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» ans; mais on le prolongeait ou on » l’abrégeoit suivant les progrès et les
* dispositions du catéchumène. On ne » regardoit pas seulement s’il apprenait » la doctrine , mais s’il corrigeait ses » mœurs, et on le laissait en cet état,
* jusqu’à ce qu’il fût entièrement con- » verti. » Mœurs des Chrét., tit. 2.®
Les catéchumènes étoient distingués des fidèles , non-seulement par le nom qu’ils portaient , mais par la place qu’ils occupoient dans l’église. Ils étoient avec les pénitents , sous le portique ou dans la galerie intérieure de la basilique. On ne leur permettoit point d’assister à la célébration des saints mystères , mais immédiatement après l’évangile et l’instruction , le diacre leur crioit à haute voix : Itc, catechumeni, missa est; retirez-vous, catéchumènes, on vous ordonne de sortir. Cette partie même de la messe s’appelait la messe des catéchumènes. Il paraît , par un canon du concile d’Orange, qu’on ne leur permettoit pas de faire la prière avec les fidèles; on leur donnoit du pain bénit, nommé par cette raison le pain des catéchumènes, comme un symbole de la communion à laquelle ils pourvoient un jour être admis.
Il y avoit plusieurs ordres ou degrés de catéchumènes ; mais le nombre et la distinction de ces ordres n’ont pas été constants ni les mêmes partout. Les auteurs grecs en distinguent deux classes , l’une de catéchumènes imparfaits , l’autre de parfaits ou capables d’être admis au baptême; ils nomment les premiers écoutants, audienies , les seconds , agenouillés, (/enu/Icctcn/es; ils disent que ces derniers assistoient aux prières et fléchissoient les genoux avec les fidèles , mais que les premiers ne resloicnt dans l’église que pour assister à la lecture de l’évangile et au sermon.
Le cardinal Bona en distingue quatre degrés, les écoutants, les agenouillés, les compétents et les élus, audientes, genuflectentcs, competentes, electi. M. Fleury n’en connoît que deux, les auditeurs et les compétents ; d’autres les réduisent à trois; i)reuve que cette discipline n’dtoit pas conforme.
On recevoit les catécTiumênès par l’imposition des mains et par le signe de la croix ; dans plusieurs églises on y joignoit les exorcismes , les cérémonies de souiller sur le visage ; d’appliquer de la salive aux oreilles et aux narines , de faire une onction sur la poitrine et sur les épaules , de mettre du sel dans la bouche. Ces cérémonies dont le sens est expliqué dans nos catéchismes , sont encore observées aujourd’hui dans l’administration du baptême , même pour les enfants ; autrefois elles le précédoient de quelques jours, lorsqu’on ne baptisoit qu’aux fêtes solennelles. Selon Tcrtullien, on donnoit aussi du lait et du miel aux catéchumènes avant de les baptiser, symbole de leur renaissance en Jésus -Christ, et de leur enfance dans la foi ; c’est dans ce sens que saint Augustin a nommé sacrement ou mystère cette cérémonie ; on la nommoit aussi le scrutin. Foyez ce mot.
f On a fait observer le catéchuménat dans les Eglises de l’Orient et de l’Occident , aussi longtemps qu’il y a eu des infidèles à convertir , par conséquent dans rOccidentjusqu’au huitième siècle.
Dans la suite on n’a plus observé cette discipline aussi exactement à l’égard des adultes qui demandoienl le baptême, parce que l’on n’avoit plus les mêmes dangers à craindre que dans les siècles précédents.
Mais il n’est pas inutile d’en conserver la mémoire; il en résulte non -seulement que l’on a toujours eu grand soin d’instruire ceux qui vouloient embrasser le christianisme , mais que l’on a toujours craint qu’après avoir été baptisés , ils ne déshonorassent par une vie païenne , la sainteté de notre religion.
C’est une preuve de plus pour réfuter les incrédules anciens ou modernes , qui ont osé dire que les premiers fidèles éloient un amas d’ignorants ou d’hommes flétris par de mauvaises mœurs.
Le catéchuménat éloit donc une épreuve et une précaution que l’on avoit jugée nécessaire pour ne point admettre, dans la société chrétienne , de sujets mal instruits , vicieux , mal ail'ermis , capables d’abandonner leur foi et de la
renier au moindre péril ; peut-être de calomnier l’Eglise auprès des persécuteurs.
La durée de cette épreuve ne fut pas la même dans tous les temps ni dans tous les lieux ; le concile d’Elvire , en Espagne , tenu vers l’an 500 , décida qu’elle dureroit deux ans ; Justinien ordonna la même chose pour les juifs qui voudroient se convertir. Le concile d’Agde, l’an 506, n’exige pour eux que huit mois d’instruction. Les constitutions apostoliques , plus anciennes que ce concile, avoient demandé trois ans de préparation avant de recevoir le baptême, liv. 8, c. 52. Quelques-uns ont cru que le temps du carême sufBsoit.
Dans des circonstances pressantes on abrégeoit encore ce terme. Socrate , parlant de la conversion des Bourguignons , dit qu’un évêque des Gaules se contenta de les instruire pendant sept jours. Si un catéchumène se trouvoit subitement en danger de mort , on le baptisoit sur-le-champ. En général, on laissoit à la prudence des évêques de prolonger ou d’abréger le temps de l’instruction et des épreuves , selon le besoin et les dispositions qu’ils voyoient dans les catéchumènes. Bingham , Orig.
Ecclés., t. 4, 1. 10, c. 1, §5 ; Morin, de Laubépine , Observations sur les anciens rites de l’Eglise; Fleury, Mœurs des chrétiens et Histoire ecclésiast. ; Ane. Sacram., 2= part. t. 5, p. 2. etc.
CATHARES, du grec xa6apii,pur; nom que se sont attribué plusieurs sectes d’hérétiques , surtout les apotactiques ou renonçants , qui étoient une branche des encratilcs. Quelques montanistes se parèrent ensuite du nom de cathares, pour témoigner qu’ils n’avoient point de part au crime de ceux qui nioient la foi dans les tourments ; qu’au contraire ils refusoient de les recevoir à pénitence : sévérité injuste et outrée. Pour la justifier , ils nioient que l’Eglise eût le pouvoir de remettre les péchés ; ils porloient des robes blanches, pour montrer , disoient -ils , par leur habit , la pureté de leur conscience.
Novalien , prévenu de la même erreur
que les montanistes, donna aussi le meme nom à sa secte , et quelques anciens ne la nomment pas autrement, c Par ironie , l’on a nommé cathares différentes sectes d’hérétiques qui firent du bruit dans le douzième siècle ; les albigeois, les vaudois, les palarins , les cotereaux et autres, descendants des lienriciens,de Marsille,de Tendème, etc.
Ils furent condamnés dans le troisième concile de Latran , tenu l’an H 79 , sous .‘Vlexandre III. Les puritains d’Angleterre se sont enfin décorés du même titre.
C’est ordinairement sous un masque de réforme et de vertu , que les hérésiarques ont séduit les simples , et se sont fait des partisans ; mais une affectation de régularité, qui a pour base l’esprit de révolte et l’opiniâtreté , n’est pas ordinairement de longue durée ; souvent ce n’est qu’un voile pour cacher de véritables désordres : les novateurs, devenus les maîtres , ne sont plus les mêmes que lorsqu’ils étoient encore foibles. Tant d’exemples de cette hypocrisie , qui se sont renouvelés depuis la naissance de l’Eglise , auraient dû détromper les peuples ; mais ils sont toujours prêts à se laisser prendre au même piège. tè
CATIÎARISTES ou purificateurs, secte de manichéens, sur laquelle les autres rejetoient les ordures et les impiétés qui se commettoient dans la prétendue consécration de leur eucharistie. Saint Augustin, //cpr. 46 ; Saint Léon , Epist. 8.
CATIIÉDUALE, église épiscopale d’un diocèse; ce nom a été tiré du mot cathedra, siège d’un évêque. Dès l’origine de l’Eglise , pendant la célébration des saints mystères, l’évêque présidoit au presbytère ou à l’assemblée des prêtres ; il étoit assis sur une espèce de trône ou de siège plus élevé que les leurs; c’est ainsi que saint Jean , dans l’Apocalypse , représente une assemblée chrétienne , c. 4, i. 2. De là est venu l’usage de désigner la dignité d’un évêque par le nom de chaire ou de siège, cathedra; de célébrer même les fêtes de la chaire de saint Pierre à Antioche et à Home; d’appeler église cathédrale, l’église ou
l’assemblée principale à laquelle l’évêque préside.
Mais ce nom, employé pour désigner un édifice ou un temple, dans lequel un évêque célèbre ordinairement , n’est pas fort ancien ; il n’a été usité en ce sens que dans l’Occident , et depuis le dixième siècle. Quoique les chrétiens aient eu la liberté de bâtir quelques lieux d’assemblée dès la fin du troisième, sous le règne de Dioclétien, il paroît que l’on commença seulement à bâtir de grandes églises sous Constantin, lorsqu’il eut permis le Ubre exercice du christianisme ; et dans tout l’Orient ces églises, dans lesquelles l’évêque célébroit, étoient appelées la grande église, l’église épiscopale, l'église de la ville, ou simplement l’église; et l’on nommoit basilique , les églises particuUères érigées à l’honneur des martyrs ou d’autres saints.
Plusieurs auteurs espagnols , qui ont écrit sur l’antiquité de leurs églises cathédrales , ont prétendu qu’il y en a eu qui datoient du temps des apôtres ; mais cette prétention n’est fondée sur aucune preuve solide.
CATHOLIQUE ; ce terme dérivé du grec xa.8ôXou, partout , signifie universel. L’Eglise est nommée catholique , nonseulement pour marquer qu’elle est répandue par toute la terre , chez toutes les nations, mais pour exprimer la profession qu’elle fait de croire et d’enseigner partout la même doctrine , de prendre pour règle de sa foi l’universalité de croyance , qui est suivie dans toutes les sociétés particulières dont elle est composée. Tel est le caractère qui distingue la véritable Eglise de Jésus- Christ, d’avec les sectes qui se sont séparées d’elles.
C’est l’idée qu’en donnoit saint Irénée dès la fin du second siècle. « L’Eglise , » dit-il , quoique dispersée par tout le ï monde , conserve avec le plus grand P soin la foi et la doctrine qu’elle a rep çues des apôtres et de leurs disciples. P Semblable à une seule famille qui n’a P qu’un cœur , qu’une âme , qu’une P même voix , elle croit , enseigne et P prêche partout de même, d’un con-
* sentement unanime. Malgré la dis- toutes les sociétés particulières qui com- » tance des lieux et la diversité des lan- | posent la grande Eglise. Loin de se sou- » gués, la tradition est uniforme par- i mettre à cette condition commune com- » tout, etc. » Adv. Hœr., liv. 1 , c. 10 , ' me à une règle de foi , elles ont tou-
È O Cnîv^f Aiimicfîn 1^
a®’ 1 et 2. Saint Augustin n’a fait que copier cette notion , en écrivant contre les donatistes, liv. de Unit. Ecoles., n° S6 ; Tract. 3, tn Epist. Joan. Terlullien et saint Cyprien s’en étoient servis avant lui pour réfuter les héré
jours fait un crime de cette méthode à l’Eglise romaine; hérésie catholicité sont deux termes contradictoires : le premier désigne une doctrine dont on a fait un choix particulier; le second, une doctrine professée partout. Bossuet,
tiques. Tel est aussi le sens que M. Bos- ^ première Instruction pastorale sur les suet donne au mot catholique; Ere- \ promesses de l’Eglise, n°’2'5, 29. micre Inst. past. sur les promesses de j Ainsi , lorsque nous disons dans le l'Eglise, n® 29. J symbole : Je crois la sainte Eglise ca-
Quelques auteurs ont prétendu que : tholique , nous entendons : Je crois Théodose le Grand étoit le premier au- 1 que la véritable Eglise de Jésus -Christ teur de cette dénomination, qu’il y avoit est celle qui fait profession d’enseigner donné lieu en ordonnant, par un édit, la doctrine universellement reçue deque le titre de catholique fût attribué ■ puis les apôtres dans toutes ses sociétés par préférence aux Eglises qui suivoient | particulières qui forment cette grande
les décisiofhs du concile de Nicée. Vossius pensé que ce mot n’a été mis dans le symbole qu’au troisième siècle. Mais ces deux opinions sont insoutenables. Dans la lettre des fidèles de Smyrne , touchant le martyre de saint Polycarpe, qui est de l’an 169 , il est parlé de l’Eglise catholique; dans Eusèbe,liv. 4, c. 15. Valois , dans ses notes sur YHist. cccZés. d’Eusèbe , liv. 8, observe que le nom de catholique a été donné à l’Eglise dès le temps le plus voisin des apôtres , pour la distinguer des sociétés hérétiques qui s’étoicnt séparées d’dle.
En effet, saint Ignace, plus ancien f}ue saint Polycarpe, a dit, dans sa lettre aux fidèles de Smyrne , n® 8 : o Où est » Jésus- Christ , là se trouve l’Eglise » catholique. » Au commencement du second siècle, Celse nommoit déjà l’Eglise catholiqueXa grande Eglise , pour la distinguer des sectes hérétiques.
Orig., contra Celse, 1. 5, n® 59. Saint Cyrille et saint Augustin observent que les hérétiques memes et les schismatiques donnoient ce nom à la véritable Eglise dont ils s’étoient séparés , et les orthodoxes la désignoient par le nom de catholique tout seul , catholica.
En effet , aucune secte hérétique n’a jamais voulu s’astreindre à professer la doctrine catholique ou universelle, la doctrine uniformément enseignée par
société. Ce caractère n’est pas difficile à discerner ; l’Eglise romaine est la seule qui se l’attribue ; toutes les sectes d’hérétiques , loin d’y prétendre, le lui reprochent comme une erreur. Dans l’article Catholicisme, nous prouverons que ce caractère est essentiel à la religion de Jésus-Christ , et Bossuet l’a démontré. Ibid.
Nous ne savons pas ce que peut entendre un protestant, lorsqu’il dit , en récitant le symbole des apôtres : Je crois la sainte Eglise catholique, ni en quel sens il peut attribuer ce titre à la société particulière dont il est membre.
Cette société n’est ni la plus étendue de toutes les communions chrétiennes , ni la plus ancienne ; elle n’a aucune relation ni avec l’Eglise grecque schismatique , ni avec aucune des autres Eglises orientales : toutes ces sociétés s’accordent avec l’Eglise catholique à condamner les protestants.
