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Comme l’on exposoLt aussi des objets odieux, la tête d’un coupable ou d’un ennemi, ses armes, ses dépouilles, anathème a exprimé chose exécrée ou exécrable, dévouée à la haine publique ou à la destruction ; et ce dernier sens est devenu plus commun.
Ainsi l’Eglise dit anathème aux hérétiques , à ceux qui corrompent la pureté de la foi ; plusieurs décrets ou canons des conciles sont conçus en ces termes : Si quelqu’un dit ou soutient telle erreur, qu’il soit anathème, c’està-dire , qu’il soit retranché de la communion des fidèles, qu’il soit regardé comme un homme hors de la voie du salut et en état de damnation; qu’aucun fidèle n’ait de commerce avec lui.
C’est ce que l’on nomme anathème judiciaire; il ne peut être prononcé que par un supérieur qui ait autorité et juridiction , par un concile , par le pape , par un évêque.
Lorsqu’un hérétique veut se convertir et se réconcilier à l’Eglise , on l’oblige de dire anathème à ses erreurs, c’est-à-dire, de les abjurer et d’y renoncer.
Saint Paul dit. Rom., c. 9, 5: « Je
T> désirois moi-même d’être anathème » de la part de Jésus-Christ pour mes » frères, qui sont nos parents selon la » chair. » Parmi les interprètes , les uns pensent que dans ce passage anathème signifie être maudit ou réprouvé par Jésus-Christ; les autres soutiennent qu’il faut entendre : Je souliailois d’être mis (t part, et dévoué par Jésus-Christ au salut de mes frères.
Nous trouvons, dans l’ancien Testament, des exemples de cette double signification : il est dit que Judith oITrit au Seigneur les armes d’IIolopherne pour anathème d’oubli, ou pour monument contre l’oubli. Judith, c. 16, f. 23.
Moïse veut que l’on dévoue à l’anctthème ou à la destruction les villes des Chananéens qui ne se rendront pas aux Israélites, et ceux qui adoreront les faux dieux, üeut., c. 9, f. 26; Exod., c. 22, 19. Le peuple assemblé à Mas-
pha, dévoua à ['anathème quiconque ne prendroit pas les armes contre les ben-
jamites, pour venger l’outrage fait à la femme d’un lévite. Jud., c. 19 et 21.
Saül prononça l'anathème contre quiconque mangeroit quelque chose avant le coucher du soleil, dans la poursuite des Philistins. /. Reg., c. 14, 2L Alors l'anathème est exprimé par le mot cherem, dévastation , destruction.
Quiconque s’y trouvoit enveloppé devoit être mis à mort.
De là quelques censeurs de l’Ecrituie ont conclu que les Hébreux offroient à Dieu des sacrifices de sang humain.
Selon leur opinion, il est dit, Lévit., c. 27 , f. 28 et 29 : a Tout ce qu’un » possesseur a voué à l'anathème , soit » homme, soit animal, soit pièce do J) terre , sera consacré au Seigneur , no » pourra être racheté, mais sera mis à » mort. » Nous soutenons que cette ver sion est fautive. 1° Il est absurde d’ordonner qu’une pièce de terre , ou ce qui en provient, soit mis à mort. 2“ Il y auroit contradiction entre cette loi et celle du f. 2 de ce même chapitre, où il est dit que toute personne vouée au Seigneur sera rachetée. 5“ Dans le Deutéronome, c. 12, f. 50, il est sévèrement défendu d’offrir aucun sacrifice de sang humain , et il n’y en a aucun exemple certain dans l’Ecriture. 4° Cherem signifie constamment l'anathème prononcé et exécuté contre les ennemis de l’état; il y auroit eu de la folie à un Israélite de le prononcer contre ce qu’i!
possédoit, pendant qu’il pouvoit en faire un don ou une oblation au Seigneur.
Il faut donc traduire ainsi à la lettre : <t Tout anathème qu’un homme aura B juré au Seigneur, hors de ce qu’il pos- B sède, en hommes, en animaux, en B terres qui lui appartiennent, ne sera B ni vendu ni racheté; parce que tout B anathème est sacré devant le Seigneur. B Tout anathème ainsi juré, ne sera B point racheté , mais mis à mort, b Dieu pcrmetloit à un homme de racheter ce u’il avoit voué cl qui lui appartenoit, mais non de racheter ce qui étoit aux ennemis cl ne lui appartenoit pas. Il est certain que la préposition mi ou min du texte hébreu, que l’on traduit ordinairement par de ou ex, signifie aussi hor-
«nis^ excepté. Voy. Glassii Philolog.
Sacra, col. 1158, 1159, 1166.
ANCIEN. Le gouvernement le plus naturel et le plus sage est celui des anciens. Chez les patriarches , toute l’autorité ctoit entre les mains des chefs de famille. Moïse, par le conseil de Jéthro , en choisit un nombre dans chaque tribu pour rendre la justice et faire observer la pobce parmi le peuple. Exod., c. 18,
18 et suiv. Chez les Romains, le sénat étoit L’assemblée des vieillards, senes. Les apôtres établirent cette forme de gouvernement pour maintenir l’ordre dans l’Eglise de Dieu. Saint Paul, qui ne pouYoit pas aller à Ephèse, fait venir les anciens de celte Eglise, et leur dit: a Ayez attention sur vous-mêmes et sur s tout le troupeau dont le Saint-Esprit » vous a établis surveillants, pour gou- » verner l’Eglise de Dieu qu’il s’est ac- » quisepar son sang, b Acl., c. 20, ^.17, 28. Les apôtres délibèrent avec les anciens au concile de Jérusalem, et décident ensemble, c. 15, f. 6, 22, 23, 41. Saint Jean , qui a représenté dans l’Apocalypse l’ordre des assemblées chrétiennes ou de l’ollîce divin , place le président sur un trône , et vingt-quatre vieillards sur des sièges autour de lui. Apoc., c. 4 et 5. Ces anciens ont été nommés prêtres, -rtpsièj-repoi , vieillards; le président, éüégue, éniaxonos , surveillai f. Ainsi s’est formée la hiérarchie.
Il ne s’ensuit pas de là que le gouvernement de l’Eglise, dans son origine, a été purement démocratique , comme le soutiennent les calvinistes; que les évêques ne' dévoient et ne pouvoienl rien décider sans avoir pris l’avis des anciens. Nous voyons, par les lettres de saint Paul à Timothée et üTite, qu’il leur attribue l’autorité elle pouvoir de gouverner leur troupeau , sans être obligés de consulter l’assemblée, si ce n’est dans les circonstances où il étoit besoin de témoignages. Foyez Evêque, IIiérah-
CIIIE.
ANDRE ( saint), apôtre, frère de saint Pierre, né à Dethsaïde, fut disciple de sainiJean-Raptiste , et ensuite de Jésus- Christ. On croit communément qu’après la descente du Saint-Esprit il prêcha l’E-
vangile en Achaïe , et fut martyrisé à Patras. Il ne reste aucun écrit de ce saint apôtre; les actes de son martyre, écrits sous le nom des prêtres d’Achaïe , sont contestés par les savants. Tillemont, dans ses Mémoires sur l’IIist. eccl., lom. I , p. 520, les regarde comme apocryphes; le P. Alexandre, Ilist. ecclés., tom. I, soutient qu’ils sont authentiques. M. Woog, professeur d’histoire et d’antiquités à Leipsick, a suivi le même sentiment dans de savantes dissertations qu’il a publiées en i 748 et i 751 . Ce n’est point à nous à terminer cette contestation.
Les Moscovites sont persuadés que saint André a porté l’Evangile dans leur pays. Comme plusieurs anciens disent que cet apôtre a prêché dans la Scythie, si on doit l’entendre de la Scythie européenne, cette tradition seroit favorable à l’opinion des Moscovites ; mais il n’y a rien de certain sur tout cela. Fabricius, Salut, lux Evang., etc., p. 98.
Cette incertitude, dans laquelle la plupart des apôtres nous ont laissés touchant le )ieu, la durée et le succès de leurs travaux, démontre qu’ils n’agissoient ni par intérêt ni par vanité : des prédicateurs jaloux de leur gloire , ou conduits par quelque motif humain, auroient pris plus de soin de laisser des monuments de leurs actions.
ANGE , substance spirituelle , intelligente, la première en dignité entre les créatures.
Ce mot est formé du grec ây/s^o; , qui signifie messager ou envoyé; et c’est, disent les théologiens, une dénomination , non de nature , mais d’oflice , prise du ministère qu’exercent les anges, et qui consiste à porter les ordres de Dieu , ou à révéler aux hommes ses volontés.
C’est l’idée qu’en donne saint Paul, Ilebr., c. I , y. 14 : « Tous les anges ne » sont-ils pas des esprits chargés d’une » administration , et envoyés pour l’uti- » lité de ceux qui ont part à Thé, ri tage du » salut? » ( N' Vil , p. 502 . ) C’est par la même raison que ce nom est quelquefois donné aux hommes dans l’Ecriture :
comme aux prêtres dans le prophète Malachie, c. 11 ; par saint Mallhicu à saint
Jean-Baptiste, c. H , 10; et par saint
Jean, dans l’Apocalypse, aux évêques de plusieurs Eglises.
