‹ Dictionnaire de théologieChapitre 49 sur 170 · ADR · texte numérisé non relu

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fielanoiirriture, la subsistance, les choses nécessaires à la vie. Dans notre langue même, lorsqu’un homme sans fortune dit à son protecteur : Donnez-moi du l-tin, il entend, procurez-moi une subsistance honnête. D’ailleurs, dans celte circonstance, Ahraham obéissoit à l’ordre de Dieu , beaucoup plus qu’au désir de Sara , et Dieu lui avoit promis de protéger Agar etsonfils. Gen., c. 21 , 12

et 13. Aussi ne voyons-nous aucune inimitié entre Ismaël et Isaac , soit pendant la vie, soit après la mort à' Ahraham , ni aucune division entre leurs descendants.

Pour juger sensément de la conduite des patriarches , il faut se placer dans les mêmes circonstances, se mettre au ton des mœurs et des usages qui régnoient dans les premiers âges du monde. 9 Isaac étoit âgé de près de vingt-cinq ans, lorsque Dieu, pour éprouver y/èraham, lui ordonna de l’immoler en sacrifice. Il semble d’abord que cet ordre soit indigne de Dieu : mais le souverain maître de la vie et de la mort peut abréger ou prolonger nos jours comme il lui plaît; si, par un accident ou par une maladie , il avoit tranché ceux d’isaac , Abraham auroit-il été en droit de murmurer? A la vérité , un sacrifice du sang humain auroit été un très - mauvais exemple ; aussi Dieu ne permit point qu’il fût accompli ; il se contenta de la disposition dans laquelle éloit Abraham d’obéir, et redoubla ses bienfaits envers ce patriarche.

On dira que Dieu , qui connoît le fond des cœurs , qui prévoit nos sentiments futurs avec autant de certitude qu’il voit nos dispositions présentes , u’avoit pas besoin démettre Abraham à répreuve.

Cela est vrai ; mais Abraham avoit besoin d’être éprouvé, et le genre humain avoit besoin de cet exemple pour concevoir que Dieu est en drc*;t d’exiger de nous, quand il lui plaît, des sacrifices héroïques, parce qu’il est assez puissant pour les récompenser. ( Not. I,p.l87.)

C'est donc avec raison (juc les écrivain.s sacrés ont fait l’éloge de la foi et du courage d' Abraham, et le proposent pour modèle; il crut, dit saint Paul,

que Dieu , qui a le pouvoir de ressusciter les morts, feroit plutôt un miracle que de manquer à ses promesses. Ileh., c. 1 1 , ^ 19.

Lorsque Dieu dit à Abraham : Toutes les nations de la terre seront bénies dans voire race, Gen., c. 22, 26, 28, nous soutenons, après saint Paul, Galat., 3, i^. 16, avec les Pères de l’Eglise, que race désigne un seul descendant d'Abraham, qui est Jésus-Christ, comme dans la prédiction faite au serpent, Gen., c. ù, ÿ. 15 : La race de la femme t’écrasera la tête.

Mais en quoi consiste cette bénédiction? S’il n’était question que de bienfaits temporels et d’une protection particulière de Dieu à l’égard des descendants d' Abraham, en quel sens cette bénédiction pourroit-elle s’étendre à toutes les nations de la terre ? La prospérité des Juifs ne pouvoit influer en rien sur celle des autres peuples. Il est donc évident que Dieu promet, dans cet endroit et ailleurs, par les mêmes paroles, les grâces de salut ou les bénédictions spirituelles qu’il vouloit répandre par le Messie sur tous les hommes qui croiroient en lui, et qui deviendroient ainsi les enfants d' Abraham , en imitant sa foi. Saint Paul, qui les explique ain.’, Galat., c. 3 et 4, n’en a pas seulement donné le sens mystique et allégorique, comme certains critiques le prétendent, mais le sens littéral et naturel. Ainsi les Juifs, qui prennent ees promesses dans un sens grossier et qui les restreignent à leur nation seule , sont dans l’erreur.

ABRAII AMIENS. Foyez Samosatiexs.

