‹ Dictionnaire de théologieChapitre 163 sur 170 · SYRIAQUES · texte numérisé non relu

SYRIAQUES

Certains critiques assez mal instruits ont voulu persuader que le changement des lettres hébraïques ou samaritaines en caractères chaldéens avoit pu causer de l’altération dans le texte des livres saints ; c’est comme si l’on disoil que ([uand nous avons quitté les lettres gothiques pour adopter nos caractères

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modernes, nous avons changé le texte de nos livres.

Suivant la tradition des Orientaux , plusieurs des apôtres , mais particulièrement saint Thomas , saint Adée ou Thadée , et d’autres disciples du Sauveur, ont prêché l’Evangile , non-seulement aux Chaldéens dans la Mésopotamie, mais aux Perses et aux autres peuples les plus reculés vers l’Orient.

Ployez Oriextaux. 11 y eut dans la Chaldée deux principales villes épiscopales, Edesse et Nisibe , dans chacune desquelles il y eut des écoles célèbres , et qui ont produit des savants. Ce furent des docteurs sortis de l’une et de l’autre , qui , séduits par les écrits de Diodore de Tarse, de Théodore de Mopsueste et de Nestorius , répandirent les erreurs de ce dernier dans la Chaldée, l’Assyrie et la Perse , qui les portèrent même jusque dans les Indes, la Tartarie et la Chine. Dans la suite, ces sectaires ont rougi du nom de nestoriens, et ils ont toujours affecté de se nommer Chaldéens et Onerî/atta:. /^oyezNESTORiExs, Perse, etc. Assémani, Bibliolh. orient., tome i ; Disserl. sur les Nestoriens ou Chaldéens.

CllAM , fils de Noé , ayant vu son père ivre , couché et endormi dans une posture indécente , eu lit une dérision , et fut maudit dans sa postérité pour cette insolence. 11 eut un grand nombre d’enfants et de petits-fils qui peuplèrent l’Afrique. Pour lui , on croit qu’il demeura en Egypte; mais il n’csl pas certain que les Libyens aient eu intention de l’adorer sous le nom de Jupiter-Ammon, comme l’ont cru plusieurs mythologues. Il se peut très-bien faire que ce dieu soit de la façon des Grecs , que son nom soit Jiipilcr-Sablonneux , ou qui préside aux saisies de Libye.

Quelques censeurs de l’Ecriture sainte disent (juc Moïse a forgé l’histoire de la malédiction de Cham , pour autoriser les fcraélites <’i s’emparer du pays des Chananéens; mais .Moïse ne fonde pas le droit (le cette comiuête sur la malédiction portée contre (dianaan ; il le fonde sur la volonté et la promesse de Dieu , qui vouloit punir les Chananéens de

leurs crimes. Voyez Ciiaxanéexs. Il est bon d’observer que la prédiction de Noé s’exécute encore aujourd’hui par l’asservissement de l’Egypte sous des souverains étrangers, et par l’esclavage des nègres. Les paroles de Noé sont une prophétie, et non une imprécation. Voyez Lmprécatiox.

CHAMOS, dieu des Ammonites et des .Moabites ; il s’éerit en hébreu Kamosch ou Kemosch, terme assez approchant de Schmesch, le soleil : il paroît que eet astre a été la principale divinité des Orientaux.

Quoi qu’il en soit, Chamos a donné lieu à une objection contre l’histoire sainte. Sous le gouvernement des juges, les Ammonites déclarèrent la guerre aux Israélites, sous prétexte que ceux-ci s’étoient emparés d’une partie du territoire des Ammonites. Jephté , chef du peuple de Dieu , leur soutint que cela ctoit faux, que le terrain occupé par son peuple dans leur voisinage avoit été conquis sur les Amorrhéens , qui l’avoient autrefois enlevé aux Moabites, et qu’Israël en étoit en possession paisible depuis trois cents ans. C’est , en effet , ce qui est rapporté dans le livre des Nombres , c. 21 . Jephté ajoute, selon le texte : « Ne posséderez- * vous pas le terrain dont votre dieu » Chamos vous mettra en possession ?

» Nous continuerons donc aussi de posï séder tout ce dont Jéhovah, notre » Dieu , nous a donné la possession. »

Jud., c. H , f. 24.

Voilà, disent quelques incrédules, Jephté qui met Chamos sur la même ligne que 1e Dieu d’Israël ; il n’avoit donc pas une plus haute idée de l’un que de l’autre ; Jéhovah étoit, comme Chamos, un dieu local , le dieu d’un peuple particulier, et non le souverain Seigneur de l’univers : telle étoit la croyance des Israélites.

.Mais les exploits de Chamos, mis par Jephté au futur contingent, et comparés à la possession réelle et actuelle des Israélites , nous paroissent une dérision assez forte de ce faux dieu. * Jéhovah, t continue Jephté, jugera en ce jour P entre Israël et les Ammonites. » Il no redoutoit donc pas beaucoup la puis-

sance de Chamos; en effet, les Ammonites furent vaincus par Jephté , et la dispute fut terminée.

De là même il résulte que Jephté avoit lu l’histoire rapportée dans le chapitre 21 du livre des Nombres , il n’en omet aucune circonstance. Ce livre de Moïse existoit donc pour lors , et il n’est pas vrai que le pentateuque , dont il fait partie , ait été écrit dans les siècles suivants , et longtemps après Moïse.'

CHANANÉENS, peuple de la Palestine, descendu de Chanaan , petit-fils de Noé. Les censeurs de l’histoire sainte ont fait plusieurs remarques à ce sujet.

Dans la Genèse, c. 12 , ^. 6 , il est dit que quand Abraham vint en l'a Palestine, les Chanane'ens y habitoient déjà, c. 13,

7 ; l’auteur ajoute que quand Abraham revint d’Egypte , il y avoit dans cette même contrée des Chanane'ens et des Phérézéens. Cette remarque, disent nos critiques , n’a pu être faite que par un auteur qui écrivoit dans un temps où les Chananéens n’étoient plus dans' ce pays-là , par conséquent après la conquête de la Palestine par les Israélites.

Mais à quel propos un écrivain postérieur à l’expulsion des Chananéens auroit-il fait cette remarque sur la Palestine ? On n’en voit aucun motif. Sous la plume de Moïse cette observation se trouve placée avec sagesse. Il venoit de rapporter la promesse que Dieu avoit faite à Abraham de donner la Palestine à sa postérité ; il fait remarquer en même temps que ce pays n’étoit cependant pas sans habitation , que les Chananéens et les Phérézéens s’en étoient déjà emparés cts’y étoient établis. Ainsi, en rapportant la promesse. Moïse fait aussi mention des obstacles qui sembloient s’opposer à son exécution , obstacles d’autant plus sensibles pour lors , qu’ Abraham n’avoit encore point d’enfants. Loin de conclure de là que Moïse n’est pas l’auteur du livre de la Genèse , il faut plutôt en inférer le contraire.

De quel droit , continuent les incrédules , les Israélites ont-ils dépouillé , chasse , exterminé les Chananéens pour s’emparer de leur pays? Cette conquête est aussi injuste par la forme que pour

le fond , puisque les Israélites y exercèrent des cruautés inouïes; l’attribuer à un ordre exprès de Dieu , supposer qu’il y a contribué par les miracles , c’est blasphémer. Voyons si les déclamations auxquelles on s’est livré si souvent sur ce sujet sont bien fondées.

1® Les Israélites étoient sous le joug de la nécessité. Ils avoient été forcés par la tyrannie des Egyptiens à sortir de l’Egypte , ils ne pouvoient subsister naturellement dans un désert inculte et stérile, ils ne pouvoient se procurer une habitation et des terres à cultiver que l’épée à la main et aux dépens de leurs voisins. De tous les motifs qui peuvent autoriser une guerre et une conquête , nous défions nos adversaires d’en alléguer un plus légitime.

2° Les différentes peuplades de Chananéens ne possédoient pas la Palestine à un titre plus juste que les Israélites; pendant quatre cents ans elles n’avoient cessé de se disputer et de s’arracher leurs possessions. Les Amorrhéens avoient enlevé une partie du terrain ^Jes Moabites ; les Iduméens avoient pris , sur les Ilorréens , le pays de Séïr , et avoient passé ce peuple au fil de l’épée ; les Caphtorim avoient exterminé les Ilévéens qui possédoient le canton de Ilassérim jusqu’à Gaza. Les Moabites s’étoient emparés du pays des Emim, et les Ammonites de celui des Zonzommim, après avoir éteint ces deux nations. Num., c. 21 , . 26 ; Beat., c. 2. Dieu vouloit leur apprendre que c’est à lui de distribuer les différentes contrées de la terre à qui il lui plaît. Si tous les peuples avoient mieux retenu cette vérité , il y auroit eu moins de sang répandu dans toute la suite des siècles.

5“ Les Chananéens furent agresseurs à l’égard des Israélites ; ils n’attendirent pas qu’ils fussent attaqués. Les Amalécites , les Iduméens, les rois de Madian, de Moab etd’Arad, les Amorrhéens et les Ammonites , allèrent au devant des Hébreux et leur présentèrent le combat.

Num., c. 20, 21 , 22.' Ceux-ci étoient donc obligés ou de reculer dans le désert, ou de passer sur le ventre à fous CCS ennemis. Les Chananéens avoient

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plus de terres qu’il ne leur en falloit ; mais ils n’étoient pas disposés à en céder la moindre partie.