Selon les Septante , le Messie est appelé dans Isaïe , c. 9 , . 6 , Vange du grand conseil, nom qui exprime son ministère et non sa nature; il en est de même de l’hébreu, melec, ange ou envoyé. Cependant , l’usage a prévalu d’attacher à ce terme l’idée d’une nature incorporelle, intelligente, supérieure à l’ûme de l’homme, mais créée et inférieure à Dieu.
Quoique l’existence des anges ne puisse se prouver par la raison , toutes les religions l’ont admise en vertu dé la révélation. A l’exception des saducéens , les Juifs la croyaient, même les samaritains et les caraïtes , selon le témoignage d’Abusaïd, auteur d’une, version arabe du Penlateuque, et selon le commentaire d’Aaron , juif caraïte , sur le même livre ; ouvrages qui sont en manuscrit dans la bibliothèque du roi.
Les chrétiens ont suivi la même doctrine ; mais les Pères ont été partagés sur la nature des anges. Les uns, comme Tertullien , Origène, saint Clément d’Alexandrie, etc., ont cru qu’ils étaient toujours revêtus d’un corps très-subtil.
I.es autres, comme saint Basile, saint Athanase, saint Cyrille , saint Grégoire de Nysse , saint Jean Chrysostome , etc., les ont regardés comme des êtres purementspiritucls.C’estlesentimentde toute l’Eglise ; mais l’Ecriture sainte atteste que souvent les anges ont paru revêtus (l’un corps ; ainsi , nous ne voyons pas en quoi le sentiment de Tertullien et des autres pouvait être dangereux.
A la véi ilé , plusieurs ont cru que les anges avoicnteii commerce avccles filles des hommes, et avaient engendré les géants. C’étoit le sentiment commun des philosophes, que les démons, c’csl-àdire les génies ou intelligences supérieures à rhumanilé, n’éloient pas des esprits purs , mais revêtus d’un corps subtil et aérien ; conséquemment ils croyoient qu’un grand nombre de ces génies rcchcrchoicnt le commerce des femmes, aimoient l’odeur des sacrifices, et se plaisoicnt souvent à faire du mal
aux hommes : Lucien , Plutarque , Porphyre et d’autres, étaient dans cette opinion ; nous ne voyons pas en quoi les Pères sont si répréhensibles de l’avoir suivie. Elle leur paroissoit confirmée par la version des Septante, Gen., c. 6, :f.2, dont plusieurs exemplaires portent : Les anges de Dieu, voyant la beauté des filles des hommes, etc., au lieu qu’il y a dans l’hébreu, le samaritain, le syriaque et la vulgate , les enfants de Dieu,dans le chaldéen et dans l’arabe , les enfants des grands ou des princes. 11 n’a donc pas été nécessaire que les Pères prissent celte opinion dans le livre apocryphe d’Enoch.
Mais quelle pernicieuse conséquence peut-on tirer de là? Il s’ensuit , dit-on, que les Pères n’avoient point de notion de la parfaite spiritualité. Ils l’admettoient du moins en Dieu , puisqu’ils le supposoient créateur. Quand ils auroient cru qu’elle ne pouvoit avoir lieu dans aucune créature, ce ne seroit pas un juste sujet de les blâmer avec autant d’aigreür que le font les protestants.
* Voilà , dit Barbeyrac , les Pères des ï premiers siècles parfaitement d’accord » entre eux sur une erreur grossière, ï puisée dans une mauvaise philosophie, I dans un livre apocryphe, ou dans la » fausse supposition que la version des I Septante étoitinspirée. Que l’on vienne « encore nous donner le consentement T> des Pères comme une marque sûre de » la tradition. » Traite de la morale des Pères , c. 2 , § 5. Ce ton triomphant est bien mal fondé.
1“ Nous voudrions savoir par quelle démonstration ou par quel texte formol de l’Ecriture sainte on peut prouver que l’opinion des Pères éio\l une erreur grossière; nous défions Barbeyrac et tous scs pareils de prouver la parfaite spiritualité des anges autrement que parla tradition et par la croyance univcrscllcî de l’Eglise.
2“ Il est faux que tous les anciens Pères aient été d’un sentiment unanime sur la nature des anges : dès le commencement du quatrième siècle, le très-grand nombre on ont soutenu la parfaite spiritualité. Le P. Pétau, Dogm. theol., tom. 5, 1. 1,
c. 3 , a cité parmi les Grecs Tite évêque de Bostres . Didyme , saint Basile , saint Grégoire de Nysse , saint Grégoire de Kazianze , Eusèbe de Césarée , saint Epiphane, saint Jean Chrysostome, Tliéodoret, et plusieurs autres plus récents ; parmi les Latins , Marins Victorin , Lactance , saint Léon , Jumilius l’Africain , saint Léon , saint Grégoire le Grand et ceux qui l’ont suivi. L’on a répété cent fois aux protestants , que la tradition n’est censée règle de foi , que quand elle est constante et à peu près unanime.
3» Il n’y a aucune preuve que les Pères aient été trompés par le livre apocryphe d’Enoch , et que la plupart l’aient consulté ; il paraît même que les plus anciens ne l’ont pas connu.
>. Quand les anciens Pères n’auroient pas cru la version des septante inspirée , de quelle autre traduction pouvoient-ils se servir ? Il est fort singulier qu’on leur fasse un crime de n’avoir pas lu le texte hébreu que les juifs cachoient avec soin , et de n’avoir pas su l’hébreu que les juifs ne vouloient enseigner à personne.
A entendre raisonner les protestants , il semble que l’on ne puisse pas être bon chrétien sans avoir appris l’hébreu , et que Dieu ait mal pourvu au salut des premiers lidèles en ne leur donnant qu’une version grecque.
Selon le sentiment commun des Pères et des théologiens , les anges sont distribués en trois hiérarchies , et chaque hiérarchie en trois ordres ou chœurs. La première est celle des séraphins , des chérubins et des trônes; la seconde comprend les dominations , les vertus, les puissances; la troisième, les principautés, les archanges et les anges. Ce dernier nom est devenu commun à tous en général.
; L’Eglise chrétienne croit que tous les anges ont été créés en état de grûce et destinés à la félicité , mais que plusieurs sont déchus de cet état par leur orgueil; qu’ils ont été précipités en enfer et condamnés à un supplice éternel, pendant que les autres ont été conlirmés en grâce, et sont heureux pour toujours.
Ceux-ci sont nommés les bons anges.
ou simplement les anges; les autres sont appelés les mauvais anges, les diables ou les démons.
Ce dogme de la chute des anges est fondé sur la 2® épître de saint Pierre , .c. 2, jf. 4, où il est dit que « Dieu n’a j> point pardonné aux anges qui ont pé- » ché , mais qu’il les a précipités dans I l’abîme , où ils sont retenus par des I liens, tourmentés et réservés jusqu’au ï jugement, ou pour le jugement; » et sur celle de saint Jude 6, où nous lisons que « Dieu retient liés de chaînes j> éternelles dans de profondes ténèbres, » et qu’il réserve pour le jugement du » grand jour, les anges qui n’ont pas » conservé leur première dignité , mais » qui ont quitté leur propre demeure. »
Un autre article de la croyance chrétienne , est que Dieu a donné à chacun de nous un ange gardien; an conclut cette vérité de plusieurs passages de l’Ecriture sainte. Gen., c. 48 ,^.16 ^Matt., c. 18, i. 40; Act., c. 12, i. lS,etc. C’est une tradition constante.
Quelques Pères de l’Eglise ont même pensé que chaque homme, dès sa naissance , étoit accompagné de deux anges , l’un bon qui le porte au bien, l’autre mauvais et qui le porte au mal; ils se fondent sur un passage du Pasteur d’IIermas, qui l’enseigne ainsi : mais celte opinion n’a pas eu un grand nombre de partisans.
11 y auroit delà témérité à former sur le nombre des an ges , sur leur état , sur leur pouvoir, sur leurs fonctions , des questions qui ne peuvent pas être résolues par l’Ecriture sainte ni par la tradition.
Une dispute plus importante que nous avons avec les protestants , est de savoir s’il est permis de rendre aux anges un culte religieux, de les invoquer, de compter sur leur secours et leur intercession. C’est le sentiment de l’Eglise catholique ; mais ses ennemis le lui rc prochent comme une erreur; ils y opposent les mêmes objections au’ils font contre le culte des saints.
