‹ Dictionnaire de théologieChapitre 71 sur 170 · AIN 50 AIN · texte numérisé non relu

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Ce sentiment étoit plus vif dans les premiers âges du monde , lorsque chaque famille étoit une petite république isolée. Le cœur étoit moins partagé par la multitude des affections sociales ; les enfants étoient la force et la richesse de leur père. Vainé étoit destiné par la nature à être le chef de famille , si le père venoit à manquer. C’est ce qui rendoit le droit d’afnesse si sacré et si précieux chez les patriarches. Moïse l’avoit conservé en entier par ses lois. Mais à mesure que les peuplades se sont augmentées et civilisées , le pouvoir paternel a diminué , et le droit d’afnesse a perdu son prix ; nous en sommes venus au point de regarder aujourd’hui ce droit comme injuste.

Il faut donc se rapprocher des mœurs antiques pour sentir l’énergie de plusieurs expressions de l’Ecriture sainte.

Dieu promet à David qu’il le rendra Vaîné de tous les rois. Saint Paul nomme Jésus-Christ aîné de toutes les créatures , parce qu’il a été engendré du Père avant la création ; dans l’Apocalypse , il est appelé le Tpremier-né d’entre les morts ^ parce qu’il est le premier qui soit ressuscité par sa propre vertu. Isaïe nomme premiers-nés des pauvres, ceux qui souffrent le plus; dans le livre de Job, primogenita mors signifie la pfus cruelle de toutes les morts.

Il parolt par l’histoire sainte que le droit iï aînesse a été établi dès la création , mais il n’éloit pas inaliénable ; Dieu, pour de bonnes raisons, l’a souvent transporté aux puînés. Ainsi Caïn , fils aîné d’Adam , fut privé de ses droits en punition de son crime , Seth lui fut substitué. Japhet, fils aîné de Noé, fut moins privilégié que Sem ; Isaac fut préféré à Isrnael son aîné, mais qui étoit né d’une étrangère; Jacob acheta le droit d’aînesse de son frère Esaü, il l’ôta à son propre fils Duben, pour le donner à Joseph ; ev en bénissant les deux fils de Joscjih , il accorda la préférence à Ephraïm snrManassé.

'■Nous voyons par le chap. 21, jj-, 12, du Doiitéronomc, que l’aîné avoit une double j)ortion dans l’héritage paternel ; et après la moil du père, il devenoil

le chef, par conséquent le prêtre de sa famille.

Les incrédules ont censuré avec beaucoup d’aigreur la conduite de Jacob , qui profita de la lassitude de son frère pour acheter de lui le droit d'aînesse à trèsvil prix , et qui trompa son père Isaac pour extorquer de lui la bénédiction destinée à l’afne. Nous examinerons ce trait d’histoire au mot Jacob.

Depuis que Dieu eut fait mourir tous les premiers-nés des Egyptiens par l’épée de l’ange exterminateur, et qu’il eut préservé ceux des Israélites , il ordonna que ceux-ci lui fussent offerts et consacrés ; cette loi ne regardoit que les mâles , soit des hommes , soit des animaux. Exod., c. 13. Si le premier enfant d’une femme étoit une fille , le père n’étoit obligé à rien , ni pour cet enfant , ni pour les suivants ; si un homme avoit deux femmes, il étoit obligé d’offrir au Seigneur les premiers-nés de chacune.

En les offrant dans le temple , les parents les rachetoient pour la somme de cinq sicles. Jésus-Christ fut offert et racheté par ses parents comme les autres premiers-nés ; mais il étoit destiné à être lui-même le prix de la rédemption du monde.

Les premiers-nés des animaux purs, tels que le veau , l’agneau , le chevreau , dévoient être offerts dans le temple , immolés en sacrifice, et non rachetés; quant à ceux des animaux impurs qui ne pou voient pas servir de victimes, ils étoient ou rachetés ou tués.