M. Bossuet observe très - bien que quand on dit: Je crois la sainte Eglise catholique , cela ne signifie pas seulement, je crois qu’elle existe , mtiis je crois ce qu’elle croit ; autrement ce ne seroit plus croire qu’elle est, puisque le fond , et pour ainsi dire la substance de son être, est la foi qu’elle déclare à tout l’univers. Esprit de Leibnitz , tom. 2, pag. 101.
On nous fait cependant une objection. Au quatrième siècle , lorsque les ariens se prèvaloienl de leur grand nombre, les Pères leur ont répondu que la multitude des errants ne prouve rien.
Au cinquième, les catholiques reprochèrent aux nestoriens leur petit nombre, et ces hérétiques, à leur tour , répétèrent la réponse que l’on avoit donnée aux ariens. 11 en fut de même des eutychiens. Ces sectes sont-elles devenues plus catholiques en devenant plus étendues?
Réponse. Non, sans doute; mais , 1° il est faux que les ariens aient Jamais été en plus grand nombre que les eatholiques. 2° Il n’y a jamais eu entre eux aucune unité , puisqu’ils n’ont jamais pu convenir d’une même profession de foi.
3» Ils n’ont jamais voulu prendre pour règle le consentement universel et l’uniformilé de croyance. En quel sens pouvoient-ils s’attribuer la calhoUcité ? Nous convenons que l’étendue d’une secte et la multitude de ses partisans , considérée absolument , ne prouve rien, puisqu’elle a toujours commencé par un petit nombre; mais puisqu’enfm Jésus- Christ a promis à son Eglise de lui réunir toutes les nations, il est absurde de vouloir que le schisme d’une partie de ses membres l’emporte sur le corps entier.
Les patriarches ou primats d’Orient ont pris le titre de catholiques ; on disoit le catholique d’Arménie , pour désigner le primat ouïe principal évêque d’Arménie, titre à peu près semblable à celui d’œcuménique qu’avoient pris les patriarches de Constantinople. Il paroît cependant que le titre de catholique étoit moindre que celui patriarche ;\c^ nestoriens , obligés de se réfugier dans la Perse, nommèrent leur principal évêque catholique; ils n’osèrent pas l’appeler patriarche, quoique Nestorius l’eût été de Constantinople. Ce nouveau titre ne fut institué que sous Justinien au sixième siècle. Foy. Renaudot , Dissert, sur le patriarche d’Alexandrie, n™ -4.
CATHOLICITÉ , universalité , extension à tous les lieux , à tous les temps, à toutes les personnes. La catholicité d’une doctrine consiste en ce qu’elle a
été la même depuis les apôtres jusqu’à nous, dans toutes les sociétés chrétiennes qu’ils ont fondées, dans tous les siècles , dans le corps des pasteurs comme dans celui des fidèles. La catholicité de l’Eglise est la profession qu’elle fait de regarder cette uniformité générale et constante comme un signe infaillible de vérité. La catholicité d’un fidèle est sa soumission à cette méthode d’enseignement. ( N' XV, p. 614. )
Si par la catholicité de l’Eglise on entendoit seulement son étendue dans toutes les parties du monde, il seroit impossible à un fidèle ignorant de savoir certainement qu’il est membre de l’Eglise catholique. Il peut très - bien ignorer si elle est plus étendue qu’aucune des autres sectes ; mais il ne peut pas ignorer que l’Eglise , dont il est membre , lui propose pour règle de foi l’uniformité de doctrine entre toutes les sociétés particulières dont elle est composée; uniformité attestée par l’union et la soumission à un seul chef, qui est le vicaire de Jésus-Christ. C’est ce qu’un catholique fait profession de croire en récitant le symbole. Pour être convaincu de la catholicité de l’Eglise , il lui suffit de l’être de sa catholicité pcxsonnclle.
L’étendue de l’Eglise n’a pas existé d’abord, et n’a pas toujours été la n^me; la. catholicité , dans le sens que nînis expliquons, est aussi ancienne qu’elle , et n’a jamais varié.
Aujourd’hui quelques protestants ne font pas difficulté de dire qu ils sont catholiques, c’est-à-dire, membres de l’Eglise universelle, composée de tous ceux qui croient en Jésus-Christ ; mais cest un abus grossier du terme. Comment peut-on appeler Eglise l’amas de plusieurs sectes , qui n’ont entre elles aucune union, qui se regardent les unes comme hérétiques , les autres comn* idolâtres , qui se disent mutuellement anathème ? Pour être catholique, il faut prendre pour règle de foi le consentement unanime de toutes les sociétés chrétiennes qui rcconnoissent un seul chef. Nous avons prouvé ailleurs qu’un des caractères essentiels à la véritable
Eglise est Vunité dans la foi , dans le culte , dans la soumission à un chef.
Ployez Eglise, § 1 et 2. Or, ce caractère se trouve dans l’Eglise romaine seule : elle est donc la seule catholique.
CATHOLICISME, système dans lequel on soutient que la catholicité de la doctrine est la règle de foi à laquelle tout homme qui croit en Jésus - Christ doit se conformer. Comme toutes les sectes qui ont paru depuis les apôtres se sont élevées contre ce système, nous ne pouvons nous dispenser de prouver que c’est le seul vrai, le seul que puisse suivre un homme qui se pique de savoir raisonner. Bossuet et nos autres controversistes Tont démontré contre les protestants : voici à peu près le sommaire de leurs réflexions.
1® Dans la religion primitive, la règle de foi étoit la tradition domestique ; les patriarches n’en avoient point d’autre.
Sous la loi de Moïse , la règle de foi étoit la tradition nationale; Dieu l’avoit ainsi ordonné. Veut., c. i 7, % 10; c. 32, 7.
Donc sous l’Evangile , destiné à être prêché à toute créature , et jusqu'à la consommation des siècles , la règle de foi est la tradition générale. Celte uniformité du plan de la Providence en démontre la sagesse; il est absurde de penser que Dieu en ait changé. Sous la première époque de la révélation , tous ceux qui ont perdu de vue la tradition des leçons données à Adam , sont tombés dans le polythéisme. Sous la seconde, tonies les fois que les Juifs se sont écartés des préceptes de leur religion nationale , ils se sont précipités dans l’idolôtrie et dans les superstitions de leurs voisins. Sous la troisième , quiconque refuse de consulter la tradition universelle, se livre au délire d’une fausse philosophie. Il y en a autant d’exemples qu’il y a eu d’erreurs depuis les apôtres jusqu’à nous.
2® L’unité est essentielle à l’Eglise de Jésus -Christ ; il a dit lui -môme de ses ouailles : t J’en ferai un même troupeau » sous un seul pasteur. * Joan., c. II , ^ 6. Selon saint Paul , les fidèles sont un seul corps, qui a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Ephes.,
^ c. 4 , ^. 4 et 3. Quiconque se sépare de ] cette unité n’appartient donc plus au J troupeau de Jésus-Christ. Or cette unité ne peut se conserver qu’autant que les j diverses sociétés qui composent l’Eglise ' se servent mutuellement de témoins, de garants et de surveillants ; de manière que si l’une venoit à s’égarer, toutes les autres pussent la redresser. L’unité ne peut se trouver dans l’erreur, chacun se trompe à sa manière ; l’unité est donc un signe infaillible de vérité.
3“ De savoir si Jésus-Christ a révélé telle doctrine, ou une doctrine contraire, c’est un fait. Or, pour constater un fait quelconque on ne se borne point à consulter l’histoire , l’on interroge la tradi- , tion orale et les monuments. La tradition est du plus grand poids, lorsque les témoins sont, en très-grand nombre; que tous ont intérêt à être informés du fait et à le publier tel qu’il est ; que ce ne sont point de simples particuliers , mais des sociétés entières. Récuser la certitude morale ainsi portée au plus haut point de notoriété, c’est vouloir évidemment se tromper.
4® Depuis la naissance de l’Eglise , on s’est servi de cette règle pour juger si une doctrine étoit vraie ou fausse , orthodoxe ou hérétique. Les conciles ont été assemblés pour que les évêques des difl’érentes parties du monde pussent y rendre témoignage de ce qui étoit cru , enseigné et professé dans leurs Eglises. Lorsque tous , ou le très-grand nombre , ont attesté que telle étoit la croyance qu’ils avoient trouvée établie, on n’a pas hésité de juger que c’étoit la doctrine de Jésus - Christ , et que l’opinion contraire étoit hérétique. Est -il croyable que dès l’origine l’Eglise se soit trompée sur la règle qu’elle devoit suivre pour enseigner les fidèles sans aucun danger d’erreur? Il faudroit que Jésus-Christ l’eût abandonnée au moment même qu’il venoit de la' former.
S® Ou il faut suivre cette règle , ou il faut s’en tenir à l’Ecriture seule, comme le veulent les protestants ; il n’y a pas de milieu. Mais quand il s’agit de fixer le vrai sens de l’Ecriture , et de savoir comment l’on doit l’entendre , c’est une
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absurdité de nous renvoyer à l’Ecriture.
D’un côté, une poignée de docteurs soutiennent que ces paroles de Jésus- Christ , ceci est mon corps, doivent être prises dans le sens figuré ; de l’autre ,
ou plusieurs particuliers, évêques ou autres, ont voulu innover, le scandale a éclaté d’abord , et ils ont été condamnés. Le catholicisme est donc un principe infaillible d’unité, de perpétuité, d’immutabilité dans la doctrine. Foyez qu’elles les ont toujours entendues dans Eglise.
toutes les Eglises de l’univers attestent
le sens littéral. Faut -il préférer à cette croyance générale et constante l’opinion particulière d’un petit nombre de novateurs?
6° Toutes les sectes qui ont abjuré le catholicisme n’ont plus trouvé entre îlles aucun centre de réunion, elles sont juccessivement tombées d’une erreur dans une autre. Foyez à l’article Erreur , l’enchaînement de celles des protestants. Ils sont divisés en luthériens, calvinistes , arminiens, gomaristes, anglicans, quakers, hernhutes, frères moraves , piétistes , sociniens, coccéiens.
CAUCAUBARDITES, branche d’eutychiens qui , au sixième siècle , suivirent le parti de Sévère d’Antioche et des acéphales. Ils rejetaient le concile de Chalcédoine, et soutenoient, comme E^tychès , qu’il n’y a qu’une seule natu|c en Jésus - Christ. Le nom de caucauhardites leur fut donné d’un heu dans lequel ils tinrent leurs premières assemblées. Nicéphore,\. iS, c. 49 :
Baronius , ann. 33S. Quelques - uns les ont nommés conlobabdites , et d’autre% condabaudites. Foyez Eütycuiexs. " CAUSE. Les théologiens, aussi bien
etc. Le désordre aurait encore été plus j que les philosophes , sont forcés de dis-
grand , et les ruptures plus fréquentes, si la rivalité entre ces sectes et l’Eglise catholique ne leur avoit pas souvent servi de frein ; elles ne sont unies que par la haine qui les anime contre elle. Après avoir secoué le joug de la tradition universelle , elles ont été forcées de s’en tenir à leur tradition particulière , aux décisions de leurs synodes, à des confessions de foi , aux ordonnances des magistrats, même d’employer les censures et les peines pour maintenir dans leur sein une unité du moins extérieure.
Depuis plus de dix-sept cents ans l’Eglise catholique n’a varié ni dans ses dogmes , ni dans sa règle de foi , cela scroit impossible. Comment les différentes Eglises qui la composent , dont les unes sont très-éloignées des autres , qui se croient toutes obligées de conserver la doctrine reçue de Jésus -Christ par les apôtres , qui ne peuvent avoir aucun intérêt ni aucun motif de la changei , pourroient - elles former une conspiration générale, un dessein uniforme de l’altérer? Un même esprit de vertige ne peut pas les saisir toutes à la fois ; l’une d’entre elles ne peut pas s’écarter de la tradition, sans que les autres s’en aperçoivent. Toutes les fois qu’un
tinguer plusieurs espèces de causes.
Non - seulement nous connoissons une cause première , qui est Dieu, mais des causes secondes, qui sont les créatures. Parmi celles - ci une cause peut être matérielle ou formelle , efficiente , ou occasionnelle , finale ou instrumentale , physique ou morale , totale ou partielle, I prochaine ou éloignée , etc. Le détail de toutes ces notions appartient à la métaphysique, et il peut fournir la matière à un traité fort étendu.
Les athées nous disent gravement qu’il n’est pas nécessaire que l’univers ait une cause première , qu’il est à luimême sa cause, qu’il a toujours existé et sera toujours , que tout ce qui arrive est un effet nécessaire des combinaisons et du mouvement de la matière.
Selon cette sublime philosophie , tout est nécessaire dans l’univers et tout change, tout s’y fait de toute éternité et tout se succède; les combinaisons de la matière sont nécessaires en général , et aucune n’est nécessaire en particulier, puisqu’il dépend souvent de nous de les changer à notre gré? Quand nous n’aurions pas pour nous le sentiment intérieur et invincible de cette vérité , l’absurdité et les contradictions du langage des athées sulliroient pour nous
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convaincre de la nécessité et de l’exis- j entre cette cause et ses effets qu’une tence d’une cause première , intelli- | connexion contingente. Cependant un gente et libre, qui a fÿit le monde tel i homme qui suggère des motifs à un qu’il est, et qui auroit pu le faire autre- i autre, qui commande , qui conseille , ment si elle l’avoit voulu. Voyez Dieu, j qui excite à faire une action, est aussi Ce même sentiment intérieur , qui est s censé en être la cause morale; elle lui le souverain degré de l’évidence, nous j est imputée aussi bien qu’à celui qui l’a convainc que nous sommes véritable- | faite, ment actifs et non purement passifs ; En
comme la matière , que nous sommes par conséquent la cause efficiente et proprement dite de nos actions. Mais comme la foi nous enseigne que nous ne pouvons faire aucune action méritoire pour le salut sans le secours de la ' grâce , c’est une grande question de savoir si la grâce divine est la cause physique de nos actions méritoires , ou si elle en est seulement la cause morale.
est-il de même de la grâce? A pçnprement parler, un motif qui nous termine à agir , ne nous donne point e force nouvelle: la force est censée être en nous indépendamment du motif. Or , la grâce nous donne une force que nous n’avons pas naturellement. Il n’y a donc pas non plus une ressemblance exacte entre la causalité' morale et celle de la grâce. Faut-il s’étonner si la manière dont la grâce agit sur nous
dans le même sens que les motifs qui , est un mystère, dont nous ne pouvons nous déterminent sont censés être cause avoir aucune idée par ce qui se passe de nos actions ordinaires. i d’ailleurs en nous , et si les disputes
Nous appelons cause physique, un touchant l’efficacité de la grâce sont être quelconque à la présence duquel ar- . interminables? Voyez Grâce, § IV.
rive toujours tel événement qui n’arrive jamais dans son absence; ainsi le feu est
Il y a plus : souvent l’Ecriture sainte semble nous donner pour cause d’un
censé être cause physique de la lu- | événement ce qui n’en a été que l’oc-
mière , de la chaleur , de la brûlure , parce que ces effets se font toujours sentir plus ou moins, lorsque le feu est présent , et non lorsqu’il est absent ; la coexistence constante de ces phénomènes nous fait conclure que l’un est la
j casion ; cette équivoque fournit aux in- ; crédules une ample matière de reproches et de déclamations. S’ils étoient moins préoccupés , ils verroient que ce défaut , si c’en est un , est commun à tous les peuples et à toutes les langues , il est cause de l’autre, qu’il y a une connexion • très-fréquent dans la nôtre.
nécessaire entre l’un et l’autre ; nous J Nous disons : Cet homme me donne n’avons point d’autre signe pour en | de l’humeur , il est cause de ma damjuger ; nous ignorons la raison à priori j nation ; il n’en a peut-être aucune envie, pour laquelle le feu produit la lumière, | sa conduite est seulement l’occasion et la chaleur et la brûlure. Mais cette eau- 1 non la cause des passions qui nous dosalité physique n’a lieu qu’entre un minent. On dit à un jeune homme que corps et un autre corps, elle ne peut | les attraits d’une femme le rendent fou, nous donner aucune idée de la manière à un bienfaiteur qu’il fait des ingrats ,
dont la grâce agit sur nous.
