‹ Dictionnaire de théologieChapitre 89 sur 170 · TION · texte numérisé non relu

TION

Volonté antécédente, dans un sens général, est celle qui précède quelque autre volonté , désir ou prévision. On dit qu’il y a en Dieu une volonté antécédente de sauver tous les hommes ; mais , conséquemment à la prévision des crimes de plusieurs, il ne veut plus les sauver, mais les damner.

On dispute beaucoup dans les écoles sur la nature de celle volonté : les uns prétendent que ce n’est qu’une volonté de signe , une volonté métaphorique , inclficace , un simple désir qui n’a jamais d’effet ; les autres , mieux fondés , soutiennent que c’est une volonté de bon plaisir , volonté sincère et réelle , qui n’est privée de son dernier effet que par la faute des hommes , qui n’usent pas , ou qui usent mal des moyens que Dieu leur accorde pour opérer leur salut. Cette volonté est donc prouvée par son effet immédiat , qui est d’accorder des grâces. Foyez Grâce , § 3 ; Salut.

Il est bon de remarquer que ce terme antécédent n’est appliqué à Dieu que relativement à notre manière de concevoir.

En effet , Dieu voit et prévoit en même temps et sans diversité dans la manière, tant l’objet de sa prévision , que les circonstances inséparables de cet objet : de même il veut en même temps tout ce qu’il veut , sans succession et sans inconstance : ce qui n’empêche pas que Dieu ne puisse vouloir ceci à l’occasion de cela, ou qu’il ne puisse avoir un désir à cause de telle prévision. C’est ce que les théologiens appellent ordre ou priorité dénaturé, priorilas naturœ, par opposition à l’ordre ou à la piiorité du temps , yrioritas temporis.

ANTECHRIST. Ce terme est formé do la préposition grecque «vn , contra, et de Xpt<7Tôi, Christiis. 11 signifie en général un ennemi de Jésus-Christ, un homme qui nie que Jésus-Christ soit venu , et qu’il soit le ^lessie promis. C’est lu no-

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tion qu’en donne l’apôtre saint Jean dans sa première épilre , c. 2. En ce sens , on peut dire des Juifs et des infidèles que ce sont des antechrists.

Par anlechrist, on entend plus ordinairement un tyran impie et cruel à l’excès, qui doit régner sur la terre lorsque le monde touchera à sa fin. Les persécutions qu’il exercera contre les élus, seront la dernière et la plus terrible épreuve qu’ils auront à subir. Selon l’opinion de plusieurs commentateurs , Jésus-Cbrist même a prédit que les élus y auroient succombé , si le temps n’en eût été abrégé en leur faveur : c’est par ce fléau que Dieu annoncera le jugement dernier etla vengeance qu’il doit prendre des méchants.

L’Ecriture et les Pères parlent de l’antechrist comme d’un seul homme, auquel, à la vérité, ils donnent un grand nombre de précurseurs. Suivant saint Irénée , saint Ambroise , saint Augustin et presque tous les autres Pères, V antechrist doit être, non un homme engendré par un démon , comme l’a prétendu saint Jérôme , in un démon revêtu d’une chair apparente et fantastique , moins encore un démon incarné, comme l’ont imaginé d’autres ; mais un homme de la même nature et conçu par la même voie que tous les autres , qui ne différera d’eux que par une malice et une impiété plus digne d’un démon que d’un homme.

Comme les traits du tableau qu’ils ont tracé ne sont que des conjectures et u’ont aucun fondement solide , il est assez inutile de nous y arrêter.

On sait que plusieurs écrivains protestants ont trouvé bon d’appliquer au pape et à l’Eglise romaine tout ce que l’Ecriture, et surtout l’Apocalypse, dit de Vanlechrist. L’absurdité de cette idée n’a pas empêché que les protestants du dernier siècle ne l’aient adoptée comme un article de foi dans leur dix-septième synode national , tenu à Gap eu '1(103. Ils afTectèrent même de publier que Clément Ylll, qui décéda quelque temps après, éloit mort de chagrin de cette décision ; mais ce i)onlifc, aussi bien que le roi Henri IV, (pi’ils avoient déclaré en plein synode race de l’ anlechrist, u’op-

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posèrent h leurs excès que la modération , le mépris et le silence.

Quoique le savant Grotius et le docteur Hammond se fussent attachés à détruire ces rêveries, on a vu, sur la fin du siècle dernier, Joseph Mède en Angleterre, et le ministre Jurieu en Hollande, les présenter sous une nouvelle forme , qui ne les a pas accréditées davantage. Les catholiques ont démontré 1e fanatisme des explications de l’Apocalypse , par lesquelles ces écrivains s’efforçoieut de montrer que Vantechrisl devoit paroître et sortir de l’Eglise romaine vers l’an 1710. On peut consulter sur cette matière Vllisl. des Variations, par M. Bossuet, tom. 2, liv. 13, depuis l’art. 2 jusqu’à la fin du même livre.

Il est fâcheux que cette idée bizarre des protestants ait été consacrée à Genève par une inscription qui fait pitié aux voyageurs sensés.

Pour en pallier l’absurdité, quelques protestants ont dit que , quand ils soutiennent que le pape est Vantechrisl, ils n’entendent point parler de sa personne, mais de son autorité ; que cela signifie seulement que sa domination est un règne antichrétien, ou contraire à l’esprit du christianisme. Mais ont-ils prévu les conséquences de cette prétention même ? Jésus-Christ avoit promis à son Eglise qu’il seroit avec elle jusqu’à la consommation des siècles, et que les portes de l’enfer ne prévaudroient point contre elle; il a si mal tenu sa parole , que pendant plus de mille ans , scion le calcul des protcslauls mêmes , celte Eglise a reconnu pour sou pasteur légilime et pour vicaire de Jésus-Christ un personnage anli-chrélien, et lui a constamment attribué uueaulorilé anlichrélieune : ainsi , le royaume de Jésus-Christ est devenu un royaume anlichrélieii.

Autant vaudroit dire (pi’il n’y a pas eu de vrai christianisme sur la terre depuis le cim[uièmc siècle jusqu’au seizième , et que ranlichristianisme eu woil pris lu place. Il faudruil même supposer que cet autichrislianismc a commencé immédiatemcnl après la mort des apôtres , si e portrait (pie les i)rolestants ont fait de.; pasteurs de l’Lgli.se dans tous les

siècles étoit vrai ; il nous paroît que de toutes les opinions , il n’y en a point de plus antichrétienne que celle-là.

