir d’ornement. llornius,Lindan et Bcatus Rhenanus disent qu’ils ont vu, en Allemagne, d’anciens calices auxquels on avoit ajusté, avec beaucoup
d’art, un tuyau , qui servou aux laïques pour recevoir l’eucharistie sous l’espèce du vin. Voyez l’jdncien Sacrameniairo de V Eglise, par Grandcolas , pag. 92 et 728 ; Bona, de Reh. liturg., 1. 1 , c. 2b.
L’abbé Renaudot, dans sa Collection des liturgies orientales , observe avec raison que l’ancienne coutume de l’Eglise , de consacrer par des prières et par des onctions les calices et les autres vases destinés à contenir l’eucharistie., le soin de les renfermer et d’empêcher qu’ils ne servent à des usages profanes , est une attestation assez claire de la croyance générale touchant la présence réelle de Jésus-Christ dans l’eucharistie. Si on avoit regardé ce sacrement du même œil que les calvinistes , on auroit dit la messe comme ils font la cène, avec des vases ordinaires , sans y attacher aucune idée de sainteté ni de respect ; mais on n’a tenu cette conduite dans aucune communion chrétienne. Il prouve que de tout temps les Orientaux ont eu beaucoup de respect pour les calices et les autres vases sacrés ; qu’ils les ont faits d’or et d’argent, autant qu’il l’ont pu ; qu’ils ont des bénédictions et des prières propres pour leur consécration. Liturg, orient. Collect. , t. 1 , p. 102. Cette discipline n’est donc pas une nouvelle institution faite par l’Eglise romaine, comme les protestants l’ont prétendu.
CALIXTINS , sectaires qui s’élevèrent en Bohême au commencement du quinzième siècle. On leur donna ce nom, parce qu’ils soûtenoient la nécessité du calice ou de la communion sous les deux espèces , pour participer à la sainte eucharistie.
Immédiatement après le supplice de Jean Hus, dit M. Bossuet, on vit deux sectes s’élever en Bohême sous son nom, les calixtins sous Roquesane , les taborites sous Ziska, La doctrine des premiers consistoit d’abord en quatre articles. Le premier concernoit la coupe, ou la communion sous l’espèce du vin; les trois autres regardaient la correction des péchés piibliis et particuliers , sur laquelle ilsportoient la sévérité à l’excès,, la prédication libre de la parole <lo Dieu, qu'üs ne vouloient pas que l’on put dé-
fendre à personne , et les biens de l’Eglise contre lesquels ils déclamoient. Ces quatre articles furent réglés dans le concile de Bâle d’une manière dont les calixtins parurent contents; la coupe leur fut accordée sous certaines conditions dont ils convinrent.
Cet accord s’appela compac/wm^ nom célèbre dans l’histoire de Bohême. Mais une partie des hussites, qui ne voulut pas s’y tenir, commença, sous le nom de taborites , les guerres sanglantes qui dévastèrent la Bohême. L’autre partie des hussites , nommée des calixtins, qui avoient accepté l’accord , ne s’y tint pas ; au lieu de déclarer, comme on en étoit convenu à Bâle , que la coupe n’est pas nécessaire , ni commandée par Jésus- Christ , ils en pressèrent la nécessité , même à l’égard des enfants nouvellement baptisés. A la réserve de ce point, ils convenoient de tout le dogme avec l’Eglise romaine , et ils auroient reconnu l’autorité du pape , si Roquesane, piqué de n’avoir pas obtenu l’archevêché de Prague , ne les avoit entretenus dans le schisme.
Dans la suite , une partie d’entre eux jugea qu’ils avoient trop de ressemblance avec l’Eglise romaine; ceux-ci voulurent pousser plus loin la réforme, et firent, en se séparant des caîixtins, une nouvelle secte , qui fut nommée les frères de Bohême. Ilist. des Fariat., 1. U, n. 168 et suiv.
Les caîixtins paroissent avoir subsisté jusqu’au temps de Luther , auquel ils se réunirent la plupart; et quoique cette secte n’ait jamais été fort nombreuse , on prétend qu’il s’en trouve encore quelques-uns répandus en Pologne. Mosheim pense que les taborites , devenus moins furieux qu’ils ne l’avoient été d’abord , se réunirent aussi à Luther et aux autres réformateurs , membres bien dignes, sans doute, de former une nouvelle Eglise de Jésus-Clirist.
Calixtins, est encore le nom que l’on donne 5 quelques lutliéricns mitigés qui suivent les opinions de Georges Calixte ou Caliste , théologien célèbre parmi eux , qui mourut vers le milieu du dixseptième siècle, 11 combaltoit le senti-
ment de saint Augustin sur la prédestination , la grâce et le libre arbitre ; ses disciples sont regardés comme semi-pélagiens.
Calixte soutenoit qu’il y a dans les hommes un certain degré de connoissance naturelle et de bonne volonté, et que quand ils usent bien de ces facultés. Dieu ne manque pas de leur donner tous les moyens nécessaires pour arriver à la perfection de la vertu , dont la révélation nous montre le chemin. Selon le dogme catholique, au contraire, l’homme ne peut faire, d’aucune faculté naturelle, un usage utile au salut, que par le secours d’une grâce qui nous prévient, opère en nous et avec nous. C’est une maxime universellement reconnue, que le simple désir de la grâce est déjà un commencement de grâce. On prétend que les ouvrages qu’il a laissés sont très-médiocres , malgré les éloges pompeux que lui ont donnés les protestants. Au reste, il étoit plus modéré que la plupart de ses confrères ; il avoit formé le projet, sinon de réunir ensemble les catholiques , les luthériens et les ealvinistes, du moins de les engager à se traiter mutuellement avec plus de douceur, et de se tolérer les uns et les autres. Ce dessein lui attira la haine d’un grand nombre de théologiens de sa secte ; ils écrivirent contre lui avec la plus grande chaleur, et lui reprochèrent plusieurs erreurs. On le regarda eomme un faux frère , qui , par amour pour la paix, trahissoit la vérité. Mosheim, avec beaucoup d’envie de le justifier , n’a pas osé le faire , ni approuver le projet que Calixte avoit formé. Ilist. ecclés. du dix-septième siècle, sect. 2, part. 2, c. 1, § 23. Pour plaire aux protestants , il faut déclamer contre l’Eglise romaine, et témoigner pour elle la plus grande aversion. Foyez Synchétistes,
CALOMNIE, fausse imputation faite à quelqu’un d’un vice, d’une mauvaise action ou d’une mauvaise intention dont il n’est réellement pas coupable. Outre le péché de mensonge qui est la base de ce crime, c’est une injustice qui blesse le prochain dans ce qui lui est le plus cher, dans sa réputation, et souvent nuit
à sa fortune. Les calomnies couchées par écrit, rendues publiques par l’impression , sont encore plus odieuses que celles qui se bornent à des discours; les libelles diffamatoires contre les vivants et les morts , méritent des peines afflictives, et ne peuvent être punis trop sévèrement.