Une cause morale se connoît par le signe contraire ; elle ne produit pas toujours le même effet, et souvent un même effet est produit par des causes différentes. Ainsi un même motif peut nous faire faire plusieurs actions qui ne se ressemblent point, et une même action peut être faite par plusieurs motifs divers; ceux-ci ne peuvent donc être que cause morale de nos actions; il n’y a
à un père que par sa tendresse il gâte et perd ses enfants, à un maître qu’il rend son valet insolent, etc. Est-ce leur inlention? Non, sans doute, personne ne s’y trompe : on conçoit que dans toutes ces façons de parler l’occasion est prise pour la cause; et il ne s’ensuit rien. Pourquoi serions-nous scandalisc.s de trouver le meme style dans l’Ecrilurc sainte ?
Nous demandons à un homme ingrat
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et brutal : « Faut-il me maltraiter pour » avoir voulu vous rendre service? »
Nous disons d’un écolier qui a mal profité des leçons qu’on lui a données : * Il » est bien mal instruit, pour avoir étudié » sous d’aussi habiles maîtres. » Dans ces façons de parler , pour n’exprime certainement pas la cause, mais l’événement.
Jésus-Christ dit dans l’Evangile, a Je » ne suis pas venu apporter la paix ,
» mais le glaive. ® Matlh., c. 10, y, 3i. Son intention n’étoit pas de diviser les hommes , puisqu’il leur a constamment prêché la douceur et la paix ; mais il prévoyoit que , par la malice et l’incrédulité de plusieurs , sa doctrine seroit parmi eux une cause accidentelle, ou plutôt une occasion ou un sujet de division ; il avertissoit ses apôtres des obstacles qu’ils auroient à vaincre pour l’établir. Dans le même sens , il est dit de lui qu’il a été établi pour la ruine et la résurrection de plusieurs dans Israël. Luc., c. 2, ^ 34. Que l’Evangile et ses ministres sont pour les uns une od6v. r mortelle qui les tue, et pour les autres une odeur de vie qui les ranime. I. Cor., c. 2, j}. 6. Ce ne sont pas là des hébraïsmes , comme plusieurs l’ont prétendu, mais des gallicismes purs. Encore une fois , ces façons de parler sont communes à toutes les langues.
Conséquemment, la conjonction ui de la version latine ne doit pas toujours se rendre en françois par afin que, comme si elle exprimoit l’intention de celui qui agit; mais par de manière que, expression qui désigne seulement ce qui s’est ensuivi , même contre le gré de celui qui agissoit. Dans V Exode, c. H , j^. 9 , Dieu semble dire à Moïse : Pharaon ne vous écoutera pas , afin qu'il se fasse des prodiges en Egypte. Etoit-ce l’intention de Pharaon? Il faut nécessairement traduire de manière qu’il se fera , ou je ferai des prodiges, etc. Jésus- Christ dit aux Juifs : * Vous attesterez » vous-mêmes que vous ôtes les enfants » de ceux qui ont mis à mort les pro- » phèles. » Matth., c. 23, 31. Les
Juifs n’avoient aucune envie de l’attester; mais c’est une conséquence qui s’ensuivoit de leur conduite. Les apô-
tres leur disent : « Puisque vous rejetez » la parole de Dieu , et que vous vous * jugez indignes de la vie éternelle, ï nous nous tournerons du côté des ï païens. * ^dct., c. 13, i. 46. Les Juifs n’en jugeoient pas ainsi; mais leur indignité étoit une conséquence de leur incrédulité. Jésus-Christ avoit ajouté : « Vous » poursuivrez et mettrez à mort mes s disciples, afin de faire tomber sur vous ï tout le sang des justes, etc. » Matth., cap. 23 , jJ’. 34 et 36; afin ne désigne point ici l’intention , mais l’événement.
Nous faisons encore la même équivoque en françois , lorsque nous disons à un homme avec humeur ; C’étoit bien la peine d’aller là pour faire une pareille sottise , ou , ce n’étoit pas la peine de tant travailler pour réussir aussi mal. Nous ne prétendons pas lui reprocher qu’il avoit cette intention. Ainsi , lorsque saint Paul dit : « La loi est survenue » pour augmenter le péché , » Boni., c. 6, f. 20 , nous ne sommes pas tentés de conclure que c’étoit là l’intention de Dieu; nous pensons qu’il faut traduire : La loi est survenue de manière que le péché s’est augmenté, et c’est la remarque de saint Jean Chrysostome.
A la vérité , saint Augustin a donné à ce passage un sens plus rigoureux ; il prétend que Dieu a donné exprès la loi aux Juifs pour augmenter le péché; afin que, convaincus de la nécessité de la grâce par la multitude de leurs transgressions, ils implorassent le secours de Dieu. L. 3, contra duas epist. Pelag., c. 4, n. 7 , etc. Mais cette explication ne paroît pas assez conforme au principe posé par saint Paul, qu’il ne faut pas faire le mal afin qu’il en arrive du bien, Rom., c. 3 , y. 8 ; et à ce que dit l’Ecclésiastique, c. 16, ^ 21 , que Dieu n’a donné lieu à personne de pécher. Le saint docteur a entendu , comme saint Jean Chrysostome, le passage de saint Paul , touchant la loi ancienne. L. 1 , ad Simplic., q. 2, n. 17, et 1. 2, contra advers. legis et prophet., c. 11 , n. 36. L’autre explication n’est donc pas incontestable.
De même lorsque l’Ecriture semble attribuer à Dieu l’aveuglement , les cr-
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«nrs , l’incréclulité , l’endurcissement des pécheurs, nous ne conclurons pas, comme Calvin, comme les manichéens, comme les incrédules , que Dieu a donc mis lui-même ces mauvaises dispositions dans leur cœur, mais que sa patience , ses bienfaits , ses menaces ou ses châtiments n’ont abouti qu’à ce funeste effet; qu’il l’a permis, qu’il n’a point fait usage de sa toute-puissance pour l’empêcher. Dans ce sens il est écrit que Dieu suscita un ennemi à Salomon , III. Reg., c. H , ÿ. 23; que Dieu avoit commandé à Séméi de maudire David , II. Reg., c. 16, f. 10; qu’il a envoyé un esprit de mensonge dans la bouche des faux prophètes , III. Reg., c. 22 , i. 22 ; qu’il leur a donné un esprit de vertige, Isdi., c. 19, jl'. 14; qu’il les a séduits, c. 63, \ l-,Jerem., c. 20, ji. 7;
qu’il les a trompés, £zech., c. 14, f. 9; qu’il a livré les philosophes à un sens réprouvé. Rom., c. 1 , 28; qu’il a
envoyé un esprit d’obstination, ibid., f. 8 ; qu’il a tendu un piège d’erreur , I, Thess., c. 2, 11 ; qu’il aveugle les
pécheurs , les endurcit, les rend sourds aux remontrances, Exod., c. 4, 21 ;
Rom., c. 9, f. 17, 18, etc.
Sans cesse l’Ecriture répète que Dieu est saint, ennemi du crime, qu’il ne le commande point , mais qu’il le défend et le punit; qu’il déteste l’impiété, qu’il ne trompe, ne séduit, ne tente personne ; elle dit que les pécheurs s’aveuglent et s’endurcissent eux-mêmes :
Dieu n’y a point de part. Nous ne citerons à ce propos qu’un seul passage. € Ne dites pas : Dieu me manque : ne » faites point ce qu’il défend. N’ajoutez » pas : Cest lui qui m'a égaré; car » il n’a pas besoin des impies.... Le » Seigneur n’a commandé à personne » de mal faire , il ne donne lieu de pé- » cher à aucun homme , il ne veut point » augmenter le nombre de ses enfants » infidèles et pervers. * Eccli.,c.iS, y. 11.
Cent expressions équivoques ne peuvent obscurcir une vérité aussi claire; celles que nous avons citées ne pouvoient pas plus tromper les Juifs que ■nos discours ordinaires ne trompent nos
concitoyens. Si les incrédules y trouvent un piège d’erreur et un motif d’opiniAtreté , c’est qu’ils le veulent ; Dieu n’est pas plus l’auteur de leur entêtement que de l’endurcissement de tous les pécheurs.
Dans Isaïe, c. 43, 24, Dieu dit
aux Juifs : F~ous m'avez fait servir à vos 'péchés. Les Juifs avoient-ils donc le pouvoir de faire contribuer Dieu à leurs pécbés? Non , sans doute ; mais par leur obstination , les bienfaits de Dieu ne servoient qu’à les rendre plus méchants et plus ingrats.
Au contraire , ce qui est la vraie cause d’un événement est quelquefois exprimé dans l’Ecriture sainte, comme s’il n’y avoit pas contribué. Dans Jerem., Thren., c. 5, 16, les Juifs disent;
* Malheur à nous, et nous avons péri ché , j> c’est-à-dire , car ou parce que nous avons péché : la conjonction hébraïque n’indique pas seulement la suite accidentelle , mais l’effet du pécbé.
Saint .\ugustin , dira-t-on , s’est servi de tous les passages objectés par les incrédules, pour prouver que Dieu est véritablement la cause de la malice et de l’endurcissement des pécheurs. lorsque Julien lui répond que les pécheurs ont été abandonnés à eux-memes par la patience divine , saint Augustin soutient que , selon saint Paul , il y a eu un acte de patience cl un acte de puissance ; et il le prouve par ces mêmes passages :
Contra lui., 1. 5, c. 3,n°13; c. 4, n“ IS, etc.
11 n’est pas vrai que saint Augustin ait soutenu cette doctrine; il s’est servi lui-même du passage de l’Ecclésiastique que nous venons de citer , pour réfuter ceux qui rejeloient sur Dieu la cause de leurs pécbés. L. de gral. et lib. arb., c. 2 , n° 3. 11 dit que Dieu endurcit , non en donnant de la malice au pécheur, mais en ne lui faisant pas miséricorde. Epist. 194 ad Sixtum, c. 3, n. 14.
Que s’il endurcit en ne faisant pas miséricorde, ce n’est pas qu’il donne à l'homme ce qui le rend plus méchant, mais c’est qu’il ne lui donne pas ce qui le rendroit meilleur, ad Simplic., 1. 1 , q. 2, n® 15, c’est-à-dire, une grAco aussi forte qu’il la faudroit pour vaincro
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son obstination. Tract. S3 in Joan., n® 6 Cf suiv. En cela même consiste Vacte de puissance que Dieu exerce pour lors :
cette puissance ne brille nulle part avec plus d’éclat que dans la distribution qu’elle fait des grâces comme il lui plaît; mais les pélagiens ne vouloient pas que le pécheur eût besoin de grâce.
Le saint docteur dit que Pharaon endurcit lui-même son propre cœur, et que la patience de Dieu en fut l’occasion. L, (le grat. et îib. ari., n° 45 ; Serin., 57, n® 8 , in ps. 140 , n® 17. Il soutient que Dieu ne nous aide jamais à pécher, de pecc. merit. et remiss., 1. 2, n® 5 ; que quand nous disons à Dieu de ne pas nous induire en tentation , nous demandons de ne pas nous y laisser tomber en nous abandonnant. Epist. 157 , n® 16 , Z>e dono persev., n® 9 et 12 , etc.
Origène, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze , saint Jean Chrysostome , saint Jérôme , ont expliqué de même les passages de l’Ecriture qui regardent l’endurcissement, et qui semblent attribuer à Dieu la cause du péché. C’est donc très-mal à propos que Calvin , Jansénius et tant d’autres ont prétendu avoir puisé dans saint Augustin les impiétés qu’ils ont soutenues; et c’est une injustice de la part des incrédules , d’aflirmer que saint Augustin a été dans les mêmes opinions que Jansénius et Calvin. Foyez Grâce, § III.
Causes FIN ALES. La question des cai/ses finales semble regarder de plus près les philosophes que les théologiens ; mais l’Ecriture sainte, dans l’hisloire de la création, attribue à l’Auteur de la nature un but, un dessein , dans la production des différents êtres ; elle nous enseigne que Dieu a fait l’un pour servir l’autre ; qu’après avoir achevé son ouvrage, il vil que tout étoit bien. Elle suppose donc (pi’il y a des causes finales : il s’agit de savoir si les raisonnements et les hypothèses des matérialistes peuvent renverser cette doctrine.
Ou le monde, tel qu’il est, vient du hasard et d’une nécessité aveugle , ou c’est l’ouvrage d’une cause intelligente : il n’y a pas de milieu. Tout pourroit être autrement qu’il n’est , sans qu’il en ré-
sultât aucune contradiction ; il n y »»
donc point là de nécessité. Or, certains êtres dépendent des autres et ne peuvent subsister .sans eux : cette relation de dépendaiH». est constante et invariable ; elle ne vient donc pas du hasard, c’a été le dessein d’une cause intelligente et libre.
Lorsqu’une intelligence agit, elle sai^ ce qu’elle fait ; elle connoît son action , et veut l’effet qui doit s’ensuivre; quand elle produit une cause physique, elle prévoit et veut l’effet qui en résultera : autrement elle agiroit tout à la fois en cause iniclligenle et en cause aveugle ; ce qui est absurde. L’effet est donc le but immédiat ou la fin prochaine qu’un être intelligent se propose en produisant une cause physique , et cette cause est le moyen. Ainsi, la recherche des causes finales n’est autre chose que la recherche des effets produits par les causes physiques.
