‹ Dictionnaire de théologieChapitre 161 sur 170 · CEP · texte numérisé non relu

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jours saint Paul n’avoit profité en rien des instructions de saint Pierre ? Il est beaucoup plus naturel de croire que Jacques , Céphas et Jean , desquels il parle, jt. 6 et 9 , avec une espèce de mépris, n’étoient pas trois apôtres, mais trois disciples desquels saint Paul n’étoit pas content.

Dom Calmet répond que puisque saint Pierre avoit deux noms , saint Paul a pu s’en servir indifféremment ; mais il ne satisfait pas à la seconde partie de l’objection.

En troisième lieu, dans la première épître aux Corinthiens , c. 1 , ^. 12, saint Paul leur reproche que parmi eux les «ns disoient , Je suis à Paul , les autres , Je suis à Apollo ; ceux-ci , Je suis à Céphas , ceux-là , Je suis à Jésus-Christ.

Outre qu’il est fort douteux que saint Pierre ait jamais prêché à Corinthe , y ait eu des disciples particuliers , y ait été nommé Céphas , et non lUrpoi, peut-on se persuader que saint Paul ne l’ait placé qu’au troisième rang , et après un simple disciple? Il fait de même, c. 9, f. 5, en parlant des autres apôtres , des frères du Seigneur et de Céphas. Il y auroiten cela une affectation trop marquée.

On a beau dire qu’il ne s’agissoit pas là de régler les rangs ; la place que tenoit saint Pierre parmi les apôtres, exigeait plus de ménagement que saint Paul n’en témoigne pour Céphas.

Les autres raisons qu’allègue le père Ilardouin ne paroissent pas fort solides, et l’on ne peut pas approuver son alïectation de préférer la leçon de la vulgatc à celle du texte grec.

< Dans le fond , cette contestation ne nous paraît pas fort importante. Quand le Céphas, repris par saint Paul, serait l’apôtre saint Pierre, quand celui-ci au- Toit ménagé à l’excès le préjugé des juifs, sa faute ne nous paroitroi t pas fort grave. Saint Paul lui-même , par ménagement pour les juifs, fit circoncire son disciple Timothée , se purifia dans le temple, et fit les oblations prescrites par la loi , ML, c. 16, ^ 3; c. 21 , ^ 21. Il jugeoit donc , aussi bien que saint Pierre , qu’il éloit à propos d’avoir quchpie condescendance pour la prévention desjuifs,

qu’il ne fallait pas la heurter de front. Quand saint Pierre n’auroit pas d’abord fait attention aux conséquences qui pouvoient en résulter, ce ne seroit pas un crime. C’est très-injustement que les Hérétiques et les incrédules ont pris occasion de ce fait pour calomnier ces deux apôtres ; il n’y a dans la conduite de l’un ni de l’autre aucun trait d’hypocrisie ni de mauvaise foi. Ceux d’entre les protestants qui ont conclu de là que saint Pierre n’étoit pas infaillible, se sont joués du terme ; ils devaient conclure tout au plus que saint Pierre n’étoit pas impeccable. Tenir une conduite de laquelle on peut tirer une fausse conséquence et une erreur , ce n’est pas enseigner pour cela l’erreur. Saint Pierre pourrait donc avoir péché dans sa conduite , sans avoir failli dans sa doctrine.

CERDONIENS, hérétiques du second siècle. Cerdon leur maître, né en Syrie, suivit les erreurs de Simon le Magicien. Il vint à Rome sous le pape Hygin, y séjourna longtemps , y sema sa doctrine , tantôt en secret , tantôt ouvertement.

Repris de sa témérité , il fit semblant de se repentir et de se réunir à l’Eglise ; mais son hypocrisie fut connue, et il fut absolument chassé.