Cette loi étoit un monument irrécusable du miracle opéré en Egypte en faveur des Israélites; elle fut observée d’abord par ceux même qui avoient été témoins oculaires du jjrodige. Auroientils voulu se soumettre à cette loi onéreuse , s’ils n’avoient pas été convaincus par leurs propres yeux de la vérité du fait? Il leur fut ordonné d'instruire soigneusement leurs enfants du sens et du motif de la cérémonie. Exod., c. 13, 11. Ce témoignage, ainsi transmis de génération en génération avec l’observance de la loi , étoit une preuve à laquelle l’incrédulité la plus hardie ne pouvoit rien opposer. Un incrédule

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quelconque voudroit-il ainsi attester, par ses paroles et par son obéissance , un fait public et très-éclatant de la fausseté duquel il seroit intimement convaincu? La conduite des Juifs dans tous les temps démontre qu’ils n’étoient pas plus disposés que les mécréants d’aujourd’hui à croire des choses dont ils n’auroient pas eu la preuve.

ALBANOIS , hérétiques qui troublèrent dans le vu® siècle la paix de l’Eglise, et qui parurent principalement dans l’Albanie, ou dans la partie orientale de la Géorgie. Ils renouvelèrent la plupart des erreurs des manichéens et des autres hérétiques qui avoient vécu depuis plus de trois cents ans. Leur première rêverie consistoit à établir deux principes : l’un bon, père de Jésus-Christ, auteur du bien et du nouveau Testament; et l’autre mauvais, auteur de l’ancien Testament, qu’ils rejetoienten s’inscrivant en faux contre tout ce qu’Abraham et Moïse ont pu dire. Ils ajoutoient que le monde est de toute éternité ; que le Fils de Dieu avoit apporté un corps du ciel ; que les sacrements , à la réserve du baptême, sont des superstitions inutiles; que l’Eglise n’a point le pouvoir d’excommunier, et que l’enfer est un conte fait à plaisir. Pratéole. Gautier, dans sa Chron.

ALBIGEOIS, nom général donné aux hérétiques qui parurent en France dans les xn® et xiii® siècles , et qui furent ainsi nommés, parce qu’ils se multiplièrent non-seulement dans la ville d’Albi , mais encore dans le Bas-Languedoc, dont les habitants sont nommés par les auteurs de ce temps-là Alhigeuses.

Le fond de leur doctrine étoit le manichéisme, mais différemment modifié |)ar les visions des différents chefs qui l’avoient prêché en France, tels que Pierre de Bruis, Henri son disciple, Arnaud de Bresse , etc. : c’est ce qui fit nommer ces sectaires pélrobrusiens , henriciens , amaldisies, ou an\audistes; mais ils portèrent encore plusieurs autres noms tirés de leurs mœurs, dont nous parlerons ci-après. Nous ne devons donc pas être étonnés de ce que les auteurs qui ont exposé leurs erreurs,

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ne les ont pas rapportées uniformément; jamais aucune secte d’hérétiques ne fut constante dans ses opinions; chaque docteur se croit le maître de les entendre et de les arranger comme il lui plaît. Les albigeois éloient un amas confus de sectaires, la plupart très-ignorants et très-peu en état de rendre compte de leur croyance; mais tous se réunissoient à condamner l’usage des sacrements et le culte extérieur de l’Eglise catholique, à vouloir détruire la hiérarchie et changer la discipline établie. C’est à ce titre que les protestants leur ont fait l’honneur de les regarder comme leurs ancêtres.

Alanus , moine de Cîteaux , et Pierre , moine de Vaux-Cernay, qui ont écrit contre eux, leur reprochent, \° d’admettre deux principes ou deux créateurs, l’un bon, l’autre méchant ; le premier , créateur des choses invisibles et spirituelles; le second, créateur des corps , auteur de l’ancien Testament et de la loi judaïque , pour lesquels ces hérétiques n’avoient aucun respect :

voilà le fond de l’ancien manichéisme.

