partie du genre humain, de l’humiliation à laquelle elle est ré(iuite
ABANDON. Il y a dans l’Ecriture sainte lies passages qui semblent prouver que Dieu abandonne les pécheurs , et même des nations entières ; mais il eu e«t d’autres qui nous assurent que Dieu est bon à l’égard de tous , qu’il a pitié de tous , qu’il n’a de l’aversion pour aucune de ses créatures , que ses miséricordes se répandent sur tous ses ouvrages, etc. Les premiers ne signifient donc pas que Dieu prive absolument de toutes grâces les pécheurs ou les nations infidèles, mais qu’il ne leur en accorde pas autant qu’à d’autres peuples , ou qu’il ne leur fait pas autant de bien qu’il leur en a fait autrefois. C’est un usage commun dans toutes les langues , d’exprimer en termes absolus ce qui n’est vrai que par comparaison. Ainsi , lorsqu’un père ne veille plus avec autant de soin qu’il le faisoit autrefois , sur la conduite de son fils , on dit qu’il l’abandonne ; s’il témoigne au cadet plus d’affection qu’à l’aîné , on dit que celui-ci est délaissé , négligé , pris en aversion, etc. Ces façons de parler ne sont jamais absolument vraies ; personne n’y est trompé ; elles ne doivent pas nous surprendre clavanlage dans l’Ecriture sainte que dans le langage ordinaire.
En effet , malgré les promesses formelles que Dieu avoit faites aux Juifs de ne jamais les abandonner , ils ne manquoient pas de dire dans toutes leurs calamités: le Seigneur nous a délaisse's , nous a oubliés. Voici cequeleur répomJ le prophète Isaïe de la part de Dieu , c. 49, jl. 14 : « Une mère peut-elle ou- » blier son enfant et manquer de ten- » dresse pour le fruit de ses entrailles ? » yuand elle pourroit le faire , je ne vous » oublierois point. * L'abandon prétendu dont se plaignoienl les Juifs, consistoil seulement en ce que Dieu ne les protégeoil plus d’une manière aussi écla- Iniite, et ne leur accordoit plus autant de bienfaits qii’aulrefois.
Nous devons raisonner de même , et entendre de même l’Ecriture sainte , à l’égard des grâces de salut et des secours surnaturels. Dans l’article Grâce, § o.
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nous prouverons, par l’Ecriture sainte , par les Pères de l’Eglise, par l’efficacité de la rédemption, qu’il n’est sous le ciel aucune créature que Dieu laisse manquer de grâces absolument et entièrement, mais il n’en fait pas également et en même mesure à tous les hommes ; aux uns il en accorde de plus abondantes et de plus efficaces qu’aux autres , et c’est dans ce sens seulement que ceux-ci sont abandonnés en comparaison des premiers.
Quelques accusateurs de la Providence ont affecté d’alléguer un passage du livre des Proverbes , c. 1 , ÿ. , où la Sagesse dit aux pécheurs : « Je vous ai appelés , ® et vous m’avez rebutée ; je vous ai » tendu les bras , et aucun de vous ne
j> m’a regardée De mon côté , je rirai
® et j’insulterai à votre ruine , lorsque » les maux que vous craignez vous se-
s ront arrivés Alors on m’invoquera,
» et je n’écouterai point : on me cher-
i> chera, et on ne me trouvera pas
» Mais celui qui m’écoutera reposera sans » crainte il sera dans l’abondance et s n’aura plus de maux à redouter. » Nous ne voyons pas comment l’on peut conclure de là qu’il y a un moment fatal auquel Dieu n’écoute plus les pécheurs , les abandonne entièrement, leur refuse toute grâce, et les laisse périr. 1° 11 est évident que le Sage parle de maux temporels , et non de la réprobation des pécheurs. 2“ Ce seroit en vain qu’il ajoute : celui qui m'écoutera , etc. Les pécheurs peuvent-ils «ncore écouter Dieu , lorsqu’il ne leur parle plus par la grâce ? •> Cette opinion est formellement contraire à la promesse que Dieu a faite par Ezéchiel, c. 33, « Lorsque j’aurai
» dit à l’impie, tu mourras, s’il fait pé-
* nitcnce et pratique la justice, il
» vivra et ne mourra point. » Or l’impie ne peut faire pénitence, à moins que Dieu ne lui donne la grâce.