4° Dieu ne laisse point ignorer les raisons pour lesquelles il ordonne de les exterminer ; ce sont leurs crimes , l’idolâtrie, les superstitions de toute espèce, les sacrifices de victimes humaines et de leurs propres enfants, l’impudicité la plus grossière, des cruautés inouïes, etc.; et il menace les Israélites de les détruire à leur tour , s’il leur arrive d’imiter ces Abominations. Mais Dieu avoit accordé aux Chananéens quatre cents ans pour se corriger. Lorsqu’il promet au patriarche Abraham de donner la Palestine à sa postérité, il lui déclare que cela ne s’exécutera que dans quatre cents ans, parce que les iniquités des Amorrhéens ne sont pas encore parvenues à leur comble. Gen., c. 15, ÿ. 16; Sap., c. 12.

Puisque ces peuples étoient incorrigibles, ils méritoient d’être détruits.

5“ Lorsque Dieu a résolu de punir une nation, il est le maître de se servir de quelque fléau qu’il juge à propos, d’une famine ou d’une contagion , des traits de la foudre ou de l’épée d’un conquérant; quelle que soit la manière dont il frappe, c’est une impiété et une absurdité d’accuser sa justice. De tous les fléaux , la guerre est encore celui qui laisse le plus de lieu à la résipiscence et au repentir. Les miracles qu’il plut à Dieu de faire à cette occasion en faveur des Israélites , étoient justement ce qui auroil dû convertir les Chananéens. Josuc, c. 2.

C" Quant à la manière, on sait comment se faisoit la guerre chez les peuples anciens : sans quartier et sans rien épargner. Ainsi en agissoient les Chananéens eux-mêmes; ainsi en ont usé les tirées contre les nations qu’ils nomrnoieul barbares, les Hornains contre les Perses et contre les peuples du Nord , ceux-ci à leur tour contre les Hornains; ainsi sc traitent encore les nations sauvages. Si celles de l’Iiurope coniioisseiil mieux le droit des gens et le violent |)his rarement, c’est ü riivangile (lu’ellcs en sont redevables ; toutes celles ([iii ne sont pas chrétiennes sont encore aussi farou-

ches à la guerre que les peuples anciens.

Mais on suppose très-faussement que les Israélites commencèrent par tout détruire. Les victoires furent poussées de proche en proche , et continuées pendant longtemps. Dieu lui-même déclare qu’il conservera exprès des peuplades de Chananéens , afin de s’en servir pour châtier son peuple lorsqu’il l’aura mérité. Josue, c. 17, f. 13; Judic., c. 1, 3, etc. La conquête ne fut achevée que sous les rois, quatre cents ans après Josué. Telle est l’histoire que les livres saints nous tracent de la conduite de Dieu et de celle des Israélites ; si on n’en altéroit aucune circonstance , on n’y trouveroit aucun sujet de scandale.

Quelques censeurs de mauvaise foi en ont cherché un dans le premier chapitre du livre des Juges, f. 19. Ils y ont lu que Dieu se rendit maître des montagnes , mais qu’il ne put vaincre les habitants des vallées , parce qu’ils avoient des chariots armés de faux; de là ils ont conclu que l’auteur représente Dieu comme un guerrier très-impuissant. Mais il y a dans le texte : a Dieu fut avec » Juda, et il posséda la montagne, mais » non pour chasser les habitants de la » vallée , parce qu’ils avoient des cba- * riots armés de faux. i> C’est une absurdité d’attribuer à Dieu ce qui est dit de Juda, qu’il posséda la montagne ; si Dieu ne fut point avec lui pour chasser les habitants de la plaine, cela ne prouve point que Dieu n’avoit pas le pouvoir de les chasser.

C’est ainsi que par de petites supercheries les incrédules de tous les siècles , marcionites, manichéens, philosophes et autres, se sont attachés à rendre l’histoire sainte ridicule et scandaleuse ; ils n’oul réussi qu’auprès des ignorants. 11 y a dans la Bible d'Avignon, t. 5, p. 527, une dissertation sur les migrations des C/ianflJimis après la conquête de Josué.

CllANANLENNK, femme des environs de Tyr et de Sidon, qui vint demander à Jésus-Christ la guérison de sa fille, tourmentée par le démon. Le Sauveur parut la rebuter d’abord. « Je ne suis » venu , dit-il , que i>our les brebis per-

» dues de la maison d’Israël ; il ne

» convient pas de prendre le pain des » enfants et de le jeter aux chiens. » JUatth., c. 15, ^ 24, 26. Par cette réponse , disent certains critiques , Jésus confirmoit le préjugé absurde des Juifs , qui regardoient les Gentils comme des animaux impurs.

Au contraire, il vouloit détruire ce préjugé ; il leur faisoit voir que parmi les Gentils il y avoit des âmes plus humbles , plus dociles , plus dignes de ses bienfaits , qu’ils ne l’étoient eux-mêmes. Aussi , après avoir mis à l’épreuve la confiance de la chananéenne , il dit :

€ Femme, votre foi est grande ; que votre » désir soit accompli. » De retour chez elle, elle trouva sa fille en parfaite santé.

Les incrédules, qui ont voulu épiloguer sur ce miracle , auroient dû nous apprendre comment et par quel pouvoir Jésus-Christ guérissoit des malades éloignés , sans autre appareil que de prononcer une parole.

CIIANGELADE , congrégation de chanoines réguliers.

CHANCELIER d’une université. C’est un ecclésiastique chargé du soin de veiller sur les études. Il a le droit de donner , d’autorité apostolique , à ceux qui ont fini leur cours de théologie , le pouvoir ou licence d’enseigner , en leur faisant prêter serment de défendre la foi catholique jusqu’à la mort.

Dans l’université de Paris , il y a deux chanceliers J celui de Notre-Dame et celui de sainte Geneviève. L’institution , les droits, les privilèges respectifs de l’un et de l’autre sont du ressort de l’histoire moderne et de la jurisprudence canonique, plutôt que de la théologie. Le célèbre Gersou , chancelier de l’Eglise de Paris, ne dédaignoit pas de faire les fonctions de catéchiste, et disoit qu’il n en voyoit pas de plus importante pour sa place. Nous ne parlons de cette dignité ecclésiastique que pour faire remarquer le zèle qu’a eu l’Eglise , dans tous les temps , [)Our l’enseignement public , et pour dissiper l’ignorance que les liarbares avoient répandue dans toute l’Europe. Pendant plusieurs siècles , il n’y a

point eu d’autre ressource contre ce fléau que les écoles ecclésiastiques.

CHANDELEUR, fête célébrée dans l’Eglise romaine le second jour du mois de février , en mémoire de la présentation de Jésus-Christ au temple, et de la purification de sa sainte mère.

Le nom de Chandeleur fait allusion aux cierges que l’on bénit , que l’on allume , et qui sont portés en procession ce jour-là par le clergé et par le peuple. L’Eglise fait cette cérémonie pour nous faire souvenir que Jésus-Christ est la vraie lumière qui est venue pour éclairer toutes les nations , comme le dit Siméon dans le cantique que l’on chante à cette occasion.

Les Grecs nomment cette fête Hypante, rencontre, parce que le vieillard Siméon et la prophétesse Anne rencontrèrent Jésus enfant dans le temple , lorsqu’on le présentoit au Seigneur. C’est une fête et une cérémonie anciennes ; le pape Gélase I", qui tenoit le siège de Rome l’an 492, saint lldephonse , saint Eloi, saint Sophrone de Jérusalem, saint Cyrille d’Alexandrie , etc., en parlent dans leurs sermons.

Quelques auteurs ont prétendu que le pape Gélase les avoit instituées pour les opposer aux lupercales des païens , et qu’en allant processionnellement autour des champs on y faisoit des exorcismes.

C’est le sentiment du vénérable Bède.

« L’Eglise , dit-il , a changé heureuse- B ment les lustrations des païens , qui se B faisoient au mois de février autour des B champs ; elle leur a substitué des pro- B cessions où l’on porte des chandelles B ardentes , en mémoire de cette divine B lumière dont Jésus-Christ a éclairé le B monde, et qui l’a fait nommer par Si- B méon la lumière des nations, b D’autres en attribuent l’institution au pape Vigile en 556 , et veulent qu’elles aient été substituées à la fête de Proserj)ine , que les païens célébroient avec des torches ardentes au commencement de février.

Mais ces prétendues substitutions s’accordent mal avec lecalendrierdes païens.

Les lupercales se célébroient, non le 2 de février , mais le 16 , et il n’étoit pas

question dans celte fête de torches ardentes ni de cierges. Celle deProserpinc se faisoit le 22 novembre à la fin des semailles , et non au mois de février. V oy. ? Histoire religieuse du Calendrier, par M. de Gébelin , p. 347 , 407 , 417. Si la coutume avoit été établie d’aller autour des champs le jour de la Purification , le peuple des campagnes auroit conservé cet usage , et l’on ne connoU aucun pays où il subsiste aujourd’hui.

Il paroît donc que l’Eglise , en instituant celte fête , n’a eu en vue que d’honorer les mystères de Jésus-Christ et de la sainte Vierge. La 'substitution d’nne cérémonie pieuse à la place d’un rit païen n’auroit rien que de louable, mais il ne faut pas la supposer sans preuve , sur de fausses allusions ; c’est autoriser les hérétiques et les incrédules à nous reprocher très-mal à propos des restes de paganisme.

CHANDELIER DU TEMPLE. Dans les livres de l’ancien Testament , il est fait mention de deux chandeliers , l’un réel, l’autre mystérieux. Moïse fit faire le premier , et le plaça dans le tabernacle. Ce chandelier, avec son pied, étoit d’or battu , et pesoit un talent. De sa tige partoient sept branches courbées en demi-cercle , et terminées chacune par une lampe à bec. Le sanctuaire , l’autel des parfums , la table des pains de proposition , n’étoient éclairés que par ces lampes que l’on allumoit le soir et qu’on éteignoit le matin.