2® De supposer deux Christs, î’un méchant, qui avoit paru sur la terre avec un corps fantastique, qui n’étoit mort et ressuscité qu’en apparence; l’autre bon , mais qui n’avoit pas été vu en ce monde : c’étoit l’erreur de la plupart des gnosliques. 5° De nier la résurrection future de la chair , d’enseigner que nos âmes sent des démons, qui ont été logés dans nos corps en punition des crimes qu’ils avoient commis ; conséquemment ils nioient le purgatoire et l’utilité de la prière pour les morts; ils traitoient même de folie la croyance des catholiques touchant les peines de l’enfer. Ces rêveries sont empruntées de différentes sectes d’hérétiques. 4° De condamner tous les sacrements de l’Eglise , de rejeter le baptême comme inutile, d’avoir en horreur l’eucharistie, de ne pratiquer ni la confession, ni la pénitence, de croire le mariage défendu, ou du moins de regarder la procréation des enfants comme un crime. C’étoit encore l’opinion des manichéens. Enfin ces auteurs rapportent que \gs albigeois délcsloient

les ministres de l’Eglise, ne cessoient de les décrier et de déclamer contre eux ; qu’ils n’avoient aucun respect pour la croix, pour les images, pour les reliques ; qu’ils les détruisoient et les brûloient partout où ils étoient les maîtres.

Ils étoient divisés en deux ordres; savoir , les parfaits et les croyants. Les premiers menoient une vie austère en apparence, vivoient dans la continence, faisoient profession d’avoir en horreur le jurement et le mensonge. Les seconds vivoient comme le reste des hommes , et plusieurs avoient des mœurs très-déréglées; ils croyoient être sauvés par la foi et par l’imposition des mains des parfaits. C’étoit l’ancienne discipline des manichéens.

Le concile d’Albi, que quelques-uns nomment concile de Lombez, tenu l’an 1176, dans lequel les albigeois furent condamnés sous le nom de bonshommes^ et dont les actes sont cités par Fleury, Hist. ecclés., 1. 72, n. 61 , leur attribue les mêmes erreurs d’après leur propre confession. Rainerius , dans l’histoire qu’il a donnée de ces mêmes hérétiques sous le nom de cathares, expose leur croyance à peu près de même. M. Bossuet, Hist. des variai., 1. 9, a cité encore d’autres auteurs qui confirment toutes ces accusations.

A la vérité , la plupart des protestants qui auroient voulu persuader que les albigeois soutcnoient la même doctrine qu’eux , ont accusé les écrivains catholiques d’avoir attribué à ces sectaires des erreurs qu’ils n’avoient pas , afin de les rendre odieux , et dejustilier la rigueur avec laquelle on les a traités. Mosheim , mieux instruit, n’a pas osé faire de même ; il n’a rien dit de leurs dogmes ni de leur conduite, parce qu’il a bien senti qu’il n’étoit pas possible de justifier ni l’un ni l’autre. Hist. ccclc's., xiii'' siècle , deuxième partie , c. 6, § 2 et sui v. i Le nom de bons-hommes leur fui donné d’abord, parce qu’ils afiectoicnl un extérieur simple, régulier et paisible, et ils se donnoient eux-mêmes le nom de cathares, qui signifie purs; mais leur conduite leur en fit bientôt donner d’autres; on les appela pi/)-cs ci pata-

rins, c’est-à-dire, rustres et grossiers» publicains ou poplicains, parce qu’on supposa que les femmes étoient communes entre eux; passagers^ parce qu’ils envoyoient des émissaires et des prédicants de toutes parts pour répandre leur doctrine et faire des prosélytes. ‘ Leur condamnation, prononcée au concile d’Albi, l’an 1176, fut confirmée dans celui de Latran , l’an 1179, et dans d’autres conciles provinciaux; mais la protection que leur accorda Raimond Yi, comte de Toulouse , leur fit méprisep.les censures de l’Eglise, les rendit plus entreprenants , et empêcha le fruit des prédications de saint Dominique et des autres missionnaires que l’on envoya pour les instruire et les convertir. Les violences qu’ils exercèrent , engagèrent les papes à publier une croisade contre eux l’an 1210. Ce ne fut qu’après dixhuit ans de guerres et de massacres, qu’abandonnés par les comtes de Toulouse leurs protecteurs , affoiblis par les victoires de Simon de Montfort, poursuivis dans les tribunaux ecclésiastiques et livrés au bras séculier, les albigeois furent entièrement détruits. Quelquesuns s’échappèrent et se joignirent aux vaudois dans les vallées du Piémont, delà Provence , du Dauphiné et de la Savoie; c’est pour cela que quelques auteurs ont quelquefois confondu ces deux sectes, mais elles étoient très-différentes dans l’origine; les vaudois n’ont jamais été manichéens. Voy. Vaudois.