On trouve parmi les écrits de Raban- Maur , d’abord abbé de Fulde , puis archevêque de Mayence , auteur fort célèbre du neuvième siècle , un traité sur la vie et les mœurs de Vantechrist. Nous n’en citerons qu’un endroit singulier; c’esteelui où l’auteur , après avoir prouvé par saint Paul que la ruine totale de l’empire romain , qu’il suppose être celui d’Allemagne, précédera la venue de Vantechrist , il conclut de la sorte : Ce » terme fatal pour l’empire romain n’est * pas encore arrivé. Il est vrai que nous » le voyons aujourd’hui extrêmement ï diminué , et pour ainsi dire détruit » dans sa plus grande étendue : mais il » est certain que son éclat ne sera jamais » entièrement éclipsé ; parce que, tandis B que les rois de France, qui en doivent » occuper le trône, subsisteront, ils en » seront toujours le ferme appui. Quel- B ques-iins de nos docteurs assurent que B ce sera un roi de France qui , à la fin B du monde , dominera sur tout l’em- B pire romain, b

Il ne paroît pas que nos rois aient jamais compté beaucoup sur cette prédiction.

Malvcnda, théologien espagnol, a donné un long et savant ouvrage sur Vantechrist. Son traité est divisé en treize livres. 11 expose dans le premier les différentes opinions des Pères touchant Vantechrist. Il détermine, dans le second, le temps auquel il doit paroître, et prouve que tous ceux qui ont assuré que la venue de Vantechrist étoit proche ont supposé en même temps que la fin du monde n’étoit pas éloignée. Le troisième est une dissertation sur l’origine de Vantechrist, et sur la nation dont il doitêlrc. L’auteur prétend qu’il sera juif et de la tribu de Dan, et il se fonde sur l’autorité des Pères et sur le il. 17 du chap. 40 de la Genèse o<i Jacob mourant dit à ses fils : Dan est un serpent dans le chem.in, et un céraste dans le sentier; et sur le chap. 8 , fr. 16 de Jérémie , où il est dit que les armées de Dan dévoreront la terre ; et encore sur le c. 7 de V/1po-

calypse, où saint Jean a omisla tribu de Dan , dans l’énumération qu’il fait des autres tribus. Il traite , dans le quatrième et le cinquième, des caractères de l’flMtechrist. Il parle dans le sixième de son règne et de ses guerres ; dans le septième, de ses vices; dans le huitième, de sa doctrine et de ses miracles ; dans le neuvième, de ses persécutions; et dans le reste de l’ouvrage , de la venue d’Enoch et d’Elie , de la conversion des Juifs , du règne de Jésus-Christ et de la mort de Vantechrist, qui arrivera après un règne de trois ans et demi. Il ne manque à toutes ces belles choses que des preuves et du bon sens. Ceux qui voudront prendre la peine de lire la longue dissertation sur Vantechrist , que l’on a placée dans la Bible (V À ci gnon, t. 16 , pag. 39 , n’en seront pas nlus instruits.

S’il nous est permis d’en dire notre avis , nous pensons que c’est une mauvaise manière d’expliquer l’Ecriture sainte , que de rapprocher l’une de l’autre des prédictions qui ont un objet tout différent, de prendre à la lettre des expressions qui sont évidemment figurées et hyperboliques , de supposer au contraire des figures où il n’y en a point , et où l’on trouve un sens littéral très-clair et très-simple. Il n’est pas sûr que Malachie , en annonçant le retour d’Elie , ait voulu parler de cet ancien prophète, puisque Jésus-Christ a fait à saint Jean- Baptiste l’application de cette prédiction. Foxjez Elie. Il n’est pas certain que Jésus-Christ lui-même ait prédit la fin du monde, puisque tout ce qu’il dit peut s’entendre de la ruine de Jérusalem , et de la fin delà républiquejuive ; plusieurs interprètes catholiques l’ont ainsi entendu. Foyez Fin du monde. Il est fort douteux si, dans la seconde épître aux Thessaloniciens, saint Paul , par l’homme de péché, a voulu désigner l’antecàm/j ou un des persécuteurs qui avoient entrepris la ruine du christianisme. Nous n’avons aucune preuve certaine que saint Jean, par l’antec/insf, ait entendu un seul homme , puisqu’il dit qu’il y a eu plusieurs antechrists ,elc. Enfin ,1’on ne peut pas prouver qu’il est question de

ce personnage dans l’Apocalypse. Que peut-il donc résulter de la comparaison de quatre ou cinq prophéties dont le sens n’est pas clair, sur l’explication desquelles les interprètes ne sont point d’accord, et qui peut-être n’ont aucun rapport entre elles ? Notre religion n’a pas besoin de conjectures, de vains systèmes, de figurisme arbitraire, pour se soutenir; la fureur de lui donner de pareils appuis ne peut que lui nuire et donner prise à ses ennemis. V oyez Fi-

GLRIS.ME.

ANTÉDILUViîENS , hommes qui ont vécu avant le déluge. L’Ecriture nous les représente comme une race d’impies et d’hommes pervers ; elle dit que leur malice étoit extrême et toutes leurs pensées tournées vers le mal , que toute chair avoit corrompu sa voie. « Dieu dit, ajoute » la vulgate , Mon esprit ne demeurera » point avec l’homme pour toujours, » parce qu’il est charnel ; je ne le laisse- B rai plus vivre que cent vingt ans. b Gen.^ c. G, f. 3. A ce sujet, saint Jérôme fait une observation remarquable, t 11 y a, selon l’hébreu, mon esprit ne B jugerapas ces hommes pour V éternité^ B parcequ’ils sonldechair; c’est-à-dire, B je ne les réserverai pas à des châli- B ments éternels , parce que la nature B de l’homme est fragile ; mais je leur B rendrai ce qu’ils méritent. Ainsi ce » verset n’exprime point la sévérité de » Dieu , comme dans nos versions ; mais » sa clémence , lorsque le pécheur est D puni en ce monde pour ses crimes, s In Gen., c. G. En eflet, le texte hébreu et le samaritain portent littéralement le sens qu’y a vu saint Jérôme. De là les F’ères ont conclu que par le déluge Dieu a puni les pécheurs en ce monde, pour leur faire miséricorde en l’autre. Origènc, llom. i , in Ezech., n. 2. Tcrlull., L, de Bapl., c. 8. Saint Jean Chrysostomc, in Ps. 110, n. 3. Saint Jérôme, Episl. ad Océan., tom.4, 2'= partie, jtag. G30. Saint Augustin , in Ps. 38 , serm. 2, n. G; serm. 171 , de verbis apoet., n. 3 , etc. Ils ont présumé que, Cüinmc le déluge n’arriva pas tout à coup et dans un seul instant, mais peu à peu, les pécheurs curent le lemus de deman-

der pardon à Dieu , et que le Seigneur se servit de la crainte de la mort pour leur inspirer le repentir.

ANTIIOLOGE , du grec Kv8o)>y/iov, que nous rendrions en latin par (lorilegium, recueil de fleurs.