Comme la plupart des hérétiques do ce même siècle, Cerdon soutenoit que ce monde n’étoit pas l’ouvrage d’un Dieu tout-puissant, sage et bon, non plus que la loi de Moïse, qui lui paroissoit imparfaite et trop rigoureuse. Conséquemment il admettoit deux principes de toutes choses , l’un bon et l’autre mauvais ; c'est à ce dernier qu’il attribuoit la fabrique du monde et la loi de Moïse. L’autre, qu’il appeloit le principe inconnu , étoit selon lui le père de Jésus-Christ ; mais il n’avouoit point que le Fils de Dieu se fiït réellement revêtu de l’humanité, fût né d’une vierge , eût enduré véritablement les souffrances et la mort; tout cela , disoit-il , ne s’est fait qu’en apparence. Il n’admettoit point la résurrection des corps, mais seulement celle dos âmes ; il siipposoit par conséquent que celles-ci monroient avec le corps. Il rejcloit tous les livres de l’aucieii Testament , et n’admettoit du nouveau quo

FEvangile de saint Luc ; encore en retranohoit-il une partie. Les mêmes erreurs furent soutenues par Marcion et.

par ses disciples. V oyez Marcionites. ;

Plusieurs critiques prétendentqu’outre les deux principes, l’un absolument bon, l’autre mauvais par nature , Cerdon et Marcion en admettoient un troisième intermédiaire , qui étoit d’une nature mixte , et que c’est à celui-ci que ces hérétiques attribuoient la création du monde et la législation mosaïque ; cela peut être. Mais s’il est vrai que , suivant leur opinion , ce principe mixte, quoique continuellement en guerre avec le mauvais principe , aspire cependant aussi bien que lui à supplanter l’Etre suprême , à soumettre à son propre empire tous les habitants de la terre, ce principe mixte nons paroît beaucoup plus méchant qu’il n’est bon. C’est un trait de méchanceté, non-seulement de se révolter contre le Dieu souverainement bon, mais de vouloir soustraire à son gouvernement les hommes qu’il désire de rendre heureux. Suivant les cerdoniens , le Dieu bon a envoyé Jésus- Christ son Fils sur la terre pour détruire l’empire du mauvais principe et celui du principe mixte , et pour ramener à Dieu les âmes qu’ils ont séduites. Tous deux, dit -on, se sont ligués contre Jésus- Christ, ont suscité contre lui les Juifs pour le crucifier et le mettre à mort ; mais comme Jésus n’avoit qu’un corps apparent , ils n’ont pu y réussir qu’en apparence. Voilà donc le principe mixte, prétendu Dieu des Juifs, devenu aussi méchant que le mauvais principe ou le prince des ténèbres : ainsi , la supposition de ce principe intermédiaire ne remédie à rien ; ce n’est qu’une absurdité de plus.

D’ailleurs , ou c’est le Dieu bon qui a donné l’existence aux deux autres principes , ou ils sont éternels et existants par eux-mêmes aussi bien que lui. S’ils sont étemels , c’est une absurdité de ne pas les supposer absolument bons par nature ; de quelle cause est venue leur malice? Si c’est le Dieu bon qui les a produits , ou il a été imprudent et borné dans ses connoissances , ou il a mal fait

de les produire , et il est responsable de tous les maux q^i en ont résulté.

Il n’est pas inutile d’observer que toutes les hérésies du second siècle ont eu la même origine, savoir, la difficulté de concevoir qu’un Dieu bon soit l’auteur du mal, ait produit des créatures .sujettes à tant d’imperfections et de souffrances , ait imposé aux hommes une loi aussi rigoureuse qu’étoit celle de Moïse. Les philosophes ne concevoieni pas mieux qu’un Dieu se fût abaissé jusqu’à s’incarner dans le sein d’une femme, se revêtir de nos misères, mourir ignominieusement sur une croix. Pour sortir de cet embarras, les uns avoient imaginé deux principes co-éternels , l’un cause du bien, l’autre auteur du mal; les autres pensoient que Dieu avoit produit plusieurs esprits inférieurs à lui-même, et leur avoit laissé le soin de fabriquer et de gouverner le monde. Les raisonneurs se partagèrent entre ces deux systèmes ; mais tous se réunirent à soutenir que le Fils de Dieu , qu’ils regardoient comme un être fort inférieur à Dieu, ne s’étoitfait homme qu’en apparence , n’avoit eu qu’une chair fantastique et apparente.

Il est évident à tout homme qui veut y réfléchir , que leur système étoit nonseulement absurde en lui-même , mais incapable de résoudre aucune difficulté.

