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tcment de celle-ci; que jusqu’à ce qu’elle l’ait reconnu librement pour son roi , tout acte d’autorité qu’il exerce est une violence et une usurpation; qu’elle a droit de s’en rédimer par la force quand elle le pourra. Qu’ils nous montrent le traité par lequel les Israélites avoienl librement reconnu Eglon pour leur roi.
On nomme régicide un sujet qui tue son propre roi , et non celui qui tue un roi ennemi pour mettre en liberté ses compatriotes. Chez les anciens peuples on croyoit généralement que la fourberie étoit permise contre les ennemis de l’état. Mutins Scævola ne fut point accusé de régicide , pour avoir voulu tuer par surprise Porsenna qui assiégeait Rome.
D’ailleurs, lorsque l’Ecriture dit que Dieu suscita un libérateur à son peuple , elle n’enseigne point que Dieu lui inspira le mensonge, ni le meurtre qu’il commit; une action citée comme un trait de courage, n’est pas louée pour cela comme un acte de justice.
Souvenons-nous toujours que c’est l’Evangile qui a donné aux nations chrétiennes les vraies notions du droit des gens et du droit politique , soit en paix , soit en guerre ; que ces notions n’existent point , et n’ont jamais existé ailleurs.
APATHIE, insensibilité; c’est l’état auquel aspiroient les stoïciens. Quoique les anciens écrivains ecclésiastiques se soient quelquefois servis de ce terme pour exprimer la patience et le détachement des choses de ce monde que l’Evangile nous prêche, il n’en faut pas conclure que Jésus-Christ a voulu faire de ses disciples autant de stoïciens , et nous inspirer une Insensibilité absolue.
1° Ces philosophes interdisoient au sage, sous le nom de passions ^ les aflcclions naturelles les plus modérées et les plus légitimes, l’amitié entre les parents, la pitié pour ceux qui souffrent, l’amour du bien public, etc. L’Evangile , loin de nous défendre ces sentiments, nous les commande sous le nom général ilccliarilé s il ne les désapprouve que quand ils sont portés à l’excès , et peuvent devenir pour nous une occasion de péché; et en effet , les affections cl les |tcnchanls naturels ne doivent être nommés pas-
sions, que quand ils sont poussés à l’excès. Voyez Passions.
2® Les stoïciens n’aspiroient à l’insensibilité que par un principe d’orgueil ; ils j ugeoient les choses de ce monde i ndignes d’affecter l’âme du sage ; c’étoit une inhumanité réfléchie. Jésus-Christ veut que nous conservions la tranquillité d’âme par un motif de confiance en Dieu, que nous aimions nos semblables en Dieu et pour Dieu.
3° Si ses leçons pouvoient nous laisser des doutes , il les a expliquées par son exemple : il a aimé tendrement ses proches et ses amis ; il a répandu des larmes sur le tombeau de Lazare ; il a pleuré sur la ruine future de Jérusalem et des Juifs; il n’a rencontré aucun malheureux sans le soulager, etc. Ce n’est pas là du stoïcisme.
4° Jésus-Christ n’a ordonné le renoncement absolu qu’à ceux qu’il deslinoit à la prédication de l’Evangile ; il n’a conseillé à aucun autre de ses auditeurs de quitter son état, ou de négliger les devoirs de la société ; au contraire, saint Paul enjoint à ceux qui se sont convertis, de demeurer chacun dans l’état où il a reçu sa vocation à la foi. I. Cor., c. 7, ^ 20.
Mais on accuse quelques Pères de l’Eglise d’avoir enseigné la même morale que les stoïciens , d’avoir exigé qu’un chrétien fût sans passions ; c’est un des principaux reproches que Barbeyrac fit à saint Clément d’Alexandrie. Traité de la morale des Pères , chap. S , § 16.
Expliquons les termes , le scandale sera réparé. Nous disons qu’un homme csisans passions, lorsqu’il les réprime si parfaitement qu’il n’en pareil rien au deliors, et qu’elles ne lui font commettre aucune faute : nous disons <pi’il est insensible, lorsqu’il ne donne aucun signe extérieur de sensibilité. Voilà ce que veut saint Clément. Déjà nous avons observé que nos penchants naturels ne sont censés passions que quand ils sont portés à l’excès. Or, cet excès |)eut-il être permis? L’Evangile condamne formellement toutes les passions, l’orgueil, l’ambition, la vaine gloire, même dans les bonnes œuvres, rattachement aux ri-
chesses , le désir de les posséder , l’inquiétude pour l’avenir , la volupté et tout ce qui peut y porter, le simple désir des plaisirs défendus , la jalousie et la haine, la colère et l’impatience , le ressentiment et les projets de vengeance , l’intempérance , la mollesse, l’oisiveté, etc. Jésus- Christ nous commande toutes les vertus opposées ; il seroit aisé de le faire voir en détail. Saint Clément n’exige rien de plus , et l’on ne peut lui faire aucun reproche qui n’ait été tourné par les incrédules contre Jésus-Christ et contre les apôtres. Voyez Morale chrétienne.
APELLITES, ou APELLÉIENS, comme les nomme saint Epiphane; hérétiques du second siècle , sectateurs d’Apelîes , disciple de Marcion, mais qui ne suivit pas en toutes choses les sentiments de son maître. Il n’admit pas comme lui deux dieux , ou deux principes actifs et coéternels, mais un seul Dieu existant de soi-méme et souverainement bon ; probablement néanmoins il supposoit l’éternité de la matière. Selon lui , le monde n’avoit pas été fait par ce Dieu bon, mais par®*un esprit d’un rang inférieur, dont l’impuissance et la maladresse étoient cause des maux que nous éprouvons. Pensoit-il que Dieu avoit créé libremeitl cet ouvrier malhabile, ou que celui-ci étoit sorti nécessairement de Dieu par émanation? Les anciens n’en disent rien. Au reste, Apelles n’accusoit point cet esprit de méchanceté : il supposoitaucontraireqiiepar ses prières il avoit obtenu que Dieu envoyât son Fils sur la terre, afin de corriger le monde.
Il ne soutenoit point avec Marcion que le Fils de Dieu n’avoit eu qu’une chair apparente, et avoit fait illusion à tous les sens; mais il prélendoit qu’en descendant du ciel le Fils de Dieu s’étoit formé lui-même un corps tiré des quatre éléments, sans s’incarner dans le sein d’une vierge; qu’il avoit réellement soulïert; qu’il étoit mort et ressuscité; qu’avant son ascension il avoit rendu aux éléments le corps qu’il en avoit tiré; que son âme seule étoit retournée au ciel.
Conséquemment il nioit, aussi bien que Marcion, la résurrection future de la chair, il ne rejeloit pas ahsolumenl,
comme lui, tout l’ancien Testament:
Mais il y a, disoit-il, du bon et du mauvais ; c’est à nous de choisir , et c’est ce que Jésus-Christ a voulu dire , lorsqu’il nous a ordonné d’être de bons changeurs. On l’accuse de ne pas avoir imité la continence de son maître, de s’être livré à des femmes , d’avoir même été séduit par une certaine Philumène, qu’il regardoit comme une inspirée et une prophétesse.
La multitude des sectes qui ont paru dans le second siècle , la variété des rêveries forgées par leurs divers docteurs , nous donneront souvent occasion de faire des réflexions. 1° Tous ces raisonneurs étoient des philosophes sortis de l’école d’Alexandrie , ou d’ailleurs , qui vouloient accorder les dogmes du christianisme avec la doctrine de Pythagore et de Platon, et en savoir plus qu’il n’a plu à Dieu de nous en révéler. 2“ Tous vouloient expliquer l’origine du mal, et aucune de leurs hypothèses ne résolvoit la dilficulté. Si c’est Dieu qui a créé lihrement le fornJdleur du monde en prévoyant le mal qui arriveroit , il en est responsable comme s’il l’avoit fait lui-même. Si cet ouvrier a existé nécessairement, tout est fatalité pure; autant vaut dire que Dieu n’a pas pu mieux faire. 5“ Quoiqu’intéressés à révoquer en doute l’histoire de l’Evangile , et à portée d’en vérifier les faits , ils n’ont pas osé récuser le témoignage des apôtres , ils l’ont plutôt confirmé. 4° Saint Paul les a peints d’aprèsnature, IL Tim., c. 4, f. 4. <t Ils ne pourront, dit-il, souf- » frir une saine doctrine; ils auront la » démangeaison d’écouter de nouveaux » maîtres : ils fermeront leurs oreilles à » la vérité, et courront après des fables.»
APIITHARTODOCÈTES. Voyez Incorruptibles.
APOCALYPSE , du grec Ù7:oxxXu<pi?, révélation; c’est le nom du dernier livre canonique de l’Ecriture.
Il contrent, en vingt-deux chapitres, une prophétie touchant l’état de l’Eglise , depuis l’ascension de Jésus-Christ au ciel jusqu’au dernier jugement, et c’est comme la conclusion de toutes les saintes Ecritures, afin que les fidèles, rccon-
iioissant la conformité des révélations de la nouvelle alliance avec les prédictions de l’ancienne, soient confirmés dans l’attente du dernier avènement de Jésus-Christ. Ces révélations furent faites à l’apôtre saint Jean, durant son exil dans l’ile de Patmos, pendant la persécution dcDomitien.
L’enchaînement d’idées sublimes et prophétiques qui composent VAyocalypse, a toujours été un labyrinthe pour les plus grands génies , et un écueil pour la plupart des commentateurs. On sait par quelles rêveries Drabicius, Joseph Mède, le ministre Jurieu , le grand Newton lui-même , ont prétendu l’expliquer ; ces vaines tentatives sont bien propres à humilier l’esprit humain.
On a longtemps disputé dans les premiers siècles de l’Eglise sur l’authenticité et la canonicité de ce livre : mais ces deux points sont aujourd’hui pleinement éclaircis. Quant à son authenticité , quelques anciens la nioient : Cérinthe , disoient-ils, avoit attribué V Apocalypse à saint Jean, pour donner du poids à ses rêveries, et pour établir le règne de Jésus-Christ pendant mille ans sur la terre après le jugement. Voyez Millénaihes.
Saint Denys d’Alexandrie , cité par Eusèbe, l’altribue à un écrivain nommé Jean, différent de l’évangéliste. Il est vrai que les anciennes copies grecques, tant manuscrites qu’imprimées, de VApocalypse, portent en tête le nom de Jean le divin. Mais on sait que les Pères grecs donnent par excellence ce surnom à l’apôtre saint Jean, pour le distinguer des autres évangélistes , et parce qu’il a traité spécialement de la divinité du Verbe. A cette raison l’on ajoute, 1" que dans V Apocalypse saint Jean est nommément désigné par ces termes : à Jean qui a publié la parole de Dieu, et qui a rendu témoignage de tout ce qu’il a vu de Jésus-Christ; caractères qui ne conviennent qu’à l’apôtre. 2“ Ce livre est adressé aux sept Eglises d’Aîiie , dont saint Jean avoit le gouvernement. 3“ Il est écrit de l’ilc de Paliuos, où saint Irénéc , Eusèljc et tous les anciens conviennent (pic l’apôlre saint Jean fut relégué en 93, et d’où il revint en 98,
époque qui fixe encore le temps où l’ouvrage fut composé. 4" Enfin , plusieurs auteurs voisins des temps apostoliques, tels que saint Justin, saint Irénée, Origène, Victorin, et après eux une foule de Pères et d’auteurs ecclésiastiques , l’attribuent à saint Jean l’évangéliste.
V oyez Authenticité et Authentique.
Quant à sa canonicité , elle n’a pas été moins contestée. Saint Jérôme rapporte que dans l’Eglise grecque , même de son temps, on la révoquoit en doute. Eusèbe et saint Epiphane en conviennent.
Dans les catalogues des livres saints, dressés par le concile de Laodicée , par saint Grégoire de Nazianze, par saint Cyrille de Jérusalem, et par quelques autres auteurs Grecs , il n’en est fait aucune mention. Mais on l’a toujours regardée comme canonique dans l’Eglise latine. C’est le sentiment de saint Augustin, de saint Irénée, de Théophile d’Antioche , de Méliton , d’Apollonius , et de Clément Alexandrin. Le troisième concile de Carthage , tenu en 397 , l’inséra dans le canon des Ecritures , et depuis ce temps-là l’Eglise d’Orientl’a admise comme celle d’Occident.
Les alogiens , hérétiques du second siècle, rejetoient V Apocalypse, dont ils tournoient les révélations en ridicule, surtout celles des sept trompettes , des quatre anges liés sur l’Euphrate, etc.
Saint Epiphane, répondant à leurs invectives, observe que l'Apocalypse , n’étant pas une simple histoire, mais une prophétie, il ne doit pas paroître étrange que ce livre soit écrit dans un style figuré , semblable à celui des prophètes de l’ancien Testament.
La dilBculté la plus spécieuse qu’ils opposassent à l’authenticité de l'Apocalypse, étoil fondée sur ce qu’on lit au cil. \\ , ^. 18 : Ecrivez à l’ange de l’Eglise de Thyatire. Or, ajoutoient-ils , du Icmps de l’apôtre saint Jean, il n’y avoit nulle Eglise chrétienne à Thyatire. Saint Epiphane convient du fait, et répond (pie l’apôtre parlant d’une chose future, c’est-à-dire, de l’Eglise qui devoit être un jour établie à Thyatire, en parle comme d’une chose présente et accomplie , suivant l’usage des prophètes. Gro-
lias remarque qu’encore qu’il n’y eût aucune église de païens convertis à Thyatire, quand saint Jean écrivit son Apocalypse, il y en avoit néanmoins une de Juifs, semblable à celle qui s’étoit établie à Thessalonique avant que saint Paul y prêchât.
Il y a eu plusieurs Apocalypses supposées. Saint Clément , dans ses Hypotj'poses, parle d’une Apocalypse de saint Pierre ; et Sozomène ajoute qu’on la üsoit tous les ans vers Pâques dans les Eglises de Palestine. Ce dernier parle encore d’une Apocalypse de saint Paul, que les moines eslimoient autrefois , et que les coplites modernes sc vantent de posséder. Eusèbe fait aussi mention de r Apocalypse d’Adam; saint Epiphane , de celle d’ Abraham , supposée par les hérétiques sélhiens , et des révélations de Seth et de Narie femme de Noé , par les gnostiques. Nicéphore parle d’une Apocalypse d’Esdras , Gratien et Cédrène d’une Apocalypse de Moïse, d’une attribuée à saint Thomas, d’une troisième de saint Etienne , et saint Jérôme d’une quatrième, dont on faisoit auteur le prophète Elie. Porphyre , dans la Fie de Plolin, cite les Apocalypses de Zoroastre , de Zostrein , de Nicolhée, d’ Allogènes, etc., livres dont on ne connoit plus que les titres, et qui vraisemblablement n’étoient que des recueils de fables. Sixt. Sencns.,lib. 11 et VI. Dupin, Dis sert, prélim., tom. 111; Bibliol. des Aut. eccle's.
On ne doit pas être étonné de ce que les calvinistes ont toujours refusé de reconnoître la canonicité de l’Apocalypse. Ce livre renferme un tableau de la liturgie apostolique qui ne leur est pas favorable. Foyez Liturgie. De nos jours, Abauzit , professeur à Lausanne, a fait une dissertation contre Y Apocalypse; le plus célèbre des incrédules modernes en a cofiié les objections dans deux ou trois de ses ouvrages. Les anglicans au contraire mettent ce livre au nombre des saintes Ecritures ; de[)uis peu, le savant Lardner a rassemblé les témoignages des anciens sur ce sujet.