Salomon fit faire dix chandeliers semblables à celui de Moïse , et les plaça de même dans le sanctuaire du temple , cinq au midi et cinq au septentrion. Les pincettes et les mouchettes dont on se servoit pour les chandeliers de Moïse et de Salomon étoient d’or. A la prise de Jérusalem par Nabucliodonosor , tous ces meubles précieux furent transportés dans l’Assyrie : il n’est pas certain que les chandeliers faits par Salomon aient été rendus aux Juifs lorsque Cyrus leur fit restituer les vases du temple enlevés par les Assyriens ; du moins il n’en est pas fait mention expresse. /. lisdr., c. 1 , jl. 7 et suivants. On sait seulement qu’à la prise de Jérusalem par Tile, il y avoit

dans le temple un chandelier d'or (\\n fut emporté par les Romains , et placé, avec la table d’or des pains d’offrande, dans le temple de la Paix que Vespasien avoit fait bâtir. On voit encore aujourd’hui , sur l’arc de triomphe de Vespasien , ce chandelier avec les autres dépouilles de la Judée et du temple.

Le chandelier de la vision du prophète Zacharie , c. 4, j>'. 2, étoit aussi à sept branches; il n’étoit différent de ceux de Moïse et de Salomon , qu’en ce que l’huile tomboit dans les lampes par sept canaux qui sortoient du fond d’une boule élevée à leur hauteur. Elle descendoit dans cette boule de deux conques qui la recevoient dégouttante des feuilles de deux oliviers placés aux deux côtés du chandelier.

Quant aux chandeliers que l’on place sur les autels , l’origine en est aussi ancienne que celle des cierges que l’on allume pendant le service divin. Foyez Cierges. Il est parlé dans l’Apocalypse, c. I et 2 , de sept chandeliers d’or au milieu desquels saint Jean vit un personnage respectable sous un extérieur majestueux et terrible*, c’étoit Jésus- Christ lui-même. Nous aurons souvent occasion de remarquer que cette vision de saint Jean a fourni le premier modèle de la liturgie et du culte divin.

Foy. Vancien sacrameniaire par Grandcolas, première part., p. 32.

CHANOINE , CHANOINESSE. Du mot grec xavcli/ , règle , on a fait canonicus , homme qui vil sous une règle ; et l’on anomméÂaMoir)es,etensuitccAaMoûie5, les ecclésiastiques attachés à une église cathédrale ou collégiale , qui , dans le dessein de mener une vie plus édifiante, observoient une règle commune et un régime très - approchant de celui des moines. On a donné le nom de chanoinesses h des filles ou femmes pieuses , qui , sans faire les vœux solennels de religion , se réduisoient à la même vie. L’expérience de tous les temps prouve que cette vie uniforme contribue à inspirer le goût de la vertu et de la piété.

L’institution, les devoirs, les droits des différentes espèces de chanoines, sont un objet de discipline qui regarde

les canonistes. Nous observerons seulement que si , dans les bas siècles, toutes les institutions pieuses ont pris un air et un ton monastique , c’est qu’alors il n’y avoit presque plus de décence ni de régularité que dans les cloîtres. Plus on a pris de prévention et d’aversion pour ceî dans notre siècle , plus il est à craindre que l’on ne soit bientôt forcé d’y revenir. Ce n’est pas la première fois qu’après avoir secoué le joug de la règle J on s’est trouvé dans la nécessité de le reprendre.

Les cloîtres , dont la plupart des cathédrales sont environnées , sont un monument de la vie commune observée autrefois parles chanoines.

Cha.noixes réguliers. On appelle ainsi les chanoines qui non-seulement vivent en commun et sous une meme règle, mais qui s’y sont engagés ou par un vœu simple , ou par des vœux solennels, et sont ainsi de vrais religieux. Les congrégations qu’ils ont formées sont trèsvariées , et portent différents noms.

La plupart ont commencé sur la fin du oniième siècle et au douzième.

Comme le clergé séculier étoil alors dégradé par l’ignorance et par le relâchement des mœurs , les ecclésiastiques les plus sages comprirent que le seul moyen de remédier à ce malheur étoit d’imiter la piété et les vertus qui régnaient alors dans les cloîtres. C’est à celte époque que l’on vit éclore en France les congrégations de Saint - lluf à Avignon , de .Saint - Laurent en Dauphiné, de Saint- Yves <t Beauvais, de Saint-Nicolas-d’Arose en Artois, de .Murbach en Alsace , de Noire-Sauveur en Lorraine, de Saint- Sauveur et de Latran en Italie , de Saint- Victor à Paris, etc. De celte dernière sont sortis, au siècle, les chanoines réguliers de la congrégation de France ou de sainte Geneviève. Voyez Géxo- VÉFAINS , ViCTORINS , elC.

Ainsi dans tous les siècles l’excès du oésordre et de la corruption fait renaître enfin la régularité et ramène les hommes à la vertu ; voilà ce qui déplaît aux ennemis de la religion. A quoi sert , disent -ils, d’établir des instituts, des règles , des réformes qui déchoiront né-

cessairement par le penchant invincible de la nature, et qui auront le même sort que toutes celles qui ont précédé ?

C’est comme si l’on demandoit , à quoi sert de rendre la santé à un malade qui tôt ou tard retombera dans une autre extrémité par la destinée inévitable de la nature? C’est justement parce que l’humanité tend naturellement au désordre et au vice , qu’il ne faut pas se lasser de la soutenir et de la relever après ses chutes. Quand un établissement utile , une réforme salutaire , ne durerait que pendant un siècle , c’est autant de gagné sur la foiblesse de la nature au profit de la vertu.

CHANT ECCLÉSIASTIQUE. Dans tous les temps et chez les peuples les plus grossiers, \c. chant a fait partie du culte divin, et il est très - probable que les premiers cantiques ont été destinés à célébrer les bienfaits de Dieu. La reconnoissance, lajoie de recevoir continuellement de nouveaux dons de sa Providence, la douce émotion que produit dans les cœurs la réunion des hommes au pied des autels, ne pouvoient pas manquer d’éclater par des chants. Quoique l’ICcriture sainte ne parle pas de cet usage dans l’histoire des patriarches, nous ne pouvons guère douter qu’ils n’aient suivi en cela , comme les autres hommes , l’impulsion de la nature.

Ce n’est point à nous de parler des cantiques des païens : ils en a voient perverti l’usage ; au lieu de célébrer paT leurs chants le souverain Auteur de la nature , ils chantoient les aventures scandaleuses et les crimes qu’ils altribuoient à de fausses divinités ; les rêves de la mythologie n’ont été connus des peuples que par les chants des poctes : c’étoit une école de vices et de corruption.

Dès que les Hébreux furent réunis en corps de nation , ils surent relever par les accents de la voix les louanges du Seigneur. Qui ne connoit pas les cantir ques sublimes de Moïse , de Débora, de David, de Judith, des prophètes? 11»

ont pour objet non-seulement de louer Dieu des bienfaits qu’il a prodigués à tous les hommes dans l’ordre de la u»-

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ture , et des faveurs particulières qu’il avoit accordées à son peuple , mais encore d’implorer sa miséricorde , et de lui demander l’abondance de ses dons dans l’ordre de la grâce. David ne se borna point à composer des psaumes et des cantiques , il établit des chœurs de chantres et de musiciens pour louer Dieu dans le tabernacle; il exhorte les peuples à louer le Seigneur par les accents de leurs voix et par le son des instruments : Salomon , son fds , fit observer le même usage dans le temple.

Les difTérentes dissertations que l’on a faites sur la musique des Hébreux , et sur les divers instruments à cordes ou à vent dont ils se servoient , ne nous ont pas fort instruits. Nous savons seulement par les livres saints , que Moïse fit faire des trompettes d’argent pour en sonner pendant les sacrifices solennels ; que les lévites étoient chargés de chanter et de jouer des instruments dans le tabernacle , et ensuite dans le temple ; que , sous David et Salomon , il y avoit vingt -quatre bandes de musiciens qui servoient tour à tour. 11 est à présumer que cette musique n’étoit pas la même que celle dont les Juifs faisoient usage dans les noces , dans les festins et dans les réjouissances profanes ; qu’elle étoit plus grave et plus majestueuse.

M. Fourmont , dans les Mém. de VJcadémie des Inscriptions , s’est attaché à prouver qu’il y a dans les psaumes et les cantiques des Hébreux des dictions étrangères , des expressions peu usitées ailleurs , des inversions et des transpositions ; que le style de ces ouvrages , comme celui de nos odes, en devient plus sublime, plus pompeux et plus énergique ; que l’on y distingue des strophes, des refrains, des mesures, différentes sortes devers, et même des rimes. Lowth , de sacrâ poesi Hebrœorum, et Michaelis , dans ses notes sur cet ouvrage, soutiennent la même chose, et ils le montrent par plusieurs exemples. Nos meilleurs poètes se sont appliqués avec succès â traduire en vers françois un grand nombre de psaumes et de cantiques de l’Ecriture sainte.

Chez les Hébreux, comme ailleurs,

les cantiques n’étoient pas toujours les expressions de la joie; on les employoit aussi à déplorer des événements tristes et lugubres ; témoin le cantique de David sur la mort de Saül et de Jonathas , //. lieg., c. J , et les lamentations de Jérémie sur les malheurs de Jérusalem. Ces cantiques lugubres ou élégies plurent si fort aux Hébreux , qu’ils en firent des recueils ; longtemps après la mort de Josias , on répétoit les plaintes de Jérémie sur la fin tragique de ce roi. II. Parai., c. 3S.