Car enfin, que le Dieu suprême ait fait lui-même le monde tel qu’il est, ou qu’il l’ait laissé faire à des ouvriers impuissants et mal habiles , la faute est égale de sa part ; qu’il ait donné par lui-même une loi imparfaite et vicieuse , ou qu’il l’ait laissé établir par d’autres , l’inconvénient est le même. N’est-il pas aussi indigne de la Divinité de tromper les hommes, de fasciner leurs yeux, de les induire en erreur par de fausses apparences d’une chair humaine , que de se revêtir des misères de l’iiumanité? Quant à l’hypothèse de deux principes co-éternels, nous ferons voir à l’article Mal qu’elle ne soulage pas mieux la raison que la précédente.

Mais les raisonneurs du second siècle, malgré leur entêtement, n’osèrent pas nier les faits publiés par les apôtres , la

tion du moins apparente de Jésus-Christ ; parce que tous ces faits étoiei#t prouvés par la notoriété publique : ils n’élevèrent aucun soupçon contre la sincé.ité et la bonne foi des apôtres. C’est le point essentiel. De là il résulte contre les incrédules , que les apôtres n’ont pas seulement subjugué des ignorants , des hommes crédules et incapables d’evaminer des faits, mais des philosophes très - disposés à les contredire , s’ils avoient pu , et qui cependant ont confirmé leur témoignage.

CÉRÉMONIE , signe extérieur ou démonstration des sentiments du cœur ; telle paroît être l’étymologie de ce terme : il est dérivé de car, ker, le cœur , et de moneo , avertir, faire connoîlre. Mettre en question si les cérémonies en général sont nécessaires , c’est demander si les hommes ont besoin de se communiquer mutuellement leurs pensées et leurs affections par des signes extérieurs. Sans cela , pourroit-il y avoir entre eux aucune société?

Il n’est aucun sentiment qui ne se montre au dehors par un geste particulier; nous n’avons pas besoin de leçon pour comprendre que se prosterner est une marque de respect et de soumission , qu’élever les yeux et les mains vers le ciel est un signe d’invocation, qu’une offrande est un témoignage de reconnoissance ; un homme qui se frappe la poitrine montre qu’il a du repentir, celui qui se lave le corps fait profession de vouloir purifier son âme, etc. Un discours accompagné de ces signes éloquents fait une impression plus profonde; il fait passer dans Tàmc des auditeurs les passions dont un orateur est agité. On convient qu’il faut des cérémonies dans la vie civile, que chez les Chinois elles suppléent à la morale et à la législation; pourquoi n’en faudroit-il pas dans la religion? Les signes extérieurs de bienveillance mutuelle adoucissent les mœurs ; les démonstrations de respect envers la divinité rendent l’homme religieux.

Parmi les cérémonies qui tendent à ce

dessein, les unes sont saintes et louables, les autres superstitieuses et absurdes.

On ne doit mettre au rang des premières que celles qui ont pour objet le culte du vrai Dieu, et qu’il a daigné prescrire ou approuver. Il ne faut pas se persuader qu’il y ait eu jamais une religion sans cérémonies.

Dès le commencement du monde, les premiers hommes qui n’avoient point reçu d’autres leçons que celle de Dieu, lui ont fait des offrandes et des sacrifices, lui ont adressé des vœux, ont élevé des autels , les ont consacrés par des effusions d’huile et de parfums, ont juré par son saint nom , l’ont pris pour témoin de leurs alliances , ont usé de purifications, ont mangé en commun la chair des victimes , etc. C’est ainsi que l’histoire sainte nous peint la religion des patriarches.

Lorsque Dieu réunit les Hébreux en corps de nation , il leur prescrivit, par l’organe de Moïse, les rites qu’ils dévoient observer ; les lois cérémonielles furent incorporées à leurs lois civiles.

Mais ce cérémonial n’étoit pas absolument nouveau pour eux; une partie avoit déjà été pratiquée par leurs pères. Vainement le cbevalier Marsham, Spencer et d’autres, ont prétendu que la plupart des cérémonies juives étoient empruntées des Egyptiens ; les patriarches s’en étoient servis pour honorer Dieu avant que les Egyptiens les eussent profanées par l’idolàtrlc. Un grand nombre de ces rites tendoient à préserver les Juifs des superstitions de leurs voisins. F’oy. Lois céhémoxielles.

