‹ Dictionnaire de théologieChapitre 153 sur 170 · BRED · texte numérisé non relu

BRED

Caractères magiques. Voyez Magie.

CAR.AITES , secte de Juifs opposée à celle des rabbinites. Leur nom paroît dérivé du chaldéen /tara, écrire ou écriture, parce qu’ils prennent pour règle de leur croyance le texte de l’Ecriture seul, et font peu de cas des traditions des rabbins, et de leur prétendup loi orale renfermée dans le Talmud.

Nous ne nous arrêterons point à ce que les hébraïsants, juifs ou autres, ont écrit au sujet des caraites ; parce qu’ils ne s’accordent point , et que leurs conjectures ne sont fondées sur aucune preuve.

qui , vers l’an T.’iO , se déclara ouvertement contre les traditions du Talmud, et consomma le schisme qui jusqu’alors n’avoit pas éclaté.

Les rabbins , qui ont donné aux ca~ ra'iles le nom de sadducéens , sont évidemment injustes ; puisque les caraites admettent les dogmes que nioient les sadducéens, l’existence des esprits , l’immortalité de l’âme, les peines et les récompenses de la vie future, et les prouvent par le texte des livres saints. Iis lisent l’Ecriture et leur liturgie en public et en particulier dans la langue du pays où ils vivent ; à Constantinople en grec, à Caffa en turc, en Perse en persan , et en arabe dans tous les lieux où celte langue est vulgaire.

On prétend qu’il y a des caraites en Pologne , en Russie , dans la Crimée , au Caire , à Damas , dans la Perse et à Constantinople , mais en assez petit nombre, puisqu’on ne peut pas les porter au-delà de quatre à cinq mille eu tout; on ajoute que ce sont les plus hounèles

^ens parmi les Juifs. On connoît peu de leurs livres en Europe; ils mériteroient cependant mieux d’être connus que ceux des rabbins. On y verroit que, dans l’explication d’une infinité de passages de la loi et des prophètes , ils se rapprochent beaucoup du sens qu’y donnent les chrétiens.

Mais s’il est permis d’élever ici un soupçon , nous observerons que les caraïtes ne nous sont connus que par des écrivains protestants; il est dangereux que la conformité que ces derniers ont trouvée entre leurs principes et ceux des carottes , ne les ait un peu prévenus en faveur de cette secte juive ; c’est par les livres de ses docteurs qu’il faudroit en juger. Foyez Prideaux , Hist. des Juifs, liv. 13, n® 5, t. 2, in-4®, p. 162. Brucker, Hist. crû. philos., t. 2, pag. 750 et suiv.

CARDINALES (Vertus). La prudence, la justice, la force, la tempérance, sont nommées par les théologiens vertus cardinales ou principales ; parce que les philosophes moralistes ont rapporté à ces quatre chefs tous les actes de vertu. On peut douter si cette division est fort juste. Le nom de vertu signifie la force de l’âme ; dans ce sens tout acte de vertu est une action de force ; nous ne voyons pas pourquoi la religion n’est pas autant vertu cardinale que la prudence ou la justice. Toute vertu peut être pratiquée par un motif de religion, et les actes de celle-ci n’ont pas besoin d’un autre motif que celui qui lui est propre.

CARÊME, quadragesima , jeûne de quarante jours, observé par les chrétiens pour se préparer à célébrer la fête de Pâques.

Suivant saint Jérome , saint Léon , saint Augustin et la plupart des Pères du quatrième et du cinquième siècle , le carême a été institué par les apôtres.

Voici comment ils raisonnent. Ce que Ton trouve établi dans toute l’Eglise, sans que l’on en voie l’institution dans aucun concile , doit passer pour un établissement fait par les apôtres. Saint Augustin , de liapt. contra Donal., liv. 4, c. 24. Or, tel est le jeûne du carême; le soixante-neuvième canon des

apôtres , le concile de Nicée tenu en 323 , celui de Laodicc^ de l’an 363 , les Pères grecs et latins du second et du troisième siècle, en parlent comme d’un usage observé dans toute l’Eglise.

Les protestants ont prétendu que le jeûne du carême avoit été d’abord institué par une espèce de superstition et par des hommes simples , qui voulurent imiter le jeûne de Jésus-Lhrist; qu’ensuite cette coutume s’établit peu à peu, et devint à peu près générale. Chemnitius, Daillé, un Anglais nommé Hooper, ont disserté fort au long contre cette institution, et n’ont rien négligé pour en rendre l’origine suspecte. Mais ils ont été savamment réfutés sur tous les points par Bévéridge, évêque de Saint-Asaph, théologien anglican, dans ses Notes sur les Canons des apôtres, liv. 5. Voyez PP. Apost., tom. 2, seconde partie, p. 154 et suiv.

Mosheim s’est trouvé forcé de convenir que les preuves et les raisonnements de cet auteur sont très - forts.

