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seroit violée ? Parce que l'homme créé libre étoit capable d’obéissance , et qu’il la devoit à son Créateur. C’est par son libre arbitre, autant que par son intelligence, que l’homme est distingué des animaux ; il étoit juste que Dieu exigeât de lui un témoignage de soumission , en reconnoissance de la vie et des autres bienfaits qu’il lui avoit accordes. Dans tous les états possibles, il est de l’ordre que le bonheur parfait ne soit pas un don de Dieu purement gratuit, mais une récompense réservée à l’obéissance de l’homme et à la vertu : aucun argument des Incrédules ne peut prouver le contraire; la prévoyance que Dieu avoit de la désobéissance future d'Adam, ne devoit déroger en rien à cet ordre éternel, infiniment juste et sage.
En effet, dit saint Augustin , pourquoi Dieu ne devoit-il pas permettre qu'Adam fût tenté et succombât? Il savoit que la chute de l’homme et sa punition seroient pour ses descendants un exemple qui serviroit à les rendre plus obéissants; que de cette race même pécheresse naîtroit un peuple de saints qui, avec la grâce divine, remporteroienl à leur tour sur le démon une victoire plus glorieuse. Si donc cet esprit malicieux a semblé prévaloir pour un temps par la chute de l’homme , il a été vaincu pour l’éternité par la réparation de l’homme. L. i contra advers. leg. et proiph., n. 21 et 23. De Civ. Dei, 1. 14 , c. 27. De Catech. rudib.j c. 18.
Lorsque les incrédules demandent encore pourquoi Dieu a interdit à notre premier père le fruit qui donnoit la connaissance du bien et du mal, ils aflectent de ne pas entendre de quelle connoissance il est question. Adam connoissoil déjà le bien et le mal moral ; l’Ecriture nous apprend que Dieu la lui avoit donnée. Eccli., c. 17,jl. G; autrement il auroit été aussi incapable de pécher que les enfants qui n’ont pas encore atteint l’âge de discrétion : mais il n’avoit point 'encore la connoissance du mal physique , puisqu’il n’en avoit éprouvé aucun ; il n’avoit aucune idée de la honte et du remords que cause la conscience ti'un Cl ime. 11 les sentit après son péché ;
il fut en état de comparer le bien-être et la douleur : telle est la connoissance expérimentale de laquelle Dieu vouloit le préserver. Il ne s’ensuit donc pas qu’il y ait eu un arbre dont le fruit avoit la vertu de faire connoître le bien et le mal.
C’est une nouvelle témérité , de la part des incrédules , de soutenir qu’il y a eu de l’injustice à rendre Adam maître du sort de sa postérité. C’est la condition naturelle de l’humanité ; et tel est l’ordre établi dans toutes les sociétés politiques. Un père , par sa mauvaise conduite , peut réduire à la misère ses enfants nés et à naître ; il peut les déshonorer d’avance par un crime ; il peut , dans les pays où l’esclavage est établi , les réduire à cette condition en vendant sa liberté. Il est du bien de la société que cela soit ainsi , afin d’inspirer aux pères plus d’horreur des crimes qui peuvent avoir pour leurs enfants des suites si terribles , et plus de reconnoissance aux enfants envers un père qui, par la sagesse de ses mœurs, les a mis à couvert de ce malheur.
Dieu , continuent nos adversaires , pouvait prévenir le péché de l’homme par une grâce efficace, sans nuire à son libre arbitre ; s'il ne devoit pas cette grâce à l’homme, du moins il la devoit à lui-même et à sa bonté infinie. Ne donner à l’homme dans celte circonstance qu’un secours inefficace dont Dieu prévoyait l’inutilité, e’étoit plutôt lui faire du mal que du bien.
Ce raisonnement, s’il étoit solide, prouverait que Dieu , en vertu de sa bonté infinie, ne peut donner à aucun homme une grâce dont il prévoit l’inefficacité, et ne peut permettre aucun péché; mais il porte sur trois ou quatre suppositions fausses. La première, qu’un moindre bienfait, comparé à un plus grand , n’est plus un bien , mais un mal. La deuxième, que de deux bienfaits inégaux, Dieu se doit à lui-même d’accorder toujours le plus grand , ce qui va droit à l’inlini. La troisième, que plus Dieu prévoit de résistance de la part de l’homme , plus il est obligé d’augmenter la grâce ; comme si la malice de rhoinmc
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éloit un titre qui lui donne droit aux grâces de Dieu. La quatrième, qu’il faut raisonner de la bonté de Dieu jointe à une puissance infinie , comme de la bonté de l’bomme , qui n’a qu’un pouvoir trèsborné. Toutes CCS absurdités n’ont pas besoin d’une plus longue réfutation.