A la naissance de la prétendue réforme , les uns et les autres cherchèrent à se joindre aux zuingliens , et ils s’unirent enfin aux calvinistes sous le règne de François P''. Fiers de ce nouvel appui , ils se permirent des violences qui attirèrent sur eux l’exécution sanglante de Cabrière et de Mérindol ; depuis ce moment ils ont disparu , et il n’en reste plus que le nom. ♦

La croisade entreprise contre les albigeois, les supplices auxquels on les condamna, l’inquisition que l’on établit contre eux, ont fourni une ample matière de déclamations aux protestants et aux incrédules leurs copistes. Les uns et les autres ont répété cent fois que

cette guerre fut une scène continuelle de barbarie; qu’il y avoit de la démence à vouloir convertir des hérétiques par le fer et par le feu ; que le vrai motif de cette guerre fut l’ambition du comte de Montfort, qui vouloit s’emparer des états du comte de Toulouse, et de la fausse politique de nos rois, qui ont été bien aises d’en partager les dépouilles.

Nous n’avons aucun dessein de justifier les excès qui ont pu être commis de part ou d’autre par des gens armés , pendant une guerre de dix-huit ans ; nous savons assez que dès que l’on a tiré Tépée, l’on se croit tout permis; <iu’un trait de cruauté commis par l’un des deux partis devient un motif ou un prétexte de représailles sanglantes :

c’est ce que l’on a vu dans nos guerres civiles du xvi« siècle ; l’on n’étoit sûrement pas plus modéré au xiii‘'.Nous ne prétendons pas soutenir non plus qu’il €st louable ou permis de poursuivre à feu et à sang des hérétiques , dont la doctrine n’intéresse en rien l’ordre et la tranquillité publique , et dont la conduite est paisible d’ailleurs ; toute la question est de savoir si les albigeois étoient dans ce cas. C’est une discussion dans laquelle nos adversaires n’ont jamais voulu entrer.

i° Enseigner que le mariage ou la procréation des enfants est un crime ; que tout le culte extérieur de l’Eglise catholique est un abus , et qu’il faut le détruire ; que tous les pasteurs sont des loups ravissants, et qu’il faut les exterminer ; est-ce une doctrine qui puisse ctre suivie et réduite en pratique sans que l’ordre et le repos public en souffrent? Les pasteurs de l’Eglise peuventils se croire obligés en conscience de la tolérer? Le comte de Toulouse, quels que fussent ses motifs , étoit-il sage , et avoit-il raison de la protéger ? Nous savons bien qu’à la réserve du premier article les protestants ont été de cet avis ; mais nous appellerons toujours au tribunal du bon sens, de leur décision. Il est fort singulier que les catholiques aient dû tolérer des opinions qui ne Icndoient à rien moins qu’à les faire apo- «tasier cl à les faire blasi)bémer contre

Jésus-Christ , et que les albigeois aient été dispensés de tolérer la doctrine catholique , parce qu’elle ne s’accordoit pas avec la leur.