Après un pareil aveu , il a eu mauvaise grâce de prétendre, comme Daillé, que la durée et la forme du jeûne du carême n’ont été déterminées qu’au quatrième siècle ; puisque Bévéridge a fait voir que selon le concile de Nicée , tenu l’an 523 , le carême étoit un usage déjà connu et observé dans toute la chrétienté.

Leur plus fort argument est un passâge de saint Irénée, cité par Eusèbe, liv. 3 , c. 24, qui dit que de son temps, c’est-à-dire, sur la fin du second siècle , les uns croyoient qu’ils dévoient jeûner un jour, les autres deux, ceux-ci plusieurs jours, ceux-là quarante. Donc, disent-ils, il n’y avoit encore pour lors rien de constant ni d’uniforme sur ce point de discipline. Mais , comme l’observe Bévéridge, saint Irénée n’en demeure pas là; il ajoute que cela est venu de ce que quelques anciens n’ont pas été exacts à retenir la forme du jeûne, et ont laissé passer en coutume ce qui venoit de simplicité et d’ignorance. Ibid., p. IbB et 437. Or, quelle étoit la forme du jeûne au second siècle? Origèue , qui a vécu cinquante ans après

saint Irénée,nous apprend qu’elle étoit de quarante jours. Hoin. dO in Levii., n. 2. C’étoit donc par simplicité et par ignorance que quelques-uns ne l’observoient pas ainsi. Bévéridge conclut que Sf. de Valois et les autres critiques ont mal pris le sens du passage de saint Irénée, qui est assez obscur.

D’autres protestants ont dit que ce fut te pape Télesphore qui institua le carême vers le milieu du second siècle, que ce jeûne étoit d’abord volontaire , qu’il n’y eut de loi que vers le milieu du troisième. Il est fâcheux que les Pères de ces temps-là aient ignoré celte anecdote. Lorsque saint Télesphore fut placé sur le siège de Rome , il y avoit trente ans au plus que saint Jean étoit mort ; cela nous rapproche beaucoup du temps des apôtres. Mais les protestants y ont-ils pensé, lorsqu’ils ont attribué à un pape du second siècle le pouvoir d’introduire un nouvel usage dans toute l’Eglise?

Victor, l’un de ses successeurs, soixante ans après , en avoit beaucoup moins , puisqu’une partie de l’Asie lui résista au sujet de la célébration de la pâque.

Quand l’institution du carême ne remonteroit qu’au second siècle, elle seroit assez ancienne pour que les réformateurs eussent dû la respecter, s’ils avoient eu envie de perfectionner les mœurs, et non de les relâcher.

Anciennement, dans l’Eglise latine, le jeûne n’étoil que de trente-six jours ; dans le cinquième siècle, pour imiter plus précisément le jeûne de quarante jours observé par Notre-Scigneur , quelques-uns ajoutèrent quatre jours , et cet usage a été suivi dans l’Occident, excepté dans l’Eglise de Milan.

Les Grecs commencent le carême une semaine plutôt que nous ; mais ils ne jeûnent point les samedis , excepté le samedi de la semaine sainte.

Iæs anciens moines latins faisoient trois carêmes : le principal avant Pâques , l’autre avant Noël ( on l’appeloit le carême de la Saint-Martin ) , le troisième , de saint Jean-Baptiste, après la Pentecôte; tous les trois de quarante jours.

Outre celui de Pâques , les Grecs en

j observoient quatre autres , qu’ils nom- I moient des apôtres, de l’Assomption, ^ de Noël et de la Transfiguration ; mais : ils les réduisoient à sept jours chacun.

I Les jacobiles en font un cinquième, qu’ils appellent de la pénitence de Ninive, et les maronites un sixième , qui I est celui de l’Exaltation de la Sainte Croix. De tous temps les Orientaux ont été grands jeûneurs.

' Le huitième concile de Tolède , de l’an 653 , ordonne que ceux qui , sans nécessité, auront mangé de la viande en carême , n’en mangeront point pendant toute l’année, et ne communieront point à Pâques. Ceux que le grand âge ou la maladie obligent à en manger, ne le feront que par permission de l’évêque. Can. 8.

j Insensiblement la discipline de l’Eglise s’est relâchée sur la rigueur du carême. Dans les premiers temps, le jeûne, même dans l’Occident, consistoit à s’abstenir de viande , d’œufs , de laitage , de vin, et à ne faire qu’un seul repas après les vêpres ou vers le soir; cet usage a duré jusqu’à l’an 1200. Mais avant l’an 800, on s’étoit déjà permis l’usage du vin , des œufs et du laitage. Quelques intempérants prétendirent que la volaille n’étoit pas un mets défendu , et voulurent en manger ; on réprima cet abus.

Dans l’Eglise d’Orient , le jeûne a toujours été fort rigoure^w; pendant le carême la plupart des ^Uretiens vivoient de pain et d’eau , db fruits secs et de légumes. Les Grecs dînoient à midi, et faisoient collation d’herbes et de fruits verts, le soir, dès le sixième siècle. Les Latins commencèrent dans le treizième à prendre quelques conserves pour soutenir l’estomac , ensuite à faire collation le soir. Ce nom a été emprunté des religieux qui , après souper, écoutoient la lecture des conférences des saints Pères, appelées en latin collationes ; après quoi on leur permettoit aux jours de jeûne de boire de l’eau ou un peu de vin , et ce léger rafraîchissement se nomma aussi collation.