Puisque certains êtres contribuent comme causes physiques à la conservation et au bien-être des autres , c’est l’intelligence du Créateur qui a établi cette relation ; elle n’est ni fortuite , ni imprévue , ni nécessaire à son égard ; il auroit pu faire autrement, et il a voulu faire ce qui est : donc les êtres qui servent à l’utilité et au besoin des autres , sont destinés par le Créateur à cet usage ou à cette lin : donc les derniers sont la cause finale des premiers. Nous ne voyons pas en quoi pèche cette démonstration.
Or, entre les êtres vivants, celui auquel Dieu a donné plus de facultés et plus de talent pour faire servir à son bien-être les autres créatures, est évidemment l’homme ; donc Dieu a formé CCS créatures pour l’avantage et le bienêtre de l’hommc,malgré l’abus que eolaici peut en faire contre l’intention du Créateur. Cette doctriitc de l’Ecriture sainte tend à rendre l’homme attentif, rcconnoissant , religieux ; les sophismes par lesipicls ou l’attaque, ne peuvon/; aboutir qu’à nous rendre stupiihsi et abrutis.
Ou dit qu’en attribuant à Dieu d?2 desseins cl un but , nous le faisons ngirr
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h la manière de l’homme; celui-ci se propose une fin, parce qu’il en a besoin, Dieu n’a besoin ni de fins, ni de moyens.
En nous accusant d’un sophisme et d’une comparaison fausse , ne sont-ce pas nos adversaires qui font l’un et l’autre? Voici leur raisonnement : loiÆque l’homme se propose une fin et prend des moyens , c’est qu’il en a besoin ; donc si Dieu fait de même , c’est aussi par le besoin. Nous rejetons cette conséquence. Dieu n’avoit pas besoin de créer le monde , cependant il l’a fait; il n’avoit pas besoin de produire tel effet physique par le moyen de telle cause , mais il a voulu que cela fût ainsi ; il n’avoit pas besoin d’aliments pour conserver les êtres vivants , ceux-ci néanmoins ne peuvent se conserver autrement. Agir pour une fin n’est donc pas pour lui un besoin , mais une perfection; il agit ainsi, non parce qu’il est indigent , mais parce qu’il est intelligent, sage et bon. Nous demandons si agir à l’aveugle , sans savoir ce qu’on fait et sans le vouloir, est une plus grande perfection que d’agir pour une fin.
A la vérité, il y a encore plusieurs êtres dont nous ne voyons pas l’utilité ou la cause finale , de même qu’il y a des phénomènes dont nous ignorons la cause physique ; mais de ce que nous ne connoissons pas toutes les causes , il ne s’ensuit point que nous n’en connoissions aucune. Une étude assidue de la nature nous fait découvrir tous les jours de nouveaux pb.énomèncs et de nouvelles causes physiques; donc elle peut nous montrer aussi des causes finales qui nous étoient inconnues.
On réplique : Si Dieu a destiné à notre conservation et à notre bien-être ce qui y contribue en effet , il a donc aussi destinéA notre malheur cl à notre destruction ce qui nous blesse et nous lue ; où est le motif de- bénir la bonté et la sagesse du Créateur?
S’il avoit été de celle bonté et de cette sagesse infinie de nous accorder sur la terre un bonheur complet et constant, une vie exempte de tout mal physique.
Dieu l’auroit fait, sans doute; il auroit disposé les êtres de manière qu’aucun
ne pût nous nuire ; mais cela devoit-il être ainsi? Depuis que l’on argumente sur l’origine du mal , et que l’on en fait la base de mille objections , est-on parvenu à démontrer que le bien-être accordé aux créatures vivantes par une bonté infinie ne doit être mélangé d’aucun degré de mal, que le ôfenest un mal ^ h moins qu’il ne soit absolu et augmenté à l’infini ? On ne le prouvera jamais, puisque c’est une absurdité.
Conséquemment, sans déroger à la bonté divine, nous croyons , conformément à l’Ecriture sainte et à la droite raison, que Dieu seul, principe du bien, est aussi l’auteur des maux , Isaï , c. , t. 7 ; Jmos, c. 3. ÿ. 6, etc. , et qu’il ne s’ensuit rien contrôles causes finales. P'oy. Mal.
Les philosophes modernes qui se sont élevés avec chaleur contre les causes finales, ne nous semblent pas avoir saisi le vrai point de la question; elle se réduit à savoir si l’univers est le résultat d’une nécessité aveugle, que nous nommons le hasard, ou si c’est l’ouvrage d’un être intelligent et libre qui opère avec connoissance et avec choix. Dirontils que la constitution de l’univers ne dénote pas certainement l’opération d’une cause intelligente? Dans ce cas, nous leur demanderons quel est le signe par lequel nous pouvons distinguer le procédé d’une cause intelligente, d’avec celui d’une cause aveugle ; mais nous attendrons longtemps la réponse.
Des que l’on perd de vue les causes finales , et que l’on méconnoîl dans la marche de l’univers la main d’un Dieu bon , sage et puissant , l’étude de la nature devient sèche , insipide , morte , sans fruit et sans attraits ; la physique , l’histoire naturelle , la cosmogonie , la botanique , etc., se réduisent presque à une simple nomenclature et à un mécanisme aveugle dont on ne voit ni le principe ni l’ulilité. Si au contraire l’on rapporte tout à une providence attentive et bienfaisante, le cœur est touché et l’esprit satisfait ; l’homme sent alors qu’il tient un rang dans l’imivcrs , il bénit l’auteur de son être , et en devient meilleur.
Agir pour une cause finale à dessein
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et avec une intention , est le caractAre (les êtres intelligents et libres, et les actions ainsi faites sont les seules capables de moralité, les seules qui nous soient imputables. Mais nous avons déjà remarqué dans l’article précédent que souvent l’Ecriture sainte semble attribuer à une intention, à un dessein formé, h une cause finale, ce qui arrive contre l’intention ou sans l’intention de celui qui agit; elle s’exprime ainsi , soit à l’égard de Dieu, soit à l’égard des hommes.
Saint Matthieu, par exemple, fait aux circonstances de la vie du Sauveur l’application de plusieurs prophéties qui, selon le sens d’un prophète , paroissent avoir eu un autre objet ; il dit, c. 2, ^.15, que Jésus enfant demeura en Egypte jusqu’à la mort d’Ilérode , pour accomplir, ou afin d’accomplir ce qui avoit été dit par un prophète : J’ai appelé mon fils de l’Egypte; c’est en parlant des Israélites qu’Osée avoit dit ces paroles , C.- 2, I , et probablement les parents de Jésus n’avoient aucun dessein d’accomplir cette prédiction. Il dit, f. 25, que Jésus demeura à Nazareth pour accomplir ce qui avoit été dit par les prophètes : Il sera nommé Nazaréen ; il est vraisemblable que les prophètes ne faisoient, par ces paroles, aucune allusion à la ville de Nazareth. L’évangéliste entend donc seulement que ces paroles et les précédentes se trouvèrent accomplies une seconde fois et dans un sens différent de celui qui, peut-être, avoit été le seul qu’eût le prophète en écrivant.
Saint Paul , Galat., c. 2 , ÿ. I I, dit à saint Pierre : « Vous forcez les Gentils à » judaïser. » Ce n’étoit pas le dessein de saint Pierre ; mais sa conduite pouvoil donner lieu aux Gentils de conclure qu’ils étoient obligés de judaïser,ou d’observer les cérémonies de la loi de Moïse. Tous les jours nous disons de même dans les discours familiers : Vous m’avez forcé de faire telle chose; c’est-à-dire, votre conduite a été pour moi un motif de faire ce que j’ai fait.
On ne peut pas trop répéter ces réflexions ; parce que les incrédules , cl même quelques théologiens, ont fait un abus éuoiine des équivoques semblables
qu’ils ont trouvées , soit dans l’Ecriture sainte , soit dans les Pères de l’Eglise. Ils veulent nous persuader que l’hébreu est une langue extraordinaire, inintelligible , qui ne ressemble à aucune autre , qui signifie tout ce que l’on veut, parce qu’ils n’ont pas pris la peine de la comparer à aucune autre, pas même avec leur langue maternelle, dans laquelle ils auroient trouvé les mêmes prétendus contre-sens et les mêmes inconvénients.
Voyez Hébraïsme.
CÉLÉBRANT. L’on appelle ainsi dans l’Eglise romaine l’évêque ou le prêtre qui offre le saint sacrifice de ia messe , pour le distinguer du diacre , du sousdiacre , et des autres ministres qui assistent à l’autel.
L’abbé Renaudot , dans sa Collection des liturgies orientales, le P. Lebrun, dans son Explication des cérémonies de la messe, 1. 1 , etc., ont fait voir que dans toutes les communions chrétiennes il est d’usage que le célébrant se prépare à offrir le saint sacrifice par la confession de ses péchés , s’il en a besoin , par la retraite, par des veilles, par des prières, parla plus grande pureté intérieure et extérieure. L’office de la nuit et du malin est une partie de celte préparation ; mais il y a encore d’autres prières qui doivent précéder la célébration ; il en est que le prêtre doit réciter en prenant les habits sacerdotaux , et tout ce qui précède le canon n’est censé qu’une préparation à la consécration de l’eucharistie. L’on a toujours été persuadé que le célébrant doit apporter à celte grande action des dispositions plus saintes et plus parfaites que le simple fidèle n’est obligé d’en avoir pour recevoir la communion.
De celle conduite de l’Eglise chrétienne, il est aisé de conclure que dans tous les siècles elle a eu du sacrifice de la messe une idée bien différente de celles que les sectes hétérodoxes ont conçues de la cérémonie qu’elles nomment la cène. Le dogme de la présence réelle qu’elle admet , a dû mellre entre son culte et le leur la différence énorme que nous y voyons, et l’appareil de son culte est aussi ancien qu’elle. Voy. Lituiuje.
Lorsqu’un prêtre se souvient que ce que l’on nomme aujourd’hui messe solennelle, est la messe des premiers siècles , c’en est assez pour lui faire comprendre que l’habitude d’offrir tous les j jours ce saint sacrifice , ne le dispense pas de la préparation.
Dans le voyage que le souverain pontife Pie VI a fait en Allemagne , en 1782, les protestants , aussi bien que les ca- i tholiques, ont été frappés deJa majesté, du respect , de la piété avec lesquels ils lui ont vu célébrer le saint sacrifice de la messe.
CÉLIBAT, CONTINENCE, état de ceux qui ont renoncé au mariage par motif , de religion. j
L’histoire du célibat, considéré en ; lui-même , l’idée qu’en ont eue les peu- i pies anciens, les lois qui ont été faites | pour l’abolir, les inconvénients qui peu- i vent en résulter dans les circonstances | où nous ne sommes point, sont des spé- : culations étrangères à l’objet de la théo- j logie. Nous devons nous borner à exa- i miner si l’Eglise chrétienne a eu de | bonnes raisons d’y assujettir ses minis- ! très, et d’en autoriser le vœu dans l’état j monastique , si les prétendus avantages | qui résulteroient du mariage des prêtres . et des religieux sont aussi certains et | aussi solides qu’on a voulu le persuader , de nos jours.
Déjà les censeurs de cette discipline | de l’Eglise conviennent que le célibat , considéré en lui-même , n’est point illégitime , lorsqu’il est établi par une autorité divine ; que Dieu , sans doute, peut témoigner que la pratique de la continence lui est agréable : or il l’a témoigné en effet.
Jésus-Christ, après avoir dit : « Heu- B reux les cœurs purs , parce qu’ils ver- » ront Dieu , » Matth., c. 5 ,ÿ. 8 , ajoute ailleurs : II y a des eunuques qui ont » renoncé au mariage pour le royaume y des deux ; que celui qui peut le con- » cevoir y fasse attention.... Quiconque » aura quitté sa famille, son épouse,
» scs enfants, scs possessions, à cause » de mon nom , recevra le centuple, et » aura la vie éternelle. » Matth., c.
j . 12 , 29. « Si celui qui vient à moi
» n’est pas disposé à quitter son père, B sa mère, son épouse, ses enfants , ses B frères et sœurs , sa propre vie , il ne B peut être mon disciple, b Luc., c. 14 , f. 26. Tel est, en effet, le sacrifice que les apôtres ont été obligés de faire; ou ils ont demeuré dans le célibat , ou ils ont tout quitté pour se livrer à la prédication de l’Evangile et aux travaux de l’apostolat. Cependant certains critiques ont affirmé avec une entière confiance que Jésus -Christ n’a imposé à personne l’obligation de la continence , pas même aux apôtres. Barbeyrac, Traité de la Morale des Pères, c. 8, § 4 , et suivants.
Saint Paul dit aux fidèles : « Ce n’est B point un ordre que je vous donne, mais B un conseil : je voudrois que vous fus- B siez tous comme moi ; mais chacun B reçoit de Dieu le don qui lui convient. B Je dis donc à ceux qui sont dans le cé- B libat ou dans le veuvage, qu’il leur est B bon d’y demeurer comme moi. S’ils ne B peuvent garder la continence, qu’ils se B marient ; cela vaut mieux que de brûler B d’un feu impur, b /. Cor., c. 7 , ^. 6. Il avoit commencé par poser ^pour maxime qu’il est bon à l’homme de ne pas toucher une femme. Ibid., f. 1. Pour détourner le sens de ce passage, Barbeyrac dit que saint Paul parloit ainsi, à cause des persécutions , et non pour tous les temps; mais le texte même réfute cette explication. La raison que donne saint Paul , est que celui qui est marié est occupé des choses de ce monde et du soin de plaire à son épouse; au lieu que celui qui vit dans le célibat, n’a d’autre soin que de servir Dieu et de lui plaire, /ôfd., jt. 32. Cette raison est certainement pour tous les temps. Il exhorte Timothée à se conserver chaste. I. Tim., q 5, jî'. 22, Entre les qualités d’un évêque , il demande qu’il n’ait eu qu’une femme , et qu’il soit continent. Tit., 8. Par continence, jamais saint Paul n’a entendu l’usage modéré du mariage , mais l’abstinence absolue ; cela est clair par le premier passage que nous venons de citer.
