‹ Dictionnaire de théologieChapitre 80 sur 170 · AXA · texte numérisé non relu

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l’on conçoit que , selon leurs principes , cet essentiel se réduit à fort peu de chose.

On dit qu’en général leurs mœurs sont douces et pures ; comme plusieurs néanmoins se sont enTicbis par la culture et par le commerce, ils se sont beaucoup relâchés de la morale sévère de leurs ancêtres , et ils ne se font plus de scrupule de jouir des commodités de la vie. Il y en a dans plusieurs parties de l’Allemagne, un très-grand nombre en Hollande, et plusieurs en Angleterre, où ils sont appelés baptistes. Quoique leur doctrine ressemble beaucoup à celle des quakers, ils ne fraternisent cependant pas ensemble.

Mosbeim , qui a donné l’histoire des anabaptistes et des mennonites, a fait son possible pour répandre de l’obscurité sur l’origine de cette secte ; il ne veut pas avouer que ces deux premiers fondateurs étoient deux disciples de Luther ; il a rougi sans doute de cette postérité du luthéranisme. Ilist. ecclésiast. du seizième siècle , sect. 3, 2= part., c. 3.

Mais comment méconnoître une généalogie aussi claire? C’est Luther qui a ouvert la voie à Muncer et à Storck, par son livre de la liberté chrétienne , par ses déclamations fougueuses contre les pasteurs de l’Eglise, contre les puissances séculières qui les soutenoient, contre l’autorité et les revenus du clergé ; par le principe qu’il a établi, que la seule règle de notre foi est le texte de l’Ecriture sainte, entendu scion le sens de chaque particulier, et que Dieu donne à tous la grâce ou l’inspiration nécessaire pour le bien enteudre. Avec de pareilles armes, le fanatisme peut -il être arrêté par quehiu’iinc des barrières que l’on v'oudroit lui opposer?

Mosbeim ne dissimule aucun des excès ni des crimes que se permirent les chefs des anabaptistes de Westpbalic; il avoue que l’on ne pouvoil pas se dispenser d’employer contre eux les armes et les supplices : la bonne foi sembloit exiger qu’il rccounùt de même la première cause de tout le sang qui a été répandu. Il étoit fort inutile de remonter aux vaudois, aux pétrobrusiens, aux wiclélites, aux bussites, pour en faire

descendre les ayiabapiistes ; leur vrai père est l ulher ; il n’a pas pu méconnoîlre en eux son ouvrage; il a lâché vainement d’éteindre un feu qu’il avoit allumé lui-même.

Mosheim ne paroît pas avoir trop bonne opinion des mennonites , même tels qu’ils sont aujourd’hui; il prétend que , dans leurs différentes confessions de foi, les articles qui regardent l’autorité des magistrats et l’ordre de la société ci\ile , sont proposés avec beaucoup plus d’adresse que de sincérité, sous des termes captieux qui font disparoître ce que ces articles peuvent avoir de choquant ; ces confessions , selon lui , sont plutôt des apologies que des déclarations naïves de ce que chacun doit croire.

Jbid., § dS eH3. Cependant il observe que les mennonites exposent la plupart des articles de leur croyance dans les propres termes de l’Ecriture sainte. Comment celte Ecriture , qui est si claire , au jugement dos protestants, peut- elle fournir à tous les hérétiques des termes captieux pour envelopper et dissimuler leur vraie foi? Voilà ce que nous ne concevons pas.

Il y auroit bien d’autres observations à faire sur l’embarras dans lequel se IrouA'enl les protestants , lorsqu’ils ont a traiter avec les différentes sectes qui sont sorties de leur sein.

l.es incrédules qui ont vanté la douceur, la régularité, la simplicité des mœurs actuelles des mennonites, afin de rendre odieuses les rigueurs que l’on a exercées contre leurs pères en Westphalic , et les édits sanglants que Charles- Qiiint fil publier contre eux , ont montré bien peu de bonne foi dans leurs déclamations. Qu’avoicnl de commun les mœurs et la conduite des anabaptistes séditieux et sanguinaires, avec celles des mennonites , tels qu’on nous les peint aujourd’hui? I^s édits furent publiés elles exécutions furent faites immédiatement après les ravages que les premiers avoient commis à main armée à Munster <r. dans la Westphalic. Si leurs descendants les imitoient, ilsmérilcroienld’êlre traités de même. 11 a fallu toutes ces rigueurs pour fîüre cesser le fanatisme

destructeur dont la secte étoit animée pour lors. S’il y a quelque chose d’odieux dans ce procédé , il doit retomber tout entier sur les premiers auteurs du mal. Les anabaptistes avoient exercé leur fureur , non-seulement en Allemagne , mais en Suisse, en Flandre et dans la Hollande : les protestants sévirent contre eux avec autant de violence pour le moins que les catholiques ; ils n’ont été tolérés que depuis qu’ils sont devenus paisibles.

Si nous en croyons Jfosheim , il s’en faut beaucoup que la tolérance soit l’esprit général des mennonites, ou des anabaptistes modernes. En Angleterre, sous le règne de Cromwel , ils eurent des chefs qui n’étoient rien moins que modérés ; aujourd’hui même ils sont divisés en deux sectes principales , savoir : celle des anabaptistes grossiers ou modérés, qui , à proprement parier , n’ont aucune croyance fixe et qui n'' se font aucun scrupule de fraterniser ' avec les sociniens; et celle des anabaptistes rigides, ou mennonites proprement dits, qui font profession de retenir la doctrine de Menno, et de ne s’en écarter en rien.