Le dîner des jours de jeûne ne se fit cependant pas tout d’un coup à midi. Le

premier degré de ce changement fut comme l’Eglise le prescrit , les pauvres d’avancer le repas à l’heure de none , | vivroicnt mieux et plus commodément c’est-à-dire , à trois heures après midi, en carême que pendant le reste de Alors on disoit none , ensuite la messe l’année ; ils béniroient Dieu de cette inet les vêpres , après quoi on alloit man- ' stitution salutaire, gcr. Vers l’an 1-500 , on avança les vê- , L’Eglise anglicane a conservé le cflprès à l’heure de midi, et l’on crut ^ r^me , non par un motif de politique , ni observer l’abstinence prescrite en s’abs

tenant de viande pendant la quarantaine , et en se réduisant à deux repas , l’un plus fort , l’autre très-léger ; vers le soir. !

Nos historiens ont remarqué que , ■ pendant l’invasion que firent en France les Anglois, l’an 1360 , leur armée et les troupes françoises observoient l’absti- . nence et le jeûne du carême. Froissart , ! 1.2, c. 210.

Dès l’origine, enjoignit au jeûne du carême la continence, l’abstinence des jeux , des divertissements et des procès. Il n’est pas permis de se marier pendant le carême, sans une dispense de l’évêque. rayez Thomassin, Traité histor.

et polit, du jeûne. j

Les épicuriens de notre siècle ont dis- ' serté avec leur zèle ordinaire contre l’abstinence et le jeûne du carême, et ils ont cherché à se parer d’un motif de bien public. Ils disent qu’à Paris le maigre est cher , mauvais et peu substantiel ; que ' le peuple, obligé de travailler, est hors d’état de faire abstinence et de jeûner.

Mais dans les siècles passés le maigre ctoit-il moins cher ou meilleur qu’il n’est aujourd’hui , peuple étoit-il moins assujetti au travail?Les politiques de ces temps-là n’ont point jugé qu’il fallût abolir le carême. Ils l’observoient euxmêmes , et Irouvoient bon que personne ne s’en dispensât. Ceux qui violent aujourd’hui la loi , voudroient que tout le monde suivît leur exemple , afin que leur turpitude fût moins remarquée.

Le taux des vivres à Paris n’est pas la règle de l’univers entier. Dans les provinces les pauvres mangent rarement de la viande , le peuple vil de laitage et de légumes , et ne s’en porte pas plus mal. Ce n’est i>as lui qui se plaint du carême , ce sont les riches fatigués de la somptuosité de leur table. Si à la pratique du jeûne ils joignoient celle de l’aumône ,

par un intérêt de commerce, comme quelques spéculateurs l’ont imaginé, mais parce que c’est une institution des apôtres aussi ancienne que le christianisme. Voyez VHist. des Variai. , liv.

7, n° 90 ; Bévéridge, dans l’endroit que nous avons cité ; Thomassin , Traité du jeûne, etc.

CARLOSTADIENS. Voy. Lütiiériexs.

CARMEL. Il y a deux montagnes qui ont porté ce nom dans la Palestine, l’une au midi près d’Hébron, l’autre plus au nord près de Ptolémaïde. Saint Jérôme dit que c’étoit un lieu planté de vignes , très-fertile et fort agréable ; in Isa'iam, c. 16, j. JO. Souvent ce nom est employé dans l’Ecriture pour exprimer la fertilité et l’abondance. C’est sur la seconde de ces montagnes que le prophète Elle et son disciple Elisée ont habité; mais il n’y a aucune preuve que ç’ait été un lieu de dévotion. La confrérie de Notre-Dame du Mont- Carmel , ou du Scapulaire , est connue depuis la fin du treizième siècle. Voyez Scapulaire.

CAROLINS (Livres). Voyez Image. ./

CARPOCRATIENS , secte d’hérétiques du second siècle ; c’étoit une branche de gnosliques. Ils eurent pour chef Carpocrate d’Alexandrie, espèce de philosophe mal instruit et mal converti , dont les mœurs étoient très-corrompues , et qui voulut allier le christianisme avec les idées de la philosophie païenne ; à peu près contemporain de Basilide cl de Saturnin, il donna dans les mêmes erreurs, et y en ajouta de nouvelles.

Pour expliquer la trop célèbre question de l’origine du mal , il supposa , comme Platon , que le monde n’avoil pas été créé par un Dieu suprême infiniment puissant et bon , mais par des génies inférieurs très-peu soumis à Dieu.

On conçoit par là que tous ces raisonneurs n’admclloicnl pas la création prise dans la rigueur du terme; com-

ment des êtres inférieurs à Dieu pourroicnt-ils être doués du pouvoir créateur?