Enfin, lorsqu’il a plu à Dieu de réunir toutes les nations dans une même société religieuse , il a envoyé son l'ils unique pour leur enseigner à honorer Dieu en esprit et en vérité. Ce divin Maître a institué par lui-même une partie de nos cérémonies, et a laissé aux apôtres, remplis de son Esprit, le soin d’établir les autres. Dès les temps apostoliques, au milieu même des persécutions, nous voyons déjà une liturgie, des sacrements, un clergé, une hiérarchie. Au quatrième siècle, lorsque l’Eglise eut la liberté de pratiquer son culte au grand jour, la

liturgie fut mise par écrit; mais on l’avoit reçue par tradition des apôtres. Dans les différentes Eglises de l’Orient , de l’Occident, dans les langues grecque , syriaque et latine , elle se trouva la même pour le fond. Si c’eût été l’ouvrage des hommes , il se seroit senti du caractère et du génie de chaque nation ; nous ne voyons pas que l’on ait tenu aucune assemblée pour le former.

Dieu n’a donc jamais laissé les cérémonies de son culte au choix et à la discrétion des hommes ; elles ont une liaison trop étroite avec le dogme, avec la morale, avec le bien delà société. Ceux qui les envisagent comme un hors-d’œuvre indifférent à la religion, n’en connoissent ni l’origine ni les conséquences.

Une cérémonie qui étoit sainte et respectable lorsqu’elle servoit au culte du vrai Dieu, est devenue superstitieuse et criminelle lorsqu’elle a été employée à honorer de fausses divinités. L’homme, après s’être formé des dieux selon son goût, s’est fait aussi un cérémonial à son gré. R n’a eu besoin pour cela ni des leçons des prêtres, ni du conseil des imposteurs, ni du secours des faux inspirés ; il lui a suffi de suivre l’instinct des passions et les caprices d’une imagination déréglée. Le désir immodéré d’obtenir du ciel des biens temporels , l’impatience de se délivrer d’un mal présent, une curiosité effrénée de connoître l’avenir , de fausses observations de la nature, les équivoques inévitables du langage: voilà les vraies sources de toutes les superstitions imaginables. Voyez Superstition.

Aucune de ces causes n’a contribué aux cérémonies religieuses des adorateurs du vrai Dieu ; une sagesse supérieure a présidé à leur institution ; pour s’en convaincre, il suffit de considérer leur analogie avec les besoins de l’humanité sous les différentes époques de la révélation.

Dans le premier âge du monde , les cérémonies avoient pour objet d’inculquer aux hommes le dogme essentiel d’un seul Dieu , créateur et conservateur de l’univers , souverain distributeur des biens et des maux , protecteur des fa-

milles, vengeur du crime, et rémunérateur de la vertu : de les faire souvenir que l’homme est pécheur et a besoin de pardon : elles tendoient à resserrer entre eux les liens de la société fraternelle. Il seroit aisé de le montrer en les considérant en détail. Leur usage devoit donc préserver les hommes du polythéisme , du préjugé qui dans la suite a peuplé l’univers d’une multitude d’esprits , de génies , nommés dieux ou démons : erreur de laquelle s’est ensuivie l’idolâtrie avec tous ses crimes. Puisqu’il faut à l’homme des rites extérieurs, il ne peut être préservé des cérémonies superstitieuses que par des pratiques saintes et raisonnables.

Sous la loi de Moïse, les rites religieux étoient destinés à persuader aux Juifs que Dieu est non- seulement l’unique maître de la nature , mais le souverain législateur , le fondateur et le père de la société civile , l’arbitre des nations , qui dispose de leur sort comme il lui plaît, les récompense par la prospérité, ou les punit par des malheurs. La plupart des cérémonies juives étoient autant de monuments des faits miraculeux qui prouvoient la mission de Moïse, la protection spéciale de Dieu sur son peuple , la certitude des promesses que Dieu lui avoit faites. Elles dévoient donc tenir les Juifs en garde contre l’erreur générale des autres peuples touchant les dieux locaux, indigètes, nationaux, auxquels ils offroient leur encens. Dieu lui-même témoigne par ses prophètes qu’il n’a prescrit aux Juifs cette multitude de cérémonies que pour réprimer leur penchant à l’idolâtrie. Ezech., c. 22, i.

et suiv.; Jercm.j c. 7 , ^. 22. Ces mêmes prophètes ont souvent répété aux Juifs que le culte cérémoniel ne peut plaire à Dieu qu’autant qu’il est l’expresjrion des sentiments du cœur. En quel sens nommera-t-on superstition , des cérémonies que Dieu avoit prescrites pour prévenir la superstition?

