‹ Dictionnaire de théologieChapitre 81 sur 170 · ANA 97 AM · texte numérisé non relu

ANA 97 AM

Pythagore , et sans avoir des notions absurdes de la Divinité. Uncpreuve qu’il ne vient point du climat, c’est qu’il a été pour le moins aussi commun et aussi vif dans les contrées du Nord que dans les régions du Midi. Mais bornons-nous à des considérations religieuses.

Il est fâcheux d’abord que les protestants aient condamné avec tant de hauteur un genre de vie que Jésus-Christ a daigné louer dans son saint précurseur, et que saint Paul a proposé pour modèle dans les prophètes. Dirons-nous des uns ou des autres ce que Mosheim a osé dire de saint Paul , premier ermite , que retiré dans le désert, il mena une vie plus digne d’une brute que d’un homme; Jlist. eccle's. dit troisième siècle, ii® part., c. 3, § 3? Ou penserons- nous qu’Elie, les autres prophètes et saint Jean-Baptiste avoient puisé le goût de la solitude dans les écrits de Pytliagore ou de Platon , dans la crainte de la fin du monde , etc.? Voilà comme les protestants respectent l’Ecriture sainte.

Vn second lieu , nous les défions de faire contre les solitaires aucun reproche qui n'ait été fait aux premiers chrétiens par les païens. Nous voyons, par l’^pologétique de Tertullien , que ceux-ci appeloient les chrétiens insensés , hommes inutiles au monde , misanthropes ou ennemis du genre humain ; on tournoit en ridicule leur air austère et pénitent, leur goût pour la solitude , la société particulière qu’ils formoiententr’eux, etc. Les protestants semblent n’avoir fait que copier tous ces sarcasmes en faisant la satire des moines et des anachorètes.

Aussi les incrédules n’ont pas manqué détourner, contre le christianisme même, la censure que les protestants ont faite de 1a vie monastique ou érémitique. Ils disent que les maximes de l’Evangile tendent à séparer l’homme d’avec ses semblables, et à le détacher absolument du monde; que c’étoit déjà la morale des esséniens et des» thérapeutes, et que Jésus -Christ avoit puisé sa doctrine I parmi eux. Ils soutiennent que les premiers chrétiens furent de vrais moines, puisque saint Antoine ne prétendit faire ' autre chose que suivre l’Evangile à la

lettre; d’où ils concluent que la morale évangélique n’est faite que pour des moines. En effet, « saint Antoine, dit => -M. Fleury , saint Ililarion, saint Paa corne, et les autres qui les imitèrent, a ne prétendirent pas introduire une a nouveauté ou renchérir sur la vertu de a leurs pères; ils voulurent seulement a conserver la tradition de la pratique a exacte de l’Evangile qu’ils voyoient se a relâcher de jour en jour. Ils se propoa soient toujours pour modèles les asa cètes ou chrétiens fervents qui les a avoient précédés, a Mœurs des Chrét., § 32. Bingham lui-même, quoique protestant, avoue qu’à l’exception de la solitude absolue, la vie des ascè/es étoit la même que celle des anachorètes et des moines. Orig. ecclésiast., 1. 7, c. 1.

Foyez Asciïtks.

Nous prions les protestants de vouloir bien justifier, contre la censure des incrédules, les premiers chrétiens formés par les leçons de Jésus-Christ et des apôtres; ce qu’ils diront nous servira de même à faire l’apologie des solitaires qui ont renoncé au monde. Mais ils n’en feront rien ; peu leur importe de livrer le christianisme au mépris des incrédules , pourvu qu’ils satisfassent leur propre haine contre l’Eglise romaine.

On ne sait que penser , quand on lit leurs lamentations sur la multitude des erreurs qu’a fait naître dans l’Eglise la philosophie de Pythagore et de Platon : De là est née, disent-ils, celte folle idée que l’on pouvoit mener une vie plus sainte que celle de Jésus-Christ et des apôtres, et pratiquer des vertus plus parfaites que celles qui sont commandées dans l’Evangile ; de là l’estime insensée pour les austérités corporelles, pour l’abstinence et le jeûne, pour le célibat et la virginité; de là la condamnation des secondes noces, le mépris pour l’état du mariage, etc. Brucker, Hist. Philos., tome 3, p. 3G3. On croit entendre raisonner des déistes ou des épicuriens. En parlant de ces différents articles de la discipline chrétienne, nous leur ferons voir que tous sont fondés sur l’Ecriture sainte, sur les leçons formelles de Jésus-Christ et des apôtres , et

nous les mettrons à couvert de leur folle censure. 11 s'ensuit déjà que les platoniciens et les pythagoriciens , qui ont fait cas de toutes ces pratiques , étoient plus raisonnables que les protestants et les incrédules modernes.