Pour rendre raison des imperfections, des misères , des foiblesses de l’homme, Carpocrate supposa la préexistence des âmes , prétendit qu’elles avoient péché dans une vie antérieure ; qu’en punition de leur crime elles avoient été condamnées à être renfermées dans les corps , et soumises à l’empire des génies créateurs du monde; que , pour plaire à ces génies , il falloit satisfaire tous les désirs de la chair et tous les mouvements des passions. Il concluoit qu’aucune action n’est bonne ou mauvaise , vertueuse ou criminelle en soi , mais seulement selon l’opinion des hommes. C’étoit aussi la morale des philosophes de la secte Cyrénaïque.

Toute âme ^ ajoutoient les carpocratienSj qui n’a pas accompli en cette vie toutes les œuvres de la chair , est condamnée après la mort à passer dans d’autres corps , jusqu’à ce qu’elle ait satisfait à toute celte dette. La concupiscence est cet ennemi dont parle l’Evangile, Matth., cap. 5, ÿ. 25 , avec lequel nous devons nous accorder pendant que nous marchons avec lui , de peur qu’il nous fasse payer jusqu’à la dernière obole. Conséquemment ces hérétiques se livroient à l’impudicité , établissoient la communauté des femmes , blàmoient les jeûnes et les mortifications , ne cherchoient que le plaisir, avoient des mœurs très-licencieuses.

Ils avoient de Jésus-Christ une idée très-bizarre. Selon eux , l’âme de Jésus- Christ, avant d’étre incarnée, avoit été plus fidèle à Dieu que les autres. C’est pour cela que Dieu lui avoit conservé plus de connoissance qu’aux autres hommes, plus de force pour vaincre les génies ennemis de l’humanité, et pour retourner au ciel malgré eux. Dieu , di- 8oienl-ils, accorde la même grâce à ceux qui aiment Jésus-Christ , et qui connoissent comme lui la dignité de leur âme.

Les carpocraliens regardoient donc Jésus-Christ comme un pur homme, quoique plus parfait que les autres , le

croyoient fils de Joseph et de Marie, avouoient ses miracles et ses souffrances. On ne les accuse point d’avoir nié sa résurrection, mais d’avoir nié la résurrection générale, et d’avoir dit que l’âme seule de Jésus-Christ étoit remontée au ciel. I

Conséqwîmment ils prétendoient que l’on pouvoit égaler Jésus-Christ en connoissances , en vertus et en miracles ; quelques-uns de ces sectaires se flalloient même de le surpasser ; et , pour le persuader aux ignorants , ils pratiquoient la magie, absurdité très-commune parmi les philosophes de ces temps-là.

Tel est le tableau que saint Irénée a fait de ces hérétiques, livre I,ch. 25; personne ne pouvoit les mieux connoître que lui , puisqu’il a vécu dans le même siècle; les autres Pères en ont parlé de meme.

Voilà une secte de prétendus philosophes qui enseignoient une doctrine très-opposée à celle des apôtres , qui n’étoient donc pas subjugués par leur autorité , et qui cependant convenoient des principaux faits publiés par les apôtres, des vertus , des miracles , des souffrances , de la résurrection de Jésus- Christ ; selon saint Epiphane , les carpocratiens et les cérinlhiens admelloient l’évangile de saint Matthieu, IJœr., 28 et 50. Comment les incrédules peuventils soutenir aujourd’hui que les faits publiés par les apôtres, et l’histoire qui les rapporte, n’ont été crus que par le peuple , par des ignorants , par des imbéciles que les apôtres avoieiU subjugués?

Mais les impudicités et les désordres auxquels ces sectaires étoient livrés , causoient au ebrislianisme le plus grand préjudice. Les païens étoient incapables de discerner les vrais chrétiens d’avec les faux ; ils attribuoient à tous en général la perversité des mœurs de quelques hérétiques, et les prestiges de ces derniers décréditoient les vrais miracles opérés par les apôtres et par leurs disciples. Les Pères de l’Eglise- nous font remarquer cet inconvénient. Saint Epiphane , Ilœres. 3i, etc. Celse s’en prévaloit contre les chrétiens ; il parle d’une

secte des carpocralicns qu’Origène fait 1 profession de ne pas connoîlre. Contra ■ Ceh., liv. 5 , n“ 62. II est probable qu’il ■ vouloit parler des carpocraliens. {

Mosheim , Ilist. christ., sæc; 2,§ 9, a parlé des carpocraliens sur le même ton que des autres hérétiques du second siècle ; il ne peut se persuader que Carpocrate ait enseigné toutes les absurdités et les infamies que les Pères de l’Eglise lui ont attribuées ; il soupçonne ou qu’on l’a mal entendu , ou que l’on a supprimé les correctifs par lesquels il adouçissoit | peut-être ce que sa doctrine présentoit ' d’abord de plus révoltant , etc. Par cette ^ méthode, il n’est point d’insensé , d’im- j posteur , de blasphémateur , que l’on qe puisse excuser. Il est fâcheux que cette | charité de Mosheim envers les héréti- I ques dégénère en malignité à l’égard des Pères de l’Eglise ; on diroU qu’il ne cherche à excuser les premiers que pour donner plus mauvaise opinion des se- ' conds : cette affectation est trop marquée, pour ne pas être aperçue par tous les lecteurs non prévenus ; par conséquent j elle ne peut plus faire impression sur > aucun esprit sensé. Le Clerc a été plus | circonspect. I