C’est un recueil des principaux oflîces qui sont en usage dans l’Eglise grecque. Il renferme les offices propres des fêtes de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et de quelques saints; de plus, des offices pour les prophètes , les apôtres , les martyrs , les confesseurs , les vierges , etc. Léon Allatius, dans sa première Dissertation sur les livres ecclésiastiques des Grecs, en parle , mais avec peu d’éloge. Ce n’étoit d’abord qu’un livret, que l’avidité ou la fantaisie de ceux qui l’ont augmenté , a beaucoup grossi ; mais qui , à quelques nouveautés près , ne contient rien qui ne se trouve dans les ménées et dans les autres livres ecclésiastiques des Grecs.

Outre cet anthologe, qui est à l’usage des Eglises grecques , Antoine Arcudius en a publié un nouveau sous le titre de nouvel Anthologe ou Florilège, imprimé à Rome en 1398 : c’est un abrégé du premier, une espèce de bréviaire raccourci et commode dans les voyages pour les prêtres et les moines grecs , qui ne peuvent porter le premier , à cause de son extrême grosseur; mais il est encore moins que celui-ci du goût d’ Allatius , qui accuse l’abbréviateur de plusieurs altérations et infidélités considérables. Allât., de lihr. Eccl. Grœc. R.; Simoiif, Suppl, aux cérém. des Juifs.

ANTHROPOLOGIE, mot formé du grec êivOpanoi, homme, et Xôyoi , parole ; c’est une manière de s’exprimer par la- ([iielle les écrivains sacrés attribuent à Dieu des membres , des actions ou des affections (pii ne conviennent qu’à l’homme : et cela pour s’accommoder à la foiblesse de notre intelligence. Ainsi il est dit dans la Genèse , que Dieu marchoit dans le paradis terrestre, qu’il appela Adam , qu’il se repentit d’avoir fait riiomme; dans les psaumes, que les cieux sont l’ouvrage des mains de Dieu , que ses yeux sont ouverts et veillent sur rindigent , etc.

Vaineinent les manicliéens se sont scandalisés autrefois de ces expressions , et ont accusé d’erreur les écrivains de l’ancien Testament ; plus vainement encore , d’autres hérétiques les ont prises à la lettre , et en ont conclu que Dieu a une forme humaine. L’Ecriture nous enseigne assez clairement que Dieu est un être purement spirituel, simple, sans composition et sans parties. Mais pour faire comprendre aux hommes les opérations de Dieu, il a fallu se servir du langage humain ; et ce langage ne peut fournir, pour exprimer les actions de Dieu , d’autres termes que ceux qui désignent les actions des hommes. Ces termes, à l’égard de Dieu, sont des métaphores qui nous apprennent seulement que Dieu agit, produit, par un simple acte de sa volonté , les mêmes effets que s’il avoit des pieds , des mains , des yeux, etc.

Nous tombons dans le même inconvénient à l’égard des opérations de notre âme. Comme les organes du corps sont les instruments par lesquels nous exerçons nos facultés spirituelles , il est naturel d’exprimer celles-ci par les fonctions corporelles. Nous disons d’un homme de génie que c’est une bonne tête, d’un esprit pénétrant qu’il a de bons yeux , d’un homme puissant qu’il a le bras long , etc. Ce langage ne trompe personne. Ainsi , par analogie , les yeux de Dieu sont la connaissance qu’il a de toutes choses; sa main, son bras, est sa puissance; sa bouche, sa parole, sont les signes qu’il donne de sa volonté , etc. Le psalmiste dit que les deux sont l’ouvrage des doigts do Dieu , afin de nous faire comprendre que Dieu les .1 faits sans y employer toutes ses forces, mais avec autant de facilité que ce que nous faisons du bout des doigts. Foyez les deux articles suivants.

ANTUROPOMOHPIIISME , ANTIIRO- POMORPIIITES, termes formé d'avOpunoi, homme, et de p^opfît, forme. L’nn- /AropomorpÂîsmeestrerrciirdeceuxqui attribuent à Dieu une figure humaine, un corps humain. D’anciens hérétiriucs prirent à la lettre les anthropologies de l’Ecriture, et ce qu’elle nous dit mic

Dieu a fait l’homme à son image et à sa ressemblance. Ils en conclurentque Dieu a réellement des pieds , des mains , des yeux et un corps comme le notre ; que les patriarches avoient vu Dieu , non sous une figure empruntée , mais dans sa propre substance divine. Ils nommoient orige’nistes, ceux qui leur soutenoient que Dieu est un être purement spirituel: Ils allégorisent, disoient-ils, comme Origène , les paroles de l’Ecriture qui prouvent que Dieu a un corps comme nous.

Saint Epiphane appelle les anthropomorphites , audiens, d’un certain Judius, que l’on croit avoir été leur chef, et qui a vécu dans la Mésopotamie ; il étoitàpeu près contemporain d’Arius; saint Augustin les nomme vadiens, vadiani,

Mosheim qui croit sur des preuves assez légères que Varlhropomorphismo étoit une erreur très-commune dans les premiers siècles de l’Eglise , non-seulement parmi les fidèles , mais parmi les évêques , avoue néanmoins que ceux qui le soutenoient, n’attribuoient pas à Dieu un corps grossier et charnel , mais un corps subtil et délié , semblable à la lumière , organisé comme le corps humain , non par nécessité , mais pour l’ornement et pour se rendre visible aux bienheureux.

Tertullien semble être tombé dans l’crnthropomotyhisme ; mais on peut aisément l’en disculper , puisqu’il a démontré , contre Ilermogène , que Dieu est créateur de la matière; il auroit donc fallu que Dieu créât son propre corps , absurdité qui n’est jamais venue dans l’esprit de Tertullien. Ce Père pense que , quand Dieu est apparu aux patriarches, ce n’étoit pas Dieu le père, mais son Fils, qui, en prenant une figure humaine, préludoit, pour ainsi dire, à l’incarnation. Æv. Marcion,, 1 2, c. 27. Il étoit donc bien persuadé que Dieu n’a point de corps.

Mosheim rapporte qu’au dixième siècle cette erreur fut renouvelée en ïtalie par des gens du commun , et même par des ecclésiastiques , et qu’ils y furent induits par l’habitude de voir

ûcs images dans les églises. Quand cela scroit, il ne s’ensuivroit rien contre le culte des images : les anthropomorphites du quatrième siècle avoient été induits en erreur par plusieurs passages de l’Ecriture sainte grossièrement entendus.

Cependant les protestants veulent que les hommes les plus ignorants lisent l’Ecriture sainte.

Aujourd’hui , parmi les incrédules modernes , les uns accusent A' anthropomorphisme tous ceux qui admettent un Dieu ; parce que nous ne pouvons penser à Dieu sans nous en former une image.

Mais cette illusion de l’imagination ne prouve rien , dès que nous faisons profession de croire que Dieu est un pur esprit. Toutes les fois que nous entendons nommer un objet que nous n’avons jamais vu , nous nous en formons une image , et cette image est toujours trèsdifférente de ce qu’est l’objet en luimême : il ne s’ensuit rien.