Mosheim convient que dès l’origine du christianisme, les paroles de Jésus-Christ
et celles de saint Paul ont (Hé prises à la ^ sent dans la continence , et qu’elle a tou lettre , et que c’est ce qui a inspiré aux ' jours travaillé à en établir la loi. En effet, premiers chrétiens tant d’estime pour le le concile de Néocésarée, tenu en 313, célibat; il le prouve par des passages dix aiis avant celui de Nicée, ordonne
d’Athénagore et de Tertullien. Ilist, christ., sec. 2, g 33, note 1.
de déposer un prêtre qui se seroit marié après son ordination. Celui d’Ancyre,
Saint Jean représente devant le trône , deux ans auparavant , n’avoit permis le de Dieu une foule de bienheureux plus ' mariage qu’aux diacres qui avoient proélevés en gloire que les autres : i Voilà, | testé contre l’obligation du célibat enre
» dit-il , ceux qui ne se sont point souil- » lés avec les femmes; ils sont vierges ,
cevant l’ordination.
Le 26® canon des apôtres ne permet-
» ils suivent l’Agneau partout où il va; j toit qu’aux lecteurs et aux chantres de » ce sont les prémices de ceux qu’il a prendre des épouses. Selon Socrate, » rachetés à Dieu parmi les hommes. » ! liv. 1 , cbap. 11 , et .Sozomène, liv. 1 , Apoc., c. 14 , ÿ. 4. Et l’on ose encore cliap. 23, c’étoit l’ancienne tradition de décider que l’Ecriture n’attache aucune ] l’Eglise, à laquelle le concile de Nicée idée de sainteté ou de perfection à la con- } trouva bon de se fixer , et qui est encore
tinence. Barbeyrac, ibid.
observée aujourd’hui dansles différentes
Vainement quelques incrédules ont ■ sectes orientales, conclu de là que le christianisme avilit | Nous convenons que ces conciles n’ole mariage , et en détourne les hommes ; ; bligerent point les évêques , les prêtres au contraire ; c’est Jésus-Christ qui lui ni les diacres, à quitter les épouses qu’ils a rendu sa sainteté et sa dignité primi- avoient prises avant d’être ordonnés; tives ; les apôtres ont condamné les hé- j mais on ne peut montrer par aucun rétiques qui le regardoient comme un ! exemple qu’il leur ait jamais été permis état impur; mais ils nous représentent, de se marier après leur ordination, ni
la continence comme un état plus parfait , par conséquent comme plus convenable aux ministres du Seigneur. Un état moins parfait qu’un autre n’est pas pour cela criminel ou impur.
Les mêmes critiques avouent , en second lieu , que tous les peuples anciens ont attaché une idée de perfection à l’état de continence, et ont jugé que cet état convenoit surtout aux hommes consacrés au culte de la Divinité. Juifs, Egyptiens , Perses, Indiens , Grecs , Thraces, Romains, Gaulois, Péruviens, philosophes , disciples de Pythagore et de Platon, Cicéron et Socrate, tous se sont accordés sur ce point. On sait l’excès des prérogatives que les Romains avoient accordées aux vestales. Il n’est donc pas étonnant que les fondateurs du christianisme aient rectifié et consacré cette même idée. Malgré la haute sagesse dont SC flattent nos politiques modernes, nous présumons que l’opinion des anciens pouvoit être mieux fondée que la leur.
En troisième lieu , ils conviennent que l’esprit et le vœu de l’Eglise ont toujours été que ses principaux ministres vécus-
de vivre conjugalement avec les femmes qu’ils avoient épousées auparavant. Saint Jérôme, adv. Figilant., pag. 281, et saint Epiphane, hœr., 39, n. 4, attestent que les canons le défendoient.
Nos adversaires sont-ils en état de prouver que saint Jérôme et saint Epiphane en ont imposé ? Dodwel, Dissert.
Cyprian. 3, n. 13, cite l’exemple de plusieursecclésiastiquesquivivoientavcc leurs épouses comme avec leurs sœurs.
Eusèbe, liv. 1 ,Démonst. écang., cbap. 9, en donne pour raison que les prêtres de la loi nouvelle sont entièrement occupés du service de Dieu , et du soin d’élever une famille spirituelle.
En Occident la loi du célibat est plus ancienne ; elle se trouve dans le trentetroisième canon du concile d’Elvire , (juc l’on croit avoir été tenu l’an 300. Elle fut confirmée par le pape Sirice l’an 383, par Innocent I"® en 404 , par le concile de Tolède l’an 400, par ceux de Gartliage , d'Orange, d’Arles, de Tours, d’Agde, d’Orléans, etc., et par les capitulaires de nos rois.
Gclte loi n’est que de discipline : qu’im-
porte? Elle est fondée sur les maximes de Jésus-Clirist et des apôtres , sur le vœu de l’Eglise primitive, sur la sainteté des devoirs d’un ecclésiastique, sur des raisons même d’une sage politique ; nous le verrons dans un moment. Que faut-il de plus pour la rendre inviolable ?
Les devoirs d’un ecclésiastique , surtout d’un pasteur , ne se bornent point à la prière et au culte des autels ; il doit administrer les sacrements, surtout la pénitence , instruire par ses discours et par ses exemples , assister les malades.
Il est le père des pauvres , des veuves , des orphelins , des enfants abandonnés ; son troupeau est sa famille ; il est le distributeur des aumônes, l’administrateur des établissements de charité , la ressource de tous les malheureux. Celte multitude de fonctions pénibles et dilliciles est incompatible avec les soins, les embarras, les ennuis de l’état du mariage. Un prêtre qui yseroit engagé, ne pourroit plus se concilier le degré de respect et de confiance nécessaire au succès de son ministère ; nous en sommes convaincus par la conduite des Grecs envers leurs papas mariés , et des protestants envers leurs ministres.
L’Eglise ne force personne à entrer dans les ordres sacrés ; au contraire, elle exige des épreuves , et prend toutes les précautions possibles pour s’assurer de la vocation et de la vertu de ceux qui y aspirent ; ceux qui s’y engagent le font par choix et de leur plein gré , à un âge auquel tout homme est censé connoiUe ses forces et son tempérament, longtemps après l’époque à laquelle il est habile à contracter le mariage. S’il y a de fausses vocations , elles viennent de la cupidité et de l’ambition des séculiers , et non de la discipline ecclésiastique.
A qui la continence est-elle pénible?
A ceux qui n’ont pas toujours été chastes, è ceux qu’infecte la dépravation actuelle des mœurs publiques. 11 faut retrancher la cause , et la vertu rentrera dans tous scs droits. Lorsqu’il arrive des scandales, ils ne viennent point de la part des ouvriers accablés du poids des fonctions ecclésiastiques , mais des intrus que l’intérêt et l’ambition des familles
font entrer dans l’Eglise malgré elle.
On nous oppose l’intérêt politique de la société , les avantages qui résulteroient du mariage des clercs, surtout l’accroissement de la population. Cette discussion ne devroit pas nous regarder; il faut cependant y satisfaire.
1“ Il est faux, toutes choses égales d’ailleurs , que la population soit plus nombreuse dans les pays où le célibat est proscrit. L’Italie , malgré le nombre des ecclésiastiques et des moines, est plus peuplée qu’elle n’étoit sous le gouvernement des Romains; on peut le prouver non-seulement par un passage de saint Ambroise , qui l’assuroit déjà de son temps , mais par Pline le naturaliste , qui avouoit que sans les espèces de prisons qui renfermoient les esclaves, une partie de l’Italie auroit été déserte. S’il y a donc encore aujourd’hui des parties dépeuplées , elles le sont par la tyrannie du gouvernement féodal , et non par l’influence du célibat religieux. Lorsque la Suède étoit catholique , elle (Uoit plus peuplée qu’elle n’est depuis qu’elle est devenue protestante. Les cantons catholiques de l’Allemagne ont autant d’hahitants , à proportion , que les pays protestants. Il en est de même des cantons de la Suisse , et de l’Irlande en comparaison de l’Angleterre. On prétend que la France étoit plus peuplée il y a deux siècles qu’elle n’est aujourd’hui ; nous n’en croyons rien : cependant il y avoit alors un plus grand nombre d’ecclésiastiques et de religieux qu’il n’y en a de nos jours.
2“ Il est absurde d’attribuer le mal à une cause innocente , lorsqu’il y en a d'autres qui sont odieuses, et sur lesquelles il faudroit frapper. Dans les grandes villes on compte plus de célibcutaires vouluptueux et libertins que de prêtres et de moines , et 1e nombre des prostituées excède de beaucoup celui des religieuses : faut-il épargner le vice pour bannir la vertu? Dans les campagnes , le défaut de subsistance éloigne du mariage les deux sexes ; ce n’est pas au célibat des prêtres que l’on doit s’en prendre.
Le luxe qui rend les mariages rui-
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neux , la corruption des mœurs qui y porte l’amertume et l’ignominie, le faste, l’oisiveté, les prétentions des femmes, le préjugé de naissance qui fait éviter les alliances inégales, la multitude des domestiques et des artisans dont la subsistance est incertaine , le libertinage des enfants qui fait redouter la paternité, l’irréligion et l’égoïsme qui ne veulent souffrir aucun joug, etc. : voilà les désordres qui , de tout temps, ont dépeuplé l’univers , contre lesquels il faut sévir avant de toucher à ce que la religion a sagement établi.
3“ Les politiques qui se sont élevés contre le mariage des soldats, ont dit que l’état seroit surchargé des veuves et des enfants qu’ils laisseroient dans la misère; il le seroit encore davantage par les veuves et les enfants des ecclésiastiques. La plupart des paroisses de la campagne ont bien de la peine à faire subsister un curé seul , et on veut les charger de la subsistance d’une famille entière. Les pères qui ont un nombre d’enfants , conviennent que , sans la ressource de l’état ecclésiastique et religieux, ils ne sauroient comment placer leurs enfants , et on veut la leur ôter.
Il y auroit bien d’autres réflexions à faire sur les dissertations politiques des détracteurs du célibat; mais nous y répondrons ci-après.
Un théologien anglois , nommé fVarthon, qui a traité cette question, a voulu prouver , \° que le célibat du clergé n’a été institué ni par Jésus-Christ, ni par les apôtres; 2° qu’il n’a rien d’excellent en soi , et ne procure aucun avantage à l’Eglise ni à la religion chrétienne ; 5“ que la loi qui l’impose au dergé est injuste et contraire à la loi de Dieu ; 4° qu’il n’a jamais été prescrit ni pratiqué universellement dans l’ancienne Eglise. Voilà de grandes prétentions; l’auteur les at-il bien établies?
Sur le premier chef, nous avons cité ies paroles de Jésus-Christ et celles des apôtres , qui prouvent l’estime qu’ils ont faite de la continence, la préférence qu’ils lui ont donnée sur l’état du mariage , la disposition dans laipielle doit être un ministre de l’Evangile , de re-
noncer à tout pour se livrer entièrement à ses fonctions. Ils n’ont pas prescrit le célibat par une loi expresse et formelle, parce qu’elle n’auroit pas été praticable pour lors. Pour les fonctions apostoliques , il falloit des hommes d’un âge mûr ; il s’en trouvoit très-peu qui ne fussent mariés. Mais ils ont suffisamment témoigné que, toutes choses égales d’ailleurs , des célibataires seraient préférables. Il est plus aisé de renoncer au mariage, que de quitter une épouse et une famille, comme Jésus-Christ l’exige.
L’Eglise l’a compris , et s’est conformée à l’intention de son divin maître, dès qu’elle a pu le faire.
Warthon dit que le célibat du clergé tire son origine du zèle immodéré pour la virginité , qui régnoit dans l’ancienne Eglise; que cette estime n’étoit ni raisonnable, ni universelle, ni juste, ni sensée. Cependant elle étoit fondée sur les leçons de Jésus-Christ et des apôtres ; c’est la prévention des protestants contre la virginité et le célibat , qui n’est ni raisonnable ni sensée : elle vient d’un fond de corruption et d’épicuréisme, qui est l’opposé du christianisme.
Il entreprend de prouver, par saint Clément d’Alexandrie, que plusieurs apôtres ont été mariés. Ce Père , disputant contre les hérétiques qui condamnoient le mariage, dit : « Condamneront- » ils les apôtres? Pierre et Philippe ont
* eu des enfants , et ce dernier a marié » ses filles. Paul , dans une de ses épî- » très , ne fait point difficulté de parler ï de son épouse ; il ne la menoit pas avec I lui , parce qu’il n’avoit pas besoin » de beaucoup de services; il dit dans » celte lettre : N’ avons-nous pas le pouï voir de mener avec nous une femme » notre sceur , comme font les autres
» apôtres ? Mais comm> ils dor.-
ï noient toute leur atteuti'^*' à la prédi-
* cation , ministère qui hf veut point de » distraction , ils menoicvl ces femmes ,
» non comme leurs épouses jUrAlscommo V leurs sœurs , aliu qu'elles pussent en- » trer sans reproche et sans mauvais » soupçons dans l’appartement -^des » femmes , et y |»orlcr la doctrine du » beigueur. » Slrom., 1. 3 , c. fi, p, 553,
édit, de Polter. Warthon a supprimé ces dernières paroles , et a tronqué la moitié du passage.
Nous avons prouvé par saint Paul lui-même qu’il n’étoit pas marié. Le Philippe qui avoit deux filles, éloitl’un des sept diacres , et non l’apôtre saint Philippe. Ces deux méprises de saint Clément d’Alexandrie ont été remarquées par les anciens et par les modernes. Voyez les Notes des critiques sur cet endroit des Stromates , et sur Eusèbe,//is/. ecclés., liv. 5, c. 50 et 31. Il résulte du passage même de saint Clément d’.Alexandrie , que les apôtres ne vivoient point conjugalement avec ces prétendues épouses. Saint Piecre est donc le seul dont le mariage soit incontestable ; mais il l’avoit contracté avant sa vocation à l’apostolat , et il dit luimême à Jésus -Christ : « Nous avons » tout quitté pour vous suivre. « Matlh., c. 19 , f . 27.
Au 3« siècle, on étoit si persuadé que les apôtres n’avoient pas été mariés, que la secte des apostoliques renonçoit au mariage afin d’imiter les apôtres.
Sur le second chef, ce n’est pas assez de prouver, comme fait Warthon, que l’usage chrétien du mariage n’a rien en soi d’impur ni d’indécent , c’est la doctrine formelle de saint Paul ; il faut encore démontrer, contre l’Evangile et contre saint Paul lui-même, que la continence n’est pas un état plus parfait et plus agréable à Dieu , lorsqu’on y demeure afin de mieux servir Dieu. Elle renferme en soi le mérite de dompter une passion très - impérieuse ; et si le nom de vertu, synonyme de celui de force, signifie quelque chose, la continence est certainement une vertu.
