‹ Dictionnaire de théologieChapitre 146 sur 170 · LAN · texte numérisé non relu

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Ccllarmin , dans son catalogue dos I écrivains ecclésiastiques , s’est trompé , | en disant que Méliton mettoit le livre de la Sagesse au nombre des saintes Ecritures; on lit dans Eusèbe , ria/sst/juaî

sj xui lofia. , Salomonis Proverbia quœ et Sapientia, parce que les Proverbes étoient souvent appelés la Sagesse de Salomon. Voyez la note de Falois sur Eusèbe, liv. 4, c. 2G. ■

Josèphe, liv. 1 , contre Appion, c. 2, dit que sa nation ne reconnoît comme divins que vingt-deux livres , cinq de Moïse , treize des prophètes , et quatre autres qui renferment ou des hymnes à la louange de Dieu , ou des préceptes pour les mœurs. Il ne paroit pas qu’il en ait voulu désigner d’autres que ceux que nous avons nommés. Quoiqu’il ne dise rien des malheurs de Job dans son Histoire juive, il ne s’ensuit pas qu’il ait regardé le livre de Job comme apocryphe ; l’histoire de Job ne tenoit en rien à celle de la nation juive, et Josèphe a pu la regarder comme une parabole ou comme un poème divin , plutôt que comme une narration historique.

IV. En quel temps a été dressé le canon des Juifs , et qui en est l’auteur? Cette question n’est pas fort aisée à résoudre. C’est aujourd’hui une espèce de paradoxe , d’avancer qu’Esdras ne fut jamais l’auteur du canon des Uvres sacrés des Juifs. Les écrivains, même les plus judicieux, ont trouvé bon de mettre sur le compte d’Esdras tout ce qui concerne la Bible, et dont on ignore l’inventeur et l’origine. Ils l’ont fait correcteur et réparateur des livres perdus ou altérés , réformateur de la manière d’écrire , quelques-uns même , inventeur des points voyelles, et tous, auteur du canon des Ecritures.

^ Malgré l’unanimité des suffrages sur ce dernier point , il nous paroit qu’il n’y auroit aucune témérité à en douter , et même à soutenir lecontraire. Soi t que l’on consulte les livres d’Esdras lui-même et de Néhémie , soit que l’on cherche des preuves ailleurs, on n’en trouve aucune; c* qui cstditdans le quatrième livre apocryphe d’Esdras , c. 1 i , ji, 21 et suivants , n’est d’aucune autorité.

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Avant de prendre aucun parti sur cette question , il y a plusieurs difficultés à résoudre. 1<>I1 faut s’assurer du temps auquel Esdras a vécu ; 2° savoir sous quel prince il est venu de Babylone à Jérusalem: 3® si tous les livres qui sont dans le canon étoient écrits avant lui ; 4* s’il a écrit lui-même le livre qui porte son nom.

Quand on s’accorderoit sur toutes ces questions, nous ne voyons pas par quelle autorité Esdras auroit fait les grandes opérations qu’on lui attribue, ni comment les Juifs , naturellement si indociles , se seroient soumis à ses ordonnances. Il n’étoit ni grand prêtre ni prophète, il n’avoit de pouvoir qu’autant que la nation vouloit bien lui en accorder.

Il est très-probable que la prophétie de Malachie et les Paralipomènes ont été écrits assez longtemps après Esdras ; que Néhémie lui est postérieur de près d’un siècle. Ce n’est donc pas Esdras qui a pu mettre ces divers écrits dans le canon.

Nous ne voyons aucun inconvénient ù supposer que le canon des livres de l’ancien Testament a été formé comme celui des écrits du nouveau , par la tradition commune , sans qu’aucun particulier ni aucune assemblée ait dressé ce catalogue et lui ait donné la sanction.

C’est l’affaire des protestants de voir si la tradition juive est une autorité suffisante pour nous faire recevoir des livres comme divins, inspirés, parole de Dieu et règle de foi. Ils en ont senti la foiblesse, puisqu’ils ont eu recours à une inspiration du Saint-Esprit accordée à chaque particulier : ce n’est pas ici le lieu de démontrer l’illusion de ce système.

Pour nous, nous avons un meilleur garant de notre croyance; c’est l’autorité de Jésus-Christ même et des apôtres , qui ont donné aux fidèles les livres de l’ancien Testament comme la parole de Dieu , et nous sommes assurés de ce fait par le témoignage de l’Eglise. Nous ne pouvons savoir par aucune autre voie quels livres ils ont désignés comme tels, puisque cela n’est écrit dans aucun livre, ni attesté par aucun monument.

