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deux jeunes époux au moment de leurs noces, mais l’amour très-chaste de deux époux déjà unis depuis longtemps. A la vérité, celte idée ne s’accorde point avec nos mœurs, mais elle est très-analogue à celles des Orientaux , chez lesquels les femmes , toujours renfermées , ne voient point leurs maris quand elles le veulent, et n’ont aucune société avec les autres hommes , où elles sont sujettes d’ailleurs à toutes les passions qu’inspirent le climat, la clôture et lapolygamie. Il observe que ce défaut de société , entre les deux sexes , est cause que les hommes s’expriment avec beaucoup de liberté dans les conversations qu’ils ont , soit entre eux, soit avec leurs épouses; que de leur côté les femmes ne croient point blesser la pudeur par la naïveté de leurs expressions : cette licence dans le langage ne fait pas plus d’impression que la nudité presqu’entière des deux sexes si commune dans ces mêmes climats.
Par là il démontre , d’un côté , l’injustice du scandale que les censeurs des livres saints ont voulu tirer de ce cantique et de plusieurs passages sembla- 1 blés du prophète Ezéchiel ; de l’autre , j la témérité des traducteurs , qui ont i voulu rendre toute l’énergie du texte hébreu dans la langue de peuples dont les mœurs ni les usages ne sont plus les mêmes que ceux des anciens Orientaux.
Ce judicieux critique prouve ce qu’il avance par des exemptes. Sur le témoignage du voyageur Chardin, il cite un poêle asiatique , très - grave d’ailleurs , qui a traité les plus sublimes matières de la théologie afl’ective sous le voile de i l’allégorie , et dans un style qui paroii troil être celui du libertinage le plus grossier. Les docteurs juifs et les Pères de l’Eglise n’ont donc pas eu tort de regarder le cantique de Salomon comme un poème allégorique, et non comme un ouvrage profane. Les premiers, sous l’image de ruiiiou conjugale , ont entendu l’alliance de Dieu avec la synagogue ; Ezéchiel et d’autres prophètes l’ont représentée de même , et c’est le sens qu’a suivi le paraphrastc Chaldéen. Les Pères ont été encore mieux fondés à y découvrir l’alliance perpétuelle et indis-
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soluble de Dieu avec l’Eglise chrétienne, puisque, dans plusieurs endroits du nouveau Testament, l’Eglise est appelée l’épouse de Jésus-Christ ; lui-même représente sous la figure d’une noce l’établissement de cette sainte société. Matth., c. 22 , i. 2 ; c. 25 , 1 ; Jpoc., c. 19 ,
7 , etc. C’est dans ce sens seulement que l’on a placé dans l’office divin quelques morceaux du cantique, et on l’a fait avec tout le choix et les précautions convenables. Les ministres de l’Eglise, accoutumés à ne voir dans ce livre sacré qu’un sens spirituel et allégorique , sont à l’abri de toute idée profane, contraire à la chasteté et à la piété.
Si le littérateur moderne qui a voulu déprimer la composition de cet ancien poème , avoit consulté Lowth et Michaëlis, il en auroit mieux senti l’énergie, les allusions et les beautés, et peut-être qu’il auroit réformé son jugement. D’autre part, ceux qui ont appliqué aux sept âges de l’Eglise les sept jours pendant lesquels se célébroientles noces, ont mal rencontré , puisque dans le cantique il n’est question ni de noces , ni de distinction de jours. Bible d’Avignon, tom. 8, pag. 399 et suiv.
Les objections que l’on a faites contre l’inspiration de ce livre ne sont pas dilliciles à résoudre. On est d’abord étonné de ce qu’il n’est point cité dans le nouveau Testament ; mais il y a d’autres livres de l’ancien qui n’y sont pas cités non plus. On ajoute que le nom de Dieu i ne s’y trouve pas ; qu’importe , puisque j c’est Dieu lui-même qui est l’objet du poème.
Quoique nous fassions très-grand cas de l’érudition et de la sagacité de Lowth et de Michaëlis, nous ne pouvons sous- ! crire à la censure qu’ils ont faite des \ Pères et des commentateurs , qui , non ' contents de soutenir que le cantique !
tout entier est mystique et allégorique, ont encore tâché de donner à toutes ses parties un sens suivi et analogue à ce sens général. Nous convenons qu’aucune de ces explications ne peut faire autorité, puisqu’il est libre à chacun de donner la sienne ; aussi n’a-t-on jamais fait usage de ce poème pour prouver