Dès la naissance du christianisme, le chant fut admis dans l’office divin , surtout lorsque l’Eglise eut acquis la liberté de donner à son culte l’éclat et la pompe convenable ; elle y fut autorisée par les leçons de Jésus -Christ et des apôtres. La naissance de ce divin Sauveur avoit été annoncée aux bergers de Bethléem par les cantiques des anges ; on connoît ceux de Zacharie.'" de la sainte Vierge , du vieillard Siméon; pendant sa prédication , Jésus-Christ trouva bon que des troupes de peuple vinssent au devant de lui , l’accompagnassent dans son entrée à Jérusalem , en chantant : Ilosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur , salut et prospérité au (ils de David , et continuassent ainsi jusque dans le temple ; il reprit les pharisiens de ce qu’ils étoient indignés de ces démonstrations de joie.

Matth., c. 21, 9,15. Saint Paul ex-

horte les fidèles à s’exciter mutuellement à la piété par des hymnes et des cantiques spirituels. Ephes., c. 5, ^.19; Coloss., c. 5, jt. lf>. Dans le tafileau de la liturgie primitive que nous présente l’Apocalypse , il est parlé d’un cantique chanté devant l’autel par les vieillards ou par les prêtres à l’honneur de l’.Vgneau , c. 5 , ^ 9. Les chrétiens que Pline interrogea pour savoir ce qui se passoit dans leurs assemblées, lui dirent qu’ils se réunissoifiit le dimanche pour chanter des hymnes à Jésus -Christ comme à un Dieu.P/jrje,!. 10, epist. 97. Socrate , dans son Histoire ecclésiastique, 1. 6 , c. 8, dit que saint Ignace , évêque d’Antioche , établit dans son Eglise l’usage de chanter à deux chœurs

des cantiques et des psaumes , et qu’il fut imité par les autres Eglises : or , saint Ignace vivoit immédiatement après les apôtres.

Lorsque les ariens nièrent la divinité de Jésus-Christ , on leur opposa les cantiques des lidèles qui, dès l’origine de l’Eglise, attribuoient à Jésus -Christ cette auguste qualité. Eusèhe, 1. 5, c. 28. Paul de Samosate fit supprimer ces cantiques dans son Eglise, parce que ses erreurs y étoient clairement condamnées. Ibidem , 1. 7, c. 30. Saint Augustin composa exprès un psaume fort long , pour prémunir les fidèles contre les artifices des donatistes. Ainsi de tout temps l’Eglise chrétienne a professé sa croyance par ses prières et par son culte extérieur ; et c’est souvent une source où on peut la trouver plus aisément que dans les discussions théologiques.

Les Valentiniens, Basilide , Bardesanes, les maniciiéens et d’autres hérétiques , composèrent des hymnes et des cantiques pour répandre plus aisément leurs erreurs. Pour remédier à cet abus, le concile de Laodicée, can. 39, défendit de lire ou de chanter dans les églises des psaumes composés par des particuliers , et ordonna de se borner à la lecture des livres saints.

Saint Augustin atteste l’impression que firent sur lui les cantiques et les psaumes qu’il entendit chanter dans l’église de Milan , Con/ess., lib. 9, c. 6. a Combien je versai de pleurs, dit - il , P par la violente émotion que je sentois P lorsque j’entendois dans votre église P chanter des hymnes et des cantiques P à votre louange ! En même temps que P ces sons touchants frappoient mes P oreilles, votre vérité couloit par eux P dans mon cœur, elle excitoit en moi » les mouvements de lap'-'*»'. p Les missionnaires les plus expemnentés nous rendent témoignage de l’elïicacité des cantiques spirituels pour porter le peuple des campagnes à la vertu , et pour le dégoûter des chants profanes.

Comme il ne convenoit pas que le chant religieux fût semblable à celui qui exprime des passions déréglées, l’Eglise chrétienne a toujours veillé i ce

que le chant de la liturgie et de l’ofBce divin fût grave et majestueux , exprimât la piété , et non une joie folâtre ; c’est pour cela même qu’on l’a nommé le plain - chant, pour le distinguer de la musique des théâtres et des chansons profanes. Les Pères de l’Eglise les plus respectables, comme saint Jean Chrysostome , saint Jérôme,saint Ambroise , saint Augustin, donnèrentla plus grande attention à bannir des assemblées chrétiennes les chants mous , efféminés , et la musique trop gaie , qui ne servoient qu’à flatter les oreilles et à étouffer les sentiments de piété. Les donatistes reprochoient aux catholiques la manière trop grave dont ils chantoient les psaumes; saint Augustin, au contraire , accuse les donatistes d’exprimer par leurs chants les transports de l’ivresse, plutôt que les affections pieuses. Epist. 33, ad Januar., n. 34.

Saint Ambroise , qui régla le chant de son Eglise dans un temps où les théâtres du paganisme subsistoient encore, évita soigneusement d’en imitel la mélodie ; saint Grégoire , qui fit la même chose pour l’Eglise de Rome, dans un siècle où ces théâtres n’existoient plus , ne trouva aucun inconvénient à introduire dans le chant ecclésiastique des airs plus agréables , mais qui ne pouvoient rappeler aucun souvenir dangereux. De là est venue la distinction entre le chant ambrosien et le chant grégorien; le premier étoit plus grave , le second plus mélodieux. Mais on a eu tort de penser que saint Ambroise étoit le premier auteur du plainchant; avant lui saint Alhanase l’avoit établi dans l’Eglise d’Alexandrie ; il avoit mis en usage, dit saint Augustin, un chant des psaumes qui ressembloit plus au récitatif d’un discours qu’à un vérih\e chant. Confess., 1. 10, c. 33. Charlemagne qui remarqua que le chant gallican étoit moins agréable que celui de Rome, y envoya des clercs pour ap> prendre le chant romain , et l’introduisit ainsi dans les Gaules.

Les Pères de l’Eglise, dont nous avons parlé, les fondateurs des ordres monastiques, tels que saint Benoit, saint

Bcrnara et d’autres, ont souvent recommandé l’attention , le respect , la modestie , le recueillement , la dévotion avec lesquels on doit chanter au chœur les louanges du Seigneur. Toutes les fois que l’on s’est écarté de l’ancien esprit de l’Eglise , et que l’on a introduit dans l’olDce divin une musique profane, les auteurs ecclésiastiques en ont fait des plaintes amères , et plusieurs conciles ont formellement défendu ces abus, comme le concile in Trullo , l’an 692 , celui de Cloveshou, l’an 747, celui de Bourges , l’an 1 S84 , etc. 11 est fâcheux que ce désordre soit aujourd’hui plus commun qu’il ne fut jamais ; toutes les personnes vraiment pieuses en désirent la réforme.

Quelques missionnaires , pour apprivoiser les Sauvages américains, et les attirer à leurs instructions , n’ont point trouvé de meilleur moyen que de leur jouer des airs de flûte; ils ont ainsi réalisé ce que la fable raconte d’Orphée.

Cet artifice innocent et très -louable prouve le pouvoir de la musique sur les hommes les plus grossiers , et combien il est aisé <4“ les corrompre en général par des airs eil'éminés et lascifs.

Bingham , Orig. ecclés., 1. 14, c. 1 , § IS et suiv.

Par un trait d’humeur ordinaire aux protestants, Brucker prétend que saint Grégoire le Grand , par le soin qu’il prit d’établir à Rome des écoles de chant ecclésiastique , et de former des chantres, contribua beaucoup à augmenter l’ignorance et la barbarie du huitième siècle. Que l’on juge, dit-il, du progrès que pouvoient faire les lettres et la philosophie, lorsqu’il falloit dix ans jmur apprendre à chanter l’ofTice divin. Ilist. philos., tom. 5, p. .^172; tom. 6 , p. 561. Ce reproche nous paroit absurde. 1“ Ce n’étoit pas saint Grégoire qui avoit attiré les Barbares, qui les avoit engagés à ravager l’Europe entière, cl à détruire tous les moyens d’apprendre les lettres et les sciences ; il ne faut pas lui attribuer le défaut et l’imperfection des méthodes que l’on suivoit alors pour apprendre une science ou un art (juclconque : il n’étoit pas obligé d’en créer de

nouvelles. Avant d’en.seigner aux jeunes gens les sciences et la philosophie , il faut leur apprendre à lire , à écrire , à chiffrer, et les instruire des vérités de la religion; dans les écoles de village, ils apprennent aussi à chanter au lutrin; dans tous les pays du monde , ce sont là les premières études : nous présumons qu’il en étoit de môme dans celles de Rome , et il n’est pas fort étonnant qu’au huitième siècle on y ait employé dix ans de la première jeunesse. 2® Si saint Grégoire avoit tort de soigner ces premières éludes des clercs, il faut blâmer aussi Charlemagne , qui ne les dédaigna pas , et le roi Robert , qui s’en occupa; on les regarde cependant comme les restaurateurs des lettres, et non comme les auteurs de la barbarie. Il faudra encore censurer les anciens philosophes , qui ont regardé la musique comme une partie de la philosophie :

or , la musique de ces temps-là n’étoit pas fort supérieure au plain-chant d’aujourd’hui. M. Burette, dans ses Recherches sur la musique des anciens, a fait voir que l’on peut de nos jours apprendre en six mois ce qui demandoit alors une étude de dix ans. Au lieu de reprocher aux grands hommes des bas siècles les efforts qu’ils ont faits pour détruire la première rouille de la barbarie , il faut les bénir de ce qu’ils se sont abaissés jusqu’aux soins les plus minutieux ; s’ils n’avoient pas voulu les prendre , nous n’en serions pas où nous en sommes.

C’est par allusion à ces anciennes écoles romaines, que le pontifical nomme schola les clercs qui accompagnent l’évéque et l’assistant dans ses fonctions solennelles : Episcopus cum scholâ.