Nous convenons que le canon des Juifs a été suivi dans les premiers siècles de l’Eglise ; les anciens Pères ne pouvoient mieux faire, puisque alors l’Eglise n’avoit pas encore prononcé ; on n’avoit pas encore pu comparer la tradition des Eglises de l’Occident avec celle des Eglises de l’Orient ; cela ne s’est fait que dans la suite. Mais les Pères qui ont cité le canon des Juifs , n’ont pas prétendu que l’Eglise étoit privée de l’autorité nécessaire pour y ajouter d’autres livres ; ils ont supposé le contraire , puisqu’ils ont cité eux-mêmes comme livres divins des ouvrages qui n’étoient pas dans le canon des Juifs.

Les protestants leur en font un crime ; mais c’est encore à eux de nous dire pourquoi ils reçoivent le canon des Juifs qui nous est transmis par les Pères , en même temps qu’ils accusent d’erreur ou de témérité ces témoins vénérables.

Dès l’année 597 , un concile de Carthage a placé dans le canon des saintes Ecritures, des livres que le concile de Laodicée n’y avoit pas mis trente ans auparavant. Les Pères de Carthage suivoient en cela la tradition des Eglises de l’Occident, de laquelle ceux de Laodicée n’a voient pas eu connoissance.

Lorsque le concile de Trente a fixé le nombre des livres canoniques , et a prononcé l’anathème contre ceux qui ne se soumellroient pas à sa décision, il n’a fait ce décret qu’après avoir consulté la tradition de toutes les Eglises et de tous les siècles.

A l’article Cakoniqüe , nous parlerons du canon des livres du nouveau Testament. Dissert, sur la canonicité, etc.; Bible d’j^vignon, tome l*', p. S4, etc.

V. A qui appartient-il de décider si un livre est ou n’est pas canonique? Nous répondons hardiment que c’est à l’Eglise, et que nous ne pouvons le savoir certainement par aucune autre voie. En voici les preuves :

1° Au mot Eglise, nous prouverons que Jésus-Christ a donné à l’Eglise , c’est-à-dire, au corps des pasteurs, la mission et l’autorité pour perpétuer sa doctrine , pour enseigner les tidcles , pour diriger et fixer leur croyance. Or ,

s’il y a un article essentiel d’enseignement , c’est de savoir quels sont les livres que nous devons recevoir comme parole de Dieu et comme règle de notre foi : donc c’est à l’Eglise, et non à aucun autre tribunal, de nous l’apprendre.

2° 11 faut distinguer la canonicité d’un livre d’avec son authenticité; demander si un livre est authentique , c’est demander s’il a été véritablement écrit par l’auteur dont il porte le nom , si cet auteur est un des apôtres ou un de leurs disciples, si ce livre n’a pas été corrompu ou falsifié : mettre en question s’il est canonique , c’est examiner si l’auteur étoit inspiré de Dieu, si cet ouvrage doit être reçu comme parole de Dieu et comme règle de foi. Un livre peut être authentique sans être pour cela canonique ; ainsi l’on ne doute pas que la Lettre de saint Bamabé , les deux Lettres de saint Clément , le Pasteur d’Hermas , n’aient été écrits par des disciples immédiats des apôtres , tout comme les évangiles de saint Marc et de saint Luc; cependant ces deux évangiles sont des ouvrages eanontgues ,• et les écrits dont nous venons de parler ne le sont pas. Pourquoi cette différence? parce que l’Eglise a reçu des apôtres ces deux évangiles comme parole de Dieu , et n’a pas reçu de même les autres écrits. Or c’est à l’Eglise seule qu’il appartient de nous attester quels sont les livres qu’elle a reçus de la main des apôtres comme parole de Dieu , ou qu’elle n’a pas reçus comme tels ; donc c’est à elle seule à fixer nos doutes sur ce point.

3» De l’aveu même des protestants , la question de savoir si un livre est authentique , s’il a été fait par tel auteur , s’il n’a été ni corrompu , ni falsifié , est une question de fait qui ne peut se décider que par des témoignages et par la tradition de l’Eglise des premiers siècles. Or, de savoir s’il est canonique , inspiré , parole de Dieu , c’est aussi une question de fait; puisqu’elle se réduit à savoir s’il a été donné comme tel à l’Eglise par les apôtres : donc cette seconde question se doit décider par des témoignages et par la tradition , comme la première.