ADllAllAMITES, moines catholiques c[ui soufl’rircnt le martyre pour le culte des images sous Théophile, au neuvième siècle. Foyez Iconoclastes.

ABSOLU, adject. ABSOLUMENT, adv.

Absolu se dit, 1“ par opposition à ce (pii est relatif. Nous soutenons qu’il n'y a dans le monde aucun mal absolu , mais seulement des maux relatifs ; la condition des créatures n’est bonne ou mauvaise, un bien ou un mal, que par comparaison. Le bien absolu, c’est l’infini; le mal absolu , est le néant : entre ces deux extrêmes il y a une infinité de do-

grés ou de manières d’être qui sont censés un mal en comparaison d’un plus grand bien, et un bien si on les compare à un état plus mauvais. L’oubli de ces notions a rendu plus obscure la question de l’origine du mal. F. Bien et Mal.

Dans le même sens, certaines propositions, énoncées en termes absolus, ne sont vraies que par comparaison ou dans un sens relatif. Quand on dit que Dieu abandonne les pécheurs , cela n’est pas absolument vrai , puisqu’il n’en est aucun à qui Dieu ne donne des grâces ; mais il ne leur en accorde pas autant qu’aux justes. Voyez Grâce, § 3. Saint Paul répète ce que Dieu a dit par un projîhète : J’ai aimé Jacob, et fai haï Esaü. Cependant Dieu n’a pas cessé absolument de répandre des bienfaits sur Esaü et sa postérité ; mais il ne les a pas traités aussi favorablement que Jacob et ses descendants. L’auteur du livre de la Sagesse dit à Dieu : Vous ne haïssez. Seigneur, rien de ce que vous avez fait. Cette proposition est absolument vraie ; la précédente n’est vraie que par comparaison.

Il faut distinguer encore les arguments absolus d’avec les arguments relatifs personnels, que l’on nomme arguments ad hominem : ceux-ci ne sont solides que relativement aux opinions et aux principes de l’adversaire contre lequel on dispute ; ils ne prouvent rien contre ceux qui ont des principes ou des opinions contraires.

2" Absolu se dit par opposition à ce qui est conditionnel; ainsi l’on distingue en Dieu la volonté absolue, par laquelle il opère immédiatement par lui-même tout ce qu’il lui plaît, et la volonté conditionnelle, par laquelle il nous laisse la liberté de résister. Dieu veut notre salut, non absolument, mais sous condition que nous le voudrons nous-mêmes, et que nous obéirons à ses grâces.

3“ L’on distingue l’impossibilité absolue ou métaphysique , d’avec Vimyossibilité morale, qui signilie seulement une très-grande difficulté.

'i" Absolu, se prend dans un sens opposé à déclaratif. Dans ce sens les cutholitpies soutiennent que le prêtre a

le pouvoir de remettre les péchés absolument; les protestants, au contraire, prétendent qu’il peut seulement déclarer que Dieu a remis les péchés.

S» On nomme le jeudi de la semaine sainte le jeudi absolu, parce que dans plusieurs églises on fait l’absoute avant la cérémonie de la cène ; c’est un reste de l’ancienne discipline ou de l’usage de réconcilier ce jour-là les pénitents publics, avant de les admettre à la communion.

ABSOLUTION , rémisson des péchés faite par le prêtre au nom de Jésus- Christ dans le sacrement de pénitence.

Voyez Pénitence.

Absolution se prend encore pour la levée des censures et l’action de réconcilier un excommunié à l’Eglise : dans ce sens elle tient au droit canonique plus qu’à la théologie.

Enfin l’on nomme absolution une prière qui se dit à la fin de chaque nocturne de l’office divin, à la fin des heures canoniales, et une prière qui se fait pour les morts.

ABSOUTE. Cérémonie qui se pratique dans l’Eglise romaine le jeudi de la semaine sainte, pour représenter l’absplution qu’on donnoit vers le même temps aux pénitents de la primitive EgUse.

L’usage de l’Eglise de Rome et de la plupart des Eglises d’Occident, étoit de donner l’absolution aux pénitents le jour du jeudi saint, nommé pour cette raison le jeudi absolu.

