CO-ÉVÊQUE
CHRÊME , terme formé de »
onction, est une composition d’huile d’olives et de baume, consacrée par l’évêque , le jeudi saint , de laquelle on se sert dans l’administration du baptême , de la confirmation et de l’ordre. Pour l’cxtrêmc-onction, l’on se sert d’huile seule , bénilc aussi par l’évêque pour cet effet. Les Grecs nomment le saintchrême, myron, onguent, parfum.
Les maronites, avant leur réunion à l’Eglise romaine, employoient dans la composition de leur chrême, l’huile, le baume, le musc, le safran, la cannelle, les roses, l’encens blanc, et d’autres drogues. Le [tère üandini, jésuite, en-
voyé au mont Liban en qualité de nonce du pape, en I5SC , ordonna, dans un synode, que le sainl-chrême ne fût à l’avenir composé que d’huile et de baume.
Comme l’onction du saint-c/iréme est censée faire partie de la matière du sacrement de confirmation , l’évêque seul a le pouvoir de la faire , aussi bien que celle dont on se sert dans l’ordination ; mais c'est le prêtre qui la fait dans le baptême et l’extrême-onction.
Autrefois les évêques exigeaient du clergé, pour la confection du saintchrême une contribution qu’ils appeloient denarii chrismales ; à présent l’on tire seulement une légère rétribution des fabriques , en leur distribuant les saintes huiles dans la plupart des diocèses. Foy. Yancien Sacramentaire, par Grandcolas , seconde partie , p. 103.
La bénédiction ou consécration du chrême , qui sert de matière à plusieurs sacrements, est un témoignage de la croyance de l’Eglise, et des effets qu’elle attribue à ces augustes cérémonies ; on le voit par le pontifical romain, où se trouve la formule dont l’évêque se sert. Les protestants n’ont pas manqué de tourner en ridicule cet usage , et de le traiter de superstition ; il est cependant très-ancien, puisqu’il a été conservé par les sectes de chrétiens orientaux qui se sont séparés de l’Eglise romaine depuis plus de douze cents ans. Il n’y a pas plus de superstition dans cette cérémonie, que dans l’action de Jésus-Christ, qui se servit de boue et de crachat pour rendre la vue à un aveugle-né. Joan., c. 9, 6.
La Croze,dans son Histoire du christianisme des Indes, tome 1 , p. 308, prétend que les Arméniens regardent la bénédiction du myron ou du saintchrême, comme un sacrement , et qu’ils attribuent à cette action la même vertu qu’i la consécration de l’eucharistie. Il cite en preuve une Homélie de Grégoire de Naréka, docteur de l’Eglise arménienne, qui a vécu au dixième siècle, et uu passage de Vardancs , autre docteur arménien, du treizième, où il dit : « Nous » voyons des yeux du corps , dans l’eu- » charistic , du pain et du vin , et par
Cim 465 CIIR
» les yeux de la foi ou de l’entendement, » nous y concevons le corps et le sang de » Jésus-Christ : de même que dans le » myron nous ne voyons que de l’huile; » mais parla foi nous y apercevons l’Es- 1 prit de Dieu. ® Donc, dit La Croze, tous les Arméniens admettent un sacrement inconnu dans l’Eglise romaine, ou, selon leur opinion , il ne se fait pas plus de transsubstantiation dans l’eucharistie par la consécration , que dans le myron par la bénédiction.
Voilà sans doute un fort argument; mais est-ce de deux docteurs très-modernes , et qui ne paroissent pas fort habiles théologiens , que nous devons apprendre quelle est la croyance de l’Eglise arménienne ? Les livres liturgiques de cette Eglise , et les professions de foi de ses évêques, nous paroissent des preuves plus solides de sa doctrine , que les écrits de deux particuliers ; on peut voir CCS preuves dans le premier et le troisième tome de la Perpétuité de la Foi, et dans le père Lebrun, tome 5.
Tout ce qui s’ensuit du passage de Vardanès , est que la comparaison qu’il fait entre l’eucharistie et le myron n’est pas fort exacte ; elle signifie seulement que par fonction du saint-càrémc nous recevons la grâce du Saint-Esprit aussi réellement que nous recevons le corps et le sang de Jésus-Christ par l’eucharistie, et telle est aussi la doctrine de l’Eglise romaine. 11 n'est pas plus besoin pour cela d’une transsubstantiation dans le saint-cAréme que dans l’eau du baptême pour efl'acer le péché originel. Ce n’est point sur l’effet que produit l’eucharistie que nous fondons le dogme de la transsubstantiation , mais sur les paroles de Jésus-Christ.
Au reste, cette remarque de La Croze n’est pas la seule dans laquelle il a montré fort peu de justesse et de sagacité. royez Arméniens.
CHHEmEâU, bonnet on béguin de toiles blanche que l’on met sur la tête des enfants après leur baptême , pour tenir lieu de la robe blanche, symbole de l’innocence , dont on revétoit autrefois les catéchumènes , après les avoir baptisés. Cette robe blanche étoit un té-
moignage des effets que l’on attribuoit au baptême. Si l’on avoit pensé , comme les protestants , que ce sacrement n’a point d’autre vertu que d’exciter la foi , on n’y auroit pas ajouté un symbole de la pureté de fâme qu’avoit reçue le baptisé.
CHRETIEN, en parlant des personnes, signifie un homme qui est baptisé, et fait profession de suivre la doctrine de Jésus-Christ; en parlant des choses, il signifie ce qui est conforme à cette doctrine : ainsi l’on dit, un discours chrétien, une vie chrétienne, etc.
Ce fut dans la ville d’Antioche , vers l’an M , que les disciples de Jésus- Christ furent nommés chrétiens. On les nommoit encore élus, frères, saints, croyants, fidèles, nazaréens ou purifiés ,jesséens , ixéûi, mot formé des lettres initiales des litres de Jésus-Christ, l’ijffoCç , X/siçèî, ®«o0 Tîôç , lÙTvtp , Jésus , Christ, Fils de Dieu, Sauveur; gnostiques, intelligents ou illuminés , théophores , et christophores , temples de Dieu et de Jésus -Christ, quelquefois même christs, consacrés à Dieu par une onction sainte. Il n’est pas sûr que Phi- Ion les ait désignés sous le nom de thérapeutes. Foyez ce terme.
Les païens , par haine , les chargèrent de noms injurieux ; ils les nommèrent imposteurs, magiciens, juifs, galiléens, sophistes, athées , parabolaires ou parabolins, c’est- à -dire, désespérés , à cause du courage avec lequel les chrétiens bravoient la mort ; biothanati, gens qui vivent pour mourir; sarmentitii, hommes qui sentent le fagot ; semiassi, dévoués au gibet, etc. Les hérétiques firent de même , en nommant les catholiques , simples, allégoristes , anthropolàlres ou adorateurs d’un homme, etc.