CAS DE CONSCIENCE , question de j morale relative aux devoirs de l’homme ■ et du chrétien, qui consiste à savoir si ■ telle action est permise ou défendue , ou à quoi peut être obligé un homme dans telles circonstances. C’est aux théologiens casuisles qu’appartient cette dé- ; cision; c’est à eux d’en juger selon les ' lumières de la raison , les lois de la société , les canons de l’Eglise et les j maximes de l’Evangile : quatre grandes autorités qui ne peuvent jamais être en contradiction, mais dont la dernière doit j l’emporter sur les autres ; parce qu’il est \ beaucoup plus aisé de voir si l’Evangile a prescrit ou défendu telle action , que de juger si elle est conforme ou contraire à la droite raison et au bien de la société.

Pour savoir si une décision des casuistes est vraie ou fausse , il fautbien examiner les termes dans lesquels la queslion leur a été proposée : parce qu’une circonstance omise ou changée

dans l’exposition du cas , doit souvent changer absolument la décision : et il en est de même à l’égard des consultations des avocats et des canonistes.

Il seroit assez inutile d’examiner lequel des deux porte le plus de préjudice à la société, celui qui attaque les dogmes et les preuves de la religion, ou celui qui , par des principes trop relâchés , travaille à corrompre la morale ; l’un et l’autre de ces abus sont pernicieux : tous deux doivent être réprimés.

Déjà les censeurs les plus sévères des casuisles conviennent que dans la foule de ceux qui ont été convaincus de relâchement dans les principes , il en est à peine un seul que l’on puisse accuser de relâchement dans la conduite ; que tous semblent n’avoir été indulgeiUs que pour les autres ; queleurs mœurs personnelles n’avoient rien de commun avec leurs maximes. Est-il bien sûr, au contraire, que les casuistes les plus rigides suivent exactement dans leur conduite la sévérité de leurs décisions? Les premiers peuvent être excusés par la droiture de leurs intentions : ils raisonnoient mal , mais sans aucun intérêt ; ils craignoient de rendre la morale odieuse aux âmes foibles : ils avoient tort , sans doute ; mais ils ne voyoient pas les suites funestes de leurs décisions , et ils n’avoient aucun dessein de s’y conformer eux-mêmes.

Peut-on en dire autant des incrédules qui attaquent la religion par leurs écrits? Peuvent-ils avoir un dessein louable?

Ils n’ont reçu d’aucune puissance la commission d’inspirer des doutes aux croyants, ni de troubler leur repos. Le ton impérieux de leurs écrits, la témérité de leurs assertions , la malignité de leurs reproches , l’infidélité de leurs citations , ne sont pas des moyens fort honnêtes de persuader et de gagner la confiance. Les casuistes ont écrit dans une langue qui n’est pas celle du vulgaire ; ils étoient moralement sûrs que leurs ouvrages ne scroient consultés que par des théologiens , que leurs gros volumes demeureroient renfermés dans lc.s bibliothèques. Au contraire nos incrédules modernes écrivent pour le public et pour les femmes, répandent des bro-

chures , font tous leurs efforts pour que le poison pénètre jusque dans les derniers états de la société.

Plusieurs d’entr’eux conviennent que la corruption des mœurs s’ensuit infailliblement de l’irréligion; que Bourdaloue et d’autres l’ont démontré ; et nous n’en sommes que trop convaincus par l’expérience. Est-il aussi certain que les décisions des casuistes relâchés du dernier siècle ont beaucoup Influé sur la dépravation de nos mœurs? Nous n’avons point d’autres garants de ce fait que des clameurs de parti. Ceux qui ont crié le plus haut, ont peut-être contribué plus que personne, par l’absurdité de leurs systèmes, à faire éclore l’irréligion.

Cas de conscience. Voy. Jansénisme.

CASSIEN, abbé du monastère de Saint-Victor de Marseille, mort peu après l’an 433 , a été célèbre au commencement du cinquième siècle, par ses vertus et par ses écrits. On a de lui un livre de V Incarnation, contre Nestorius , les Institutions de la vie monastique en douze livres, un de Conférences spirituelles.

Dans le treizième , Cassien a paru enseigner l’erreur des semi - pélagiens ; c’est pour le réfuter que saint Prosper écrivit son ouvrage intitulé Contra Collatorem. Mais du temps de Cassien l’Eglise n’avoit pas encore prononcé sur ce point, il ne fut décidé qu’au concile d’Orange en 329; conséquemment la méprise de Cassien n’a pas empêché que sa mémoire ne fût en vénération.