Dans l’Eglise d’Espagne et dans celle de Milan, cette absolution publique se donnoit le jour du vendredi saint ; et dans l’Orient c’étoit le même jour ou le samedi suivant, veille de Pâques. Dans les premiers temps , l’évêque faisoit l’absoute, et alors elle étoit une partie essentielle du sacrement de pénitence ; parce qu’elle suivoit la confession des fautes, la réparation des désordres passés et l’examen de la vie présente. « Le jeudi » saint, dit M. l’abbé Fleury, les péni- » tents se présentoient à la porte de l’é- » glise; l’évêque, après avoir fait pour » eux plusieurs prières, les faisoit en- » trer, à la sollicitation de l’archidiacre » qui luirepréscntoitquec’étoitun temps » propre à la clémence U leur faisoit

» une exhortation sur la miséricorde de ® Dieu , et le changement qu’ils dévoient j> faire paroître dans leur vie, les obli- » géant à lever la main pour signe de » cette promesse ; enfin se laissant fléa chir aux prières de l’Eglise, et per- » suadé de leur conversion il leur don- » noit l’absolution solennelle. » Mœurs des chrétiens, tit. xxv.

A présent ce n’est plus qu’une cérémonie qui s’exerce par un simple prêtre et qui consiste à réciter les sept psaumes de la pénitence , quelques oraisons relatives au repentir que les fidèles doivent avoir de leurs péchés. Après quoi le prêtre prononce les formules Miscrealur et Indulgcniiotn; mais tous les théologiens conviennent qu’elles n’opèrent pas la rémission des péchés ; et c’est la différence de ce qu’on appelle absoute, d’avec l’absolution proprement dite.

ABSÏÈME, du latin abstemius. On nomme ainsi les personnes qui ont une répugnance naturelle pour le vin et ne peuvent en boire. Pendant que les calvinistes soutenoient de toutes leurs forces que la communion sous les deux espèces est de précepte divin , ils décidèrent au synode de Charenton que les abstèmes pouvaient être admis à la cène pourvu qu’ils touchassent seulement la coupe du bout des lèvres, sans avaler une seule goutte de vin. Les luthériens leur reprochèrent cette tolérance comme une prévarication sacrilège.

^ De cette contestation même on a conclu contre eux qu’il n’est pas vrai que la communion sous les deux espèces soit de précepte divin, puisqu’il y a des cas où l’on peut s’en dispenser. F oyez Communion sous les deux espèces , Coupe.

ABSTINENCE. Le motif général de l’a6stinence est de mortifier les sens et de dompter les passions : l’on connoit assez les suites naturelles de la gourmandise. Selon M. do Buffon,la mortification la plus cflicace contre Iri luxure est ['abstinence et le jeûne. Hist. Nat., toni. 111, in-12, c. 4, pag. 106. Dieu, après avoir créé nos prcniicrs parents, leur accorda pour nourriture les |)lantes et les fruits de la terre; il ne leur parla point do la chair des aniniaux. Gcn., c. 1 , ^. 2‘J.

Mais vu les excès auxquels se livrèrent les hommes antérieurs au déiuge , il n’est guère probable qu’ils se soient abstenus d’aucun des aliments qui pouvoient flatter leur goût.

Après le déluge. Dieu permit à Noé et à ses enfants de manger la chair des animaux ; mais il leur défendit d’en manger le sang. Gen., 9, jt. 3 et suit'. Par les termes dans lesquels cette défense est conçue, il paroît que le motif étoit d’inspirer aux hommes l’horreur du meurtre. L’habitude d’égorger les animaux et d’en boire le sang porte infailliblement l’homme à la cruauté.

Moïse par ses lois défendit aux Juifs la chair de plusieurs animaux qu’il noiftmc impurs; il exclut nommément tou's ceux dont la chair pouvoit être malsaine, relativement au climat, et causer des maladies. Quelques philosophes ont rapporté au même motif l’usage des Egyptiens, de s’abstenir de la chair de plusieurs animaux.