Sous le christianisme , les cérémonies ont un objet encore plus auguste et un sens plus sublime; elles nous mettent continuellement sous les yeux un Dieu sanctilicateur des âmes , qui, par Jésus-

Clirist son Fils , a racliclé les hommes du péché et de la damnation ; qui , par des grâces continuelles , pourvoit à tous les besoins de notre âme; qui a établi entre tous les hommes, de quelque na tion qu’ils soient , une société religieuse universelle que nous nommons la Communion des saints.

Ainsi dans le christianisme, aussi bien que sous les deux époques précédentes, les cérémonies sont, '1° un monument des faits qui prouvent la divinité de notre religion; nous célébrons par nos fêtes la naissance, les miracles, les souffrances, la mort , la résurrection de Jésus-Christ, la descente du Saint-Esprit : monument d’autant plus irrécusable , qu’il remonte à la date même des événements, et qu’il a été établi par les témoins oculaires. 2° C’est une profession de foi des vérités que Jésus-Christ nous a enseignées, qui marche à côté de l’Ecriture sainte et en détermine le sens ; les cérémonies du baptême nous apprennent la corruption de la nature humaine par le péché ; celles de la liturgie nous attestent la présence réelle de Jésus-Christ ; le signe de la croix nous retrace les mystères de la sainte Trinité , de l’incarnation et de la rédemption, etc. 5“ Ce sont autant de leçons de morale qui nous enseignent nos devoirs , nous avertissent des vertus que nous devons pratiquer et des vices que nous devons éviter. Le cérémonial du baptême est un tableau des obligations du chrétien ; celui du mariage, un catéchisme sur tes devoirs mutuels des époux ; celui de l’ordre , une instruction pour les prêtres : les bénédictions de l’Eglise nous prêchent la reconnoissance et la soumission envers Dieu , l’usage modéré des biens de ce monde , etc. 4" Nos cérémo' nies sont des liens de société qui nous réunissent aux pieds des autels , qui rapprochent les conditions trop inégales, qui contribuent à la douceur des mœurs et au repos de la société ; le mariage d le baptême assurent la conservation et l’éducation des enfants, l’état et les droits du citoyen ; les obsèques dos morts .sont établies, uou-sculemcnt pour attester le dogme de la résurrection fu-

ture , mais pour la sûreté des virants : c’est une précaution contre les morts clandestines , par conséquent contre l’homicide ; la pénitence et la confession préviennent plus de crimes que les lois pénales ; la communion nous place tous à la même table , etc. L’orgueil des grands , l’égoïsme philosophique , détestent tous ces rites destinés à les humilier.

Aussi , sur cette partie de la religion , dans quels écarts une fausse philosophie n’a-t-elle pas donné ?

Quelques auteurs , dont les intentions étoient pures , sans doute , mais dont les lumières étoient très - bornées , ont imaginé qu’il n’y avoit dans les cérémonies rien de moral ni de mystérieux , que toutes étoient fondées sur des raisons physiques et historiques. Selon leur opinion , l’on emploie l’encens pour chasser les mauvaises odeurs, les cierges pour dissiper les ténèbres de la nuit , les différents gestes pour faire allusion aux paroles que l’on prononce, etc.

C’est le système qu’a suivi dom Claude de Vert, dans son Explication littérale et historique des cérémonies de V Eglise. Il a été solidement réfuté par M. Languet, et par le père Lebrun , dans la préface de son Explication des cérémonies de la messe.

Les protestants, plus hardis, ont dit que les cérémonies de l’Eglise sont des superstitions nouvelles, inconnues aux premiers fidèles, une source infaillible d’erreurs pour le peuple , un effet de l’ambition des prêtres; conséquemment ils les ont retranchées et proscrites : ils ont appelé réforme ce trait d’ignorance et de témérité. D’autres cependant prétendent que ce sont des restes de judaïsme. Comment accorder ensemble tous ces reproches? On leur a fait voir que nos cérémonies ne sont ni nouvelles ni superstitieuses , mais aussi anciennes pour la plupart que le christianisme ; que quelques-unes sont aussi anciennes que le monde. En mettant au jour la liturgie , au quatrième siècle , on n’a fait que rédiger par écrit ce qui avoit été pratiqué dans les trois siècles précédents, puisque l’Apocalypse nous montre déjà

!e plan de la liturgie telle que saint Justm l’a représentée au second siècle , et îaint Cyrille de Jérusalem au troisième. »7est ce qu’a démontré l’abbé Renaudot dans les tomes 4 et S de la Perpétuité de la Foi, et après lui le Père Lebrun.

