‹ Dictionnaire de théologieChapitre 166 sur 170 · MONDE · texte numérisé non relu

MONDE

Mais outre cette secte principale , il y en a encore deux autres à la Chine, celle de Lahio-Kiun , dont les disciples a-^ ■ mettent un dieu matériel et d’autres divinités inférieures, et pensent que Tâmc périt avec le corps. Us croient aux augures, à la divination, rendent un culte aux morts , et donnent dans toutes sortes de superstitions. Une troisième secte est celle de Fo ou Foé, qui a pour

auteur un philosophe indien de ce nom; ses partisans adorent trois idoles monstrueuses , en placent encore d’autres plus petites dans les pagodes et sur les grands chemins, et en ont tous dans leurs maisons. Cette secte, qui est celte du peuple , entretient des milliers de bonzes, especes de moines qui vivent en commun et dans le célibat, sont fort intéressés, vicieux et méprisés. On trouve même à la Chine des adorateurs du grand Lama , qui demeure à Barantola dans le Thibet.

Il n’est donc pas vrai que la religion de l’empereur et des lettrés chinois soit le déisme ou la religion naturelle, comme on l’assure dans le Dictionnaire géographique; il est constant, au contraire, que la religion enseignée dans leurs livres classiques est le stoïcisme, par conséquent le culte de l’âme du monde , ajouté au polythéisme et à l’idolâtrie, tels que les pratiquoient les Grets et les Romains; que dans la pratique, l’empereur et les lettrés adorent Fo et Poussa, et sont très-superstitieux : c’est un fait attesté dans les nouveaux Mémoires des Missionnaires de Pékin.

3“ Les lois morales de Confucius, quoi que Ton en dise , ne valent guère mieux que ses dogmes ; elles ne portent sur rien ; ce philosophe n’y attache que des récompenses temporelles. Or , un Chinois peut-il être assez simple pour se persuader que les vertus morales ont le pouvoir de diriger la marche de la nature , de produire le beau temps et la pluie , l’abondance et la prospérité , de prévenir les fléaux et les malheurs?

Confucius le dit formellement dans le Chou-King , p. 172. Aussi, de toutes les leçons de morale, il n’en est point de plus mal observées que celles de Confucius ; le peuple n’est en état ni de les lire ni de les connoître.

C’est donc très-mal à propos que l’on nous vante la morale de ce philosophe , la législation et le gouvernement des Chinois , la prospérité singulière de cet empire. Après avoir examiné ces diflérents ciicfs, il nous paroît que la morale des philosophes cliinois est très-imparfaite et vicieuse en plusieurs points , et

cm 457 cm

que les mœurs publiques de la Chine sont très-mauvaises. Il n’y a dans cet empire aucun code de lois fixes : c’est la volonté arbitraire et despotique de l’empereur qui tient lieu de lois. Aussi , la Chine a essuyé vingt-deux révolutions générales , et la police y est très-aéftC" tueuse. La population excessive que l’on y suppose vient du climat et de la fertilité du sol, beaucoup plus que de la sagesse du gouvernement. Le Chou- King , livre classique des Chinois, publié par M. de Guignes, les nouveaux Mémoires de la Chine, dressés par les missionnaires de Pékin , cl que l’on a commencé à imprimer en 1776, nous ont enfin détrompés de tout le merveilleux que nos philosophes avoient publié sur cette nation.

Voici ce qu’en dit l’auteur du Voyage fait aux Indes et à la Chine, depuis l’année 1774 jusqu’en 1781 , t. 2,1. 4, c. 1 : « En France , les économistes, oc- » cupés de calculs sur la subsistance des

* peuples, ont fait revivre dans leurs » leçons agronomiques les fables que les » missionnaires avoient débitées sur le » commerce et le gouvernement des Chi- » nois. Le jour auquel l’empereur des-

* cend de son trône jusqu’à la charrue, » a été célébré dans tous leurs écrits ; ils » ont préconisé cette vaine cérémonie , » aussi frivole que le culte rendu par les B Grecs à Gérés , et qui n’empêche pas » que des milliers de Chinois ne meu- B rent de faim , ou n’exposent leurs en- B fants, par l’impuissance où ils sont de B pourvoir à leur subsistance.

B Les entraves que les Chinois met- > tent à toute liaison suivie entre eux et B les étrangers, n’ont certainement B d’autre cause que le sentiment de leur B propre foi blesse ; le gouvernement

* des peuples esclaves est trop vicieux » pour se rendre respectable par ses » propres forces... Les lois ncsontcon- B nues que des seuls lettrés ; les charges B de mandarins ou magistrats s’achc- B tent ; pour plaider à leur tribunal ^ il B faut se ruiner : à proprement parler f B c’est le bâton qui gouverne la Chine. B Les ordonnances du gouvernement B n’ont de force qu’aussi longtemps

B qu’elles demeurent affichées , quand B l’affiche n’existe plus, on les viole im- » punément; avec de l’argent, l’on B évite tout châtiment. Personne n’ose- » roit regarder l’empereur; quand il • passe il faut tourner le dos ou se pros- B terner. Il est précédé de deux mille B bourreaux.

