‹ Dictionnaire de théologieChapitre 34 sur 170 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Cependant ils nous accusent d’ignorance , de crédulité , d’aveuglement, de prévention. Selon eux , nous ne tenons à la religion que par préjugé de naissance , par respect pour l’autorité de nos maîtres et de nos aïeux , par négligence de réfléchir et de consulter la raison; nous commençons par croire avant d’examiner. Soit pour un moment. Nous soutenons qu’il n’y a point d’écrivains plus crédules, ni d’espèce plus moutonnière que les prétendus pliilosophes. Déjà ils conviennent que la plupart renoncent à la religion par vanité, et sur parole s’en rapportent à d’autres, sont très-peu en état d’approfondir une question , et de sentir la force ou la foiblesse d’un argument. Ce n’est donc pas la raison, mais l’autorité, rjui les détermine. Qu’un incrédule quelconque ait avancé il y a cinquante ans un fait bien faux , bien absurde , cent fois réfuté , il n’en est pas moins répété par vingt auteurs qui se suivent à la file , sans qu’un seul ait daigné vérifier la chose. Copier aveuglément Celse et Julien, les juifs, les sociniens, les déistes anglois, les eontroversistes de tontes les sectes, sans choix, sans critique, sans précaution ; compiler, répéter , extraire , affirmer ou nier au hasard, parce que d'autres ont fait de même, ce n’est pas être crédule? Lorsque le déisme étoit à la mode , tout philosophe étoit déiste; le plus hardi a osé dire : Tout est matière , et a fait semblant de le prouver; à l’instant la troupe docile a répété en grand chœur , tout est matière , et a fait un acte de foi sur la parole de l’oracle. Voilà où ils en sont. Les plus incrédules , en fait de preuves , sont toujours les plus crédules en fait d’objections.

Avant de voir ce que l’on peut objecter eontre la religion , quelle étude la plupart des lecteurs ont-ils faite de scs preuves? Aucune. Est-il étonnant que dans la force des passions, sans aucun préservatif contre l’erreur, un jeune homme soit aisément séduit par les fausses lueurs des raisonnements philosophiques, par les faits qu’on lui déguise, par le ridicule que l’on jette sur la religion? Tout lui paroit clair, évident , démontré , dans les écrits des incrédules ; il ne soupçonne pas seulement qu’il y ait une réponse à leur faire. Les impressions qu’il reçoit se gravent profondément ; elles plaisent à son esprit et à son cœur; à moins d’un miracle, il en tient pour la vie. Dès qu’il a parcouru quelques brochures, il se croit un docteur, ce n’est qu’un ignorant.

Après avoir lu pendant vingt ans tous les ouvrages écrits contre la religion ; après s’être rempli l’esprit d’objections, de sojdiismcs , de préventions , de fausses anecdotes, un homme, qui se pitpie d’impartialité , se résout enfin à lire un ou deux de nos apologistes. S’il ne trouve pas d’abord de quoi satisfaire à toutes ses diflicullés, et calmer tous scs doutes , il en conclut que la religion n’est pas prou- 'ée , que les arguments de ses ennemis sont insolubles. Il semble voir un malade qui a travaillé pendant vingt ans à se ruiner le tempérament cl qui veut que son

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médecin le guérisse ou le soulage en huit jours. L’habitude de raisonner de travers se contracte aussi aisément que le dérangement d’estomac; quand il faut en revenir , c’est autre chose. Dès que l’on envisage la religion comme un procès , comme une question de controverse, et que l’on veut faire la fonction de juge, il est fort dangereux que la balance ne pencbe du côté qui paroît le plus commode. Je me trouve , dit-on alors , dans un scepticisme nécessité. Je le crois; après avoir pris d’aussi bonnes, mesures pour y réussir, il seroit fort étonnant que vous n’en fussiez venu à bout.

Parmi nous, tout est mode et goût passager. Sous François P'' et ses successeurs, il étoit du bel air de se faire huguenot et antipapiste ; sous la minorité de Louis XIV, il falloit être frondeur et anti-mazarin ; pendant la régence , il étoit beau de déclamer contre Rome et contre la bulle : aujourd’hui, c’est un mérite de se donner pour philosophe incrédule. Quel travers nouveau le siècle prochain verra-t-il éclore ?

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Celui dont nous nous plaignons seroit moins odieux , s’il n’inspiroit pas tant de calomnies. Les prêtres , disent nos adversaires , ne sont chrétiens que par décence et par intérêt; leur conduite dément évidemment leur croyance; lorsqu’on a des liaisons familières avec eux , on s’aperçoit bientôt qu’ils ne sont pas fort chargés d’articles de foi *.

Avant de répondre à ce reproche, voyons si l#s philosophes sont eux-mêmes exempts de toutes vues d’ambition et d’intérêt.

Plusieurs poussent très-loin les prétentions. Selon eux , tout écrivain de génie est magistrat-né de sa patrie; il doit l’éclairer, s’il le peut son droit, c'est son talent®. Voilà leur mission fondée sur un titre authentique , sur la bonne opinion qu’ils ont d'eux -mêmes. Les gens de lettres , disent-ils , sont les arbitres et les distributeurs de la gloire ®; il est donc juste qu’ils s’en réservent la meilleure part. L’un nous fait observer qu’à la Chine le mérité littéraire élève aux premières places ; et, à son grand regret, il n’en est pas de même en France *. L’autre dit que les philosophes voutiroient approcher des souverains ; mais que par l’ambition et les intrigues des prêtres, ils sont bannis des cours Celui-ci souhaite que les savants trouvent dans les cours d’honorables asiles , qu’ils y obtiennent la seule récompense digne d’eux , celle de contribuer par leur crédit au bonheur des peuples auxquels ils auront enseigné la sagesse. Mais si l’on veut , dit-il, que rien ne soit au-dessus de leur génie, il faut que rien ne soit au-dessus de leurs espérances “. Rare modestie ! Celui-là vante les progrès qu’auroient fait les sciences, si l’on avoit accordé au génie les récompenses prodiguées aux prêtres Tantôt ces hommes désintéressés se plaignent de ce que les prêtres sont devenus les maîtres de l’éducation et des richesses, pendant que les travaux et les leçons des ])hilosophes ne servent qu’à leur attirer l’indignation publique ®. Tantôt ils opinent qu’il faut dépouiller les prêtres pour enrichir les philosophes ®. Enfin , concluent-ils, si on ne peut pas guérir les hommes de leurs préjugés de religion, qu’ils en pensent ce qu’ils voudront ; mais que les princes et les sujets apprennent au moins à résister quelquefois aux passions dos odieux ministres de la religion

Consolons-nous : ce n’est jilus à la religion qu’eu veulent les philosophes; c’est aux privilèges, au crédit , aux biens du clergé ; s’ils peuvent réussir à s’en emparer, ils croiront en Dieu , tous les arguments seront résolus.

1 Gazette littéraire de deux Ponts , 1771, n» 62 , art. i. — * Hlst. des Etahiiss. des Europ. dam les Indes, loin. Vit , c. 2 , p. 59. — 3 Encyclop.. Gloire.— i III. Dial, sur l'dme, p. 66. — 5 Essai sur les préjuijés , c. il , p. 378. — o OEuv. de J. J. livusseati, loni. 1 , pag. 13. — ’ Eyst. de la nat., loin. 1 1 , c. 8. — • Ibid., tom. JI , c. il. — » Christianisme dévoilé, prêt. p. 25. — lO.Vj/11. de la nat., tom. II , c. lO, pag. 310.

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