Les protestants le traitent d’jgnorant et de superstitieux , parce qu’il introduisit dans les Gaules la manière de vivre des solitaires et des moines de la Thébaïde ; mais la prévention des protestants contre la vie monastique les rend très-mauvais juges du mérite de ceux qui l’ont pratiquée. yoyez Moine.

CASUEL, droits casuels. On appelle ainsi les honoraires ou rétributions accordées aux curés , vicaires ou desservants des paroisses pour les fonctions de leur ministère , pour les baptêmes , mariages , sépultures , etc.

Souvent on a cherché à rendre ces droits odieux , parce qu’on en ignoroit

l’origine. Dans les premiers siècles de l’Eglise , ses ministres subsistoient des oblations volontaires des fidèles; ainsi, à proprement parler, tout étoit casuel.

Les différentes révolutions causées par les persécutions , par les hérésies, par les inondations des Barbares , firent sentir que la subsistance des ecclésiastiques seroit moins précaire , si on leur assignoit des fonds. Cela ne coûtoit rien dans des temps où il y avoit une grande quantité de terres incultes par le défaut de propriétaires. Telle est l’origine de l’institution des bénéfices.

Sous Charlemagne , on accorda ou l’on fit rendre aux pasteurs la dîme, par le même motif. A la décadence de la race carlovingienne , l’Eglise fut dépouillée par les seigneurs , ils s’emparèrent des fonds et des dîmes ; le clergé fut à peu près anéanti. Les peuples furent obligés d’avoir recours aux moines pour recevoir les secours spirituels , ou de faire subsister des prêtres par des rétributions manuelles ; ainsi le casuel s’est établi.

Si les pasteurs étoient les maîtres de choisir, ils préféreroient sans hésiter une subsistance assurée sur des fonds et sur les dîmes, à la triste nécessité de recevoir des honoraires pour leurs fonctions. Dans plusieurs diocèses , il y a des paroisses qui se sont trouvées suffisamment dotées par des fonds et par la dîme ; le casuel y a été retranché. Au contraire , les supérieurs ecclésiastiques et les tribunaux séculiers se sont trouvés dans la nécessité de régler un casuel plus fort dans les paroisses qui n’avoient ni des fonds ni des dîmes, et d’établir les portions congrues.

Plusieurs jurisconsultes , et même des auteurs ecclésiastiques , ont dit que les prêtres rcccvoient ces honoraires à titre d'aumône , ils nous paroissent s’être trompés. Une aumône n’est due que par charité , elle n’engage à rien celui qui la reçoit; l’honoraire est dû par justice, et il impose au ministre des autels une nouvelle obligation de remplir exactement ses fonctions. Il est de droit naturel de fournir la subsistance à tout homme qui est occupé pour nous, que)

CAS

CAS

que soit le genre de son occupation. De même qu’il est juste d’accorder la solde h un militaire, l’honoraire à un magistrat , à un médecin , à un avocat , il Pest de faire subsister un ecclésiastique

On ne peut pas nier qu’il ne se soitglissé souvent des abus et des indécences dans cet usage ; l’auteur de la dissertation les fait très-bien sentir ; il les déplore et les réprouve avec raison : mais il falloit

occupé du saint ministère; l’bonoraire imiter la sagesse des conciles, des souqui lui est^ assigné n’est pas plus une au- 1 verains pontifes et des évêques, qui , mène que celui des hommes utiles dont nous venons de parler.

Ce que reçoivent les uns et les autres n’est pas non plus le prix de leur travail ; les divers services qu’ils rendent ne sont point estimables à prix d’argent, et ils ne sont pas payés par proportion à l’importance de leurs fonctions : la diversité de leurs talents et du mérite personnel de chaque particulier n’en met aucune dans l’honoraire qui leur est attribué.

Vainement, pour les avilir, l’on affecte de se servir d’expressions indécentes; l’on dit qu’un ecclésiastique vend les choses saintes, qu’un militaire vend sa vie , un magistrat la justice , un médecin la santé, un professeur les sciences, etc.

La malignité des censeurs n’a pas le pouvoir de rendre injuste et méprisable ce qui est conforme dans le fond à l’équité naturelle et à la raison.

Lorsque Jésus-Christ a ordonné à ses disciples de donner gratuitement ce qu’ils avoient reçu par pure grâce , il a eu soin d’ajouter que tout ouvrier est digne de sa nourriture. Matth., c. 10 , i. 8 et 10.

Si nous répétons plus d’une fois ces principes , c’est qu’ils ont été méconnus par des écrivains qui se croyoient fort instruits , et qui cependant ne l’étoient pas assez, qui ont censuré la discipline actuelle de l’Eglise sans raisons sulTisantes.

En 1737, il a paru une dissertation sur l’honoraire des messes, dans laquelle l’auteur condamne toute rétribution manuelle donnée à un prêtre pour remplir une fonction sainte, les droits curiaux et casuels, les fondations pour des messes ou pour d’autres prières à perpétuité , etc. Il regarde tout cela comme une espèce de simonie et comme une profanatiott.,

Celle doctrine est certainement fausse.

en condamnant les abus et en les proscrivant , ont laissé subsister un usage légitime en lui-même.