Credihility of the Gospel Ilislory , tom. ■17, p. 3ü6. Ceux qui ont truité ce point
de critique sacrée, ne paroissent pas avoir fait attention que le pape saint Clément, l’un des Pères apostoliques, fait évidemment allusion à deux passages de ce livre. Dans sa première lettre aux Corinthiens , n. M, on ht : « Voici K le Seigneur; sa récompense est avec D lui , pour rendre à chacun selon ses D œuvres. » Ces mêmes paroles se trouvent , Apoc., c. 22, f. 12. La lettre finit par ces mots : t A Dieu , par Jésus- » Christ, gloire, honneur, puissance, » majesté, trône éternel, depuis les sièï des et pour toujours. » F oy. Apocalypse, c. S, 13.
Mais, comme ce fnTe sembloit favoriser l’erreur des millénaires, on craignoit que Cérinthe ne l’eût supposé pour établir cette fausse opinion ; c’est ce qui empêcha d’abord plusieurs catholiques de le reconnoître pour canonique. Le doute a cessé, lorsqu’on a vu que le vrai sens ne donnoit aucun lieu à cette erreur.
Pour affoiblir les témoignages qui déposent en faveur de l’authenticité de l’Apocalypse, les protestants disent que les Pères ne l’ont admise, que parce qu’ils étoient millénaires. Tout au contraire , ceux qui ont embrassé l’opinion des millénaires, ne l’ont fait que parce qu’ils la croyoient enseignée dans l’Apocalypse; et quelques-uns d’entre eux, qui ont réfuté les millénaires, ont cependant reçu l’ Apocalypse comme un livre canonique; c’est ce qu’a fait Origène. Avant le troisième siècle , on ne peut citer aucun des Pères qui ait formellement rejeté ce livre.
Une autre objection des calvinistes, est que ces mêmes Pères ont reçu comme authentiques plusieurs autres écrits, dont la supposition et la fausseté ont été reconnues dans la suite ; qu’ils ont ajouté foi à plusieurs histoires évidemment fabuleuses. Soit. Si pour prouver l’authenticité d’un livre quelconque, il faut des témoins (jui aient été infaillibles et à couvert de toute erreur , nous demandons aux calvinistes qui sont les témoins auxquels ils se lient pour croire l’aiitheiilicité et la canonicitédes livresqu’ils admettent. Ils n’ont pas vu qu’en alléguant ce reproche, ils sapoicni pai; lo
fondement toute espèce de certitude morale, toute espèce de preuve pour constater des faits.
Puisque des livres qui avaient d’a- Lord passé pour authentiques , ont été reconnus dans la suite pour supposés et apocryphes, nous demandons encore pourquoi d’autres livres, dont on avait d’abord soupçonné la supposition , n’ont pas pu dans la suite être reconnus pour authentiques. Les mêmes règles de critique qui nous font douter d’un fait lorsqu’il n’est pas encore suffisamment prouvé, doivent sans doute nous le faire croire lorsque nous avons découvert des preuves.
C’est ce qui est arrivé à l’égard de plusieurs livres de l’Ecriture sainte, et en particulier de VJpocalypse. En 597 , le concile de Carthage la mit au rang des livres sacrés, quoique les conciles précédents ne l’eussent pas encore reçue comme canonique.
On sait que le quatrième siècle, lorsque la paix eut été rendue à l’Eglise , fut un temps de lumière , de recherches , de savantes discussions ; les monuments des siècles précédents furent rassemblés et comparés , la tradition fut interrogée, les témoins confrontés ; ce qui avoit été obscur et douteux jusqu’alors , put devenir certain et incontestable. Tant que l’hérésie des millénaires avoit subsisté , l’Eglise avoit craint de l’autoriser en canonisant VJpocalypse; lorsque cette secte fut éteinte, il n’y eut plus de danger.
Ccausobre, Histoire du manichéisme, 2» part., 1. I, chap. 5, § 5, soutient que les Eglises orientales du rit syrien ii’oiit point reconnu VJpocalypse pour canonique, puisqu’elle ne se trouve pas dans l’ancienne version syriaque du nouveau Testament, dont ces Eglises se sont toujours servies; mais il se trompe; nous ferons voir le contraire au mot BiuLts .SvniAQL'ES.
•iAl>0(;UIÎ.\S. C’est la semaine qui répond il celle que nous api)clons la sepîuagésime. Les Grecs rappellent apocreas, ou privation de chair, parce (pi’après le dimanche (jui la suit , on cesse de manger de la chair, et l’on use de
laitage jusqu’au second jour après la quinquagésime, que commence le grand jeûne de carême. Pendant Vapocréas, on ne chante ni triode ni alléluia. .
APOCPdSAIRE, ou .4POCRISIAIRE, répondant, député, envoyé, terme grec dérivé éVà-noxpivo/xm, je réponds. L’on appcloit ainsi dans l’Eglise grecque des ecclésiastiques envoyés dans la ville impériale par les Eglises , par les évêques ou par les 'monastères, pour y poursuivre les affaires qu’ils avaient à la cour. Justinien, par une loi, défendit aux évêques de s’absenter pour longtemps de leurs diocèses, sans en avoir reçu un ordre exprès de sa part, et il leur ordonna d’envoyer V apocrisiaire ou l’économe de leur Eglise à la cour , lorsqu’ils y auraient des affaires à traiter. Dans la suite les empereurs nommèrent aussi apocrisiaircs leurs ambassadeurs et leurs envoyés ; mais il ne laut pas les confondre avec les députés ecclésiastiques. Ringham, Origin. ecclés., 1. 5, c. 13, §6; iuslm., Novell. FI, c.2.
APOCRYPHE, du grec ànoxpupa;, terme qui, selon son étymologie, signifie caché.
En ce sens, on nommoit apocryphe tout écrit gardé secrètement et dérobé à la connaissance du public. Ainsi les livres des sibylles à Rome , confiés à la garde des décemvirs ; les annales d’Egypte et de Tyr , dont les prêtres seuls de ces royaumes étoient dépositaires , et dont la lecture n’étoit pas permise indifféremment à tout le monde, étoient des livres apocryphes. Parmi les divines Ecritures de l’ancien Testament, un livre pouvoit être en même temps, dans ce sens général , un livre sacré et divin, et un livre apocryphe : sacré et divin, ])arce ([u’ou en connoissoit l’origine, ([u’on savoit qu’il avoit été révélé; apocryphe, ])arce qu’il étoit déposé dans le tcmi)le , cl qu’il n’avoit point été comnmui(|ué au peuple. Car, lorsque les Juifs publioicnt leurs livres sacrés, ils les appeloicnt canoni(iucs et divins , cl le nom d'apocryphes rcsloit à ceux qu’ils gardoienl dans leurs archives, ce qui n’cmpêclioit pas ipi’ils ne pussent être sacrés cl divins, (pioiqu'ils ne fussent
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pas connus pour tels du public. Ainsi, avant la traduction des septante , les livres de l’ancien Testament pouvoient être appelés apocryphes par rapport aux gentils et par rapport aux Juifs ; la même qualification convenoit aux livres qui n’étoient pas insérés dans le canon ou le catalogue public desEcritures. C’est précisément ainsi qu’il faut entendre ce que dit saint Epiphane, que les livres apocryphes ne sont point déposés dans l’arche parmi les autres écrits inspirés.
Dans le christianisme , on a attaché au mot apocryphe une signification différente, et on l’emploie pour exprimer tout livre douteux , dont l’auteur est incertain , et sur la foi duquel on ne peut faire fonds , comme on peut voir dans saint Jérôme, et dans quelques autres Pères grecs et latins plus anciens que lui : ainsi l’on dit un livre, un passage, une histoire apocryphe, etc., lorsqu’il y a de fortes raisons de suspecter leur authenticité , et de penser que ces écrits sont supposés. En matière de doctrine, on nomme apocryphes les livres des hérétiques, et même des livres qui ne contiennent aucune erreur, mais qui ne sont point reconnus pour divins, c’est-à-dire, qui n’ont été mis ni par la synagogue , ni par l’Eglise, dans le canon , pour être lus en public dans les assemblées des juifs ou des chrétiens.
Dans le doute si un livre est canonique ou apocryphe, s’il doit faire autorité ou non en matière de religion, on sent 1a nécessité d’un tribunal supérieur et infaillible pour fixer l’incertitude des esprits ; et ce tribunal est l’Eglise , à laquelle seule il appartient de donner à un livre le titre de divin, ou de le rejeter comme supposé.
Les catholiques et les protestants ont eu des disputes très-vives sur l’autorité de quelques livres que ces derniers traitent (T apocryphes , comme Judith, Esdras,les Machabées : les premiers se sont fondés sur les anciens canons ou catalogues , et sur le témoignage uniforme des Pères ; les autres sur la tradition de quelques Eglises. La question est de savoir si l’opinion d’un petit nombre d’Eglises particulières doit l’em-
porter sur celle du plus grand nombre.
Les livres reconnus pour apocryphes par l’Eglise catholique , qui sont véritablement hors du canon de l’ancien Testament, et que nous avons encore aujourd’hui, sont V Oraison de Manassès, qui est à la fin des bibles ordinaires ; le troisième et 1e quatrième livre des Machabées. A la fin de Job , on trouve une addition dans le grec qui contient une généalogie de Job , avec un discours de la femme de Job ; on voit aussi , dans l’édition grecque , un psaume qui n’est pas du nombre des cent cinquante ; et à la fin du livre de la Sagesse , un discours de Salomon , tiré du huitième chapitre du troisième livre des Rois. Nous n’avons plus le livre d’Enoch , si célèbre dans l’antiquité ; et , selon saint Augustin , on en supposa un autre plein de fictions, que tous les Pères, excepté Tertullien, ont regardé comme apocryphe. 11 faut aussi ranger dans la classe des ouvrages apocryphes , le livre de V Assomption de Mo'ise , et celui de l’Assomption ou Apocalypse d’EUe.
Quelques juifs ont supposé des livres sous le nom des patriarches , comme celui des Générations étemelles , qu’ils altribuoient à Adam. Les ébionites avoient pareillement supposé un livre intitulé V Echelle de Jacob , et un autre qui avoit pour titre , la Généalogie des fils et des filles d’Adam, ouvrages imaginés ou par des juifs, amateurs des fictions, ou par les hérétiques, qui , par cet artifice , semoient leurs opinions et en recherchoient l’origine jusque dans une antiquité propre à en imposer à des yeux peu clairvoyants.
Lorsque l’Eglise a déclaré un livre apocryphe, et l’a exclu du canon des Ecritures , elle n’a pas prétendu décider par là que c’est un livre sans autorité et supposé sous un faux nom. Ainsi le Pasteur d’IJermas , que plusieurs anciens Pères ont placé dans le même rang que les livres sacrés ,' n’a plus aujourd’hui la meme autorité ; il ne s’ensuit pas qu’il soit faussement attribué à Hermas , et absolument indigne de croyance.
Plusieurs criticjues , instruits d’ailleurs, semblent n’avoir pas assez fait cetto
distinclion : parce qu’un ouvrage est regardé comme apocryphe , ils ont conclu que c’a été la production d’un imposteur.
C’est la méprise dans laquelle paroît être tombé l’auteur d’un mémoire sur les ouvrages apocryphes supposés dans les premiers siècles de l'Eglise, Mém.
de l’Acad. des Inscript., t. XXVII , in-i, p. 95 , qui a été copié par l’auteur de YExamen critique des apologistes de la Religion chrétienne , c. 2. Il met à peu près sur la même ligne les livres notoirement supposés et forges par les hérétiques , les écrits dont les auteurs ne sont pas certainement connus , mais qui ne renferment aucune erreur , et les ouvrages dont les auteurs sont connus, mais qui ne doivent pas être placés dans le canon des livres sacrés , parce que le pape Gélase les a tous déclarés apocryphes. Il est cependant évident qu’il y a une grande différence à mettre entre les uns et les autres.
Nous convenons 1® que les faux Evangiles, publiés sous les noms de saint Pierre, de saint Jacques , de saint Mathias, etc., les faux Actes des Apôtres , les fausses Apocalypses , sont ou des impostures faites malicieusement par des hérétiques , dans le dessein d’établir leurs erreurs , et qui ne méritent aucune attention; ou des histoires faites innocemment par des écrivains mal instruits et trop crédules , mais qui n’avoient aucune intention de tromper :
une partie de ces différentes productions a paru dans le second siècle ; le reste ne nouâ est connu que par le décret de Gélase , porté sur la lin du cinquième siècle. Tout cela ne doit point être confondu.
2" Nous convenons que l’authenticité de la Lettre d’Âhgare n’est pas incontestable , qu’il n’est [>as absolument certain que les apôtres aient eux - mêmes jomposé le symbole qui porte leur nom, non plus que les liturgies <jui leur sont attribuées et les canons appelés Canons des jdpdtres ; mais ces écrits sont - ils apocryphes dans le même sens «pic les précédents? I.c symbole est vérilablement le précis de la doctrine des a[)ô-
tres, leurs liturgies sont très-anciennes , et ont été en usage dès les premiers siècles dans plusieurs Eglises ; les canons apostoliques sont l’ouvrage des premiers conciles , et un monument de la discipline suivie pour lors dans l’Eglise. Ce sont donc des pièces respectables , que Ton ne peut rejeter absolument sans témérité.
5° Nous soutenons que le Pasteur d’IIermas , \d. Lettre de saint Barnabé, les deux Lettres de saint Clément, les sept Lettres de saint Ignace , sont authentiques , sont véritablement des auteurs auxquels on les attribue ; mais que Ton ne doit pas les mettre au rang des livres sacrés ou des écritures canoniques : c’est dans ce sens seulement que Ton peut les nommer apocryphes.
Nous parlerons de ces divers écrits sous leurs noms propres , de même que du célèbre passage de Josèphe , des livres des sibylles , etc. t
Quand on a fait une fois toutes ces distinctions , Ton n’est plus étonné du grand nombre d’écrits supposés dans les premiers siècles et dans les suivants, parce que Ton voit les causes des dilTérentes espèces de suppositions ; il est aisé de montrer que la multitude des livres rejetés comme apocryphes ne peut former aucun préjugé contre Tau- Ihenticité ou contre la canonicité des autres; il en résulte que le jugement des critiques anciens ou modernes n’est |ias une règle infaillible , que la seule décision à laquelle on puisse se lier sans aucun danger d’erreur , est celle de TEglisc.
Moslieim prétend que la multitude des livres apocryphes, supposés dans le second cl le troisième siècle de l’Eglise, est venue de la méthode de disputer qui s’introduisit parmi les Pères et les docteurs de ces temps-15. Suivant son opinion, les docteurs ebréliens , élevés dans les écoles des rhéleurs et des sopbislcs , ne se lircut aucun scrupule d’adopler la maxime des platoniciens , (|ui pensoient qu’il étoit permis d’employer le mensonge et Tiinposturc pour soutenir la vérité. Consé(picmment les écrivains ecclésiastiques, en disputant
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contre les païens et contre les hérétiques , furent plus occupés du soin de vaincre leurs adversaires ou de les réduire au silence, que de leur montrer In vérité ; et cette manière de traiter les controverses fut nommée économique.
Ou supposa des livres sous des noms respectables ; on employa des fraudes pieuses, etc. Ilist. ecclésiast. du second siècle, 2« part., c. 3, § IS; troisième siècle, 2' part., c. 5, § 10.