Ceux-ci exercent l’excommunication la plus rigoureuse non -seulement contre tous les pécheurs publics , mais encore contre tous ceux qui s’éloignent de la simplicité des manières de leurs ancêtres ; ils font profession de mépriser les sciences humaines , etc. On ne peut pas pousser l’intolérance plus loin , puisque parmi eux un excommunié ne peut plus espérer aucune marque d’aft’ection ni aucun secours de son épouse , de ses enfants, ni de ses parents les plus proches.

Il est bon de savoir que les sociniens , chassés de Pologne , profilèrent de la tolérance accordée aux mennonites en Hollande, pour s’y introduire et s’y établir sous ce nom. Ainsi , la plupart des hommes lettrés qui prenoient en Hollande et ailleurs le nom de mennonites , sont de vrais sociniens ; c’est ce qui a rendu cette secte si nombreuse, et qui lui a valu la protection de nos incrédules modernes. Mosheim , llisi. ecclés., du dixseptième siècle, sect. 2, ii' part., chap .fi; Ilisi. du Socin. i" p., c. 1 8 cl suiv.

homme retiré du monde par motif de religion , qui vit seul , afin de ne s’occuper que de Dieu et de son salut. Ce mot vient du grec xja.xuptr-j , se retirer , de meme que ermite est dérivé d’e>>j,uo5 , solitude, lieu désert. Dans l’origine, on a encore donné aux solitaires le nom de moines , tiré de /;ioyo;, seul, isolé.

Ce genre de vie a toujours été connu dans l’Orient. Saint Paul , Ilebr., c. , f. 38, dit que les prophètes ont erré dans les déserts et sur les montagnes ; qu’ils ont demeuré dans les antres et les cavernes de la terre. Saint Jean-Baptiste , dès son enfance , se retira dans le désert et y vécut jusqu’à l’âge de trente ans ; Jésus-Christ lui-même fit l’éloge de sa vie austère et de ses vertus. Matlli., c. 11 , f. 7. Mais saint Paul deThèbesen Egypte est regardé comme le premier ermite ou anachorète du christianisme.

Il se retira dans le désert de la Thébaïde l’an 230 , pendant la persécution de Dèce et de Valérien ; bientôt il y fut suivi par saint Antoine et par d’autres qui voulurent mener le môme genre de vie. Plusieurs se réunirent ensuite pour vivre en commun, et furent nommés cénobites.

Cet exemple fut meme suivi par les femmes : quelques-unes s’enfoncèrent dans les déserts pour faire pénitence et pour éviter les dangers du siècle , d’autres se renfermèrent dans des cloîtres ■pour y vivre ensemble sous une même règle. Telle a été l’origine de l’état monastique. Foyez Moike , Cékobite , Re- LiciELSE , etc.

Sur la fin du quatrième siècle, la vie érémitique passa de l’Egypte en Italie , et bientôt ajirès dans les Gaules ; on y vit des anachorètes et des cénobites. L’irruption des Barbares, arrivée au commencement du cinquième siècle, contribuaàlcs multiplier; pour SC soustraire au brigandage, un grand nombre d’hommes se retirèrent dans des lieux déserts; jiliisicurs guerriers , tourmentés par des remords et par la crainte de retomber dans de nouveaux désordres, allèrcnl expier leurs crimes dans la solitude : on admira leur courage et leur vertu. Les mêmes raisons qui faisoient augmenter

le nombre des monastères, servirent aussi à multiplier les ermites ou anachorètes, et le goût pour ce genre de vie s’cstconservéjusqu’à nous ; de làlegrand nombre d’ermitages que l’on voit d’un bout du royaume à l’autre. Mais les supérieurs ecclésiastiques ont reconnu depuis longtemps qu’il étoit mieux de réunir plusieurs ermites dans une même habitation , que de les laisser vivre absolument seuls.

Cette manière de vivre singulière ne pouvoit manquer d’exciter la bile des ennemis de la religion; aussi a-t-elle été blâmée avec autant d’aigreur par les protestants que par les incrédules. Ils en ont censuré l’origine, les motifs, les pratiques ; ils en ont relevé les inconvénients et les pernicieuses conséquences.

Le Clerc, Mosheim, Brucker et la foule des protestants ont déclamé à l’envi sur ce sujet ; et nos philosophes moutonniers ont enchéri encore sur leurs invectives.

Les uns ont dit que le goût pour la vie solitaire étoit, dans l’Orient et surtout en Egypte, un vice du climat, un effet de la mélancolie et de la paresse que la chaleur inspire ; d’autres ont jugé qu’il a été augmenté chez les chrétiens parles notions de la philosophie de Pythagore et de Platon , selon lesquelles on croyoit que plus l’âme se détachoit du corps et des sens , plus elle s’approchoit de Dieu. Quelques-uns ont deviné que, dans les premiers siècles du christianisme, on renonçoit au monde parce que l’on croyoit qu’il alloit finir. Presque tous ont décidé que l’estime pour la vie austère est née d’une notion fausse et absurde de la Divinité. Les chrétiens, disent-ils, se sont persuadés que Dieu , non content d’exiger le sang de son Fils pour apaiser sa justice, se plaisoit encore aux tourments de scs créatures.

A toutes CCS réflexions il ne manque que du bon sens. Si tous ces savants disscrtatcurs avoient passé la plus grande partie de leur vie à la campagne, et loin du tumulte des villes, ils auroient éprouvé par eux-mêmes que l’on contracte très-aisément le goût de la solitude absolue, sans penser à la fin du monde , sans connoître la philosophie de

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