Encore une fois, il faut distinguer entre un paiement, un honoraire et une aumône. Le paiement ou le prix d’une chose est censé être la compensation de sa valeur ; ainsi l’on achète une denrée, une marchandise , un service mercenaire , et l’on en paie le prix à proportion de sa valeur. Uhonoraire est une espèce de solde ou de subsistance accordée à une personne qui est occupée pour le public ou pour nous en particulier , quelle que soit d’ailleurs la valeur de son occupation. On donne la solde ou l’honoraire à un militaire, à un magistrat, à un jurisconsulte* à un médecin , à un professeur de sciences , à un homme en charge quelconque, sans prétendre payer ou compenser la valeur de leurs services ou de leurs talents , ni mettre une proportion entre l’un et l’autre. Qu’ils soient plus ou moins habiles, plus ou moins zélés ou appliqués, l’honoraire est le même.

L’awmdne est due à un pauvre par charité , l’honoraire est dû à titre de justice. Celui qui refuse l’aumône à un pauvre , pèche sans doute ; mais il n’est pas tenu à restitution : celui qui refuseroit l’honoraire à un homme qui a rempli pour lui ses fonctions, serc^ condamné à le lui rcsliluer.

Que l’honoraire soit fixe ou accidentel , payé par le public ou par les particuliers , accordé à litre de gage annuel ou de pension , qu’il soit casuel, attaché à chaque fonction que l’on remplit ou à chaque service que l’on rend , cela est égal ; il ne change pas de nature ; lo titre de justice est toujours le tnême.

Il n’est donc pas vrai qu'un prêtre ou un clerc ne puisse rien recevoir légitimeiucul des fidèles, si ce n’est à titre d’aumône. Dès qu’il prie, qu’il célèbre.

qu’il remplit une fonction sainte pour j des prières particulières pour eux seuls, une personne ou pour plusieurs, et qu’il ; II seroit mieux, en effet, que les prêtres est occupé pour elles , il a droit à une | eux - mêmes préférassent la qualité de subsistance, à une solde, à un hono- | ministres de V Eglise ou de la société raire. Jésus - Christ l’a ainsi décidé en : commune des fidèles , à celle de serviparlant de ses apôtres : Vouvrier est . teur , domestique d’un grand seigneur. digne de sa nourriture, Matlh., c. 10, ! Il seroit fort à souhaiter que les grands 10. Saint Paul a parlé de même , ! fussent moins orgueilleux et moins es- I. Cor., c. 9, y. 7, etc. : « Qui porte les ! claves de leur mollesse , qu’ils assistass armes à ses dépens?.... Si nous vous | sent aux exercices publics du culte di- » distribuons les choses spirituelles , i vin , plutôt que d’exiger pour eux un » est-ce une grande récompense de re- î culte domestique et des ministres qui » cevoir devons quelque rétribution : sont à leurs ordres. Mais, lors même que » temporelle? Ceux qui servent à l’autel ; l’on ne peut pas obtenir le mieux , il ne » ont leur part de l’autel; ainsi le Sei- 1 faut pas condamner ce qui n’est pas » gneur a réglé que ceux qui annoncent i mauvais absolument et à tous égards. Si » l’Evangile vivent de l’Evangile. * ! l’Eglise entreprenait la réforme des

Que ces choses spirituelles soient des ; abus qu’on lui reproche , toutes les puis-

instructions, des sacrifices, des sacrements , des prières , l’assistance des malades, etc., le litre à un honoraire est le même.

On sait que dans l’origine les ministres des autels reçurent des offrandes en denrées ou en argent ; dans la suite , pour rendre leur subsistance plus assurée et moins précaire , on institua pour eux des bénéfices ecclésiastiques , semblables aux bénéfices militaires. Ceux d’entre les jurisconsultes qui ont soutenu que les revenus des bénéfices sont une pure aumône, auroicnl dû le décider de même à l’égard des anciens militaires.

Lorsque le clergé a été ruiné par les grands dans des temps d’anarchie, il a fallu en revenir aux rétributions manuelles. Ç’a été un malheur, sans doute; mais il ne faut l’attribuer ni à l’Eglise , ni à ses ministres, qui en ont été les premières victimes.

En général , défions - nous des réformateurs trop hardis ; jamais ils n’ont été en aussi grand nombre qu’aujourd’hui. Qu’ils disent, s’ils le veulent, qu’il seroit mieux que, suivant l’ancienne discipline , aucun prêtre ne fût ordonné sans être pourvu d’un bénéfice , et sans être attaché à une église pour quelque fonction ; qu’il seroit mieux que les fidèles eussent plus de confiance à la communion des saints et aux prières générales de l’Eglise, cl moins de vanité, moins d’ambition d’obtenir des prêtres

sances séculières, tous les particuliers intéressés à les conserver , s’y opposeroient de toutes leurs forces.