Au mot Economie , nous réfuterons cette calomnie forgée par les protestants, par nécessité de système, pour déprimer l’autorité des Pères de l’Eglise , et avidement adoptée par les incrédules modernes; nous ferons voir que ces accusateurs téméraires ont prêté aux docteurs chrétiens leur propre génie et leur méthode de disputer. En parlant du second siècle , Mosheim n’avoit pas osé alllrmer cette imputation : « On auroit • tort, dit -il, d’attribuer toutes ces » fraudes pieuses aux vrais chrétiens ; » la plupart des ouvrages apocryphes » furent la production de l’esprit fertile » des gnostiques; mais je ne saurois as- » surer que les vrais chrétiens ont été » entièrement exempts de ce reproche. »
Sous le troisième siècle , il a été plus hardi ; il accuse les controversistes d’avoir supposé les canons des apôtres, les constitutions apostoliques , les récognitions de saint Clément , et les clémentines.
Heureusement la calomnie se dément ici elle-même; de l’aveu de Mosheim , les canons des apôtres renferment la disdpline suivie dans l’Eglise pendant le second et le troisième siècle : or , à cette époque, on a fait profession de suivre ce que les apôtres avoient établi dans les Eglises qu’ils avoient fondées , où est la fausseté , où est la fraude , d’avoir nommé canons apostoliques les règles qui iransmeltoient par écrit la discipline que l’on croyoit et (pie l’on sa voit avoir été établie par les apôtres? Il est plus que probable que ces canons n’ont été recueillis et rassemblés qu’au quatrième siècle; ce ne peut donc pas être une fraude du troisième.
Il en est de même des constitutions
apostoliques , des récognitions et des clémentines ; on n’en voit encore aucun vestige dans les auteurs du troisième siècle. Il y a eu plusieurs écrivains nommés Clément; si l’on a attribué par erreur à saint Clément de Rome les ouvrages d’un autre Clément , il s’ensuit que l’on a manqué de discernement et de critique , et non que l’on a péché contre la bonne foi. Dans les bas siècles et presque de nos jours , on a mis sous le noni de saint Augustin des sermons, des traités , des commentaires qui n’étoient pas de lui. La critique, devenue plus éclairée et plus circonspecte , découvre tous les jours de ces sortes d’erreurs , elles ont eu lieu à l’égard des auteurs profanes , comme à l’égard des écrivains sacrés et des Pères de l’Eglise. Il y a de l’entêtement et de la malignité à vouloir que toutes ces méprises soient des impostures réfléchies , plutôt que des fautes d’ignorance et de préoccupation.
Aux articles Constitutions apostoliques, Evangile, IIerm as. Sibylles, etc., nous ferons voir que la plupart des suppositions des livres apocryphes ont pu se faire très -innocemment ; que toutes celles qui ont été réfléchies et malicieuses ont été l’ouvrage des hérétiques et des philosophes , et non des docteurs de l’Eglise; qu’un très -grand nombre se sont faites postérieurement au troisième et même au quatrième siècle. Beausobre, quoique ennemi déclaré des Pères de l’Eglise , convient que la plupart des faux livres qui ont paru plus tôt , ont été forgés par un eertain Leucius Carinus , hérétique de la secte des docètes. Ilist. du Munich., tom. I, liv. 2, ch. 2, p. 318. Les soupçons et les accusations des protestants copiés par les incrédules sont donc téméraires et sans aucun dément.
En général , tout écrivain adopte aisément et sans beaucoup d’examen une histoire, un monument, un livre qui lui pareil favorable à son opinion ; il le cite avec confiance lorsqu’il ne voit aucune raison de le suspecter, et son erreur contribue à en tromper d’autres sans qu’il le veuille. Ce foible est commua
aux catholiques et aux hérétiques, aux ecclésiastiques et aux profanes , aux incrédules et aux croyants ; il est dans l’humanité, et il durera autant qu’elle; ce n’est souvent ni malice, ni mauvaise foi , c’est préoccupation. Y a-t-il de la justice à vouloir que les écrivains ecclésiastiques en aient été exempts? Lorsque nous accusons nos adversaires de mauvaise foi , ils crient à la calomnie, et euxmêmes ne cessent de former cette accusation contre les personnages les plus respectables, sans aucune preuve. Voy.
Authenticité, Canon, Canonique.
APODIPNE. C’est ainsi que les Grecs nomment l’office de compiles. Foyez Heures canoniales.
APOLLINAIRES ou APOLLINA- RISTES, anciens hérétiques qui ont prétendu que Jésus-Christ n’avoit point pris un corps de chair tel que le nôtre, ni uue âme raisonnable semblable à la nôtre.
Apollinaire de Laodicée , chef de cette secte , donnoit à Jésus-Christ une espèce de corps , dont il soutenoit que le Verbe avoit été revêtu de toute éternité : corps impassible , qui étoit descendu du ciel dans le sein de la sainte Vierge, mais qui n’étoit pas né d’elle ; qu’ainsi Jésus - Christ n’avoit souffert , n’étoit mort et ressuscité qu’en apparence. Il mettoit aussi de la différence entre l’âme de Jésus -Christ et ce que les Grecs appellent vâos, esprit, entendement; en conséquence, il disoit que le Christ avoit pris une âme , mais sans renlcndement; défaut, ajoutoit-il , suppléé ]iar la présence du Verbe. Il y en avoit même , entre ses sectateurs, qui avançoient positivement que le Christ n’avoit point pris d’âme humaine. On leur donne le nom de synousiastes , de même qu’aux cutychiens et â tous ceux qui confondoient les deux natures de Jésus -Christ eu une seule. Foyez S\-
NOUSIASTES.
Apollinaire faisolt encore revivre l’hérésie des millénaires , et enseignoil d’autres erreurs sur la Trinité. Théodoret l’accuse d’avoir' confondu les Personnes en Dieu , et d’être tombé dans l’erreur des sabelliens. Saint Dasilc lui
reproche , d’un autre côté , d’abandonner le sens littéral de l’Ecriture , et de rendre les livres saints entièrement allégoriques.
L’hérésie d’Apollinaire consistoit , comme on voit , dans des distinctions très-subtiles , auxquelles il n’étoit guère possible que le commun des fidèles entendît quelque chose ; cependant l’histoire ecclésiastique nous apprend qu’elle fit des progrès considérables en Orient; plusieurs Eglises de cette partie du monde en furent infectées. Elle fut anathématisée dans un concile d’Alexandrie, sous saint Athanase, en 360; dans un concile de Rome , sous le pape Damase ,1’an 574 , et dans le concile général de Constantinople, en 381 . Les apollinaristes furent aussi appelés dimérites ou séparateurs , parce qu’ils séparoient l’âme de Jésus - Christ d’avec l’entendement : erreur née probablement de l’opinion de Platon, qui distinguoit l’âme sensitive d’avec l’âme raisonnable.
Il ne faut pas confondre l’hérétique dont nous parlons, avec Apollinaire , évêque d’IIiéraples , qui vivoit au second siècle , et qui présenta , l’an 177 , à l’empereur Marc-Aurèle, une apologie du christianisme. Quelques auteurs pre*tendent que celui de Laodicée avoit écrit contre Julien l’apostat.
APOLLONIUS DE TYANES , philosophe pythagoricien, qui a vécu pendant tout le premier siècle, et qui est devenu célèbre par riiisloire romanesque que Pliiloslrate, autre espèce de philosophe , en a faite cent ans après la mort de ce personnage.
On sait que le christianisme n’a point eu d’ennemis plus déclarés que les philosophes ; ils n’ont épargné aucune sorte de fourberie pour en détourner les hommes, et jiour soutenir l’idolâtrie prête à être détruite. Comme ils virent que les miracles de Jésus-Christ étoient une des plus fortes preuves dont nos apologistes se servoient pour démontrer la divinité de notre religion, et qui faisoit le plus d’impression sur les païens, ils trouvèrent hon d’attribuer des prodiges semblables à quelques philoso-
phes , en particulier à celui dont nous parlons.
Vers l’an 211, l’impératrice Julia Domna , femme de Septime Sévère , princesse très-déréglée , et curieuse de merveilleux , chargea Philostrate d’écrire la vie d’Apollonius de Tyanes. Ce sophiste la servit selon son goût. En comparant les prodiges qu’il rapporte de son héros avec ceux que les évangélistes ont attribués à Jésus-Christ , on Toit que Philostrate s’est proposé de copier ces derniers, et d’en obscurcir l’éclat par la multitude de ceux qu’il met sur le compte d’Apollonius ; mais il ajoute tant de circonstances fabuleuses, tant d’absurdités et de contradictions , qu’il n’a pas daigné garder la moindre vraisemblance : il s’ensuivroit tout au plus, de ce qu’il raconte, qu’Apollonius étoit un magicien qui fascinoit les yeux, et profitoit de l’imbécillité de ses admirateurs potir se faire une réputation.
Il s’en faut beaucoup que son historien l’ait représenté comme un homme très- vertueux; outre les efforts qu’il fit pour exciter des séditions contre Néron et contre Domitien,on ne voit en lui qu’un sophiste orgueilleux , qui ne cherche que la célébrité , et qui ne s’occupe en aucune manière de la réforme des mœurs.
Sous le règne de Dioclétien, Iliéroclès , président de Bilhynie , et ensuite gouverneur d’Alexandrie, grand ennemi des chrétiens, fit un ouvrage pour prouver qu’Apollonius étoit un plus grand personnage que Jésus-Christ, et il opposa les prétendus miracles du philosophe à ceux de notre Sauveur. Eusèbe de Césarée réfuta ce parallèle ridicule ; il fit voir que toutes ces merveilles n’avoient été rapportées par aucun témoin oculaire; qu’il n’en avoit pas été question pendant tout le siècle qui s’éloit écoulé depuis la mort d’ J polloniu s jusqu’à la naissance du roman de Pliilostrate ; que ces miracles imaginaires n’avoient produit aucune révolution ni aucun j'.llét qui en pût constater la réalité; que*' la plupart éloient ridicules, indignes de Dieu , sans aucune utilité pour les hommes, et ne pouvoient aboutir
qu’à faire regarder leur auteur comme un magicien. Lactance oppose une partie de ces mêmes réflexions à Hicroclès, Divin. Instit., 1. 5, c. 3.
Aussi malgré tous les efforts des philosophes, le nom à' Apollonius et ses prétendus prodiges sont demeurés plongés dans l’oubli , pendant que JéSus- Christ a été reconnu pour Fils de Dieu et Sauveur des hommes dans une trèsgrande partie de l’univers. Tillemont,, rie des Emper., t. 2, page 1 20 ; Rruker, Ilistor. philosoph., tom.2, p. 98.
Mosheim, dans ses Noies sur Cudworlh , c. 4, § 15, n’approuve point le sentiment de ceux qui ont cru qu' Apollonius avoit réellement opéré des prodiges par l’intervention du démon ; il ne peut se persuader que Dieu ait permis à l’ennemi du «salut d’exercer sur la terre un pouvoii surnaturel pour tromperies hommes , dans le temps même que Jésus-Christ et les apôtres y exerçoient un pouvoir divin pour détniire l’empire du démon. Il pense donc que les prétendus miracles à' Apollonius ne sont que des guérisons naturelles opérées par l’art de la médecine , que ce philosophe avoit étudiée, mais qui parurent miraculeuses à des Orientaux, toujours extasiés du mérite des médecins, et auxquelles ce fourbe habile eut soin de mêler des tours de charlatans, afin de rendre ses cures plus merveilleuses.
Mosheim ajoute que ce philosophe ne fut que le singe de Pylhagore , dont il ambitionnoit la célébrité ; que si l’on veut comparer l’histoire à' Apollonius par Pliilostrate , avœc celle que Lucien a faite du faux Alexandre , on trouvera entre ces deux imposteurs une ressemblance parfaite. Ces réflexions nous paroissenl très-judicieuses.
APOLOGETIQUE. Ecrit ou discours fait pour excuser ou justifier une personne ou une action. Foy. Apologie.
V apologétique écrit par Tcrtullien pour la défense du christianisme , est un ouvrage plein de force et d’élévation, (ligne du caractère véhément de son auteur. Il y adresse la parole aux magistrats de Carthage , aux grands de l’empire, aux gouverneurs des provinces.
Tertullien s’y attache à montrer l’injustice de la persécution contre une religion que l’on condamnoit sans la connoître et sans l’entendre , à réfuter l’idolâtrie et les reproches odieux que les idolâtrfes faisoient aux chrétiens d’égorger des enfants dans leurs mystères, d’y manger de la chair humaine , d’y commettre des incestes, etc. Pour répondre au crime qu’on leur imputoit de manquer d’amour et de fidélité pour la patrie, sous prétexte qu’ils refusoient de faire les serments accoutumés et de jurer par les dieux tutélaires de l’empire , il prouve la soumission des chrétiens aux empereurs. Il en expose aussi la doctrine autant qu’il étoit nécessaire pour la disculper , mais sans en dévoiler trop clairement les mystères , pour ne pas violer la religion du secret , si expressément recommandée dans ces premiers temps. Cet écrit , tout solide qu’il étoit, n’eut point d’effet, et la persécution de Sévère n’en fut pas moins violente.
La meilleure édition de cet ouvrage est celle de Leyde en 1718, in-8, avec des notes de llavercamp , et la meilleure traduction est celle qu’a donnée récemment M. l’abbé de Gourcy.
APOLOGIE, APOLOGISTES. Nous avons perdu plusieurs apologies de la religion chrétienne , faites par des auteurs du second siècle de l’Eglise , et il y a lieu de les regretter : celles de Quadratus, évêque d’Athènes , de Méliton , évêque de Sardes, d’Apollinaire, évêque d’IIiéraples. On ne nous saura pas mauvais gré de donner ici la liste des ouvrages de nos anciens apologistes qui subsistent encore.
Les deux apologies de saint Justin , et son dialogue avec le Juif Tryphon. Le discours aux Gentils, par Tatien. La satire contre les pliilosophes païens, par Ilermias. L’ambassade d’Athénagorc pour les chrétiens. Les trois livres de saint Théophile , évêciue d’Antioche, à Autolycus. La lettre à Diogénète. Tous ces ouvrages se trouvent dans la nouvelle édition désœuvrés de saint Justin, ils sont du second siècle.
L’exhortation de saint Clément d’Alexandrie aux païens. L’apologéti([ue de
Tertullien , ses livres aux nations et à Scapula , gouverneur de Carthage. Son livre contre les Juifs. La dispute d’Arnobe contrôles païens, en six livres. Le dialogue de Minutius Félix, intitulé Octavius. Julius Firmicus Maternus , sur les erreurs des religions profanes.
Les huit livres d’Origène contre Celse.
Les institutions divines de Lactance, e:i sept livres. La préparation et la démonstration évangélique d’Eusèbe, et son livre contre Iliéroclès. Le discours de saint Athanase contre les païens. La thérapeutique de Théodoret. Les dix livres de saint Cyrille d’Alexandrie contre Julien. Les discours de saint Grégoire de Nazianze contre le même empereur.
Le traité de saint Cyprien sur la vanité des idoles , et sa lettre à Démétrien. Les discours de saint Jean Chrysostomc contre les Gentils et les Juifs. Les vingtdeux livres de la cité de Dieu de saint Augustin ; son traité de la vraie religion et celui des mœurs de l’Eglise contre les manichéens.
La dispute d’Evagre entre le juif Simon et le chrétien Théophile. Le livre des consultations de Zachée, chrétien, et d’Apollonius, philosophe. Le traité de saint Fulgence sur la foi. Les traités dogmatiques de saint Isidore de Séville; celui de la foi orthodoxe , par saint Jean Damascène. Les dialogues entre un chrétien et un juif , un nestoricn et un sarrazin , par Théodore d’Abucara. Le monologue et le prologue de saint Anselme sur l’existence de Dieu. Deux ouvrages contre les Juifs, par Pierre de Dlois.
Le livre de Raymond Martin , intitulé Pugio fxdei , contre les Juifs, a été publié par Galatin , dans son ouvrage de Arcanis calholicœ veritalis.