Aujourd’hui les incrédules veulent sc prévaloir de celle prévention des païens: ils prétendent la confirmer par des calomnies. Ils disent que les premiers qui ont cru en Jésus-Christ éloienl la lie du peuple, ce qu’il y avoit de plus vil chez les Juifs et chez les païens , par conséquent , des ignorants et des fanatiques ; que la plupart ont été mis à mort pour
leurs crimes et leur caractère séditieux, et non pour leur religion ; que quand ils sont devenus les maîtres, ils ont usé de représailles envers les païens, et leur ont rendu avec usure les cruautés qu’ils en avoient essuyées. Il est important de réfuter ces trois accusations.
Avant de prouver le contraire, observons d’abord que le prodige de l’établissement du christianisme ne seroit pas moins grand , quand même il n’auroit été embrassé d’abord que par le peuple : les ignorants et les pauvres sont plus portés à la superstition que les hommes instruits et d’une condition honnête ; les premiers par conséquent ont dû être plus attachés au paganisme que les seconds , et plus difficiles à convertir.
Nos adversaires d’ailleurs ont soin de se réfuter eux-mêmes. Ils disent qu’un des attraits qui a le plus contribué à la propagation de l’Evangile, sont les aumônes abondantes des premiers chrétiens; mais si tous avoient été de la lie du peuple, où auroient-ils trouvé de quoi faire l’aumône ?
Venons aux preuves positives de la fausseté de leurs reproches.
l» Dans la Judée, saint Jean-Baptiste, Nicodème , Joseph d’Arimalhie , Lazare, Zachée , le prince de Capharnaürti , dont Jésus-Christ guérit le lils , Jaïre , dont il ressuscita la fille , crurent en lui avec leur famille. Ce n’étoit point là des hommes de la lie du peuple ni des ignorants. Après la résurrection de Lazare, plusieurs des principaux Juifs firent de même. Joan., c. Jl, ÿ. 46; c. J5, 42.
Après la descente du Saint-Esprit , saint Paul et Gamaliel son maitre , un grand nombre de prêtres et de pharisiens , étoienl au nombre des fidèles. Ad., c. 4, y. 34, 39; c. 7, jt. 7; c. J6. ji-. 6. Ce sont autant de témoins oculaires de ce qui s’étoit passé à Jérusalem. Dira-t-on qu’ils étoient la plus vile partie du peuple?
Le centurion Corneille, l’eunuque de la reine Candace, Sergius-Paulus, proconsul de Chypre, les principaux Juifs de Béréc , Denis d’Athènes , Ci ispus , chef de la synagogue de Corinthe, Apollo, Céphas, Timothée, Tite, disci-
ples de saint Paul ,n’étoient ni des hommes de la lie du peuple , ni des ignorants; les principaux de l’Asie étoient ses amis. Ad., c. 19, f. 19,26, 31. Ilermas , saint Clément, saint Ignace, saint Polycarpe , ceux auxquels les apôtres ont écrit, étoient certainement des hommes lettrés. A Rome , saint Paul eut des prosélytes, non-seulement parmi les principaux Juifs, mais dans le palais des empereurs. Selon les auteurs profanes , Flavius - Clément , parent de Domitien, Domitilla, sœur de cet empereur, le consul Acilius Glabrio , Pomponia Græcina , et d’autres personnes du premier rang , avoient renoncé au paganisme. La plupart des leçons que saint Paul fait aux fidèles dans ses lettres , no peuvent être applicables qu’à des hommes d’une condition relevée, et instruits dans les sciences humaines.
Dans le second siècle, Quadratus , Méliton, Hégésippe , Athénagore, saint Justin, Tatlen, Ilermias , Théophile d’Antioche, Apollinaire d’illéraples, Denis de Corinthe , Polycratê d’Ephèse , Pantænus , saint Irénée , Clément d’Alexandrie, etc., ont fait honneur au christianisme par leurs ouvrages aussi bien que par leurs vertus. Les Pères de l’Eglise du troisième et du quatrième siècle ont été les plus savants écrivains de leur temps.
2° A l’article Mautyrs , nous prouverons que les chrétiens ont été mis à mort pour leur religion seule , et non pour aucun crime ni pour aucun acte de sédition ; mais nous pouvons nous borner d’avance au témoignage de ceux mêmes qui ont affecté de les nié|)iiscr. Tacite ne leur reproche point d’autre crime que leur superstition , et d'être haïs du genre humain. Annal., 1. 16, n" 6.
Pline , après les perquisitions les plus sévères, atteste qu’il n’a découvert en eux qu’une superstition grossière et opiniâtre, liv. iO, Epistol. 97. L’empereur Antonin , dans son rescrit aux états de l’Asie , rend justice à l’innocence de leurs mœurs. Saint Justin, Apol. I ,\\° 69 et 70. Julien, acharné à les calomnier , est forcé de faire l’éloge de leur charité , et de leur attribuer au moins l’apparence
de toutes les vertus. Lettre 49 à Arsace. Celse, après leur avoir reproché leur incrédulité , leur aversion pour le paganisme., leur fureur de courir à la mort, leur zèle à faire des prosélytes , convient qu’il y a parmi eux des hommes graves, intelligents et instruits. Orig., contre Celse , 1. 1 , n° 27 , etc. De pareils aveux , faits par des ennemis déclarés , nous paroissent une assez bonne apo- .ogie contre les calomnies des incrédules.
3“ Pour pouvoir accuser les chrétiens de vengeance et de cruauté envers les païens, les incrédules ont eu recours à des expédients singuliers. Ils leur attribuent les cruautés de Licinius leur persécuteur. On sait que c’est ce monstre qui fit jeter dans l’Oronte la femme de IJaximin son ennemi , fit massacrer ses enfants, fit égorger dans l’Egypte et dans la Palestine les magistrats qui avoient suivi le parti de Maximin; c’est lui qui fit mourir le césar Valérius ou Yalens qu’il avoit créé lui-même , et le jeune Candidien, fils adoptif de Maximien Galère, etc. : et l’on ose charger les chrétiens de ces crimes , affirmer qu’ils en sont les auteurs. Par un trait de la même équité, l’on a répété vingt fois que Constantin fit triompher le christianisme par des édits sanglants, par des violences et des cruautés inouïes exercées contre les païens. 11 est cependant incontestable que les premiers édits de Constantin accordoient seulement la tolérance aux chrétiens , que les suivants établirent des peines contre les crimes des païens, et non contre leur religion, que la plupart de ces édits ne furent pas exécutés. On ne peut pas citer l’exemple d’un seul païen mis à mort pour avoir persévéré dans le paganisme. Voy. Mém. des Inscrivit., tome 22 , in-12 , p. 350 ; tome 15, tn-io, p. 94.