Ils disent que saint Paul a lormellcmcnl défendu ce culte aux Coloasiens ; c. 2,t. 18, après les .avoir détournés du judaïsme et des cérémonies légales,
il leur dit; i Que personne ne vous sé- » duise par une liumililé apparente et » un culte religieux des anges, choses ï qu’il ne connoît point , et sur lesquelles I il se conduit selon les vaines imagina- » lions d’un esprit charnel , ne demcu- ® rant point attaché au chef, duquel tout » le corps reçoit l’union , la solidité et » la croissance que Dieu lui donne. » Ils ajoutent que , quand saint Jean voulut .se prosterner devant Vange du Seigneur et l’adorer , cet ange lui dit : Ne le faites pas, adorez Dieu, Jpoc., c. 19, ÿ. 10; que le concile de Laodicéc, tenu l’an 561 , can. 3S , porte : « Il ne faut pas que » les chrétiens quittent l’Eglise de Dieu, B pour aller invoquer des anges, et faire B des assemblées défendues. Si donc on » trouve quelqu’un attaché à cette ido- B latrie cachée, qu’il soit anathème, B parce qu’il a laissé Notre-Seigneur Jé- B sus-Clirist fils de Dieu , pour se livrer B à l’idolâtrie, b Enfin , disent les protestants, une preuve que les Juifs ont toujours regardé comme superstitieux , criminel et idolâtrique, tout culte qui n’étoit pas adressé à Dieu seul, c’est que jamais ils n’ont rendu aucun culte aux anges; la secte des caraïtes, la plus scrupuleusement attachée au texte de rEcrilurc, enseigne formellement qu’il ne faut leur en rendre aucun.
Nous répondons aux protestants, que s’ils vouloient convenir une fois avec nous du sens qu’il faut attacher au mot culte ou culte religieux, la contestation seroit bientôt terminée entre eux et nous. Mais tant qu’ils s’obstineront à soutenir que tout culte religieux est un cxille divin et suprême, nous ne serons jamais d’accord , parce que cette prétention est évidemment fausse ; et nous [irouvorons le contraire au mot Culte.
Les savants ont remarqué que déjà , du lemjis de saint Paul , la docLi inc de Zoroaslre avoit pénétré dans l’Asie cl dans la Grèce; or , nous voyons jiar le Zcnd-Avesla que Zoroaslre admet un nombre infini d'anges ou d’csjuils médiateurs, auxquels il allrihuc non-seulenionl un pouvoir d’intercession subordonné à la providence continuelle de Dieu , mais un pouvoir aussi absolu une
celui que les païens prêtoient à leurs dieux. D’où il suit que le culte rendu à celte espèce de dieux secondaires ne pouvoil, en aucune manière, se rapporter àDieu ; que c’étoilpar conséquent un véritable polythéisme et une idolâtrie pure. Voyez Parsis. C’est dans cette source empoisonnée que Simon, Ménandre , Valentin , Cérinthe et les gnosliques avoient puisé la notion de leurs eonsou dieux secondaires, auxquels ils attribuoient , aussi bien que Platon, la formation elle gouvernement du monde; selon leur opinion , ces esprits ou génies éloient chargés de tous les soins de la Providence ; le Dieu suprême ne se mêloitderien, et aucun culte ne lui étoitdû.
Dans cette hypolhèse^saint Paul avoit très-grande raison de dire , que les partisans de celte erreur n’y connoissoienl rien, qu’ils étoient séduits parleur imagination, qu’ils ne demeuroienl point attachés au chef ; et le concile de Laodicé a été bien fondé à décider qu’ils abandonnoient Jésus-Christ pour se livrer à l’idolâtrie ; puisque le culte qu’ils rendoient aux anges ou aux esprits ne pouvoit pas plus se rapporter à Dieu , que celui des païens.
Mais quand on commence par croire que les anges ne sont que les envoyés de Dieu et les exécuteurs de scs ordres , qu’ils n’ont aucun pouvoir que celui que Dieu leur donne, qu’ils ne font rien que ce que Dieu leur commande , l’honneur, le respect , le culte qu’on leur rend , ne s’adresse-t-il pas principalement à Dieu?
Jésus-Christ a dit à scs envoyés : « Celui B qui vous écoule, m’écoule; celui qui B vous méprise , me méprise ; et celui B qui me méprise, méprise celui qui B m’a envoyé. » Luc., c. 10 , jf. 16. « Ce- B lui qui vous reçoit , me reçoit. »
Matlh., c. 10 , ÿ. 40. « Ce que vous avez B fait au moindre de mes frères, est fait B à moi-même, » c. 24, 40.
Rien n’est donc plus frivole que le sophisme des protestants. Selon saint Paul , disent-ils , en rendant un culte anges on SC sépare du chef; selon le concile de Laodicée on abandonne Jésus-Christ et l’on tombe dans l’idolâtrie : donc tout culte rendu aux anges est une idolâtrie.
Üui , lorsque l’on se fait des anges la même idée qu’en avoient Zoroastre, les gnostiques et les païens; puisqu’alors on en fait des dieux , c’est-à-dire , des êtres puissants par eux-mêmes et indépendants : mais lorsqu’on les envisage comme de simples ministres ou envoyés de Dieu , il est absurde de dire qu’en les honorant l’on n’honore pas Dieu ; puisque Jésus-Christ témoigne le contraire.
Autre chose est, répliquent nos adversaires, de rendre honneur aux anges, et autre chose de leur rendre un culte religieux. Fausse distinction. Culte, honneur , respect , vénération , sont synonymes ; tout culte , tout honneur , rendu directement à Dieu , est un acte de religion : or, le culte , l’honneur rendu à un envoyé de Dieu, et par respect pour Dieu, se rapporte à Dieu; pourquoi ne î’appelleroil-on pas culte religieux ?
Que Yange de l’Apocalypse n’ait pas voulu être adoré comme Dieu , cela n’est pas étonnant, et il ne s’ensuit rien.
Est-il vrai qu’il n’y a dans l’Ecriture sainte aucun vestige de culte rendu aux anges? Gen., c. 52, ÿ. 26, Jacoh demanda à Yange, contre lequel il avoil lutté, sa bénédiction; c. 48, 16, le
même patriarche bénissant les enfants de Joseph, dit : i Que Dieu, qui me ï nourrit dcpuisinanaissance, que l’aiii/e ® qui m’a délivré de tous maux , bénisse * ces enfants. i Quoi qu’en disent les protestants, voilà une invocation; ils l’ont si bien sentie, que plusieurs de leurs commentateurs , pour esquiver les conséquences, ont dit que par cet ange il faut entendre le Verbe divin ou le Messie; mais il n’y a rien dans le texte qui autorise ce commentaire. Si nous parlions comme Jacoh, ils diroient que nous manquons de respect à Dieu , en mettant un ange sur la même ligne, et en associant scs bénédictions à celles de Dieu.
Exod., c. 23, ÿ. 10, Dieu dit aux Israélites : « J’envoie mon ange devant » vous, .. rcspectez-lc , écoutez sa voix, » ne le méprisez point, parce qu’il ne B vous épargnera pas lorsque vous pé- » cherez, et que mon nom est en lui. » Les commentateurs protestants prennent encore cet ange pour le Fils de Dieu ;
mais sont-ils bien assurés qu’il faut l’entendre ainsi ? Au lieu de traduire par respectez-le, ils mettent prenez garde à lui : aucun passage de l’Ecriture sainte ne les incommode. Num., c. 22, f. 51 , Balaam se prosterna devant Yange du Seigneur qui lui apparoissoit.
Josué, c. 5, /. 14, voit un personnage armé, qui lui dit: Je suis le prince des armées du Seigneur. Josué se prosterne , pénétré de respect , et dit : Que mon Seigneur veut-il de son serviteur?
Vange répond : Déchaussez-vous; la terre où vous êtes est sainte. Josué obéit. C’est la marque de respect que Dieu avoit exigée de Moïse en lui apparoissantdans le buisson ardent. Exod., c. 3, y. 5.
Soutiendra-t-on encore que ce n’est pas là un culte?
Dans le livre Juges ,c. 13,^. 21 , Manué , convaincu que le personnage qui lui avoil parlé étoit l’uMÿc du Seigneur , dit à son épouse : n Nous mourrons , B parce que nous avons vu Dieu.-B II étoit donc persuadé que cet ange tenoit la place de Dieu ; lui auroit-il refusé des respects? Daniel , c. 10, ji-. 9 , demeure prosterné devant Yange qui lui parloit;
16 et 27, il lui dit: « Mon Seigneur, B comment votre serviteur peut-il parler B au Seigneur? il ne me reste point de B force. B Le prophète croyoit parler à Dieu en parlant à son ange ; la frayeur dont il étoit saisi étoit certainement un respect religieux.
Zacliar., c. 1 , ^. 12, un ange prie Dieu pour la délivrance des Juifs , et pour leur rétablissement dans la Judée.
Un ange dit à Tobie, c. 12, 12 :
s Lorsque vous faisiez des prières, je B les ai présentées au Seigneur, b Saint Jean , dans l’Apocalypse , vit en esprit un ajige qui offroil devant le trône de Dieu les prières des saints; c. 8, jl. 3 et 4.
C’est sur ces passages que les Pères de l’Eglise se sont fondés pour soutenir qu’il est non-seulement permis, mais juste et louable d’honorer, de prier, d’invoquer les anges et les saints.