Une grâce inefficace, ou de laquelle Dieu prévoit l’inefficacité , est sans doute un moindre bienfait qu’une grâce dont il prévoit l’efficacité ; mais il est faux que la première soit un mal, un don inutile ou pernicieux, un piège tendu à l’homme, etc. Un secours , qui donne à l’homme toute la force nécessaire pour le rendre maître de son choix et de son action, ne peut sous aucune face être envisagé comme un mal.
Ce que l’historien sacré dit de la tentation d’Eve et de ses suites a fourni aux incrédules de quoi exercer leur malignité. Cette narration leur paroît renfermer plusieurs absurdités : que le serpent soit le plus rusé de tous les animaux, qu’il ait eu une conversation suivie avec la femme , et qu’elle se soit laissé tromper ; qu’il soit plus maudit que les autres animaux , pendant qu’il y a des peuples qui lui rendent un culte ; qu’il n’ait rampé sur son ventre que depuis ce temps-là; qu’il mange de la terre, etc.
Par ces réflexions memes , les censeurs de l’bistoire sainte prouvent, ou que Moïse étoit un insensé, ou qu’il y a un sens caché sous l’écorce de celle histoire. C’est ce que nous soutenons, et un célèbre incrédule l’a reconnu, a De la «manière, dit-il, dont l’iiisloricn ra- » conte ce funeste événement, il paroit « bien que son intenlion n’a pas été que » nous sussions comment la chose s’éloit ï passée, et cela seul doit persuader à » toute personne raisonnal)le que la » plume de Moïse a été sous la direclion » parliculière du Sainl-Esprit. En cfl'el, » si Moïse eût été le niaiire de scs ex- » pressions et de ses pensées, il n’auroit » jamais enveloppé d’une façon si élon- » liante le récit d’une telle action; il en » anroit parlé d’un style nn peu plus Iniï main et plus pro|)reà instruire la jios- * lérilé : mais une force majeure, une » sagesse infinie le dirigeoil de telle sorte
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* qu’il n’écrivoit pas selon scs vues , » mais selon les desseins cachés de la » Providence. « Bayle, i\”owüc Ju^lGSG, art. 2, p. 392.
Est-il vrai d’ailleurs que son récit renferme des absurdités? 1» Nous ne connoissons pas assez les différentes espèces de serpents, pour savoir jusqu’à quel point ces animaux sont rusés et industrieux ; ceux qui entendent parler des castors pour la première fois , sont tentés de prendre pour des fables ce que l’on en raconte. 2° Il est constant que ce fut le démon qui emprunta l’organe du serpent pour converser avec Eve , et celle femme n’avoit pas encore assez d’expérience ppur savoir si un animal étoit capable ou incapable de parler. 5° Il n’est pas moins vrai qu’en général nous avons horreur des serpents , et qu’il n’y a qu’une longue habitude qui puisse accoutumer des peuples à demi sauvages à se familiariser avec quelques espèces de ces animaux.
i° Si l’on en croit les voyageurs et les naturalistes , il y a des serpents ailés qui s’élèvent dans les airs ; il n’est donc pas certain que toutes les espèces aient toujours rampé sur leur ventre. On dit encore qu’il y en a qui sont d’une beauté singulière, et l’on en a vu de très-apprivoisés. Enfin, si les serpents ne mangent pas la terre , ils semblent du moins avaler la poussière et les ordures en cherchant les insectes dont ils se nourrissent. Il n’y a donc rien d’absurde ni de ridicule dans la narration de Moïse.
Une question plus importante est de savoir si Dieu a puni trop rigoureusement le péché A' Adam, comme le supposent les incrédules. La faute, disent-ils, lut légère, et le châtiment est terrible : cire condamné, pour toute cette vie, au travail cl aux souffrances ; éprouver sans cesse la révolte de la chair contre l’esprit, cl des passions contre la raison; avoir continuellement sous les yeux la mort qu’il faut subir, cl un supplice éternel dont nous sommes menacés , cl cela pour un prétendu crime, qui n’est, dans le fond, qu’une légère désobéissance; y a-t-il de la [)roporlion entre le péché et la peine?