Enfin , nos adversaires ont trouvé bon d’attribuer aux chrétiens les violences et les fureurs que les ariens exercèrent contre les catholiques sous les règnes de Constance, de Julien, de Valons, qui favorisèrent l’arianisme ; comme si celte hérésie n’avoit pas été un véritable anlithrislianisme. De pareilles impostures
ne feront jamais honneur à ceux qui y auront recours.
Nos anciens apologistes, saint Justin, Origène, Tertullien, saint Cyrille, ont défié les païens de reprocher aux chrétiens un seul acte de sédition ou de révolte, un seul crime avéré ; et cela dans un temps où l’empire , déchiré par des guerres civiles , dévasté par des usurpateurs , désolé par des tyrans , ne présentoit qu’un tableau de forfaits.
Un troupeau de fanatiques imbéciles , d’ignorants abusés par des imposteurs , d’hommes sans aveu et sans moeurs, a-t-il pu se trouver tout à coup doué de toutes les vertus ? Voilà l’argument auquel nos anciens ennemis n’ont pu répondre , et que les calomniateurs modernes ne détruiront jamais.
Nous convenons que les Juifs et les païens se sont souvent réunis pour accuser les chrétiens des plus grands crimes. On publia que dans leurs assemblées ils égorgeoient un enfant , le mangeoient, se souilloient par des impu- 'dicités abominables ; le peuple en étoit persuadé. On les accusoit d’être magiciens, parce qu’il se faisoit parmi eux des miracles ; on leur attribuoit les fléaux de la nature et les désastres de l’empire : nos anciens apologistes furent obligés de répondre sérieusement à tous ces reproches dictés par les fureurs du fanatisme.
Mais Tacite, Pline, Antonin, Celse, Lucien , Julien, Libanius , n’ont rien trouvé de semblable, et n’en ont rien cru. Pline avoit fait mettre à la torture plusieurs chrétiens pour savoir la vérité, et il les jugea exempts de crime ; ceux mêmes qui avoient apostasié, protestèrent qu’ils n’avoient rien vu que d’innocent dans la religion chrétienne.
On prétend que les chrétiens excitèrent la haine des magistrats et du gouvernement, parce qu’ils vouloient se rendre indépendants de l’autorité civile, t[ue telle étoit l’ambition de leurs pasteurs. Cependant il n’est parlé de cette ambition prétendue , ni dans les raisons que donne Tacite de la persécution de Néron , ni dans la lettre de Pline , ni dans la réponse de Trajan , ni dans les
CllR
édits des empereurs, ni dans les interro- ! d’hui même, malgré la perversité du gatoires des martyrs, ni dans les plaintes grand nombre , il n’est pas rare de de nos apologistes. Tertullien défioit les . trouver des âmes yvdimeni chrétienne g, magistrats de citer un seul trait d’in- ' et dont les mœurs sont dignes des plus dépendance , de révolte , de désobéis- ! beaux siècles de l’Eglise, sance de la part des chrétiens; ils ne j • On jugeroit fort mal du caractère et violoient qu’une seule loi, celle qui or- , de la conduite des chrétiens en général, donnoit d’adorer les dieux de l’empire, c! for,r>nr»r.:« n..
La plupart de nos adversaires jugent que la morale de l’Evangile, loin de favoriser l’indépendance, est au contraire trop favorable aux princes et aux chefs des nations ; elle commande l’obéissance passive, elle tend à rendre les peuples esclaves. Selon eux , c’est un des motifs qui portèrent Constantin à
si l’on s’en rapportoit au tableau qu’en a fait Mosheim dans les différents siècles de son Histoire ecclésiastique; il semble n’en avoir parlé que pour faire oublier le changement que le christianisme a opéré dans les mœurs des peuples qui l’ont embrassé , effet qui est l’une des preuves les plus sensibles de la divinité de notre religion , et sur laquelle tous
favoriser le christianisme ; il jugea que i nos apologistes ont insisté. Sous le prè-
les principes de cette religion étoient les plus convenables à son autorité despotique. Il étoit donc bien convaincu que les chrétiens ne vouloient ni se rendre indépendants de l’autorité civile, ni attribuer à leurs pasteurs une juridiction contraire à celle du souverain.
Les mêmes accusateurs ont écrit plus d’une fois que c’est Constantin lui-même qui accorda aux évêques un pouvoir excessif et une partie de l’autorité des magistrats , que c’est lui qui a excité et nourri l’ambition du clergé. Il est donc bien certain qu’avant cette époque les pasteurs de l’Eglise n’avoient pensé ni à se rendre indépendants , ni à s’emparer de l’autorité civile.
C’est ainsi que nos adversaires se réfutent eux -mêmes , et font , sans le vouloir , l’apologie de notre religion.
Si l’on veut savoir quels ont été les chrétiens dans les différents siècles , il faut consulter l’ouvrage de M. Fleury , intitulé. Mœurs des Chrétiens; il n’avance rien que sur de bonnes preuves, et il développe avec beaucoup de sagacité les causes qui ont influé sur les mœurs des peuples de l’Europe , depuis qu’ils sont devenus chrétiens. Cependant il faut se souvenir que les exemples cités par M. Fleury ne sont pas toujours une règle générale ; dans les siècles les plus purs, il n’a pas laissé d’y avoir des chrétiens très-vicieux , et dans les âges les i)lus coriompus, on a toujours vu des exemples de vertu héroïque. Aujour-
mier siècle même , 2' part. , c. 3 , § 9 , il dit qu’on ne doit pas juger de la vie et des mœurs du corps des fidèles par les exemples éminents de sainteté que quelques-uns ont donnés, ou par les préceptes sublimes et les exhortations de certains docteurs pieux , ni s’imaginer que l’on bannissoit jusqu’aux apparences du vice et du désordre dans les premières sociétés chrétiennes ; que le contraire est prouvé par des témoignages. Mais il n’en a cité aucun.
Le meilleur témoignage que nous ayons de la pureté des mœurs des chrétiens du premier siècle est sans doute celui de saint Paul : or , après avoir censuré les vices qui régnoient parmi les païens , l’idolâtrie , la fornication , l’adultère, les péchés contre nature, l’avarice , l’intempérance , les emportements, la rapacité, il dit: « Quelques- » uns d’entre vous ont été coupables,
* mais vous êtes lavés, purifiés, sanc- » tifiés au nom de Jésus-Christ, et par
* l’Esprit de Dieu. » I. Cor., c. 6, 9.
