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un rabbin n’en compte que cinquantedeux ; les mahométans ne donnent à ce patriarche que deux ans pour la construire. Par le texte de la Genèse^il est certain d’un côté que le déluge arriva l’an six cent de Noé , de l’autre , qu’il étoit âgé de cinq cents ans lorsqu’il eut Sem , Cham et Japhet : d’où il s’ensuit que l’opinion de Bérose paroît la plus probable. En effet , selon le père Fournier , dans son hydrographie , et selon le sentiment des Pères , Noé fut aidé dans son travail par ses trois fils : ces quatre personnes suffirent pour le finir ; puisque Archias de Corinthe , avec le secours de trois cents ouvriers, construisit en un an le grand vaisseau d’Hiéron , roi de Syracuse.
Quand on supposeroit Yarche heaucoup plus grande, et hâtie en soixantedix-huit ans , il faudroit faire attention aux forces des hommes du premier âge du monde , qui ont toujours été regardés comme beaucoup plus robustes que ceux des temps postérieurs. Par ces réflexions, l’on peut répondre aux objections de ceux qui prétendent que l’aîné des enfants de Noé ne naquit qu’en viron le temps auquel Yarche fut commencée, que le plus jeune ne vint au monde que lorsque l’ouvrage étoit déjà fort avancé , qu’il se passa par conséquent un temps considérable avant qu’ils fussent en état de rendre service à leur père. On détruit également ce que d’autres objectent, qu’il est impossible que trois ou quatre hommes aient suffi pour construire un bâtiment auquel il falloit employer une prodigieuse quantité d’arbres, et un nombre infini de bras pour les façonner. Que sait - on d’ailleurs si Noé ne se fit pas aider par des ouvriers?
2” Le bois qui servit à bâtir Yarche est appelé dans l'Ecriture hetsé gopher, que les septante traduisent par bois équatri; Onkélos et Jonathan, bois de cèdre; saint Jérôme, ôoîs taillé ou poli, et ailleurs, bois goudronné, ou enduit de hitume ; Kimchi dit que c’éloit un bois léger ; Valable , un bois qui demeure dans l’eau sans se corrompre; Junius , Trcmellius et Buxtorf, une espèce de cèdre appelé par les Grecs x(SptXà.rri, M. Le Pelletier
(le Rouen pense de même , parce que ce bois incorruptible est très-commun dans l’Asie. Selon Hérodote et Aristophane , les rois d’Egypte et de Syrie employoient le cèdre au lieu de sapin à la construction de leurs flottes ; mais on ne doit pas faire beaucoup de fond sur la tradition reçue dans tout l’Orient, qui veut que Yarche se soit conservée jusqu’à présent toute entière sur le mont Ararat.
Rocliart soutient que gopher est le cyprès , parce que dans l’Arménie et dans l’Assyrie , où probablement Yarche fut construite , il n’y a que le cyprès qui soit propre à construire un long vaisseau tel que Yarche. Arrien, liv. 7, etStrabon, liv. 16, racontent qu’ Alexandre voulant faire construire une flotte dans la Babylonie, fut obligé de faire venir des cyprès d’Assyrie. Or , il n’est pas vraisemblable que Noé avec ses enfants , obligés de faire un vaisseau si vaste en si peu de temps , aient encore été dans la nécessité de tirer de loin les bois de construction.
D’autres enfin croient que l’hébreu gopher signifie en général des bois gras et résineux , comme le pin , le sapin , le térébinthe. On ne doit faire aucune attention aux fables que les mahométans ont forgées à ce sujet.
3° Selon Moïse, Yarche avoit trois cents coudées de long, cinquante de large, et trente de hauteur. Plusieurs critiques ont prétendu que ces mesures ne donnoient pas une capacité suffisante pour contenir tous les animaux et les provisions que l’arc/iedevoil renfermer. Celse s’en est moqué , et a nommé ce bâtiment Yarche d’absurdité.
Pour résoudre cette difficulté, les Pères et les commentateurs ont recherché quelle étoit la grandeur de la coudée dont Moïse a parlé. Origène , saint Augustin et d’autres, ont pensé qu’il étoit question des coudées géométriques des Egyptiens , qui contenoient , selon eux , six coudées vulgaires ou neuf pieds. Mais on ne voit pas que ces coudées aient été en usage cliez les Hébreux. Dans cette supposition, l’arc/icanroit eu 2700 pieib de longueur ; ce qui , joint aux aulri's dimensions, lui eût donné une capacité
énorme et superflue. Quelques-uns ont dit que les hommes d’alors étant plus grandsqueceux d’aujourd’hui, leur coudée étoit aussi plus longue; mais parla même raison , les animaux dévoient être aussi plus grands et occuper plus de place.