Nous répondons, en premier lieu.
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qu’il est absurde de vouloir juger de la grièvelé de la faute à^Jdam autrement que par le cliâtiment que Dieu en a tiré ; avons-nous assisté au conseil de Dieu, ou avons-nous vu ce qui s’est passé dans l’âme à' Adam, pour savoir jusqu’à quel point il a été criminel ou excusable ? La facilité de l’obéissance, dit saint Augustin , est précisément ce qui , dans les circonstances, aggrave la faute à' Adam.
En second lieu, les misères de celte vie, la concupiscence même, sont une suite de notre nature : l’exemption de la mort, la soumission entière de la chair à l’esprit , étoit une grâce que Dieu ne devoit point à nos premiers parents, ainsi que nous le prouverons à l’article Nature pure; il a donc pu, sans injustice, en priver l’homme coupable et ses descendants. En troisième lieu , l’ou n’est pas obligé de croire, puisque l’Eglise ne l’a pas décidé, que les enfants souillés du péché originel sont tourmentés par des supplices. Ils n’entreront pas dans le. royaume du ciel ; mais il n’est pas dit que le lieu où ils seront sera pour eux un lieu de tourments. Nous discuterons cette question au mot Baptême.
Les péchés actuels , qui font perdre la grâce , seront punis , il est vrai , par des supplices éternels; mais ces péchés ne sont pas des châtiments de la faute d’Adam , ce sont des maux que nous nous faisons volontairement à nous- mêmes par des vices et des habitudes que nous avons contractées très-librement, et dont il ne tiendroit qu’à nous de nous préserver. Enfin, quand on parle de la faute dû Adam et de la punition, il faudroil ne pas oublier la manière dont .lésus-Christ i’a réparée par la grâce de la rédemption.
C’est en démontrant, par l’Ecriture sainte, l’excellence, la plénitude, l’universalité de cette grâce, que les Pères de l’Eglise ont répondu aux objections des marcionites et des manichéens, qu’ils ont prouvé aux ariens la divinité de Jésus-Christ, qu’ils ont réfuté les pélagiens, qui, dans leur système, réduisoient à rien la rédemption, comme font encore aujourd’hui les sociniens.
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Il nous font remarquer d’abord que la promesse de la rédemption est aussi ancienne que le péché. Avant de condamner Adam aux souffrances et à la mort. Dieu avoit déjà lancé la malédiction contre le serpent, et lui avoit dit : La race de la femme t’écrasera la fêle. C’est, disent les Pères , en vertu de cette promesse et des mérites du Rédempteur, que Dieu n’a condamné Adam et sa postérité qu’à une peine temporelle ; ainsi la rédemption future a commencé d’opérer son effet, au moment meme qu’elle a été promise. Voyez Prot-év.axgile, Rédemption.
2“ Ils nous représentent que les souffrances et la mort sont l’expiation du péché et un sujet de mérite en vertu de la passion du Sauveur ; d’où ils concluent que la condamnation de l’homme a été sous ce rapport un acte de miséricorde de la part de Dieu. Jésus-Christ, dit saint Paul , a ôté les amertumes de la mort , en nous assurant une résurrection semblable à la sienne. /. Cor. c. 15, ÿ. 55. Voyez Mort , Souffrance.
5° Ils observent que la grâce, répandue avec abondance par Jésus -Christ, nous rend victorieux de la concupiscence ; que par ce combat la vertu devient plus méritoire , et digne d’une récompense aussi grande que celle qui étoildestiuée à notre premier père. Pai ces différentes considérations , nos saints docteurs font comprendre la dignité à laquelle notre nature a été élevée par son union avec le Verbe divin ; ils montrent la grandeur du mal par la puissance du remède.
Selon l’hisloire sainte, la pénitence d’Adam a été fort longue : il a vécu neuf cent trente ans. Gen., c. 5, f. 5. Dieu lui accorda cette longue vie , afin de perpétuer parmi ses descendants la certitude des grandes vérités dont il avoit été témoin , ou qu’il avoit reçues de la propre bouche <le Dieu même : les hommes pouvoient-ils avoir un maître jilus respectable et plus digne de foi? Mais, sans la promesse qui lui avoit été faite d’un réparateur, il auroil été souvent tenté de se livrer au désespoir, en voyant le déluge (le maux de toute espèce (lue sa faute avoit fait tomber sur la terre.