F^cs Pères de l’Eglise ont tous insisté sur ce passage , et sur ce qui précède, ÿ’. H : c Par ma vie, dit le Seigneur, je » ne veux point la mort do l’impie , mais
* qu’il se convertisse et qu’il vive. » Ils cnonlconclu que la miséricorde de Dieu U abandonne jamais entièrement les pé-
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cheurs. Dieu dit dans l’Apocalypse, c. 3.
J9 : « Faites pénitence, je suis à la » porte et je frappe; si quelqu’un m’ou- 3> vre , j’entrerai chez lui. » Il ne met point d’exceptions. Jésus-Christ nous est représenté , non comme un juge emj pressé de faire justice, mais comme un Sauveur miséricordieux , qui craint de perdre une âme et le prix du sang qu’il a répandu pour elle.
Cependant quelques théologiens soutiennent que ce n’est point là le sentiment de saint Augustin. Ce Père , disentils, a répété vingt fois que Dieu n’abandonne point le juste , à moins qu’il n’en soit abandonné ; il applique ce principe même à notre premier père, Serm. I , in Ps. 58, n. 2 ; il dit que Dieu a délaissé Adam, parce qu’Adam lui-même a délaissé Dieu : donc il suppose que quand un juste abandonne Dieu, il en est abandonné à son tour. Z. 3. de pecc. meritis et remiss., c. 13, n. 22 , le saint docteur prétend que, dans quelques occasions, Dieu n’aide point les justes à faire le bien, parce qu’ils peuvent s’enorgueillir; il pense que Dieu leur refuse la grâce et les laisse tomber, afin de les humilier par leur chute. Or, s’il refuse quelquefois la grâce aux justes, à plus forte raison aux grands pécheurs. Lorsque ceuxci veulent s’excuser en disant : « En » quoi sommes-nous coupables de vivre » mal , dès que nous n’avons pas reçu la » grâce de bien vivre ? ® Saint Augustin répond, Epist. 194 ad Sixtum, c. G, n. 22 : « S’ils sont au nombre des vases » de colère destinés à la perdition, qu’ils » s’en prennent à eux -mêmes , parce » qu’ils ont été faits de cette masse que » Dieu a justement condamnée pour le » péché d’un seul , dans lequel tous ont » péché. B Ainsi, ce Père suppose que la grâce leur est refusée à cause du péché originel. Enfin , Tract. 58 , in Joan. , n. 6, il dit que Dieu aveugle et endurcit les pécheurs, non en les forçant au mal, mais en ne les secourant point, par conséquent en les abandonnant.