L’usage du vin étoit interdit aux prêtres pendant tout le temps qu’ils étoient occupés au service du temple, et aux nazaréens pour tout le temps de leur purification.

A lanaissance duchristianisme, les Juifs vouloicnt que l’on assujettît les païens convertis à toutes les observances de la loi judaïque, à toutes les abstinences qu’ils pratiquoient. Les apôtres assemblés à Jérusalem décidèrent qu’il sufüsoit aux fidèles convertis du paganisme de s’abstenir du sang, des viandes suffoquées , de la fornication et de l’idolâtrie. Act. , c. 16. Saint Paul dans ses lettres a donné sur ce point des règles très-sages. Bientôt même cette abstinence se trouva sujette à des inconvénients ; Tertullien nous apprend que les païens, pour mettre les chrétiens à l’épreuve, leur présentoient à manger du sang et du boudin.

ApoL, c. 9. Mais les abstinences prescrites à Noé, aux Juifs, aux premiers fidèles, démontrent l’abus que les protestants ont fait de la maxime de l’Evangile, (jiie ce n’est point ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme. Matl. , c.

Les manichéens faisoient déjà celte

objection pour prouver que les alstinences prescrites par Moïse étoient absurdes , et saint Augustin a réfuté plus d’une fois cc sophisme. L. contra Adim., c. 15, n. 1 ; L. 16. contra Faust., c. 6 et 51 . Est-il donc permis de manger dfe la chair humaine, sous prétexte qu’aucune nourriture ne souille l’homme? La pomme mangée par Adam le souilla sans doute, puisqu’il en fut puni, lui et toute sa postérité. Dès que les apôtres ont eu le droit de défendre aux chrétiens l’usage du sang et des viandes suffoquées , pourquoi leurs successeurs n’ont-ils pas eu celui d’interdire l’usage de toute viande dans certains jours et dans un certain temps ?

Ce qu’il y a de singulier, c’est que les manichéens, qui tournoient en ridicule les abstinences prescrites par Moïse, ordonnoient eux -mêmes à leurs élus de s’abstenir du vin et de la chair des animaux. Pour justifier cette discipline, ils disent que ceux d’entre les catholiques qui faisoient la môme chose, passoient pour être les plus parfaits. Saint Augustin leur répond que ceux-ci pratiquent Vabstinence pour mortifier les passions, au lieu que les manichéens croyoient que la chair en soi étoit impure , parce que c’étoit l’ouvrage du mauvais principe, l’eausobre qui veut à toute force disculjier les manichéens , passe sous silence leur contradiction touchant les aôstiueuccs judaïques, et soutient qu’ils raisonnent plus conséquemment que les catholiques. Il abuse d’une équivoque en appelant nourriture saine, celle qui n’est ni infecte ni corrompue, et celle qui ne nuit point d’ailleurs à la santé. Est-ce donc la môme chose? Avec de pareils sophismes on peut prouver tout ce que l’on veut. Hist. des manich., 1. 9, c. il.

Lorsque l’Eglise nous a commandé \' abstinence et le jeûne, elle n’a envisagé que le motif général de la mortification ; elle ne s’est fondée ni sur les défenses faites aux .luifs, ni sur les rêveries de quelques hérétiques ; elle se rehïche môme de la sévérité de ses lois, toutes les fois qu’il se présente des raisons d’user d’indulgence. Quelques philoso-

plies sont convenus qu’en bonne politique il est très-utile de suspendre le carnage des animaux pendant quelques jours et Quelques semaines de, l’année.

Quant aux abstinences pratiquées pat quelques sectes de philosophes , par les pythagoriciens, par les orphiques, etc., elles ne nous regardent point; les motifs pour lesquels l'abstinence est observée par les chrétiens n’ont rien de commun avec ceux qui dirigeoient la conduite de ces philosophes.