Celse disoit : Puisque les chrétiens rendent un culte , non-seulement à Dieu , mais encore à son Fils, ils doivent donc aussi le rendre à ses ministres, par con-
séqiicnt aux génies ou aux esprits. Origène, 1. 8, n. 13, répond : « Si Celse » avoit compris qui sont après le Fils » unique de Dieu ses vrais ministres , * comme Gabriel , Michel , les autres anges » et les archanges, et qu’il soutînt qu’il B faut leur rendre un culte, peut-être » qu’en épurant le sens du mot culte, et » les pratiques de celui qui le rend , je B dirois ce qui convient à ce sujet autant B que je puis le comprendre. Mais comme B il entend par ministres de Dieu, les B démons que les païens adorent, nous » ne pouvons nous résoudre à honorer B ces esprits que l’Ecriture nous apprend » être les ministres de l’esprit malin , qui B détourne tant qu’il peut les hommes B du culte de Dieu. N. 60, combien ne B vaut-il pas mieux nous confier au Dieu B souverain , par Jésus-Christ qui nous B l’a ainsi enseigné , lui demander non- B seulement toute espèce de secours , B mais encore l’assistance des saints an g es » et des justes, afin qu’ils nous délivrent B des démons? N. 64, si Celse soutient B qu’après Dieu il nous faut encore d’au- B très amis, ^ qu’il sache que comme B l’ombre suit le corps , la bonté de Dieu B pour nous nous assure aussi la bicn- B veillance des anges ses amis , des âmes B et des esprits; car ils connoissenl qui B sont ceux qui méritent les bienfaits de B Dieu , et non-seulement ils leur veulent B du bien, mais ils aident à ceux qui veu- B lent adorer le Dieu souverain, ils le B leur rendent propice, prient avec eux, B et forment les memes vœux, b Origène lui-même invoque son ange gardien , //cumV. I, inEzech., n. 7. Sur le premier de ces passages, Grotius et Speiic • ont ou la bonne foi d’avouer que le culte rendu aux anges n’est point contraire au premier commandement du Décalogue, et ne déroge point à ce qui est dit dans l’Apocalypse, c. 19, ÿ. 10. Quelques théologiens anglicans ont été de même avis. Des martyrs du troisième siècle écrivent à saint Cyprien, 77 :
« Prions afin (pie Dieu, Jésus-Christ et B les anges nous soient favorables dans B toutes nus actions. »
Saint Jérôme, Comm. in Ps. l.'); saint Augustin, liv. 1, locut. in Gènes., sc
servent des paroles de Jacob, Gen., c.-48, V. 16, pour prouver qu’il est permis d’invoquer d’autres êtres que Dieu. Le Père Pétau, tom. 3, de angelis, 1. 2, c. 8 et 9 , a cité un grand nombre d’autres Pères de l’Eglise; mais les protestants nous abandonnent sans difficulté tous ceux du quatrième siècle et des suivants ; ils avouent que dès lors le culte des an ges et des saints a été établi dans l’Eglise. Quand nous ne pourrions pas prouver qu’il l’a été plus tôt, il nous paroît que deux cents ans après la mort des apôtres on pouvoit savoir mieux qu’au seizième sièclequelle avoitété leur doctrine. G/ss. sur les bons et les mauvais anges. Bible d'Avig., tom. XllI , p. 255. Thomassin, Traité des Fêtes , liv. 2, c. 22. Fies des Pères et des Martyrs, tom. IV, p. 198; tom. IX , p. 296.
ANGÉLITES, hérétiques sectateurs de Sabellius, qui s’assembloient à Alexandrie, dans un lieu nommé Agelius ou Angelius. Foy. Nicéphore,!. 18, c. 49; Pratéole , au mot angélites. L’un et l’autre auroient besoin de garant. Il est plus probable que les angélites étoient des sectaires qui rendoient aux anges un culte superstitieux, comme les gnostiques.
ANGELUS , prière que récitent les catholiques romains, surtout en France, où l’usage en fut établi par Louis XI , qui ordonna que trois fois par jour , le malin, à midi, et le soir, on sonneroit une cloche , pour avertir les fidèles de réciter cette prière à l’honneur de la sainte Vierge , et pour remercier Dieu du mystère de l’Incarnation.
Elle est composée de trois versets, d’autant d'Ave, Maria, et d’une oraison par laquelle on demande à Dieu sa grâce et le salut éternel par les mérites de Jésus-Christ. Le nom de celle prière vient du premier verset. Angélus Domini, etc. Elle sc nomme aussi le Pardon, parce que plusieurs souverains pontifes y ont attaché des indulgences.
Ceux qui regardent celle pralicpic cl jilusiciirs autres semblables comme des dévotions populaires, sonl persuadés sans doute (pic le peuple seul doit sc souvenir (lu'il est chrétien. Remercier Dieu du
mystère de l’Incarnation et de la rédemption du monde, adorer le Verbe divin dans le sein de Marie, implorer le secours de cette sainte Mère de Dieu , est certainement une dévotion très-solide , de laquelle aucun chrétien ne devroit rougir.
ANGLETERRE. On ne doute plus que les Bretons , anciens habitants de V Angleterre, n’aient été convertis au christianisme sous le pontificat du pape Eleu- Ihère, sur la fin du second siècle, ou vers l’an 1 82. On peut en voir les preuves , Vies des Pères et des Martyrs , tom. 4, p. 595 , et tom. 9 , p. 607. Ceux d’entre les protestants qui contestent ce fait n’agissent que par prévention. Mais au cinquième, les Saxons, les Angles, les J u ttes, peuples idolâtres delà Basse-Germanie, ayant fait une irruption an Angleterre, s’en rendirent les maîtres , et l’an 454 , ils forcèrent les Bretons chrétiens à se retirer dans les montagnes du pays de Galles.
On ne voit pas que ceux-ci aient fait aucune tentative pour convertir leurs vainqueurs ; mais sur la fin du sixième siècle, vers l’an 596, saint Grégoire le Grand envoya en Angleterre le moine Augustin avec plusieurs autres missionnaires, pour amener à la foi chrétienne les peuples de cette île , et cette mission eut le plus grand succès. Jlist. de VEgl. Gallic., t. 3, an. 595, 596.
Il ne paroit pas que les Bretons fussent engagés pour lors dans aucune erreur contraire à la foi catholique préchée par Augustin et par ses collègues; ceux-ci ne leur en reprochèrent aucune dans les conférences qu’ils eurent avec eux. Augustin les exhortoit seulement à se conformer à l’usage de l’Eglise catholique dans la célébration de la Pâque, dans l’administration du baptême, et à se joindre à lui pour prêcher l’Evangile aux Anglo-Saxons encore idolâtres. Mais la haine qui régnoit entre les deux peuples depuis cent cinquante ans, rendit les Bretons infiexibles; ils refusèrent de se lier avec les missionnaires. Cette opiniâtreté n’empêcha pas le fruit de la mission ; peu à peu V Angleterre se convertit et redevint chrétienne ; elle a per-
sévéré dans la foi catholique jusqu’au schisme d’Henri VIII , en 1555.
Avant cette dernière époque , les travaux , les succès , les vertus , les miracles de l’apôtre de l'Angleterre y avoient rendu sa mémoire vénérable : il y étoit honoré comme saint à très-juste litre. Depuis que les Anglais ont cessé d’être catholiques, plusieurs de leurs écrivains se sont appliqués à calomnier la mission de saint Augustin; et les incrédules modernes n’ont pas manqué d’enchérir sur leurs accusations.
Ils disent, 1° que cette mission fut un effet de l’ambition de saint Grégoire, plutôt que de son zèle pour la foi chrétienne; que son principal motif étoit d’étendre sur l'Angleterre sa juridiction pontificale et sa suprématie , qui jusqu’alors n’y avoient pas été reconnues.
Mais il est faux que les Bretons chrétiens eussent jamais méconnu la juridiction des papes. Selon Bède et d’autres auteurs , Lucius , premier roi chrétien des Bretons, s’adressa au pape Eleuthère pour obtenir les moyens d’instruire ses sujets et de les convertir au christianisme. En 429, lorsque saint Germain.
d’Auxerrre et saint Loup de Troyes passèrent en Angleterre pour y étouffer le pélagianisme, le premier étoit légat du pape saint Célestin. Voyez la Chronique de saint Prosper. Gildas et Bède témoignent que, jusqu’à l’arrivée de saint Augustin et de ses collègues , Ic'i Bretons avoient persévéré dans la communion de l’Eglise catholique : or cette communion ne peut subsister sans reconnoître l’autorité de son chef. Il est certain d’ailleurs que saint Grégoire avoit conçu le projet de convertir les Anglo- Saxons, avant d’être pape. Ilist. de VEgl. Gallic., ibid.
2° Ils prétendent que les Bretons ne voulurent pas adopter les nouveaux dogmes introduits dans l’Eglise romaine, et enseignés parlé moine Augustin, le culte des saints, le purgatoire, la confession auriculaire, etc. La fausseté de ce fait est prou vée par le témoignage de Bède et de Gildas ; le premier atteste formellement que les Bretons reconnurent l’orthodoxie de la doctrine de saint Augus-
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(in : tous deux assurent que , depuis la conversion des Bretons, leur foi n’avoit reçu aucune atteinte, sinon par l’arianisme et le pélagianisme; mais ces deux hérésies firent peu de progrès parmi eux, et furent promptement étouffées.