Ducange, au mot cavtores. C’est encore ce qui a donné de l’importance à la dignité de chantre dans les églises cathédrales ; parce que sa fonction est de veiller à la conduite des chantres et à la décence du culte divin.

Bingham, Orig. ecclés., liv. 3, c. 7, dit qu’il n’a pas été question de chantres dans l’Eglise avant le commencement du quatrième siècle : mais il avoue qu’il en est fait mention dans la liturgie do

saint Marc : or , nous prouverons en son lieu que cette liturgie est plus ancienne que le quatrième siècle. Il prétend que l’état des chantres étoit autant un ordre ecclésiastique que celui des lecteurs , et qu’ils recevoient une espèce cl’ordination; pour nous, nous pensons que si ç’avoit été un ordre, il auroit continué de l’être. Il veut que , dans l’origine , la fonction de chanter ait été commune à tous les fidèles. Soit , du moins il falloit que des chantres instruits donnassent le ton pour éviter la cacophonie; aussi l’an 364 ou 370 , le concile de Laodicée ordonna que les seuls chantres inscrits sur le catalogue de l’église , pourroient monter sur l’ambon et chanter sur le livre. Mais les protestants , infatués de leur usage , trouvent qu’il n’y a rien de si beau que le style gothique des psaumes de Marot, et le chant lugubre qu’ils ont adopté ; nous voudrions savoir pourquoi ils ne chantent pas les cantiques de l’ancien et du nouveau Testament : sontils moins respectables que les psaumes ?

CHAPE. Voyez ILvbits sacrés ou sacerdotaux.

CHAPELAIN, CHAPELLE. Une chapelle est un oratoire ou un lieu destiné à la prière , dans lequel il y a souvent un autel, et où l’on dit la messe; le chapelain est l’ecclésiastique chargé de la desservir. On nomme aussi chapelle l’office pontifical célébré par le pape ; on dit qu’il tient chapelle lorsqu’il officie solennellement. A Versailles, on appelle jours de grande chapelle les fêtes solennelles auxquelles l’office est fait par un évêque à la chapelle du roi.

Il y a beaucoup d’apparence que les chapelles ont été ainsi nommées, parce que l’on y conservoil les chapes ou manteaux des saints. On sait que nos rois faisoient porter à la tête de leurs armées la chape de saint Martin ; après on la renfermoit dans la Sainte -Chapelle.

Ducange , au mot capella.

De savants critiques ont remarqué que les anciennes églises ou les cathédrales, étoient sans chapelles collatérales. On bâtit d’abord les premières au dehors, et en joignant le mur, pour y placer le tombeau des saints; dans la

suite on perça le mur , et les chapelles se trouvèrent ainsi faire partie de l’église.

Ce n’est point à nous de réformer l’abus des chapelles domestiques , et les scandales qui s’ensuivent; mais il est permis de les faire remarquer. Depuis que les grands ont cru qu’ils seroient dégradés , s’ils étoient confondus avec le peuple dans la maison de Dieu , que les exercices publics de religion leur ont paru trop incommodes, ils ont voulu avoir des autels presque dans leur chambre, des prêtres à leurs ordres, des prières pour eux seuls; on diroit qu’ils ont renoncé à la communion des saints , et l’on sait de quelle manière Dieu est honoré dans ces lieux profanes. Faut-il s’en prendre à l’Eglise et à ses pasteurs trop foibles? Souvent on leur force la main , et l’on se venge quand ils refusent. L’irréligion déclarée porte peut-être moins de préjudice au christianisme qu’un masque de piété contraire aux règles, aux lois, à la discipline de l’Eglise : vainement le concile de Trente a voulu prévenir cet abus,' sess. 22; il subsistera aussi longtemps que l’orgueil, la mollesse , l’indévotion des grands. Le peuple des campagnes fait souvent plusieurs lieues de chemin dans la plus mauvaise saison pour satisfaire aux devoirs de la religion ; tel qui veut s’en acquitter sans sortir de chez lui, refuseroit de contribuer à la construction d’une succursale dans un village. Voyez Vancien Sacrameniaire , part., pag.

6SS et 844.

CHAPELET. Ce sont plusieurs grains enfilés qui servent à compter des Pater et des Ace , que l’on récite à l’honneur de Dieu et de la sainte Vierge. On les appelle aussi patenôtres, et ceux qui les font patenôlriers. Il y a aussi des chapelets de corail, d’ambre, de coco, et d’autres matières plus précieuses. Leur nom est venu de ce qu’ils ressemblent à une couronne de roses que l’on noramoit en vieux françois chapel de roses..

Dans la basse latinité ils ont été nommés cape/fiixi, et chez les Italiens corona ; ils contiennent cinq dizaines do grains, et les rosaires en ont quinze.

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L’usage de réciter le chapelet n’est |)as fort ancien ; quelques protestants en rapportent l’origine à Pierre l’IIermite, personnage célèbre dans l’histoire des croisades, sur la fin du onzième siècle ; le rosaire a été institué par saint Dominique.

Il y a aussi un chapelet du Sauveur , composé de trente-trois grains, à l’honneur des trente-trois ans que Notre-Seigneur a passé sur la terre ; il a été imaginé par le père Michel , de l’ordre des Gamaldules. Voyez Rosaire.

CHAPITRE d’un livre. Sur la division des livres saints en chapitres et en versets , voyez Concordance.

CiiARiTRE. Assemblée de chanoines ou de religieux.

Chapitres (Trois). Ce sont trois écrits condamnés dans le cinquième concile général tenu à Constantinople. Votjez Constantinople.

CHARITÉ , vertu théologale , par laquelle nous aimons Dieu sur toutes choses , et notre prochain comme nousmêmes; ainsi la charité a deux objets , Dieu et le prochain.

Comme on distingue un amour parfait de Dieu et un amour imparfait , les théologiens disputent pour savoir en quoi l’un est différent de l’autre. Quelques-uns disent que c’est seulement par le degré d’intensité ou de ferveur , et non par la diversité des motifs ; les autres prétendent que l’amour parfait consiste à aimer Dieu précisément pour lui-même, sans aucun rapport à nous, au lieu que l’amour imparfait est accompagné d’un motif d’intérêt propre.

Mais la question est de savoir si la charité parfaite exclut toute espèce de retour sur nous-mêmes. Lorsque saint Paul disoit: Je désire ma dissolution et d’être avec Jésus-Christ, Philipp., c. 1 , jl. 23, le désir de la béatitude étoit uni en lui à la plus ardente charité.

Il y a donc deux excès à éviter dans cette matière. Plusieurs aiment Dieu en pensant tellement à eux , que Dieu ne tient que le second rang dans leur affection. Cet amour mercenaire ressemble Il celui des faux amis, (|ui nous abandonnent aussitôt que nous cessons de

leur être utiles. Une âme qui aime ainsi est en quelque manière son dieu à ellemême ; cet amour n’est point la charité.

D’autres, en aimant Dieu, renoncent à tout motif d’intérêt ; leur amour est si pur qu’il exclut tout autre bien que le plaisir d’aimer ; ils n’espèrent , ils ne désirent rien au delà ; ils sont même prêts à sacrifier la douceur de ce sentiment , si les épreuves qui servent à le purifier exigent ce sacrifice. Cet amour nous paroît une illusion de quelques faux spéculatifs. En plaçant le sublime de la charité à se détacher de toute espérance , ils se rendent indépendants.

Un principe incontestable est que nous cherchons naturellement à être heureux ; c’est , selon saint Augustin , la vérité la mieux entendue et la plus constante, c’est le cri de l’humanité : ce penchant ne peut déplaire à Dieu , puisque c’est lui qui nous l’a donné. Suivant l’observation du savant évêque de Meaux , saint Augustin ne parle pas d’un instinct aveugle ; car on ne peut pas désirer ce que l’on ne connoît point , et on ne peut ignorer ce que l’on sait qu’on veut. L’illustre archevêque de Cambrai, écrivant sur cet endroit de saint Augustin, croyoit que ce Père n’avoit en vue que la béatitude naturelle. Qu’importe, lui répliquoit M. Bossuet, il demeure toujours incontestable que l’iiomme ne peut se désintéresser au point de perdre, dans un seul acte, la volonté d’être heureux, puisque c’est par celte volonté que l’on veut toute chose. Donc l’homme aura la même ardeur pour la béatitude surnaturelle que pour la béatitude naturelle, dès que la première lui sera connue.

Comnieiil , en effet , se détacheroit-on du seul bien que l’on veuille nécessairement ? Y renoncer formcllemciil est une chose impossible. Si l’on en fait abstraction , la fin que l’on se propose n’en est pas moins réelle. L’artiste qui travaille n’a jtas toujours son but présent à l’esprit, quoique toute sa manœuvre y soit dirigée. D’ailleurs le cœur ne fait point d’abstraction, et il s’agit ici d’un mouvement du c(Pur , cl non d’une opération de l’esprit.

Saint Thomas, qui s’est distingué par son grand sens, disoit : Si Dieu n’étoit pas tout le bien de l’homme , il ne lui seroit pas l’unique raison d’aimer. L’amour présent et le bonheur futur sont toujours unis chez ce docteur de l’école.

Mais , dira-t-on peut-être, quand nous ignorerions que Dieu peut et veut nous rendre heureux , ne pourrions-nous pas nous élever h son amour par la contemplation seule de ses perfections infinies. M. Bossuet répond qu’il est impossible d’aimer Dieu sans l’envisager comme un être souverainement parfait :

or, une partie de ses perfections est d’être bon , libéral , bienfaisant , miséricordieux envers ses créatures. Que l’on choisisse , si l’on veut, pour objet de contemplation entre les perfections divines, celles qui n’ont aucun rapport à nous, l’immensité de Dieu , son éternité , sa prescience, sa toute-puissance, etc.; il on résultera de l’admiration , de l’étonnement , du respect , mais non de l’amour ; l’esprit sera confondu , le cœur ne sera point touché.

