VI. Dieu, dernière tin de louics choses
141. L’Eglise de Jésus- Christ militante sur la terre espère un étal plus heureux , l’homme voyageur tend au ciel comme vers sa patrie; il appelle les deniières fins , lu
.mort, le jugement de Dieu, le piradis.
XXX PLAN DE LA
Venfer , et euthanasie la mort des justes, Nous ne pensons point que la mort brise ics liens de la charité chrétienne , ni la communion des saints , ou la participation mutuelle aux bonnes œuvres. Nous croyons que les bienheureux peuvent intercéder pour nous , et que nous devons prier nousmêmes pour les morts qui souiïrent dans l’autre vie. L’Eglise a décidé qu’il y a un purgatoire ou un feu purifiant après la mort, mais non qu’il y a des lymbes; conséquemment elle approuve les prières , les offrandes , les bonnes œuvres , les messes , les treniains, les anniversaires , les vigiles, offertes à Dieu pour les trépassés , les obsèques , funérailles ou pompes funèbres modestes , le respect pour les sépultures et les tombeaux, comme des actes de charité et non de vanité , comme une profession de foi à l’immortalité, elle a condamné les éternels , qui soutenolent que ce monde seroit éternel.
142. Elle a censuré de même les bogarmiles ou bogomiles, les procliniates , les saturniens et lessembiens, qui nioient la résurrection générale et le jugement dernier, qui donnoient aux orthodoxes le nom de pilosistes; elle n’a point approuvé les chiiiastes ou millénaires , qui supposoient un règne temporel de Jésus-Christ pendant mille ans, ni les hutites, qui disoient que le jugement est proche. Ainsi ce qui regarde
le dernier avènement de Jésus-Christ, la fin du monde, la venue de Vantechrist et i’Elie, la conversion des Juifs , etc., n’est pas clairement révélé ; les conjectures des anciens et des modernes sur ce point sont sans fondement , de même que ce que l’on dit de la vallée de Josaphat.
143. L’Ecriture nomme la béatitude, ou l'état des bienheureux , le paradis, le ciel , l’empyrée, le royaume des deux, le sein d’ Abraham, la gloire éternelle, la vision intuitive de Dieu, l’état de compréhension; il est décidé contre les grecs schismatiques , et contre les augustiniens sacramentaires , que la béatitude des justes et le supplice des réprouvés ne sont point différés jusqu’au jugement dernier. Quant aux visions des coccéiens , elles ne méritent aucune attention.
144. L’enfer, la. géhenne, le feu éternel , la damnation sont réservés aux méchants ou aux réprouvés; on a dit anathème aux origénistes qui nioient l’éternité des peines , et aux métempsycosistes partisans de la transmigration des âmes , aux sectateurs d’Amaury qui nioient l’enfer ; mais la saine théologie n’admettra jamais une réprobation absolue.
145. Dans l’apocalypse, Jésus -Christ est nommé l’alpha et l’oméga, le principe et la lin de toutes clioses.
ii^irRODiJcriON
DESSEIN DE LA PROVIDENCE DANS L’ÉTABLISSEMENT DE LA RELKHOX, ORIGINE ET PROGRÈS DE l’iNCRÉDüLITÉ.
Dieu, disent les Pères de l’Eglise, donne au genre humain des leçons convenables à ses différents âges ' ; comme un père tendre , il a égard au degré de capacité de son élève ; il fait marcher l’ouvrage de la grâce du même pas que celui de la nature , pour démontrer qu’il est l’auteur de l’un et ‘de l’autre. Tel est le principe duquel il faut partir , pour concevoir le plan que la sagesse éternelle a suivi , en prescrivant aux hommes la religion.
Ce plan renferme trois grandes époques relatives aux divers étals de l’humanité. Dans les siècles voisins de la création , le genre humain , dans une espèce d’enfance , n’avoit encore d’autre société que celle des familles, d’autres lois que celles de la nature, d’autre gouvernement que celui des pères et des vieillards. Dieu révéla aux patriarches une religion domestique peu de dogmes , un culte simple, une morale dont il avoit gravé les principes au fond des cœurs. Le chef de famille étoit le pontife-né de cette religion primitive. Emanée de la bouche du Créateur , elle devoit passer des pères aux enfants , par les leçons de l’éducation. La tradition domestique , les pratiques du culte journalier , la marche régulière de l’univers et la voix de la conscience se réunissoient pour apprendre aux hommes à n’adorer qu’un seul Dieu. Ce premier lien de société, ajouté à ceux du sang , étoit assez puissant pour unir les diverses branches d’une même famille, et pour former insensiblement des associations plus étendues.
Cette idée de la religion primitive n’est pas de nous, elle est tirée des livres saints. L’Ecclésiastique , après avoir parlé de la création de nos premiers parents, ajoute: « Dieu les a remplis de la lumière de rinlelligcuce, leur a donné la » science de l’esprit, a doué leur cœur de sentiment, leur a montré le bien et le » mal; il a fait luire son œil sur leurs cœurs, alin qu’ils vissent la magnificence » de ses ouvrages; qu’ils bénissent son saint nom , qu’ils le glorifiassent de ses
* merveilles et de la grandeur de ses œuvres. 11 leur a prescrit des règles de
* conduite, et les a rendus dépositaires de la loi de vie. 11 a fait avec eux une » alliance éternelle, leur a enseigné les préceptes de sa justice. Ils ont vu l’éclat B de sa gloire, ont été honorés des leçons de sa voix ; il leur a dit : fuyez toute > iniquité ; il a ordonné à chacun d’eux de veiller sur son prochain »
Mais la religion révélée de Dieu est un joug que l’homme consent difficilement à porter; s’il n’ose le secouer absolument, il cherche à le rendre moins incommode. La négligence des pères, l’indocilité des enfants, la jalousie , l’intérêt, la crainte, passions inquiètes et ombrageuses, firent interrompre peu à peu les pratiques du culte commun, et oublier la tradition domestique. L’homme se lit autant de divinités qu’il y a d’êtres dans la nature; il ne suivit que son caprice dans le culte qu’il leur rendit. Dientôt il y eut autant de religions que de peuplades ; chacune voulut avoir ses dieux tutélaires. Cette division fatale est une des causes qui ont le plus retardé les progrès de la civilisation.
' TcrluU. 1, (te Virgin, vclamlis, c. i ; S. Aug., I. de verA Relig , c. 26 ni 27, etc.; Theodoret, liœrfi. Fab., 1. i, c. i7; De l'rovid. oral, lo, etc.— s Eccl., c. i7, 5 ei suiv.