A la vérité , lorsqu’un dogme catholique a été attaqué par les hérétiques , l’Eglise en a fait une profession plus expresse dans son culte, et a multiplié les formules qui l’exprimoient. Ainsi , comme le mystère de la sainte Trinité a été attaqué de très-bonne heure par les gnostiques , par lessabelliens, les ariens, les macédoniens, etc., l’Eglise, pour attester sa foi aux trois Personnes divines , a partout affecté le nombre de trois; de là le kyrie répété trois fois à l'honneur de chacune , le trisagion ou trois fois saint, la triple immersion pour le baptême , la doæologie placée à la fin de chaque psaume, etc. Les défenseurs de l’orthodoxie ont opposé aux ariens les cantiques des fidèles ; aux pélagiens, les prières de l’office divin ; aux bérengariens , l’adoration de l’eucharistie, etc. C’est donc par les cérémonies que l’Eglise a prémuni ses enfants contre l’erreur; et l’on vient nous dire que cette profession de foi est une source d’erreurs.

Si les protestants ont déclamé contre la liturgie , c’est qu’ils y voyoient leur condamnation , la présence réelle attestée par l’adoration de l’eucharistie , des termes qui expriment la transsubstantiation , les notions d’offrande et de sacrifice, la communion sous une seule espèce , l’invocation des saints, la prière pour les morts, la hiérarchie , etc. Qu’a fait l’Eglise dans cette circonstance? Ce qu’elle avoit fait de tout temps ; depuis la prétendue réforme, elle a rendu le cuite de l’eucharistie plus pompeux , l’invocation de la sainte Vierge et des saints plus fréquente, la liturgie plus majestueuse. C’est une profession de foi qui parle aux yeux, qui fait distinguer aux plus ignorants «me contrée protestante d’avec un pays catholique. Nous ne concevons pas comment les théologiens anglicans et autres peuvent jeter

les yeux sur ces anciens monuments do la croyance de l’Eglise , et persévérer dans leurs préjugés ; ils en parlent historiquement comme d’une chose indifférente, sans en considérer iamais les conséquences.

Les trois principales sectes protestantes ne se sont point accordées sur les cérémonies qu’il falloit retrancher ou conserver : les calvinistes les ont presque toutes supprimées; ils n’ont retenu que le baptême et la cène, et ils en ont banni tous les anciens rites : les luthériens en ont gardé un peu davantage , et, si Luther avoit été le maître , il en auroit con- I servé un plus grand nombre; mais il fut obligé de céder à la frénésie de quelques autres réformateurs; c’est ce qu’il j écrivoit en i!j28 à Guillaume Prawest i son ami. Les anglicans, plus modérés, ' sont ceux qui en ont le moins retranché, I et c’est une des raisons pour lesquelles les calvinistes leur reprochent des restes de papisme. Un écrivain anglican est convenu qu’il n’étoit pas fort aisé de j fixer le point jusqu’où il falloit pousser la réforme sur cet objet; c’est le goût et la fantaisie qui en ont décidé.

Néanmoins un calviniste très - entêté est convenu que les cérémonies sont utiles pour confirmer ce qui a été dit par les théologiens , et pour connoître le véritahle sens des expressions équivoques ou contestées. Il y en a quelquesunes , dit - il , dont on tire une conséquence si naturelle et si évidente, qu’on ne peut se défendre de l’admettre. Cet aveu nous paroît remarquable et tresimporlant. liasnage , Itist. de l’Eglise, 1. 13, c. G, § 1.

Mosheim dit , comme les calvinistes , que Jésus-Christ n’a institué que deux cérémonies , le baptême et la cène : s’il entend que Jésus-Christ n’a ordonné, par un précepte formel , que ces deux cérémonies , cela est vrai ; mais les apôtres n’ont - ils rien pratiqué ni rien commandé de plus ? Ils ont donné le Saint-Esprit par l’imposition des mains : ils ont ordonné des prêtres et des diacres avec le même rite. Saint Jacques a recommandé l’onction des nr.ilades et la confession des péchés; saint Jeun,

dans l’Apocalypse, a tracé le plan d’une liturgie pompeuse. Les pasteurs, successeurs des apôtres , n’ont - ils pas eu comme eux une autorité législative, et ont-ils abusé de leur pouvoir, en établissant d’autres cérémonies relatives aux circonstances et aux besoins de l’Eglise ?

