‹ Dictionnaire de théologieChapitre 68 sur 170 · AGA M · texte numérisé non relu

AGA M

des quatre filles de saint Philippe , diacre, cl de plusieurs autres. Mais , hors de ces cas privilégiés et de nécessité , il ne paroît pas que l’Eglise ait jamais souffert que des vierges , sous quelque prétexte que ce fût, vécussent avec des ecclésiastiques autres que leurs plus proches parents. On voit par ses plus anciens monuments qu’elle a toujours interdit ces sortes de sociétés. Tertullien, dans son livre sur le Foile des vierges , peint leur état comme un engagement indispensable à vivre éloignées des regards des hommes ; à plus forte raison , à fuir toute cohabitation avec eux. Saint Cyprien, dans une de ses Epîlres assure aux vierges de son temps , que l’Eglise ne pouvoit souffrir non-seulement qu’on les vît loger sous le même toit avec des hommes, mais encore manger à la même table : le même saint évêque instruit qu’un de ses collègues venoit d’excommunier un diacre pour avoir logé plusieurs fois avec une vierge, félicite ce prélat de cette action comme d’un trait digne de la prudence '*ct de la fermeté épiscopale; enfin les Pères du concile de Nicée défendent expressément à tous les ecclésiastiques d’avoir chez eux de ces femmes qu’on appeloit sulintroduclœ, si cen’étoit leur mère , leur sœur , ou leur tante paternelle, à l’égard desquelles, disentils , ce seroit une horreur de penser que des ministres du Seigneur fussent capables de violer les droits de la nature.

Par cette doctrine des Pères,, et par les précautions prises par le concile de Nicée , il est probable que la fréquentation des agapètes et des ecclésiastiques avoit occasionné des désordres et des scandales. C’est ce que semble insinuer saint Jérôme, quand il demande avec une sorte d’indignation : Undô agapetarum pestis in Ecclesiam introivit ?

C’est à celle même fin que saint Jean Chrysoslome, après sa promotion au siège (le Constantinople , écrivit deux petits traités sur le danger de ces sociétés ; et enfin le concile général de Lutran, sous Innocent III, en H39, les abolit cnlifîrcmcnt.

Les prolcslanls cl tous ceux qui ont

AGA

écrit contre le célibat des clercs , ont fait grand bruit des scandales qui naquirent de la fréquentation des agapètes avec lés ecclésiastiques; il semble, à les entendre, que cet abus étoit trèscommun , que les lois de l’Eglise ne furent pas suffisantes pour le déraciner , et qu’il fallut pour cela recourir à l’autorité des empereurs ; ils ont répété vingt fois le mot de saint Jérôme que nous venons de citer.

C’est ainsi que , par des exagérations ridicules , on trompe les lecteurs. 1° Ces déclamateurs ne font pas attention que la fréquentation dont nous parlons avoit lieu avant qu’il y eût une loi générale du célibat pour les ecclésiastiques ; celte loi ne fut pas même portée dans le concile de Nicée , qui défendit aux clercs promus aux ordres sacrés de retenir chez eux des personnes qui ne fussent pas leurs proches parentes ; ce n’est donc pas la loi du célibat qui donna lieu à leur société avec les agapètes, ou femmes sous-in Iroduiies. 2“ Tous les exemples que Ton a pu citer de ce scandale se réduisent à deux ou trois, à celui de Paul de Samosate qui retenoit chez lui deux jeunes personnes et ce fut une des causes de sa déposition; et à deux diacres dont parle saint Cyprien dans ses lettres, et qui furent excommuniés par leur évêque. Ces châtiments exemplaires n’étoient pas fort propres à persuader aux clercs qu’ils pouvoient être scandaleux impunément. Les autres scandales que saint Cyprien reprocfiolt à des vierges ne regardoient pas les ecclésiastiques ; du moins il n’y a rien dans ses expressions qui le témoigne. 3° Quand il ne seroit arrivé dans toute l’Eglise à ce sujet qu’un seul scandale dans cinquante ans, c’en a été assez pour donner lieu aux lois qui ont été faites pour le prévenir, soit par les conciles, soit par les empereurs ; et il ne s’ensuit point pour cela que le désordre ail été commun. Ne sait-on pas que le moindre soupçon formé contre la conduite d’un ecclésiastique connu , suffit pour exciter une grande rumeur et faire parler tout le monde ? l® Lorsque saint Jérôme s’est élevé contre les hérétiques cl leur a reproché leurs

