‹ Dictionnaire de théologieChapitre 37 sur 170 · XXII · texte numérisé non relu

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Rassurons-nous : la discorde suffit pour faire avorter les desseins de nos adversaires. Tant qu’ils se sont bornés à prêcher le déisme , ils pouvoient paroître redoutables ; ils meltoienl les théologiens sur la défensive ; ils proposoient des objections souvent embarrassantes; ils sembloient ne donner aucune atteinte à la murale : on voyoil toujours un Dieu , une religion , nne base aux devoirs de la société. Par cet artilice, ils ont séduit d’abord un grand nombre de lecteurs trop peu instruits pour apercevoir les conséquences funestes de leurs principes ; ils ont eu la maladresse de les dévoiler. En renversant le déisme ponr lui substituer le matérialisme , ils ont écrasé la vipère sur sa morsure ; ils ont mis au grand jour la discordance des systèmes d’incrédulité , les excès où ils conduisent , la fragilité de l’édifice qu’ils avoient construit à si grands frais ; ils ont donné lieu aux théologiens de démontrer que cette nouvelle hypothèse détruit jusqu’à la racine les fondements de la morale , de la vertu , des devoirs de l’homme , et tous les liens de société ; qu’en suivant le fil des conséquences , il fant se retrancher dans le doute absolu , ressusciter la doctrine absurde des cyrénaïques , les infamies des cyniques, l’entêtement révoltant des pyrrhoniens.

Il n’y en a pas deux qui pensent de même. L’un tâche de soutenir les débris chancelants du déisme ; l’autre professe le matérialisme sans déguisement : qnel- (jues-uns biaisent entre ces deux opinions , défendent tantôt l’une tantôt l’autre, ne savent de quel principe partir ni où ils doivent s’arrêter. Ce que l’uu établit , l’autre le détruit ; il n’est pas une seule question de fait ou de raisonnement sur laquelle ils soient d’accord “. Est-il dillicile de prévoir la chute d’une république aussi mal réglée , où règne nne anarchie et une confusion générale ? Si les déistes se réunissent à nous pour combattre les athées, ceux-ci empruntent nos armes pour attaquer les déistes ; nous pourrions nous borner à être spectateurs du combat.

Ainsi Dieu veille sur la religion qu’il a lui-même établie , il livre ses ennemis à l’esprit de vertige. Le psalmistc a tracé leur destinée , en parlant d’un autre

' Sy.U. de la nat., lom. II, ch. 7, pag. 724. — * Ibid., lom. Il , c. 3 , pag. 88 j c. 10 , pag. 317. — 3 heure à l’auteur du Oicl. des trois Siècles , pag. 88. — 4 y/tinales pol., elc., lom. 3, n. 18, p- 81.

5 L’aulcur d’Eiuilu Ica a peiiila d’après iiaiurc. lom. lit, pag. 25, 37.

Liv IMTRODtJCTIO.N. . '

objet. « Une nation bruyante de philosophes s’est rassemblée; un peuple » de raisonneurs a conjuré contre le Seigneur et contre son Christ. Brisons, » disent-ils , les liens qui tiennent notre raison captive ; secouons le joug de la » religion qui nous importune. Celui qui résiste dans le ciel , se joue de leurs vains * projets, il les couvrira de confusion , et leur parlera en maître irrité ; le souffle » de sa colère troublera leurs sens et leurs idées ‘. »

S’il a permis que les docteurs du mensonge jouissent pendant quelque temps d’une réputation brillante, le jugement qu’il a exercé sur eux doit faire trembler leurs imitateurs. Il menace de punir avec la même sévérité ceux qui se laissent volontairement séduire par leurs prestiges *.

4 Ps, 2, ÿ. I. — 2 II. Thess., c. 2, j. lO < t a.

Aaron, frère de Moïse , premier pontife de la religion juive. On peut voir son histoire dans TExode et dans les livres suivants : ce n’est point à nous d’en rassembler les traits; mais nous sommes obligés de justifier les deux frères de quelques reproches que leur ont faits les censeurs anciens et modernes de l’iiisloire sainte.

Ils ont dit que Moïse avoit donné à sa tribu et à sa famille le sacerdoce par un motif d’ambition. S’il avoit agi par ce motif, il auroit sans doute assuré à ses propres enfants le pontificat plutôt qu’à ceux de son frère; il ne l’a pas fait; les enfants de Moïse demeurèrent confondus dans la foule des lévites. Dans le testament de Jacob, Lévi et Siméon sont assez maltraités ; la dispersion des lévites parmi les autres tribus est prédite comme une punition du crime de leur père. Gen., c. 49, f. S et suiv. Qui a forcé Moïse de conserver le souvenir de celle tache imprimée à sa tribu ? Nous ne voyons pas en quoi le sacerdoce judaïque pouvoit exciter l’ambition. Les lévites n’eurent point de part à la distribution des terres : ils étoient dispersés parmi les autres tribus , obligés de quitter leur famille , pour venir remplir leurs fonctions dans le temple de Jérusalem ; leur subsistance étoit précaire; ils étoient exposés à la perdre lorsque le peuple se livroit à l’ido- Idtrie. Une preuve que le sacerdoce n’étoit pas par lai-même une source de prospérité, c’est que la tribu de Lévi fut toujours la moins nombreuse ; on le voit par les dénombrements qui furent faits en diû'érculs temps,

Ala vérité l’auteur de l’Ecclésiastique, c. 45, ji'. 7, fait un éloge magnifique de la dignité à'Âaron et des privilèges qui étoient attachés à son sacerdoce; mais il les envisage sous un aspect religieux, beaucoup plus que du côté des avantages temporels ; le privilège de subsister par les offrandes des prémices et par une portion des victimes ne pouvoit pas compenser les inconvénients auxquels les prêtres en général étoient exposés aussi bien que leur chef. Nous ne voyons pas dans l’histoire sainte que les pontifes des Hébreux aient jamais joui d’une trèsgrande autorité ni d’une fortune considérable , et nous ne comprenons pas quel motif auroit pu exciter l’ambition de gouverner un peuple aussi intraitable et aussi mutin que l’étoient les Hébreux.

Les mêmes censeurs ont ajouté qu’après l’adoration du veau d’or le peuple fut puni , et qu’Aaron , le plus coupable de tous, ne le fut point : que le gros de la nation porta la peine du crime de son pontife. C’est une calomnie. j4aron no fut ni l’auteur de la prévarication du peuple, ni le plus coupable; il céda par foiblesse aux cris importuns d’une multitude séditieuse. Moïse, à la vérité, demanda au Seigneur grâce pour son frère , et l’obtint. S’il avoit agi autrement, on l’auroit accusé d’inhumanité, ou d’avoir profité de l’occasion pour supplanter son frère. La faute Aaron ne demeura cependant pas impunie. H fut exempt de la contagion qui lit périr les prévaricateurs; mais il eut bientôt à pleurer la mort de ses deux fils ainés; il fut exclu, aussi bien que Moïse , de l’entrée dans la

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