€ Celui, ditl’Ecclésiaste, qui calomnie » en secret , est un serpent qui mord » dans le silence, ® Eccles., c. 10, jl. H ; « c’est un homme abominable » avec lequel il ne faut point lier so- » ciété. ® Prov., c. 24, y. 9 et 21 . « Vous » ne calomnierez point votre prochain , » vous ne lui ferez point violence. »
Levit., c. 19, }. 13. C’est une loi de l’ancien Testament , fondée sur les notions naturelles de la justice.
€ Ne vous accusez point les uns les » autres ; celui qui juge ou noircit son B frère manque de respect à la loi. b Jac., cap. 24, % 11. « Renoncez h la B malignité, à l’imposture, à la médi- B sance ; ne rendez point le mal pour B le mal , ni calomnie ipour calomnie, b I. Pétri, cap. 2, ÿ. 1; cap. 5, y. 9. € Priez Dieu pour ceux qui vous persé- B cutent et vous calomnient, b Mallh., cap. 5, V. 44. Tels sont les préceptes de l’Evangile.
Une accusation fausse est aisée à former, mais très-difficile à réparer : malgré la multitude de calomnies dont tout le monde se plaint, on ne voit point d’exemples de réparations. Saint Paul accuse de ce crime les anciens philosophes. Pom., c. 1 , jl. 29 et 50. Il seroit à souhaiter que les modernes fussent plus attentifs à s’en préserver; mais il n’arrive que trop souvent que ceux qui déclament avec le plus d’amertume contre la calomnie , sonl ceux qui se la permettent le plus aisément, lîayle , dans sa lettre aux réfugiés , reproche aux calvinistes d’avoir introduit en France des libelles diffamatoires; son Dictionnaire critique n’est presque rien autre chose ; mais il n’est am^une de ses calomnies qui n’ait été répétée et amplifiée par les incrédules d’aujourd’hui.
CALOVER ou CALOGER, calogeri ,
moine , religieux et religieuse grecs , qui suivent la règle de saint Basile. Les caloyers habitent particulièrement le mont Athos; mais ils desservent presque toutes les Eglises d’Orient. Ils font des vœux, comme les moines en Occident. Il n’a jamais été fait de réforme chez eux ; ils gardent exactement leur premier institut, et conservent leur ancien vêtement.
T avernier observe qu’ils mènent un genre de vie fort austère et fort retiré ; ils ne mangent jamais de viande , et outre cela ils ont quatre carêmes, et observent plusieurs autres jeûnes de l’Eglise grecque avec une extrême régularité. Ils ne mangent du pain qu’après l’avoir gagné par le travail de leurs mains ; il y en a qui ne mangent qu’une fois en trois jours , et d’autres deux fois par semaine. Pendant leurs sept semaines de carême , iis passent la plus grande partie de la nuit à pleurer et à gémir pour leurs péchés et pour ceux des autres.
Quelques auteurs observent qu’on donne particulièrement ce nom aux religieux qui sont vénérables par leur âge , leur retraite et l’austérité de leur vie , et le dérivent du grec xaids , beau, et Apa?, vieillesse. Il est à remarquer que quoiqu’en France on comprenne tous les moines sous le nom de caloyers, il n’en est pas de même en Grèce ; il n’y a que les frères qui s’appellent ainsi : car on nomme ceux qui sont prêtres léronomaques , UpoJo/jLoxoi , sacrificateurs.
Les Turcs donnent aussi quelquefois le nom de caloyer à leurs dervis ou religieux.
Les religieuses caloyères sont renfermées dans des monastères où elles vivent séparément chacune dans leur maison. Elles portent toutes un habit de laine noire et un manteau de même couleur ; elles ont la tête rasée , les bras et les mains couvertes jusqu’au buut des doigts : chacune a une cellule séparée , et toutes sont soumises à une supérieure ou une abbesse. Elles n’observent cependant pas une clôture fort régulière , puisque l’entrée de leur couvent , interdite aux prêtres grecs , ne l’est pas aux
CAL
CAL
Turcs , qui y vont acheter de petits ouvrages à l’aiguille faits par ces religieuses. Celles qui vivent sans être en eommuuauté, sont pour ia plupart des
près de Jérusalem. Tel est le Calvaire du Mont-Valérien, près de Paris; dans chacune des sept chapelles dont il est composé , est représenté quelqu’un des veuves, qui n’ont fait d’autre vœu que mystères de la passion.
i CALVIN ( Jean ), fondateur de la secte qui porte encore aujourd’hui son nom , naquit à Noyon en 1S09, et mourut à Genève en 1S64. Il y a dans la conduite de ce célèbre réformateur , des traits de caractère qu’il importe de saisir pour CALVAIRE , montagne située hors se faire une idée juste du calvinisme, des murs de Jérusalem , nommée en j Instruit par un des émissaires que hébreu Golgotha, crâne ou têle chauve, Luther et ses associés avoient envoyés parce qu’elle étoit sans verdure ; c’est là en France , il vit que ces réformateurs que Jésus-Christ fut crucifié. Sainte Hé- , de la religion n’avoient ni principes suilène y fit bâtir une église. Il est dit dans ; vis, ni corps de doctrine , ni profession l’Evangile, qu’à la mort du Sauveur il se , de foi, ni aucun règlement fixe de disfit un tremblement de terre, et que les cipline. Il entreprit de former un sys-
de mettre un voile noir sur leur tête , et de dire qu’elles ne veulent plus se marier. Les unes et les autres vont partout où il leur plaît, et jouissent d’une assez grande liberté à la faveur de l’habit re-
ligieux.
rochers se fendirent. Des voyageurs anglais et des historiens très-instruits , Millar, Fleming, Maundrell, Schaw et d’autres attestent que le rocher du Calvaire n’est point fendu naturellement selon les Teines de la pierre, mais d’une manière évidenïïnent surnaturelle. « Si je vouï lois nier, dit saint Cyrille de Jérusalem, ® que Jésus-Christ ait été crucifié, cette » montagne de Golgotha sur laquelle V nous sommes présentement assemblés, » me l’apprcndroit. » Calech., 13.
Dans les premiers siècles de l’Eglise on croyait , sur la foi d’une tradition des Juifs, qu’Adam avoit été enterré sur le Calcaire, et que Jésus-Christ avoit été crucifié sur sa sépulture, afin que le sang versé pour la rédemption du monde purifiât les restes du premier péclieur. Origène, saint Cyprien , saint Basile, saint Epiphane, saint Athanasc , saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, et d’autres, citent cette tradition; saint Jérôme, après l’àvoir rejetée, semble y être revenu. Ejiist. ad Marcellam.
tju’elle soit vraie ou fausse, peu importe ; elle atteste toujours l’opinion que l’on avoit dans ce temps-là de l’efficacité et de l’universalité de la rédemption.