B Confucius a écrit quelques livres de B morale, adaptés au génie de sa nation; B c’est un amas de visions obscures , de B vieux contes mêlés d’un peu de philo- B Sophie. Les prétendues traductions de B ses ouvrages ont été forgées par les B missionnaires. Ses ouvrages , quoique B pleins d’absurdités, sont adorés par les B Chinois. Ce philosophe ajoutoit foi aux B augures et aux sorts ; les Chinois ne B font rien sans les avoir consultés ; ils B ont autant de femmes qu’ils peuvent B en nourrir. L’idée de la mort ne cesse B pas de les tourmenter, et les poursuit B jusque dans leurs plaisirs; ils dépen- B sent des sommes excessives pour les B funérailles. Il y a plus d’un million de B bonzes dans l’empire qui ne vivent B que d’aumônes , et leur chef jouit de B la plus haute considération. Un Chi- B nois passe la moitié de sa vie à con- B noîlre les caractères de sa langue , B l’autre moitié dans son sérail ; il est B impossible que les sciences fassent du B progrès à la Chine ; l’empereur ne B peut se passer d’astronomes étran- B gers.

B Les Chinois sont lâches , poltrons et B mauvais guerriers, ils seront toujours B vaincus par les nations qui voudront B les attaquer; aucune de leurs villes B ne pourroit soutenir un siège de trois B jours. Leur artillerie n’est bonne que B pour des réjouissances ; leurs fusils B sont à mèche, et après avoir ajuste B leur coup , ils détournent la tête.

B Trente mille Barmans détruisirent, il B y a peu de temps, une armée de cent B mille Chinois., Ils sont fripons, fiers, B insolents cl lâches : dix Européens , B armés seulement d’un bâton, en fe- B roient fuir mille ; et s’ils ne nous ac- B cordent aucune liberté , c’est parce B qu’ils connoissent leur foiblesse. Mais B l’intérêt du commence engage les né-

cm 458 cm

> godants européens à sacrifier l’hon-

> neur de leurs nations ; la cupidité » seule peut les mettre à la merci d’un » peuple aussi méprisable par son ca- B ractère que par son ignorance. Ils sont • exposés à des concussions et des vexa- B tions de toute espèce , et ils les souP- » frent pour exercer un commerce aussi » superflu qu’il est onéreux. »

Nous ne garantissons point tous les traits de ce tableau , il est évidemment chargé ; plusieurs des faits avancés par l’auteur sont formellement contredits dans les mémoires envoyés de Pékin.

Mais si le savant académicien qui a fait le parallèle de Zoroastre , de Confucius et de Mahomet, et l’auteur An Dictionnaire de Géographie , avoient consulté ce voyageur et quelques autres monuments, ou ils les auroient réfutés , ou ils se seroient abstenus de faire l’éloge des lois et du gouvernement de la Chine.

Ce que le dernier y trouve de plus admirable, c’est que ce gouvernement tolère toutes les superstitions et toutes les sectes. On n’y établit pas, dit-il, comme ailleurs , une inquisition sur la pensée de l’homme ; les lois sur cet objet sont tolérantes , parce qu’elles ont été faites , non parles bonzes, mais par la raison.

Il soutient que la logique des Chinois est meilleure que la nôtre, qu’elle ne leur enseigne point à ergoter sur les mots , et à disséquer une pensée ; que les logiciens chinois valent bien les éternels disputeurs de nos universités.

Du moins la logique des Chinois ne brille pas dans les absurdités qu’ils professent en fait de religion et.de morale; des hommes qui passent la moitié de leur vie h étudier les caractères de leur langue, n’ont pas beaucoup de temps de reste pour le donner à la philort)phie; il n’y a point chez eux d’écoles publiques. Les Chinois, si tolérants, n'otU cependant pas voulu tolérer le christianisme, parce que c’est une religion étrangère , et qui leur paroît nouvelle ; est-ce encore là une preuve de la perfection de leur logique? Par l’état des sciences et du gouvernement à la Chine, nous voyons ce que peut produire la tolérance , dont nos écrivains incrédules

ne cessent de nous vanter les merveilleux effets.

M. de Guignes , mieux instruit que l’auteur du Dictionnaire , est persuadé que les Chinois , soit dans les temps anciens , soit dans les siècles plus récents, ont emprunté des peuples qui sont à l’occident de la Chine tout ce qu’ils savent , et que c’est une pure vanité de leur part de se l’attribuer.

