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Peut-être en est-il plusieurs qui ne méritent point ce reproche, et qui ont au moins des mœurs décentes. Mais ce n’est point à nous de faire des recherches sur leur conduite ; nous ne pouvons en juger mieux que sur leur propre témoignage. Or, il est difficile d’avoir bonne opinion de maîtres qui, de leur aveu, ont formé tant de disciples corrompus , et de nous lier à des principes toujours adoptés par les cœurs vicieux et par les esprits pervers.
Selon eux , nous attribuons mal à propos à l’incrédulité les vices qui viennent plutôt du luxe et des passions* : soit; donc ils ont encore plus de tort de les attribuer à la religion. Mais dans quel cas les passions causeront-elles plus de ravage? Sous le joug de la religion qui les condamne, ou sous le règne de l’incrédulité qui leur lâche la bride ? Jamais le luxe ne fut porté à l’excès chez une nation , sans traîner à sa suite le libertinage d’esprit et de cœur. Que la philosophie incrédule soit fille du luxe , comme tous les autres vices, c’est ce que nous n’ignorons pas; un tel père ne fera jamais honneur à ses enfants.
« L’athéisme, disent - ils , n’est point fait pour le vulgaire, ni même pour le
* plus grand nombre des hommes Des êtres ignorants , malheureux et trem-
» blants , se feront toujours des dieux... Les principes de l’athéisme ne sont point
* faits pour le peuple , ni pour les esprits frivoles , ni pour les hommes ambitieux
' Lebon Sens io8, 182, ns.— * /lux mânes de Louis 191. — ^ De V Esprit, 2. Disc.,
C- * , p. 142. — 4 Dialog. sur l'âme , p. 135 et suiv. Tenez votre âme eu état do désirer toujours Uu’il y ait un Dieu , et vous n’en douterez jamais. J. J. Uousseau, E.\pril et Maximes, etc. p. 4. — s Histoire des Etabllss. des Europ. dans les Indes , tom. 5 , liv. 13, p. i76.
XLViii INTRODUCTION.
D et remuants , ni pour un grand nombre de personnes instruites d’ailleurs, mais » qui n’ont point assez de courage » Cependant l’on répète sans cesse la maxime, que la vérité est faite pour tout le monde; d’où il s’ensuit clairement que l’athéisme n’est pas la vérité.
€ Leucippe, Démocrite , Epicure , Straton , et quelques autres Grecs , osèrent > déchirer le voile épais du préjugé, et prêcher l’athéisme; ils ne furent pas 1 écoutés. Chez les modernes , Hobbes , Spinosa, Bayle , etc., ont marché sur les » traces d’Epicure ; mais leur doctrine ne trouva que peu de sectateurs , dans » un monde trop enivré de fables pour écouter la raison.... Ceux qui ont eu le » courage d’annoncer la vérité , ont été communément punis de leur témérité » Il est fort dangereux que nos docteurs de la vérité n’aient encore aujourd’hui » le même sort. »
Ils demandent « quel mal on peut faire aux hommes en leur proposant ses » idées? Le pis aller est de les laisser dans le doute et dans la dispute ; n’y sont- » ils pas déjà ®? » Mais ils observent que, pour bien des gens, leur ôter les idées de Dieu , ce seroit leur arracher une portion d’eux-mêmes * ; que le doute sur ce sujet n’est rien moins qu’un oreiller commode * ; que le doute , en fait de religion, est un état plus cruel que d’expirer sur la roue ®. Rendons grâce à ces maîtres charitables qui veulent nous arracher une portion de nous-mêmes, et nous mettre dans un état pire que d’expirer sur la roue. Si , après des déclarations aussi précises, ils viennent à bout de séduire quelqu’un , il a grande envie d’être séduit. Montaigne, parlant d’eux, les appelait hommes bien misérables et écervelés, qui tâchent d’être pires qu’ils ne peuvent
§ XVL
On croit peut-être que les incrédules modernes ont fait des découvertes dont les anciens n’avoient aucune connoissance , qu’ils ont créé de nouveaux systèmes; erreur. Ils ont puisé leurs matériaux dans des sources abondantes, et qui ne sont point inconnues. Pour attaquer les vérités de la religion naturelle, ils ont ramené sur la scène les objections des épicuriens, des pyrrhoniens, des cyniques, des académiciens rigides et des cyrénaïques ; c’est une doctrine renouvelée des Grecs. Mais ils ont passé sous silence les raisons par lesquelles Platon , Socrate, Cicéron, Plutarque , et d’autres , ont réfuté toutes ces visions. Contre l’ancien Testament et la religion juive, ils ont rajeuni les difficultés et les calomnies des manichéens, des marcionites, de Cclse, de Julien , de Porphyre, et des autres philosophes ; le plus célèbre de nos adversaires en est convenu ®. On en retrouve la plupart dans Origène,dans Tertullien, dans saint Cyrille, dans saint Augustin, et dans les autres Pères de ces temps-là ; mais les incrédules ont supprimé les réponses de ces auteurs.
Lorsqu’il a fallu combattre le christianisme , nos adversaires ont été encore mieux servis; ils ont copié les livres dos juifs et ceux des mahométans®. Les écrits d’Isaac Orobio , \c Munimen fidei , tous les autres ouvrages compilés par Wagcnscil '® , sont hachés et cousus par lambeaux dans les livres des déistes : on doit en rendre la gloire aux rabbins. Contre le catholicisme, ils ont cxtrjiit les reproches de tous les hérétiques , surtout des controversistes protestants et des sociniens. Enfin, pour suspecter les titres de notre croyance , ils ont fait sérieusement usage d’une niétliode que le père llardouin n’avoil hasardée que comme un jeu d’esprit sur un sujet Irès-indiü'ércnt. On verra dans cet ouvrage la cliaine
1 S\jsl. de la liai., lom. It. c. 10, 12, 13 , p. 317 , 352 , 381. /-e ùoii Sens, S 195. — * Xc bon Sens,
S 201. — 3 Sysl. de lu nul., lom. II , c. u cl 13 , pag. 331, 384. — * Jb„ c. 13 , p. 388. — 5 Le bon Sens , S 123. — 6 Dial, sur l'ûme , p. i39. — i Essai sur le mérilc et la veriu, iiv. i , pag. 6. —
0 Questions sur l’Encyclopùl c , Conlraüiclion, pag. I2i.— » V. Maracci, Prodoni. ad rcluial.^llcorauni. — m Tcla iynea Satanœ,
liNTRODUCTION. XLIX
de tradilions, par laquelle ces sublimes découvertes sont venues jusqu’à nous, et nous aurons soin de restituer à chacun ce qui lui appartient.
Les premiers incrédules François auroient peut-être rougi de puiser leurs réflexions dans des sources aussi impures ; ils copiaient les anglois , sans savoir d’où ceux-ci avoient emprunté tant de richesses littéraires. Le poison était du moins présenté alors sous un masque de décence. Ceux d’aujourd’hui ont eu moins de délicatesse ; ils ont fait couler de leur plume tout le fiel que les rabbins ont vomi contre Jésus-Christ et contre l’Evangile , sans en adoucir l’amertume , et toute la bile des eontroversistes protestants contre l’Eglise romaine ; ils se sont même eflorcés d’enchérir sur les uns et les autres. Grâce à leur intrépidité , il n’est plus de blasphèmes, de sarcasmes, d’invectives, de grossièretés, auxquels nous n’ayons été forcé de nous endurcir.