Cai.vaiue , chez les chrétiens , est une chapelle de dévotion où se trouve un crucifix , et qui est élevée sur un tertre proche d’une ville, à l’imitation du Calvaire où Jésus-Christ fut mis en croix
tème complet de théologie conforme à leurs opinions , et il en vint à bout dans son Institution chrétienne, qu’il publia en 1556. -
Il y pose pour principe que la seule règle de foi qu’un fidèle doive consulter ! est l’Ecriture sainte , que Dieu lui en fait connoître la vérité et le vrai sens par I une inspiration particulière du Saint- , Esprit. La question est de savoir comment on peut distinguer sûrement cette I inspiration prétendue d’avec le fana- ; tisme d’un imposteur, j Calvin, retiré à Genève, où Farel et Virct avoient établi les opinions des réformateurs d’Allemagne , commença par s’élever contre un décret du synode de Berne , qui régloit la forme du culte ; il se crut mieux inspiré que ce synode.
Obligé de se retirer à Strasbourg, et ensuite rappelé à Genève, il y acquit un empire absolu , fit un catéchisme, établit un consistoire, régla la forme des prières et des prédications , la manière de célébrer la cène, etc.... et revêtit son consistoire du pouvoir de porter des censures et d’excommunier. Ainsi ce prédicant, après avoir déclamé contre l’autorité que les pasteurs de l’Eglise catholique s’altribuoicnt , usurpa lui-même une autorité cent fois plus absolue, à laquelle rins|)iration qu’il accordoit à chaque fidèle étoit obligée de céder. > Le traducteur anglais de Mosheim,
qui prétend que Calvin surpassa tous les autres réformateurs en savoir et en talents , convient qu’il poussa aussi plus loin que les autres l’opiniâtreté , la sévérité et l’esprit turbulent , tom. 4 , p. 91 , note. Quelles qualités pour un apôtre ! Il jugea lui - même que le pouvoir qu’il s’étoit arrogé étoit exorbitant, puisqu’avant de mourir il conseilla au clergé de Genève de ne point lui donner de successeur. Spon , Hist. de Genève , tom. 2, p. 3. Les protestants , qui ne cessent de déclamer contre l’ambition et le despotisme des papes , pardonnent à Calvin de l’avoir porté beaucoup plus loin ; ils l’excusent à cause , disent-ils , de ses services et de ses vertus. Où sont donc les vertus de ce fougueux réformateur. ( N® XIII , p. 510. )
Boisée, carme apostat, lui prouva tjue par sa doctrine il faisoit Dieu auteur du péché ; Calvin fit bannir Bolscc , et H ne tint pas à lui qu’on ne le punît par des peines afflictives, comme pélagien et séditieux. Castalion, pour avoir aussi attaqué la doctrine de Calvin, avoit été de même obligé de sortir de Genève. Ce n’étoit plus l’Ecriture ni l’inspiration de chaque fidèle qui étoit règle de foi dans cette ville , c’étoit l’autorité despotique de Calvin.
Michel Servet, qui avoit attaqué le mystère de la sainte Trinité , et qui étoit poursuivi en France , se sauva à Genève ; Calvin le fit arrêter, le fit condamner à être brûlé vif, et la sentence fut exécutée. Pour Justifier sa conduite, Calvin fit un traité, où il entreprit de prouver qu’il falloit punir de mort les hérétiques. Ainsi , ces ministres qui soutenoient que l’Ecriture est seule règle de notre foi , que chaque particulier est juge du sens de l’Ecriture , condamnoient comme hérétique un écrivain, parce qu’il ne voyoit pas dans l’Ecriture le même sens et les mêmes dogmes qu’ils prétendoient y voit : pendant qu’ils se déchaînoienl contre les magistrats qui punissoient de mort les hérétiques en France, ils faisoient eux-mêmes brûler Servet, parce qu’ils le jugeoient hérétique.
‘ Gentilis , Ükin , Blandrat, qui voulurent renouveler à Genève les opinions
de Servet, faillirent à être traités de même. Gentilis fut mis en prison et obligé de se rétracter ; Okin fut chassé ; Blandrat , poursuivi en justice , forcé à signer une profession de foi , et à s’évader.
Il ne faut pas croire que cette contradiction entre les principes des réformateurs et leur conduite ait cessé dans le calvinisme. Ses partisans ont toujours continué d’enseigner que l’Ecriture sainte est U seule règle de notre foi, que Dieu éclaire chaque fidèle pour juger du vrai sens de l’Ecriture, que le sentiment des Pères , les décrets des conciles, les décisions de l’Eglise, ne sont qu’une autorité humaine à laquelle personne n’est obligé de déférer , et en même temps ils n’ont pas cessé de tenir des synodes , de dresser des professions de foi , de condamner des erreurs , d’excommunier ceux qui les soutenoient; ils ont ainsi traité les sociniens , les anabaptistes , les arminiens.
Un déiste de nos jours , élevé parmi les calvinistes, leur a reproché avec beaucoup de véhémence cette contradiction. € Votre histoire , leur dit-il, est ï pleine de faits qui montrent de votre » part une inquisition très- sévère, et » que, de persécutés , les réformateurs » devinrent bientôt persécuteurs. A force » de disputer contre le clergé catholique,
» le clergé protestant prit l’esprit dis- ® puteur et pointilleux. Il vouloit tout * décider, tout régler, prononcer sur » tout; chacun proposoit impérieuse- B ment son opinion pour loi suprême à » tous les autres ; ce n’étoit pas le moyen B de vivre en paix. Calvin avoit tout B l’orgueil du génie qui sent sa supé- B riorité et qui s’indigne qu’on la lui B dispute. Quel homme fut jamais plus B tranchant, plus impérieux, plus dé- B cisif , plus divinement infaillible à son B gré? La moindre objection qu’on osoit B lui faire , étoit toujours une œuvre de B Satan , un crime digne du feu. Ce n’est B pas au seul Servet qu’il en a coûté la B vie pour avoir osé penser autrement B que lui.
B La plupart de ses collègues étoieni B dans le même cas , tous en cela d’au-
i tant plus coupables qu’ils étoient plus » inconséquents; leur dure orthodoxie » ''toit elle -même., une hérésie selon * leurs principes. » Deuxième leUre écnte de la Montagne, p. 49 , SO , 58.
(:\«XIV,p.511.)