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Aucun des pères de l’Eglise n’a douté du salut d’y/da/n; tous ont été persuadés qu’il a été sauvé par Jésus-Christ. Saint Augustin dit que c’est la croyance de l’Eglise, et l’on a taxé d’erreur Tatien et les encratites , qui ne vouloient pas admettre cette vérité.
On a même cru, dans les premiers siècles , qu’^dam avoit été enterré sur le Calvaire, et que Jésus-Christ avoit été crucifié sur sa sépulture, afin que le sang versé pour le salut du monde purifiât les restes du premier pécheur. Quoique cette tradition ne paroisse fondée que sur un passage de l’Ecriture mal entendu , elle atteste toujours la haute idée qu’avoient nos anciens maîtres de l’étendue et de l’efficacité de la rédemption.
Il paroît que certains théologiens l’avoient profondément oubliée, lorsqu’ils ont dit que le péché originel ou la chute (TAdam est la clé de tout le système du christianisme, le premier anneau auquel tient toute la chaîne de la révélation ; il auroit fallu dire au moins : Le péché originel effacé et pleinement réparé par Jésus-Christ. Sans le dogme fondamental de la rédemption , celui du péché originel pourroit nous inspirer de la crainte, des regrets, de la douleur, peut-être le désespoir ; il n’exciteroit en nous ni reconnoissance, ni confiance, ni amour de Dieu, sentiments dans lesquels consiste la religion. Au mot Péché onicixEL, nous ferons voir que la croyance de l’iin de ces dogmes ne peut pas subsister sans celle de l’autre.
Quelques auteurs ont pensé que Platon avoit eu connoissance de la chute d'Adam, et qu’il l’avoit apprise par la lecture des livres de Moïse. Eusèbe, dans sa Préparation évangélique, livre 12, c. 11 , cite une fable tirée des Symposiaques de Platon, dans laquelle cette histoire semble être rapportée d’une manière allégorique ; mais cette allusion n’est ni fort sensible, ni absolument A’crtaine. Au temps de Platon, les livres de Moïse n’étoient pas encore traduits en grec, et ce philosophe n’avoit point de connoissance de l’hébreu. On sait <l’ailleurs que les Juifs ne montroient pas aisément leurs livres aux païens. 11
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faut juger de même de la fable de Pandore, que quelques-uns ont prise pour une altération de l’histoire de la chute d'Adam.
AÜAMITES ou .ADAMIENS, secte d’anciens hérétiques, qu’on croit avoir été un rejeton des basilidiens et des carpocratiens , sur la fin du second siècle.
Selon saint Epiphane, ils prirent le nom d'adamiles, parce qu’ils prétendoient avoir été rétablis dans l’état de nature innocente , être tels qu’Adam au moment de sa création, et par conséquent devoir imiter sa nudité. Ils détestoient le mariage, soutenant que l’union conjugale n’auroit jamais eu lieu sur la terre sans le péché , et regardoient la jouissance des femmes en commun comme un privilège de leur prétendu rétablissement dans la justice originelle. Quelque incompatibles que fussent ces dogmes infâmes avec une vie chaste, quelques-uns d’eux ne laissoieni pas de se vanter d’être continents, et assuroient que si quelqu’un des leurs tomboit dans le péché de la chair, ils le chassoient de leur assemblée , comme .Adcim et Eve avoient été chassés du paradis terrestre pour avoir mangé du fruit défendu ; qu’ils se regardoient comme Adam et Eve , et leur temple comme le paradis. Ce temple, après tout, n’étoit qu’un souterrain , une caverne obscure, ou un poêle dans lequel ils entroient tout nus, hommes et femmes, et là, tout leur étoit permis, jusqu’à l’adultère et à l’inceste, dès que rancien ou le chef de leur société avoit prononcé ces paroles de la Genèse, c. I , ^. 22, Crescite et mulliplicamini. Théodoret ajoute que, pour commettre de pareilles actions, ils n’avoient pas même d’égard à l’honnêteté publique, et imitoient l'impudence des cyniques du paganisme. Tertullien assure qu’ils nioient , avec Valentin , l’imité de Dieu , la nécessité de la prière, et traitoient le martyre de folie et d’extravagance. Saint Clément d’Alexandrie dit qu’ils se vantoient d’avoir des livres secrets de Zoroastre; ce qui a fait conjecturer à M. de Tillemont qu’ils étoient livrés à la magie. Tom. 2. pag. 280.
Cette secte infâme fut renouvelée dans