3“ Quelques-uns ont dit que le missionnaire Augustin auroit beaucoup mieux fait d’inspirer aux Anglo-Saxons des remords de leurs usurpations , et de les engager à restituer aux Bretons ce qu’ils leur avoient enlevé. A cela nous répondons qu’une conquête, faite depuis cent cinquante ans , ne pouvoit pas donner aux Anglo-Saxons des remords fort efficaces ; que quand ils en auroient eu , ils ne pouvoicut pas ressusciter les Bretons que leurs pères avoient massacrés, ni leur rendre ce qui leur avoit été pris. Par la même raison , ceux qui convertirent les Francs ne les engagèrent point à restituer les Gaules aux Romains, et ceux qui a voient. converti les Romains, ne leur imposèrent point l’obligation de faire des restitutions à toutes les nations de l’univers. Mais nos moralistes sévères devraient prouver aux actuels la
nécessité de dédommager les Américains des torts qu’ils leur ont faits, et surtout de réparer les cruautés horribles que l’avarice leur a fait commettre dans les Indes. »»
4“ Pour exténuer le mérite des travaux de saint Augustin , l’on a supposé que rien n’étoit plus aisé que de convertir au cbristianismeles Anglo-Saxons, puisque la reine Berthe, épouse d'Ethelbert , roi de Kent , étoil chrétienne ; que tous les succès d’Augustin se bornèrent à convertir ce petit royaumer Malheureusement ce reproche est contredit ]>ar un antre que l’on fait encore à ce saint missionnaire: on dit qu’il se laissa intimider d’ahnrd par le récit que lui firent les évêques des Gaules de la difficulté de convertir les Anglo-Saxons, de leur férocité , de leur i)er(idie, de leurs mœurs. Ces évêfjncs dévoient en savoir quelque chose, et ces obstacles sont prouvés par les témoignages de Gildas et de Bède. 11 est ce|)cndant certain que le christianisme transforma les .\nglo-Saxons , les
civilisa, leur donna d’autres mœurs, leur inspira les plus grandes vertus :
dans la suite , V Angleterre fut appelée Vile des saints. Si saint Augustin ne convertit que le royaume de Kent , ses collègues réussirent de même dans le reste de V Angleterre.
50 L’on a écrit qu’au lieu de donner aux Anglo-Saxons de vraies vertus, Augustin et ses coopérateurs ne leur avoient inspiré que la bigoterie, les dévotions minutieuses , le goût du monachisme, etc. ; que jusqu’à la réformation les Anglais avoient été le peuple le plus superstitieux de l’univers. Mais il y a encore lieu de douter si , depuis la bienheureuse réformation, les Anglais sont radicalement guéris de toute superstition. Ceux qui les ont observés de près n’en conviennent point; nous n’avons pas moins sujet de douter si leurs mœurs sont plus pures et leurs vertus plus héroïques que sous le catholicisme ; de l’aveu de leurs propres écrivains, ils ont égalé dans le Bengale les cruautés dont les Espagnols s’étoient rendus coupables en Amérique, et il ne paroît pas qu’ils soient fort scrupuleux observateurs du droit des gens.
Voyez YEtat civil, politique et commerçant du Bengale, par M. Bolts ; le Zend- Avesta, t. I, l" partie, p. 12; les Voyages de M. Sonnerai, 1. 1, c. 1.
Nous voudrions pouvoir oublier que, par les exploits des réformateurs , les plus riches bibliothèques de V Angleterre ont été réduites en cendres, afin d’anéantir tous les monuments du papisme.
Le docteur Leland , quoique anglican zélé , prétend que tous les vices se sont introduits parmi ses compatriotes avec l’irréligion. L’auteur de Vllisloirc des établissements des Européens dans les Indes reconnoît (pie tous les principes de probité, d’honneur, d’amour du bien public, sont étouffés chez les Anglois par l’avidité qu’inspire l’esprit de commerce ; Richard Slcelc , dans une épître satirique au pape Clément XI , soutient que leur fanatisme est toujours le mêmfi. « Il est vrai , dit-il , que nous n’avons pas » aujourd’hui le pouvoir de brûler les » hérétiijues, comme les premiers ré- » formateurs; mais à cela près nous em-
» ployons toujours les mêmes violences ;■ » nous persécutons , nous tourmentons , D nous emprisonnons et nous ruinons B tout homme qui prétend en savoir plus » que ses supérieurs : et plus cet homme D est d’un caractère irréprochable , plus » nous croyons qu’il est nécessaire de se » servir de ces sortes de rigueurs contre » lui.... Sur la fin de Janvier et au com- * mencement de février , on nous anime D extraordinairement les uns contre les B autres , parce qu’il est arrivé , il y a » plus de soixante ans, que nos ancêtres B étoient de grands scélérats , et l’on B croit qu’on ne sauroit trop insister sur B un sujet si beau de génération en gé- B nération , et que l’on devroit même en B parler depuis le commencement de B l’année jusqu’à la fin. Un autre sujet B d’enthousiasme est le danger de la B pauvre Eglise, danger qui s’accroit B toujours à mesure que le crédit et les B espérances des catholiques augmen- » tent. J’ai vu le temps que la figure B d’une église faite de carton , plantée si B artificieusement au bout d’un bâton B qu’elle paroissoit chanceler, représen- B toit le danger denotrepauvre Eglise; B portée d’un air triste et lugubre de- B vaut un vénérable ecclésiastique , aux B élections des membres du parlement, B elle passait pour un remède souverain B contre ses ennemis , elle avoit la vertu B de les chasser du champ de bataille B tout confus. J’ai vu même que le nom B d'Eglise ou de Jlaule-Eglise , pro- B Honcé avec emphase, et répété un cer- B tain nombre de fois , a pu changer B l’air et la voix d’une multitude innom- B brable, lui donner un aspect hideux et B farouche , agiter les cœurs , faire cn- B fier les veines comme par une espèce B de frénésie. J’ai vu en même temps B que ce nom prononcé d’un air tou- B chant et pathétique , les yeux et les B mains vers le ciel, a pu changer les » mensonges en vérités , un scélérat en » un saint, et un perturbateur du repos B public en une divinité tutélaire. Par » un privilège singulier, les hommes at- » laqués de cette maladie ont acquis le » droit de pénétrer les jugements de » Dieu , et de les appliquer a leur pro-
» chain ; s’il arrive un fléau de la nature, B ou un autre malheur public , ils savent » à pointnommé pourquoi Dieu l’envoie, B quel est le crime qu’il a dessein de B punir; et ce n’est jamais contre leurs B propres crimes qu’il est irrité , c’est B toujours contre ceux des autres, etc. b
Si quelqu’un s’est laissé séduire par les tableaux pompeux que nos écrivains modernes nous ont faits des heureux eflets que la réforme a produits en Angleterre, nous l’invitons à lire un ouvrage intitulé : La Conversion de l’Anglcterre au christianisme , comparée avec sa prétendue Lié formation, in-8", Paris, 1729.
Les historiens protestants ont abusé de la crédulité de leurs lecteurs , lorsqu’ils ont voulu persuader que la cause du schisme de 1’ Angleterre , en 1533, fut l’autorité excessive , ou plutôt la tyrannie que le pape exerçoit sur ce royaume ; celte prétendue cause n’avoit pas lieu en France ni dans les pays du Nord , et l’hérésie ne laissa pas de s’y établir. Il est de toute notoriété que la cause de la rupture fut le refus que fit Clément VIII de déclarer nul le mariage d’Henri VIII avec Catherine d’.âragon, et d’accorder à ce prince la liberté d’épouser Anne de Boleyn , de laquelle il étoit épris ; puisqu’avant d’avoir conçu celte passion, Henri VIII avoit écrit luimême contre Luther en faveur de la juridiction et de l’autorité du pape. Les moyens dont on se servit ensuite pour détruire la religion catholique en Angleterre, ne furent pas plus légitimes ni plus honnêtes que le motif : on y employa l’imposture , la calomnie , la violence et les supplices. M. Bossuet dans son Ilist. des Fariat., tom. 2, 1. 7, a mis ce fait dans la dernière évidence, et i’a prouvé par le propre aveu des protestants ; aucun d’eux ne sera jamais en état de le convaincre de faux. L’auteur de la Conversion de V Angleterre , etc., a fait de même.
Mosheim , dans l’impuissance <lc contester celle vérité , est convenu que les auteurs de celte révolution agirent souvent d’une manière violente , téméraire et précipiléo ; que plusieurs de ceux qui
y eurent part , agirent plus par passion ■et par intérêt que par zèle pour la véritable religion. Hist. ecclés. du seizième scct. 1 , c. 4 , § 1 4. David Hume , dans son Ilist. des maisons de Tudoret de Stuart, a posé pour principe que , si la superstition est le caractère de la religion romaine , le fanatisme a été celui de la prétendue réformation. Le traducteur de Mosheim , fâché de cet. aveu, a voulu prouver le contraire, tom. 4, p. 138 et suiv. Mais , au lieu de détruire ce fait , il l’a plutôt confirmé, puisqu’il a été forcé d’avouer que le fanatisme eut beaucoup de part à la conduite de plusieurs de ceux qui embrassèrent la réformation , pag. 144 ; que l’on abusa souvent de la liberté qu’elle introduisit; que l’ardeur des premiers réformateurs fut plus ou moins violente , plus ou moins mêlée avec la chaleur et la vivacité des passions humaines , p. 146 ; que le zèle des réformateurs fut quelquefois excessif, p. 150 ; que peut-être les emportements de Luther furent l’effet de son ressentiment et de l’ardeur de son caractère, etc., p. 153. Ce n’étoit donc pas la peine de disputer contre David Hume , puisque l’on se trouve réduit à lui accorder ce qu’il a dit.