Il faut d’ailleurs qu’un protestant ait Tesprit étrangement préoccupé , pour s’imaginer que c’est l’Ecriture sainte qui est la règle de sa foi. Avant de lire ce livre , un jeune calviniste est déjà prévenu des dogmes qu’il doit y trouver, par les leçons de son catéchisme, par les instructions des ministres , par le ton général de la secte ; telle est l’inspiration qui le guide dans cette lecture.
Aussi un luthérien ne manque jamais de voir dans l’Ecriture les sentiments de Luther, un socinien ceux de Socin, un anglican ceux des épiscopaux , tout comme un calviniste y trouve ceux de Calvin.
Ce vice originel du calvinisme suffit pour en démontrer l’absurdité.
Nous ne voyons pas ce qu’auroient pu répondre Calvin et ses collègues , si un catholique instruit leur avoit ainsi parlé : Vous prétendez être suscités de Dieu pour réformer l’Eglise ; mais vous n’êtes envoyés ni par aucun pasteur légitime, ni par aucune Eglise chrétienne; il faut donc que vous ayez une mission extraordinaire et miraculeuse.
Commencez par la prouver de la même manière que Moïse , Jésus-Christ et les apôtres ont prouvé la leur. Luther et d’autres se donnent pour réformateurs aussi bien que vous ; vous ne Vous accordez point avec eux, vous n’enseignez pas en toutes choses la même doctrine, vous vous condamnez les uns les autres. Auxquels d’entre vous dois-je croire par préférence ?
Vous me donnez l’Ecriture sainte pour unique règle de ma foi ; mais vous ne reconnoissez pas pour l’Ecriture sainte plusieurs livres que l’Eglise catholique me donne comme tels : comment terminerons-nous celte contestation? Serace l’Ecriture sainte qui m’a|)prcndra si tel livre est canonicjne ou non? Vous me présentez une traduction françoise de la Bible. Donnez-moi un garant de la
fidélité de votre traduction , de laquelle je ne suis pas en état de juger par moimême. Vous dites que je ne dois point déférer à l’autorité des hommes ! donc je dois récuser la vôtre sur tout ce que vous trouverez bon d’affirmer.
Puisque l’Ecriture sainte est la seule règle de ma foi , vous avez tort de prêcher et de vouloir expliquer l’EcritUre ; je sais lire aussi bien que vous ; c’est à moi d’y trouver ce que Dieu a révélé , et non à vous de me le montrer. Vous me promettez l’inspiration du Saint-Esprit pour prendre le vrai sens de l’Ecriture ; je le veux : cette inspiration me dicte que vous prêchez l’erreur, et que l’Eglise cathoUque enseigne la vérité.
Pour toute réponse, Calvin auroit opiné à faire hrûler ce raisonneur :
a Pareils monstres, disoit-il, doivent être étouffés; comme fis ici en l’exécution de Michel Servet, espagnol. »
Lettre de Calvin à M. du Poêt.
CALVINISME , doctrine de Calvin et de ses sectateurs en matière de religion.
L’on peut réduire à six chefs principaux les dogmes essentiels dn calvinisme. 1» Que Jésus- Christ n’est pas réellement présent dans le sacrement de l’eucharistie , que nous l’y recevons seulement par la foi. 2“ Que la prédestination et la réprobation sont absolues , indépendantes de la prescience que Dieu a des œuvres bonnes ou mauvaises de chaque particulier ; que l’un et l'autre de ces deux décrets dépend de la pure volonté de Dieu , sans égard au mérite ou au démérite des hommes. 3° Que Dieu donne aux prédestinés une foi et une justice inamissibles , et ne leur impute point leurs péchés, i" Qu’en conséquence du péché originel , la volonté do l’homme est tellement alToiblie qn’ellc est incapable de faire aucune bonne œuvre méritoire du salut, même aucune action qui ne soit vicieuse et imputable h péché. 5“ Qu’il lui est impossible de résister à la concupiscence vicieuse; que tout le libre arbitre consiste à être exempt de coaction et non de nécessité. G® Que les hommes sont justifiés par la foi seule, conséquemment que les
bonnes œuvres ne contribuent en rien au salut; que les sacrements n’ont point d’autre efficacité que d’exciter la foi. Calvin n’admet que deux sacrements, le baptême et la cène ; il rejette absolument le culte extérieur et la discipline de l’Eglise catholique.
On voit que, pour former son système, cet hérésiarque a rassemblé les erreurs de presque toutes les sectes connues , celles des prédeslinatiens, de Vigilance , des donatistes , des iconoclastes , de Bérenger ; qu’il a répété ce qu’avoient dit les albigeois, les vaudois, les beggards, les fratricelles , les wicléfites , les hussites, Luther et les anabaptistes.
Sur reucharistie , il n’enseigne point, comme Zwingle, que c’est un simple signe du corps et du sang de Jésus- Christ ; il dit que nous y recevons véritablement l’un et l’autre, mais seulement par la foi ; mais le corps et le sang de Jésus-Christ n’y sont cependant point avec le pain et le vin , ou par impanation comme le veulent les luthériens, ni par transsubstantiation, comme le soutiennent les catholiques.
Ainsi depuis la naissance de la réforme en 1 SI 7, jusqu’en 1S32, voilà déjà trois systèmes différents qui s’étoient formés sur ce que l’Ecriture dit du sacrement de l’eucharistie. Selon Zwingle, les paroles de Jésus-Christ, ccd est mon corps , signifient seulement, ceci est le signe de mon corps. Calvin soutient qu’elles expriment quelque chose de plus, puisque Jésus -Christ avoit promis de nous donner sa chair à manger. Joan., c. 6, jf. 52. Donc, reprend Luther , le corps de Jésus-Christ y est véritablement avec le pain et le vin. Point du tout, dit Calvin, si l’on admeltoit une présence réelle, il faudroit nécessairement admettre la transsubstantiation comme les catholiques, et le sacrifice de la messe. Voilà comme s’accordoient ^vs docteurs , tous suscités de Dieu pouf réformer l’Eglise, et tous inspirés par \e Saint-Esprit.
Si l’on compare ce qu’enseigne Calvin sur la prédestination , avec ce qu’il dit du défaut de liberté dans l’homme , on
sentira que Boisée avoit raison de Im reprocher qu’il faisoit Dieu auteur du péché ; blasphèmequi fait horreur. Toute la différence qu’il y a entre les prédestinés et les réprouvés consiste en ce que Dieu n’impute point les péchés aux premiers , au lieu qu’il les impute aux autres : un Dieu juste peut-il imputer aux hommes des péchés qui ne sont pas libres , damner les uns et sauver les autres , précisément parce qu’il lui plaît ainsi? L’abus que faisoit Calvin de plusieurs passages de l’Ecriture sainte , pour établir cette doctrine odieuse, étoit une démonstration de l’absurdité de sa prétention , de vouloir que l’Ecriture seule fût la règle de notre croyance.
