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Boileau a pu douter en plaisantant,
Si , vers les antres sourds ,
L’ours a peur du passant, ou le passant de l’ours ,
Et si , sur un édit des pâtres de Nubie,
Les lions de Sarca videroient la Lybie,
L’ours n’attaque jamais le passant, à moins qu’il ne soit provoqué , ou qu’il ne craigne pour ses petits ; et si les déserts de Barca pouvoient être habités par des hommes, les lions n’y demeureroient pas longtemps. Mais nos philosophes incrédules nous objectent fort sérieusement que cet empire prétendu de l’homme sur les animaux est chimérique : le requin, disent-ils, engloutit le matelot qui tremble à sa vue ; le crocodile dévore le vil Egyptien qui l’adore ; toute la nature insulte à la majesté de l’homme. Les manichéens faisoient déjà cette objection. Saint Augustin, 1. 1 , de Gen., c. 18.
Cela prouve seulement que le roi de la nature trouve quelquefois des rebelles parmi ses sujets ; mais il ne s’ensuit pas de là que sa domination soit injuste ou chimérique. Pour un matelot englouti par les requins , il y a mille requins harponnés par les hommes ; pour un Egyptien dévoré par les crocodiles , il y a mille crocodiles éventrés par les Egyptiens. L’empire de l’homme sur les animaux n’est point illimité ni affranchi des règles de la prudence; lorsque les forces lui manquent, l’industrie y supplée et le rend enfin le maître. La férocité de plusieurs animaux est une des raisons qui forcent les hommes à se rassembler et à vivre en société.
D’autres ont prétendu , avec aussi peu de raison , que l’Ecriture sainte semble attribuer aux animaux de l’intelligence, delà réflexion, et les mettre au niveau de l’homme. Gen., c. 9, .^> , Dieu dit
à Noé et à scs enfants : « Je vengerai » votre sang sur tous les animaux et » sur l’homme qui l’aura répandu ; y. 9, » je vais luire alliance avec vous et avec » les animaux. » Mais le f. ü est plus clair dans le texte samaritain ; il y a : « Je redemanderai votre sang à la main » de tout vivant, de tout homme , etc. » 11 n’est pas question là des animaux. On
sait que dans l’Ecriture sainte le mot alliance signifie souvent une simple promesse : Dieu promet, ÿ. 9 et suiv., de ne plus détruire les hommes ni les animaux par un déluge universel. C’est à quoi se borne cette alliance.
A la vérité , la plupart des peuples ont été dans la fausse persuasion que les animaux ont une âme intelligente et raisonnable, qu’ils ont même plus de prévoyance et de sagacité que l’homme, et qu’ils connoissent l’avenir ; plusieurs philosophes en ont eu cette opinion.
Celse soutient fort sérieusement que les animaux ont plus de raison , plus de sagesse, plus de vertu que l’homme, et sont dans un commerce plus intime avec la Divinité. Dans Origène, 1. 4, n. 88. De là est venu le culte que les Egyptiens rendoient à plusieurs espèces d’animaux.
Mais les adorateurs du vrai Dieu n’ont jamais adopté cette erreur, et l’Ecriture sainte n’y donne aucun lieu ; elle met une différence trop marquée entre l’homme et les animaux , pour que l’on ait pu s’y tromper. Foyez Ame. Comme nous sommes éclairés par la révélation, il nous semble qu’il n’y avoit rien de si aisé que de prévenir toute illusion sur ce point essentiel ; mais enfin les philosophes n’étoient pas stupides, et cependant ils pensaient comme le peuple , et corn me font encore aujo urd’hui les Nègres et les Sauvages. Nous ne devons donc pas allribuer à une supériorité de raison naturelle les réflexions que nous faisons sur ce sujet , et par lesquelles nous démontrons la différence infinie qu’il y a entre l’homme et les brutes.
Les Egyptiens rendoient nn culte religieux à plusieurs espèces danimaux, parce qu’ils les supposoient animés par un dieu , par un génie bienfaisant , ou par un esprit redoutable ; ils les consultoient pour connoitre l’avenir. Les Grecs consacrèrent aux dieux certains animaux, par des raisons bizarres. Les Romains n’enlreprenoient aucune expédition sans avoir consulté le vol des oi- . seaux ou l’appétit des poulets sacrés.
Pendant qu’ils donnoient les invalides aux animaux qui leur avoicnl rendu