La question est de savoir si des hommes conduits par le fanatisme , par la chaleur des passions , par l’amour de la nouveauté , et non de la vérité , étoient fort viropres à réformer l’Eglise de Dieu , et /il est probable que Dieu ait voulu se servir de pareils instruments. Nous verrons dans l’article suivant que la religion anglicane porte encore l’empreinte des mains qui l’ont formée , des motifs dont SOS fondateurs furent animés , cl des moyens dont ils se servirent. Une preuve que les Anglois n’étoient pas fort zélés pour la vérité, c’est qu’ils changèrent trois fois de religion en douze ans. A la mort d’Henri VIH, ils tenoienl encore à la foi catholique ; en 15 17 , sous Edouard VI , ils dressèrent une profession de foi, moitié luthérienne, moitié cal vinisle; sous le règne de Marie, en 1551 , ils redevinrent catholiques; en 1559, .snus le règne d’Elisabeth , le protcslan- 'iïine fut rétabli.
Quoique l’on ait répandu destorrentj de sang pour cimenter cette religion nouvelle , il s’en faut beaucoup quelle ait été généralement adoptée en Angleterre ; pendant que le gouvernement, les grands du royaume et une partie de la nation embrassoient ce mélange de luthéranisme et de calvinisme , avec quelques foibles restes de catholicisme , que l’on nomme la religion anglicane, une autre partie s’attachoit aux sentiments de Calvin, rejetoit tout le reste, et formoit la secte de ceux que l’on nomme presbytériens et puritains : ces deux factions se sont fait pendant longtemps une guerre cruelle ; et si l’une des deux s’étoit trouvée assez forte , elle auroit exterminé l’autre. Après bien des combats , elles se sont reposées par lassitude, et elles ont été forcées de se tolérer mutuellement.
Dans le sein de ces deux sectes , il s’en est formé une infinité d’autres, comme les quakers ou trembleurs, les hernhutes ou frères moraves, les méthodistes, les anabaptistes, les sociniens,lesbrownistcs ou indépendants, etc. Ainsi le christianisme , en Angleterre, est divisé en deux partis principaux, l’un est celui des épiscopaux, que l’on appelle aussi V Eg lise an g l icanc, ou la //a» te-£ g l isc; l’autre, celui des non-conformistes ou séparatistes , qui comprend les presbytériens, puritains ou calvmistes rigides, et toutes les autres sectes dont nous venons de parler , sans en exclure même les catholiques, qui sont encore en assez grand nombre.
En 1716, plusieurs Anglois et quelques Ecossois avoient formé un concordat entre eux pour s’unir à l’Eglise grecque J mais ce projet n’eut aucune suite. Les Grecs n’y auroient certainement pas consenti , à moins que les anglicans n’eussent changé leur croyance sur un très-grand nombre d’articles.
Quoique nos écrivains aient beaucoup vanté la tolérance établie dans ce royaume , la religion catholique y a toujours été gênée par des lois très-sévères. Jusqu’à nos jours un catholique ne pouvoil posséder aucune charge, ni entrer au parlement, sans avoir prêté le ser-
ment du iest , par lequel on abjuroit le dogme de la transsubstantiation et de la juridiction spirituelle du pape. Ce serment a été aboli depuis peu par un décret du parlement, et changé en un simple serment de fidélité, qui n’a aucun rapport à la religion ; mais cette condescendance du gouvernement anglois a échauffé la bile des puritains , surtout en Ecosse , où ils sont la secte dominante.
Mosheim, dans son Hüt. eccL du dixhuitième siècle, déplore le nombre des incrédules qui ont ^dxvimAnglelerre,t\.
les effets pernicieux de leurs ouvrages ; il prédit que cette contagion pénétrera bientôt dans toutes les contrées de l’Europe, surtout dans celles où la réformation a introduit un esprit de liberté : il étoit aisé en effet de le prévoir. Ce sont les déistes anglois qui ont été les précepteurs de nos philosophes antichréliens , et c’est un mauvais service que nous ont rendu nos voisins ; il ne fait pas plus d’honneur à V Angleterre qu’à la prétendue ré formation.
ANGLICAN. On appelle religion anglicane, celle qui est autorisée en Angleterre par les lois , pour la distinguer de celles qui y sont seulement tolérées. De toutes les communions chrétiennes non catholiques, les anglicans sont ceux qui s’écartent le moins de la croyance de l’Eglise romaine ; ils en rejettent cependant un grand nombre d’articles essentiels. Aussi les autres protestants leur reprochent de pencher toujours au papisme , d’en avoir conservé de trop grands restes, et de n’avoir fait la réforme qu’à moitié. Il n’est pas toujours aisé aux tliéologiens anglicans de se défendre, de montrer pourquoi ils se sont arrêtés en chemin , pourquoi ils ont retranché tel article et en ont retenu tel autre.
Dans la révolution qu’a subie la religion en Angleterre , il faut distinguer quatre époques principales. La première sous Henri VIII , lorsque ce prince, pour secouer le joug du saint siège et de l’Eglise romaine, se déclara chef souverain de l’église anglicane, et défendit de reconnoîlre aucune autorité spirituelle ou temporelle que la sienne. Il ne toucha
néanmoins ni aux autres points de doctrine , ni au culte extérieur établi dans l’Eglise catholique.
La seconde sous Edouard VI , son fils et son successeur. Après que les partisans de Luther et de Calvin eurent semé leurs erreurs parmi les Anglois , il fut décidé par acte du parlement, en 1547, que l’on réformeroit la discipline ecclésiastique et la forme du culte ; c’est ce qui fut exécuté en 1548; mais on ne convint pas encore d’un formulaire de doctrine, ou d’une profession de foi.
La troisième, sous la reine Marie, sœur d’Edouard , et qui lui succéda ; cette princesse , zélée catholique , fit casser, en 1553, l’acte précédent, et fit rétablir le catholicisme.
Enfin, sous la reine Elisabeth, autre fille de Henri VIH, qui avoitété élevée dans les opinions des protestants, le parlement, l’an 1559, renouvela tout ce qui avoit été fait sous Edouard VI , et proscrivit de nouveau le catholicisme. Mais la confession de foi anglicane ne fut dressée que trois ans après, dans un synode tenu à Londres en 1562.
On la trouve dans le recueil des confessions de foi des églises réformées, p. 99; elle contient trente-neuf articles. Dans les cinq premiers , l’on fait profession de croire la Trinité , l’Incarnation , la descente de Jésus-Christ aux enfers, sa résurrection, la divinité du Saint- Esprit. Dans les trois suivants, on reçoit comme canoniques tous les livres du nouveau Testament ; l’on exclut de l’ancien les livres de Tobie, de Judith, une partie de celui d’Eslher , la Sagesse, l’Ecclésiastique, Haruch, quelques chapitres de Daniel, et les deux livres des Machabées ; l’on décide que tout ce qui n’est pas contenu dans l’Ecriture sainte n’est point nécessaire au salut. Dans le huitième article, on reçoit le symbole des apôtres; celui du concile de Nicée, et celui de saint Athanase.
Déjà l’on peut demander aux anglicans pourquoi ils rejettent ces livres dans l’ancien Testament, pendant qu’ils admettent l’Epîtrc de saint Jacques, celle de saint Jude et l’Apocalypse, que les calvinistes regardent comme apocry-
phes , précisc-ment pour les mômes raisons. Les sociniens leur soutiennent que ce qui est contenu dans le symbole de saint Athanase , ne peut pas être prouvé p'cir l’Ecriture sainte.
Aussi , dans la Gazette de France du vendredi 7 mars 1786, on nous annonce qu’une bonne partie des Américains anglicans ont retranché de leur office le symbole de saint Athanase, et ont ôté de celui des apôtres : il est descendu aux enfers.
Dans le neuvième article et les suivants , il est décidé que tous les hommes naissent souillés du péché originel; qu’ils ont cependant un libre arbitre, mais qu’ils ne peuvent faire aucune bonne œuvre sans le secours prévenant de la grâce; que l’homme est justifié par la foi seule. Ce dernier dogme est néapmoins formellement contraire à ce que dit saint Jacques , c. 2; et les deux articles précédents ne sont point admis par les sociniens.
Nous ne savons pas par quel texte de l’Ecriture sainte on peut prouver que toutes les œuvres faites sans la foi en Jésus-Christ sontdes péchés, article 13; saint Paul décide le contraire. Rom., c. 2, y. 14. On rejette, article 14, les oeuvres de surérogation comme une impiété, en donnant un sens faux et absurde à ce terme. Vog. Surérogation.