Aussi le prétendu décret absolu de prédestination et de réprobation causat-il , parmi les protestants , les disputes les plus animées ; il donna naissance à deux sectes, l’une des infralapsaires , l’autre des supralapsaires , et donna lieu à une infinité d’écrits de part et d’autre.
Pour esquiver le sens des paroles de Jésus-Christ, qui nous assurent de sa présence réelle dans l’eucharistie, Calvin opposoit d’autres passages où il faut recourir au sens figuré ; et pour expliquer les passages qui semblent supposer que Dieu est l’auteur du péché , il ne vouloit pas faire usage de ceux dans lesquels il est dit que Dieu hait , déleste , défend le péché , qu’il le permet seulement , mais qu’il n’en est pas l’auteur.
L’inamissibilité de la justice dans les prédestinés , l’inutilité des bonnes œuvres pour le salut , étoient deux autres dogmes qui entraîpoient les plus pernicieuses conséquences. Calvin avoit beau les pallier par toutes les subtilités possibles , les simples fidèles ne sont pas en état de saisir cette obscure théologie; elle est d’ailleurs directement opposée aux passages les plus formels de l’Ecriture sainte ; elle n’est bonne qu’à nourrir une folle présomption et à détourner le chrétien de faire des bonnes œuvres.
Une nouvelle contradiction étoit de soutenir que Dieu seul peut instituer dos
sacrements ; que , selon l’Ecriture , il n’en -a point institué d’autres que le baptême et la cène, et de prétendre que ces sacrements n’ont point d’autre effet que d’exciter la foi. L’institution de Dieu est-elle nécessaire pour établir un signe capable d’exciter la foi ?
C’étoit évidemment par nécessité de système que Calvin nioit la présence réelle de Jésus-Christ dans l’eucharistie. S’il avoirt avoué qu’en vertu de l’institution du Sauveur, les paroles qu’il a prononcées ont le pouvoir de rendre présents son corps et son sang , comment disconvenir qu’en vertu de la même institution , d’autres paroles ont la force de produire la grâce dans l’âme d’un fidèle disposé à la recevoir ?
Mosheim et son traducteur conviennent que sur ce point la doctrine de Calvin n’est pas intelligible.
Dans la suite , les calvinistes ont senti les inconvénients du système de leur maître ; à peine ont-ils conservé un seul de ces dogmes en son entier; ils ont changé les uns, adouci et modifié les autres. Presque tous ont pris le sentiment de Zwingle sur l’eucharistie ; ils ne l’envisagent que comme un signe. Un très-grand nombre ont rejeté les décrets absolus de prédestination, et sont devenus pélagiens. Voyez Armimens et Gomaristes.
Les théologiens catholiques ont attaqué en détail tous les dogmes forgés par Calvin, même avec les palliatifs que scs disciples y ont apportés. Ils ont démontré l’opposition formelle de ces dogmes prétendus avec l’Ecriture sainte , avec la tradition ancienne et constante de l’Eglise, avec les vérités que tout chrétien est obligé d’admettre. Ce. réformateur accusoit l’Eglise romaine d’a voir changé la doctrine de Jésus-Christ établie par les apôtres; on a prouvé jusqu’à l’évidence que c’est lui -même qui a innové , qu’il n’y a dans l’univers entier aucune secte qui ait professé le calvinisme ; qu'il est proscrit et délesté dans des sociétés qui se sont séparées de l’Eglise romaine depuis plus de (jiialorze cents ans. Ce qui forme déjà un préjugé terrible contre ce système , c’est
qu’il a fait éclore le socinianisme et le déisme. Voyez Protestants.
Depuis son établissement , il s’est toujours maintenu à Genève , où il a pris naissance ; des treize cantons suisses , il y en a six qui le professent. Jusqu’en 1572 , il a été la religion dominante en Hollande ; quoique dès lors cette république ait toléré toutes les sectes par raison de politique , le calvinisme rigide y est cependant toujours la religion de l’état. En Angleterre , il est allé en décadence depuis le règne d’Elisabeth , malgré les efforts qu’ont fait les puritains ou presbytériens pour le soutenir.
Depuis que l’Eglise anglicane a pris des sentiments plus modérés , le calvinisme est au nombre des sectes non conformistes et simplement tolérées. En Ecosse et en Prusse , il est encore dans toute sa vigueur. Dans quelques parties de l’Allemagne, il est mélangé avec le luthéranisme ; il a été souffert en France jusqu’à la révocation de l’édit de Nantes.
On demandera sans doute comment un système si mal conçu et si mal raisonné , capable de désespérer les âmes vertueuses et d’affermir les pécheurs dans le crime , de faire envisager Dieu comme un tyran plutôt que comme un maître aimable , a pu trouver des sectateurs dans presque toutes les parties de l’Europe. Nous tâcherons d’expliquer ce phénomène dans l’article suivant. Parmi nos controversistes qui ont réfuté le calvinisme, Bossuet, Arnauld, Nicole, Papin , Pélisson , tiennent le premier rang , et sont le plus estimés.
Mosheim réduit à trois ou quatre chefs les points de doctrine qui divisent les calvinistes d’avec les luthériens, l» Touchant la cène , ceux-ci disent que le corps cl le sang de Jésus-Christ y sont véritablement donnés aux justes et aux impies , quoique d’une manière inexplicable ; selon les calvinistes , ce corps cl ce sang n’y sont qu’en figure , ou présents seulement par la foi ; mais tous ne l’entendent pas de même. Le traducteur de Mosheim a très-mal rendu ce point de la croyance des luthériens , en disant (ju'ils assurent (pic le corps cl le sang de Jésus-Christ sont malétiellement pré-
tc'nts tlans le sacrement ; jamais les luthériens n’avoueront cette présence matérielle : ils disent que le corps et le sang du Sauveur y sont donnés et reçus par la communion , sans vouloir avouer qu’ils y sont présents indépendamment de l’action de communier. 2“ Selon les calvinistes , le décret par lequel Dieu , de toute éternité , a prédestiné tel homme au bonheur du ciel et tel autre à la danïnation , est absolu, arbitraire , indépendant de la prévision des mérites ou démérites futurs de l’homme ; selon les luthériens , ce décret est conditionnel et dirigé par la prescience. 3° Les calvinistes rejettent toutes les cérémonies comme des superstitions ; les luthériens pensent qu’il y en a d’indifférentes et que l’on peut conserver , comme des peintures dans les églises, des habits sacerdotaux , les hosties pour consacrer l’eucharistie , la confession auriculaire des péchés , les exorcismes dans le baptême , plusieurs fêtes , etc. Mais Mosheim convient que ces divers articles de croyance fournissent matière à un grand nombre de questions subsidiaires. 4® Ni l’une ni l’autre de ces deux sectes n’a aucun principe certain touchant le gouvernement de l’Eglise; dans plusieurs endroits, les luthériens ont conservé des évêques sous le nom de surintendants ; ailleurs ils n’ont qu’un simple consistoire , comme les calvinistes ; chez les uns et les autres le pouvoir civil des souverains et des magistrats a plus ou moins d’influence dans les affaires ecclésiastiques , suivant les lieux et les circonstances. A proprement parler, leur seul point de réunion est leur haine et leur animosité constante contre l’Eglise romaine. Histoire ecclés. du seizième siècle, sect. 5 . 2« partie , c. 2 , g 29 , 32.