2“ Quoi qu’en puissent dire les protestants , les albigeois avoient commencé par des insultes , des voies do fait et des violences contre les catholiques et contre le clergé , dès qu’ils s’étoient sentis assez forts. L’an 1147, plus de soixante ans avant la croisade , Pierre le Vénérable , abbé de Cluni , écrivoit aux évêques d’Embrun , de Die et de Gap :

« On a vu , par un crime inouï chez les B chrétiens, rebaptiser les peuples, pro- » faner les églises , renverser les autels , » brûler les croix , fouetter les prêtres , » emprisonner les moines, les contrain- B dre à prendre des femmes par les B menaces et les tourments : b Parlant ensuite à ces hérétiques , il leur dit : ï Après avoir fait un grand bûcher de B croix entassées , vous y avez mis le B feu ; vous y avezfoit cuire delà viande, B et en avez mangé le vendredi saint, B après avoir invité publiquement le B peuple à en manger, b Fleury, llist.

ecclés., 1. 69 , n. 24. C’est pour ces belles expéditions que Pierre de Bruis fut brûlé à Saint-Gilles quelque temps après. Nous aurions peine à les croire , si les protestants n’avoient pas renouvelé ces excès au xvi= siècle.

5“ L’on ne peut pas douter que tous les libertins et les malfaiteurs de ces temps-là , connus sous le nom de routiers, cottereaux et mainades, ne se soient joints aux albigeois dès qu’ils virent que sous prétexte de religion l’on pouvoit piller , violer , brûler et saccager impunément. C’est ainsi qu’à la naissance de la réforme , l’on vit tous les ecclésiastiques libertins , tous les moines dyscoles et déréglés, tous les mauvais sujets de l’Europe, embrasser le calvinisme , alin de satisfaire en liberté leurs passions criminelles. Un huguenot, qui avoit nu ennemi catholique, s’en vengeoit à son aise et avec honneur; les enfants révoltés contre leurs parents les menaçoient d’apostasier -, un paysan, qui en vouloit à son seigneur ou à son curé, pouvoit exercer contre eux toute

sa haine : les prédicants sanclifioient tous les crimes commis par zèle contre le papisme , leurs successeurs les excusent encore aujourd’hui.

4° Avant de sévir contre les albigeois, l’on avoit employé pendant plus de quarante ans les missions , les instructions et toutes les voies que la charité chrétienne pouvoit suggérer. L’on n’en vint aux armes et aux supplices, que quand ces hérétiques intraitables et furieux ne laissèrent plus aucune espérance de conversion. Lorsque saint Bernard alla en Languedoc pour les combattre, l’an 1147, il n’étoit armé que de la parole de Dieu et de ses vertus. L’an 1179 , le concile général de Latran dit anathème contre eux , et il ajouta : « Quant aux D Brabançons , Aragonnois , Navarrois, » Basques , coltereaux et triaverdins, B qui ne respectent ni les églises , ni les B monastères, et n’épargnent ni orphe- » lins ; là ûge , ni sexe , mais pillent et » désolent tout comme des païens , nous

B ordonnons à tous les fidèles, pour

B la rémission de leurs péchés , de s’op- B poser courageusement à ces ravages , B et de défendre les chrétiens contre B ces malheureux, b Can. 27. Voilà le motif de la guerre contre les albigeois clairement exprimé , et c’est pour cela que le légat Henri marcha contre eux avec une armée, l’an 1181. Ce n’étoit donc pas pour les convertir que l’on employoit contre eux la violence , mais pour réprimer leurs ravages.

Les excès auxquels ils s’étoientlivrés, sont prouvés, 1° par la confession même que le comte de Toulouse fit publiquement au légat, l’an 1209, pour obtenir son absolution ; 2" par le vingtième canon du concile d’Avignon tenu la môme année ; 5° par le témoignage des historiens du lcm|)S, témoins oculaires. Que penser des albigeois, lorsque l’on voit le comte de Toulouse , leur protecteur , pousser la barbarie jusqu’à faire étrangler son propre frère, parce qu’il s’étoit réconcilié à l’Eglise catholitiue? Le comte de Foix étoit un monstre encore plus cruel. Hist. de l’L'gl. galL, 1. 10, 1. 29 et 50.