4 D’autres reprochent aux théologiens V anthropomorphisme spirituel, c’està-dire , d’attribuer à Dieu toutes les qualités humaines , l’entendement , la volonté , la science , la sagesse , etc. De ce langage, disent -ils, il s’ensuit que Dieu est de même nature que nous , un homme comme nous , quoique plus parfait peut-être que nous. Quand cela scroit vrai, faudroit-il embrasser l’athéisme , parce que nous ne pouvons avoir de Dieu des idées dignes de sa grandeur et de ses perfections infinies ? ou faut-il nous abstenir de penser à Dieu et d’en parler, parce que le langage humain n’est pas assez parfait? Mais le reproche des athées est mal fondé. Nous croyons et nous déclarons qu’en Dieu toute perfection est infinie , exempte de tous les défauts de l’homme , mais que notre esprit borné ne peut rien concevoir d’infini : il n’y a donc là aucun danger d’erreur. Foyez Attributs , et l’article suivant.

ANTIIROPOPATIIIE , figure , expression , discours par lesquels on attribue à Dieu les passions humaines , comme l’amour, la haine, la colère, la jalousie, etc. Ce n’est pas la même chose ([u’on- Ihropoloyic : ccllc-ci abeu lorsqu’on at-

tribue h Dieu quelque chose que ce soit qui convient à l’homme, comme des membres , etc. Anthropopathie ne se dit que quand on lui prête des passions ou des affections humaines.

Puisque Dieu est immuable et souverainement parfait , il est évident qu’on ne peut lui attribuer des passions , non plus que des membres corporels , sinon dans un sens métaphorique. On dit que Dieu est irrité , lorsqu’il punit, qu’il hait les impies , par la même raison qu’il est jaloux de son culte , parce qu’il défend de le rendre à d’autres qu’à lui , etc. Voyez Glassii Philolog. Sacra,co\.

1530 et suiv.

Tertullien disoit aux marcionites, qui se scandalisoient de ces expressions de l’Ecriture sainte : t Je vous répète que ï Dieu n’a pu converser avec les hommes, » à moins qu’il ne daignât parler comme » eux, s’attribuer leurs sentiments et » leurs affections. Il falloit ce langage B humain , pour mettre à portée de notre » foiblesse les grandeurs de la majesté B suprême. Si cela paroît indigne de B Dieu , cela est nécessaire à l’homme : B or, rien n’est plus digne de Dieu que B l’instruction et le salut de ses créa- B turcs. B Adv. Marcion., 1.2, c. 27.

Origène, contre Celsc, 1. 4, n. 71 et suiv.; saint Cyrille , contre Julien , 1. 5, p. 151-151 , répondent de même.

ANTHROPOPHAGES , peuples qui mangent de la chair humaine ; leur nom vient d’âvffpuTOs, homme, et de paysîv, manger. Avant que les hommes , devenus sauvages , eussent été adoucis par la culture des arts et civilisés par des lois , il paroît que la plupart des peuples mangeoient de la cliair humaine : les Sauvages on mangent encore ; les Grecs et les Romains attribuoient à Orphée la réforme de cet horrible usage. Croiroiton qu’il a plu à un |)hilosophc de notre siècle d’accuser les Juifs d’avoir été anthropophages ? Nous lisons dans Ezéchicl,c. 51 et suiv. : « Dites aux oiseaux B du ciel et aux bêtes de la campagne : B Venez, accourez à la victime que je B vais immoler sur les montagnes d'Is- B raêl, pour vous en faire manger la chair B et boire le sang. Vous mangerez la

» chair des guerriers , vous boirez le B sang des grands de la terre , des bé- » liers et des taureaux , etc. » Selon le philosophe dont nous parlons, les oiseaux du ciel et les bêtes de la campagne sont les Juifs.,

Nous ne relèverions pas cette ineptie, si nous ne savions jusqu’à quel point les disciples des philosophes portent l’incrédulité.

ANTI-ADUPHORTSTES , c’est-à-dire , opposés aux adiaphoristesouindifférents.

Voyez ÂDiAPHoniSTES.

Dans le seizième siècle, ce nom fut donné à une secte de luthériens rigides , quirefusoientde reconnoîtrelajuridiction des évêques , et improuvoient plusieurs cérémonies de l’Eglise observées par les luthériens mitigés. Voyez Lutuiîiuexs.

ANTIDICOMARIANITES, anciens hérétiques qui ont prétendu que la sainte Vierge n’avoit pas continué de vivre dans l’état de virginité ; mais qu’elle avoit eu plusieurs enfants de Joseph son époux, après lanaissancede Jésus-Christ.

Voyez ViEUGE.

On les appelle aussi antidicomahles, et quelquefois anllmarianUes et antimatiens. Leur opinion étoit fondée sur des passages de l’Ecriturej où Jésus fait mention de ses frères et de scs sœurs ; et sur un passage de saint Matthieu , où il est dit que Joseph ne connut point Marie jusqu’à ce qu’elle eut mis au monde notre Sauveur. Mais on sait que chez les Hébreux , les frères et les sœurs sigmfieut souvent les cousins et les cousines.

Les antidicomarianites étoient des sectateurs tV ïïelvidius et Je Jovinien , ipii parurent à Rome sur la fin du quatrième siècle. Ils furent réfutés par saint ‘érôme.

ANTIENNE, en latin antiphona , du grec ivre , contre, et fuvii , voix , chant.

Les antmiTies ont été ainsi nommées, parce que dans l’origine on les chanloil à deux chœurs , rpii se répondoient alternativement; cl l’on compreiiüit sous ce litre les hymnes cl les psaumes que I on chantoil dans l’église. Saint Ignace, disciple des apôtres, a été, scion Socrate,

! auteur de cette manière de chanter

parmi les Grecs, et saint Ambroise l’a introduite chez les Latins. Théodore en attribue l’origine à Diodore et à Flavien.

Quoi qu’il en soit , on comprenoit sous ce titre tout ce qui se chantoit par deux chœurs dans l’église alternativement.

Aujourd’hui la signification de ce terme est restreinte à certains passages courts tirés de l’Ecriture , qui conviennent au mystère, à la vie ou à la dignité du saint dont on célèbre la fêle , et qui , soit dans léchant, soit dans la récitation de l’office, précèdent les psaumes et les cantiques.

Le nombre des antiennes varie suivant la solennité plus ou moins grande des offices. L’intonation de l’antienne doit toujours régler celle des psaumes. Les premiers mots de l’antienne sont adressés par un choriste à quelque personne du clergé , qui la répète ; c’est ce qui s'appelle imposer et entonner une antienne.

bans l’office romain , après l’imposition de l’antienne, le chœur poursuit et la chante toute entière avant le psaume, et après le psaume tout le chœur la répété.

On donne aussi le nom d’antienne à quelques prières particulières que l’Eglise romaine chante à l’honneur de la sainte Vierge , et qui sont suivies d’un verset et d’une oraison , telles que le Salve Re~ gina, liegina cœli , clc.