Pour esquiver celte conséquence évidente , les protestants cherchent à l’obscurcir; ils (lisent que la question de V authenticité d’un livre est, à la vérité, une question de fait , mais que la canonicité est une question de droit ou de foi. Conséquemment ils ont déclaré, dans leurs confessions de foi , qu’ils reconnoissent les livres de l’Ecriture pour canoniques , non tant par le commun accord et consentement de VEglise , que par le témoignage et intérieure persuasion du Saint-Esprit. Beausobre, Hist.

du Manich., tome l"; Disc, sur les livres apocryphes , § 6 , p. 444.

Déjà nous venons de démontrer que la canonicité d’un livre est une pure question de fait ; nous ajoutons que selon Beausobre lui-même V authenticité porte sur une question de droit ou sur une discussion de doctrine. Il dit que pour juger si un livre étoit authentique ou apocryphe , les Pères ont eu pour première règle d’en comparer la doctrine avec celle qui avoit été enseignée par les apôtres dans toutes les Eglises ; pour deuxième règle d’en comparer encore la doctrine avec celle des ouvrages qui étaient incontestablement des apôtres ou des hommes apostoliques , ihid., § 8, p. 444 , 443. Or, voilà certainement un examen de fol et de doctrine ; donc ce n’est pas une pure question de fait. Si les Pères ont pu s’y tromper, quelle certitude peut nous donner leur témoignage touchant l’authenticité d’un livre ? Ployez Ecriture SAINTE , § 1 et 2.

4° 11 est évident que le prétendu témoignage et intérieure persuasion du Saint-Esprit J à laquelle recourent les protestants , est un enthousiasme pur.

Le Saint- Esprit, sans doute, ne fera pas un miracle à l’égard de chaque protestant pour lui donner une capacité , des lumières, un discernement qu’il n’a pas naturellement. L’authenticité de la première Lettre de saint Clément est universellement reconnue , et il est prouvé par l’iiistoire que ce saint pape a été disciple de saint Pierre aussi immédiat que saint Marc. Celle lettre ne renferme aucun point de doctrine

contraire à celle que les apôtres ont prôchée dans toutes les Eglises, ni a celle qui se trouve dans leurs ouvrages incontestables. Sur quoi donc porte l’inspiration du Saint-Esprit qui fait connoître à un protestant que VEvangile de saint Marc est canonique ou parole de Dieu , et que la Lettre de saint Clément ne l’est pas?

, Aussi l’inspiration du Saint -Esprit n’est point la même à l’égard des différentes sectes protestantes. Les calvinistes rejettent hautement et .constamment l’Apocalypse comme un livre apocryphe et sans autorité ; les luthériens et les anglicans n’en jugent pas de même. Le Saint-Esprit ne parle pas toujours le même langage dans la même secte :

dans un temps VEpitre de saint Jacques a été retranchée des bibles luthériennes; dans un autre, elle y a été rétablie; Luther , dans sa préface sur cette épître, laisse à chacun la liberté d’en juger comme il voudra ; elle se trouve dans toutes les bibles calvinistes; Wallerobourg. Tract. IF, part. III , sect. 2, § 3. A laquelle de ces différentes inspirations devons-nous croire?

Puisque c’est le Saint-Esprit qui fait connoître aux protestants que tel livre est canonique , et que tel autre ne l’est pas; c’est encore lui, sans doute, qui leur dicte que telle version est fidèle, et que telle autre ne l’est pas ; que tel passage a tel sens , et non celui qui lui est donné par les autres sectes. Si cela est ainsi, les protestants n’ont plus besoin d’érudition, de recherches, de discussions , pour savoir si les livres sont authentiques ou apocryphes , s’ils sont entiers ou altérés , s’ils ont été bien ou mal traduits , etc. Le Saint-Esprit supplée à tout, et décide souverainement de tout. N’cst-ce pas là un fanatisme pur?

