MAINS
CHOEUR, dans nos églises, est un espace situé ou derrière l’autel , ou entre l’autel et la nef, dans lequel est placé le clergé pour chanter roffice divin.
Dans la pluiiart des églises d’Italie , le choeur est placé derrière l’aulcl , et alors celui-ci se trouve rapproché de rassemblée du peuple ; c’est ce que l’on nomme autel à la romaine. En France, le chœur est ordinairement situé entre ’autcl cl la nef, environné d’une balustrade ou d’un mur , garni h droite et â gauche de deux rangs de stalles , où se placent les ecclésiastiques elles chantres.
I,c chœur signifie aussi rassemblée de ceux qui chantent; ainsi le chœur répond au célébrant ; on chante à.dcux
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choeurs ; le haul-chœur, ce sont les chanoines ou les prêtres qui occupent les stalles les plus élevées ; le bas-chœur, ce sont les chantres , les musiciens , les enfants de chœur qui remplissent les bas stalles.
Dans l’origine , signifie une assemblée formée en rond , une enceinte ; c’est pour cela qu’il désignoit une troupe de danseurs qui se tenoient par la main et formoient un circuit. Il ne faut pas en conclure, comme ont fait quelques auteurs, que chorus a signifié , dans les églises , un espace où l’on dansoit. Dans le second livre ^Esdras, c. 12, 31 ,
37, 39, x^poi signifie évidemment des diantres et non des danseurs.
On prétend que le chœur des églises n’a été séparé de la nef que sous le règne de Constantin. Cela signifie seulement qu’il n’y a point de preuve plus ancienne de cette séparation. Alors il fut environné d’une balustrade, et même d’un voile ou rideau qui ne s’ouvroit qu’apres la consécration. Dans le douzième siècle , on le ferma par un mur ; mais comme cette séparation défigure une église et cache le coup d’œil de l’architecture , on est revenu à l’usage des balustrades.
Dans les monastères de filles, le chœur est une salle attachée au corps de l’église , de laquelle il est séparé par une grille ; c’est là que les religieuses chantent l’office.
Dingham , Orig. ecclés., 1. 8 , c. 6 , g 7 , a prouvé par plusieurs anciens monuments , que dans les premiers siècles le chœur des églises étoit réservé au clergé seul ; qu’il n’étoit permis aux laïques d’approcher de l’autel que pour faire leur offrande et pour recevoir la communion. Celte enceinte est souvent nommée adytum, lieu où l’on n’entre point. Quand on compare le plan des anciennes basiliques avec le tableau des assemblées chrétiennes , tracé par saint Jean damY Apocalypse, c.4etS, on voit que celte discipline venoit des apôtres ; l’empereur Julien , quoique apostat, la respecloit. Saint Ambroise ne permit point à l’empereur Théodose de se placer dans*le chœur de l’église de Milan : l’en-
trée du sanctuaire étoit surtout interdite aux femmes ; les laïques , sans distinction , dévoient se tenir dans la nef pendant les saints mystères : preuve irrécusable, contre les protestants, de la distinction qui a régné entre les prêtres et les laïques , dès l’origine du christianisme , et de ridée que l’on attachoit à l’auguste sacrifice des autels.
Mais lorsque les Barbares se furent rendus maîtres de l’Occident, ils portèrent dans la religion leur caractère hautain, militaire et féroce ; ils entrèrent dans les églises avec leurs armes, qu’ils ne quittoient jamais; ils prirent les places du clergé , et ne respectèrent aucune loi. Les possesseurs des moindres fiefs suivirent l’exemple des princes , et prétendirent au même privilège ; une place dans le chœur devint un droit seigneurial. Aujourd’hui encore un seigneur de paroisse ne se contente pas de l’occuper ; mais sa femme , ses enfants , ses laquais, ses servantes, ont l’impudence de s’y placer ; et si les pasteurs s’y opposoient, ils scroient condamnés dans tous les tribunaux.
Les évêques de l’Eglise primitive , les disciples des apôtres , seroient bien étonnés , si , revenus au monde , ils voyoient , dans les jours les plus solennels, le sanctuaire des églises occupé par des soldats armés , qui s’y conduisent à peu près comme dans un camp, et comme s’ils venoient faire la guerre à Dieu; les laïques et les femmes approcher du saint autel avec aussi peu de respect que d’une table profane, étouffer les sentiments de religion par orgueil et par curiosité. « Tremblez de respect à la vue ï de mon sanctuaire ; je suis le Sei- » gneur. » Levit.,c. 26 , j!'. 2. On ne se souvient plus de cette leçon.
Parmi les lettres de Julien , il en est une adressée à Arsace , souverain pontife de Galatic, qui est une censure sanglante de nos mœurs, o Lorsque les gou- » verneurs , lui dit-il, viendront aux » temples, on ira les recevoir dans le e vestibule. Qu’ils ne s’y fassent point » accompagner par des soldats , mais » qu’il soit libre à qui voudra de les » suivre. Dès qu’ils mettent les pieds
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» dans le temple , ils deviennent de » simples particuliers. Vous seul avez » droit d’y commander , puisque tes » dieux l’ordonnent ainsi. Ceux qui se
* soumettent à cette loi font voir qu’ils
* ont véritablement de la religion ; les » autres , qui ne veulent pas se dé- » pouiller un moment de leur faste et » de leur grandeur, sont des hommes
* superbes, remplis d’une sotte vanité. » Lettre 49.
