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Ces pratiques étoient destinées à exciter en lui des sentiments intérieurs de respect , de soumission , de reconnoissance, de pénitence , de confiance à l’égard de Dieu ; il se persuada que les signes seuls suflTisoient, pouvoient tenir lieu de piété, plaire à Dieu et mériter ses grâces , sans être accompagnés des sentiments du cœur. Dieu n’avoit pas défendu d’employer à son culte les signes de la joie , le chant, la danse, les repas de fraternité ; l’homme voluptueux en abusa , pour satisfaire sa sensualité. Les signes du repentir sont utiles pour nous humilier et nous corriger ; des esprits ardents peuvent les pousser à l’excès et les rendre nuisibües. La religion est destinée à réprimer l’orgueil, l’intérêt, l’ambition , la jalousie , la haine ; souvent des hommes , dominés par ces passions impérieuses , se sont persuadés qu’ils agissoient par motif de religion etc. Voilà d’énormes abus.
Si nous remontons à la source première de tous les abuSj nous la trouverons toujours dans les passions humaines : sans elle l’ignorance stupide Ti’auroit pas pu agir : mais les passions inquiètes suggérèrent de faux raisonnements et une fausse science , bien plus redoutables que l’ignorance. Ainsi l’avidité pour les biens de ce monde et la crainte de les perdre , firent inventer la multitude des dieux ou génies chargés de les distribuer , et le culte insensé qu’on leur rendit ; la vanité des imposteurs leur suggéra des fables et des pratiques prétendues merveilleuses pour tromper les hommes ; l’amour impudique , la haine , la jalousie , la vengeance , invoquèrent les puissances infernales ; la curiosité effrénée voulut pénétrer dans l’avenir et forger l’art de la divination ; la mollesse trouva son comi)te dans le culte purement extérieur, etc. Quel remède y apporta la philosopliie ? Aucun. Loin d’attaquer de front tous ces abus , elle les confirma par son sulTrage ; elle les étaya par des sophismes et les rendit ainsi plus incurables.
La lumière du christianisme en fit disparoilre le plus grand nombre ; mais elle
n’étouffa pas toutes les passions prêtes à les reproduire. Plusieurs sectes d’hérétiques s’obstinèrent à en conserver une partie , et les éclectiques du quatrième siècle firent tous leurs efforts pour remettre en crédit toutes les superstitions du paganisme. Au cinquième, les Barbares du Nord nous apportèrent celles qui étoient nées dans leurs forêts , et ils en consacrèrent plusieurs par leurs lois. L’Eglise ne cessa de faire des décrets et de prononcer des anathèmes pour les extirper; mais que peuvent les leçons , les lois , les menaces , les censures contre des Barbares? Aujourd’hui de faux raisonneurs accusent l’Eglise même d’avoir fomenté les superstitions, en y attachant trop d’importance : C’est par la physique, disent-ils, et par l’histoire naturelle qu’il faut instruire les peuples ; et cette grande révolution étoit réservée à notre siècle qui est celui de la philosophie.
Nous voudrions savoir d’abord quels progrès la physique a faits dans les vallées des Pyrénées, des Cévennes, des Alpes, des Vosges et du Mont-Jura; dans les campagnes du Lerri , de la Bretagne, de la Champagne et de la Picardie. Ce ne sont pas des livres d’histoire naturelle que nos philosophes s’attachent à répandre parmi le peuple , mais des livres d’athéisme et d’incrédulité. Or, nous savons par une longue expérience que l’incrédulité ne guérit ni les passions, ni la superstition qui en est l’effet, et (pie l’on peut très-bien croire à la magie sans croire en Dieu. Si le peuple, affranchi du joug de la religion, pouvoit donner un libre cours à scs vices , seroit-cc la philosophie qui le retiendroit ?
Nous avouons sans dilficulté qu'aujourd’hui comme autrefois toute passion (luelconquc peut abuser de la religion : ainsi , l’on en abuse par orgueil , lorsqu’on SC glorifie des grâces de Dieu , que l’on montre de la haine ou du mépris pour ceux à (pii Dieu n'a pas fait les mêmes faveurs ; c’étoit le défaut des Juifs: on en abuse par ambition, lorsque, sous prétexte de zèle , on se croit fait pour remplir toutes les places, pour obtenir toutes les dignités de l’Eglise ; par