Mosheim a déguisé les faits avec sa

prudence ordinaire ; il dit que toutes les sectes hérétiques du xiii® siècle convenoient unanimement que la religion dominante n’étoit qu’un composé bizarre d’erreurs et de superstitions . l’empire des papes une usurpation , et leur autorité une tyrannie. Ces sectaires, selon lui , ne se bornèrent pas à répandre ces opinions : ils réfutèrent encore les superstitioiB et les impostures du temps par des arguments tirés de l’Ecriture sainte ; ils déclamèrent contre la puissance, les richesses et les vices du clergé, avec un zèle d’autant plus agréable aux princes et aux magistrats civils , que ceux-ci étoient las des usurpations et de la tyrannie des gens d’église. Treizième siècle , 2« part., ch. b , § 2.

En effet , les tisserands , les manouvriers, les laboureurs de la Provence et du Languedoc, étoient des docteurs fort habiles dans l’Ecriture sainte ; au concile d’Albi , l’an 1176, l’évêque de Lodève leur opposa l'Ecriture sainte , et ils furent confondus; les actes en font foi. Leurs seuls arguments etoient les déclamations , les railleries , les insultes , les calomnies, les voies de fait, comme ceux des huguenots. L’on sait d’ailleurs quel usage les manichéens savaient faire de l’Ecriture sainte ; nous le voyons dans les disputes que saint Augustin soutint contre eux.

Quand il serait vrai que la religion dominante au xiii' siècle étoit un amas d’erreurs et de superstitions, celle des albigeois valait encore moins ; puisque c’étoit un chaos de rêveries de deux ou trois sectes différentes. Quand celleci auroit été plus pure , il n’appartenoit pas à de simples particuliers, sans mission, de l’établir, encore moins d’employer la violence, le meurtre, le brigandage , pour en venir à bout. Parce que les protestants ont fait de même, ce n’est pas une raison d’approuver cette étrange manière de réformer l’Eglise.

Si les princes étoient las de la tyrannie des gens d’église, comment ont-ils pu soutenir à main armée les efi'orts que faisaient le pape et les évêques pour réprimer les albigeois?

Nous ne orenJrons pas la peine de

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réfuter les motifs odieux pour lesquels on prétend que nos rois, et surtout saint Louis , sont entrés dans la guerre contre le comte de Toulouse et contre les albigeois. A la vérité , le traité par lequel ce seigneur fit sa paix avec saint Louis , en 1228 , fut très- avantageux à la couronne, puisqu’il y fut stipulé que l’héritière du comte de Toulouse épouseroit un des frères du roi , et , qu’au défaut d’enfants mâles, ce comté reviendroit au roi. Mais lorsque la croisade contre les albigeois fut résolue, dix-huit ans auparavant, on ne pouvoit pas prévoir cette clause , et il nous paroit que le comte de Toulouse dut se tenir fort honoré de cette alliance. Il se révolta quatorze ans après , trait qui ne lui fait pas honneur; mais la victoire de saint Louis à Taillebourg força ce vassal rebelle de se soumettre ; dès lors les albigeois, privés de toute protection , furent aisément détruits.

Basnage, dans son Histoire de l’Eglise, 1. 24, a fait tous ses efforts pour réfuter l’histoire des albigeois tracée par M. Bossuet; voici ce qui résulte de toutes ses recherches.

1 ° Avant que les manichéens répandus dans la Lombardie au xii“ siècle eussent pénétré en France, il y avoit déjà dans nos provinces méridionales des sectateurs de Pierre" et de Henri de Bruis, qui y dogmatisoicnlct y tcnoient des assemblées.Quoiqu’ils n’eussent point les mêmes opinions que les manichéens, ils ne laissèrent pas, lorsque ceux-ci arrivèrent , de se joindre à eux et de faire cause commune avec eux , de même qu’au XIII® siècle ils s’associèrent encore aux vaudois. Telle a toujours été la politique des sectaires, afin de faire nombre et de tenir tète aux catholiques. Par la même raison les vaudois se sont ensuite joints aux cal vinisles, quoiqu’ils n’eussent pas la même croyance.

2® De là même il résulte qu’au xiii® siècle les albigeois étoient un ramas de manichéens, d’ariens, de pétrobrusiens , de henriciens et de vaudois, très-peu d’accord sur le dogme, mais reunis par intérêt et par la haine contre riighse romaine et son clergé; que la

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