On ne peut pas accuser les premiers apologistes du christianisme d’avoir déguisé les faits ; Quadratus, Méliton , saint Justin, Minutius Félix, étoient environnés d’ennemis qui avoient toutes les facilités possibles de trouver des preuves et des témoins pour confondre l’imposture , si CCS écrivains courageux avoient osé hasarder un seul mensonge. Ils avoient cux-méincs examiné les preuves
de cette religion , puisque c’étoient des philosophes ou des hommes instruits ; ils étoient à la source des événements , puisqu’ils avoient été convertis ou par les apôtres , ou par leurs disciples immédiats. Le christianisme étoit persécuté; aucun intérêt temporel n’avoit donc pu les engager à l’embrasser. Saint Justin confirma, par son martyre, la sincérité de sa croyance.
On ne peut pas dire qu’ils ont passé sous silence ou affoibli les raisons et les objections de leurs adversaires. Origène rapporte les propres termes de Celse ; saint Cyrille copie exactement les paroles de Julien. Sans celte bonne foi , il ne resteroit pas aujourd’hui une seule phrase des ouvrages de ces deux philosophes. Les aveux que ceux-ci sont forcés de faire , sont encore le bouclier que nous opposons aux attaques des incrédules modernes. Ou ils conviennent expressément des miracles de Jésus-Christ et des apôtres, ou la manière dont ils les combattent équivaut à un aveu formel. Il n’a pas tenu à Origène de verser son sang pour sceller la vérité de son apologie.
Quelques incrédules , pour esquiver les conséquences de ces témoignages , ont prétendu que ces premiers écrivains étoient des philosophes platoniciens ; qu’ils avoient embrassé le christianisme, parce qu’ils avoient trouvé delà ressemblance entre ces dogmes et ceux de Platon ; qu’une fois persuadés do la doctiine , ils n’avoient point contesté sur les faits, et les avoient admis sans examen. Malheureusement cette conjecture est contredite par d’autres critiques, qui soutiennent que ce sont les plus anciens Pères de l’Eglise qui ont introduit dans le christianisme les idées de Platon ; elles n’y étoient donc pas encore lorsqu’ils se sont convertis. Si le platonisme cliréticn est leur ouvrage, il n’a pas pu être le motif de leur conversion.
Est-ce (le Platon que les Pères ont emprunté l’unité d’un Dieu créateur , le péché originel , la rédemption du monde par un Dieu fait homme ? Ces dogmes s’accordent si peu avec ceux de Platon, que Cclsc et Julien ne cessent d’opposer la doctrine de ce philosophe à celle du
christianisme. C’est aux hérétiques de son temps que Tertullien reproche la fureur de vouloir substituer les rêveries de Platon et des autres philosophes aux leçons de Jésus - Christ et des apôtres. Foyez Platonisme.
Loin de passer légèrement sur les faits , Origène y renvoie continuellement son adversaire : personne n’a soutenu la vérité des miracles de Jésus-Christ et des apôtres avec plus de force que lui ; c’est cependant l’un des Pères auquel on a supposé le plus d’idées platoniciennes.
D’autres critiques ont conjecturé que les remontrances de nos anciens apologisles n’avoient jamais été présentées ni aux empereurs , ni aux gouverneurs des provinces, que ces écrits étoient restés inconnus dans le portefeuille de leurs auteurs, comme les apologies que composèrent plusieurs protestants 5 la naissance de la prétendue réforme.
Il faut du moins que celles de saint Justin aient été présentées aux empereurs, puisque la première est suivie d’un récit d’Adrien à Minutius Fundanus , et d’un ordre d’Antonin aux communes de l’Asie pour défendre de persécuter les chrétiens pour cause de religion, à moins qu’ils ne se trouvent coupables de quelques crimes. Des hommes toujours prêts à mourir pour leur religion, n’ont pasjm craindre de produire au grand jour l’apo/o(/fe qu’ils en avoient faite. Mais sur ce fait, comme sur tous les autres, nos adversaires sont encore en contradiction : tantôt ils accusent les chrétiens d’être allés provoquer la colère des juges païens sur leurs tribunaux ; tantôt ils imaginent que ces hommes avides du martyre n’ont pas seulement osé présenter des remontrances sages et respectueuses. La vérité est que ces deux reproches sont aussi mal fondés l’un que l’autre.
Mosheim , qui ne laisse échapper aucune occasion de déprimer les Pères de l’Eglise, dit, en parlant de nos apologistes du second et du troisième siècle, (jii’ils attaquèrent avec beaucoup de jugement , de dextérité et de succès , la superstition païenne , mais qu’ils ne réussirent pas si bien à dcvclüi)i)cr la
vraie nature et le génie du christianisme j que leurs apologies sont défectueuses à plusieurs égards; qu’ils ne furent pas toujours heureux dans le choix de leurs arguments ; que la plupart paroissent avoir manqué de pénétration , d’érudition , d’ordre, d’exactitude et de force ; qu’ils emploient souvent des arguments futiles, plus propres à éblouir l’imagination qu’à convaincre Tesprit. L’un, dit -il, abandennant les livres saints , où l’on doit prendre des armes pour défendre la religion , s’en rapporte aux décisions des évêques qui gouvernoient les Eglises apostoliques ; un autre, s’imaginant que l’ancienneté d’une doctrine est une preuve de sa vérité, fait valoir la prescription contre ses adversaires , comme s’il défendoit sa propriété devant un magistrat civil; un troisième, entêté d’idées cabalistiques, allègue la puissance imaginaire de certains noms ou termes mystiques. De là Mosheim conclut que ce fut dès le second siècle que commença de s’introduire la méthode vicieuse de disputer, que l’on nomme économique, par laquelle on cherchoit plutôt à dérouter et à confondre un adversaire, qu’à lui montrer la vérité. Ilist. ecclés. du second siècle, Ifo part., c. 5, § 7 et 8.
> Mais , n’est-ce pas Mosheim lui-même qui manque ici de droiture ou de jugement? 1® La contradiction est palpable entre l’éloge qu’il a fait d’abord de nos opoZojrfs/es J et les reprocbcs par lesquels il l’empoisonne. Si tous ces reproches sont vrais, leur travail est détestable; en quel sens ont-ils attaqué la superstition païenne avec beaucoup de jugement , de dextérité et de succès P 2® De quels poids auroienl été , pour défendre la religion , des arguments tirés de l’Ecriture sainte , contre des païens qui ne croyoient point à cette Ecriture , qui la rcgardoienl comme un recueil de rêveries et de fables? Il falloil donc, pour les convaincre de la vérité et de la divinité de CCS livres, des arguments tirés d’ailleurs; .Mosheim lui-même auroit été forcé de |)reiK]rc cette même route, s’il avoit eu àprouverle christiani&mecontrc un philosophe païen. Mais voilà rcutêlc-
ment des protestants : parce que, selon leur ojjinion , rien n’est plus vrai que ce qui est écrit, et que l’Ecriture est le seul organe de la révélation , ils jugent que les Pères du second siècle, qui ont pensé différemment , ont été dans l’erreur , qu’ils n’ont pas connu la nature et le vrai génie du christianisme. Si on veut parler du christianisme protestant, cela est très-vrai ; mais ces Pères , instruits par les disciples immédiats des apôtres , ont très-bien connu et développé la vraie nature et le génie du christianisme apostolique , qui n’est pas celui des protestants.
5“ Un des principaux préjugés des païens contre notre religion, étoit de prétendre que cette religipn étoit nouvelle, inconnue à tous les sages de l’antiquité; ils se persuadaient que toute vérité devait se trouver chez les Grecs. Pour détruire cette prévention, saint Justin, Talien, Athénagore, saint Clément d’Alexandrie, se sont attachés tous à prouver que la doctrine de Moïse touchant la Divinité, doctrine qui est la base du christianisme, est beaucoup plus ancienne que celle de tous les écrivains grecs, et que Moïse l’a enseignée plusieurs siècles avant la leur. Ils font voir que les auteurs grecs les plus anciens et les plus estimés sont d’accord avec Moïse touchant l’unité de Dieu , la création du monde , la formation de l’homme , etc. Ces Pères pouvoicnt-ils répondre plus directement et plus solidement à la prétendue prescription sur laquelle se fondoient les païens?
4® Un autre préjugé, répandu même parmi les philosophes , étoit de croire qu’il y a des mots efficaces, mais qui n’opèrent rien s’ils ne sont prononcés dans la langue originale. Origène se sert de cette opinion pour réfuter certaines objections de Cclse contre les exorcisme? et contre les miracles (pic les chrétiens opih oient jtar des paroles nous ne voyons pas où est le crime. De tout temps il a été permis de faire à un adversaire un argument personnel, que l’on nomme argument ad hominem, tiré des principes et des opinions de celui contre le- (juel on dispute. Il ne s’ensuit pas ijiie
par cetfe méthode on a plus envie de confondre un homme que de lui montrer la vérité ; la manière la plus efficace de le convaincre est de le prendre par ses propres principes.
. C’est Tertullien qui , dans ses Prescripiions contre les hérétiques, s’en rapporte aux décisions des évêques qui gouvernoient les Eglises apostoliques; mais il ne disputoit pas alors contre des païens. Il étoit question de savoir quels étoient les livres canoniques ou divins ; si les nôtres étoient falsifiés , ou si c’étoientceux des hérétiques; quel étoit le sens qu’il falloil leur donner. Or , nous soutenons, avec Tertullien, que ces questions ne pouvoient être solidement résolues que par le témoignage des évêques qui gouvernoient les Eglises apostoliques , et que ce témoignage étoit irrécusahle. Au mot Pkescuiption , nous ferons voir que cet argument , invincible au troisième siècle , n’est pas moins solide aujourd’hui, et qu’il n’est pas vrai, comme le prétend Mosheim , que cette façon de disputer puisse nuire à la cause de la vérité.
6® Si l’on veut se donner la peine de lire l’analyse des apologies de saint Justin, de Tatien , d’Athénagore , etc., que les savants éditeurs de saint Justin en ont faite , on verra qu’il est faux que ces auteurs manquent d’ordre , de méthode, de pénétration , d’érudition et de force. 11 en est de même de VExhortation aux Gentils de saint Clément d’Alexandrie, dont on trouvera l’analyse dans l’édition de Potter,pag. 1, dans les notes. Au mot Celse , nous donnerons celle de l’ouvrage d’Origène contre ce philosophe.
Hien n’est donc plus injuste ni plus téméraire que la censure de Mosheim , adoptée aveuglément parles protestants, pour se mettre à couvert d’une objection qui les écrase. Nous persuaderont-ils qu’au second siècle, immédiatement après la mort des apôtres, on avoit déjà oublié la vraie nature et le génie du christianisme? ’
APOLYTIQUE. C’est, dans l’Eglise grecque , une sorte de refrain qui termine les parties considérables de l’office
divin. Ce refrain change selon les temps. Le terme apolytique est composé de àw et de Aùi) , je délie, je finis, etc.
APOSTASIE, APOSTAT. En laissant aux canonistes les divers sens de ce terme qui peuyent les concerner, nous entendons par apostasie, le crime de celui qui abandonne la vraie religion pour en embrasser une fausse.
Du temps des apôtres mêmes, il y eut des apostats du christianisme ; saint Jean nous en parle , et les nomme des antechrists. /. Joan., c. 2, y. 8. Le nombre en augmenta lorsque les persécutions devinrent cruelles ; Pline en avoit interrogé plusieurs, et il déclare, dans sa lettre à Trajan , qu’il n’a rien découvert par leur aveu, sinon que le christianisme est un excès de superstition. En etlet , aucun des transfuges n’a jamais révélé aux juifs ni aux païens un seul fait désavantageux à la religion qu’il avoit quittée ; ils en firent plutôt l’apologie. Lorsque les persécutions cessèrent, plusieurs revinrent à pénitence, et obtinrent le pardon. C’est une preuve invincible de la vérité et de la sainteté du christianisme, à laquelle ses accusateurs n’ont jamais fait attention.
Hobbes , qui prétendoit mettre l’autorité des souverains au-dessus de celle de Dieu, soutient qu’un chrétien est obligé en conscience d’obéir aux lois d’un roi infidèle , même en matière de religion , par conséquent de renier Jésus-Christ par ses paroles, lorsque le souverain l’ordonne , pourvu qu’il conserve dans son cœur la foi en Jésus-Christ. Alors , dit-il, ce n’est pas le sujet qui renie Jésus-Christ devtint les hommes , c’est le roi et le gouvernement. Conséquemment il n’approuve pas la constance des martyrs. Pour prouver cette détestable doctrine , il demande ce que devroit faire un mahométan auquel on commanderoit, sous peine de la vie, d’abjurer le mahométisme et de professer le christianisme contre sa conscience. Si l’on soutient, dit-il, qu’il doit plutôt souffrir la mort , on autorise tout sujet à résister à son souverain pour cause de religion, soit vraie, soit fausse. Leviath. c. 42, p. 351.
APO
Nous répondons que ce mahométan doit commencer par se laisser instruire, afin de déposer sa fausse conscience ; que s’il lui éloit impossible de dissiper son aveuglement, supposition que nous n’admeltons point, il seroit obligé de souffrir la mort. Dieu avoit ordonné aux* Israélites d’exterminer les autres , mais il ii’avoit pas commandé de les traîner aux pieds de ses autels, pour leur faire pratiquer le judaïsme sous peine de la vie. Jésus-Christ n’a jamais ordonné d’employer la violence et les supplices, pour forcer les païens à professer sa doctrine contre leur conscience. Au reste , c’est un sophisme de comparer la conscience éclairée et droite d’un chrétien , avec la conscience erronée et fausse d’un païen ou d’un mahométan. C’est une absurdité de vouloir que l’autorité du souverain l’emporte sur la loi divine formellement portée par Jésus-Christ. « Si quelqu’un » me renie devant les hommes, je le res nierai devant mon Père. » Matt., c. 10, ÿ. 33. La loi du souverain ne peut avoir de force qu’autant que Dieu nous ordonne de lui être soumis : or , Dieu n’a donné à aucun souverain l’autorité de faire des lois contraires à la sienne. Jésus-Christ nous dit de rendre à César ce qui est à César , et à Dieu ce qui est à Dieu f c. 22, ji'. 21 : or , c’est à Dieu , et non à César , de nous prescrire la religion, Si le souverain ordonnoit de commettre un parjure , un vol , un adultère, un homicide , ou tout autre crime contraire à la loi naturelle, serions-nous forcés de lui obéir?
Quelques anciens apostats, pour excuser leur crime, nièrent la divinité de Jésus -Christ; ils dirent qu’ils avoient renié, non un Dieu, mais un homme.
Voyez Elcéaïtes.
Parmi les catholiques, on nomme encore un homme qui, sans dis-
pense légitime, renonce à l’habit et à l’état religieux dans lequel il avoit fait profession.
APO.STOIJNS , religieux dont l’ordre commença au quatorzième siècle, è Milan en Italie. Ils prirent ce nom, parce qu’ils faisoient profession d’imiter la vie des apôtres cl celle des premiers fidèles.
APO
I APOSTOLIQUE, signifie, en général, qui vient des apôtres. On croit dans l’Eglise chrétienne, que la doctrine , pour être vraie, doit être apostolique, qu’il ne faut rien enseigner que ce qui nous a été transmis par les apôtres, ou de vive voix , ou par écrit : puisque la doctrine chrétienne est une doctrine révélée, nous ne pouvons la recevoir avec certitude que par l’organe de ceux que Jésus- Christ a envoyés pour l’enseigner. Tertullien a établi avec beaucoup de force ce principe, dans ses Prescriptions contre les hérétiques.