Nous ne faisons point cette remarque pour censurer nos lois civiles ; nous savons qu’elles ont été l’ouvrage des circonstances, et souvent de la nécessité, qui est la plus forte de toutes les lois ; mais il est toujours utile de rappeler le souvenir de l’ancienne discipline, parce que c’est un monument de la croyance primitive.
Choeur des Anges. Voyez Anges.
CHOIX, élection de Dieu. Selon les monuments de la révélation , Dieu a choisi Abraham pour se faire connoître à lui plus parfaitement qu’aux autres hommes; il a choisi la postérité de ce patriarche, pour en faire son peuple particulier; il nous a choisis nous-mêmes pour nous rendre, par le baptême, ses enfants adoptifs. Ce choix de la part de Dieu est-il , comme le prétendent les incrédules, un trait de partialité, une aveugle prédilection , une injustice?
On pourroit le dire, si la grâce que Dieu a faite à Abraham avoit dérogé en quelque chose à celles qu’il accordoit aux autres hommes ; si , en adoptant les Israélites, il avoit absolument abandonné les autres peuples ; si les grâces dont il a daigné nous combler, diminuoient la mesure de celles qu’il veut départir aux infidèles : mais qui a jamais osé l’écrire ou le penser? Dieu, maître absolu de ses dons, soit dans l’ordre de la nature , soit dans l’ordre de la grâce , peut , sans injustice , mettre dans la distribution qu’il en fait telle inégalité qu’il lui plaît. Un infidèle, qui a reçu moins de grâces qu’un chrétien , n’a pas plus de droit de se jilaindre, qu’un homme disgrâcié par la nature ne peut accuser Dieu , parce qu’il a donné à un aulre homme une âme [dus belle, un esprit
pius pénétrant, un cœur plus noble, etc. Dans l’une et l’autre espèce de bienfaits, tous sont absolument gratuits.
La justice de Dieu est à couvert de blâme, parce qu’elle ne fait rendre compte à chacun que de ce qu’il a reçu ; sa bonté est justifiée, puisqu’il n’est aucune créature à laquelle il n’ait fait du bien , plus ou moins. La sagesse divine brille dans cette conduite ; puisque par cette diversité même elle conduit toutes choses à leurs fins. 11 n’y auroit plus ni dépendance , ni besoins mutuels, ni société entre les hommes, s’ils étoient tous égaux , tous doués des mêmes qualités , tous favorisés des mêmes avantages : l’égalité parfaite qu’exigent les incrédules, n’est dans le fond qu’une absurdité.
L’objection des déistes contre la révélation, contre la dispensation des grâces surnaturelles , est donc précisément la même que celle des athées contre la conduite de la Providence dans la distribution des dons de la nature : les uns et les autres se font une idée fausse de la bonté , de la justice , Je la «agesse de Dieu ; ils ne s’entendent pas eux-mêmes. Ils demandent pourquoi Dieu est appelé par les Ecritures sacrées le Dieu d’Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ; n’est-il donc pas le Dieu de tous les peuples et de tous les hommes? 11 est sans doute leur créateur , leur bienfaiteur, leur souverain Seigneur, mais tous ne l’ont pas reconnu comme tel, puisque la plupart ont adoré des dieux qu’ils avoient forgés eux-mêmes. Abraham et ses descendants, mieux instruits, n’ont rendu leurs hommages qu’au vrai Dieu ; il a donc été leur Dieu par préférence , et dans le même sens qu’il est encore le Dieu des chrétiens, parce que nous n’en connoissons point d’autre.
Toute la question est donc réduite & savoir si Dieu n’a pas donné à tous les hommes , sans exception , les moyens de le connoître , et s’il n’a pas tenu à eux de l’adorer : or l’Ecriture nous atteste que Dieu s’est révélé et manifesté à tous les hommes par les ouvrages de la création , par les lumières de la raison , par les leçons de leurs |)remiers pèi es , par le témoignage de la conscience , par les
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bienfaits et les châtiments qu’il leur a départis. Les inerédules ont donc tort d« supposer que Dieu a délaissé , abandonné, méconnu aucune de ses créatures. Voyez Inégalité , Bienfaits de Dieu, Justice de Dieu, etc.
CHORÉVÊQUE. On appeloit ainsi autrefois un prêtre qui exerçoit quelques fonctions épiscopales dans les bourgades et les villages , et qui étoit censé le vicaire de l’évêque. Ce nom vient de ; région, contrée. Il n’en est pas question dans l’Eglise avant le concile d’Antioche, tenu en 540, qui fixa les limites de la juridiction des chorévêques ; le concile de Riez, qui réduisit Armentarius à cette dignité , l’an 459 , est le premier concile d’Occident qui en ait parlé. Le pape Léon III vouloit abolir ce titre , il en fut empêché par le concile de Ratisbonne.