D’où il s’ensuit qu’entre les attributs de Dieu , les seuls qui excitent en nous des sentiments d’amour , sont ceux qui mettent de la liaison entre Dieu et nous ; que ces sentiments sont tellement unis à l’idée du bonheur , qu’on ne peut les en séparer que par des précisions chimériques , fausses dans la spéculation , et dangereuses dans la pratique. Mais il faut ^ souvenir que le sentiment d’amour de Dieu peut exciter en nous de bons désirs , nous porter à des actions excellentes, influer sur notre conduite , sans que nous en ayons toujours une perception distincte et présente.

Comme il nous est impossible de démêler parfaitement les motifs de nos actions, de sentir jusqu’à quel point tel ou tel motif y contribue, les disputes sur l’essence de la charité seront toujours interminables ; les systèmes sur ce sujet sont aussi mal fondés que les scrupules des âmes timides, et l’enthousiasme des imaginations vives. De quoi nous sert de savoir si un acte d’amour de Dieu peut ou ne peut pas être absolument désintéressé? 11 nous suffit de com-

prendre que Dieu a daigné nous intéresser à l’aimer et à mettre en lui tout notre bonheur. « Celui , dit Jésus-Christ, » qui garde mes commandements, est » celui qui m’aime; il sera aimé de mon » Père , je l’aimerai moi -même, et je » me ferai connoître à lui. * Joan., c. 14,

21 . Ne cherchons point à en savoir davantage. Vingt dissertations sur l’amour de Dieu ne nous en feront pas faire un acte de plus , et nous mettront en danger de ne pas pratiquer fort exactement l’amour du prochain.

Ce qu’il y a de fâcheux, c’est que ceux qui soutiennent le plus chaudement la nécessité de l’amour de Dieu , sont justement ceux qui nous en fournissent le moins de motifs : ils affectent de le peindre comme un maître si terrible, qu’ils en inspirent plutôt la terreur que l’amour.

Une seconde question est de savoir si toute action qui n’est pas faite par un motif d’amour de Dieu est un péché, comme l’ont soutenu quelques théologiens , qui prétendoient puiser cette doctrine dans saint Augustin. .

On leur a répondu que , selon le concile de Trente, sess. 6, de Justifie., c. 6, les sentiments de foi , d’espérance , de crainte de Dieu , sont non-seulement louables , mais utiles , puisqu’ils nous disposent à la justification ; donc les actions faites par ces motifs seuls ne sont pas des péchés, à plus forte raison celles qui ont pour motif la reconnoissance des bienfaits de Dieu.

Saint Augustin a nommé charité le bon vouloir, la bonne intention , même dans un païen. Op. imperf., 1. 3, n. H i et 1G5. C’est donc une erreur de penser que ce saint docteur a regardé comme péché toute action qui n’a pas pour motif la charité proprement dite.

De ce passage l’on conclut que les actions même qui n’ont pour principe que la vertu morale , telle que pouvoit l’avoir un païen , sont bonnes et louables , quoique non méritoires pour le sa'ut; selon saint Augustin, Dieu en a souvent inspiré aux païens, et les en a récompensés. L. de Gratiâ Christi, c. 24, n“ 23 ; in Ps.GS, Serm.2, n°3; L'püt. 93

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ad Fincent. /?o,ga/., n<>9,lib. A-, contra âuas Epüt. Pelag., c. G, n“ -lô; de Civil. Dei, lib. 5 , c. 19 et 24. C’est la doetrine formelle de l’Ecriture sainte.

Esther, c. 14, 13; c. 15, f. 11;

Esdr., c. 1 , ?. 1 ; c. 6 , f . 22 ; c. 7, ji-. 27; Ezech., c.ISi ,i. 18 et suivants, etc.

Or Dieu ne peut inspirer ni récompenser des péchés.

Entre les motifs louables de nos actions , les uns sont naturels , les autres surnaturels ; et entre ces derniers il y en a d’autres que la charité proprement dite. Les motifs naturels, louables, tels que la pitié et la commisération, l’amour de nos semblables et de la patrie, les sentiments d’honneur, etc. , sont un exercice légitime des facultés que Dieu a mises en nous, et des penchants qu’il nous a donnés ; ces motifs peuvent donc rendre les actions d’un païen dignes de récompenses en ce monde , puisqu’il ne peut pas en être récompensé dans l’autre. Penser que les actions d’un chrétien faites par les mêmes motifs , lui seront méritoires dans l’autre monde , par un privilège attaché au caractère de chrétien, et par la participation aux mérites de Jésus-Christ, ce seroit s’approcher beaucoup du semi-pélagianisme ; mais de ce qu’elles ne sont pas méritoires, il ne s’ensuit pas que ce soient des péchés.

Dans un chrétien , les motifs naturels n’excluent point les motifs surnaturels, quoique nous ne puissions apercevoir en même temps plusieurs motifs différents.

Tantôt l’humanité agira la première, tantôt ce sera la charité ; mais le chrétien peut passer d’un de ces motifs à l’autre, se les rappeler successivement, et sanctifier Tun par l’autre. Alors l’action est très-bonne, quel que soit le motif qui a influé le premier ; mais l’action n’est méritoire pour un chrétien , qu’au- (ant qu’elle vient d’un motif surnaturel inspiré par le mouvement de la grôcc.

Un moyen de donner à nos actions tout le mérite possible , est de perfectionner, par des actes d’amour de Dieu anticipés , nos i)ensécs et nos intentions 8iihsé(iucntes , de demander souvent à Dieu de suppléer ce qui manque à nos actions, lorsque les motifs naturels pour-

ront prévenir les motifs surnaturels.

L’habitude de l’amour de Dieu dans le cœur d’un chrétien supplée sans cesse aux actes d’amour particulier ; elle infiue sur ses actions sans qu’il s’en aperçoive, de même que l’amour habituel que nous avons pour nos parents, pour nos amis, pour notre patrie , etc. Il faut donc nous attacher à fortifier en nous la charité habituelle, par la prière, par les bonnes œuvres , par la fréquentation des sacrements, par le souvenir des bienfaits de Dieu, etc. Mais nous n’aurons le bonheur d’aimer Dieu selon toute l’étendue de nos facultés que dans le ciel ; c’est dans le sein de Dieu que se fera la consommation de la charité du chrétien et du bonheur de l’homme. Ici-bas nous avons deux règles : selon Jésus -Christ luimême , celui qui garde les commandements de Dieu est celui qui l’aime véritablement; et selon saint Jean, personne n’aime véritablement Dieu, que celui qui aime ses frères, ./oan., c. 14 , ^. 21 , 25, 24; I. Joan., c. 4, ÿ. 20 et 21. C’est à quoi il faut nous en tenir.

Quelques incrédules ont poussé l’entêtement jusqu’à soutenir qu’il est impossible d’aimer un Dieu tel que la religion nous le représente, c’est-à-dire, un Dieu redoutable qui punit le crime pendant toute l’éternité. Mais si Dieu ne punissoit pas le crime , sur quoi fondés espérerions-nous qu’il récompensera la vertu? Cette double fonction est le caractère essentiel d’un Dieu législateur , et l’une n’entre pas moins que l’autre dans la notion de \a justice. S’il n’y avoit pas une justice divine à craindre, ce monde ne seroit pas habitable, les méchants seuls y seroient les maîtres , la vertu seroit sans espérance et sans motifs. Dieu ne seroit donc plus aimable pour les bons , s’il n’étoit pas redoutable pour les mécliants.

Nous concevons très-bien qu’un mauvais cœur, qui met son bonheur à satisfaire des passions vicieuses, ne peut pas aimer Dieu. Mais il lui est utile de le craindre ; et lorsqu’il pourra enfin se résoudre à mettre son bonlicur dans la vertu , il le trouvera aussi dans l’amour de Dieu.

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CHAniTÉ se prend encore pour l’amour que Dieu témoigne aux hommes.

Dieu, dit saint Paul, a fait éclater sa charité envers nous, en ce que Jésus- Christ est mort pour nous , lorsque nous étions encore pécheurs. Rom., c. 15, f.8. De même que la charité de Dieu envers nous éclate par des bienfaits , ainsi notre amour pour Dieu et pour le prochain doit se prouverpar nos œuvres.

Charité à l’égard du prochain. Jésus- Christ en a renouvelé la loi : F'ous aimerez votre prochain comme vousmême. 11 explique ce qu’il entend sous le nt>m du prochain, en y comprenant même les étrangers et les ennemis. Luc., c. 10, 29. 11 nous apprend en quoi cet

rmour consiste : Faites aux autres ce que vous voulez qu’ils vous fassent.

Luc., c. 6 , 31 . 11 se donne lui-même

pour modèle: Æmez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Joan., c. 13,^. 34. Il nous montre le motif : Aimez vos ennemis, afin que vous soyez les enfants du Père céleste qui fait du bien à tous. Matt., c. 5 , /. 45. Pouvoit-il mieux développer le précepte de la charité?

Ce précepte renferme donc non-seulement les sentiments de bienveillance, mais toutes les actions qui en sont la preuve , les bienfaits , les secours , les conseils , la douceur , la commisération, l’indulgence pour les défauts d’autrui , l’oubli des injures , la crainte d’humilier et de contrister nos semblables : nous exigeons tout cela pour nous; si on nous le refuse^ nous nous plaignons ; nous le devons donc aux autres.