ANTILÙTTIÉRIENS ou SACRAMEN, TAIRES , hérétiques du sixième siècle , qui , ayant rompu de communion avec l’Eglise, à l’imitation de Luther, n’ont cependant pas suivi ses opinions, et ont formé d’autres sectes, telles que les calvinistes , les zuingliens , etc.

ANTTMENSE , est une sorte de nappe consacrée , dont on use en certaines occasions dans l’Eglise grecque , dans les lieux où il ne se trouve point d’autel convenable.

Le père Goar observe , qu’eu égard au pcud’Eglises consacrées qu’avoient les Grecs, et à la difficulté du transport des autels consacrés , cette Eglise a fait durant des siècles entiers usagede certaines étoffes consacrées , ou de linges appelés antimensia , pour suppléer à ces défauts.

ANTINOMIENS ou ANOMIENS, enno

mis de laloi . Plusieurs sectes d’hérétiques ont été ainsi appelées.

1° Les anabaptistes, qui soutinrent d’abord que la liberté évangélique les dispensoit d’être soumis aux lois civiles, et qui prirent les armes pour secouer le joug des princes et de la noblesse. En cela, ils prétendirent suivre les principes que Luther avoit établis dans son livre de la liberté évangélique. Voyez Anabaptistes.

2° Les sectateurs de Jean Agricola, disciple de Luther, né comme lui à Islèbe, ou Àisleben , dms la Basse-Saxe, d’où ces sectaires furent aussi nommés Islébiens. Comme saint Paul a dit que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi ; que la loi est survenue de manière que le péché s’est augmenté; que si l’on peut être juste par la loi , Jésus-Christ est mort en vain , etc. Luther et ses disciples en prirent occasion de soutenir que l’obéissance à la loi et les bonnes œuvres ne servoient de rien à la justification ni au salut. Ils ne vouloient pas voir que, dans tous ces passages , saint Paul parle de la loi cérémonielle , et non de la loi morale contenue dans le Décalogue , puisqu’en parlant de celle-ci ,ilditque ceux qui accomplissent la loi seront justifiés. Rom., c.2 ,f. 15.

Mosheim a fait ce qu’il a pu pour pallier la turpitude de la doctrine de Luther, et les pernicieuses conséquences qui s’ensuivoient. Pendant que Luther, dit-il, inculqiioit aux peuples la doctrine de l’Evangile , qui nous représente les mérites de Jésus-Christ comme la source du salut des hommes; pendant qu’il réfutoilles papistes, qui confondent laloi avec l’Evangile, et qui nous représentent le bonheur éternel comme la récompense de l’obéissance légale , il s’éleva un fanatique nommé Agricola, qui abusa de sa doctrine , cl ouvrit la porte aux erreurs les plus pernicieuses. Il se mil à déclamer contre la loi, soutenant qu’il ne convenoil point de la proposer au peuple comme une règle de mœurs , cl que l’on devoilse borner à enseigner et h expliquer l’Evangile; scs sectateurs furent nommés anlinomicns. Ceux qui les ont eomballus , prétendent que leur morale

étoit très-dissolue ; que , selon leur doctrine, un homme pouvoit se livrer à ses passions cl transgresser sans remords la loi divine , pourvu qu’il fût toujours attaché à Jésus-Christ, et qu’il embrassât ses mérites par une foi vive.

Mais , continue Mosheim , il ne faut pas croire aveuglément toutes ces imputations : le principal crime d’Agricola consistoit dans quelques expressionsmalsonnantes , inexactes et impropres, qu’il ne faut pas prendre à la rigueur. Sa doctrine consistoit à soutenir que les dix commandements donnés à Moïse ne regardoient proprement que les Juifs ; que les chrétiens pouvoient les négliger sans pécher ; qu’il suffisoit d’expliquer clairement et d’inculquer ce que Jésus-Christ et ses apôtres avoient enseigné dans le nouveau Testament , tant au sujet de la grâce et du salut , que par rapport aux obligations du repentir et de la vertu. La plupart des docteurs de ce siècle ont le défaut de ne point expliquer leurs sentiments d’une manière claireetsuivie; de là vient qu’on leur impute des opinions qu’ils n’ont jamais eues. Hist. ecclésiasi., seizième siècle , sect. 3 , 2» part., c. 1 , § 23 et 26.

Cette apologie d’un sectaire fanatique est un chef-d’œuvre d’entêtement et de mauvaise foi. En premier lieu nous défions Mosheim et tous les protestants de citer un seul théologien catholique qui n’ait pas représenté les mérites de Jésus-Christ comme la source du salut des hommes ; qui ail attribué aux bonnes œuvres un mérite indépendant de ceux de Jésus-Christ ; qui ait reiuésenté le bonheur éternel comme la récompense d’une obéissance à la loi qui ne fût pas l’effet de la grâce de Jésus-Cbrisl. Nous les délions encore d’en citer un seul qui ait confondu la loi avec l'Evangile, qui ail dit que le bonheur éternel est la récom])ense de Vobéissance légale , si par là l’on entend l’obéissance à la loi cérémonielle des Juifs. A la vérité, Luther prêtoit toutes ces erreurs aux théologiens catholiques , en déguisant maliciensement leur doctrine ; mais après les décisions si formelles du concile de Trente , univcrsellcnicnl suivies par tous

les théologiens de l’Eglise romaine , il y a bien de la mauvaise foi à confirmer encore la calomnie de Luther , et à leur imputer une doctrine qu’ils regardent comme hérétique. Quand il seroit vrai que les théologiens catholiques du seizième siècle avoient le même défaut que les autres docteurs de ces temps-là ^ et qu’ils n’expliquoient pas leurs sentiments d’une manière assez claire , il y auroit de l’injustice à prendre à la rigueur les expressions inexactes dont ils se sont servis, pour leur imputer des opinions qu’ils n’ont pas eues , pendant que l’on blâme ce procédé à l’égard des docteurs protestants. Mosheim , en blâmant les détracteurs d’Agricola et des antinomiens , fait évidemment le procès à Luther , et se condamne lui-même.

En second lieu , quand la doctrine de ces sectaires auroit été telle qu’il le prétend , elle seroit encore fausse et formellement contraire à l’Evangile. Jésus- Christ, A/at/A., c. 5, 17, commence

par déclarer qu’il n’est point venu détruire la loi ni les prophètes , mais les accomplir ; que quiconque détruira le moindre commandement de la loi , et enseignera à le faire , sera le dernier dans le royaume des cieux; ensuite il explique plusieurs de ces commandements. Tl répond à un jeune homme qui lui demandoil ce qu’il faut faire pour avoir la vie éternelle : « Si vous voulez » entrer dans la vie , gardez les comman- B dements, qui sont de ne commettre » ni homicide, ni adultère, ni vol, ni faux B témoignage , d’honorer votre père et B votre mère, d’aimer le prochain comme » vous-même, b chap. 19, 16. C’est

le Décalogue. Il est donc faux que ces dix commandements ne regardent pro- [iremeiUque les Juifs, et que les chrétiens peuvent les négliger sans pécher.