Quelques protestants ont soutenu que, dans les premiers siècles de l’Eglise, Vabstinence de la viande ne faisoit pas partie essentielle du jeûne du carême , qu’il étoit défendu seulement d’user d’une nourriture délicate et recherchée, soit qu’elle fût grasse ou maigre ; qu’il n’y avoit rien de prescrit sur le genre des aliments, pourvu que l’on y observât la sobriété et la mortification. Le Père Thomassin a fait voir le contraire par des preuves solides. Traité des Jeûnes, 1'’°. partie , c. 10 et 11 ; 2'^ partie , c. 5 , etc. Comme il n’y avoit point de loi positive et formelle touchant le jeûne, il n’y en avoit point non plus concernant l'abstinence,- c’est donc à l’usage établi qu’il a fallu s’en tenir dans tous les temps. Or, dès le troisième siècle , Origène nous apprend que plusieurs chrétiens fervents s’abstenoient pour toujours de la viande et du vin , ‘non par les mêmes raisons que les pythagoriciens, mais pour réduire leur corps en servitude et réprimer les passions. Liv. 5 contra Cels., n. 49, et homil. 19 in Jerem., n. 7.

Nous voyons la même chose par le 51® canon des apôtres. A plus forte raison, le commun des chrétiens devoient-ils le faire les jours de jeûne.

Quand même cet usage n’auroit pas été établi dès l’origine parmi les Orientaux, il auroit encore été nécessaire de l’introduire à mesure que le christianisme a pénétré dans nos climats septentrionaux. Dans ces contrées les viandes ont toujours été les aliments les plus délicats et les plus succulents , pour lesquels tout le monde se sent le plus d’attrait et dont l’apprêt peut être le plus varié ; ce sont donc ceux dont la privation a dû

paroître la plus dure les jours de jeûue. Si les peuples du Nord avoient été moins carnassiers, ils auroient été moins empressés d’adopter la morale des prétendus réformateurs touchant Vabslinence et le jeûne.

Barbeyrac, protestant très -peu modéré, reproclie à saint Jérôme d’avoir condamné absolument l’usage de la viande , d’avoir jugé qu’il est aussi mauvais en lui-même que l’usage du divorce. « Jésus-Christ, dit ce Père, a remis la » fin des temps sur le même pied que le ï commencement ; de sorte qu’aujours d’hui il ne nous est permis ni de répu- » dier une femme , ni de nous faire cir- » concire, ni de manger de la chair, se- » Ion ce que dit l’Apôtre : Il est bon de t> ne point boire de vin et de ne point « manger de la chair ; car l’usage du » vin a commencé avec celui delà chair, » après le déluge. » Adv. Jovin., 1. 1"^ page 30. Saint Jérôme, selon Barbeyrac, abuse ici du passage de saint Paul ; et dans tout ce qu’il dit de V abstinence et du jeûne , il copie Tertullien devenu montaniste. Traité de la morale des Pères, c. IS, g 12 et suiv. Tout cela est-il vrai ?

En premier lieu, le texte de saint Jérôme n’est pas fidèlement rendu ; il porte : « Depuis que Jésus-Christ a remis ï la fin des temps sur le meme pied que » le commencement, il ne nous est pas P permis de répudier une femme ; nous P ne recevons plus la circoncision et nous P ne mangeons point de chair, p Saint Jérôme ne dit point que ce dernier usagé ne nous est pas permis : remarque essentielle. Son intention est évidemment de dire : Nous ne mangeons pas tous de la chair, et dans tous les temps.

En second lieu , ce Père écri voit contre Jovinien qui soutenoit, comme les protestants, qu’il n’y a aucun mérite à s’abstenir de la viande , parce que c’est un usage indifférent; puisqueDieii, qui l’avoit défendu avant le déluge, le permit ensuite. Or, ce raisonnement est évidemment faux. L’Ecriture approuve les nazaréens, qui faisoient vœu de s’abstenir du vin et d^ ne point se raser la tète pendant un certain temps. Num., c. 0,

f. 3. Les réchabites sont loués d’avoir observé la défense que leur père leur avoit faite de boire du vin et d’habiter dans des maisons. Jerem., c. 35, jf. 16. Jésus-Christ a loué saint Jean-Baptiste qui vivoit de sauterelles et de miel sauvage. Les apôtres défendirent aux premiers fidèles l’usage du sang et des chairs suffoquées , quoique cet usage fût en luimême indifférent. Il y a donc du mérite à s’abstenir de choses indifférentes , lorsque le motif de cette abstinence est louable.