On ne peut plus douter que le christianisme n’ait pénétré à la Chine de très - bonne heure; quelques auteurs pensent qu’il y fut porté par l’apôtre saint Thomas , peut-être même par saint Bartbélemi ou par quelqu’un de leurs disciples. Arnobe, qui vivoit au quatrième siècle , dit que le christianisme étoit établi dans les Indes, chez les Sères ou Chinois , les Mèdes et les Perses ; mais par le défaut de missionnaires ou par d’autres causes, il ne paroît pas y avoir subsisté longtemps.

Au septième siècle , les nestoriens , qui avoient porté leur religion sur la côte de Malabar dans les Indes et dans la grande Tar tarie, pénétrèrent à la Chine et s’y établirent. Ce fait est prouvé non-seulement par le témoignage de plusieurs écrivains orientaux , mais par un monument qui fut déterré en 1625 dans la ville de Sigan - Fou , capitale d’une province de la Chine. C’étoit une grande pierre au haut de laquelle étoit une croix, ensuite une longue inscription , partie en caractères chinois , et partie en caractères syriens, majuscules, nommés communément stranghelo. Le magistrat du lieu , qui crut devoir la conserver, la fit transporter dans un temple de bonzes. Elle portoit que l’an 655 de notre ère , il étoit arrivé à la Chine un homme de Ta - Tsin ou de l’Occident , qui avoit présenté à l’empereur des livres de la religion qu’il^venoit prêcher , et que l’an 638 l’empereur avoit donné un édit en faveur du chrisflanismc. On y lisoit ensuite les principaux dogmes de la religion chrétienne, et il étoit dit que cette inscription avoit été faite pour servir de monument de ces faits, l’an 1092 des Grecs, de Jésus - Christ 780 , sous le pontificat

cm 459 cm

à'Anan - Yesou, patriarche des nestoriens.

La Croze , Beausobre et d’autres critiques protestants, ont trouvé bon de contester l’authenticité de ce monument, de supposer que c’a été une fraude pieuse imaginée par les missionnaires catholiques en 1625, afin de persuader aux Chinois que le christianisme n’étoit pas une religion nouvelle chez eux, mais anciennement établie dans leur empire. M. de Guignes , dans une savante dissertation sur ce sujet , Mémoires de VAcadémie des Inscriplions , tome 5-i , in-12, p. 295, a prouvé la fausseté de ce soupçon , et l’authenticité de l’inscription de Sigan-Fou, par le témoignage des annales de la Chme, et de plusieurs auteurs chinois. 11 fait voir que ces auteurs ont confondu les missionnaires nestoriens avec les bonzes de Fo , et qu’ils ont désigné sous ce nom tous les prédicateurs de religions étrangères ; maib ce qu’ils en disent se rapporte si exactement, pour le temps et pour les circonstances, à l’établissement des nestoriens à la Chine, qu’il est impossible que le hasard ait pu produire cette conformité; Il prouve aussi , par le témoignage des voyageurs, qu’il y avoit encore de ces chrétiens nestoriens à la Chine , dans les douzième et treizième siècles, mais qu’alors leur religion étoit fort altérée et défigurée par un mélange de mahométisme , tellement que quand les Portugais arrivèrent à la Chine , en 1517 , ils n’y trouvèrent plus aucun vestige du christianisme. Le savant Assémani , de son côté, a produit plusieurs autres preuves de l’authenticité et de la vérité de l’inscription trouvée à Sigan - Fou.

Biblioth. orient., t. 4, c. 9,§ 6. Le jugement de ces savants est d’un tout autre poids que les vaines conjectures des critiques protestants.

Ce fut en 1 580 que les pères Roger et Ricci , missionnaires jésuites, entrèrent à la Chine , et trois ans après ils obtinrent la permission de s’y établir. Dans l’espace d'un siècle la religion chrétienne y fit tant de progrès qu’en 1715 il y avoit dans cet empire plus de trois cents églises , et au moins trois cent mille chré-

tiens. Mais en 1722 , l’empereur Yong- Tching publia un édit contre le christianisme , résolut de l’exterminer , et fit exercer contre les chrétiens une sanglante persécution. En 1731 , tous les missionnaires furent bannis à Macao :

depuis 1733, on ne permet plus à aucun étranger de pénétrer dans l’intérieur de la Chine , et les prédicateurs qui ont été découverts , ont été mis à mort. Les jésuites, que l’empereur a gardés à la cour en qualité de mathématiciens , n’ont pas la permission d’exercer les fonctions de missionnaires. Cependant, depuis l’an 1753, la persécution paroît ralentie ; il leur est permis d’assister les chrétiens qui s’y trouvent encore ; ils ont demandé au gouvernement françois des successeurs, dans l’espérance d’obtenir peu à peu plus de liberté de faire des prosélytes. On prétend qu’actuellement il y a déjà plus de soixante mille chrétiens dans cet empire.