Le livre de YExode, c. 19, jf. 15, et saint Paul , I. Cor., c. 7 , i. S, attachent une idée de sainteté et de mérite à la continence passagère ; comment celle qui dure toujours peut-elle être moins louable ?
Le célibat des ecclésiastiques procure tt l’Eglise et h la religion chrétienne un avantage très-réel , qui est d’avoir des ministres uniquement livrés aux fonctions saintes de leur état et aux devoirs
de charité , des ministres aussi libres que les apôtres, toujours prêts à porter comme eux la lumière de l’Evangile aux extrémités du monde. Les hommes engagés dans l’état du mariage ne se consacrent point à servir les malades^ à secourir les pauvres , à élever et instruire les enfants , etc. Il en est de même des femmes ; celte gloire est réservée aux célibataires de l’Eglise catholique. Il n’est pas étonnant que les protestants , après avoir retranché le saint sacrifice , cinq des sacrements , l’olDce divin de tous les jours , etc., aient trouvé bon d’avoir des ministres mariés ; on sait comment ils ont réussi à en faire des missionnaires et des saints.
Sur le troisième chef, Warthon n’a pas prouvé , selon sa promesse, que la loi du célibat imposée aux clercs est injuste et contraire à la loi de Dieu. Elle pourroit paroître injuste, si l’Eglise forçoit quelqu’un , comme elle l’a fait autrefois à entrer dans le clergé, et à se charger du saint ministère. Lorsqu’un homme marié avoit d’ailleurs toutes les lumières , les talents et les vertus nécessaires pour être un excellent pasteur , l’Eglise , en lui faisant une espèce de violence pour se l’attacher , ne croyoit point devoir pousser la rigueur jusqu’à le séparer de son épouse ; cette femme auroit eu droit d’alléguer la sentence de Jésus-Christ : que l’homme ne sépare point ce que Dieu a uni. Matth., c. 19 , y. 6.
Pendant les persécutions des trois premiers siècles , les prêtres étoient les principaux objets de la haine des païens; ils étoient forcés de prendre des précautions pour ne pas être connus , et de vivre , à l’extérieur , comme les laïques : il n’y auroit donc pas eu de prudence à leur imposer pour lors la loi du célibat, ou à les obliger d’abandonner leurs épouses.
Mais on ne peut pas citer un seul exemple d’évêques ni de prêtres qui, après leur ordination , aient continué à vivre conjugalement avec leurs épouses, et en aient eu des enfants. Les protestants ont vainement fouillé dans tous les monuments de ranli(iuilé p«tur ci>
trouver ; celui de SjTidsius , dont ils triomphent, prouve contre eux. Ce saint personnafie , pour éviter l’épiscopat , protestoit qu’il ne vouloit quitter ni son épouse , ni scs opinions philosophiques ; on ne laissa pas de l’ordonner.
« Je ne veux, disoit -il, ni me sé- » parer de mon épouse, ni l’aller voir » en secret, et déshonorer un amour « légitime par des manières qui ne con- » viennent qu’à des adultères. » Ce fait meme prouve que les évêques ne vivoient plus conjugalement avec leurs épouses après leur ordination. Evagre, Hist. ecclés., liv. 1, c. IS. Beausobre, qui a senti cette conséquence , dit que c’étoit une discipline particulière au diocèse d’Alexandrie ; mais où en est la preuve ?
Sur le quatrième chef allégué par Warthon , il ne sert à rien de citer un grand nombre d’évêques mariés et qui avoient des enfants, à moins que l’on ne fasse voir qu’ils les avoient eus depuis leur épiscopat, et non auparavant. Voilà ce dont les ennemis du célibat ecclésiastique ne fournissent encore aucune preuve. Ils citent l’exemple du père de saint Grégoire de Nazianze ; nous éclaircirons ce fait dans l’article de ce saint docteur.
Socrate, liv. 1 , c. H , et Sozomène , liv. i , c. 2i, rapportent qu’au concile général de Nicée, les évêques étoient d’avis de défendre, par une loi expresse, aux évêques , aux prêtres et aux diacres qui s'étoient mariés avant leur ordination, d’habiter conjugalement avec leurs épouses ; que l’évêque Paphnucc, quoique célibataire lui-même et d’une chasteté reconnue, s’y opposa ; qu’il insista sur la sainteté du mariage , sur la rigueur de la loi proposée, et sur les inconvénients qui en résulteroient ; que, sur ses représentations, les Pères du concile jugèrent qu’il falloit s’cn tenir à l’ancievvc tradition de l’Eglise, selon laquelle il étoit défendu aux évêques, aux prêtres et aux diacres, de se marier, dès qu’une fois ils avoient été ordonnés.
Pour comprendre la sagesse des réflexions de Paphnuce et de la conduite du concile de Nicée, il faut savoir que ,
pendant les trois premiers siècles de l’Eglise, il y avoit eu plusieurs sectes d’hérétiques qui avoient condamné le mariage et la procréation des enfants comme un crime. Outre ceux dont parle saint Paul , Tim., c. 4, 3, les docètes,
les marcionites, les encratites, les manichéens , étoient de ce nombre. Sous l’empire de Gallien, mort l’an 268, plusieurs évêques furent mis à mort comme manichéens , parce que l’on supposa qu’ils gardaient le célibat par le même principe que ces hérétiques. Renaudot, Hist. Patriarch. Æexand., p. 47. Si la loi proposée au concile de Nicée avoit eu lieu , elle auroit paru favoriser ces sectaires , et ils n’auroient pas manqué de s’en prévaloir ; Paphnuce avoit donc raison d’insister sur la sainteté du mariage et sur l’innocence du commerce conjugal , et les évêques n’eurent pas tort d’y avoir égard dans ces circonstances ; c’est pour cela que le 45“ canon des apôtres condamne les ecclésiastiques qui s’abstiennent du mariage en haine de la création.
Malgré ces faits , Beausobre affirme que les Pères de l’Eglise avoient puisé leur estime pour le célibat dans les erreurs des docètes, des encratites, des marcionites et des manichéens; mais, par une contradiction grossière, il avoue que plusieurs chrétiens donnèrent dans ce fanatisme dès le commencement , par conséquent avant la naissance des hérésies dont nous parlons. Hist. du Munich., liv. 2 , c. 6, § 2 et 7 : preuve certaine qu’ils avoient puisé ce prétendu fanatisme dans les leçons de Jésus- Christ et des apôtres. En eflet, Beausobre avoue encore ailleurs , qu’il venoit d’une fausse idée du bien et du mieux, dont saint Paul a parlé, /. Cor., c. 7 ; ibid., 1. 7, c. 4, § 12. Mosheim plus judicieux fait le même aveu , Hist.
Christ., sœc. 2, § 53, not. ; il prouve la réalité du fait par le témoignage d’Atliéuagore et de Tertullicn ; il n’a pas osé blâmer celle estime pour le célibat, aussi ancienne que le christianisme.
Ces mêmes faits prouvent que les Pères de Nicée attachoicnl une idée de perfection et de sainteté au célibat
ecclesiastique et religieux ; qu’ils le regardoient comme l’état le plus convenable aux ministres des autels ; qu’ils auroient désiré dès lors pouvoir y assujettir le clergé. En effet, les inconvénients qui s’ensuivoient du mariage des ecclésiastiques firent bientôt sentir la nécessité d’en venir là, ou de prendre des moines obligés par vœu h la continence, pour les élever à l’épiscopat et au sacerdoce ; et si celte loi n’existoit pas déjà depuis quinze cents ans, on seroil bientôt forcé de l’établir. Sans cela l’on verroit renaître les mêmes désordres qui arrivèrent au neuvième siècle et dans les suivants, lorsque les grands s’emparèrent des évêchés , des abbayes et des cures , en firent le patrimoine de leurs enfants, déshonorèrent l’Eglise par les vices des intrus, et anéantirent enfin le clergé séculier par leurs rapines.
S’il éloit vrai, comme le prétendent nos adversaires, que la loi du célibat est injuste en elle-même , et contraire à ia loi de Dieu , il ne seroil pas moins injuste d’empêcher les clercs de se marier après leur ordination qu’auparavant.
Cependant nous voyons , par tous les monuments ecclésiastiques , que ni dans l’Orient, ni dans l’Occident, on ne leur a jamais laissé celle liberté. Quel avantage ces censeurs imprudents peuventils donc tirer de l’ancienne discipline, et de la prudence avec laquelle se conduisirent les Pères de Nicée ? Eusèbe , qui avoit assisté à ce concile, dit que les prêtres de l’ancienne loi vivoient dans l’état du mariage et désiroient d’avoir des enfants , au lieu que les prêtres de la loi nouvelle s’en abstiennent, parce qu’ils sont entièrement occupés à servir Dieu et à élever une famille spirituelle. Démonst. Evangélique, 1. 1 , c. 9.
Aussi la loi du céftôat pour les évêques, les prêtres et les diacres , après leur ordination , a continué d’être observée par les jacobites et par les ncsloricns après leur schisme. Elle fut interrompue chez ces derniers l’an -iSü et en 490 , mais rétablie par un de leurs patriarches, l’an 544. Assémani , Bibliol. orient., tome 4, c. 4 et c. 14, pag. 857.
En 1549, le parlement d’Angleterre,
quoique réformateur, fut plus raisonnable que les écrivains modernes de cette nation ; dans la loi même qu’il porta pour permettre le mariage aux ecclésiastiques , il dit : « Qu’il convenoit » mieux aux prêtrés et aux ministres » de l’Eglise de vivre chastes et sans » mariage, et qu’il seroit à souhaiter » qu’ils voulussent d’eux-mêmes s’abs- » tenir de cet engagement. » D. Hume, IJist. de la maison de Tudor, tome 5, p. 204.
Un nouveau dissertateur vient encore de réveiller celte question , dans une brochure intitulée les Inconvénients du Célibat des prêtres, imprimée à Genève en 1781. 11 a rassemblé tous les sophismes , les reproches , les impostures des protestants sur ce sujet ; il n’y a rien ajouté que quelques passages qu’il a falsifiés,, d’autres qu’il a forgés en citant des auteurs inconnus , et quelques phrases impudiques copiée» dans nos philosophes épicuriens ; nous ne relèverons de cet ouvrage que les endroits les plus absurdes.
L’auteur, I" partie, c. 2, prétend que le célibat peut nuire à la santé et abréger la vie; il exagère l’extrême difficulté de garder la continence. Si cette vertu est si pénible et si meurtrière, il est de rhumanilé de nos censeurs de permettre l’adultère aux personnes mariées , qui se trouvent séparées pour longtemps, ou dont l’une est tombée dans un état d’infirmité qui lui rend la vie conjugale impossible. Il faudroit encore permettre la fornication aux particuliers des deux sexes qui ne peuvent pas trouver à se marier, malgré le désir qu’ils en ont. Y a-t-il moins do vieillards , parmi les célibataires ecclésiastiques ou religieux , que parmi les gens mariés?
Selon lui , le célibat est un signe certain de la décadence et de la corruption des mœurs. S’il entend parler du célibat voluptueux et libertin des laïques, nous pensons comme lui ; mais est-il en état de prouver que les mœurs sont plus pures dans les lieux où le clergé n’observe point le célibat ? Quand il a dit : Multipliez les mariages, cl les mœurs
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deviendront meilleures ; il devoit changer la phrase et dire : Purifiez les mœurs, et les mariages se multiplieront, sans qu’il soit besoin de changer l’état des ecclésiastiques ni des religieux, c. 3 et 4.
A l’exemple des protestants , il soutient , ch. 8 , que les paroles de Dieu adressées à nos premiers parents: Croissez^ multipliez, peuplez la terre, renferment une loi. Cependant le texte dépose que c’est une bénédiction et non une loi. Quand c’en auroit été une pour les premiers hommes , elle n’a plus lieu depuis que le monde est peuplé. Soutiendra-t-on que tout homme qui ne se marie point pèche contre la loi de Dieu ? On dit que si le célibat devenoit général, le genre humain périroit. Nous répondons que si le mariage étoit général , la terre ne pourroit plus nourrir ses habitants ; la population ne consiste pas seulement à mettre des hommes au monde , mais à les faire subsister.
Dans la 2= partie , ch. 2 , notre grand critique prétend que le célibat, loin d’être loué ou recommandé dans l’Evangile , y est formellement condamné par ces mots : Que Vhomme ne sépare point ce que Dieu a uni ; saint Clément d’Alexandrie, dit-il, l’a ainsi entendu, Slromat., 1. 3, p. 544. C’est une citation fausse. Saint Clément prouve seulement par ces paroles que le mariage n’est point un état criminel , comme l’entendoient certains hérétiques. Mais autre chose est de vouloir séparer ceux que Dieu a unis par le mariage , et autre chose de trouver bon que ceux qui ne sont pas mariés continuent à vivre ainsi, lorsque cela peut être utile pour eux et pour les autres; saint Paul lui-même a fait cette distinction.
Après avoir censuré tous les commentateurs de l’Evangile, ce même écrivain s’érige en interprète des paroles du Sauveur. Matlh., c. 19 , jt. '12. « Il y a des » eunuques qui ont renoncé au mariage » pour le royaume des deux ; que celui » qui peut le concevoir y fasse atten- » tion. » Si ces i)arolcs , dit-il, signifient que celte sentence est obscure , elle ne prouve rien ; si cela veut dire qu’il faut
une grâce particulière pour pratiquer cette maxime, ce ne peut pas être une loi; le sens le plus naturel de ce passage , est que ceux qui se trouvent séparés par un divorce , feront fort bien de s'abstenir d’un second mariage.
Celte découverte n’est pas heureuse.
Une preuve que ht maxime du Sauveur n’est pas obscure , c’est que tout le monde l'entend très-bien , à l’exception des anticélibataires qui font la sourde oreille. Jésus - Christ fait entendre qu’il faut une grâce et une vocation particulière pour bien comprendre ce qu’il dit; par conséquent ce n’est pas une loi pour tous , mais pour ceux à qui Dieu donne celte grâce et cette vocation. Mais après que le Sauveur a déclaré formellement que ceux qui se remarient après un divorce commettent une adultère, il est absurde de lui faire dire simplement que ceux qui ont fait divorce feront très-bien de ne pas se marier. Il est d’ailleurs évident que ceux qui avoient renoncé au mariage pour le royaume des deux, étoient Jean-Baptiste elles apôtres, puisque ceux-ci disoient à leur maître: Seigneur nous avons tout quitté pour vous suivre.