D’autres supposent que Moïse parle de la coudée sacrée, qui étoit de la largeur de la main plus grande que la coudée ordinaire; mais il ne paroît pas que cette mesure ait été employée ailleurs que dans les édifices sacrés comme étoientle temple et le tabernacle.
Buteo et le Père Kircher paroissent avoir mieux rencontré , en supposant la coudée de la longueur d’un pied et demi. Ils prouvent géométriquement qu’avec cette mesure Yarche étoit très-suffisante pour renfermer tous les animaux et toutes les provisions nécessaires pour les nourrir pendant un an. On est encore moins gêné à cet égard dans le sentiment de MM. Le Pelletier, Graves, Cumberland et Newton , qui donnent à l’ancienne coudée hébraïque la même longueur qu’à l’ancienne coudée de Memphis, c’est-à-dire , environ vingt pouces et demi , mesure de Paris.
Snellius a prétendu que Yarche avoit plus d’un arpent et demi de superficie; Cunéus et Budée n’ont pas calculé de même; Arhulhnot compte qu’elle avoit quarante fois huit mille cent soixantedeux pieds cubiques de capacité. Le père Lami juge qu’elle étoit de cent dix pieds plus longue que l’église de saint Merry à Paris, et de soixante -quatre pieds plus étroite. Son traducteur anglois .ajoute qu’elle étoit plus longue que ne l’est l’église de Saint-Paul à Londres de l’est à l’ouest, et qu’elle avoit soixante-quatre pieds de hauteur selon la mesure angloise.
Outre les huit personnes qui composoient la famille de JVoé , Yarche conteuoit une paire de chaque espèce d’animaux impurs, et sept d’animaux purs, avec leur provision d’aliments pour un an. Au premier coup d’œil, cela peut paroitre impossible; mais quand ou en vient au calcul, on trouve que le nombre des animaux n’est pas si grand qu’on so
l’étoit d’abord imaginé. Nous ne connoissons guère que cent ou tout au plus cent trente espèces de quadrupèdes , environ autant d’oiseaux , et quarante espèces de ceux qui vivent dans l’eau. Les naturalistes comptent ordinairement cent soixante et dix espèces d’oiseaux en tout. Wilkins, évêque de Chester, prétend qu’il n’y avoit que soixante et douze espèces de quadrupèdes qui fussent nécessairement dans Varche.
5° Suivant la description que Moïse fait de cet édilice , il paroît qu’il étoit séparé en trois étages , qui avoient chacun dix coudées ou quinze pieds de hauteur. Probablement l’étage le plus bas étoit occupé par les quadrupèdes et par les reptiles , celui du milieu par les provisions , celui d’en haut par les oiseaux , par Noé et par sa famille ; chaque étage devoit être divisé en plusieurs loges.
Philon , Josèphe , et d’autres commentateurs, imaginent encore un quatrième étage sous les autres , qui étoit comme le fond de cale du vaisseau, qui contenoit le lest et les excréments des animaux.
Drexélius pense que Varche étoit divisée en trois cents loges ou appartements ; le père Fournier en compte trois cent vingt-trois; l’auteur des Questions sur la Genèse, quatre cents. Budée, Arias , Montanus, Wilkins, le père Lami, supposent autant de loges qu’il y avoit d’espèces d’animaux. M. Le Pelletier et Buteo en mettent beaucoup moins, parce que , si on les multiplioit trop , chacune des huit personnes qui étoient dans Varche auroiteu quarante ou cinquante loges à pourvoir et à nettoyer par jour; ce qui est impossible.
Peut-être y a-t-il autant de difliculté à diminuer le nombre des loges , à moins qu’on ne diminue le nombre des animaux ; il pareil plus dilTicile de prendre soin de trois cents animaux dans soixante-douze loges , que s’ils occupoient chacun la leur.
Budée a calculé que tous les animaux renfermés dans Varche ne dévoient pas tenir plus de place que cinq coiils clicvaux ou cinquante-six paires de bœufs.