CALVINISTES, sectateurs de Calvin ; on les nomme aussi protestants , prétendus réformés, sacraineutaires , huguenots. y oyez ces mots.
11 est à propos de rechercher les causes qui ont contribué aux progrès que ces sectaires firent si rapidement en France ; ce que nous en dirons pourra servir avec proportion à l’égard des autres contrées de l’Europe.
On sentoit de toutes parts , au commencement du seizième siècle , le besoin d’une réforme ; les vœux qu’avoient formés sur ce point les conciles de Constance et de Bâle , les mesures qu’ils avoient prises pour la procurer , tant dans le chef que dans les membres de l’Eglise , avoient été sans effet ; on ne voyoit aucun moyen d’y parvenir. Tout le monde étoit mécontent de l’état des choses; tout annonçoit une révolution prochaine.
1® Sur la fin du quinzième siècle, Alexandre VI avoit scandalisé l’Eglise par ses mœurs et par son ambition.
Jules II , son successeur, plus occupé de guerres et de conquêtes que du gouvernement de l’Eglise , fut ennemi implacable de Louis XII et de la France. Il souleva contre ce roi toute l’Italie, lança contre lui une excommunication , mit le royaume en interdit, dispensais sujets du serment de fidélité. Plus Louis XII étoit aimé et méritoit de l’être, plus Jules II fut détesté. Léon X , qui lui succéda , ne montra pas plus de vertus pontificales, ni de zèle pour la réforme. Il étoit aisé de prévoir que le mécontentement contre les papes entraîneroit bientôt une révolte contre le joug de leur autorité.
2" Les moines , surtout les mendiants, soit par zèle , soit par intérêt , attiroient les fidèles dans leurs églises par des dévotions souvent assez mal réglées, multiplioient les confréries, les indulgences , les reliques , les miracles, les histoires fausses et apocryphes , faisoient à cette occasion des quêtes lucratives , entreprenoient sur les droits des curés et sur la juridiction des évêques, alléguoient les privilèges qu’ils avoient obtenus du saint Siège , etc. Quelques-uns des théologiens qui écrivirent contre ces abus , ne gardèrent pas toute la modération possible , et firent retomber sur les pratiques même une partie du blâme que méritoient les religieux.
3® La juridiction ecclésiastique n étoit pas renfermée dans des bornes aussi sages qu’elle devoit l’être , les tribunaux laïques s’en plaignoient. Il y avoit du désordre dans la manière d’obtenir, de
possdJer, d’adminislrer les bénéfices; en général le clergé séculier éloit moins instruit et moins réglé qu’il ne l’est aujourd’hui , et les peuples se ressentoient de ce malheur. En un mot, tous les abus qui ont été corrigés ou prévenus par les décrets du concile de Trente , étoient presque généralement répandus.
4° Les théologiens, bornés à la scolastique, ne culti voient ni l’érudition sacrée ni les belles-lettres , regardoient même cette étude comme dangereuse pour la religion. Les laïques qui , depuis le règne de François I"’, avoient acquis des connoissances, méprisoient les théologiens , et se croyoient pour le moins aussi capables qu’eux de juger des matières de religion.
- L’on ne doit pas être surpris si les émissaires de Luther , de Mélanchton , de Bucer , qui étoient lettrés , qui parvient et écrivoient bien , qui avoient étudié les langues et l’histoire , trouvèrent parmi les littérateurs des disciples tout prêts à être séduits. C’étoit assez de déclamer contre le pape, contre le clergé séculier et régulier , contre les abus en fait de religion , pour être écouté. La confession, les jeûnes, les œuvres salisfactoires , les vœux , les pratiques du culte public, les honoraires des ministres de la religion, sont un joug ; l’on en étoit fatigué , et on voyoit un moyen de s’en débarrasser.
Le poison , répandu en secret , gagna de proche en proche, infecta des hommes de tous les états ; ceux qui l’a voient reçu furent eux-mêmes étonnés de se trouver d’abord en si grand nombre. Les livres de Luther , de Mélanchton , de Carlostad , de Zwingle , se multiplioient en France , et en firent naître d’autres : on vit éclore de toutes parts des livres de piété , des traités dogmatiques , des ouvrages polémiques; ils inondèrent le royaume et y allumèrent le fanatisme.
I.es décrets de la faculté de théologie , les mandements des évêques , les recherches de la police , ne purent en arrêter le cours. Peu importoit quelle doctrine on adopteroit , pourvu que l’on changeât de religion. V Institution de Calvin parut; cet ouvrage étoit sédui-
sant , il fut reçu avec acclamation ; une grande partie du royaume se trouva bientôt calviniste sans l’avoir prévu.’»
Ce parti , qui sentit ses forces, éclata pdf des voies de fait , par des placards, par des libelles injurieux ; les magistrats et le gouvernement alarmés eurent recours aux supplices : il étoit trop tard ; ces exécutions aigrirent les esprits , cl rendirent les calvinistes furieux.
N’oublions pas que sous les Valois les peuples étoient aussi mécontents du gouvernement que de l’état de la religion. François II, prince inappliqué, se déchargea de l’administration du royaume sur les princes de Guise ; ceuxci avoient gagné la faveur du clergé par leur zèle pour la religion catholique ; les grands, qui vouloient leur enlever l’autorité , se rangèrent du côté des calvinistes. La conjuration d’Amboise, qu’ils formèrent dans ce dessein , éclata et fut déconcertée ; la punition des conjurés ne servit qu’à augmenter la haine , et à faire concevoir de nouveaux projets de révolte.
Charles IX , en montant sur le trône , voulut en vain calmer les deux partis ; l’amnistie accordée par son édit aux protestants ne prouve que trop les excès auxquels ils s’étoient déjà portés. Un tumulte arrivé par hasard à Vassi, et dans lequel plusieurs protestants furent tués, leur servit de prétexte pour lever une armée et commencer une guerre civile.