Les chorévêques n’avoicnt pas tous reçu l’ordination épiscopale , mais seulement un degré de juridiction sur les autres prêtres; ils pouvoient cependant ordonner des clercs mineurs et des sousdiacres , et donner , conjointement avec l’évêque diocésain , le diaconat et la prêtrise. Ceux qui, dans l’Occident, voulurent s’attribuer toutes les fonctions épiscopales, furent réprimés ; on les supprima entièrement au dixième siècle ; on leur substitua les arcbiprêtres et les doyens ruraux. Aujourd’hui quelques évêques, dont le diocèse est fort étendu , ont des vicaires généraux chargés de faire plusieurs fonctions épiscopales dans une partie de leur territoire : tels sont en France les grands vicaires de Pontoise et de Moulins. Le premier des sous-diacres de Saint-Martin d’Utrecht, le premier chantre des collégiales de Cologne , et quelques dignitaires des chapitres de Trêves, ont le titre dé chorévêques, et font les fonctions des doyens ruraux.
Bingham, Orig. ecclés., 1. 2, c. 1 4, § 4, pense, comme plusieurs autres théologiens anglicans , que tous les chorévêques avoient reçu l’ordination épiscopale ; mais les preuves qu’il en donne ne sont pas sans réplique.
' Mosheim fait remonter plus haut l’origine des chorévêques-, il la rapporte
au premier siècle, Hist. ecclés., premier siècle, seconde part., cliap. 2, §15; Inst. Ilist. christ., seconde part. c. 2, § 17. Les évêques, dit-il, établis dans le» villes, avoient , soit par leur ministère, soit par celui de leurs prêtres , fondé de nouvelles églises dans les villes et les villages voisins ; elles restèrent sous l’inspection des évêques desquels elles avoient reçu l’Evangile. Mais à mesure que leur nombre augmenta, elles formèrent des espèces de provinces ecclésiastiques, auxquelles les Grecs donnèrent, dans la suite , le nom de diocèse. Comme l’évêque de la ville principale ne pouvoit veiller seul sur cette quantité d’églises répandues dans les villes et villages , il établit , pour instruire et gouverner ces nouvelles sociétés, des sulFragants ou députés, auxquels on donna le titre de chorévêques , ou d’évêques de campagne. Ils tenoient un rang mitoyen entre les évêques et les prêtres ; ils étoient inférieurs aux premiers, et supérieurs aux seconds. Selon cette notion, les chorévêques, ddim l’origine, étoient les pasteurs du second ordre, qui , dans la suite , ont eié nommés curés , lorsqu’ils ont été attachés par un titre perpétuel à une église particulière : mais il paroît que , dans la première institution, c’étoient plutôt des missionnaires de campagne que des curés.
Sous le quatrième siècle, Mosheim prétend que les évêques exclurent entièrement le peuple de toute administration dans les affaires ecclésiastiques , qu’ils dépouillèrent même les prêtres de leurs anciens privilèges et de leur autorité primitive , afin de n’avoir plus personne qui pût s’opposer à leur ambition, et afin de pouvoir disposer à leur gré des bénéfices et des revenus de l’Eglise; qu’ils supprimèrent les chorévêques dans plusieurs endroits , dans la vue d’étendre leur propre puissance et leur juridiction. Quatrième siècle, seconde partie , c. 2, § 2 et 5.
Ce reproche nous paroit une pure imagination. I® C’est mal à propos que .Mosheim suppose que pendant les trois premiers siècles le peuple avoit part à l’administration des affaires ecclésias-
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lîqTies ; il est prouvé, par les épUres de saint Paul , par les canons des apôtres , par ceux de plusieurs conciles , par le témoignage des écrivains ecclésiastiques, que cette administration a toujours été la fonction des évêques. Foyez AutoniTÉ ECCLÉSIASTIQUE, EvÈQUE , IIlËP.AIl- CHIE , etc. 2“ Il n’y a aucune preuve que pendant ces trois siècles les simples prêtres aient eu plus d’autorité qu’ils n’en eurent au quatrième ; le contraire paroît supposé par Mosheim lui-même , qui dit que pendant ce siècle les prêtres et les diacres poussèrent leur ambition et leurs prétentions aux derniers excès. nid., § 8. Les évêques pouvoient-ils étendre leur autorité en même temps que les ministres inférieurs travailloient à augmenter la leur? Si les premiers s’y opposoient, cela ne prouve pas qu’ils aient dépouillé les prêtres de l’influence qu’ils avoient eue auparavant dans les affaires ecclésiastiques. 3® C’est au contraire pendant le quatrième siècle que les chorévêques , ou pasteurs des églises de la campagne, paroissent être devenus titulaires et inamovibles , au lieu qu’ils ne l’avoient pas été auparavant. Mais la prévention des protestants contre le gouvernement hiérarchique leur fait confondre toutes les époques, et embrouiller tous les faits de Yhistoire ecclésiastique.
Il est bon de se souvenir que les chorévêques ne sont pas la même chose que les CO -évêques ou sulfragants. Foyez