Il est absurde d’opposer l’Evangile à la loi du Décalogue , puisque l’Evangile la renouvelle : il l’est de dire qu’il faut inculquer .;c que Jésus - Christ et les apôlrcs ont enseigné, sans faire mention du Décalogue ; puisque le Décalogue fait partie essentielle de leur doctrine. Mais Mosheim , comme tous les protestants , ne voit des erreurs que dans l’Eglise

romaine ; les plus monstrueuses et les plus révoltantes ne lui paroissent rien dans sa secte.

3“ Dans le dix-septième siècle , il y a eu d’autres antinomiens parmi les puritains d’Angleterre, qui tirèrent de la doctrine de Calvin les mêmes conséquences qu’Agricola avoit tirées de celle de Lur ther. Les uns argumentèrent sur la prédestination. Ils enseignèrent qu’il est inutile d’exhorter les chrétiens à la vertu et à l’obéissance à la loi de Dieu , parce que ceux qu’il a élus pour être sauvés , par un décret immuable et éternel , sont portés à la pratique de la piété et de la vertu par une impulsion de la grâce divine , à laquelle ils ne sauraient résister ; au lieu que ceux qu’il a destinés à être damnés éternellement , ne peuvent devenir vertueux , quelques exhortations et quelques remontrances qu’on puisse leur faire , ni obéir à la loi divine , puisque Dieu leur refuse sa grâce et les secours dont ils ont besoin. Ils conclurent qu’il faut se borner à prêcher la foi en Jésus-Christ, et les avantages de la nouvelle alliance. Mais quels sont ces avantages pour ceux qui sont destinés à être damnés?

Les autres raisonnèrent sur le dogme de l’inamissibilité de la justice. Ils dirent que les élus ne pouvant déchoir de la grâce , ni perdre la faveur divine , il s’ensuit que les mauvaises actions qu’ils commettent ne sont point des péchés réels , et ne peuvent être regardées comme un abandon de la loi ; que par conséquent ils n’ont besoin ni de confesser leurs péchés , ni’de s’en repentir ; que l’adultère , par exemple , d’un élu , quoiqu’il paroisse aux yeux des hommes un péché énorme , n’est point tel aux yeux de Dieu; parce qu’un des caractères essentiels et distinctifs des élus est de ne pouvoir rien faire qui déplaise à Dieu et qui soit contraire à sa loi. Mosheim J dix-septième siècle, sect. 2, 2' pari., c. 2, g 25.

Mosheim déleste avec raison toutes ces conséquences ; mais est-il en étal de démontrer qu’elles ne se tirent pas directement et évidemment du dogme de la prédestination, et de celui de l’iila-

înissibilitô de la justice , tels que Calvin les a enseignés? Le docteur Arnaud a prouvé la connexion de ces conséquences dans l’ouvrage intitulé : Le renversement de la morale de Jésus- Christ jtar les erreurs des calvinistes touchant la justification; et nous soutenons qu’elles ne s’ensuivent pas moins de l’opinion de la grâce irrésistible , opinion commune aux luthériens et aux calvinistes. Dans celle hypolhèse, il est aussi absurde de prêcher la nécessité de croire en Jésus- Christ et les avantages de la nouvelle alliance , que d’exhorter les hommes à la vertu et à l’obéissance à la loi de Dieu. Ceux à qui Dieu ne donne pas la grâce irrésistible delà foi en Jésus-Christ , ne peuvent pas plus avoir celte foi , qu’ils ne peuvent obéir à la loi , lorsque Dieu leur refuse la grâce irrésistible de l’obéissance. Dans cette même hypothèse , il est très-vrai que l’homme privé de la grâce ne pèche point en désobéissant à la loi ; parce qu’il est absurde que l’homme qui pèche soit condamnable et punissable, en ne faisant pas ce qu’il lui est impossible de faire. Or, il est impossible à l’homme de croire en Jésus- Christ et d’obéir à la loi sans la grâce.

Il est donc évident que les erreurs de ces diverses sectes à'aniinomiens ne pouvoient manquer d’éclore de la doctrine des prétendus réformateurs.

4“ Quelques-uns prétendent que l’on a aussi doimé le nom d'antinomiens a ceux qui soutiennent que , dans la pratique des bonnes œuvres, ifne faut avoir aucun égard aux motifs naturels , parce que les œuvres inspirées par ces motifs ne servent de rien au salut. Mais ces motifs ne sont point incompatibles avec ceux cpie la foi nous propose. Lorsque Jésus-Christ dit : « Donnez , et l’on vous B donnera ;... vous serez mesurés comme B vous aurez mesuré les antres , b Jmc., c. G , î. 5G ; « Accordez-vous promple- B ment en chemin avec votre adversaire, B de peur qu’il ne vous livre au Juge , et B que vous ne soyez mis en prison , b Malllt., r. S, Jr.'iri-, lors(|ue saint Paul dit: « Gloire, honneuret paix acpiicoinpie » fait le bien : etc. b Ils nous i)renncnt par notre propre iulérêt, motif très-na-

turel. Autre chose est de dire qu’il ne fautpas agir parles motifsnaturelsseuls.

et antre chose de soutenir qu’il ne faut jamais agir par aucun de ces motifs.

Quoiqu’une bonne œuvre faite par ces seuls motifs ne soit pas méritoire pour le salut , elle est cependant louable ; l’habitude d’en faire ainsi dispose, du moins indirectement , à en faire par (les motifs plus parfaits. Un païen vertueux par nature est sans doute mieux disposé qu’un païen vicieux à devenir chrétien , et à pratiquer la vertu lorsqu’il le sera. L’Eglise a condamné avec raison les théologiens qui ont enseigné que toutes les bonnes œuvres des infidèles sont des péchés , et que toutes les vertus des philosophes sont des vices. Foy. Infidèles , Œuvres.

ANTIOCHE. 11 paroît que l’Eglise de cette ville capitale de Syrie , est la plus ancienne après celle de Jérusalem ; selon la tradition, c’est là que saint Pierre établit son premier siège , et que les disciples de Jésus-Christ prirent le nom de chrétiens. Âct.*c. 11 , 19 et26; c. 13,

?. 1, etc. Saint Luc, l’un des évangélistes , étoit d’Antioche. Comme c’étoit la demeure du gouverneur romain qui commandoit dans la Palestine , il y avoit une relation nécessaire et continuelle entre Jérusalem et Antioche; ceux qui crurent en Jésus-Christ dans celte dernière ville , ne purent ignorer les faits qui s’étoient passés dans la première. Ce fut donc avec pleine connoissance de cause que plusieurs Juifs dé Antioche , et ensuite plusieurs païens, embrassèrent le christianisme. Il devoit y avoir parmi eux plusieurs témoins oculaires des miracles (pie Jésus-Christ avoit opérés immédialcment avant la pâque à laquelle il fut mis à mort, et de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres à la fête de la Pentecôte. Celle Eglise eut sans doute une liturgie propre dès son origine ; mais il n’est lias certain que ce soit celle qui a paru dans la suite sous le nom de saint Pierre. Foyez Liturgie.

