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Personne ne disconvient aujourd’hui du ressort secret qui a fait agir les hérétiques, lorsqu’ils ont troublé le repos de l’Eglise et de la société ; ils étoient conduits par l’enthousiasme, par le fanatisme. Les philosophes ont éloquemment déploré les ravages de ce vice dangereux ; ils en ont donné le nom à toute espèce d’attachement à une religion vraie ou fausse ; les athées regardent comme des fanatiques tous ceux qui croient un Dieu Si l’on doit appeler fanatisme le faux zèle allumé au foyer des passions, pouvons-nous on méconnoître les symptômes dans ceux mêmes qui déclament contre lui? Un homme qui se croit né pour instruire les nations , résolu de braver les lois et l’autorité des souverains pour établir sa doctrine , très-peu délicat sur le choix des moyens et des prosélytes , ennemi déclaré de tous ceux qui s’opposent à ses desseins, appliqué à les rendre odieux et méprisables , toujours prêt à se porter aux derniers excès contre eux ,
• Préfaco de Narcisse. — » Sysl. de la nat., lom. II , c. 12, pag. 312. — 3 Lettre de Traslb. à Leuciiii:e , pag. 25; Syst. de la nat., lom. II , c. 7, pag. 221.
LU
IM'UODUCTION.
à bouleverser la société, s’il le faut, pour affermir le règne de ses opinions; si ce n’est pas un fanatique, nous ne savons plus quelle idée l’on doit attacher à ce norii.
lis disent que la liberté naturelle à l’esprit humain, l’indépendance, moins amoureuse de la vérité que de la nouveauté, fait souvent rejeter le christianisme dans sa vieillesse, comme elle le fit adopter à sa naissance *. Serons-nous encore dupes de l’amour de la vérité , dont nos adversaires sont embrasés?
Quelques-uns ont poussé la démence jusqu’à se faire un mérite de leur haine contre les défenseurs de la religion, a J’ai été, dit l’un d’entre eux, s’adressant ï à Dieu même , j’ai été l’ennemi de ceux qui opprimoient la société. » Il prétend que , s’il y a un Dieu , il doit tenir compte à un athée des invectives qu’il a vomies contre les souverains et contre les prêtres Y eut-il jamais de fanatisme mieux caractérisé ?
Le fanatisme, dit l’oracle des incrédules, est une folie religieuse, sombre et cruelle ; c’est une maladie de l’esprit qui se gagne comme la petite vérole ; les livres la communiquent beaucoup moins que les assemblées et les discours Mettons folie antireligieuse, la définition ne sera pas moins juste.
Y a-t-il moins de danger pour un génie ardent , de concevoir une haine aveugle contre la religion , que de se livrer à un zèle inconsidéré pour elle? Le premier de ces deux excès trouve plus d’aliments que le second dans les penchants du cœur. Si l’un mérite le nom de fanatisme, quel titre donnerons-nous à l’autre?
Un homme sensé qui pourra soutenir la lecture de la harangue adressée à Dieu dans le Système de la nature'^ , y reconnoîtra le vrai langage d’un énergumène, ou d’un réprouvé condamné aux flammes éternelles.
§ XXL
Quoi , dira-t-on , vous osez taxer de fanatisme des philosophes qui ne prêchent que la tolérance , qui ne cessent de déclamer contre la fureur avec laquelle les hommes se sont égorgés pour des opinions !
Ne soyons pas dupes d’un mot. Tolérance, dans le style de nos adversaires, signifie la même chose que liberté dans la bouche des séditieux. « Nom spécieux, » dit très-bien un ancien ; quiconque a voulu se rendre le maître et asservir ses x> semblables , n’a jamais manqué de s’en décorer “. » On sait ce que les ambitieux entendent par là ; ils veulent la liberté pour eux, et l’esclavage pour les autres; c’est précisément ce que nous voyous. Lorsque les philosophes étoient déistes , ils jugeoient l’athéisme intolérable ; ils décidoient qu’on doit le bannir de la société : depuis qu’ils sont devenus athées , ils disent que l’on ne doit pas souffrir le déisme, parce qu’il est intolérant, aussi bien que les religions révélées. Ces docteurs pacifiques sont donc bien résolus de n’établir la tolérance que pour leurs propres opinions, et de déclarer la guerre à toutes les autres. S’ils ont droit d’attaquer la religion , parce qu’elle est intolérante , nous ne sommes pas moins fondés à détester l’incrédulité , puisqu’elle est encore moins tolérante que la religion.
n II est peu d’hommes, dit le livre de VEsyrit, s’ils en avoient le pouvoir, qui s n'employassent les tourments pour faire généralement adopter leurs opinions... » Si l’on ne se porte ordinairement à certains excès que dans les disputes de reli- » gion , c’est que les autres disj)utcs ne fournissent pas les mêmes prétextes , ni B les mêmes moyens d’être cruel. Ce n’est (|u’à l’impuissance qu’on est en gé- B iié»'al redevable de sa modération ®. P L'auteur du Système de la nature uvoua
i Illsl. des Etahliss. des Europ. dans les htdcs, loin. VII. c. 2. — * Sijst. de la ual., lom. H, c. 10, p.ig 303. — 3 Çitest. sur l'Encijcl., Fan.itisnir. — 4 Syst. de la uat., ibid. — * Tacite, liisl., Uv. 4 , n. 73. — 6 üe l’Esprit , 2. dite., c. 3, note , pag. loJ.
I^TRODL'CTION. un
de même qu’il est difficile de ne pas se fâcher en faveur d’un objet que l’on croit très-important', -Or, tout philosophe regarde son système comme très-important, et nous ne savons pas encore à quelles extrémités il est capable d’en venir, lorsqu’il est fâché. Mais quand nous lisons que « celui qui parviendroit à » détruire la notion fatale d’un Dieu , ou du moins à diminuer ses terribles in- » fluences, seroit à coup sûr l’ami du genre humain » nous croyons avoir lieu de nous défler d’une pareille amitié.
N’espérez plus de paix, nous crie un de ces bénins philosophes, après avoir vomi' six pages d’injures et de calomnies contre les prêtres; n’espérez plus de paix Si malheureusement il faut nous résoudre à la guerre , nous nous sentons assez de forces pour la soutenir encore longtemps.
Dans les commencements , les sectaires du seizième siècle étoient des agneaux; ils demandoient humblement la tolérance : devenus assez forts , ils se conduisirent en lions furieux ; ils voulurent lont détruire. Les incrédules , héritiers de leurs principes et de- leur haine , seroienl-ils plus doux en pareil cas ? Ce que nos pères ont essnyé pendant près de deux siècles , ne nous a que trop instruits des excès auxquels le fanatisme antireligieux est capable de se porter. L’incrédulité, plus ou moins étendue , plus ou moins ambitieuse dans ses prétentions , se ressemble partout; son génie est toujours le même ■*.