AGG 46 ÂGN

désordres , nos adversaires le regardent comme un déclamateur , et lui refusent toute croyance ; ici , parce qu’il tonne contre les ecclesiastiques de son temps , ils argumentent sur ses expressions comme sur des paroles sacramentelles.

Et voilà comme les protestants et les incrédules , leurs élèves , ont traité l’histoire ecclésiastique ; un seul fait désavantageux au clergé , qu’ils peuvent citer, est pour eux un triomphe; vingt exemples de vertu ne leur paroissent mériter aucune attention.

Le nom d'agapètes fut encore donné , vers l’an 39S , à une secte de gnostiques qui étoit principalement composée de femmes. Celles-ci s’allachoicnl les jeunes gens , en leur enseignant qu’il n’y avoit rien d’impur pour les consciences pures. Une de leurs maximes a étoit de jurer et » de se parjurer sans scrupule , plutôt » que de révéler les secrets de la secte. » On a vu régner le même esprit parmi ï tous les hérétiques débauchés. » Saint Aug.,//Écr. 70.

Il ne faut pas confondre les agapèies avec les diaconesses. Foyez Diaconesse.

AGGÉE , le dixième des douze petits prophètes , naquit pendant la captivité des Juifs à Babylone; et après leur retour, il exhorta vivement Zorobabel, prince de Juda, le grand prêtre Jésus, (ils de Josédech, et tout le peuple, au rétablissement du temple; il leur reproche leur négligence à cet égard , leur promet que Dieu rendra ce second temple plus illustre et plus glorieux que le premier, non par l’abondance de l’or et de l’argent, mais par la présence du Messie. C. 2, 7 etsuiv.

Cette prophétie est formelle; les termes ne peuvent pas être plus clairs.

Encore un peu de temps, et j’ébran- > lerai le ciel , la terre , la mer et tout » l’univers, je mettrai en mouvement » tous les peuples, et le désiré de toutes » les nations viendra. Je remplirai ainsi » de gloire celte maison, dit le Seigneur ' désarmées : l’or et l’argent sont à moi; » mais la gloire de celte maison sera » plus grande que celle de la première , » et je donnerai la paix en ce lieu. »

Le désiré de toutes les nations ne peut pas être un autre que le Messie,

Selon la prophétie de Jacob , il doit rassembler les nations ; selon les promesses faites à Abraham , toutes les nations de la terre doivent être bénies en lui; selon les prédictions d’Isaïe, les nations espéreront en lui, et les îles attendront sa loi, etc. Tacite, Suétone et Josèphe nous apprennent qu’à l’avénement de Jésus-Christ, tout l’Orient étoit persuadé qu’un personnage soMi de la Judée seroit le maître du monde. A la venue du Sauveur , le ciel , la terre , la mer ont été ébranlés par les prodiges qui ont paru ; le concert des anges qui ont annoncé sa naissance , l’étoile qui l’a indiquée aux mages , le ciel ouvert à son baptême , les ténèbres qui ont couvert la Judée à sa mort, son ascension, la descente du Saint-Esprit, ont été autant de prodiges opérés dans le ciel ; il a calmé les tempêtes , et a rempli toute la Judée de ses miracles. Avant sa naissance, les guerres des Juifs contre les rois de Syrie; après sa mort, la conquête de la Judée par les Romains, ont mis tous les peuples en mouvement. Le second temple étoit beaucoup moins riche que le premier; mais il a été sanctifié et honoré par la présence du Messie , qui y a opéré plusieurs miracles, et qui y a prêché l’Evangile de la paix.