La rigueur avec laquelle il menace de traiter un incestueux, nous paroît prouver que l’on ne souffroil aucun vice ni aucun désordre dans les premières sociétés chrétiennes. Si l’on ajoute à ce témoignage ce que disent saint Clément et saint Ignace dans leurs lettres touchant les mœurs des fidèles , la preuve de leur innocence nous semble complète.
Sous le second siècle , il dit qu’â mesure que les bornes de l’Eglise s’éten-
dirent, le nombre des personnes vicieuses et déréglées qui y entrèrent , augmenta à proportion ; nous pensons que celui des personnes vertueuses s’accrut encore davantage, et à plus forte raison. Quel motif auroient pu avoir des hommes vicieux d’embrasser le christianisme* dans le temps qu’il étoit persécuté et universellement détesté , et que ses sectateurs étoient continuellement exposés au supplice ? Nous avons pour garants de la sainteté des mœurs des chrétiens de ce siècle, non-seulement saint Justin, Athénagore , saint Irénée , saint Théophile d’Antioche , qui ont défié les païens de reprocher aucun crime aux fidèles ; mais la lettre de Pline à Trajan, le témoignage des apostats qu’il avoit interrogés , celui de l’empereur Antonin dans son rescrit aux états de l’Asie, et celui de Lucien dans sa relation de la mort de Pérégrin.
Comme c’est par la discipline pénitentielle que les pasteurs de l’Eglise y entrctenoient la pureté des mœurs , Mosheim a jugé qu’il étoit de son intérêt d’en noircir l’origine. Selon lui, cette institution , fort simple dans les commencements , s’altéra insensiblement par la multitude des cérémonies que l’on y ajouta , et que l’on emprunta , dit-il, de la discipline reçue dans les mystères du paganisme. Mais les règles , les pratiques , les exemples de la pénitence n’étoient-ils pas assez clairement exposés dans les écrits des prophètes et des apôtres , sans qu’il fallût en chercher le modèle chez les païens? Peut-on montrer, par des preuves positives, que l’on pratiquoit dans les mystères du paganisme les mêmes choses que dans la pénitence, soit publique, soit particulière, des fidèles du second siècle? Mosheim en vouloit surtout à la confession ; or, elle est prescrite par saint Jacques, c. 8 , 16 , et par saint Jean ,
I. Joan., c. 1 , jt. 9. C’est ainsi que , par entêtement de secte, les protestants calomnient l’Eglise primitive. 11 reste à examiner, dit Mosheim, s’il convenoit ou non d’emprunter des ennemis de la vérité les règles de cette discipline salutaire , et de sanctifier en quelque sorte
une partie des superstitions païennes.
Mais le premier examen à faire est de savoir si les pasteurs de l’Eglise ont véritablement commis 'cette faute, et c’est ce que l’on ne prouvera jamais.
Le principal crime que Mosheim reproche aux chrétiens du second siècle, ce sont les fraudes pieuses : à cet article , nous verrons ce qu’il en est.
Il n’a rien dit de particulier sur les mœurs de l’Eglise du troisième siècle; il a senti que les ouvrages de Minutius Félix, de saint Clément d’Alexandrie, de Tertullien , d’Origène, elles exemples de fermeté que donnèrent saint Cyprien et d’autres évêques, déposeroient contre lui. Il a été forcé de convenir que la vigueur de la discipline pénitenticlle se conserva pendant toute la durée de ce siècle; mais il a exagéré sans raison le nombre des lapses ou de ceux qui succombèrent à la rigueur des persécutions.
Ployez Lapses. '■
Au quatrième, il n’a pas ménagé les termes : on y trouve , dit-il , quelques personnes distinguées par leur piété, et d’autres souillées de crimes. Le nombre de chrétiens vicieux commença si fort à s’accroître , que les exemples d’une vraie piété , d’une solide vertu , devinrent extrêmement rares ; la plupart des évêques montrèrent à leurs troupeaux des exemples contagieux d’orgueil , de luxe, de mollesse, d’animosité, et de plusieurs autres vices. La pénitence rigoureuse que l’on infligeoit aux pécheurs scandaleux , n’avoit pas lieu à l’égard des grands ; il n’y avoit que les personnes obscures et indigentes qui éprouvassent la sévérité des lois.
11 est cependant incontestable que le quatrième siècle a été le plus brillant de tous , par la multitude des évêques qui ont honoré l’Eglise par leurs vertus aussi bien que par leurs talents ; il suffit de nommer saint Athanase , saint Basile, saint Cyrille de Jérusalem, saint Grégoire de Nazianze , saint Grégoire de Nysse, saint Hilaire de Poitiers , saint Martin, saint Ambroise, etc. Sont-ce ces grands hommes qui ont donné à leurs ouailles des exemples d’orgueil , de luxe, de mollesse, d’animosité et des
cim 470 cim
autres vices ? Presque tous avoient dté élevés dans les austérités de la vie monastique, et l’admiration de leurs vertus a porté les peuples à leur rendre un culte religieux après leur mort. Mais quand on commence par se faire une fausse idée de la vraie piété et de la solide vertu, il n’est pas étonnant qu’on la méconnoisse dans ceux mêmes qui en ont été les plus parfaits modèles.
Ceux dont nous parlons n’ont pas pu souffrir les hérétiques , ils ont tonné et sévi contre eux : voilà , aux yeux d’un protestant, le crime qui efface et détruit toutes les vertus. Saint Ambroise défendit l’entrée de l’Eglise à Théodose lui -même, coupable du massacre de Thessalonique ; cela nous paroît prouver que la pénitence n’étoit pas réservée aux seules personnes obscures et indigentes. Lactanre, Eusèbe, Arnobe , déposent de la différence qu’il y avoit encore entre les mœurs des chrétiens et celles des païens : Julien lui-même, quoique apostat, fut forcé d’en convenir.
La liste des grands évêques du cinquième siècle est pour le moins aussi nombreuse qu’au quatrième. Nous nous bornons à nommer saint Epiphane , saint Jean Chrysostome , saint Sulpice-Sévère, saint Augustin , saint Paulin , saint Isidore de Damiette , saint Cyrille d’Alexandrie , saint Hilaire d’Arles , saint Léon , et saint Jérôme, simple prêtre. C’est cependant à cette époque que , selon Mosbeim , les vices du clergé furent portés à leur comble : calomnie que nous réfuterons au mot Clergé. Le livre de saint Augustin , de moribus Ecclesiœ catholicœ, dépose hautement contre les préventions des hérétiques et des incrédules.
Nous convenons que l’irruption des Darbarcs, qui arriva pendant ce siècle, causa une révolution fâcheuse dans les mœurs; mais elle ne fut sensible que dans les siècles suivants, f^oyez Dar-
DARES.