Malheureusement, au commencement de ce siècle , il s’éleva une contestation entre les jésuites de la Chine elles missionnaires des autres ordres religieux.

Il s’agissoit de savoir s’il y avoit de la superstition et de l’idolâtrie dans les honneurs que les Chinois rendoient à Confucius et à leurs ancêtres , honneurs accompagnés d’offrandes, d’invocations, de parfums , etc. En 1704, Clément XI condamna ces rites chinois comme superstitieux et idolûtriques ; en 1742, Benoît XIV confirma ce décret par sa bulle Fæ quo singnlari : depuis ce temps-là les missionnaires ont interdit ces rites à leurs prosélytes. Mais cette dispute, trop animée de part et d’autre, a nui beaucoup aux intérêts du christianisme.

Outre cet obstacle accidentel et passager, il y en a d’autres qui retarderont toujours les progrès de la religion chrétienne dans celte partie du monde. La corruption des mœurs populaires de cet empire, l’attachement opiniâtre des Chinois à leurs usages , attachement cimenté par le culte religieux qu’ils rendent à leurs ancêtres ; leur vanité , qui leur persuade qu’ils sont le peuple lo plus parfait de l’univers ; l’orgueil, l’am-

cm A

bîtîon, la jalousie des lettrds , qui sont seuls en possession de renseignement, dont les uns sont athées, les autres idolâtres et superstitieux ; le despotisme de l’empereur , qui est le chef suprême et l’arbitre de la religion aussi bien que des lois, sont autant d’obstacles qui rendent les conversions très - difficiles, fies Chinois méprisent les étrangers, les craignent et les haïssent. Malheureusement les navigateurs des différentes nations européennes qui ont séjourné à la Chine, ne s’y sont pas comportés de naanière à gagner la confiance et l’affection des habitants du pays; et cette conduite n’a pas peu contribué à indisposer les Chinois contrôle christianisme.

Ils auroient moins derépugnance à écouter des missionnaires nationaux que des étrangers.

Si nos philosophes incrédules étoient véritablement amis de l’humanité , ils auroient déploré comme nous le bannissement des missionnaires de la Chine; au contraire , ils en ont triomphé : ils en ont pris occasion de rendre odieux le christianisme même , aussi bien que ceux qui le prêchent. Ils ont dit que les empereurs de la Chine ont proscrit cette religion à cause de son intolérance, ou du droit que ses ministres s’attribuent de forcer les peuples à l’embrasser ; à cause de l’indépendance dans laquelle ils veulent être à l’égard de la puissance temporelle ; à cause de leur caractère séditieux et turbulent; à cause enfin du tort que le célibat fait à la population. Il n’est pas possible de calomnier d’une manière plus noire.

Dans les mémoires présentés â l’empereur de la Chine par les mandarins, contre le christianisme , ils n’ont fait aucun de ces reproches aux missionnaires; ils ont seulement représenté que cette religion est nouvelle et étrangère dans l’empire , qu’elle n’admet ni Divinité , ni esprit ni ancêtres. Lettres édifiantes, tome 29 , pag. 217; tome 50, pag. 15G. On voit par là ce qui est encore prouvé d’ailleurs, que les lettrés chinois font aller de pair le culte des esprits et des ancêtres avec le culte de la Divinité, cl il est fort douteux s’ils ad-

0 CIIOE

mettent d’autre Divinité que les esprits qui président aux différentes parties de la nature. La lecture du Chou -King , qui est leur livre classique, ne nous montre chez eux point d’autre croyance que celle des anciens polythéistes.

jSJuand le génie des missionnaires serait tel que les incrédules le représentent , ont-ils été assez imprudents pour le faire connoître , pour prêcher l’intolérance , l’indépendance , la sédition et la révolte contre un gouvernement absolu et despotique? Une accusation aussi atroce ne doit point être hasardée sans preuve ; les incrédules ne peuvent en alléguer aucune. D’un côté , ils reprochent au christianisme de favoriser le despotisme des princes et l’esclavage des peuples ; de l’autre , ils prétendent qu’un empereur despote a redouté les principes et la morale de cette refigion : ce sont deux accusations contradictoires.

Une autre absurdité est de penser que les Chinois, qui font périr chaque année plus de trente mille enfants , ont craint que le christianisme ne nuisit à la population; qu’ils redoutent le célibat, pendant qu’il se trouve à la Chine des millions de bonzes qui vivent dans le célibat. En général, le gouvernement chinois craint plus l’accroissement de la population que sa diminution. Foyez Mission.

CIIIROTONIE. Foyez Imposition des

Page 1