Aussi les auteurs du Talmud ont entendu comme nous celte prophétie de l’avénement du Messie. Galalin, 1. 8, c. 9.

AGIOGRAPIIE. Voyez IlAGiOGnAPiiE.

AGNEAU PASCiiL. C’est la victime qu’il est ordonné aux Juifs d’immoler en mémoire de leur sortie miraculeuse de l’Egypte. Voyez Paqüe. Saint Paul dit aux chrétiens que Jésus-Christ a été immolé pour être notre agneau pascal, ou notre Pâque. I. Cor., c. 5 , jîf. 7. L’Eglise répète dans ses prières ce que saint Jcan-Baplistc a dit de Jésus-Christ, qu’il csti'Jgneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde. Joan., c. 1 , ^. 26.

AGNOÈTES, AGNOITES, secte d’hérétiques qui suivoient l’erreur de Théophrone de Cappadoce, lequel allaquoit la science de Dieu sur les choses fu-

AGN ^6 AGA’

liires, présentes et passées. Les eunomiens , ne pouvant souffrir cette erreur , le chassèrent de leur communion , et il se fit chef d’une secte à laquelle on donna le nom à'eunomisphroniens. Socrate, Sozomène et Nicéphore, qui parlent de ces hérétiques , ajoutent qu’ils changèrent aussi la forme du baptême usitée dans l’Eglise, ne baptisant plus au nom de la Trinité , mais au nom de la mort de Jésus-Christ. Celte secte commença sous l’empire de Valens, vers l’an du salut 370.

Agnoïtes ou Agnoêtes , secte d’euty- •chiens dont Thémislius fut l’auteur dans le sixième siècle. Ils soutenoient que Jésus-Christ, en tant qu’homme, ignoroit certaines choses , et particulièrement le jour du jugement dernier.

Ce mot vient du grec à.-po-n-^rti > ignormt, dérivé à'àpoîXj, ignorer.

Eulogius, patriarche d’Alexandrie, qui écrivit contre les agno'ites sur la fin du sixième siècle, attribue cette erreur à quelques solitaires qui habiloient dans le voisinage de Jérusalem, et qui, pour la défendre, alléguoient différents textes du nouveau Testament, entre autres celui de saint Marc, chap. 13, ÿ. 32, que nul homme sur la terre ne sait ni le jour ni l’heure du jugement, ni les anges qui sont dans le ciel , ni même le Fils , mais le Père seul. Les sociniens se servent aussi de ce passage pour attaquer la divinité de Jésus-Christ.

Les théologiens catholiques répondent, 1° que, dans saint Marc, il n’est pas question du jour du jugement dernier , mais du jour auquel Jésus-Christ devoil venir punir la nation juive par l’épée des Romains ; 2" queJésus-Chrisl, même comme homme , n’ignoroit pas le jour du jugement, puisqu'il en avoil prédit l’heure, Luc., c. 17, 31; le lieu ,

jValth., c. 21, j!-. 28; les signes et les Causes, Luc., c. 21 , 23. Mais que par

ces paroles le Sauveur vouloil ré|)rimer la curiosité indiscrète de ses disciples , en leur faisant entendre qu’il n’étoil pas à propos (pi’il leur révélAt ce secret. Sa réponse a le même sens que celle d’un père qui dit à un enfant trop curieux : je n'en sais rien.

Ainsi l’ont entendu saint Basile , saint Augustin , et d’autres Pères de l’Eglise.

En effet, Jésus -Christ dit de luimême , Joan., c. 12 , ^. 49 : « Je ne parle D pas de moi-même , je ne dis que ce t> qui m’a été ordonné par mon Père qui ® m’a envoyé. » Et , Act., c. 1 , y. 7 , il répond à une autre question que lui faisoient ses apôtres : « Ce n’est point à » vous de connoître les temps ni les mo- * ments que le Père lient en sa puisï sance. » Saint Paul dit d’ailleurs qu’en Jésus-Christ sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science. Coloss., c.2,^. 3.