Par la même raison , la mission des pasteurs , pour être légitime , doit venir des apôtres par une succession non interrompue; toute mission qui ne vient pas d’eux , ne peut venir de Jésus- Christ, ne peut donner aucune autorité ni aucun pouvoir. ( N® VIII, p. 503. }t.
Le titre d’apostolique est donc un des caractères distinctifs de la véritable Eglise, parce qu’elle fait profession d’être attachée à la doctrine des apôtres; que ses pasteurs , par une succession constante, tiennent leur mission de ces premiers envoyés de Jésus-Christ. Aucune des sociétés qui se disent chrétiennes , ne réunit ces deux caractères. Ce titre , qu’on donne aujourd’hui par excellence à l’Eglise romaine , ne lui a pas toujours été uniquement affecté. Dans les premiers siècles du christianisme, il étoit commun à toutes les Eglises qui avoient été fondées par les apôtres , et particulièrement aux sièges de Home, de Jérusalem, d’Antioche et d’Alexandrie, comme il pareil par divers écrits des Pères et autres monuments de l’histoire ecclésiastique. Le, s Eglises mêmes qui ne pouvoient pas se dire apostoliques , eu égard à leur fondation faite par d’autres que par des apôtres, ne laissoient j)as de prendre ce nom , soit à cause de la conformité de leur doctrine avec celle des Eglises apostoliques par leur fondation, soit encore parce que tous les évêques sc regardoient comme successeurs des apôtres , cl (pi’ils agissoicnl dans leurs diocèses avec l’autorité des apôtres. Voyez EvlïqUES.
Il pareil encore par les formules de
Mamilphe , dressées vers l’an 660 , qu’on donnoit aux évêques le nom d’apostoliqucs, La première trace qu’on trouve de cet usage, est une lettre de Clovis aux prélats assemblés en concile à Orléans ; elle commence par ces mots : Le roi Clovis aux saints évêques et trèsdignes du siège apostolique. Le roi Gonti'an nomme les évêques assemblés au concile de Boulogne , les pontifes apostoliques.
Pans les siècles suivants , les trois patriarcats d’Orient étant tombés entre les mains des Sarrasins, le litre d'apostolique fut réservé au seul siège de Rome, comme celui de pape au souverain pontife, qui en est évêque. Saint Grégoire le Grand, qui vivoit dans le sixième siècle, dit, livre V, épît. 37, que, quoiqu’il y ait eu plusieurs apôtres , néanmoins le siège du prince des apôtres a seul la suprême autorité, et par conséquent le nom d'apostolique , par un titre particulier. L’abbé Rupert remarque, lib. I, de divin. Offic., cap. 27, que les successeurs des apôtres ont été appelés patriarches ; mais que le successeur de saint Pierre a été nommé par excellence apostolique , à cause de la dignité du prince des apôtres. Enfin le concile de Reims , tenu en 1049 , déclara que le souverain pontife de Rome étoit le seul primat apostolique de l’Eglise universelle. De là ces expressions aujourd’hui si usitées, siège apostolique , nonce apostolique, notaire apostolique, bref apostolique, chambre apostolique, vicaire apostolique , etc.
Apostoliques ( Pères. ) Foyez Pères DE l’Eglise.
Apostoliques , nom que deux sectes différentes ont pris, sous prétexte qu’elles imitoient les mœurs et la pratique des apôtres.
Les premiers apostoliques, autrement nommés apotactiles, s’élevèrent d’entre les encralitcs ou les cathares dans le troisième siècle; ils professoienl l’abstinence du mariage, du vin, de la chair , etc. Foyez Apotactites.
L’autre secte des apostoliques fi t grand bruit dans le treizième siècle ; son fondateur fut Gérard Sagarelli , ou Ségarcl,
né à Parme. Il exigeoit que ses disciples, à l’imitation des apôtres , allassent de ville en ville , vêtus de blanc ,*avec une longue barbe , les cheveux épars et la tête nue , accompagnés de certaines femmes qu’ils nommoient leur sœurs. 11 les obligeoit à renoncer à toute propriété, et à prêcher la pénitence ; mais dans leurs assemblées particulières , ils annonçoient la destruction prochaine de l’Eglise de Rome, l’établissement d’un culte plus pur et d’une Eglise plus glorieuse. Cette Eglise , selon lui , étoit sa secte , qu’il nommoit la congrégation spirituelle. Il publia que toute l’autorité que Jésus-Christ avoit donnée à saint Pierre et à ses successeurs avoit pris fin , et qu’il en avoit hérité ; qu’ainsi le souverain pontife n’avoit aucune autorité sur lui : il ajoutoit que les femmes pouvoient quitter leurs maris , et les maris leurs femmes , pour entrer dans sa congrégation; que c’éloit le seul moyen d’être sauvé ; que Dieu étant partout , il n’y avoit pas besoin d’Eglise ni de service divin ; qu’il ne falloit point faire de vœux , et que l’attachement à sa doctrine sanctifioit les actions les plus criminelles. On sent quels désordres pouvoient résulter de celte doctrine fanatique. Ségarel fut brûlé vif à Parme, l’an 1500. C’est à cause delai que quelques auteurs ont désigné les apostoliques sous le nom do ségaréliens.
Après sa mort , un autre fanatique de Novare , nommé Dulcin ou Doucin , prit sa place : il se vanta d’être envoyé du ciel pour annoncer aux hommes le règne de la charité ; l’on prétend qu’il se livroit à l’impudicité , et qu’il la permettoit à ses sectateurs : la morale prêchée par Ségarel devoit nécessairement produire cet effet. Alors les apostoliques furent appelés dulcinistes , du nom de leur nouveau chef, qu’ils regardoient comme le fondateur du troisième règne. Séduits par les prétendues prophéties de l’abbé Joachim, qui avoient cours pour lors, ils ilisoient que le règne du Père avoit duré depuis le commencement du monde jusqu’à Jésus-Christ, que celui du Fils avoit fini l’an 4300; que le règne du Saint-Esprit commençoit sous la direo-
îion de Doucin. Celui-ci publia que le pape Boniface YllI , les prêtres et les moines , périroient par l’épée de l’empereur Frédéric 111, fils de Pierre, roi d’Aragon , et qu’un nouveau pontife plus pieux seroit placé sur le siège de Rome. Il leva môme une armée , afin de commencer à vérifier lui -même ses prédictions. Reynier, évêque de Verceil , s’opposa vivement à ce sectaire, et pendant une guerre de plus de deux ans, il y eut beaucoup de sang répandu de part et d’autre. Enfin, Doucin, vaincu et pris dans une bataille , fut mis à mort à Verceil, l’an 1507 , avec une femme nommée Marguerite , qu’il avoit prise pour sa sœur spirituelle.
Dès ce moment sa secte se dissipa en Italie. L’on présume que les restes se réunirent aux vaudois dans les vallées du Piémont ; mais il s’en trouva encore en France et en Allemagne. Mosbeim assure que l’an 1 402 , l’un de ces fanatiques fut brûlé vif à Lubeck. Ilisl. eccl. du treizième siècle, '2'= part., c. 5, § 1 4, note. Lorsque les protestants déclament contre les supplices que l’on a fait subir à ces sectaires , ils devroient faire attention qu’on ne les a pas pnnis pour leurs erreurs, mais parce qu’ils troublaient la tranquillité publique et l’ordre de la société. Une erreur innocente, qui ne peut porter préjudice àpersonne , est graciable sans doute ; mais une doctrine séditieuse, qui échaufle les esprits, corrompt les mœurs , alarme les gouvernements et qui est suivie d’émotion parmi le peuple, est un crime d’état; on a droit d’en punir les auteurs et les sectateurs opiniâtres.
Il n’est pas étonnant que les historiens n’aient pas rapporté d'une manière uniforme les erreurs et la conduite des apostoliques. Dans une secte de fanaticpies ignorants , la croyance ne peut être la même ; chacun a droit de rêver et de pnblier ses visions : quelques-uns peuvent avoir des mœurs pures , pendant que les autres se livrent aux [tins grands désordres. 11 en a été de même dans tous les temps et [larmi toutes sortes de sectaires.
Mosheim nous apprend encore que parmi les mennonites ou anabaptistes
de Hollande , il y a aussi une branche que l’on nomme apostoliques nom de Samuel /4postool , l’un de leurs pasteurs. Ce sont des mennonites rigides , qui n’admettent dans leur communion que ceux qui font profession de croire tous les points de doctrine contenus dans leur confession de foi publique ; au lieu rpi’une autre branche , appelée des galénistes, reçoit tous ceux qui reconnoissent l’origine divine de l’ancien et du nouveau Testament, quels que soient d’ailleurs leurs sentiments particuliers.
Ilist. ecclésiast. du dix-septième siècle,' sect. 2% 2« part., c. -4 , g 7.
APOTACTITES ou APOTACTIQUES , en grec , àno-âxTiza.i , composé d’à;rà et zoirru , je renov.ce. C’est le nom d’une secte d’anciens hérétiques qui renonçoient à tous leurs biens et vouloient imposer à tous les chrétiens l’obligation de faire de même , pour suivre les conseils évangéliques , et pour imiter l’exemple des apôtres et des premiers fidèles.
Il ne paroît pas qu’ils aient donné d’abord dans aucune autre erreur. Selon quelques auteurs '^ecclésiastiques , ils eurent des vierges et des martyrs sous la persécution de Dioclétien au quatrième siècle. En suite ils tombèrent dans l’hérésie des encratites ; de là vient que la sixième loi du code ihéodosien joint les apolacliques aux eunomiens et aux ariens. Selon saint Epiphane , ils se servoient, comme les encratistes, de certains actes apocryphes de saint Thomas et de saint André, dans lesquels il est probable qu’ils avoient puisé leurs opinions.
APOTIIÉO.SE, action de placer un hommeau rangdes dieux. Sur cet article , qui appartient à l’histoire, nous ne ferons qu’une réllexion.
Si les païens n’avoient placé au rang des dieux ou des objets de leur culte que des hommes recommandables par leurs vertus et par leurs hienfaiLs , celle cérémonie , qui allesloil la croyance de l’immorlalilé de l’àine , auroit été du moins une leçon pour les mœurs. Mais accorder les honneurs divins à des personnages aussi vicieux et aussi méchants (|ue l'ont été la plupart des empereurs, c’éloil un
oulrage sanglant fait à la majesté divine, et la plus mauvaise instruction que l’on pût donner aux peuples ; il en résultoit que ce n’est pas la vertu qui conduit l’homme au bonheur éternel. Cet abus démontre jusqu’à quel point l'idée delà Divinité étoit dégradée chez les païens.
C’est une injustice absurde d’avoir voulu comparer ['apothéose des empereurs à la canonisation des saints, comme ont fait quelques incrédules ; jamais l’Eglise n’a prétendu accorder à des hommes les mêmes honneurs qu’à Dieu , et n’a placé au nombre des saints des personnages odieux par leurs vices.
APOTRE , envoyé , du grec ùnà et arû.)M , j'envoie. On désigne sous ce nom les douze disciples que Jésus-Christ a choisis et envoyés lui-même pour prêcher son Evangile et le répandre chez toutes les nations.
g Quelques faux prédicateurs voulurent contester à saint Paul la qualité d'apôtre, sous prétexte qu’il n’avoit été ni instruit, ni envoyé par Jésus-Christ, Saint Paul releva ce reproche avec force au commencement de son épître aux Galates.
En effet son élection et sa mission sont clairement marquées dans ces paroles que Dieu dit à Ananic , en parlant de Saul converti , Jet., c. 9 , JG : « Cet » homme est un instrument qne j’ai » choisi pour porter mon nom devant » les rois et les nations. « Dieu vouloit montrer par là qu’il est le maître de donner une mission extraordinaire à qui il lui plait ; que , lorsque les apôtres choisis par Jésus-Christ ne seroient plus, la mission ne seroit pas pour cela détruite et anéantie.
Mais à cette mission divine saint Paul ajouta la mission ordinaire qui vient des pasteurs de l’Eglise , par la prière et par l’imposition des mains des prophètes et des docteurs de l’Eglise d’Antioche. Jet., cap. 13, ÿ. 2 et 5. Exemple qui n’a pas été imité par ceux qui , dans la suite des siècles, se sont prétendus suscités de Dieu pour réformer l’Eglise. • Le ministère des apôtres consistoit , 1® à enseigner toutes les nations : Prêchez l’Evangile à toute créature; ce que je vous dis à l’oreille, puhliez-le
sur les toits , etc. Or , la fonction d’enseigner avec autorité emportoit celle de juger et de décider quelle étoit la doctrine conforme ou contraire à celle de Jésus-Christ, d’approuver la première et de condamner la seconde : les apôtres en ont usé ainsi , nous le voyons par leurs lettres. 2® A gouverner le troupeau de Jésus-Christ en qualité de pasteurs.
Ce divin Sauveur n’avoit pas chargé saint Pierre seul de cette fonction , lorsqu’illuiavoitdit: Paissez mes agneaux paissez mes brebis , puisque cet apôtre lui-même dit aux anciens de l’Eglise ou aux prêtres : « Paissez le troupeau de » Dieu qui est autour de vous , non en » dominant sur le clergé , mais en lui » servant de modèle de tout votre cœur; ® et lorsque le prince des pasteurs pa- » roîtra, vous recevrez une couronne » de gloire incorruptible. » I. Petr., c. 5, i^. 2. Or, le soin du pasteur ne se borne point à guider les ouailles; il consiste aussi à les nourrir, à les guérir lorsqu’elles sont malades , àles ramener lorsqu’elles s’égarent : conséquemment Jésus-Christ charge les apôlres de baptiser; il leur donne le pouvoir de remettre et de retenir les péchés , de consacrer son corps et son sang , de donner le Saint-Esprit, etc.*** Que l’homme nous s regarde, dit saint Paul, comme les s minstres de Jésus -Christ , et les disï pensateurs des mystères de Dieu. » /.
Cor., c. 4, î. 1. Il dit aux anciens de l’Eglise d’Ephèse, que le Saint-Esprit les a établis évêques ou surveillants , pour gouverner l’Eglise de Dieu, Jet., c. 20 , 28. 3° A exercer l’autorité de
juges et de législateurs : « Au temps de » la régénération , leur dit Jésus-Christ , B ou du renouvellement de toutes choses, B lorsque le Fils de l’homme sera placé B sur le trône de sa majesté , vous serez B assis vous-mêmes sur douze sièges B pour juger les douze tribus d’Israël, b Malth., c. 19 , 28. 11 leur déclare que
tout ce qu’ils auront lié ou délié sur la terre , sera lié ou délié dans le ciel , cap. 18 , 18. Aussi , dans le concile de Jé-
rusalem , ils font une loi aux lidèlcs de s’abstenir du sang, des chairs suffoquées, etc. Jet., c. 13, ^ 28. Saint Paul juge
un Incestueux digne d’être livré à Satan. 1. Cor., c. S , 3, etc.
■ Sur quels fondements quelques protestants , précepteurs de nos incrédules , leur ont-ils appris que les apôtres n’a- Toient reçu de Dieu point d’autre autorité que celle d’enseigner j que les autres privilèges dont le clergé s’est emparé , sont autant d’usurpationsetd’entreprises injustes sur la liberté des fidèles ? Aux mots Evéqüe , Pasteur , Succession , nous prouverons, par l’Ecriture sainte et par des raisons solides , que les pouvoirs des apôtres sont transmis par l’ordination aux pasteurs de l’Eglise , et nous répondrons aux calomnies des ennemis du clergé.