Elle embrasa bientôt tout le royaume, et elle se fit de part et d’autre avec toutes les fureurs que le fanatisme peut inspirer. Deux fois elle fut suspendue par des édits de pacification , ou plutôt de pardon ; à la troisième , les protestants obtinrent de leur souverain tout ce qu’ils demandoient , et même des places de sûreté.
Un roi réduit à traiter avec scs sujets devenus ses ennemis, leur pardonne difficilement celle injure ; Charles IX , indigné des conditions qu’on lui avoit fait suhir, frappé de ce qu’il avoit à redouter de la part d’un parti toujours menaçant, conçut le funeste projet de se défaire des chefs du parti huguenot, et permit de les massacrer. Le peuple, une
fois animé au carnage, ne se borna pas à immoler les chefs ; un nombre infini de catholiques satisfirent leurs haines particulières , poussèrent la cruauté aux derniers excès , et donnèrent ainsi lieu è une nouvelle guerre civile. V oy. Saint- Barthélemi.
Henri 111, pour la faire cesser, fut obligé d’accorder aux calvinistes un cinquième édit encore plus favorable pour eux que les précédents ; les cathoh'ques mécontents formèrent la ligue, qui fut nommée très-mal à propos la sainte union ; la crainte de voir passer la couronne sur la tête d’un prince héréüque rendit les catholiques aussi intraitables que les huguenots.
Henri IV avoit été malheureusement élevé dans le calvinisme ; il fut obligé de conquérir son royaume sur les ligueurs. Enfin , victorieux et universellement reconnu , il accorda aux calvinistes, qui l’avoient utilement servi , un nouvel édit de pacification, semblable aux précédents, avec des villes de sûreté ; c’est l’édit de Nantes.
Heureus(ï la France, si la paix eût éteint le funatisme ! mais il subsistoit encore ; Henri IV en fut la victime , et périt , comme Henri 111 , par un assassinat.
Sous Louis XllI , les protestants reprirent les armes ; ils furent vaincus , et leurs places fortes démolies. Mais l’édit de Nantes fut confirmé quant aux autres articles. Louis XIV, plus puissant et plus absolu qu’aucun de ses prédécesseurs , révoqua l’édit de Nantes en 1683, et depuis ce moment les calvinistes ont été privés en France de l’exercice public de leur religion. Nous n’oserions examiner si cette révocation a été injuste et illégitime , si elle a porté au royaume un préjudice aussi considérable que l’ont prétendu quelques écrivains modernes.
Cette narration très-abrégée suffit pour donner une idée des maux qu’a causés à la France une prétendue réforme qui , loin de rendre la foi plus pure et la morale plus parfaite , renouvelle une foule d’erreurs condamnées dans les différents siècles de l’Eglise ; dont les dogmes renversent les principes de la morale
fondés sur la liberté de l’homme , jettent les âmes timorées dans le désespoir , et les méchants dans une funeste sécurité, ôte tout motif de pratiquer la vertu , et qui a inspiré dès l’origine à ses sectateurs la même révolte contre les puissances séculières que contre l’autorité ecclésiastique. Aujourd’hui revenus de leur ancien fanatisme, ses docteurs sont forcés de convenir que l’Eglise romaine, de laquelle ils se sont séparés, n’enseigne aucune erreur fondamentale , ni sur le dogme, ni sur la morale, ni sur le culte ; qu’un bon catholique peut faire son salut dans sa religion. Qu’étoit-il donc nécessaire de bouleverser l’Europe entière pour la détruire , et pour établir le calvinisme sur ses ruines?
Quand on n’auroit à leur reprocher que l’incendie de plusieurs riches bibliothèques, tant en France qu’en Angleterre, c’en seroit assez pour faire détester l’esprit qui les animoit. «
Cependant une foule d’incrédules , toujours prêts à soutenir le parti des séditieux , veulent faire retomber sur la religion catholique les excès auxquels les calvinistes se sont portés, et tous les maux qui s’en sont ensuivis. Ils disent que les défenseurs de la religion dominante se sont élevés avec fureur contre les sectaires , ont armé contre eux les puissances, en ont arraché des édits sanglants, ont soufïlé dans tous les cœurs la discorde et le fanatisme , et ont rejeté sans pudeur sur leurs victimes les désordres qu’eux seuls avoient produits.
Cela est-il vrai ?
1® L’on connoît les principes des premiers réformateurs , de Luther et de Calvin ; ils sont consignés dans leurs ouvrages. En 1820 , avant qu’il y eût aucun édit porté contre l.uther , il publia son livre de la Liberté chrétienne , où il décidoit que le chrétien n’est sujet à aucun homme , et déclamoit contre tous les souverains ; c’est ce qui causa la guerre des anabaptistes. Dans ses thèses il s’écria qu’il falloit courre sus au pape , aux rois et aux césars qui prendroient son' parti. Dans son traité du Fisc commun, il vouloit que l’on pillât les églises, les monastères et les évêchés. Eu consé-
rants : or , jamais religion ne fut plus intolérante que le calvinisme ; vingt auteurs , même protestants, ont été forcés d’en convenir. Dès l’origine, en France et ailleurs, les catholiques nnt eu & choisir, ou d’exterminer les huguenots, ou d’être eux-mêmes exterminés.
4® Si , avec tout le flegme que peuvent inspirer la charité chrétienne , l’amour de la vérité , le respect pour les lois, le vrai zèle de religion, les premiers réformateurs s’étoient attachés à prouver que l’Eglise romaine n’est point la véritable Eglise de Jésus-Christ, que son chef visible n’a aucune autorité de droit divin , que son culte extérieur est contraire à l’Evangile, que les souverains qui la protègent entendent mal leurs intérêts et ceux de leurs peuples , etc,; si, en demandant la liberté de conscience , ils avoient solenrtellement promis de ne point molester les catholiques, de ne point troubler leur culte, de ne point injurier les prêtres, etc,, et qu’ils eussent tenu parole , sommes-nous certains que le gouvernement n’eût point laissé de sévir contre eux? Quand môme le clergé eût sollicité des édits sanglants , les auroit-il obtenus? On sait si pour lors la cour étoit fort chrétienne et fort zélée pour la religion.
S® En supposant que le massacre de Vassi étoit un crime prémédité , ce qui n’est point , c’étoit le fait particulier du duc de Guise et de ses gens ; étoit-ce un sujet légitime de prendre les armes , au lieu de porter des plaintes au roi, et de demander justice? Mais les calvinistes avoient déjà résolu la guerre , ils n’attendoient qu’un prétexte pour la déclarer. Dès ce moment ils n’ont plus rien voulu obtenir que par force et les armes h la main. Le clergé n’a donc pas eu besoin de souffler le feu de la discorde pour animer les catholiques à la vengeance ; maîtres aient souffert l’exercice de la; les huguenots furieux ne leur ont fourni religion catholique. En Suisse, en llol- ] que trop de sujets de représailles. Ceux-
quence, il fut mis au ban de l’empire en 1521. Est-ce le clergé qui dicta cet arrêt? La grande maxime de ce fougueux réformateur , étoit que l’Evangile a toujours causé du trouble , qu’il faut du sang pour l’établir. Tel est l’esprit dont étoient animés ceux de ses disciples qui vinrent prêcher en France.