' Que prouve la censure des vices que les Pères et les moralistes ont faite dans tous les siècles? Que notre religion nous enseigne une morale beaucoup jdus sévère que celle des païens , qu’elle nous
prescrit des vertus qu’ils ne connoissoient pas, et nous défend des vices dont ils ne faisoient aucun scrupule. La vie d’un honnête *païen paroîtroit fort corrompue et fort scandaleuse dans un chrétien. Foyez Morale,
On demandera , sans doute , quel motif ont les protestants de noircir les mœurs de l’Eglise dans tous les siècles? C’est l’intérêt de système. Il falloit répondre quelque chose aux catholiques qui ont comparé la conduite des prétendus réformateurs à celle des premiers fondateurs du christianisme , et les mœurs des sectaires avec celles des premiers fidèles. Pour pallier l’opprobre de la bienheureuse réformation, nos adversaires ont été forcés de calomnier l’Eglise primitive, tant sur la doctrine quesurles mœurs. J^oyezRÉFORMAXio.v.
Peu leur importe de fournir des armes aux ennemis du christianisme, pourvu qu’ils inspirent des préjugés contre l’Eglise catholique. Les écrivains sensés de V Histoire ecclésiastique se sont attachés à y montrer des vertus , persuadés de l’utilité de cette leçon ; les hérétiques s’appliquent principalement à y trouver des vices, afin d’autoriser sans doute tous les hommes à les imiter , et d’ôter à notre religion l’une des principales preuves de sa divinité.
Les accusations qu’ils ont formées contre la croyance des premiers chrétiens, ne sont pas mieux fondées que celles qu’ils ont hasardées contre leurs mœurs. Mosheim , Inst. hist. christ., c. 3 , § 1 7 , soutient que du temps même des apôtres , ou immédiatement après , les fidèles étoient imbus de phisieurs erreurs, dont les unes venoient des Juifs, les autres des Gentils ; il en conclut qu’il ne faut pas penser qu’une opinion tient à la doctrine chrétienne, parce qu’elle a régné dans l’Eglise dès le premier siècle ; qu’ainsi l’argument tiré de la tradition est absolument nul. Il met au rang des erreurs Judaïques l’opinion de la fin prochaine du monde, de la venue de l’antechrist, des guerres et des crimes dont il devoit être l’auteur, du règne de Jésus-Christ sur la terre pendant mille ans, du feu qui pu-
CHR 47i CHR
rifieroit les âmes à la fin du monde. Il attribue aux leçons des païens ce que l’on pensoit au sujet des esprits ou génies bons ou mauvais, des spectres et des fantômes, de l’élat des morts, de l’efficacité du jeûne pour vaincre les mauvais esprits, du nombre des cieux, etc. Il n’y B rien de tout cela , dit-il, dans les écrits des apôtres ; c’est ce qui prouve la nécessité de nous en tenir à l’Ecriture sainte, comme à la seule règle de croyance.
Ainsi l’intérêt systématique conduit les protestants jusqu’à noircir les disciples des apôtres ; les incrédules ont fait un pas de plus ; ils ont attribué ces erreurs aux apôtres mêmes. Bornons-nous à disculper les premiers chrétiens, nous justifierons les apôtres ailleurs. Mosheim n’a vu parmi les Juifs , avant le christianisme, aucun vestige des opinions judaïques dont il parle , et nous défions tous les critiques protestants d’en indiquer aucun J Mosheim convient, dans un autre endroit, que l’on n’en raisonne que par conjecture. 2° Il observe luimême , § 18, que les premiers chrétiens eurent plusieurs contestations avec les Juifs et avec les païens entêtés de philosophie ; ils n’étoient donc rien moins que disposés à suivre les opinions des uns et des autres. 3° S’il entend que, dans le premier et le second siècle, quelques particuliers ont retenu des opinions judaïques ou païennes, qui n’éloient contraires à aucun dogme de la foi chrétienne , nous ne disputerons pas contre lui ; mais s’il prétend que ces opinions étoient assez communes et assez répandues pour former une espèce de tradition, c’est une fausseté et une supposition contraire aux promesses de Jésus-Christ.
Mosheim convient qu’alors le Saint-Esprit présidoit encore à l’Eglise chrétienne pour opérer des miracles; y étoit-il moins pour la préserver de l’erreur? 4® S’il y a eu parmi les premiers docteurs chrétiens quelques opinions fausses ou douteuses , nous soutenons qu’ils les ont puisées dans une interprétation fausse de l’Ecriture sainte , et non dans aucune autre source. Ainsi quelques-uns ont pu croire la lin du monde prochaine, à cause des paroles de Jésus-Christ, Matt., c. 21,
^.34, de celles de saint Paul , I. Thess., c. 4, 14, etc. Les incrédules nous ob-
jectent encore que Jésus-Christ et les apôtres ont annoncé la fin du monde , afin d’épouvanter leurs auditeurs. L’avénement , le règne , les crimes de l’antechrist semblent prédits , II. Thess., c. 2 , jl. 2; I. Joan., c. 2, jl. 18, etc. ; plusieurs commentateurs le croient encore. 11 en est de même du règne de mille ans, ^poc., c. 20, jl. 6 et suiv., et du feu purifiant, I, Cor., c. 5, ÿ. 13 ; II. Pétri., c. 3 , jl. 7 et 10 ; etc. Il n’a donc pas été besoin de consulter les Juifs sur tous ces articles. Foyez Antéchrist, Fin dü Monde , Millénaires.
Quant aux opinions prétendues païennes , il n’est pas plus difficile d’en montrer la source dans nos livres saints ; la distinction entre les bons et les mauvais esprits , entre les anges et les démons, y est clairement établie : on y a vu ce qui est dit des apparitions des anges aux patriarches, du soin qu’ils prennent des hommes et des nations , des leçons qu’ils ont données aux prophètes , etc. On y lit encore ce qui regarde le démon dans le livre de Job et dans celui de Tobie , dans l’Evangile et dans les épîtres des apôtres ; n’en étoitce pas assez pour faire raisonner sur la nature des bons et des mauvais esprits? Il est parlé des fantômes ou des spectrtîS, JMatt., c. J4, jl. 26; Luc., c. 24, y. 57. La parabole du mauvais riche, la descente de Jésus-Christ aux enfers , les promesses de la résurrection générale , ont donné lieu à des conjectures sur l’état des morts, etc. L’utilité de l’abstinence, du jeûne, des mortifications, n’est point fondée sur des idées païennes, mais sur les leçons et sur les exemples de Jésus-Christ, de saint Jean-Baptiste , des apôtres et des prophètes. Foy. Abstinence , etc. Les anciens docteurs chrétiens , qui ont parlé de ces divers points de doctrine, ont cité l’Ecriture sainte, et non les traditions des Juifs ou les opinions des philosophes païens. Il estmême fait mention du troisième ciel, II. Cor., c. 12 , jl. 2 et 4 ; les incrédules n’ont pas oublié de le reprocher à saint Paul.