Mosheim ne leur conteste pas formellement cette autorité; il avoue même que les apôtres ont institué plusieurs cérémonies , et que les progrès du christianisme ont rendu cette institution nécessaire ; mais il s’efforce de rendre suspects les motifs que se sont proposés les successeurs des apôtres. 11 prétend qu’au second siècle l’on établit plusieurs nouvelles cérémonies, l°par condescendance pour les Juifs et pour les païens , qui étoient accoutumés à un culte extérieur pompeux , et afin de les amener plus aisément au christianisme ; 2° pour réfuter le reproche d’athéisme que les païens 'faisoient aux chrétiens, parce qu’ils ne voyoient chez ces derniers aucun appareil de religion ; 3° parce que l’on emprunta des Juifs les termes de pontife, de prêtres, de lévites, de sacrifice, d’auïei , etc.; 4“ afin d’imiter les mystères du paganisme, qui inspiroient du respect pour la religion ; 5® pour se conformer au goût des Orientaux, qui aimoient une manière d’enseigner symbolyque et mystérieuse ; 6“ pour ménager les anciens préjugés des prosélytes juifs et païens. Ilist. Christ. Proleg., c. 2 , g S , et sæc. 2 , g 56 ; Inst, maj., sæc. 1 , part. 2, c. 4 , g 7 ; Jlist. Ecclés. du deuxième siècle, 2® part., c. 4,g 1 et suiv., etc.

11 pense qu’au troisième siècle le nombre des cérémonies fut encore augmenté , parce que les Pères de l’Eglise adoptèrent les idées de Pylhagore et de Platon touchant le pouvoir des démons sur les corps et sur les ûmes; de là naquirent , selon lui , les exorcismes et les autres rites du baptême , les bénédictions <les aliments et des autres choses usuelles, l’estime pour les mortifications et pour la continence , les pénitences rigoureuses imposées aux pécheurs scandaleux , l’horreur pour les

excommuniés, etc. Il dit que le nombre des cérémonies inventées au quatrième siècle paroissoit déjà excessif à saint Augustin , Epist. 55 ad Janv ir., c. 19, n. 35.

Nous sommes déjà redevables à ce critique, de ce qu’il reconnoît que la plupart de nos cérémonies ont pris naissance au second et au troisième siècle ; par là il relève la bévue de ceux qui ont soutenu que c’étoient des abus introduits dans les siècles d’ignorance qui ont suivi l’irruption des Barbares. Il n’étoit pas possible de trouver plus tôt des vestiges de nos rites, puisqu’il nous reste très -peu de monuments du premier siècle , et l’apôtre saint Jean a vécu jusqu’au commencement du second.

Nous n’opposerons pas aux conjectures de Mosheim l’attachement que les Eglises fondées par les apôtres, dans les diflérentes parties du monde, conservoient pour les leçons de leurs fondateurs, la profession que font les Pères : les plus anciens de s’en tenir à ce que. les apôtres avoient établi ; mais l’impossibilité d’introduire "cn même temps?

un nouvel usage dans l’Eglise de l’Egypte , de l’Arabie , de la Syrie , de la.' Perse^de l’Asie mineure, de la Grèce,, de l’Italie ,des Gaules, de l’Espagne et: des côtes de l’Afrique : pendant les persécutions du second et du troisième^ siècle , il y a voit peu de relation entre: ces sociétés difl’érentes. Qui a pris la; peine de les parcourir pour y introduire; uniformément une nouvelle pratique?

Comment dans toutes les Eglises, trèséloignées les unes des autres, dont le langage, les mœurs, les préjugés , n’étoient pas les mêmes, ne s’en est - il trouvé aucune qui ait eu la constance et le bon esprit de vouloir s’en tenir à ce que les apôtres et leurs disciples immédiats avoient réglé? Voilà ce qu'il faudroit d’abord expliquer.

Dans les écrits des Pères du second et' du troisième siècle, dans les ouvragesde nos apologistes, loin de trouver aucun vestige de condescendance pour lespréjugés et les habitudes des Juifs oui des païens, nous voyons tout le contraire, une alTectalion maniuée de la:

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