3° Dès son origine , l’Eglise s’est attribué le droit et l’autorité de décider quels sont les livres canoniques. Dans les canons des apôtres , dressés par les conciles du second et du troisième siècle, elle a dit aux fidèles, can. 76, aliàs 88 : « Voici les livres que vous ï tous , clercs ou laïques , devez regar-

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* der comme saints et vénérables , sa- » voir , pour l’ancien Testament , etc. »

Elle a fait de même au concile de Nicée, l’an 323; au concile de Laodicée , en 366 ou 367; au troisième de Carthage;- en 397. Soutiendra-t-on que dès le second siècle , les pasteurs de l’Eglise , établis et instruits par les apôtres , ont oublié les leçons de leurs maîtres , se sont attribué une autorité qui ne leur appartenoit pas, et une inspiration du Saint- Esprit qui étoit promise à tous les fidèles?

Les protestants nous objectent que ces décisions du concile n’ont pas été uniformes ; qu’il n’y a point eu , dans les premiers siècles , de canon des Ecritures universellement reçu et suivi ; que jusqu’au huitième et au neuvième, les différentes Eglises ont joui d’une entière liberté d’admettre dans leur canon ou d’en rejeter tels livres qu’elles jugeoient à propos.

Si cela étoit vrai , il y auroit lieu de s’étonner de ce que le Saint-Esprit, qui inspire aujourd’hui les protestants sur cet article essentiel de croyance, n’a pas daigné parler à aucune Eglise pendant huit ou neuf siècles ; mais le fait est faux , puisqu’aucune Eglise n’a formellement rejeté aucun des livres que l’on nomme proto-canoniques ; le canon est donc demeuré constamment et universellement reçu , quant à ceux-là ; il n’étoit plus question que de savoir si on devoit y en ajouter d’autres , ou si on ne le devoit pas. Pour le savoir, il a fallu attendre que l’on pût comparer cnsenable la tradition des différentes Eglises, tant de l’Orient que de l’Occident. Une preuve que celte comparaison a été faite, et que le canon a été dressé uniformément dès le cinquième siècle au plus tard, c’est que les nestoriens et les eulychiens ou jacobiles, qui se sont séparés de l’Eglise romaine à celle époque , placent dans le canon les mêpies livres que nous. Assemani , IHblioth. orient., tom. 4, c. 7, § 7, pag. 236.

> Les protestants ne sont rien moins que d’accord entr’eux sur le temps auquel le canon des livres du nouveau Testament a été irrévocablement fixé. Basnage pré-

tend qu’il ne l’a pas été avant le huitième ou le neuvième siècle ; Mosheim soutient qu’il l’a été dès le second , mais il convient que l’on ne peut en juger que par conjecture. Après de pareils aveux, nous ne concevons pas comment l’on peut s’obstiner à soutenir que les livres saints ont toujours été regardés comme !a seule règle de foi. Quand nous avouerions que la liste des livres proto-canoniques a été faite et arrêtée dès le second siècle , est-il bien certain qu’il n’y a point d’autres articles de foi que ce qui est contenu dans ces hvres , et que l’on n’en peut tirer aucun des livres deutéro-canoniques ? Voilà ce que les protestants n’ont p'às encore démontré.

Quand ils l’auroient fait , nous demandons encore comment la foi a pu être fixe et certaine dans les sociétés qui ont demeuré longtemps sans avoir les livres saints traduits dans leur langue. Il y auroit bien d’autres questions à faire.

Foyez Ecriture sainte , Deutéro-ca- NOKiQüE , etc.

Canons des Apôtres. C’est un recueil de règlements de discipline de l’Eglise primitive; ils sont au nombre de soixanteseize ou de quatre-vingt-cinq, selon les différentes manières de les partager.

Tout le monde convient qu’ils n’ont pas été dressés tels que nous les avons, par les apôtres mêmes ; du moins il n’y en a aucune preuve ; mais leur autorité est incontestable. Baillé et quelques autres protestants ont fait de vains efforts pour prouver que ces canons sont absolument supposés , qu’ils n’ont commencé à être connus et cités qu’au quatrième ou au cinquième siècle. Le savant Bévéridge , évêque de Saint - Asaph , théologien anglican , a fait voir que ces canons ou règlements ont été faits par les évêques et par les conciles du second et du troisième siècle, qu’ils sont par conséquent antérieurs au premier concile de Nicée , que ce concile les a suivis et s’y est conformé. Voyez Codex Canonum Ecclesiœ primitivœ PP. Apost.

t. , p. 442 ; tom. II , part. 2 , p. 1 .

En effet , il n’est pas probable que saint Jean, qui a gouverné l’Eglise d’Ephèse pendant un grand nombre d’an-

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