Calvin écrivoit qu’il falloit exterminer les zélés faquins qui s’opposoient à l’établissement de la réforme ; que pareils monstres doivent être étouffés ; il appuya cette doctrine par son exemple, fit un traité exprès pour la prouver. Foyez les Lettres de Calvin à M. du Po'él , et Fidelis exipositio, etc. Nous demandons si des prédicants qui s’annoncent ainsi doivent être soufferts dans aucun état policé ?
2® Le premier édit porté en France contre les calvinistes fut publié en 1 531. Alors la réforme avoit déjà mis en feu l’Allemagne ; il y avoit eu en France des images brisées , des libelles séditieux répandus, des placards injurieux affichés jusqu’aux portes du Louvre; François craignit pour ses états les mêmes troubles qu’il avoit fomentés lui -même en Allemagne. Telle fut la cause des premières exécutions faites en France.
Lorsque les princes protestants d’Allemagne s’en plaignirent, François I" répondit qu’il n’avoit fait que punir des séditieux. Par l’édit de 1510, il les proscrivit comme perturbateurs de l’état et du repos public; personne n’a encore osé accuser le clergé d’avoir eu part à ces édits. Un célèbre écrivain de nos jours est convenu que l’esprit dominant du calvinisme étoit de s’ériger en république. Essais sur l’Histoire générale, etc.
< 3® Nous défions les calomniateurs du clergé de citer un seul pays , une seule ville , où les calvinistes devenus les
lande, en Suède, en Angleterre, ils l’ont proscrite , souvent contre la foi des traités. L’ont -ils jamais permise en France, dans leurs villes de sûreté? Une maxime sacrée de nos adversaires ,
Cl ont dû s’attendre à être traités en ennemis, toutes les fois que le gouvernement auroit assez de force pour les punir.
C’est donc une calomnie grossière
est qu’il ne faut pas tolérer les infolé- ! d’attribuer au clergé et au fana-
CAL
CAL
tique de la religion les excès qui ont été ; avez ainsi vérifié les craintes que l’on a commis pour lors; le foyer du fanatisme j conçues de votre parti , dès quM parut, étoit chez les calvinistes , et non chez les catholiques.
6® Nous n’avons pas besoin de chercher ailleurs que chez nos adversaires les preuves de ce que nous avançons.
Bayle , qui ne doit pas être suspect aux incrédules , qui vivoit parmi les calvinistes, et qui les connoissoit très - bien , leur a reproché^ dans son Avis aux réfugies, en 1690, d’avoir poussé la licence des écrits satiriques à un excès dont on n’avoit point encore eu d’exemple ; d’avoir , dès leur naissance , introduit en France l’usage des libelles diffamatoires , que l’on n’y connoissoit presque pas ; il leur rappelle les édits par lesquels on fut obligé de réprimer leur audace, et la malignité avec laquelle leurs docteurs , l’Evangile à la main , ont calomnié les vivants et les morts. Il leur oppose la modération et la patience que les catholiques , en pareil cas , ont montrées en Angleterre. Il accuse les premiers d’avoir enseigné constamment, que, quand un souverain manque à ses promesses , ses sujets sont déliés de leur serment de fidélité , et d’avoir fondé sur ce principe toutes les guerres civiles dont ils ont été les auteurs.
Il leur représente que , quand il a été question d’écrire contre le pape, ils ont soutenu avec chaleur les droits et l’indépendance des souverains; que lorsqu’ils ont été mécontents de ceux-ci, ils ont remis les souverains dans la dépendance à l’égard des peuples ; qu’ils ont soufflé le froid et le chaud, suivant l’intérêt du lieu et du moment. Il leur montre les conséquences aflreuses de leurs principes touchant la prétendue souveraineté inaliénable du peuple,- et aujourd’hui nos politiques incrédules osent nous vanter ces mêmes principes, comme une découverte précieuse et nouvelle qu’ils ont faite; ils ne savent pas que c’est une doctrine renouvelée des huguenots. 11 n’y a, continue Bayle, point de fondements de la tranquillité publique que vous ne sapiez , point de frein capable de retenir les peuples dans l’obéissance que vous ne brisiez Vous
et qui firent dire que quiconque rejette l’autorité de l’Eglise , n’est pas loin de secouer celle des puissances souveraines, et qu’après avoir soutenu l’égalité entre le peuple et les pasteurs , il ne tardera pas de soutenir encore l’égalité entre le peuple et les magistrats séculiers.
Bayle va plus loin ; il prouve que les calvinistes d’Angleterre ont autant contribué au supplice de Charles I" que les indépendants ; que leur secte est plus ennemie de la puissance souveraine qu’aucune autre secte protestante ; que c’est ce qui les rend irréconciliables avec les luthériens et les anglicans. Il fait voir que les païens ont enseigné une doctrine plus pure que la leur, touchant l’obéissance que l’on doit aux lois et à la patrie ; il réfute toutes les mauvaises raisons par lesquelles ils ont voulu justifier leurs révoltes fréquentes. Il démontre que la ligue des catholiques pour exclure Henri IV du trône de France , parce qu’il étoit huguenot , a été beaucoup moins odieuse et moins criminelle que la ligue des protestants pour priver le duc d’Yorck de la couronne d’Angleterre , parce qu’il étoit catholique. Telle est l’analyse de VAvis aux réfugiés, qu’aucun calviniste n’a osé entreprendre de réfuter.
Déjà, dans sa Réponse à la lettre d’un réfugié en 1688, il avoit montré que les calvinistes sont beaucoup plus intolérants que les catholiques , qu’ils l’ont toujours été, qu’ils le sont encore, qu’ils l’ont prouvé par leurs livres et par leur conduite; que leur principe invariable est qu’il n’y a point de souverain légitime que celui qui est orthodoxe à leur manière. Il leur avoit soutenu qu’euxmêmes ont forcé Louis XIV à révoquer l’édit de Nantes; qu’en cela il n’a fait tout au plus que suivre l’exemple des états de Hollande, qui n’ont tenu aucun des traités qu’ils avoient faits avec les catholiques. Il avoit prouvé que toutes les lois des états protestants ont été plus sévères contrôle catholicisme, que celles de France contre le calvinisme. Il y rappelle le souvenir des émissaires que les