Que saint Pierre ait fondé le siège épiscopal iVyJntioche avant d’aller à Home, c’est un fait attesté par les auteurs les plus respectables; Origène, Eusèbe,

ANT

saint Jérôme , saint Jean Chrysoslome , etc., en parlent comme d’une chose de laquelle personne n’a jamais douté; et la fête de la chaire de saint Pierre à Antioche est très-ancienne dans l’Eglise, Fies des Pères et des Martyrs, tom. 2, pag. 54S,

^Basnage, Ilist. de V Eglise, 1. 3, c. J, a fait tous ses efforts pour prouver le contraire parles Actes des apôtres; mais il n’en a tiré que des preuves négatives et des dilGcultés de chronologie , foibles armes pour renverser des témoignages positifs touchant un fait qui a dû être Irès-puhlic.

Au cinquième et au sixième siècle, le patriarcat de celte ville se nommoit le diocèse d’ Orient : il s’étendoit sur la Syrie, la Mésopotamie et la Cilicie; la ville fut saccagée par Chosroës , roi de Perse , l’an S40 , et prise par les Sarrasins mahomélans l’an 637. Les croisés la reprirent l’an 1098 , et les Turcs s’en sent emparés de nouveau en 1268. Aujourd’hui il y a trois évêques qui prennent le titre de patriarche d'Antioche : l’un est celui des melchiles, ou chrétiens grecs schismatiques ; l’autre celui des Syriens^monophysiles ou jacohites ; le troisième , celui des Syriens maronites , ou chrétiens catholiques attachés à l’Eglise romaine. On prétend que celui des jacohites s’est réuni depuis peu à celle même communion, avec plusieurs évêques de sa dépendance.

ANTIIWPES. On donne ce nom à ceux qui ont prétendu se faire reconnoitre pour souverains pontifes, au préjudice d’un pape légitimement élu ; on en compte depuis le troisième siècle jusqu’aujourd’hui vingt-huit.

ANTIPODES, hommes dont les pieds sont tournés vers les nôtres : c’est ce que signifie ce nom. Si nous en croyons Aventinus, dans ses Annales de Bavière, Bonifacc, archevêque de Mayence, et légat du pape Zacharie dans le huitième siècle, déclara hérétique un évêque de ce temps nommé Vigile ou Virgile, pour avoir osé soutenir qu’il y a des antipodes.

L’auteur d’une Dissertation imprimée dans les Mémoires de Trévoux ,

135 ANT

janvier 1708, soutient, 1° que ee fait n’est pas constaté ; le seul monument qui en reste est une lettre du pape Zacharie à Boniface : a S’il est prouvé , lui dit le » souverain pontife , que Vigile soutient D qu’il y a un autre monde et d’autres ® hommes sous cette terre, un autre so- » leil et une autre lune, assemblez un » concile , condamnez-le , chassez-le de ï l’Eglise après l’avoir dépouillé de la » prêtrise , etc. i> Il n’y a, dit cet auteur, aucune preuve que cet ordre du pape ait été exécuté : soit que l’accusation intentée contre Vigile se soit trouvée fausse, soit qu’il se soit expliqué ou rétracté , il est certain que depuis ce temps -là il vécut en bonne intelligence avec le pape, qu’il fut élevé à l’évêché de Salzbourg ; iiu’il a même été canonisé après sa mort, honneur qui ne lui auroit pas été rendu s’il avoitété condamné comme hérétique.

Il prétend, 2° que le pape Zacharie n’avoit pas tort ; que si Vigile avoit soutenu qu’il y avoit dans un autre monde d’autres hommes, c’est-à-dire, des hommes d’une espèce différente de la nôtre, et qui n’étoient pas comme nous enfants d’Adam; un autre soleil et une autre lune différents de ceux qui nous éclairent, cet évêque auroit été véritablement condamnable , parce que ce paradoxe seroit contraire àl’Ecrituresainte.

C’est dans ce sens que l’entendoit le pape Zacharie ; et c’est dans ce même sens que saint Augustin a rejeté les antipodes dans son seizième livre de la Cité de Dieu, c. 9.

Un critique moderne n’a pas goûté cette apologie. Selon lui , il vaut mieux s’en tenir à la tradition , qui nous apprend que Vigile fut condamné. A la vérité, railleur de cette tradition est Aventin, cabaretier de Bavière, qui a écrit dans les fureurs du luthéranisme ; mais les protestants ont recueilli avec soin toutes ses invectives contre les ecclésiastiques; ils y ajoutent foi, donc il faut faire comme eux. Selon ce critique il valoit mieux passer condamnation sur le pape Zacharie , parce qu’il n’est pas nécessaire que l’Eglise soit infaillible en matière de physique ; mais il n’est pas fort nécessaire non plus de condamner un pape sans raison , pour plaire à

quelques proteslauls. Il est vrai , dit le savant Leibnitz, que Boniface, archevêque de Mayence , a accusé Vigile de Salzbourg d’erreur sur ce point, et que le pape répond à sa lettre d’une manière qui fait paroîtrc qu’il donnoit assez dans le sens de Boniface ; mais on ne trouve point que cette accusation ait eu de suite. Les deux antagonistes passent pour saints; et les savants de Bavière , qui reardent Vigile comme un apôtre de la arintbie et des pays voisins , en ont justilié la mémoire. Esprit de Leibnitz, t. 2, p. 56.

Le critique dont nous parlons pense que Vigile pouvoit dire innocemment qu’il y avoit sous terre un autre soleil et une autre lune , comme nous disons que le soleil d’Ethiopie n’est pas le nôtre. Cela se peut dire sans doute en françois ; mais cela ne s’est jamais dit en latin, et dans cette langue la phrase avoit un sens tout différent.

Il convient que les anciens philosophes ont nié les antipodes aussi bien que les Pères de l’Eglise; ceux-ci n’étoient pas obligés d’être plus habiles en cosmographie que les philosophes de leur siècle. Cependant Philoponus , qui vivoit sur la fin du sixième siècle , a démontré, dans son livre de mundi Créât., 1. 5, c. 13, que saint Basile, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, saint Athanase , et la plus grande partie des Pères de l’Eglise, ont su que la terre est ronde. Il est même parlé des antipodes dans saint Hilaire, In Ps. 2, n. 23 ; dans Origènc , 1. 2, de Princip., c. 5 ; dans saint Clément, pape,Episl. I. ad Cor., n. 20. Foyez les notes. Il n’est donc pas vrai qu’en général les écrivains ecclésiastiques aient été dans l’erreur sur les an- /fpodesjusqu’auquinzièmesiècle, comme quelques auteurs l’ont prétendu.