11 est étonnant que ceux qui prêtent à saint Augustin cette doctrine absurde n'aient pas vu qu’ils le font tomber dans des contradictions grossières. 1° Puisque
îc juste a besoin de la grâce prévenante uon-seulcmcnt pour faire le bien, mais encore pour y persévérer, s’il lui arrive d’abandonner Dieu ou de pécher, parce qu’il a manqué de la grâce , ce n’ést pas lui qui a délaissé Dieu, mais c’est Dieu qui l’a délaissé le premier : dans ce cas, que devient le principe tant répété par saint Augustin, que Dieu n’abandonne jamais le juste, à moins qu’il n’en soit abandonné? Lorsqu’Adam a péché pour la première fois , avoit-il déjà délaissé Dieu? ou la grâce lui a-t-elle été refusée , parce qu’il étoit né de la masse de perdition? 2“ Lorsque les pécheurs veulent rejeter sur Dieu la cause de leurs crimes, saint Augustin leur oppose ce passage de l'Ecclésiastique, c. 15, f. 11 : uNedites » point. Dieu me manque; c’est lui qui a m'a égaré; Dieu n’a pas besoin des im- » pies, etc. » L. de Grat. et Lib. arb., c. 2 , n. 3. Que l’on dise , Dieu me manque, ou Dieu me laisse manquer de grâce, c’est la même chose : or, selon l’auteur sacré et selon saint Augustin, , c’est un blasphème. 5° Ce saint docteur a répété vingt fois qu’il ne faut désespérer d’aucun homme vivant, Enarr. 2, in P s. 56, n. 11 , etc., pas même des impies, in Ps. 50, n. 18; que le démon est la seule créature de la conversion de laquelle il faut désespérer, in Ps. 54, n. 4. Il dit, Confess. Lib. 8, c. 11 ,n. 27 :
Œ Jeltc-toi entre les bras de ton Dieu; ne » crains rien ; il ne se retirera pas afin » que tu tombes , etc. » Que signifie tout cela, si Dieu peut abandonner absolument non - seulement les grands pécheurs, mais encore les justes, afin de les humilier?
Cherchons donc un moyen de décharger saint Augustin de toutes les absurdités qu'on lui impute ; cela n’est pas fort difficile.
Serin. I , in Ps. 58, n. 2, il ditqu’Adam après son péché fut privé de la joie et de la consolation (pi’il goûtoit auparavant à voir Dieu et à converser avec lui, puisqu’il se cacha ; c’est ainsi que Dieu se retira de lui et le délaissa. L’Ecriture nous ra[)iirend , et il ne s’ensuit rien.
L. 5. de ]>cc. meritis et remiss. , c. 13, n. 22, saint Augustin , ne dit point que
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Dieu refuse quelquefois aux justes la grûcc- pour faire le bien, mais pour le faire parfaitement, ad perficiendumjiistitiam; et cela est vrai. Dieu ne donne pas toujours aux âmes les plus saintes la force de pratiquer le bien avec autant de perfection qu’elles le voudroient : c’esteequi les afflige, leshumilie, les tourmente même par des scrupules : s’ensuit-il de là que Dieu leur refuse les grâces nécessaires pour éviter le péché et pour persévérer dans le bien ?
Epist. 194 ad Sixtum , chap. G , n. 21 et 22, saint Augustin parle non de la grâce actuelle , mais de la grâce finale , du don de la persévérance , de la prédestination à la gloire éternelle. Nous convenons, d’après saint Augustin, que ce don n’est dû à personne , que Dieu peut le refuser à qui il lui plaît, et que ceux auxquels il ne l’accorde point n’ont pas droit de se plaindre ; que cela ne peut pas excuser les pécheurs , comme le prétendoit Pélage. Nous traiterons celte question aux mots PEUSÉvËn.\NCE et PuC- DESTi.NWTiON. Foyez Grâce , § 3.
ADB.AYE, ABBÉ, ABBESSE. Un corps, une communauté quelconque , ne peut subsister sans subordination ; il faut un supérieur qui commande et des inférieurs qui obéissent : parmi des membres tous égaux et qui font profession de tendre à la perfection , l’autorité doit être douce et charitable ; on ne pouvoit donner aux supérieurs monastiques un nom plus convenable que celui de père; c’est ce que signifie abba : par la meme raison , l’on a nommé abbesses les supérieures des religieuses et abbayes lc.s monastères. La juridiction, les droits, les privilèges des abbés cl des abbesses ont été fixés par les lois ecclésiastiques; c’est un des articles de la jurisprudence canonique. Il nous suffit d’observer que la multitude des abbayes de l’un et de l’autre sexe n’a rien d’élonnanl pour ceux qui savent quel étoit le malheureux étal de la société en Europe pendant le dixième siècle et les suivants; les monastères étoit non-sculcmcnl les seuls asiles où la |)iété pût se réfugier, mais encore la .seule ressource de» peuples opprimés , dépouillés , réduits à l’cselavagc par les