Quant à l’enseignement , il est essentiel de remarquer que les apôtres ont été de simples témoins de ce que Jésus- Christ avoit fait et enseigné ; il leur dit : » Vous me servirez de témoins. » Jet., c. 1 , 8. Eux-mêmes se donnent pour
tels : I Nous ne pouvons, disent-ils, nous » dispenser de publier ce que nous avons » vu et entendu. » Jet., c. 4, 20.
a Nous vous annonçons et nous vous at- » testons ce que nous avons vu et en- » tendu. 1 1. Joan., c. 1 , j!^. 1 et 2. « J’ai ® reçu du Seigneur , dit saint Paul , ce » que je vous ai enseigné. ® I. Cor., c. 2, f. 23. Il seroit impossible que douze apôtres et une multitude de disciples dispersés eussent enseigné une même doctrine, eussent établi une même foi , si tous n’avoient pas été fidèles à prêcher ce qu’ils avoient vu et ce qu’ils avoient appris de Jésus-Christ. L’uniformité de doctrine atteste évidemment l’unité d’origine.
En second lieu , quoiqu’ils eussent le don des miracles, il leur auroit été impossible de faire un grand nombre de prosélytes et de fonder des Eglises, si les faits qu’ils publioient n’avoiciit pas été incontestables cl poussés au plus haut degré de notoriété. Un lliaumalurgc auroit beau faire des miracles , pour nous persuader des faits dont la fausseté nous seroit clairement connue, surtout des faits dont les consécpicnccs doivent inllucr sur toute notre vie ; à moins que la noloi iété publicpic ne vienne à l’ajjpui
de son témoignage , un miracle ne noü„ convertira pas.
Or , les faits que les apd/m ont publiés sur le lieu même où ils sont arrivés , où se trouvoient les témoins oculaires , sont les miracles de Jésus-Christ et surtout sa résurrection. L’on ne pouvoit être chrétien sans croire ces faits essentiels ; ce sont les faits qui ont persuadé la doctrine , et non la doctrine qui a fait croire les faits. Comment les apôtres auroientils pu convertir un seul Juif à Jérusalem, si les miracles et la résurrection de Jésus-Christ avoient été contredits par la notoriété publique?
On ne conteste point aux apôtres la qualité d’envoyés de Jésus-Christ ; mais il s’agit de prouver aux incrédules que celte mission étoit divine, que les apôtres ont fait des miracles pour le démontrer , qu’ils ont eu d’ailleurs tous les signes qui peuvent caractériser des envoyés de Dieu.
1“ L’histoire appelée les Jetés des apôtres, dans laquelle leurs miracles sont rapportés , a été mise entre les mains des fidèles , dans un temps où l’on pouvoit apprendre des témoins oculaires si ces miracles étoient réels ou imaginaires. Le boiteux guéri sous Içs yeux du peuple à la porte du temple , la résurrection de Tabilhe , les dons du Saint- Esprit communiqués par l’imposition des mains des apôtres, l’efficacité de l’ombre de saint Pierre , etc., ne sont point des prestiges sur lesquels l’illusion ait pu avoir lieu ; la plupart ont été opérés en présence de témoins intéressés à les contester. S’ils ne sont pas réels , si ce sont des imposteurs , il est impossible que des juifs et des païens y aient ajouté foi et se soient convertis ; que les apôtres aient fondé des Eglises à Jérusalem , à Antioche , à Rome , et dans les principales villes de la Grèce , composées en partie de juifs qui avoient pu se trouver à Jérusalem aux fêles de Pdqucs ou de la Pentecôte , l’année même de la mort du Sauveur.
2" Saint Paul , écrivant à ces différentes églises, attribue ses succès aux miracles (pi’il a faits. Rom., c. 15, ^.18 cl 19i /. Cor., c. 2 , f. i. 11 les donna
pour preuve de son apostolat. II. Corinth., c. 12, f. 12; £phes., c. 1,
19 , etc. Si ceux auxquels il parle n’avoient été témoins de ces miracles , auroient-ils souffert patiemment les reproches et les réprimandes qu’il leur fait?
3° Dans le Talmud de Jérusalem , qui est le plus ancien , les juifs conviennent qu’il se faisoit des miracles au nom de Jésus-Christ. Foy. Galatin,!. 8, c. S.
Il falloit que ce fait fût bien avéré pour arracher un pareil aveu de la part des juifs.
4“ Celse et Julien traitent de magiciens les disciples de Jésus-Christ. Cette accusation prouve du moins que ces disciples faisoient profession d’opérer des miracles , et que c’étoit une opinion constante. Mais jamais les magiciens n’ont fait des miracles pour tirer les hommes de l’erreur et du vice , pour enseigner la vérité et la vertu. C’est la réponse de nos apologistes.
5“ A la naissance de l’Eglise , il parut de faux messies , de faux docteurs , de faux apôtres : tous promettoientdes miracles , séduisoient le peuple par des prestiges. Jésus-Christ l’avoit prédit, les apôtres s’en plaignent ; les premières hérésies ont été l’ouvrage de ces imposteurs. Si les apôtres n’avoient pas fait des miracles réels et incontestables pour les confondre, ils n’auroient pas eu un succès plus durable ; on n’auroit pas fait plus de cas d’eux que des fourbes qu’ils avoient démasqués.
6® Les incrédules ne réfléchissent point sur la difliculté qu’il y avoit de convertir les Juifs, de dessiller les yeux des païens, de réunir en société religieuse deux espèces d’hommes qui se détestoient , de subjuguer des philosophes opiniâtres, de lasser la cruauté des persécuteurs.
Qu’ils se tâtent eux-mômes , et qu’ils voient si leurs prédécesseurs ont pu cire vaincus sans miracles. '
Vainement ils ont épuisé toute leur sagacité pour trouver dans la conduite des apôtres des signes d’impostures ; la sincérité , la candeur , le désintéressement, la charité , la patience , le courage des envoyés de Jésus-Christ, ont éclaté dans toutes leurs démarches; ils ont retracé
le tableau des vertus de leur maître : sans ce caractère décisif de mission divine , ils n’auroient pas inspiré aux fidèles une si grande vénération pour eux. On avoit vu beaucoup de philosophes s’ériger en réformateurs des vices et des erreurs de l’humanité ; mais aucun n’avoit montré les vertus, la sagesse , la charité , le courage , la sainteté des apôtres.
Il n’est pas prouvé , dit-on , qu’ils aient souffert le martyre pour confirmer leurs prédications : l’on ne connoît leur genre de mort que par des actes supposés , par des légendes ridicules et apocryphes.
Nous soutenons que le martyre de la plupart des apôtres est très-bien prouvé. Celui de saint Pierre et de saint Paul est attesté par leurs disciples et par leur tombeau ; celui de saint Jacques le Majeur et de saint Etienne est rapporté dans les .^ctes des apôtres ; celui de saint Jacques le Mineur est rapporté par Josèphe, Antiq. Jud.yWw. 20, chap. 8; celui de saint Siméon, âgé de six vingts ans , et de plusieurs autres parents de Jésus- Christ, est attesté par Hégésippe, auteur presque contemporain. Eusèbe, Hist.
ecclés.j liv. 3 , c. 52. Saint Qément de Rome, témoin oculaire, après avoir parlé du martyre de saint Pierre et de saint Paul , dit qu’ils ont été suivis par une grande multitude d’élus , qui ont bravé comme eux les outrages et les tourments. Epist. /, n® 6. Saint Polycarpe dit que saint Paul et les autres apôtres sont tous dans le Seigneur , avec lequel ils ont souffert : cumquo et passi sunt. Epist. ad Philipp. Saint Clément d’Alexandrie dit de même quo les apôtres sont morts , comme Jésus-Christ , pour lesEgliscs qu’ils avoient fondées. Strom., I. 4 , c. 9. Ce divin maître le leur avoit prédit. Luc., c. 21 , 16. Sa parole a
été accomplie. Nous n’avons donc pas besoin de pièces apocryphes pour prouver le martyre des apôtres.
Mosheim , qui le révoque en doute , Ilist. christ., scct. 1 , § 16 , y oppose un passage d’IIéracléon , hérétique du second siècle, qui soutient que Mullhieu , Philippe, Thomas, Lévi, cl plusieurs
autres , ne sont pas morts pour avoir confessé Jésus -Christ. Clément d’Alexandrie , qui réfute ce passage , n’a cependant pas osé affirmer le fait contraire. Strom., 1. 4 , c. 9, p. 59d. Mais Mosheim en impose, lléracléon , qui soutenoit l’inutilité du martyre, éloit intéressé à contester celui des apôtres; ainsi, son témoignage est suspect; aussi Clément d’Alexandrie le réfute formellement , ibid. p. S97. « Le Seigneur , dit- » il, a bu seul le calice pour purifier les » hommes , même les infidèles qui lui 5) tendoient des pièges ; à son exemple , » les apôtres J vrais et parfaits gnosj> tiques, ont souCfert pour les Eglises B qu’ils ont fondées. » Mosheim ne fait point mention du témoignage de saint Polycarpe , qui est décisif ; les paroles des Pères postérieurs qu’il allègue ne sont que des preuves négatives , qui ne peuvent prévaloir à des assertions positives. Vers le milieu du second siècle , temps auquel vivoit Héracléon , l’on pouvoit encore ignorer le martyre de plusieurs apôtres , qui étoit arrivé dans des pays éloignés , et duquel on a été informé ■dans la suite. i
Lorsque les incrédules ont voulu raisonner sur la conduite des apôtres^ sur les causes du succès de leur prédication, ils se sont trouvés fort embarrassés ; ils ont été forcés de leur prêter des qualités incompatibles, et qui jamais n’ont pu se rencontrer ensemble dans la nature humaine. Ils leur ont attribué une ignorance excessive et des ruses impénétrables , une grossièreté sans égale et un projet de politique profonde, une crédulité stupide et une prudence consommée, un intérêt sordide et un courage héroïque , un fanatisme révoltant et un zèle ardent pour la gloire de Jésus- Christ, une scélératesse obstinée et le désir (le sanctifier le monde, une aveugle ambition et la soif du martyre.
Ces accusations contradictoires stilfisenl sans doute pour faire l’apologie des apôtres; mais si on les examine en détail, on en voit encore mieux l’absurdité.
fjiiand les apôtres auroient été assez stupides pour sc laisser tromper par les
miracles, par les apparences de vertu, par les promesses de Jésus-Christ , leur erreur a dû cesser après la mort de leur maître. S’il n’est pas ressuscité comme il l’avoit promis , il est impossible que ses apôtres et tous ses disciples n’aient pas compris qu’il les avoit trompés. Quel motif a pu les engager pour lors à braver les travaux , les tourments et la mort pour établir l’Evangile et pour tout rapporter à la gloire d’un maître qui s’étoit joué de leur crédulité? Un tel projet choque de front tous les sentiments de l’humanité.
D’ailleurs , il eût été trop tard de former ce projet pendant les quarante jours qui se sont écoulés après la mort du Sauveur, puisque l’on est obligé de supposer que les apôtres ont dérobé son corps dans le tombeau, pour pouvoir publier sa résurrection. Comment espérer qu’un complot, dans lequel il falloit faire entrer tant de personnes, ne seroit dévoilé par aucun des complices?
Des hommes simples et grossiers, tels que les apôtres, sont ordinairement timides et peu susceptibles d’ambition ; s’ils avoient été dominés par l’intérêt , ils auroient eu plus à gagner en découvrant aux Juifs l’imposture de leurs collègues , qu’en s’obstinant à la soutenir aux dépens de leur vie.
Enfin , quel est donc Vintérêt qui a pu engager douze apôtres à demeurer attachés à leur inailre après sa mort , s’il n’est pas ressuscité? Dès ce moment ils ont dû perdre les espérances que scs promesses leur avoient fait concevoir, ne rien attendre que d’eux-mèmes , ne travailler que pour eux seuls ; au contraire , ils persistent à se sacrifier pour lui ; ils entreprennent de le faire reconnoitre par toute la terre pour le Fils de Dieu , de lui faire rendre hommage pattous les hommes. Quand cela auroit pu leur être utile dans la Judée , où les miracles de Jésus -Christ l’avoient rendu célèbre , cela ne leur servoit de rien dans les régions éloignées , où l’on n’avoit pas onicndu parler de lui. Les a-t-oii vus (pielipie part sc faire une fortune , sc former un iroiqteau ])our leur utilité, s’attribuer la gloire de leurs succès, jouir
^ APO 159
traTic[iiillemeTit A:s respects , de la confiance des libéralités des fidèles? Saint Jean es^ seul qui , dans sa vieillesse ,
^ soit fixé à un siège particulier ; tous les autres sont morts dans les travaux , dans les voyages , dans les périls de l’apostolat ; tous ont pu dire comme saint Paul : * Si nous n’espérons rien que D dans ce monde , nous sommes les plus i> malheureux de tous les hommes. »
LCor.,c.in,^. 19.
D’ailleurs si les apôtres ont été des imposteurs , loin de prendre aucun des moyens propres à déguiser leur imposture , ils ont choisi les plus capables de la dévoiler : des hommes intéressés à tromper auroient supposé des personnages moins connus, des faits moins palpables, des prodiges moins récents , un théâtre moins public.
Il a paru dans le monde un assez grand nombre d’imposteurs , mais ils ne se sont pas conduits comme les apôtres; aucun n’a montré autant de candeur, de désintéressement , de zèle , n’a donné des leçons de vertu aussi touchantes, n’a désiré de verser son sang pour confirmer la vérité de sa doctrine , n’a rapporté à Dieu toute la gloire de ses succès.
Indépendamment de l’intérêt qu’avoient les Juifs de découvrir l’imposture des apôtres, s’ils avoient *-ompé sur un seul fait , d’autres ennemis les auroient démasqués. Il y eut bientôt de faux apôtres , qui altéroient la doctrine de Jésus-Christ ; saint Paul et saint Jean s’en plaignent dans leurs lettres ; il y eut des Juifs entêtés, qui, malgré leur foi en Jésus-Christ, vouloient que l’on continuât d’observer les rites mosaïques ; il y eut même des apostats : nous le voyons par les lettres de saint Jean; il se trouva bientôt des philosophes qui contestèrent, les uns la divinité de Jésus- Clirist , les autres la réalité de sa chair , plusieurs sa naissance miraculeuse, etc.
Au milieu de ces disputes , de ces jalousies'^ de CCS intérêts divers, comment ne s’est-il pas trouvé un seul homme qui ait eu ou la bonne foi ou la malice de mettre au jour la fausseté de quelqu’un des faits pul)liés par les apôtres , surtout
APO
du fait le plus essentiel de tous , de la résurrection de Jésus-Christ.
Ils témoignent, dans leurs écrits, qu’ils ont fait des miracles , que c’est par là qu’ils ont confirmé leur doctrine, et non par des raisonnements. I. Cor., c. 2,
4 , etc. Si cela n’est pas vrai , l’on ne concevra jamais comment ils ont pu trouver un seul auditeur assez aveugle pour s’attacher à eux.
En un mot , la conduite des apôtres, leurs leçons , leurs succès , leur persévérance dans l’apostolat jusqu’à la mort, la durée de l’édifice qu’ils ont fondé malgré les orages dont il est battu depuis dix-sept siècles , sont autant de preuves démonstratives de la vérité et de la divinité du christianisme.
On donne communément le nom d'apôtre à celui qui le premier a porté la foi dans un pays : c’est ainsi que saint Denys , premier évêque de Paris , est Vapôtre de la France ; saint Boniface , Vapôtre de l’Allemagne ; le moine saint Augustin, V apôtre de l’Angleterre; saint François-Xavier, VapôtreA^s Indes.
La mort tragique des apôtres sembloit bien propre à rebuter ceux qui seroient tentés de les imiter; mais non, ç’a été plutôt un nouvel attrait pour engager des milliers d’hommes à se livrer aux travaux de l’apostolat. Voilà, suivant l’opinion des incrédules, une nouvelle espèce de fanatisme dont il n’y avoit jamais eu d’exemple dans le monde.