Nous avons donc ici trois sujets de rc-
cim 472 cim
proche contre nos adversaires : le pre- j sont pas chrétiens. lîingham , Orig. ec~ mier, de ce qu’ils osent taxer d’erreur des clés., liv. d , c. 5, § 4, tomed, p. 533. sentiments évidemment fondés sur l’E- | Ainsi , le mot chrétienté a aujourd’hui
criture sainte; le second, de ce qu’ils attribuent aux Juifs et aux païens qiiel-
un sens plus général qu’autrefois.
De tout temps les ennemis du chris-
ques opinions douteuses, qui viendroient [ tianisme lui ont fait un crime de cette plutôt d’une interprétation fautive du ' multitude de sectes qui le divisent; ils en texte des livres saints, que de toute autre ' prennent occasion de soutenir que cette cause ; le troisième , de ce qu’ils tirent religion est une pomme de discorde qui delà une conséquence tout opposée à semble avoir étéjetée parmi les hommes, celle qui s’ensuit naturellement. S’il est pour les mettre aux prises et les animer arrivé aux premiersc/iréf/ens d’entendre ' les uns contre les autres.
mal ce texte sacré , comment pouvoientils se détromper , en s’y tenant attachés comme à la seule règle de foi ? Le seul moyen qu’ils avoient de sortir de l’erreur étoit évidemment de consulter la croyance commune des Eglises apostoliques ; c’est aussi ce que l’on a fait pour discerner la vraie doctrine de Jésus- Christ d’avec les opinions douteuses ou fausses. Mais ce n’est pas ici le seul cas dans lequel nos adversaires , en voulant décréditer la tradition , nous en démontrent la nécessité.
CiiiiÉTiEiVS DE SAi.xT Jean. F'oy. Man- DAÏTES.
Chrétiens de saint Thomas. F. Nes-
TOniENS , § 4.
CHRÉTIENTÉ, signifioit autrefois le clergé; on appeloit cour de chrétienté , une juridiction ecclésiastique et le lieu où elle se tenoit. 11 y a encore des diocèses où les doyens ruraux se nomment doyens de chrétienté. Aujourd’hui l’on entend par chrétienté la collection générale de tous les hommes qui professent la religion de Jésus-Christ , sans avoir égard aux diverses opinions qui les par-
tagent
en différentes sectes. Ainsi , la
chrétienté n’est pas renfermée dans la seule Eglise catholique , puisqu’il y a hors de cette Eglise des hommes et des sociétés qui portent le nom de chrétien , et font profession de croire en Jésus- Christ.
Mais dans les premiers siècles de l’Eglise on n’accordoit pas le titre de chrétien aux hérétiques. Tcrtullicn , saint Jérôme, saint Alhanasc, Laclancc, deux édits , l’un de Constantin , l’autre de Théodosc, le concile général de Sardique , décident que les hérétiipics ne
Mais il ne faut pas attribuer à la religion en général un vice de l’homme qu’elle devroit corriger , ni à une religion particulière , l’inconvénient qui se trouve dans toutes les religions , dans les écoles de philosophie , chez les incrédules comme parmi les croyants. Or , il n’est sur la terre aucune religion qui ait eu le pouvoir de prévenir les disputes et les schismes , aucun système qui ait réuni tous les philosophes , ni aucun système d’incrédulité qui ait pu accorder tous les incrédules. Les uns sont déistes, les autres sont athées ; ceux-ci matérialistes , ceux-là sceptiques ou pyrrhoniens ; les uns tolérants , les autres intolérants, etc.
Une doctrine révélée, contraire aux préjugés et aux penchants de la nature, destinée à subjuguer l’esprit et à réformer le cœur, ne peut manquer de mettre la division parmi les hommes naturellement curieux , vains , disputeurs , opiniâtres. Chacun , par vanité , se flatte de l’entendre mieux qu’un autre, veut avoir raison , faire adopter scs opinions, gagner des partisans ; souvent il y réussit, devient chef de secte, et veut faire bande à part. Cette maladie avoit commencé dans les écoles de philosophie; elle fut portée dans le christianisme par des raisonneurs indociles et mal convertis. Ils voulurent allier la doctrine de Jésus- Christ avec leurs opinions philosophiques ; au lieu de réformer celles-ci par les lumières de la révélation , ils firent éclore les différentes hérésies qui ont allligé l’Eglise presque dès sa naissance. Jésus-Christ l’avoit prédit, les apôtres nous ont prémunis contre ce scandale.
Ce n’est pas aux successeurs de ceux
CIIR 4
qui l’ont fait naître , qu’il convient de nous l’objecter ; eux-mêmes les perpétuent et , travaillent à rendre le mal incurable. D’où sont venues les hérésies , sinon d’un fond d’incrédulité?
On sait en quoi consiste le christianisme ou la prédication des apôtres ; ils ont dit : Jésus-Christ, Fils de Dieu, a enseigné telle doctrine , et nous a ordonné de prêcher telles vérités. Ils ont dit aux pasteurs qu’ils ont établis : Gardez fidèlement la doctrine que nous vous avons confiée , et enseignez-la aux autres. H. Tim., c. 2 , jt. 2. Ici la philosophie , la curiosité , la fureur de dogmatiser, n’onl rien à voir. Ou il faut croire les apôtres et leurs successeurs , ou l’on n’est pas chrétien. Si quelqu’un veut arranger sa foi , créer un système, choisir des opinions à son gré , il ne croit pas à la parole de Dieu , mais à ses propres lumières; il est hérétique et non fidèle.
Pourquoi celte méthode a-t-elle donné lieu à des disputes? Parce que l’on s’est révolté contre elle. L’un dit : Je ne veux croire que ce qui est écrit , et je veux l’entendre comme il me plaira. Et moi , dit un autre, je ne veux croire que ce que je conçois ; Dieu lui-même n’a pas droit de me faire croire ce que je ne comprends pas. Moi , dit un troisième, je ne veux rien croire de tout ce que les autres croient , je veux avoir un système à moi. Avec de telles dispositions , est-on chrétien ou incrédule? Il est aussi absurde d’attribuer au christianisme cette opiniâtreté , que d’attribuer à la raison les travers des faux raisonneurs. Foyez Dispute , HEnEsiE.