En troisième lieu , saint Jérôme ne compare point l’usage de la viande à celui du divorce, quant à leur nature et à leurs effets, mais relativement à la défense et à la permission de Dieu , sur lesquelles Jovinien argumentoit. Celui-ci disoit:

Dieu a permis après le déluge la chair qu’il avoit défendue auparaivant ; donc cet usage est indifférent en lui-même , donc il n’y a aucun mérite à s’en abstenir. Saint Jérôme attaque ces deux conséquences l’une après l’autre, et voici le sens de sa réponse. Votre raisonnement pèche par trois endroits. 1® Dieu a permis par Moïse le divorce qu’il avoit défendu auparavant ; il ne s’ensuit pas néanmoins que le divorce soit indifférent en lui - même. 2“ Quand l’usage de la chair seroit indifférent en soi-même, il sulliroit que Jésus -Christ, qui a voulu rétablir la perfection primitive, nous eût déconseillé cet usage , comme il a défendu le divorce, pour nousfaireabstenirderunetdc l’autre. 5" Qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas une défense j)Ositive, saint Paul dit. Rom., c. Li , 21 ;

« Il vaut mieux ne point manger de » viande, ne point boire de vinets’abs- » tenir de tout ce qui peut faire tomber » le prochain, le scandaliser ou affoiblir » sa foi. » Donc il peut y avoir de bonnes raisons de s’abstenir de ce qui est indifférent en soi-même , et alors c’est un mérite ; donc votre argument ne vaut rien. Barbeyrac , qui sentoit le poids de ces trois réllexions , les a confondues et a (ont brouillé pour déraisonner à son aise.

Que l’on dise, si l’on veut, que la réponse de saint Jérôme n’est pas assez développée, soit; il ne s’ensuit pas qu’elle

est mauvaise et que sa morale est fausse.

11 n’est pas vrai non plus qu’il ait mal entendu le passage de saint Paul : il a rendu mot à mot les premières paroles; et en lui donnant le même sens que Barbeyrac, le raisonnement de saint Jérôme conserve toute sa force.

En quatrième lieu, qu’importe que ce Père ait copié Tertullien devenu montanisle , pourvu qu’il ne soit pas tombé dans le même excès? Les raisonnements que ce dernier a faits depuis sa chute ne sont pas tous des hérésies , et un raisonnement mal appliqué n’est pas toujours une erreur. Il y a sur V abstinence deux excès à éviter, et un milieu à suivre. Le premier excès est celui des hérétiques encralitcs, montanistes, manichéens , etc. , qui soutenoient que l’usage de la viande est impur , défendu , mauvais en lui-même ; saint Paul les a combattus, /. Tim., c. 4, 3. Le se-

cond est celui de Jovinien et des protestants qui prétendent que l'abstinence de la viande est sans aucun mérite , superstitieuse ,- judaïque, absurde, etc. Le milieu est suivi par l’Eglise catholique qui décide que cette abstinence peut être louable, méritoire, commandée même pour de bons motifs et en certains cas. Tel est l’esprit du 43“ ou Si® canon des apôtres : a Si un clerc s’abstient du ma- » riage , de la viande et du vin , non par » mortification , mais par horreur et en » blasphémant contre la création, qu’il » se corrige ou qu’il soit déposé. »

Il est donc absurde d’alléguer aujourd’hui , contre l'abstinence pratiquée pnr mortification, ce que les apôtres et les anciens Pères ont dit contre celle des hérétiques.

Si on nous demande pourquoi il est louable de se mortifier par l'abstinence, nous répondrons avec saint Paul , Gâtât., c. 5, jl. 24: « Ceux qui sont à Jé- » sus-Christ ont crucifié leur chair avec » ses vices et ses convoitises. ® /. Corinth. , c. 9, 27 : « Je chûtie mon

» corps, et je le réduis en servitude, » de peur d’être réprouvé après avoir » prêché aux autres. »

Comme on a eu de nos jours l’ambition de réformer toutes les lois , on a

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