L’article 16 porte quel’on peut obtenir la rémission des péchés par la pénitence, et il condamne l’opinion de l’inamissibilité de la justice soutenue par les calvinistes. Le 17® admet la prédestination; mais il avertit qu’il n’y faut pas penser, lie peur de tomber dans la présomption ou dans le désespoir. Le 18® décide que l’on ne peut pas être sauvé sans connoître Jésus-Christ.
Selon le 19®, l’Eglise est l’assemblée des fidèles où la pure parole de Dieu est prêchéc, et où les sacrements sont bien administrés; d’où l’on conclut f[ue l’Eglise romaine est dans l’erreur , quant au dogme , à la morale et au culte extérieur. Cet article est-il fort essentiel au salut? est-il clairement révélé dans l’Ecriture sainte? Suivant le 20® et le 21®, l’Eglise ne peut rien décider ni rien
établir que ce qui est porté dans l’Ecriture sainte; les conciles, même généraux, peuvent se tromper et se sont souvent trompés en effet.
Le 22® rejette lâ doctrine de l’Eglise romaine touchant le purgatoire , les indulgences, la vénération et [’adoration des images, des reliques , et l’invocation des saints. On voit bien que le terme d'adoration est affecté là par malignité.
11 est décidé, dans le 23®, que la mission est nécessaire pour prêcher et pour administrer les sacrements ; que la mission est légitime, quand elle est donnée par ceux qui en ont le pouvoir; mais on ne dit point à qui ce pouvoir appartient , si c’est au roi comme chef de l’église anglicane, on si c’est au clergé. Cet article étoit délicat, il est demeuré indécis. Le 24® veut que la liturgie soit célébrée en langue vulgaire.
Les sacrements, selon le 23®, sont les signes efficaces de la grâce , par lesquels Dieu excite et confirme notre foi en lui; il n’y en a que deux , savoir , le baptême et la cène. On rejette les autres , parce que ce ne sont pas , dit-on , des signes visibles institués de Dieu ; et cependant l’on avoue que quelques-uns sont une imitation de ce qu’ont fait les apôtres ; il faut donc que les apôtres aient fait ce que Jésus-Christ ne leur avoit pas commandé. Il est évident que cette définition des sacrements est louche et captieuse, imaginée dans le dessein de concilier, s’il étoit possible, l’opinion des protestants avec la croyance de l’Eglise romaine.
Conséquemment il est dit, article 27, que le baptême n’est pas seulement un signe de la profession du christianisme, mais un signe de régénération, le sceau de notre adoption , par lequel la foi est confirmée et la grâce augmentée, par la vertu de l’invocation divine. Mais si la grâce est augmentée, elle étoit donc déjà dans l’ânic du fidèle avant le baptême; en (|ucl sens le baptême est-il une régénération ? Ce même article veut que l’on baptise les cpfants.
Le 28® est encore plus inintelligible. Il |)ortc que , pour ceux qui reçoivent la cène avec foi, le pain que nous rom-
pons est la communication du corps de Jésus-Christ; et que le calice bénit est la communication du sang de Jésus- Christ; ce sont les paroles de saint Paul ; mais on ajoute que le corps de Jésus- Christ est donné, reçu et mangé seulement d’une manière céleste et spirituelle ; que le moyen par lequel cela se fait est un objet de foi; que ceux qui n’ont pas une foi vive ne sont pas participants de Jésus-Christ en aucune manière, article. 29. Voilà ce que saint Paul n’a pas dit. Ce même article réprouve la transsubstantiation , et l’usage de garder, de porter, d’élever et d’adorer le sacrement de l’Eucharistie ; et le 30“ décide qu’il faut communier sous les deux espèces.
Les rédacteurs de ces articles auroient voulu trouver un milieu entre l’opinion des luthériens et celle des calvinistes : on voit comment ils y ont réussi; à la vérité les luthériens s’expriment aujourd’hui de même. F^ogez EuciiAniSTiE.
Dans le 31®, ils rejettent la doctrine catholique touchant le sacrifice de la messe, comme un blasphème.
•Dans le 52®, il est décidé que les évêques, les prêtres et les diacres peuvent se marier ; dans le 33®, que les excommunications sont valides ; dans le 5-1® , que pour le bon ordre il faut se conformer aux usages et aux cérémonies établies par autorité publique, mais que chaque Eglise peut les instituer, les changer ou les abolir à son gré.
Le 53® donne la sanction aux homélies publiées sous Edouard VI, et le 56® au pontifical pour les ordinations, rédigé sous le même règne. Le 37® déclare que le roi d’Angleterre jouit de l’autorité suprême sur tous ses sujets; que tous, même les ecclésiastiques, doivent lui être soumis dans toutes les causes, et qu’il n’est soumis lui-même à aucune juridiction étrangère; que le pape n’a aucune juridiction en Angleterre. On ajoute cependant que l’on ne prétend pas attribuer au roi l’administration de la parole de Dieu ni des sacrements; soit , on lui attribue du moins le privilège d’accorder, de limiter , ou d’olcr ce pouvoir à ([ui il juge à propos.
Les articles suivants condamnent la doctrine des anabaptistes touchant les peines capitales , la guerre et la profession des armes , la communauté des biens et les serments.
Pour peu qu’un théologien soit instruit et sente la valeur des termes , il voit que cette confession de foi , dans la plupart des articles, est captieuse, équivoque , dictée par l’intérêt politique et par les circonstances , plus propre à perpétuer les disputes qu’à les éclaircir.
Aussi s’en faut-il beaucoup que la doctrine , les usages , la discipline des anglicans, soient d’accord avec leur confession de foi ; et cette contradiction leur est continuellement reprochée par ceux qu’ils appellent non-conformistes. Il est aisé d’ailleurs de la prouver en comparant cette confession de foi avec le plan de la religion anglicane, tel qu’il est tracé dans un livre intitulé : liegni Angliœ sub imperio lieginœ EUsabethæ religio et gubernatio ecclesiastica, in-4, Londini, 1719, et dédié à Georges II, pièce authentique , s’il en fut jamais.
En effet, suivant les 20 et 21® chapitres de la confession , l’Eglise ne peut rien décider et rien établir que ce qui est enseigné dans l’Ecriture sainte ; les conciles même généraux peuvent se tromper , et se sont trompés en effet; et dans le plan de religion , 1®« partie , chapitre 1 , on fait profession de recevoir comme authentiques , ou comme faisant autorité, les trois symboles, les quatre premiers conciles, les sentiments des Pères des cinq premiers siècles ; c. 4, on dit que les décrets de ces conciles ont été acceptés et confirmés par les états du royaume d’Angleterre. Ces états ont donc accepté et confirmé des décrets de conciles qui ont pu se tromper, et qui se sont trompés en effet.
Chapitre 5 de ce même plan , on reconnoît que ce sont les Pères des cinq premiers siècles qui nous ont désigné les livres canoniques de l’Ecriture , qui nous ont transmis l’histoire ecclésiastique , et qui ont réfuté les hérésies de leur temps. Mais si ces Pères se sont trompés, comment sommes-nous sûrs du jugement qu’ils ont porté touchant le nombre des
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livres canoniques ? Les calvinistes les ■ Deum, le symbole des apôtres et celui chargent de mille erreurs , et les angli- de saint Athanase , les litanies, descans n’ont pas pris la peine delesjusti- quelles ils ont retranché les noms des fier; ils ont laissé ce soin aux catho- saints, c. 12 et suiv. Ils administrent le liques. Chapitre 6 , on déclare que les baptême comme dans l’Eglise romaine , hérétiques doivent être punis par les | mais sans exorcismes et sans onctions;
censures ecclésiastiques et par les sup plices que leur infligent les lois civiles
leurs évêques donnent la confirmation par l’imposition des mains avec une
Mais qui a droit de juger que tel homme prière. Dans l’ollice des morts , ils deest hérétique ? On ne le dit pas , et nous mandent à Dieu de ne pas nous livrer demandons vainement comment celai «lux supplices éternels, et d accorder à
s’accorde avec la prétendue tolérance des Anglois.
Dans le chapitre 7, les catholiques sont accusés de se dévouer à Dieu par une foi non écrite : d'adorer ce qu’ils ignorent dans les reliques , dans les hosties , dans les images , de prier dans une langue inconnue ; de prier les saints plus souvent que Jésus-Christ ; de se prosterner devant les images ; de retrancher la moitié de l’Eucharistie , d’avoir inventé la transsubstantiation , le purgatoire , le mérUc des bonnes œuvres ; de renouveler le sacrifice de Jésus-Christ pour les vivants et pour les morts; de prétendre que l’Eglise romaine a de droit divin la juridiction sur toutes les autres. Sans relever la manière captieuse dont plusieurs de ces articles sont représentés ou travestis , il n’en est aucun que nous ne prouvions par le sentiment des conciles et des Pères des cinq premiers siècles : les luthériens et les calvinistes n’en disconviennent pas , mais ils disent que cela ne suflit pas sans l’Ecriture sainte. Voilà un point de dispute sur lequel nos adversaires ne s’accorderont jamais.