CHRIST. Ce nom , dérivé du grec xp(t‘y, oindre, faire une onction, signifie dans l’origine une personne consacrée par une onction sainte; c’est le synonyme de l’hébreu Messie.
De tout temps les Orientaux ont fait grand usage des parfums , et ils étoient nécessaires lorsque l’usage du linge étoit inconnu ; c’étoit le seul moyen de prévenir les mauvaises odeurs. Au sortir du bain , l’on ne manquoit pas de se frotter le corps d’une huile ou d’une essence parfumée; en répandre sur la tête, sur la barbe, sur les vêlements de quel-
qu’un, c’étoit lui faire honneur, le traiter comme une personne de distinction. De là les effusions d’huiles odoriférantes devinrent un symbole de consécration; ainsi furent sacrés les rois, les prêtres, les prophètes. Dans le style des écrivains de l’ancien Testament, oindre une personne pour quelque chose , c’est l’y destiner ou l’y consacrer.
Nous lisons dans le prophète Isaïe, c. 45, jl. 1 : « Le Seigneur a dit à Cyrus: » mon christ ou mon roi , je vous ai pris ï par la main pour vous soumettre les ï nations et les rois.... et vous ne m’a- » vez pas connu. » Quelques incrédules ont été étonnés de voir le nom de christ donné à un roi infidèle ; ils ne comprenoient pas le sens ordinaire de ce terme.
Dans un sens plus sublime , le nom de Christ ou de Messie a été donné au Fils de Dieu incarné , parce qu’il a réuni dans sa personne la dignité de roi, de prêtre et de prophète. Les écrivains romains qui en ignoroient la signification, et qui le prenoient pour un nom propre , ont quelquefois écrit Chrestus pour Christus.
« Christ, dit Lactance , n’est pas un » nom propre , mais un titre qui désigne » la puissance et la royauté : c’est ainsi
» que les Juifs appeloient leurs rois
» Il leur étoit ordonné de faire et de con- » sacrer un parfum pour oindre ceux ï qui étoient élevés au sacerdoce ou à la s dignité royale. De même que chez les » Romains une robe de pourpre estl’or- » nement et la marque de la souverai-
* neté, ainsi chez les Juifs une onction
* sainte étoit le symbole de la royauté. » C’est pour cela que nous appelons I Christ celui qu’ils nommoient Messie, ï c’est-à-dire, oint, ou sacré roi , parce
* que cet auguste personnage possède, » non un royaume temporel , mais un
* royaume céleste et éternel. » Divin, Inst., 1. 4, c. 7.
CHRISTIANISME , religion que Jésus- Christ a établie , qui le reconnoit et l’adore comme Fils de Dieu et Rédempteur des hommes. Il y a bientôt dix-huit cents ans qu’elle a commencé , et son établissement a opéré une grande révolution dans la meilleure partie de l’univers. On
CllH 474 CIIR
demande aujourd’hui si cette religion est l’ouvrage de Dieu , ou une invenlion des hommes , si elle a fait dans le monde plus de bien que de mal ; ce doute ne peut être élevé que par des hommes très-mal instruits , ou déterminés à s’aveugler eux-mêmes.
La première question est de savoir quelles sont ses preuves, ou quels sont les motifs de crédibilité qui doivent engager un homme sensé à s’y attacher ; ceux qui Tatlaquent les ignorent ou affectent de les méconnoître; nous ne pouvons faire que les indiquer sommairement ; pour les développer, il faudroit plusieurs volumes ; mais ils seront traités plus au long , sous chacun des articles auxquels nous sommes obligés de renvoyer le lecteur , et qui seront ici marqués en lettres italiques. A proprement parler, tous les articles de ce Dictionnaire tiennent à celui-ci de près ou de loi n.
Nous donnons pour première preuve de la divinité du christianisme , la liaison qui se trouve entre les trois époques de la révélation (N“ XIX,p.527.)Celle que Dieu avoitdonnée aux premiers hommes dès le commencement du monde éloit destinée à fonder la société naturelle et domestique ; elle convenoit à des familles naissantes, et qui ne pouvoient encore former des peuplades considérables. La seconde , de laquelle Moïse fut l’organe , tendoit évidemment à établir entre les descendants d’Abraham une société nationale , à fonder sur la même base la religion et les lois : législation remarquable que Dieu plaça exprès dans le centre de runivers connu , et qui auroit dû servir de modèle à tous les peuples. La troisième révélation a été donnée par Jésus-Christ , lorsque les nations se sont trouvées sullisainment policées pour former entre elles une société religieuse universelle , et tel a été son dessein , lorsqu’il a ordonné à ses apôtres d'enseigner toutes les nations. L’une de ces révélations a servi ainsi de préparation à l’autre, toutes ont été analogues à l’état dans lequel se trouvoit le genre humain. Dieu a fait marcher l’ouvrage de la grâce du même pas que celui de la iialure.
Voilà ce que les ennemis du christianisme n’ont jamais compris ; ils le considèrent comme s’il étoit tombé des nues , comme s’il n’avoit ni titres originaux , ni relation avec personne ; ils ne voient pas que c’est un plan préparé depuis la création du monde.
2“ La seconde preuve sont les prophéties qui l’ont annoncé. C’est encore une cbaîne qui a commencé par Adam, a continué pendant quarante siècles , et s’est terminée à Jésus- Christ. La clarté de ces prophéties va toujours en augmentant , à mesure que les événements approchent , et leur sens se développe enfin par leur accomplissement. L’une n’a pas pu servir de modèle à l’autre , toutes annoncent des événements que Dieu seul pouvoit opérer. Ici les incrédules prennent encore le change ou veulent le donner. Ils ne considèrent les prophéties que séparément ; ils affectent de ne pas voir que c’est l’ensemble qui en fait la plus grande force.
3» Une preuve encore plus frappante est le caractère auguste de Jésus- Christ (N' XX ,p. 528), la sagesse de ses leçons , la sublimité de sa doctrine ,. la sainteté de sa morale , l’héroïsme de scs vertus , l’éclat de ses miracles. Où est le législateur, le fondateur de religion, qui ait réuni dans sa personne autant de signes d’une mission divine? Lui seul s’est attribué la qualité de Fils de Dieu, mais aussi il n’a manqué d’aucun des caractères qui pouvoient convenir à un Dieu fait homme.