Les agnoèles objecloientencore , aussi bien que les ariens , le passage de I évangile selon saint Luc , c. 2 , ^. 52 , où il est dit que Jésus croissoit en sagesse, en Age et en grâce , devant Dieu et devant les hommes. Les Pères répondoient que cela doit s’entendre tout au plus des apparences extérieures , puisque saint Jean dit dans son évangile , c. 1 , ^. 44: « Nous avons vu sa gloire , telle qu’elle » convient au Fils unique du Père , remï pli de grâce et de vérité , par conséï quent de science et de sagesse. » Pélau , de Incam., 1. 11 , c. 2.

Par celte contestation et par la plupart des autres disputes , il est évident que l’on ne pourvoit jamais terminer aucune question avec les hérétiques , si l’on s’en tenoit à l’Ecriloie toute seule , et qu’il faut nécessairement recourir à la tradition , pour en prendre le vrai sens. Aussi plusieurs protestants sont tombés dans la même erreur que les sociniens touchant la science de Jésus-Christ. Note de Feuardent sur saint Irénée, 1. 2.

AGNÜS DEI , est un nom que l’on donne aux pains de cire empreints de la ligure d’un agneau portant l’étendard de la croix , cl que le pape bénit solennellement le dimanche in albis, après sa consécration , cl ensuile de sept ans en sept ans , pour être distribués au peu|)lc.

L’origiuc de celle cérémonie vient d'une coutume ancienne dans l’Eglise de Rome. On prenoil autrefois, le dimanche ni albis, le reste du cierge pas-

AGN ^i7

cal béni le jour du samedi saint, et on le distribuoit au peuple par morceaux.

Chacun les brûloit dans sa maison, dans les champs , les vignes , etc., comme un préservatif contre les prestiges du démon , et contre les tempêtes et les orages. Cela se pratiquait ainsi hors de Rome ; mais dans la ville , l’archidiacre , au lieu du cierge pascal, prenoit d’autre cire, sur laquelle il versoit de l’huile , en faisoit divers morceaux de ligure d’agneaux, les bénissoit et les distribuoit au peuple. Telle est l’origine des Agnxis Dei, que les papes ont depuis bénis avec plus de cérémonies. Le sacristain les prépare longtemps avant la bénédiction.

Le pape , revêtu de ses habits pontificaux, les trempe dans l’eau bénite, et les bénit après qu’on les en a retirés. On les met dans une boîte qu’un sous-diacre apporte au pape à la messe, après Yagniis Dei, et les lui présente en répétant trois fois ces paroles : Ce sont ici de jeunes agneaux qui vous ont annoncé /’alleluia ; voilà qu’ils viennent à la fontaine, pleins de charité, alléluia. Ensuite le pape les distribue aux cai'dinaux , évêques, prélats, etc.

On croit qu’il n’y a que ceux qui sont dans les ordres sacrés qui puissent les toucher ; c’est pourquoi on les couvre de morceaux d’étofl'e proprement travaillés , pour les donner aux laïcs. Quelques écrivains en rendent plusieurs raisons mystiques , et leur attribuent plusieurs cfl'ets. Foyez l’Ordre romain, Amalarius, Valafrid Strabon, Sirmond dans ses Notes sur Dnnodius, Théophile Raynaud , etc.

Acnus Def , partie de la liturgie de l’Eglise romaine, ou prière de la messe entre le Pater et la communion. C’est l’endroit de la messe où le prêtre , se frappant trois fois la poitrine, répète autant de fois à voix intelligible : Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, pardonnez-nous. C’est une profession de foi de l’universalité de la rédemption, qui est tirée de l’Evangile. Joan., c. -1 , f. 29.

Isaïe avoit déjà dit dans le même .sens, c. 83, ÿ. G : « Nous nous sommes tous » égarés comme des brebis..., et Dieu a

Page 1