II y a eu des temps où le pape étoit spécialement appelé Vapôtre, à cause de sa prééminence en qualité de successeur de saint Pierre, royez Sidoine Apollinaire , liv. 6, Ep. 4.
Apôtre étoit encore , dans l’origine de l’Eglise , le titre que l’on donnoit à ses envoyés , à ceux qui voyageoient pour ses intérêts. Ainsi saint Paul dit dans son épître aux Piomains , c. 16, 17 :
Saluez Andronicus et Junia mes parents et compagnons de ma captivité , qui sont distingués parmi Icj apôtres. C’étoit aussi le titre qu’on donnoit à ceux qui étoient envoyés par quelques Eglises , pour en apporter les collectes et les aumônes des fidèles , destinées à subvenir au besoin des pauvres et du clergé de quelques
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autres Eglises. C’est pourquoi saint Paul, écrivant aux Philippiens , leur dit qu’Epaphrodite, leur apôtre, avoit fourni à ses besoins, c. H , 2o. Les chrétiens
avoient emprunté cet usage des synagogues, qui donnoient le même nom à ceux qu’elles chargeoient d’un pareil soin, et celui à' apostolat à l’olTice charitable qu’ils exerçoient. Mais les apôtres ou envoyés de la synagogue n’ont rien de commun avec ceux de Jésus-Christ.
Apôtre , dans la liturgie grecque , ànosTohs, est un terme usité pour désigner un livre qui contient principalement les Epîtres de saint Paul, selon l’ordre ou le cours de l’année ; car comme ils ont un livre nommé sùKyyéXiov, qui contient les Evangiles , ils ont aussi un à;toffTo;.o5, et il y a apparence qu’il ne contenoit d’abord que les Epîtres de saint Paul ; mais depuis un très-long temps il renferme aussi les Jetés des apôtres, les Epîtres canoniques et l’Apocalypse ; c’est pourquoi on l’appelle aussi 7r/3a?a7roVro;.oî, à cause des actes qu’il contient, et que les Grecs nomment Tzpà.\ui. Le nom d’apostolus a été en usage dans l’Eglise latine dans le même sens, comme nous l’apprennent saint Grégoire le Grand , Ilincmar et Isidore de Séville : c’est ce qu’on nomme aujourd’hui épisiolier.
APPARITION. Action par laquelle un esprit tel que Pieu, un ange bon ou mauvais , rûme d’un mort se rend sensible, agit et converse avec les honimes. Les exemples en sont fréquents dans l’Ecriture sainte.
Selon riusloirc même de la création , Dieu a conversé d’une manière sensible avec Adam et scs enfants, avccNoé et sa famille, avec Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et plusieurs prophètes. Les Pères de l’Eglise ont agité la question de savoir si c’étoit Dieu lui-même qui sc rendoit présent cl visible aux hommes , ou si c’étoit un ange (pii parloit et agissait au nom de Dieu. Presque tous les anciens ont été persuadés que c’étoit le Verbe divin, . seconde personne de la sainte Trinité , qui préludoit ainsi au mystère de rincarnation; d’autres ont cru ipie c’étoient des anges. Il seroit dillicile de prouver d’une manière inconteslalile
l’un ou l’autre de sentiments; tous deux peuvent être vreV^s , eu égard aux circonstances. 11 semble «ïabord qu’à moins de faire violence au texitm/^riî^ on ne peut pas nier que le Créateur luimême n’ait parlé et conversé avec Adam, Noé et Abraham ; il ne paroît pas probable qu’un ange ait dit à Moïse dans le buisson ardent : « Je suis le Dieu de ton » père , le Dieu d’ Abraham ; » et aux Israélites assemblés au pie<l du mont Sinaï : i Je suis le Seigneur votre Dieu , » qui vous ai tirés d’Egypte. * Exod., c. 20 , 2. Cependant nous Usons dans
les Actes des apôtres, c. 7 , jï. 37, que c’étoit un ange qui parloit à Moïse sur le mont Sinaï ; et saint Etienne dit aux Juifs: Vous avez reçu une loi disposée par les anges, f. 53.
Sous quelle figure cet ange se montroit-il alors? Sous aucune. Moïse dit formellement aux Israélites : * Lorsque s Dieu vous a parlé à Horeb du milieu » d’un feu, vous avez entendu sa voix; » mais vous n’avez vu aucune figure, » de peur que trompés par là vous ne » fussiez tentés de faire quelque repré- » sentation de mâle ou de femelle , et de » l’adorer, s Deut., c. T, 12 , 15, etc. Il est dit que Moïse parloit à Dieu face à face dans la nuée qui étoit à l’entrée du tabernacle ; mais lorsque Moïse lui dit : et Seigneur , si j’ai trouvé grâce devant » vous , montrez-mbi votre visage , afin » que je vous connoisse... montrez-moi » votre gloire ; Dieu lui répond : Vous » ne pouvez pas voir mon visage, aucun » homme ne me verra sans mourir. »
Exod., c. 55 , jf. 9 , 11 , 15 , etc. Il paroît néanmoins , par les premiers chapitres de la Genèse , que Dieu , pour converser avec nos premiers parents , sc revêtoit d’un corps visible; mais on ne peut pas alTirmer que c’étoitun corps humain.
Dans d’autres circonstances , les anges qui parloicnt aux hommes , leur apparoissoient sous une figure humaine:
ainsi un ange conversa dans le désert avec Agar , et cette femme crut que c’étoit Dieu lui-même. Ge)i.,‘'c. IG , i. 7 et 13. Les trois anges envoyés pour détruire Sodomc , prirent un repas dans la tente d’ Abraham ; l’un d’entre eux , qui
lui promit un fils , est appelé le Seigneur, Jéhovah, c. 18, f. 13. (ies sortes d’opparitions des bons anges sont fréquentes dans l’ancien et le nouveau Testament ; mais nous ne voyons dans l’ancien aucun exemple d'apparitions des anges de ténèbres ; la première fois qu’il en est fait mention dans l’Ecriture sainte , est à l’occasion de la tentation de Jésus- Christ au désert. Matlh.,
Il est aussi rarement question d’npparition des morts. Samuel apparut à Saül, lorsque celui-ci le fit évoquer par la py- Ihonisse d’Eudor. I. Reg., c. 28, j. IS. ludasMachabée vit aussi le grand prêtre Onias et Jérémie qui lui parlèrent après leur mort , mais c’étoit en songe. II. Machah., c. 15 , 14. Nous lisons , Matlh.,
c. 27 , 52 , qu’à la mort du Sauveur,
et après sa résurrection , plusieurs morts sortirent de leur tombeau, entrèrent à Jérusalem, et apparurent à plusieurs personnes.
Nous ne nous arrêterons point à examiner la multitude des apparitions des esprits, rapportées par les auteurs profanes ; les philosophes du troisième et du quatrième siècle de l’Eglise , entêtés de théurgie , de théopsie et de magie , croyoient ou faisoient semblant de croire que l’on pouvoit converser avec les génies ou dieux du paganisme ; que plusieurs hommes en avoient vu, leur avoient parlé et en avoient reçu des réponses. Quelques Pères de l’Église ont été persuadés qu’en eflet le démon s’étoit rendu sensible à ses magiciens , en particulier à Julien l’apostat , et que Dieu l’avoit permis pour punir leur impiété.
On ne peut savoir avec certitude jusqu’à quel point l’imagination , les prestiges de l’esprit impur, ou l’imposture, ont eu lieu dans ces circonstances. Comment nous fier à de prétendus philosophes , dont la mauvaise foi alloit de pair avec leur fanatisme ? Porphyre et Jamblique , moins entêtés que les autres, ont témoigné qu’ils n’ajoutoient aucune foi à toutes ces visions ; les chrétiens ont plus d’une fois défié les païens de faire agir en leur présence ces génies dont on vantoit la puissance. Terlull., yïpolog., c. 22 et 25. Si l’on veut en croire les voyageurs ,
les magiciens caraïbes ont souvent commerce avec le démon.
Quant aux apparitions des morts, rien n’est plus commun , soit chez les historiens païens, soit dans nos écrivains des bas siècles ; c’est ce qui avoit fait naître dans le paganisme la nécromancie , ou l’art d’évoquer les morts , pour apprendre d’eux l’avenir ; mais aucun de ces faits dont nos pères repaissoient leur crédulité, n’est fondé sur des preuves assez fortes pour nous obliger à le croire. S’il y en avoit de bien prouvés, nous n’aurions aucune répugnance à y ajouter foi. D’autre part, les doutes que nous inspirent des narrations apocryphes , ne dérogent en aucune manière à la certitude dee faits rapportés dans les livres saints; vainement les incrédules se croient en droit de tout nier, parce que tout n’est pas également prouvé.
1® Ceux qui admettent un Dieu , peuvent-ils mettre des bornes à sa puissance , régler ses décrets , prescrire la conduite qu’il a dû tenir envers tes hommes depuis la création ? Dieu sans doute , peut se revêtir d’un corps , c’està-dire, rendre sa présence sensible, par la parole et par l’action qu’il donne à un corps quelconque : que ce ^ corps soit igné , aérien , lumineux ou opaque , cela est égal ; on ne prouvera jamais que cette manière d’instruire les hommes, de leur dicter des lois , de leur prescrire une religion , est indigne de la sagesse et de la majesté divine : Dieu a donc pu s’en servir. Comment prouvera-t-on qu’il ne l’a pas fait ? Une preuve qu’il Fa fait à l’égard des patriarches , de Moïse , et d’autres , c’est qu’ils nous ont laissé les monuments d’une religion , plus pure, plus sainte , plus sensée , plus vraie que toutes celles des peuples qui n’ont pas eu le même secours. Il faut donc que Dieu la leur ait révélée. La manière dont ils disent que cette révélation leur a été faite étoit donc convenable , puisqu’elle a produit l’eflet que Dieu se proposoit.
Les apparitions des anges et des morts ne renferment pas plus de difficulté que les apparitions de Dieu. Il ne lui est pas moins aisé de donner un corps à un ange que d’en revêtir une àine bu-
maine ; lorsque celle-ci est séparée de son corps , Dieu peut certainement la faire reparoUre, lui rendre le même corps qu’elle avoit , ou un autre , la remettre en état de faire les memes fonctions qu’elle faisoit avant la mort. Ce moyen d’instruire les hommes et de les rendre dociles , est un des plus frappants que Dieu puisse employer.
2“ Les matérialistes mêmes , qui ne croient ni à Dieu ni aux esprits, et qui nient tous les faits capables d’en prouver l’existence, ne raisonnent pas conséquemment. Bayle a démontré que Spinosa , dans son système d’athéisme , ne pouvoit nier ni les esprits , ni leurs apparitions, ni les miracles, ni les démons , ni les enfers. JDict. crit., Spinosa , rem. Q et suiv. En effet, selon l’opinion des matérialistes , la puissance de la nature , c’est-à-dire , de la matière , est infinie : or elle ne le seroit pas si elle ne pouvoit pas faire tout ce qui est rapporté dans l’histoire sainte. Un défenseur de ce système nous dit que nous ne savons point si la nature n’est pas actuellement occupée à produire plusieurs êtres nouveaux, si elle ne rassemble pas dans son laboratoire les éléments propres à faire éclore des générations toutes nouvelles , et qui n’auront rien de commun avec ce que nous connoissons. Système de la nat., tom. 1 , c. 6 , pag. 86 , 87. Donc nous ne savons pas non plus si , plusieurs milliers d’années avant nous , elle n’a pas produit des phénomènes singuliers , et que nous ne concevons point. Nous ignorons si , par quelques combinaisons fortuites de la matière , il ne s’est pas allumé au sommet du mont Sinaï un feu terrible, d’où sortoit une voix qui a dicté le Décalogue. Nous ne pouvons décider si par d’autres combinaisons il ne s’est pas formé tout à coup une figure d’homme qui a conduit, protégé et comblé de biens le jeune Tobie; si, par magie ou autrement, il n’est pas sorti do terre un spectre semblable à Samuel qui a parlé à Saül , etc.
Puisque la nature , par sa toute-puissance , a fait des hommes tels que nous sommes, pourquoi ne pourroit-elle pas former des anges beaucoup plus puis-
sants que les hommes , des corps ignés ou aériens capables de faire des choses supérieures aux forces humaines ?
3“ En bonne logique , les sceptiques peuvent encore moins rejeter le témoignage des auteurs sacrés. Selon leur système , il n’y a aucune connexion nécessaire entre les idées qui nous viennent à l’esprit par les sensations , et l’état réel des corps existants hors de nous : nous ne sommes pas sûrs s’ils sont réellement tels qu’ils paroissent à nos sens!
Donc le cerveau de Moïse a pu être affecté de manière qu’il ait cru voir, entendre, et faire tout ce qu’il raconte ; les têtes de la famille de Tobie ont pu se trouver dans la même situation que si un ange leur étoit apparu, leur avoit parlé, et avoit fait tout ce qu’ils ont cru voir et éprouver ; les organes de Saül ont pu être modifiés de la même manière que si Samuel étoit réellement sorti dû tombeau, etc. Nous aurions donc tort de suspecter la sincérité de 'jeux qui ont écrit ces faits. A la vérité , si c’étoient des illusions , tous ces gens-là n’étoient pas dans leur bon sens; qu’importe?
Nous ne sommes pas sûrs si à ce moment notre cerveau et celui des sceptiques ne sont pas aussi malades que celui des personnages dont nous parlons.
Si donc les incrédules savoient raisonner, ils ne borneroient jamais les forces de la nature , ni le nombre des possibles ; ils seroient aussi crédules que les vieilles, les enfants et les ignorants les plus grossiers. Ceux qui croient à la magie sans croire en Dieu , ne sont pas ceux qui raisonnent le plus mal.
4® Le grand argument est de dire : Si tout cela étoit arrivé atitrefois , il arriveroil encore ; puisqu’il n’arrive plus depuis que l’on est mieux instruit, c’est une preuve qu’il n’est jamais arrivé.
Faux raisonnement. Selon l’opinion des matérialistes, il est sorti autrefois du sein de la terre ou de lamcr , des hommes tout formés, il n’en sort plus aujourd’hui ; tous viennent au monde par une suite de générations régulières."' Si nous en croyons les sceptiques , il n’y a aucune connexion nécessaire entre ce qui se fait aujourd’hui et ce qui est arrivé
Autrefois. Dès qu’il n’y a point de providence qui entretienne dans la nature un ordre constant , il n’est rien qui ne puisse arriver par hasard , ou par des combinaisons inconnues de la matière.
Les déistes, à leur tour, se fondent mal à propos sur ce même argument.
S’il y a un Dieu , il a pu et il a dû conduire autrement le genre humain dans son enfance , que dans les âges postérieurs. Il falloit alors des miracles , des prophéties , des apparitions et des inspirations pour établir la vraie religion : une fois fondée, elle n’en a plus besoin : les mêmes faits qui lui ont servi d’attestation dans l’origine , lui en serviront jusqu’à la fin des siècles : il n’est donc plus nécessaire que Dieu fasse aujourd’hui ce qu’il a fait autrefois. C’est la réflexion de saint Augustin.
II s’en faut beaucoup que les dissertations de dom Calmetsur les apparitions aient été faites avec la sagacité et le bon sens qu’exigeoit une matière aussi délicate. L’abbé Langlet lui a fait , avec raison , plusieurs reproches dans son traité sur le même sujet, t. 2, p. 91. Celui-ci prouve fort bien que le très-grand nombre des apparitions des morts , rapportées par les écrivains des bas siècles, manquent de preuves et de vraisemblance, p. 393 et suiv.