- Ajoutons que la vie des solitaires de la Thébaïde, qui nous paroît si terrible, étoit à peu près la même que celle des pauvres et du peuple en Egypte. Selon le récit des voyageurs, le seul habit des deux sexes est une chemise ou un morceau de toile , et les jeunes gens , jusqu’à l’âge de quinze ou seize ans , sont absolument nus. Tous couchent sur la dure, dans la rue , ou sur les toits des maisons, et avec deux poignées de riz un homme peut vivre pendant vingt-quatre heures, sans avoir besoin d’autre nourriture. Il en est de même dans les Indes ; et telle y fut toujours la vie des brachmanes, ou des philosophes de ce pays-là. Mais des épicuriens septentrionaux sont effrayés de ce genre de vie : gâtés par un luxe désordonné, ils regardent les austérités comme un suicide lent et comme une folie , ils s’emportent contre les anachorètes , parce que ceux-ci étoient plus robustes et plus sobres qu’eux.

Ecoutons néanmoins leurs déclamations. Si saint Paul, disent-ils , et saint Pacome ont bien fait de renoncer au monde , et de se retirer dans les déserts , tout homme qui fera comme eux sera aussi louable qu’eux; il faudra donc rompre toute société avec nos semblables, et vivre comme les animaux .sauvages , pour être chrétiens parfaits. Dès que Dieu a créé l’homme pour la société , il est absurde d’imaginer un état plus saint et plus respectable que l’état social , ou des devoirs plus sacrés que ceux du sang et de la nature. Se détacher du monde et s’en séparer , c’est dans le fond renoncer à l’humanité et se soustraire à l’ordre général de la Providence, se rendre inutile aux autres; c’est un travers, un attentat punissable; il ne peut venir (pic d’un fonds de misanthropie, de paresse ou de vanité : le canoniser et l’ériger en vertu , c’est un trait de démence.

Jiéponse. Si les anachorètes , en chcr-

chant la solitude, avoient manqué aux devoirs du ^ang et de la nature , violé les engagements d’homme et de citoyen, résisté à l’ordre de la Providence, nous avouons qu’ils n’auroient été ni saints ni louables. Mais c’est à leurs détracteurs de prouver, 1® qu’ils ont abandonné leurs parents et leur famille dans des circonstances où elle pouvoit avoir besoin de leurs secours ; 2“ qu’ils n’avoient pas reçu de la nature un goût décidé pour la retraite, pour la prière, pour un travail auquel ils pouvoient vaquer seuls ; 3° qu’il n’y avoit aucun danger pour eux à demeurer dans le monde ; 4° qu’ils n’ont été d’aucune utihté pour leurs semblables. Autrement , nous soutenons qu’ils n’ont manqué ni à la nature qui les portoit au genre de vie qu’ils ont embrassé, ni à leurs parents qui pouvoient se passer d’eux, ni à leurs concitoyens auxquels leur retraite ne portoit aucun préjudice, ni aux emplois publics pour lesquels ils ne se sentoient pas faits, ni à la voix de Dieu, puisqu’au contraire ils croyaient lui obéir. Avant de conclure que tout homme fera bien de les imiter , il faut savoir si tout homme est dans les mêmes circonstances qu’eux.

Mais si tout homme prenait ce parti , que deviendrait la société? Folle supposition. Dieu y a pourvu ; il a tellement varié les goûts , les caractères , les talents, les besoins des hommes, qu’il est impossible que tous embrassent le même état de vie, dès qu’ils seront les mailres do choisir. C’est pour cela que toutes le» conditions se trouvent toujours à peu près également remplies, et (pi'aucune ne demeure vacante : le choix que font les solitaires, loin de gêner celui des autres, leur laisse une place de plus.

Il n’est donc pas vrai qu’ils aillent contre l’ordre de la Providence, puisque la Providence veut que chacun clioisisse l’état qui lui convient le mieux ; ni contre le bien de la société, puisqu’elle est intéressée à ce que personne ne soit gêné dans son choix; ni contre le droit de leurs semblables, puisque ceux-ci u’en reçoivent aucun préjudice : les sôlitaires nuisent moins au public que le»

honnêtes fainéants , qui surchargent la société du poids et de l’ennui de leur oisiveté.