ANTITACTES, anciens hérétiques gnostiques, ainsi nommés, parce qu’en avouant que Dieu , créateur de l’univers, étoit bon et juste , ils soutenoient qu’une de ses créatures avoit semé la zizanie , c’est-à-dire , créé le mal moral, et nous avoit engagés à le suivre, pour nous mettre eu opposition avec Dieu ; de là est dérivé leur nom , d’«>TiTT«Ticj , je m’op-

pose, je combats. Ils ajoutoient que les commandements de la loi avoient été donnés par de mauvais principes ; et loin de se faire scrupule de les transgresser , ils croyoient venger Dieu et se rendre agréables à ses yeux en les violant. Ils ont été précurseurs des manichéens. Foyez saint Clém. d’Alex., Strom., 1. 5; Dupin , BibL des Auteurs eccl. des trois premiers siècles; Tillemont , t. 2 , p. 337.

ANTITRINITAIRES. Ce nom convient à tous les hérétiques qui ont attaqué le mystère de la sainte Trinité, qui n’ont pas voulu reconnoître trois Personnes en Dieu. Les samosaténiens , qui n’admettoient point de distinction entre les Personnes di\ines , les ariens qui nioient la divinité du Verbe , les macédoniens qui contestoient celle du Saint-Esprit , ont été tous antitrinitaires. Sous ce nom , l’on entend aujourd’hui principalement les sociniens, que l’on appelle aussi unitaires. Foyez Sociniens. -»

ANTITYPE, mot grec, formé de la préposition àvrt , pour, au lieu, et de Tùnoç, figure, dans sa signification grammaticale, il veut dire ce que l’on met à la place d’un type, d’une figure; mais dans les auteurs il signifie simplement type, figure, ressemblance.

Il y a dans le nouveau Testament deux passages où ce mot est employé , et dont le sens a donné lieu à des disputes.

I» Dans VEpitre aux Hébreux , c. 9,

24 , il est dit : « Jésus-Christ n’est » point entré dans un sanctuaire fait de » la main des hommes et figure, àvTt- » Tü7r«, du vrai sanctuaire , mais dans le » ciel même , afin de se présenter à Dieu » pour nous.» 2“ Dans la première A" jiùre de saint Pierre, c. 9 , jf . 21 , le baptême est comparé à l’arche de Noé , qui préserva du déluge universel ce patriarche et sa famille ; il en est appelé xj-zhunov, ce que la vulgate rend par similis forma;, ressemblant. Nous ne voyons pas que, dans l’un ni dans l’autre de ces passages, il soit nécessaire d’abandonner le sens ordinaire du terme pour recourir à la signification grammaticale.

Le mot antitype se trouve souvent dans les écrits des Bères grecs et dans la

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liturgie de leur Eglise, pour désigner rEucharislie même après la consécration ; de là les protestants ont conclu que, selon la croyance de l’Eglise grecque , ce sacrement n’est que la figure du corps de Jésus-Christ.

Celte conséquence nous paroît fausse.

Quoique les espèces eucharistiques renferment le corps de Jésus-Christ, elles en sont cependant la figure, le type, le symbole, ce qui paroît aux yeux ; puisque ce corps n’y paroît point sous ses qualités sensibles, mais sous les apparences du pain.

Il est vrai que Marc d’Ephèse , le patriarche Jérémie, et d’autres Grecs , disent que dans la liturgie de saint Basile le pain et le vin sont appelés aniitypes avant la consécration. Cela n’empêche pas qu’ils ne puissent être nommés de même après, puisque par la consécration il ne se fait aucun changement dans les qualités sensibles ou dans les apparences du pain et du vin ; la figure demeure donc la même , quoique la substance soit changée.

Qu’importe l’abus que l’on peut faire d’un mot lorsque la croyance est prouvée d’ailleurs ? Au concile de Florence, les Grecs ont solennellement déclaré qu’ils croyoient Jésus-Christ réellement présent dans l’Eucharistie , après la consécration ; toute leur dispute avec les Latins consistoit à savoir si après la consécration les symboles dévoient encore être appelés aniitypes : contestation qui nous paroît assez frivole. Après la consécration, nous disons encore symboles eucharistiques ; pourquoi les Grecs ne pourroient-ils pas dire antitypes dans le même sens ?

Il n’est donc pas nécessaire de changer la signification usuelle de ce terme , de supposer que antitype signifie ce qui est mis à la place de la figure ; le corps de Jésus-Christ n’est point mis au lieu de la figure , mais au lieu de la substance du pain : et celte substance n’a jamais pu être appelée figure en aucun sens.

Dans le septième concile général , saint Jean Damascène , les diacres Jean et Epiphane , voulant expliquer la pensée des lilmgistcs grecs sur ce sujet, disent,

qu’en nommant l’Eucharistie antitype, ces auteurs avoient égard au temps qui avoit précédé la consécration , et non à celui qui la suit. Simon , Hist. crû. de la croyance des nations du Levant. Cette explication ne paroît pas fort nécessaire. Ce qui étoit figure avant la consécration , l’est encore après, puisque par la consécration rien ne change dans la figure , ou dans ce qui paroît à nos yeux.

Nous avons à présent des monuments si authentiques de la croyance des différentes sectes que renferme l’Eglise grecque , des melchites , des jacobites syriens , des nesto riens, des cophtes eutychiens , etc., que les protestants n’oseroient plus former aucune contestation sur ce point. Foyez la Perpétuité de la Foi.

ANTOINE ( saint ). Chanoines réguliers de saint Antoine de Viennois. Foy. le Dictionnaire de Jurisprudence.

ANTONIN ( saint }, archevêque de Florence, mort l’an 14o9, assista en qualité de théologien au concile général (lui y fut tenu en 1459, lorsqu’il n’étoit encore que religieux de saint Dominique. On a de lui une somme théologique dans laquelle il traite des vertus et des vices, plusieurs sermons et d’autres livres de morale.

AOD. Il est dit dans le livre des Juges, que les Israélites , en punition de leur idolâtrie, furent subjugués par Eglon , roi de Moab , et lui furent assujettis pendant dix-huit ans ; que Dieu leur suscita un vengeur dans la personne d'Aod. Cet homme tua Eglon en feignant d’avoir à lui parler, se mit à la tête des Israélites, gagna une bataille, et les affranchit du joug des Moabiles. Les censeurs de riiistoire sainte disent cpx'Aod fut coupable d’un régicide , que c’est un très-mauvais exemple à proposer à tout peuple mécontcntde son souverain, qu’il a été la cause de plusieurs crimes de même espèce.

Celle décision nous surprendroit moins , si nous ne connoissions pas d’ailleurs la morale enseignée par ces mêmes censeurs. Ils soutiennent qu’un conquérant n’acquiert aucune souveraineté sur une nation vaincue , que par le consen-

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