Appakitions de JÉsus-CmusT apuès SA RÉSURRECTION. 11 est dit, Actes des apôtres , qu’après sa résurrection , Jésus-Christ s’est montré vivant à ses apôtres , et les en a convaincus par un grand nombre de preuves pendant quarante jours , conversant avec eux , leur parlant du royaume de Dieu, buvant et mangeant avec eux ; qu’ils l’ont vu de leurs yeux monter aux cieux. Act., c. 1. Les évangélistes nous apprennent qu’il s’estmontré difïérentcs fois à ses apôtres, soit dispersés , soit rassemblés , et aux saintes femmes ; qu’il leur a parlé , qu’il s’est laissé toucher , qu’il a invité le plus incrédule d’entre eux à mettre le doigt ur ses plaies , qu’il a bu et mangé plusieurs fois avec eux. Ces apparitions
éloient donc point des illusions.
Mais aucun des évangélistes ne s’esi attaché à raconter toutes ces apparitions
et ces conversations , à les arranger dans l’ordre selon lequel elles sont arrivées , à en détailler toutes les circonstances.
Saint Matthieu n’en a cité que deux , saint Marc fait mention de quatre , saint Luc n’en a rapporté que cinq, saint Jean quatre; aucun d’eux n’en a fixé le nombre. Ils en parloient comme d’une chose très-connue parmi eux , sur laquelle personne ne pouvoit former des doutes. Ils ne pensoient pas que dans la suite des siècles les incrédules épîucheroient toutes leurs paroles , y chercheroient des contradictions, argumenteroient sur la brièveté de leur récit , se plaindroient de ce qu’il n’est pas assez exact, etc. Aucun titre , aucune histoire ne peut être assez claire , ni assez précise , pour prévenir toutes les objections des opiniâtres.
La grande objection des incrédules, est que ces apparitionsne suffisent pas pour prouver la résurrection de Jésus-Christ.
II avoit promis publiquement de ressusciter, disent-ils; donc il devoit ressusciter en public. Il falloit se montrer aux prêtres, aux pharisiens, aux docteurs juifs, au sanhédrin de Jérusalem ; le témoignage de ces gens-là auroit été d’un tout autre poids que celui d’une poignée de disciples déjà séduits. Un gouverneur romain, un tétrarque, un grand prêtre juif, convertis par V apparition de Jésus- Christ, eussent fait plus d’impression sur un homme de bon sens, que cette populace ignorante que l’on suppose avoir été persuadée par la prédication de saint Pierre.
Mais ici nos adversaires s’arrêtent en beau chemin : la résurrection de Jésus- Christ ne devoit pas seulement être crue à Jérusalem, elle devoit être publiée et crue dans le monde entier. Pourquoi vouloir que les autres nations fussent obligées de croire aux témoignages des principaux de Jérusalem? Il ne tenoit qu’à Jésus-Christ de mourir et de ressusciter à Rome, à Pékin, à Paris, de se montrer à l’univers entier : le miracle auroit été plus authentique et plus convaincant; les hommes de bon sens auroient cru sur le témoignage de leurs propres yeux.
AVV 164 API»
De tous les arguments des incrédules, il n’en est peut-être point de plus abr’irde que celui-ci : Dieu pouvoit donner de plus fortes preuves de telle ou telle vérité; donc celles qu’il a données ne suflisent pas. Les athées sont partis de là ; ils disent que s’il y a un Dieu , il devoit écrire son existence dans le ciel en caractères lumineux et visibles à tous les yeux.
Nous soutenons que Jésus-Christ n’a pas dû faire ce que l’on exige de lui, ni pour les Juifs, ni pour les païens , ni en faveur des incrédules ; que quand il l’auroit fait, sa résurrection ne paroîtroit pas mieux prouvée à ces derniers, et qu’ils ne seroientpas plus disposés qu’ils le sont à y croire.
i° Plusieurs posent pour principe, qu’une résurrection est un fait impossible, qu’aucune preuve ne peut jamais le constater; d’autres, que c’est un fait incroyable; que quand ils verroient de leurs yeux un mort ressuscité, ils ne croiroient pas. Donc c’est une absurdité et une dérision pure de leur part, d’exiger des preuves auxquelles ils sont résolus d’avance de ne pas croire. Si les Juifs pensoient^de même, comme ils l'ont assez témoigné par leur conduite, il est clair que la vue même de Jésus- Christ ressuscité ne les auroit pas convaincus. Il ne leur auroit pas été plus diflicile de dire : C’est le diable qui a pris la figure de Jésus pour nous tromper, que de dire, comme ils ont fait.
C’est par le pouvoir du démon que cet homme fait des miracles.
2" C’est une iini)iété de soutenir que Jésus-Christ devoit, par un excès de bonté et [>ar le don de la foi , récompenser la foiblcsse de Pilate qui l’avoit livré à la mort contre sa conscience, l’injustice du grand j)rêtre qui l’avoit condamné comme blasphémateur, la turpitude du sanhédrin qui avoit souscrit à l’arrêt, la fureur du peuple (pii avoit crié, Crucifiez-lc , la rage des bourreaux qui l’avoient couvert d’op|irohres et de plaies. Dieu avoit-il donc besoin de tous ces malfaiteurs pour accomplir ses desseins? v
5 " Jésus-Christ a rempli sa promesse
dans toute son étendue; il n’avoit pas promis de ressusciter en public et sous les yeux des Juifs, ni de se montrer à eux après sa résurrection incontestable.
Mais les Juifs ont résisté au témoignage des gardes, à l’attestation des apôtres, confirmée par leurs miracles , à l’exemple de huit mille hommes convertis par saint Pierre, à l’impression que dévoient faire sur eux les vertus des premiers chrétiens , aux fléaux terribles que Dieu fit tomber sur la Judée pour punir le déicide qui y avoit été commis. Dieu doit-il multiplier les miracles pour forcer de pareils hommes à se convertir? Tels ont été et tels seront toujours les incrédules de tous les siècles.
4° Quand les principaux Juifs et le sanhédrin auroient cru en Jésus-Christ, quelle impression leur témoignage auroit-il fait sur les Romains ou sur les incrédules modernes? Aucune. Les Romains ont dit , et les incrédules répètent, que les Juifs i^toient des ignorants, des rêveurs, des fanatiques avides de merveilleux , incapables de discerner le vrai d’avec le faux , et un miracle d’avec un prestige. Selon le principe de nos adversaires, les Juifs de la Grèce ni ceux de Rome n’étoient pas obligés de s’en fier au témoignage de leurs frères de Judée, sur un fait aussi merveilleux et aussi incroyable que la résurrection de Jésus; les païens encore moins; tous pouvoient dire, comme les incrédules :
Est-il raisonnable d’exiger que nous croyions , sur la parole d’autrui , un fait dont Dieu pouvoit nous convaincre par nos propres yeux ?
b» Quand Jésus ressuscité se seroit montré aux chefs de la synagogue , comment le saurions-nous? Par le témoignage des Juifs convertis; car enfin des Juifs incrédules n’auroient pas pris la peine de nous en informer , ni de mettre jiar écrit un fait qui les auroit couverts d’o|)probre. Or, les incrédules modernes commencenl par rejeter comme suspecte l’attestation de tous ceux qui ont cru en Jésus-Christ : Ce sont, disent-ils, des hommes jirévcnus, séduits, intéressés à la cause de leur maître ; ce sont des fanatiques ou des imposteurs.
Les chefs de la synagogue seroient-ils plus à couvert de cette accusation que les apôtres et les évangélistes? C’est assez qu’un fait quelconque, ou un témoignage , paroisse aux incrédules trop favorable au christianisme, pour qu’ils les rejettent sans examen : voilà la principale raison qui les prévient contre le témoignage que l’historien Josephe a rendu à Jésus-Christ.
6® Enfin , si les grands prêtres , le tétrarque de la Judée, le sanhédrin en corps , avoient attesté la résurrection de Jésus-Christ, et avoient cru en lui, les incrédules diroient qu’il y a eu collusion entre tous ces personnages et les apôtres, qu’ils avoient formé de concert le projet de faire reconnoître Jésus-Christ pour le Messie, afin de soulever le peuple , de faire une révolution, et de secouer le joug des Romains; que toute cette scène a été un complot d’intérêt national et de politique; qu’ainsi la prétendue conversion des grands et du peuple ne prouve rien ; etc. L’esprit fécond de nos adversaires pourroit-iï jamais manquer de raisons ou de prétextes pour autoriser leur incrédulité ?
Dieu a su mieux qu’eux ce qu’il falloit pour persuader les esprits droits et les hommes sensés. La résurrection de Jésus-Christ a été publiée , prouvée et crue cinquante jours après , sur le lieu même où elle étoit arrivée , par huit mille Juifs que la prédication de saint Pierre persuada et convertit. Jet., c. 2, ; c. 4,
% 6. Telles furent les prémices de l’Eglise qui se forma dès lors à Jérusalem , et qui a subsisté aussi longtemps que cette ville. Bientôt plusieurs prêtres furent au nombre des fidèles. Jet., c. G, y. 7. Aucun motif ne pouvoit les engager à croire la résurrection de Jésus- Christ, que la certitude incontestable et la notoriété du fait : donc les preuves en étoienl convaincantes et invincibles.
Tel est le point essentiel contre lequel aucune objection ne prévaudra. Foyez Résurrection.
«APPEL AU FUTUR CONCILE. C’est un expédient dont on s’est avisé de nos jours pour esquiver la censure de certaines opinions condamnées par le sou-
verain pontife, censure approuvée et confirmée par le suffrage de l’Eglise universelle, puisqu’à l’exception de quelques évêques de France , point d’autres n’ont réclamé. Il est étonnant qu’un procédé aussi étrange ait pu trouver des partisans et des apologistes.
Les appelants savoient bien qu’il n’y avoit point pour eux de futur eoneile à espérer ; que l’Eglise universelle ne s’assembleroit pas pour juger s’ils avoient droit ou tort, que c’étoit appeler à un tribunal qui n’existeroit peut-être jamais. L’Eglise dispersée avoit applaudi à plusieurs jugements déjà portés par le saint siège sur cette meme matière; pouvoit-on supposer que l’Eglise changeroit de croyance lorsqu’elle seroit assemblée, et que la circonstance d’un concile opérerait une révolution subite dans tous les esprits ? Le comble du ridicule a été de croire qu’un appel donnoit le droit de continuer à enseigner la doctrine censurée. Si les appelants avoient été condamnés dans un eoneile, ils auroient appelé, comme tous les hérétiques, au jugement de Dieu.
Mosheim, dans une de ses dissertations sur l’ Histoire ecele'siastique , 1. 1, pag. 581, a très-bien prouvé que ces sortes d’appels sont inconciliables avec la doctrine catholique touchant l’unité de l’Eglise , que les appelants se sont joués des termes , en protestant qu’ils ne prétendoient point déroger à cette unité par leur appel; mais nous réfuterons ailleurs ce qu’il soutient dans le même endroit, savoir, que cette même croyance touchant l’unité de l’Eglise, ne peut pas s’accorder avec le sentiment de l’Eglise gallicane sur la supériorité des coneiles généraux à l’égard du pape. Les partisans de Quesnel n’appeloient pas de la décision du pape seul à celle d’un eoncile général, mais de la décision du pape, confirmée par l’acquiescement de l’Eglise universelle. Cela est fort différent. Foyez Unité de l’Eglise.
APPELANT, nom qu’on a donné , au commencement de ce siècle, aux évêques cl autres ecclésiastiques qui avoient interjeté appel au futur concile, de la bulle Unigenitus donnée par le papo
Cldment XI, et portant condamnation du livre du Père Quesnel, intitulé, Ré- {lexions morales sur le Nouveau Testament. ~
Comme les appelants se flattoientd’en imposer à l’Eglise entière par leur grand nombre , on sollicitoit des appels do la même manière que l’on brigue les suffrages d’un juge ou d’un électeur ; et les chefs de ce parti furent assez insensés pour appeler leurs clameurs le cri de la foi. Heureusement ces folles démarches ont été révoquées avec autant de facilité qu’elles avoient été faites, et l’on rougit aujourd’hui de tout ce scandale.
APPLICATION, se dit particulièrement en théologie , de l’action par laquelle notre Sauveur nous transfère ce qu’il a mérité par sa vie et par sa mort.
C’est par cette application des mérites de Jésus-Christ que nous devons être justifiés, et que nous pouvons prétendre à la grâce et à la gloire éternelle. Les sacrements sont les voies ou les instruments ordinaires par lesquels se fait celte application, pourvu qu’on les reçoive avec les dispositions nécessaires et prescrites par le concile de Trente dans la sixième session.
• L’Eglise nous les applique encore par le saint sacrifice de la messe , par ses prières, par les indulgences, par les bonnes œuvres qu’elle nous prescrit.
Elle a condamné les protestants qui soutiennent que cette application ne peut nous être faite que par la foi. Voyez I.MPLTATION.
APPROBATION, APPROUVER. Un prêtre approuvé est celui qui a reçu de son évêque le pouvoir d’entendre les confessions et d’absoudre. Comme c’est un acte de juridiction, l’évêque est le mailre de limiter celte approbation pour le temps, pour le lieu, pour les cas; (N.® IX, p. 507 .) Un prêtre qui n’est cr/yproui' J que pour un an, est obligé de faire renouveler scs pouvoirs à la fin de l’année ; celui qui est approuvé j)our telle paroisse, n’a pas pour cela le pouvoir de confesser dans une autre ; celui qui a le pouvoir d’absoudre des cas ordinaires ou non réservés , a besoin d’un [)ouvoir spécial pour absoudre des cas réservés.
AP.SIS ou AE.SIS , mot usité dans les auteurs ecclésiastiques pour signifier la partie intérieure des anciennes églises , où le clergé éloit assis et où l’autel éloit placé.
On croit que cette partie de l’église s’appeloit ainsi , parce qu’elle étoit bâtie en arcade ou en voûte , appelée par les Grecs et par les Latins absis.
Dans ce sens, le mot absis se prend aussi pour le presbytère , par opposition à la nef, ou à la partie de l’église où se tenoit le peuple ; ce qui revient à ce que nous appelons chœur ci sanctuaire.
Vapsis étoit bâtie en figure hémisphérique, et consistoit en deux parties, l’autel ou sanctuaire, et le presbytère. Dans cette dernière partie étoient contenues les stalles ou places du clergé , et entre autres le trône de l’évêque, qui étoit placé au milieu ou dans la partie la plus éloignée de l’autel. L’autel éloit à l’autre extrémité vers la nef, dont il éloit séparé par une grille ou balustrade à jour. Il étoit sur une estrade , et sur l’autel étoit le ciboire ou la coupe , sous une espèce de pavillon ou de dais. V oyez Cordemoy, Mém. de T’réu.^juillet 1710, p. 1268 et suiv.; Fleury, Mœurs des Chrét., tit. XXXV.
On faisoit plusieurs cérémonies à l’entrée ou sous l’arcade de Vapsis , comme d’imposer les mains , de revêtir de sacs et de cilices les pénitents publics. Il est aussi souvent fait mention dans les anciens monuments , des corps des saints qui étoient dans Vapsis. C’éloient les corps des saints évêques, ou d’autres saints, qu’on y transporloit avec grande solennité. Synod. 3. Carlh., can. 32, Spelman.
Le trône de l’évêque s’appeloit anciennement apsis, d’où quelques-uns ont cru qu’il avoit donné ce nom â la partie de la basilique dans laquelle il éloit situé; mais, selon d’autres, il l’avoit emprunté de ce même lieu. On l’appeloii encore apsis gradata , parce qu’il étoit élevé de quelques degrés audessus des sièges des prêtres; ensuite on le nomma exhedra, puis trône et tribune.
ylpsis éloit aussi le nom d’un rcli-