Cependant, chapitre 8 , les anglicans font profession d’être unis à toutes les églises protestantes et à toutes les églises chrétiennes; nous voudrions savoir en quoi peut consister cette union, quand on n’a ni la même foi , ni le même culte , ni la même discipline.
Outre la liturgie anglicane, que l’on peut voir dans le père l.chr\m, Eæplical. des ccrém. de la Messe , tom. 7, p. , les anglicans ont conservé l’oflicc ccclésiasli(iuc du malin et du soir, les psaumes, les cantiques , les leçons, la confession générale des péchés et l’ahsoiulion, la doxologic, les alléluia, le Te
tous les fidèles la félicité du corps et de l’âme ; ils disent la prière ,' Kyrie, eleison.
Dans la seconde partie de ce plan , le gouvernement ecclésiastique d’Angleterre est représenté en seize tables. La première attribue au roi l’autorité suprême dans toutes les matières ecclésiastiques , et beaucoup plus de pouvoir que, nous n’en donnons au pape. La seconde et les suivantes règlent le pouvoir, les fonctions , la juridiction des archevêques et des évêques ; il y est question de bénéfices en titre et des différentes espèces de biens ecclésiastiques.
La troisième partie établit la discipline qui regarde les simples fidèles , les fêtes, les jeûnes , l’abstinence. Nous y voyons Pâques , la Pentecôte , la Trinité , tous les dimanches , la Circoncision de Notre- Seigneur, l’Epiphanie, l’Annonciation, l’Ascension , Noël , la Toussaint , les fêtes des apôtres , des évangélistes , de saint Jean-Baptiste, de saint Etienne, des Innocents. On nous avertit que tous ces jours sont consacrés à Dieu seul, comme si quelqu’un avoit jamais enseigné le contraire. On y conserve le carême , Icsjcûnes des vigiles , l’abstinence des vendredis et samedis , les quatretemps , les rogations ; mais l’on comprend que les anglicans ne sont pas fort scrupuleux sur toutes ces observances ; l’exemple des autres sectes qui les méprisent a prévalu sur la règle. Dans les cathédrales il y a des lecteurs, des chantres, des vicaires, des chanoines , un sous-doyen, un trésorier, un chancelier, un préchanlre, un doyen. Mais les synodes provinciaux ne peuvent rieuslatuer ([UC sous l’autorité du roi.
iVinsi , en cOiiservant un certain cxlé-
rieur de religion, et en défigurant la doctrine catholique , les réformateurs anglicans ont fasciné les yeux du peuple, et l’ont entraîné dans le schisme ; les ennemis du clergé d’Angleterre ne cessent de lui insulter à ce sujet.
Si d’un côté les anglicans soutiennent que l’Ecriture sainte est la seule règle de foi, de l’autre ils s’attribuent le droit de l’interpréter et d’en fixer le vrai sens, a II n’y a, dit Richard Steele à Clément XI, ® d’autre différence entre vous et nous , » par rapport aux fondements de la docï trine , de la hiérarchie , du culte et de
* la discipline, que celle-ci: c’est que B vous ne sauriez errer dans vos déci-
* sions et que nous n’errons jamais ; J) c’est-à-dire, en d’autres termes, que B vous êtes infaillible, et que nous avons B toujours raison.... Ainsi, le synode de B Dordrecht ( dont les décisions sûres et B certaines sont célébrées tous les trois B ans dans ce pays-là par un jour solennel s d’actions de grâces ) ; ainsi , les syno- B des nationaux des églises réformées en B F rance, l’assemblée générale de l’église B presbytérienne en Ecosse , et , si j’ose B la nommer , la convocation du clergé B d’Angleterre , ont tous eu également B cette autorité incontestable que votre B Eglise s’attribue, et les peuples ont été B obligés d’obéir à leurs décrets avec B autant de soumission que l’on en a B parmi vous pour ce qui part d’une in- B faillibilité absolue... En même temps B que nous soutenons avec chaleur , s contre vos controversistes , que les B peuples ont droit d’examiner et d’éplu- B cher eux-mémes les Ecritures , nous B avons soin de leur inculquer , dans nos B instructions particulières , qu’ils ne » doivent pas abuser de ce droit, qu’ils » ne doivent pas prétendre être plus » sages que leurs supérieurs , et qu’il B faut qu’ils s’étudient à entendre les » textes particuliers dans le même sens » que l’Eglise les entend, et que leurs » guides , qui ont Vaulorité interpréla- B Vive, les expli(juent. Nous réussissons » aussi bien par cette méthode , que si » nous défendions la lecture de l’Ecri- » ture sainte.... Et quoique , par nos » paroles, nous conservions à l’Ecriture
B sainte toute sa dignité , nous avons » cependant l’adresse d’y substituer réel- » lement nos propres explications et des B dogmes tirés de nos explications, etc. b Ainsi en agissent toutes les sectes protestantes. Thomas Gordon leur fait le même reproche , Esprit du Clergé, p. 42.
En second lieu , selon le même principe, les anglicans n’admettent point l’autorité de la tradition ; mais, dans leurs disputes avec les puritains et avec les sociniens , ils sont forcés d’employer le témoignage des Pères ou la tradition, pour montrer le sens des passages que ces sectaires entendent comme il leur plaît. Un théologien anglican a très-bien réfuté le livre de Daillé, De vero usa Patrum. C’est principalement par la tradition qu’ils soutiennent l’institution divine de l’épiscopat, la supériorité des évêques sur les simples prêtres , l’usage apostolique du carême, etc. Ainsi , ils se fondent sur la tradition lorsqu’elle leur est favorable; ils l’abandonnent lorsque nous nous en servons pour leur prouver les dogmes catholiques auxquels ils ont renoncé.
En troisième lieu , il en est de même de la mission et de la succession des pasteurs. Vous ne pouvez , leur dit-on , tenir cette succession et celte mission que des pasteurs de l’Eglise romaine ; s’ils ont été capables de vous la transmettre , à plus forte raison l’ont-ils conservée pour eux : les fidèles leur doivent donc la même docilité que vous exigez pour vous-mêmes; ils sont donc aussi assurés de leur salut en écoutant les pasteurs catholiques, qu’en vous écoutant vousmêmes. Où éloit donc pour eux la nécessité de faire un schisme pour vous suivre? Vous dites que la doctrine des pasteurs catholiques est fausse ; mais ils soutiennent que c’est la vôtre : le simple fidèle doit plutôt les croire que vous; il doit présumer que la mission est plutôt chez eux qui sont le tronc que chez vous ipii n’étes que les branches , et que la vérité réside dans la source plutôt que dans le ruisseau (jui en vient. C’est encore l’objection que leqr fuit Gordon, pag. îj2. Aujourd’hui les mécréakits anglois font à leur clergé les mêmes repro-
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clics que les réformateurs ont faits à celui de l’Eglise romaine, lorsqu’ils lui ont contesté le droit d’enseigner , et qu’ils s’en sont séparés.
En quatrième lieu, Gordon prouve, par les actes les plus solennels du parlement d’Angleterre , que l’Eglise anglicane, sa constitution, son clergé, tous les pouvoirs et les privilèges de celui-ci sont l’ouvrage de la puissance civile , et qu’il tient tout d’elle ; que tous ses membres l’ont ainsi reconnu, etse sont obligés par serment à le soutenir ainsi ; que ces memes actes attribuent au roi tout pouvoir et toute autorité tant ecclésiastique que civile , le droit de réformer et de corriger toutes les erreurs , les bérésies et les abus ; qu’en conséquence c’est la puissancb civile qui a donné la sanction au livre de la liturgie , au rituel et à la formule d’ordination pour les ministres de l’Eglise. Il dit que, dans le temps de la réforme , l’arcbcvcque Cranmer avouoit que l’ordination des évêques n’étoit qu’une institution civile, par laquelle on parvenoit à un office ecclésiastique; aucun membre du clergé anglican n’auroit alors osé soutenir le contraire. Tous furent forcés de jurer et de signer cette doctrine, p. b2 et 106; autrement , en vertu de l’arrêt du parlement de 1 5 47, ils auroient été punis comme criminels de Icse-majesté. David Hume , Hist. de la maison de Tudor , an 1347; Ileylin, Durnet, etc.
C’est donc contre toute vérité qu’il est dit dans la confession de foi anglicane que l’on n’attribue point au roi le pouvoir d’administrer la parole de Dieu et les sacrements. Si le roi n’a pas ce pouvoir, comment pcul-illedonncr? Corriger les erreurs et les bérésies , approuver la liturgie et le rituel, prescrire les formules de prières et d’ordinations , n’est-cc donc pas administrer la parole de Dieu? C’est encore une absurdité de nommer mission une institution purement civile , cl hiérarchie ou pouvoir sacré, un pouvoir éniané de l’aulorilé civile. Les apôtres ont prétendu tenir leur mission et leurs pouvoirs, non des puissances delà terre, mais de JésusCbrist ; par l’iinposilion des mains , ils ont voulu donner une