A° La prédication des apôtres et les circonstances dont elle a été accompagnée, leurs qualités personnelles, la certitude de leur témoignage , les obstacles qu’ils avoient à vaincre , la continuité de leurs succès, la mort qu’ils ont subie pour sceller la vérité des faits qu'ils annonçoient , la manière dont lo christianisine a été attaqué , et la manière dont il a été défendu , les révolutions arrivées dans la suite des .siècles , qui sembloicnt devoir l’anéantir, et qui, dans le fait , ont contribué à sa propagation. (N' -\Xl,p.529) Nos anciens apologistes, Origène , saint Justin , Tcrtullicn, Lactancc, avoient déjà fait valoir
Cim • 475 CHR
cette preuve; elle est devenue bien plus forte par la succession des temps. ^
5® Le témoignage rendu par les martyrs aux faits sur lesquels le christianisme est fondé, et à la sainteté de cette religion qu’ils avoient embrassée avec pleine connoissance de cause : témoignage confirmé par les attaques mêmes des philosophes, par les aveux forcés des hérétiques, parla conduite des apostats. Nous tirons aujourd’hui presqu’autant d’avantage des écrits de nos ennemis que des ouvrages de nos apologistes.
6° Si nous examinons le christianisme en lui-même , qu’y voyons - nous ? Des dogmes sublimes , une morale sainte , un culte majestueux et pur, une discipline sévère. Toutes ces parties se soutiennent et se servent mutuellement d’appui ; sans nos mystères , la morale ne seroit fondée sur rien ; l’un et l’autre seroient méconnus , si les pratiques du culte n’en rappeloient continuellement le souvenir : le culte à son tour seroit bientôt altéré , si la discipline ne veilloit à sa conservation.
7° Tout cet ensemble porte sur l’enseignement vivant et public de VFglise; il est de même pour les savants et pour les ignorants; tous y trouvent sans effort l’unité , l’universalité , l’immutabilité de la foi. Vingt sectes qui s’en sont écartées n’ont fait que rendre cet enseignement plus ferme et plus éclatant ; elles servent aujourd’hui de témoins de ce qui étoit cru et enseigné à l’époque de leur séparation.
8° Quels effets cette religion divine n’a-t-elle pas produits dans tous les climats? Elle a opéré sur les mœurs et sur la civilisation des peuples la même révolution en Europe et en Asie, en Afrique et dans les pays du Nord ; aucune nation ne l’a embrassée qui ne soit sortie bientôt de la barbarie , et aucune ne l’a quittée sans y tomber. Après dixsept cents ans , la différence est toujours la même entre les nations chrétiennes et celles qui ne le sont pas.
9° Lorsque nous comparons le christianisme avec les autres religions , soit anciennes , soit modernes , avec la
croyance des Chinois , des Indiens , des Parsis, des Egyptiens, des Grecs, des Mahométans , il n’est pas fort difficile de distinguer celle qui vient de Dieu d’avec celles qui ont été forgées par les hommes : toutes ces dernières se sentent du terroir sur lequel elles sont nées ; la nôtre n’a pas plus de relation avec une partie du monde qu’avec l’autre.
10° Enfin, une preuve non moins frappante que les précédentes de la vérité du christianisme , est la chaîne des erreurs qu’il faut parcourir, dès que l’on s’écarte une fois du chemin qu’il nous trace et des vérités qu’il nous enseigne. Ceux qui refusent de subir le joug de la foi , passent rapidement de l’hérésie au sonicianisme et au déisme , de celui - ci à l’athéisme et au matérialisme, pour aboutir enfin au pyrrhonisme absolu. Cette progression est inévitable à tout homme qui se pique de raisonner conséquemment. >
On peut, sans doute , ajouter d’autres preuves à celles - là ; plus on étudie la religion, plus on en découvre de nouvelles. Puisqu’il y a un Dieu , il n’a pas pu permettre qu’une religion fausse portât un si grand nombre de signes de vérité; il auroit tendu, aux esprits droits et aux cœurs vertueux , un piège inévitable d’erreur. ( N® XXll , p. 539. )
Parmi le grand nombre d’incrédules qui ont avancé que les preuves du christianisme ne sont pas solides , il ne s’en est pas encore trouvé un seul qui ait osé entreprendre de les détruire l’une après l’autre , ou de nous donner un système mieux raisonné. Nous n’en connoissons aucun qui se soit attaché à montrer qu’il y a dans le monde quelque religion fausse qui peut alléguer en sa faveur les mêmes motifs de crédibilité que le christianisme. A la vérité , il n'est aucune de ces preuves contre laquelle on n’ait fait quelques objections ; mais elles démontrent moins la sagacité de nos adversaires que leur prévention et leur opiniâtreté. Elles servent plutôt à fortifier nos raisonnements qu’à les affoiblir.
Il demande pourquoi Dieu a donné trois révélations , pendant qu’il pouvoit produire le même effet par une seule;.
CllR 4
pourquoi, dès le commencement du inonde, il n’a pas opéré ce qu’il vouloit faire quatre mille ans après?
"•C’est comme si l’on demandoit pourquoi un père ne donne pas à son enfant, au sortir du berceau, les mêmes leçons qu’il lui réserve pour l’âge de quinze ans; pourquoi Dieu ne fait pas naître les hommes dans un âge mûr, au lieu de les faire naître dans l’enfance ? Pourquoi Dieu n’a - t - il pas créé le inonde quatre mille , vingt mille ou cent mille ans plus tôt ; pourquoi n’a-t-il pas donné l’étre à cent millions d’hommes de plus ; pourquoi ne les a-t-il pas rendus aussi parfaits que les anges? etc.
Toutes ces questions sont absurdes , parce qu’elles vont à l’infini.
Dieu, aux yeux duquel toute la durée des siècles n’est qu’un point de l’éternité , devoit-il se presser d’accomplir ses desseins ? Qu’importe qu’il ait accordé aux premiers hommes moins de lumières , moins de grâces , moins de moyens de salut qu’à nous, dès qu’il n’a jamais demandé compte à personne que de la mesure des secours qu’il lui avoit donnés? L’égalité de bienfaits naturels ou surnaturels pour tous les temps, répugne autant à la sagesse divine que l’égalité pour tous les lieux, pour tous les peuples, pour tous les individus. f^oi/ez Inégalité. Les incrédules ont dit que pour tirer une preuve des prophéties, il faut les entendre dans un sens mystique, allégorique , figuré , très-dilTérent du sens que le prophète avoit en vue , et qui n’est qu’un rêve de l’imagination des commentateurs juifs ou chrétiens. >
Nous soutenons le contraire , et à chaque prophétie que nous citons en preuve , nous faisons voir que tel est le sens direct , littéral et naturel ; on peut laisser de côté les prophéties typiques et allégoriques , sans que le christianisme y perde rien, et sans que l’on puisse blâmer les apôtres ni les Pères de l’ICglisc, qui ont eu de bonnes raisons d’alléguer aux Juifs les prophéties typiques dans le sens qu’y donnoient les docteurs juifs, yoyez Allégoiue , Figouisme, lïi'E,elc.