Quelques incrédules ont prétendu que ces maximes de l’Evangile sont obscurcies par d’autres, où il est dit qu’un disciple de Jésus-Christ doit haïr son père , sa mère, ses proches , sa femme, scs enfants , sa propre vie, pour Dieu et pour l’Evangile. Ces dernières paroles auroient dû leur ouvrir les yeux. Qu’estce que haïr sa propre vie, sinon être prêt à la sacrifier lorsque cela est nécessaire pour obéir à Dieu et pour rendre témoignage à l’Evangile? Donc, haïr son père cl sa famille , c’est aussi être prêt à les quitter, lorsque Dieu l’or-

donne, et pour aller prêcher au loin l’Evangile. Voilà ce que les apôtres ont été obligés de faire, et Jésus-Christ avoir droit de l’exiger. Mais les apôtres n’ont pu témoigner à leurs proches une affection plus solide qu’en leur assurant la protection d’un bienfaiteurtelque Jésus^hrist.

Une preuve qui démontre que les maximes du Sauveur ont été bien entendues , c’est la charité universelle et héroïque des premiers chrétiens. • Nous » connoissons , dit saint Clément de » Rome , plusieurs d’entre nous qui se » sont mis dans les chaînes pour en tirer » ceux qui y étoient détenus ; plusieurs ï se sont faits esclaves, et ont employé » le prix de leur liberté à nourrir les » pauvres. » Epist. I, n" 7. Plusieurs ont bravé la mort pour donner des secours aux martyrs. Pendant la peste qui ravagea l’empire romain l’an 252 , et qui dura dix ans , les chrétiens soignèrent non -seulement leurs frères, mais les païens, pendant que ceux-ci abandonnoient leurs malades. Eusèbe , Hist. eccL, liv. 7, ch. 22; Ponce, Fie de saint Cyprien. Julien convient que les chrétiens nourrissoient leurs pauvres et ceux du paganisme. Lettre 49 à Arsace. Saint Jean Chrysoslome atteste que leur charité est ce qui a le plus contribué à convertir les païens. Préface sur l’épitre aux Philippiens.

Pendant la peste noire de l’an 1348 , l’on vit les religieuses hospitalières et les moines renouveler les exemples de charité héroïque dont a parlé saint Cyprien ; l’on a vu des évêques vendre jusqu’aux vases sacrés pour racheter des esclaves.

La persévérance de cette vertu dans le christianisme est prouvée par la multitude d’établissements de charité qui y subsistent , et dont les nations infidèles n’ont point donné d’exemple. Les hôpitaux pour les malades , pour les vieillards, pour les incurables, pour les enfants trouvés, pour les orphelins, pour les invalides , pour les insensés , pour les voyageurs; les maisons d’éducation pour les deux sexes, de travail pour tous les âges , de retraite pour les personnes inlirmes ; les écoles de charité, les confréries qui assistent les pauvres , les

prisonniers , les criminels condamnés à mort ; les fondations d’aumônes , les monts-de-piété , la rédemption des captifs, etc. Tel est l’ouvrage de la charité clirétienne.

Un de nos philosophes incrédules convient que dans la seule ville de Rome il y a au moins cinquante maisons de chanté de toute espèce; on pourroit en compter un plus grand nombre à Paris, et il en est de même des autres villes du royaume à proportion. 11 en conclut que l’homme n’est point naturellement méchant, mais bon et bienfaisant. Il l’est , sans doute , lorsque la religion le rend tel ; mais pourquoi cette bonté ne se montre-t-elle point ailleurs avec autant d’éclat que dans le christianisme ? Nos philosophes ne nous en disent point la raison.

De nos jours ils ont voulu substituer au terme charité celui à' humanité ; mais nous n’avons encore vu aucun philosophe se consacrer, par humanité, aux bonnes œuvres dont nous venons de parler ; lorsque l’humanité philosophique aura fait autant de bien que la charité, nous verrons laquelle des deux mérite la préférence. La pompe avec laquelle Vhumanité fait annoncer au public ses libéralités, est déjà d’un trèsmauvais augure.

On a fait plus : nos disserlateurs politiques ont pris la peine de décrier toutes les fondations et les établissements de charité comme des institutions imprudentes et pernicieuses, qui produisent plus de mal que de bien , qui sont l’ouvrage de l’ignorance et de la vanité :

nous réfuterons leurs réllcxions ailleurs. Foyez Fondation , Hôpital.

Ce scroit déjà une erreur grossière de borner les devoirs de la charité au seul précepte de l’aumône ; c’en est encore une plus scandaleuse d’enseigner , comme on l’a fait, (pic l’aumône même n’est point un prc-cepte rigoureux, mais un simple conseil. Kst-ce Vhumanitéqm a dicté cette décision?

On objecte (pie l’aumône nourrit la fainéantise, et souvent eutretieut le libertinage (les pauvres. Soit. Si avant de faire une bonne œuvre on vouloit pré-

voir les divers abus que l’on en peut faire , les inconvénients qui peuvent en arriver, le mérite ou l’intîignité de ceux qui en profiteront , etc. , on n’en feroit jamais aucune, puisqu’il n’en est aucune de laquelle on ne puisse abuser. La malice humaine trouve toujours plus de moyens pour faire du mal , que la charité la plus prudente ne pourra prendre de précautions pour le prévenir.

Lorsque Dieu jugera nos œuvres , il nous demandera compte du bien que nous avons pu faire , et non du mal que nous n’avons pas pu empêcher. Il faut donc nous en tenir à la leçon de saint Paul , faire le bien sans nous lasser et sans nous rebuter jamais, Galat., c. 6, f. 9 ; //. Thess., c. 5 , ^. 1 5 ; et laisser à Dieu et à ceux qui tiennent sa place icibas , le soin de punir ou de réprimer le mal. Foyez Avmôse.

Un déiste célèbre a compris que les devoirs de la charité ne se bornent point à faire l’aumône. Combien de malheureux, dit-il, combien de malades ont plus besoin de consolation que d’aumônes! Combien d’opprimés à qui la protection sert plus que l’argent ! Raccommodez les gens qui se brouillent, prévenez les procès ; portez les enfants au devoir , les pères à l’indulgence ; favorisez d’heureux mariages, empêchez les vexations , employez , prodiguez le crédit de vos amis en faveur du foible à qui on refuse justice , et que le puissant accable; déclarez-vous hautement le protecteur du malheureux ; soyez juste, humain, bienfaisant ; ne faites pas seulement l’aumône , faites la charité ; les œuvres de miséricorde soulagent plus de maux que l’argent : aimez les autres, et ils vous aimeront ; servcz-lcs , et ils vous serviront ; soyez leur père , et ils seront vos enfants.

Il scroit aisé de faire voir que l’Elcriture sainte nous commande en particulier tous CCS devoirs de charité, et que sans ces leçons divines nous ne connoîtrions pas mieux cette morale que les anciens philosophes, auxquels Laclancc reproche de n'avoir jncscrit ces mêmes devoirs jiar aucun précepte.

Divin, inslit., 1. 10, c. G.

Charité, est le nom de plusieurs ordres religieux. Le plus connu parmi nous est celui des frères de la charité , institué par saint Jean de Dieu pour le service des malades. Léon X l’approuva comme une simple société en 1520 ; Pie V lui accorda quelques privilèges ; Paul IV le confirma en 1617 en qualité d’ordre religieux. Outre les trois vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté, ces religieux font le vœu de s’employer au service des malades. Ils ne font point d’études et n’entrent point dans les ordres sacrés ; s’il se trouve parmi eux un prêtre , il ne peut jamais parvenir à aucune dignité de l’ordre. Le B, Jean de Dieu, leur fondateur, alloit tous les jours à la quête pour les malades , en criant : Faites lien, mes frères, pour Vamour de Dieu; c’est pourquoi le nom de fate ben, fratelli , leur est demeuré en Italie.

Malgré les préventions des philosophes incrédules contre les ordres religieux en général , ils n’ont pu s’empêcher de donner des éloges à celui-ci. Il semble avoir été institué exprès à la naissance du protestantisme , pour démontrer contre les réformateurs l’utilité et la nécessité des vœux monastiques. Des hommes à gages rendroicnt-ils des services aussi constants , aussi généreux , aussi purs, que les frères de la charité? et sans le vœu par lequel ils s’y engagent, auroient-ils le courage d’y employer toute leur vie? La prétendue réforme , avec ses belles idées de perfection, a -t- elle trouvé un moyen de suppléer aux bonnes œuvres pratiquées par les religieux hospitaliers ? Il est d’autres ordres que celui-ci , et qui rendent les mêmes services : nous en parlerons sous leurs noms particuliers. Ce n’est point la philosophie qui les a fondés, c’est la charité chrétienne. Ployez IIOSPITAUF.US.

Chauité (Sœurs de la). Communautés de filles instituées par saint Vincent de Paule , avec le secours de M™' Le Gras, pour assister les malades dans les hôpitaux et dans les maisons particulières , visiter les prisonniers , élever les enfants trouvés , tenir les écoles pour les pauvres

filles. Elles ne font que des vœux simples et pour un temps borné ; elles peuvent quitter leur congrégation quand elles le jugent à propos.

Cet institut, l’un des plus utiles qui ait jamais été établi , a un grand nombre de maisons ou d’hospices dans la seule ville de Paris , où il remplit les divers objets de sa fondation. Il en possède à proportion dans les autres villes du royaume , et il a quelques maisons en Allemagne et en Pologne; partout ces vertueuses filles font bénir la mémoire des fondateurs.

On doit comprendre sous le nom de filles de la charité, plusieurs autres congrégations qui rempïissentles mêmes fonctions que celle-ci , soit en France, soit ailleurs. Foyez Hospitalières.