Il n’est pas vrai non plus qu’ils soient inutiles au monde. Dans les temps de calamité , de dévastation ou de contagion, lorsque la religion s’est trouvée en danger, lorsque les peuples ont manqué de secours spirituels, lorsque le clergé séculier a été à peu près anéanti , on a vu les solitaires quitter leur retraite, accourir au secours de leurs frères, exercer la charité d’une manière héroïque ; souvent les rois sont allés les chercher au désert pour leur confier les affaires les plus importantes. Ceux de la Thébaïde travailloient , non-seulement pour se procurer la subsistance, mais encore pour aider les pauvres du prix de leur travail. D’ailleurs, plus les hommes sont vicieux , plus les mœurs publiques sont corrompues, plus il est utile et nécessaire de leur donner des exemples de frugalité, de désintéressement, de mortification , de patience , de piété , de soumission à Dieu , de mépris des choses de ce monde. Quoique l’on puisse en dire, les solitaires l’ont fait dans tous les temps, et les peuples ne les ont respectés qu’autant qu’ils le méritoient par leurs vertus.

Un homme , fatigué du tumulte de la société, rebuté par les vices de ses semblables , dégoûté des objets qui excitent les passions, n’a-t-il pas droit d’aller chercher dans la solitude la paix , le repos, l’innocence, la liberté, le calme de la conscience ? Celui qui fuit le danger de la corruption, qui s’occupe à prier, à méditer, à travailler; qui s’accoutume a retrancher à la nature tout ce dont elle peut se passer , n’est-il pas louable? Il donne aux autres une grande leçon , savoir, que l’on peut trouver avec Dieu un repos, des consolations, un bonheur, que le monde ne peut pas donner.

ANACOGIE, ANAGOGIQUE. Voyez

ECRITCnE SAINTE, § 3.

ANALYSE DE LA FOL Voyez Foi.

ANAMÉLECH. Voyez Samaritain.

ANANIE etSAPIIlHE. Ces deux époux firent frappés de mort à la parole de saint Pierre, pour avoir menti au Saint-

Esprit. Act., c. 5, ÿ. 3. Les censeurs de la révélation n’ont pas manqué d’observer qu’un simple mensonge n’étoit pas un crime assez grave pour mériter la peine de mort; que saint Pierre agit dans cette circonstance avec une cruauté peu digne d’un apôtre.

Si cette observation étoit juste, ce seroit à Dieu même qu’il faudroit s’en prendre : la parole de saint Pierre n’a certainement pas eu par elle-même la force de faire mourir subitement deux personnes; il faut donc que Dieu les ait punies lui-même. Mais il est faux que le crime à'Ananie et de Saphire a.\l été un simple mensonge. Comme les fidèles de Jérusalem avoient mis leurs biens en commun , personne n’avoil droit de subsister aux dépens de cette communauté, que ceux qui s’étoient réellement dépouillés de leurs possessions. Ananie et Saphire, après avoir vendu un champ, donnèrent une partie du prix et gardèrent le reste ; c’étoit une fraude : il falloit un exemple de sévérité pour prévenir cet abus. Act., c. 4,^. 34 et3S.

D’ailleurs, selon le sentiment de plusieurs Pères de l’Eglise, Dieu punit ces deux époux en ce monde pour leur faire miséricorde en l’autre; ainsi en ont jugé Origène, tom. 5, in Malth., n. 15; saint Augustin, liv. 3, contra Epiât, ad Parmen., c. i, n. 3, Serm.

148, n.l; saint Jérôme, Epist. 8, ad Demet., et d’autres. Ils se sont fondés sur les paroles de saint Paul. i. Cor., c. 11, 30: a Lorsque Dieu nous juge,

® il nous corrige, afin que nous ne » soyons pas damnés avec ce monde. > A la vérité, il y en a aussi quelques-uns qui craignent que ces deux coupables n’aient été damnés ; mais ils supposent dans le mensonge dont il est ici question , des circonstances et des motifs qui ne sont ni certains ni approuvés par l’Ecriture sainte.

ANATHÈME. Ce mot, tiré du grec àvâfle/*a, signifie, à la lettre, placé en haut : l’on nommoit ainsi les offrandes faites à la Divinité, et que l’on suspenpendoit à la voûte ou aux murs des temples pour les exposer à la vue; de là anathème a signifié chose consacrée.

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