Le passage de saint Paul, I. Cor., cap. 7, est clair : « Il est bon à l’homme, » dit-il, de ne pas loucher une femme... » Je désire que vous soyez tous comme » moi ; mais chacun a reçu de Dieu un » don particulier , l’im d’une manière , » l’autre d’une autre. Mais je dis à ceux * qui sont dans le célibat ou dans le veu- » vage , qu’il leur est bon de demeurer » dans cet étal comme moi. Que s’ils ne » sont pas continents, qu’ils se marient: j> il est mieux de se marier que de brû- » 1er d’un feu impur. * Notre censeur , fidèle écolier des protestants, dit, c. 3, (juc saint Paul parle ainsi à cause des persécutions ; faux commentaire : l’apôtre ajoute qu'il donne ce conseil, parce que ceux qui ne sont pas mariés s’occupent du service de Dieu et des moyens de lui plaire, au lieu que ceux qui le sont s’occupent des affaires de cc monde, 32. Ensuite notre critique pré-tend que saint Paul parle seulement des veufs , et les exhorte à ne pas passer à
de secondes noces. Nouvelle falsification; Tapôtre s’exprime clairement : Je dis aux veufs et à ceux qui ne sont pas mariés : Dico auiem non nnptis et viduis, 8; il parle même des vierges, 25.
fl dit que celui qui marie sa fille fait bien , et que celui qui ne la marie pas fait mieux, ÿ. 38. Si c’étoit une loi et un devoir de se marier, comme nos adversaires le soutiennent , de quel front saint Paul auroit-il pu y donner atteinte d’une manière aussi formelle?
Mais nous avons affaire à des disputeurs fertiles en ressources ; saint Paul , disent-ils , étoit marié, ou du moins l’avoit été ; c’est le sentiment de saint Ignace, dans son épître aux Pliiladelphiens ; de saint Clément d’Alexandrie, Stromai., 1. 3, c. 6, p. 533; d’Origène , in Episl. ad Rom., 1. 1 , n. 1 ; de saint Dasile , de ubdic. Serm.; d’Eusèbe, IJist. ecclés., 1. 3, c. 30, et de plusieurs autres Pères. Saint Paul lui-même le témoigne assez dans sa lettre aux Philippiens, c. 4, 3. Donc il a seulement voulu dé-
tourner les fidèles des secondes noces , et encore ce conseil est -il contraire à celui qu’il donne aux jeunes veuves, /. Tim., c. 5 : Je veux , dit - il , qu’elles se marient.
Si nos censeurs étoient moins aveugles , ils auroient vu que saint Paul, qui, suivant eux, étoit veuf lorsqu’il écrivit aux Corinthiens , n’a pas pu parler de son épouse comme vivante, dans sa lettre aux Philippiens, qui ne fut écrite que cinq ou six ans après; mais la prévention leur a ôté la présence d’esprit.
La plupart des citations qu’ils nous opposent sont infidèles ; il n’est parlé de prétendu mariage de saint Paul que dans la lettre interpolée ou falsifiée de saint Ignace aux Philadclphicns , et non dans le texte grec authentique. Il n’cst pas vrai qu’Origène soit de ce sentiment; il dit que , selon l’opinion de quelqucssaint Paul étoit marié lorsqu’il fut appelé à l’apostolat; que , suivant d’autres ,‘i\ ne l’étoitpas. Nous n’avons rien trouvé dans saint Dasile de ce qu’on lui attribue; saint Clément d’Alexandrie est le seul des Pères qui ait cru le mariage de saint Paul. Eusèbe , à la vérité, cite
ce qu’a dit saint Clément , mais il n"y donne aucune marque d’approbation:
et cette opinion n’est fondée que sur un passage de saint Paul mal entendu.
Aussi Tertullien , L.1 ad uxor. c. 3 ; L. de Monagam., c. 3 et 8 ; saint Hilaire, in Fs. 127 : saint Epiphane , Ifœr. 58; saint Ambroise, m exhortât, ad rirgines ; Saini Jérôme, Z. 1 contra Jovin. et £pist. 22 ad Eustochium; saint Augustin , Z. de Grat. et lib. Arb., c. 4; Z. de bono Conjug., c. 10 ; Z. 1 de Adult. conjug., c. 4; Z. de Opéré Monach., c. 4, affirment unanimement que saint Paul ne fut jamais marié. L’opinion particulière de saint Clément d’Alexandrie ne peut pas prévaloir à cette tradition constante.
Il n’y a aucune opposition entre les divers avis que donne saint Paul ; il veut que les jeunes veuves se remarient , parce qu’elles en ont le désir , quia.... nubere volunt , et parce que plusieurs ont manqué à la foi qu’elles avoient Jurée. J. Timot., c. 5,j^. 11 et 12. Sans doute il étoit mieux pour elles de se remarier que de brûler d’un feu impur. I. Cor., c. 7, y. 9.
Quant au passage de saint Paul , tiré de la même lettre aux Corinthiens, c. 9, 5 , qui a trompé saint Clément , et sur lequel nos adversaires insistent , il ne fait aucune difficulté. « N’avons-nous * pas , dit l’apôtre, le pouvoir de mener » avec nous une femme , comme notre s sœur , comme font les autres apôtres, » et les frères du Seigneur, et Céphas ? » Saint Clément, disent ces critiques, sous le nom de femme a entendu une épouse, cette traduction est fautive. Mais nos censeurs , toujours frappés du même veitige, veulent que saint Paul, après avoir parlé comme veuf dans le chapitre 7, ait fait mention de son épouse dans le chapitre 9.
Suivant leur coutume ordinaire, lorsqu’un Père de l’Eglise a dit quelque chose qui leur est favorable , ils en font un éloge pompeux; pour tous ceux qui ne sont pas de leur avis , ils les dépriment et en parlent avec dédain.
A force de spéculations, ils ont deviné l’origine de l’estime que l’on a euo
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dès les premiers siècles pour la virginité et pour le célibat; elle est venue, disent-ils, de la croyance dans laquelle étoient les premiers chrétiens que le monde liniroit bientôt , de la mélancolie qu’inspire le climat de l’Egypte et des Indes , des idées chimériques de perfection puisées dans la philosophie de Pythagore et de Platon ; et cette superstition s’est répandue partout.
Nous voilà donc réduits à croire que Jésus-Christ et ses disciples, saint Paul et l’auteur de l’Apocalypse , qui ont fait cas de la virginité et du célibat, étoient dans l’opinion de la fin prochaine du inonde; qu’ils étoient attaqués de la mélancolie de l’Egypte et des Indes ; qu’ils étoient prévenus des idées de Pythagore et de Platon. A l’article Monde, nous ferons voir qu’il n’est pas vrai qu’ils en aient prédit la fin prochaine.
Qui n’admireroit l’entêtement de nos adversaires? Ils disent que l’estime pour 1a virginité et pour le célibat est absurde , injurieuse à la nature , contraire aux desseins du Créateur, aux intérêts de l’humanité , aux plus pures lumières du bon sens ; et par une contagion déplorable , cette superstition s’est répandue partout; elle a passé de l’Egypte aux Indes et à la Chine, elle a infecté les ignorants et les philosophes. Avec le christianisme , elle a pénétré en Italie et dans les Gaules , en Angleterre et dans les climats glacés du Nord ; elle est allée jusqu’au Pérou faire établir les vierges du soleil. Ils se flattent néanmoins , par la supériorité de leurs lumières , de guérir enfin l’univers entier de celte maladie, et de lui rendre le bon sens qu’eux seuls croient posséder exclusivement. Us disent que celle estime aveugle pour la continence a été poussée à l’excès par les Pères de l’Eglise, et ils s’clforceul de prouver que les Pères n’ont jamais pensé à en faire une loi au clergé. Ils disent (lue les Pères ont eu le .même mé[)ris pour l’étal du mariage que les docètes, les marcioniles et les inaiiichéens; et à peine ces hérétiques ont-ils paru , qu’ils ont été réfutés et condamnés par les Pères.
Mais c’est ici un fait dont la discus-
sion est importante. Notre nouveau disserlaleur , instruit probablement par Beausobre , soutient que ces anciens hérétiques , détracteurs du mariage , ne le condamnoient pas comme absolument mauvais et criminel, qu’ils le regardoient comme un état moins parfait que le célibat , doctrine qui est à présent celle de l’Eglise romaine, mais qui a été condamnée par les Pères.
Heureusement le maître et le disciple se contredisent et se réfutent chacun de son côté. Le premier , après avoir fait tous ses efforts pour prouver que les manichéens ne pensoient pas , touchant le mariage, autrement que les Pères, est forcé de convenir que ces hérétiques ne pouvoient , suivant leurs principes , ni approuver le mariage, ni le regarder comme une institution sainte, puisqu’ils enseignoient que c’est le démon ou le mauvais principe qui a construit le corps humain , et qu’il s’est proposé de perpétuer , tant qu’il le peut, par la propagation, la -captivité des âmes; c’éloit aussi l’erreur de plusieurs sectes de gnosliques. Histoire du Munich., livre 7 , c. 5 , § 1 5 ; c. S , § 9. Le second n’a pu s’empêcher d’avouer que les encratiles et les apostoliques rejetoient le mariage comme absolument mauvais , qu’Euslatc de Sébaste en Arménie fut condamné au concile de Gangres , vers l’an 241 , parce qu’il inlerdisoit la cohabitation aux gens mariés. Inconv. du célib., seconde pari., c. 9, 10 et 13. Voilà ce que les Pères ni l’Eglise romaine n’ont jamais enseigné , mais ce qu’ils ont toujours proscrit et censuré.
Nous ne suivrons pas cet auteur dans ses déclamations contre les vœux , contre l’étal monastique , contre les couvents de religieuses, contre les superstitions portées dans le Nord par les missionnaires dans le neuvième siècle et les suivants; ces invectives , copiées d’après les prolcslanls , et rebattues par les incrédules, seront réfutées chacune dans leur place. Quant aux mœurs du clergé dans les bas siècles, et aux scandales qlii ont affligé l’Eglise, ces désordres n’ont eu lieu qu’après la chute de la
maison de Charlemagne, et après la eux se trouvent dans le royaume de Na* révolution qui bouleversa les gouver- pies et dans les états du pape ; le reste nements dans nos contrées. Les sei- de Tltalie ne suppose qu’un soixantegneurs , toujours armés , s’emparèrent quinzième ou environ de sujets voués i des bénéfices , en firent leur patrimoine, i la religion.
y placèrent leurs enfants et leurs pro- j II faut observer que l’Italie a peu de iégés ; ces intrus ne pouvoient manquer : grandes villes qui absorbent la populad’avoir tous les vices de leurs patrons ; j tion ; elle n’entretient point d’armées ni
la simonie et le concubinage allèrent toujours de compagnie ; Moshcim et d’autres protestants l’ont remarqué aussi bien que nous. En général , qui sont les prélats qui ont le plus déshonoré l’E
de marine militaire. Un climat doüx, un sol fertile, en diminuant les besoins, augmentent les subsistances.
Les derniers calculs faits sous l’administration de M. Necker ont porté la po-
glise? Ceux qui avoient eu des enfants ; pulation de la France à vingt-trois millégitimes avant leur ordination , ou qui ! lions cinq cent mille habitants ; en y
avoient eu des enfants naturels. Faut-il renouveler aujourd’hui les désordres qu’ils ont causés? Il est faux que le mariage permis aux ministres de la religion, dans les pays du Nord, y ait rendu les mœurs plus pures; Bayle a prouvé le contraire, Dict. Crû., Ermite, rem. 1, § 3.
Pour ne rien laisser à désirer sur celte question tant rebattue, il nous reste à examiner si le changement de discipline sur ce point produiroil des effets aussi avantageux qu’on le prétend.
Dans les .4nnales politiques de 1782,
supposant deux cent mille célibataires religieux , comme l’ont fait les plus grands exagéraleurs , c’est moins d’nr centième de la nation.
Il y a plus. Sur le total de six millions et plus de deux cent mille femmes propres au mariage, il y en A un million et quarante mille qui ne sont pas mariées, et on ne peut compter que soixante et dix mille religieuses , c’est le quinzième des femmes célibataires. Sur la totalité des hommes , on doit en compter au moins un million qui pourroient être mariés et qui ne le sont pas ; sur ce miln® 21 , il y a une lettre dont l’auteur se j lion il n’y en a qu’environ cent trente propose de démontrer, par le calcul , ! mille ecclésiastiques ou religieux, ce que la suppression du célibat ecclésias- I n’est que le dixième.
tique et religieux seroit une fausse pohtique , une puérilité indigne de l’at-
Rendez au monde , continue l’auteur., tous les hommes enfermés dans les mo-
tention d’un grand législateur , et une ! nastères , ce sera soixante mille céliba-
innovation sans fruit pour la population.
La haine , dit - il , la jalousie , la crédulité , l’enthousiasme réformateur , la rivalité des philosophes avec le clergé , ont exagéré jusqu’au ridicule le nombre des ecclésiastiques et des moines; mais voici le résultat des dénombrements les plus exacts.
Sur plus de dix millions d’habilams, l’Espagne compte cent soixante mille célibataires religieux , dont un tiers forme le clergé séculier ; c’est un cl demi pour cent de la génération complète. En Ita lie , il y a quatorze millions et demi d’individus, et deux cent quatre- vingt mille ecclésiastiques ; ce sont deux hommes par cent sur la totalité des habitants : mais plus de la moitié d’entre
taires de moins sur un million. Mais tous n’auront pas les facultés , le penchant, la fortune , la vocation , nécessaires au lien conjugal. Les cadets de famille, les vieillards , les infirmes , ceux qui préféreront la hberté et l’indépendance du célibat au joug du mariage , etc., sont à retrancher, et c’est au moins une moitié. Vous gagnerez donc, sur un million d’habitants , environ trente mille sujets , sur lesquels la mort, la pauvreté , l’abstinence forcée prendront leurs tributs: voilà à quoi se réduisent les romanesques visions des déclamateurs.
La seule capitale renferme plus de domestiques (ju’il n’y a de religieux dans tout le royaume ; le nombre de ces esclaves du luxe , dans toute rélcnduc da
la France , est un douzième de la population. Aux serviteurs, le mariage est interdit comme nuisible à l’intérêt des maîtres : dans les femmes , on tolère le libertinage, et non la fécondité légitime. Le célibat forcé des domestiques est un foyer de désordres , celui des ecclésiastiques est contraint dans scs penchants par la sainteté de son institut , par la crainte de la honte , par l’honneur du corps ; un religieux a devant lui dix exemples de vertu pour un de dépravation.
Deux cent cinquante mille soldats ou matelots sont enlevés sur la population, et l’on choisit les individus les plus capables des services civils. La débauche, les maladies honteuses , empoisonnent les armées , tandis que la désertion les diminue.