Charité (Dames de la). On appelle ainsi , dans les différentes villes du royaume , les dames pieuses qui s’assemblent pour s’occuper des moyens de soulager les pauvres , pour recueillir les aumônes qu’elles font ou qu’elles procurent , et pour les distribuer avec prudence.

Si l’exemple des souverains est capable de donner du relief à une bonne œuvre, celle-ci est devenue plus respectable par cette raison. Tous les mois la reine tient chez elle une assemblée de charité ; par son exemple , et en quêtant elle -même pour les pauvres, elle engage les dames de la cour à faire des aumônes , et les remet aux curés des paroisses pour en faire la distribution.

Quelques précautions que l’on prenne pour mettre à couvert de tout reproche cette manière d’exercer la charité, il est rare que l’on y réussisse , souvent elle donne lieu à des murmures. On dit que dans les recherches qui se font pour connoître les besoins et la conduite dr \ pauvres , il entre de la curiosité et de i’imprudcnce,qu’ily a de la prédilection dans la distribution des aumônes , que souvent elles sont refusées à ceux qt i en sont le plus dignes , et prodiguées h ceux qui les méritent le moins, etc. Jusqu’où ne pousse-t-on point la témérité et la malignité dos soupçons?

f-’est donc le sort de toutes les bonnes

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couvres , d’essuyer des censures ; mais celles-ci ne devroient jamais partir de la plume des philosophes , qui se donnent pour les défenseurs de la morale et de l’humanité. Faut-il s’abstenir de faire le bien, par la crainte d’étre blâmé ? Non , sans doute. Saint Pierre dit aux fidèles : « Ayez une sage conduite au * milieu des ennemis de la religion, » afin que ceux mêmes qui vous pei- » gnent comme des malfaiteurs, soient » forcés , par l’examen de vos bonnes > œuvres, à glorifier Dieu. i> I. Pelr., ■c. 2, ^.12.

CHARMES, paroles magiques, auxquelles on attribue la vertu de produire des effets merveilleux et surnaturels.

Ce mot vient du latin carmen, qui signifie non-seulement des vers ou de la poésie, mais une formule de paroles déterminées dont on ne doit pas s’écarter : on nommoit ainsi les lois, les formules des jurisconsultes , les déclarations de guerre , les clauses d’un traité, les évocations des dieux , etc. Tite-Live appelle lex horrendi carminis la sentence qui condamnoit à mort Horace , meurtrier de sa sœur.

Le charme est distingué de Venchantement, en ce que celui-ci se faisoit par des chants ; mais souvent l’on a confondu l’un avec l’autre : on s’est encore servi de ces deux mots pour exprimer un maléfice ; il y a cependant une différence à mettre entre ces termes :

voyez-les k leur place.

Comment a-t-on pu se persuader qu’il y a des paroles cilicaces , à la prononciation desquelles est attachée une vertu particulière , et qui peuvent opérer des prodiges ? Il ne sert à rien d’attribuer à l’ignorance des peuples une erreur aussi commune ; l’ignorance ne produit rien sans une raison bonne ou mauvaise , solide ou apparente ; il faut la chercher , alin de ne pas confondre le vrai avec le faux , les usages légitimes avec les abus.

Tous les hommes ont connu une divinité quelcoiu|ue , et lui ont adressé des prières ; ces prières , toujours conçues il peu près en mêmes termes, ont passé des pères aux enfants, et ont été re-

tenues par ceux-ci avec un sentiment de respect. Lorsqu’un homme a vu ses vœux exaucés, et a reçu de Dieu un bienfait qu’il avoit désiré avec ardeur, il a pu croire aisément que sa formule de prière souvent répétée, avoit eu par elle -même la vertu d’intéresser la Divinité, et de produire l’effet qu’il avoit souhaité. Ainsi , l’on voit encore dans quelques familles certaines prières conservées par tradition , et auxquelles les membres de celte famille ont une dévotion et une confiance particulières , parce qu’ils les ont reçues de leurs pères. Celle confiance n’a rien de superstitieux, lorsqu’elle n’est pas excessive , et que la formule ne renferme d’ailleurs aucune erreur.

Après la naissance du polythéisme, les formules d’invocation devinrent plus importantes et plus sujettes aux superstitions ; celle qui étoit propre à tel dieu, ne convenoit pas à un autre; chaque dieu avoit son département et son pouvoir particulier; il fallcit que l’invocation y fût analogue. On fut donc obligé de multiplier les formules , et leur différence devint une espèce de grimoire. Toute personne qui crut avoir reçu de tel dieu ce qu’elle lui avoit demandé par telle formule, s’imagina que l’elTicacité de sa prière étoit attachée aux paroles ; que si on les changeoit , la prière n’auroit aucun effet. Le même préjugé s’introduiroit encore dans le christianisme , si l’on n’avoit pas soin de répéter souvent au peuple la leçon que Jésus-Christ nous a faite, savoir : que le mérite de la prière dépend de i’an'eclioii du cœur, et non de la multitude ou de la tournure des paroles. Malt., c. G , ^. 7, etc.

La fourberie des imiiosleiirs contribua, sans doute, à confirmer l’erreur des païiyis ; un homme qui se vanloit de guérir les maladies, alïecla, pour donner plus d’importance à son art et de crédit à ses remèdes, d’y joindre des invocations et des conjurations , de les exprimer en termes barbares ou dans une langue inconnue, alin d’étonner les ignorants. Comme , selon la croyance du paganisme, les biens et les maux,

la santé et la maladie , la prospérité et les malheurs , venoient des génies , des démons bons ou mauvais , qui disposaient du sort des hommes; les charlatans prétendirent que ces génies leur étoient soumis , étoient forcés d’obéir à leurs conjurations ; que par l’entremise de ces esprits on pouvoit guérir toutes sortes de maladies , ou les donner aux hommes et aux animaux, faire tomber la grêle ou la foudre , exciter des tempêtes , etc. Ainsi s’établit chez toutes les nations la conflance aux charmes ou aux paroles efficaces. Lorsque ces paroles étoient imprimées ou gravées , on les nommait caractères; quand on les portoit sur soi comme un préservatif , c’étoit une amulette. Foyez ces termes.

On sait à quel excès les païens poussoient l’ent/Hement sur ce point ; ils croyaient que les magiciens ou sorciers pouvaient, par leurs conjurations, forcer la lune à descendre du ciel : Carmina vel cœlo possunt deducere lunam. En effet , puisque suivant la croyance des philosoplKS meme, la lune étoit un être animé , un génie féminin que l’on nommait Hécate ou Diane, pourquoi n’auroit-elle pas été sensible aux invocations ou aux charmes des magiciennes? Pourquoi Jupiter, maître du tonnerre, auroit-il refusé d’accorder un coup de foudre à ceux qui avaient trouvé le secret de lui plaire par quelques paroles qu’il aimoit à entendre? Ainsi , la magie en général, et toutes ses espèces, tenoient essentiellement au système du polythéisme et à la philosophie des païens. Foyez Magie.

Selon l’opinion des stoïciens , les noms ne sont pas arbitraires ; ils viennent de la nature, et ils ont par eux-mêmes une certaine force. Origène avoil adopté ce sentiment des stoïciens , ou du moins il s’en sert pour réfuter Celse ; il soutient, contre ce philosophe, qu’il n’est pas indifférent de donner à Dieu les noms sous lesquels il s’est désigné lui-même dans les livres saints, ou de l’appeler Jupiter, Zeus, le Ciel, etc., comme faisoient les païens. 11 avoit raison pour le fond, puisque ç’auroil été donner lieu de confondre le vrai Dieu avec des

démons imaginaires ; mais il le prouvoit par un mauvais argument toujours tiré de la philosophie stoïcienne : c’est que les noms dont se servent les enchanteurs et les magiciens n’ont plus de vertu quand on les change et qu’on les traduit dans une autre langue. Jamblique pensoit de même. Platon étoit persuadé que les noms primitifs des choses étoient de l’invention des dieux. Origène, contre Celse , 1. 1 , n. 24 ; 1. 5, n. 43. Notes de Spencer. Ainsi, l’efficacité de certains noms étoit un dogme philosophique dont les meilleures têtes d’Athènes et de Rome étoient prévenues.

On ne trouve rien dans l’Ecriture sainte qui ait pu contribuer à établir cette erreur ; nous ne voyons dans l’histoire des patriarches aucune formule d’invocation ni de conjuration : chez les Juifs , aucun nom n’étoit sacré que celui de Dieu ; ceux des anges exprimoient leur fonction. Les écrivains qui ont avancé que les Juifs ont poussé aussi loin que les autres peuples la superstition des charmes , se sont trompés; cela ne peut être arrivé aux Juifs que quand ils se li vroient à l’idolâtrie de leurs voisins; ou l’on a confondu les Juifs des derniers siècles , infectés des erreurs égyptiennes et chaldéennes , avec les anciens Juifs instruits par Moïse et par les prophètes. Il leur étoit sévèrement défendu par leurs lois d’avoir recours aux charmes et aux enchantements.

Deut., c. 18, H. C’est un des crimes que l’Ecriture reproche à l’impie Manassès. II. Parai., c. 33, ji. 6. Moïse, de la part de Dieu , avoit prescrit aux prêtres une formule pour bénir le peuple , Num., c. C , 22 ; mais elle

est conçue dans les termes les plus simples, et Dieu avoit promis de l’exaucer.

Par la lumière de l’Evangile, le monde fut désabusé du prétendu pouvoir des dwinités païennes, et apprit à n’attendre des bienfaits que de Dieu seul. Nous savons que Jé.sus- Christ a vaincu les puissances infernales, et que la seule présence d’un chrétien a souvent suffi pour déconcerter toutes leurs opérations. Cependant il s’est encore trouvé des hommes assez pervers et assez im-

en A

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