11 est très - permis de montrer ces abus , d’en désirer la correction, de proposer les moyens de les retrancher ; mais il ne faut jamais argumenter sur des principes faux , ni attribuer le mal à ceux qui n’en sont pas les auteurs.

C’est le moyen de décréditer un ouvrage qui pourroit être utile d’ailleurs, de manquer le but auquel on aspire, de fournir des armes aux hérétiques et aux incrédules. N’avons - nous pas vu ces derniers reprocher à saint Paul les maximes justes et sages que nous avons citées ci-dessus ? Ils n’ont pas rougi d’écrire que les ministres de l’Eglise ont hérité des apôtres mêmes l’esprit mercenaire et ambitieux dont ils ont toujours été animés. Voyez Bénéfice , Simonie.

CASUISTE , théologien qui a fait une étude particulière de la morale, des lois divines et humaines , des devoirs de l’homme et du chrétien , afin de se mettre en état de lever les doutes que les fidèles peuvent avoir sur leur conduite , de leur faire sentir la grièveté de Icjjrs fautes, de leur prescrire ce qu’ils doivent faire pour les réparer.

Puisque la morale fait partie essentielle de la théologie , il doit nous être permis de donner quelques réflexions sur ce sujet.

CAS 3

La fonction de casuisle est certainement une des plus difficiles par l’étendue des lumières qu’elle suppose , une des plus importantes par la nature de son objet , une des plus dangereuses à cause des conséquences que peut entraîner une fausse décision. Dans ce genre, le rigorisme outré ne produit pas des effets moins funestes que le relâchement excessif. Un casuiste fait la fonction de juge; il ne lui est pas plus permis d’exagérer que de diminuer les obligations que Dieu nous impose. S’il lui arrivoit (l’exiger de celui qui le consulte une restitution qui n’est pas due , il ne pèclieroit pas moins grièvement que s’il l’en dispensoit mal à propos.

Lorsque les casuistes ont manqué de justesse d’esprit, ou se sont laissé entraîner par le torrent de ceux qui les avoient préeédés, ils ont eu tort, sans doute ; mais on ne peut guère les accuser d’avoir péché volontairement. Où est l’homme assez insensé pour vouloir risquer son propre salut sans aucun intérêt , en se rendant responsable des péchés d’autrui?

De nos jours les philosophes ont élevé un cri général pour soutenir que la loi naturelle est évidente par elle - même , que la raison nous en déeouvre infailliblement tous les devoirs. Cependant l’on a fait un assez grand nombre de livres pour savoir si le mensonge officieux est permis ou défendu par la loi naturelle , si l’intérêt de l’argent perçu en vertu du simple prêt est légitime ou usuraire. Où est donc cette évidence prétendue , cl la boussole qu’un casuiste doit suivre pour se décider sur ces questions?

On ne doit cependant pas blâmer l’exactitude et même la sévérité des pasteurs de l’Eglise à réprimer , lorsqu’il est nécessaire, la témérité des casuistes; un de leurs principaux devoirs est de veiller à la conservation du dépôt de la foi et de la morale.

Mais faut -il approuver de même la chaleur avec laquelle Pascal et d’autres ont poursuivi , vers le milieu du siècle dernier , la morale relâchée de quelques casuistes obscurs? Ils dévoient prévoir que les i)rinci'ics de ces auteurs , rc-

cueillis en un corps, et exposés en langue vulgaire , ne manqueroient pas d’enhardir les passions toujours disposées à s’appuyer de l’autorité la plus fragile. Le scandale que la délation de ces maximes occasionna dans l’Eglise , fut peutêtre un plus grand mal que celui qu’auroient jamais fait des volumes poudreux relégués dans les ténèbres de quelques bibliothèques monastiques.

En effet, qui connoissoit Villalobos, Connink, Llamas, Achosier, Dealkoser, Squilanti , Bizozéri , Iriharne , de Grassaiis , de Piligianis , Strevesdorf et tant d’autres? Leurs principes étoient- ils dangereux pour les ignorants et les femmes , qui n’entendent pas la langue dans laquelle ces auteurs ont écrit, pour les gens du monde qui ont oublié le latin , et qui n’ont pas le temps de lire, ou pour des théologiens éclairés et décidés sur ces matières ? Il n’est pas nécessaire d’être grand casuiste pour juger lequel des deux est le plus coupable , celui à qui il échappe une proposition absurde qui passeroit sans conséquence, ou celui qui la remarque et lui donne de l’importance.

Vainement les écrivains d’un autre genre, les prédicateurs de l’irréligion, voudroicnt-ils s’autoriser de ces réflexions pour innoeenter leurs propres égarements, pour rendre odieux les théologiens qui les font remarquer et les réfutent. Leurs erreurs , qu’ils publient eux-mêmes , sont d’une tout autre conséquence que celles des casuistes ; on ne peut excuser les premiers par aucun motif louable; les ouvrages des incrédules ont fait plus de mal en dix ans que tous les casuistes de l’univers n'en ont fait dans un siècle. Foyez Cas de co.\-

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