Comptez les mendiants , les employés des fermes, les rentiers, les journaliers, la nuée des gens de lettres , mais surtout les philosophes : l’esprit philosophique, qui n’est autre chose que l’esprit d’égoïsme, fut toujours antipathique du mariage. Voyez nos mœurs , nos capitales , nos ménages , observez le luxe dans ses gigantesques progrès, le concubinage impossible à réprimer, la puissance maritale et paternelle de jour en jour plus relâchée et plus insupportable, le ton et la conduite des femmes; flattezvous ensuite que la propagation do l’espèce va couvrir la terre , lorsque cinquante mille moines auront renoncé au vœu du célibat.
Il existe dans le royaume deux fois autant de prostituées que de religieuses: lesquelles sont les plus funestes à la population? Depuis 1766 jusqu’en 1775, le nombre des enfants trouvés à Paris est augmenté d’un tiers.
La noblesse des villes produit peu de mariages , et encore moins d’enfants ; nos lois et nos usages ont condamné les cadets à l’indigence et au célibat : les monastères ou les ordres sont donc une ressource pour la noblesse des deux sexes ; ils recueillent les célébataircs produits par le désordre de la société; mais ils ne les cngcndrciit pas.
Il vaudroit donc mieux réduire notre
état militaire, renvoyer la moitié des gens de livrée dans les campagnes, avoir deux tiers moins d’avocats , de procureurs, d’offices de finance, d’huissiers, d’auteurs, etc., et conserver les moines.
Cela est impraticable, sans doute; et c’est là le mot de tous les beaux plans de réforme qu’on nous étale dans les livres , et que l’on prône dans les nouvelles publiques. Nous chérissons nos vices, et nous en indiquons le remède.
On déclame contre le luxe, lorsque le luxe ne peut plus être réprimé ; on disserte sur l’éducation lorsque l’abus de la société efface de plus en plus les caractères ; on peuple les états dans des brochures, sans observer l’action irrésistible des mœurs et des usages sur les vraies sources de la population, s..
L’auteur des Recherches philosophiques sur le célibat, s’écrie : « Voyez j> les états protestants, ils fourmillent ï de bras, et la catholicité de déserts. » Vingt autres ont fait cette comparaison.
Mais en Suisse, le plus peuplé des cantons est celui de Soleure, et il est catholique ; il a des ecclésiastiques , des moines et des religieuses; si la Sicile est pleine de masures, c’est l’effet du gouvernement féodal , le plus atroce et le plus destructeur qu’ait inventé l'usurpation. Les Pays-Bas catholiques, les riches républiques d’Italie , étoientelles dépeuplées dans le quinzième et le seizième siècle? Avoient-elles moins de prospérité que la Hollande? La Prusse est-elle plus féconde en habitants que le Palatinat, et la Suède que la Lombardie? La fertilité du sol , la position topographique et le gouvernement, ont une toute autre force que les couvents.
Réformer et non pas détruire , telle doit être la maxime de tout homme qui spécule en politique. Changez des asiles inutiles eu hospices de la pauvreté, de l’àge, de la douleur, du repentir cl de l’abnégation , la société pourra y gagner, mais non sa population. L’amour du paradoxe n’inspire point celle opinion ; quand on se défend avec des chiffres, on ne peut guère être soupçonné d’imposture. >
Il nous paroîl que cet auteur ne craint
pas d’être réfuté ; s’il se trompe, il est très à propos de démontrer son erreur.
L’auteur de l’article célibat dans le Dictionnaire de Jurisprudence , a copié les diatribes de l’abbé de Saint- Pierre, placées dans l’ancienne Encyclopédie, et il y a joint ce que les protestants ont dit dans celle d’Yverdun.
Nous ne pouvons nous dispenser de relever quelques-unes des contradictions de cet article.
Après avoir soutenu que le célibat étoit proscrit chez les Juifs en vertu de la prétendue loi, croissez et multipliez, on nous assure qu’Elie , Elisée , Daniel et ses trois compagnons, vécurent dans la continence. Yoilà donc des prophètes, des amis de Dieu , qui ont violé publiquement la loi de Dieu portée dès la création. L’on nous vante les lois que les Grecs et les Romains avoient faites contre le célibat, l’espèce d’infamie dont ils l’avoient noté, les privilèges qu’ils accordoicnt aux personnes mariées ; cependant l’on nous fait observer que tous les peuples ont attaché une idée de sainteté et de perfection à la continence observée par motif de religion ; il n’est donc pas vrai que toute espèce de célibat ait été notée d’infamie. D’un côté l’on dit qu’il n’y a guère d’homme à qui le célibat ne soit difficile à observer , que les célibataires doivent être tristes et mélancoliques ; de l’autre, on cite une harangue de Métellus Numidicus , adressée au peuple romain , dans laquelle il avoue que c’est un malheur de ne pouvoir se passer des femmes; que la nature a établi qu’on ne peutguère vivre heureux avec elles. Pour être heureux , il faudroit donc n’étre ni marié ni célibataire. Un de ces oracles dit que , dans le christianisme, la loi du célibat, pour les ecclésiastiques, est aussi ancienne que l’Eglise , que Dieu l’a jugé nécessaire pour approcher plus dignement de ses autels ; un autre prétend que le célibat n’étoit que de conseil , et que , malgré ce qu’en a pensé le concile de Trente, la question que nous examinons est purement politique.
Dans la même page on lit qu’en Occident le célibat étoit prescrit aux clercs,
et qu’il étoit libre dans l’Eglise latine ; ri faut donc que celle-ci ne soit pas la même que l’EgUse d’Occident.
Ce que disoit l’abbé de Saint-Pierre, que les ministres protestants sont aussi respectés du peuple que les prêtres catholiques, est absolument faux. 11 est certain, par cent exemples, que les protestants sensés , même les souverains , ont toujours témoigné plus de respect pour les prêtres catholiques, dont ils connoissoient les mœurs, que pour leurs propres ministres ; on sait d’ailleurs qu’en Angleterre le bas clergé est trèsméprisé. Londres, t. 2,p. 211.
Nous n’avons garde de blâmer ce qui est dit dans cet article contre le célibat volontaire ou forcé des séculiers; mais les moyens que l’on propose pour y remédier sont à peu près impraticables, et ceux que l’abbé de Saint-Pierre avoit rêvés pour prévenir les inconvénients du mariage des prêtres, sont absurdes.
Les ennemis du célibat ecclésiastique et religieux n’ont donc épargné, pour l’attaquer , ni les contradictions , ni les impostures ; en voici encore un exemple récent.
Dans le Journal Encyclopéàtque du IS mars 1786, pag. 509, on a placé une lettre d’Ænéas Sylvius , qui devint pape sous le nom de Pie II, l’an 1458, dans laquelle on prétend qu’il a justifié le libertinage de sa jeunesse , et dans laquelle il s’élève contre le célibat des prêtres; c’est la lo« du recueil de ses lettres. Mais dans l’Année littéraire de cette même année , n® 15, un savant a prouvé, 1° que le journaliste a traduit infidèlement la lettre d’Ænéas Sylvius , et qu’il y a mis du sien les deux phrases les plus fortes contre le célibat des prêtres. 2° Que cette 15® lettre a été écrite dans la jeunesse de l’auteur , longtemps avant qu’il fût engagé dans les ordres sacrés. 3° Que pendant son pontificat il a désavoué et rétracté ce qu’il avoit écrit autrefois dans l’effervescence des passions. Dans sa lettre 393, adressée à Charles Cyprianus, il dit -. 'Méprisez et rejetez, ô mortels, ce que nous avons écrit dans notre jeunesse au sujet de l’amour profane; suivez ce que nous
tous disons à présent. Croyez-en un vieillard plutôt qu'un jeune homme , un pontife plutôt qu'un simple particulier, Pie II plutôt qu'Ænéas Sylvius. 4® Que Flaccus Illyricus, sur la foi de Platine et de Sabclücus , attribue mal à propos à ce pape la maxime suivante, savoir : que le mariage a été interdit aux prêtres pour de bonnes raisons, mais qu’il y en a de meilleures pour le leur rendre. Il est démontré au contraire qu’il n’y en a aucune de toucher à l’ancienne discipline , et que toutes sortes de raisons engagent à la conserver. oyez Virginité.
CËLICOLES. Foyez Coelicoles.
CELLIÏES, nom d’une congrégation de religieux hospitaliers , qui ont des maisons en Allemagne et dans les Pays- Bas. Leur fondateur est un nommé Meccio; c’est ce qui les a fait appeler mecciens en Italie. Ils suivent la règle de saint Augustin ; leur institut fut approuvé par Pie II , vers l’an 1460 ; mais ils existoient déjà depuis plus d’un siècle. Ils sont occupés à soigner les malades, particulièrement ceux qui sont attaqués de maladies contagieuses, telles que la peste ; ils gardent et servent les insensés, enterrent les morts, etc. Ils ont beaucoup de rapport aux frères de la charité.
Ainsi l’on n’a pas attendu au dixseptième siècle pour faire , par motif de religion, des établissements utiles à l’humanité. Parmi un grand nombre d’instituts , dont nous ne voyons plus la nécessité , parce que les raisons qui les ont fait établir ne subsistent plus , il en est dont les services continuent toujours, et dureront aussi longtemps que l’on voudra se donner la peine de les protéger et de les favoriser.
Ç’a été un trait de malignité de la part de Mosheim, de dire que l’institut des ceintes se forma, parce que les ecclésiastiques du quatorzième siècle ne prenoient aucun soin des malades ni des moribonds; il n’a pu prouver cette accusation par aucun fait ni par aucun monument. Les vrais motifs de cette institution furent les ravages énormes de la maladie contagieuse qui régna
l’an 1348 et les années suivantes, qui désola l’Italie, l’Espagne, la France, l’Angleterre , l’Allemagne et les pays du Nord , et qui fut appelée la peste noire, et les indulgences que Clément VI accorda à tous ceux qui donneroient aux pestiférés les secours spirituels ou temporels. Mais pendant que les cellites leur procuroient les seconds, qui leur donnoit les premiers, sinon les prêtres et les religieux? C’est comme si l’on disoit que les frères de la charité ont été institués l’an 1520 pour soulager les corps, parce que les prêtres négligeaient les âmes.
Mosheim observe que les cellites furent aussi nommés lollards; mais il ne faut pas les confondre avec plusieurs sectes d’hypocrites , qui furent ainsi appelés dans la suite. Foyez Lollards.
CELLULE, diminutif du mot celle, qui a signifié autrefois un lieu fermé , et conséquemment un monastère. C’est une petite chambre habitée par un religieux ou par une religieuse , et qui fait partie d’un couvent. Elle renferme ordinairement un lit ou un grabat , une chaise , une table , quelques images et quelques livres de piété : le reste seroit superflu.
Un religieux qui sait s’occuper dans SA cellule à prier, à lire, à méditer, à écrire, à faire quelques ouvrages des mains, est plus heureux qu’un grand seigneur dans un vaste appartement.
S’il lui arrive d’entrer dans un de ces palais qui renferment les chefsd’œuvre des arts , et des meubles précieux dont le maître ne se sert jamais, il peut dire, comme un ancien philosophe ; combien de choses dont je n'ai pas besoin !
Dans la Thébaïde , il y avoit trois déserts habités par des solitaires ou anachorètes, l’un appelé des cellules, l’autre de la montagne de Nilrie , le troisième de Secté; c’étoit le plus éloigné du centre de l’Egypte, il coiilinoit à la Libye.
ÇEL8E , philosophe du second siècle, est célèbre par son ouvrage contre la religion chrétienne, écrit vers l’an 170. De nos jours on a pris la peine de recueillir, dans saint Cyrille , les fragments des
livres de Julien sur ce même sujet, et d’en faire un discours suivi ; nous ne connoissons aucun ouvrage de nos adversaires dans lequel ils aient fait la même chose à l’égard de celui de Celse. Ç’a été sans doute un trait de prudence de leur part ; celui-ci renferme plusieurs aveux très-favorables au christianisme , et ils ne peuvent être suspects. La réfutation qu’Origcne a faite des calomnies de Celse, est le plus important des ouvrages de ce Père. Il semble supposer que son adversaire étoit épicurien ; mais il est plus probable que c’étoit un éclectique ou nouveau platonicien , qui faisoit profession de n’épouser aucun système , et de ne tenir à aucune école.
Celse regarde comme une folie le projet formé par les chrétiens de convertir tous les peuples et de les ranger sous la même loi ; il veut que chaque nation conserve sa religion, quelle ciu’elle «oit. Orig. contre Celse, 1. 5, n® 23 ; 1. 8 , n® 72. Mais si la religion des Egyptiens et celle de Juifs étoient fausses et absurdes , comme il le soutient , ces deux peuples auroient-ils eu tort d’en embrasser une meilleure? S’il avoit vécu plus longtemps , il auroit vu le projet des chrétiens à peu près exécuté ; il auroit été convaincu que chez tous les peuples et dans tous les climats , le christianisme a produit les mêmes effets et la même révolution dans les mœurs, comme Origène le fait observer.
Ce philosophe connoissoit nos évangiles : il paroît même avoir eu sous les yeux celui de saint .Matthieu ; il en suit sommairement l’histoire , et il avoit comparé les deux généalogies du Sauveur, I. H , n® 32. Il avoit lu l’ancien Testament, du moins le livre de la Genèse tout entier, 1. 4, n® 36 et suiv. Il est le premier qui ait accusé Jésus -Christ d’être né d’un commerce illégitime, et il met ce reproche dans la bouche d’un juif, 1. I , n® 28. Si cette calomnie avoit eu quelque fondement, les Juifs contemporains ne l’auroient pas passée sous silence; ils n’auroient pas souffert que Jésus enseignât, et se donnât pour descendant de David. Cérintlie , Carpocrate , les ébionites , ne se scroienl pas
obstinés à soutenir que Jésus étoit né de Joseph et de Marie; les évangélistes n’auroient pas osé tracer et publier sa généalogie, et Jésus n’auroit trouvé aucun disciple parmi les Juifs.
Il ne conteste point le massacre des Innocents , ordonné par Ilérode , pour faire périr Jésus enfant : il n’y oppose qu’un raisonnement qui ne signifie rien 1. I, n® 58. Si ce fait éclatant et public n'étoit pas vrai , toute la Judée auroit pu déposer du contraire.
Qu’oppose-t-il aux miracles de Jésus- Christ? C’étoit l’article de plus important. Il dit que personne ne les a vus, si ce n’est ses disciples, et qu’ils les ont beaucoup exagérés , 1. 1 , n® 68. Mais si Jésus -Christ a laissé sur la terre au moins cinq cents disciples, comme saint Paul nous l’apprend , ce nombre de témoins nous paroît assez considérable.