‹ Dictionnaire de théologieChapitre 95 sur 170 · I .e père Lami porte ce nombre à soi xanlc · texte numérisé non relu

I .e père Lami porte ce nombre à soi xanlc

quatre paires , ou cent vingt-huit bœufs. Selon lui , en supposant que deux chevaux ne tiennent pas plus de place qu’un bœuf, si Varche a eu de l’espace pour deux cent cinquante-six chevaux , elle a pu contenir tous les animaux : il démontre qu’un seul étage pouvoit contenir cinq cents chevaux , en comptant neuf pieds carrés pour un cheval.

Quant à ce qui regarde les aliments contenus dans le second étage , Budée a observé que trente ou quarante livres de foin suffisent ordinairement à un bœuf pour sa nourriture journalière, et qu’une coudée solide de foin, pressée comme elle est dans les greniers ou magasins , pèse environ quarante livres. Or, il paroît que le second étage avoit cent cinquante mille coudées cubes. Si on les divise entre deux cent six bœufs, il y aura deux tiers de foin plus qu’ils n’en pourront manger dans un an.

Selon le calcul de Wilkins , tous les animaux carnassiers sont équivalents , pour leur volume et pour leur nourriture , à vingt-sept loups , et tous les autres à deux cent huit bœufs. Pour la nourriture des premiers, il met mille huit cent vingt-cinq brebis , et pour celle des seconds, cent neuf mille cinq cents coudées de foin : or, les deux premiers étages étoient plus que suffisants pour contenir le tout. Quant au troisième, tout le monde convient qu’il y avoit plus de place qu’il n’en falloit pour les oiseaux , pour Noé et sa famille, et pour leur nourriture.

Ce savant évêque observe qu’il est plus difficile d’évaluer la capacité de Varche J que d’y trouver une place suffisante pour toutes les espèces d’animaux connus. La cause est l’imperfection de nos listes d’animaux , surtout dos animaux des parties du monde qui ne sont pas encore fréquentées et suflisamment connues. 11 ajoute que le plus habile mathématicien de nos jours ne détermineroit pas mieux les dimensions d’un vaisseau tel que Varche, qu’elles ne le sont dans l’Ecriture , relativement à l’usage auquel Varche étoit destinée; d’où il conclut que la narration de Moïse dont on a voulu faire une objection contre

Ja vérité de l’Ecriture sainte, en est plutôt une preuve. En effet , il est à présumer que, dans les premiers âges du monde , les hommes , moins exercés qu’aujourd’hui dans les sciences et dans les arts , devaient être aussi plus sujets à des erreurs de calcul; cependant, si l’on avoit aujourd’hui à proportionner un vaisseau à la masse des animaux et à leur nourriture , on ne s’en acquitterait pas mieux : par conséquent Yarche ne peut être une invention de l’esprit humain. En pareil cas, les hommes sont exposés à grossir prodigieusement les objets ; il serait donc arrivé dans les dimensions de Varche de Noé, ce qui arrive dans l’estimation du nombre des étoiles par la seule vue. De même que l’on juge d’abord le nombre des étoiles infini , on aurait poussé les dimensions de V arche à une grandeur démesurée , et l’on aurait produit un bâtiment beaucoup plus grand qu’il ne falloit ; l’historien aurait plus péché par l’excès de capacité qu’il lui auroit donnée , que ceux qui attaquent son histoire ne prétendent qu’il pèche par défaut.

M. Le Pelletier de Rouen etButeo ont encore poussé plus loin l’exactitude et la précision ; voici l’extrait de leur travail, tel qu’il a été donné par dom Calmet , dans sa Dissertation sur Yarche de Noé.

Le premier suppose que Yarche étoit un bâtiment de la figure d’un parallélipipède rectangle, dont on peut diviser la hauteur intérieure en quatre étages. Il donne trois coudées et demie au premier, sept au second , huit au troisième , six et demie au quatrième; il laisse les cinq coudées restantes des trente de la hauteur, pour les épaisseurs du fond, du comble , et des trois ponts ou planchers des trois derniers étages.

Le premier étage étoit le fond , ou ce que l’on appelle la carène dans les navires ; le second servoit de grenier ou tic magasin ; dans le troisième étoient les étables ; dans le quatrième , les volières. .Mais comme la carène ne se comploil point jioiir un étage , et ne servoit tpic d’un réservoir d’caii douce , Yarche n’cii avoit proprement que trois , comme l’Ecriture le dit, quoique les commenta-

teurs en aient supposé quatre en comptant la carène.

Il ne veut que trente-six étables pour les animaux terrestres, et autant pour les oiseaux ; chaque étable pouvoit avoir quinze coudées quatre neuvièmes de long, dix-septdelargeet huit dehauteur ; par conséquent vingt-six pieds et demi de long , ving-neuf de large, treize pieds et demi de haut, puisque M. Le Pelletier donne à sa coudée vingt pouces et demi, mesure de Paris. Les trente-six volières étoient de même étendue que les étables.

Pour charger également Yarche, Noé avoit pu remplir les étables et les volières , en commençant par celtes du milieu , des plus gros animaux et des plus grands oiseaux. Un calcul exact démontre qu’il pouvoit y avoir plus de trente-un mille cent soixante-quatorze muids d’eau douce dans la carène; c’est plus qu’il n’en falloit pour abreuver pendant un an quatre fois autant d’hommes et d’animaux qu’il y en avoit dans Yarche. Il en est de même de la capacité du grenier pour contenir la nourriture nécessaire à tous pendant un an.

Dans le troisième étage, Noé a pu construire trente-six loges pour y serrer les ustensiles de ménage , les instruments de labourage , les grains , les semences, etc., une cuisine, une salle, quatre chambres , et un espace de quarante-huit coudées pour se promener.

M. Le Pelletier place la porte deY arche, non dans l’un des côtés de la longueur où elle auroit gâté la symétrie et ôté 1 équilibre , mais à l’un des bouts.

Quelques-uns ont cru qu’un réservoir d’eau douce n’étoit pas nécessaire, que l’eau de la mer mêlée avec les eaux du déluge pouvoit être assez potable ; ils se sont trompés: l’expérience prouve qu’un tiers d’eau salée mêlée avec deux tiers d’eau douce , est encore une boisson insupportable. Comme Yarche cessa de flotter sur les eaux le vingt -septième jour du septième mois , elle demeura à seesur les montagnes d’Arménie pendant près de sept mois, pendant lesquels Noé ne pouvoit pas avoir de l’eau du dehors.

Le père Jean Dulco,nécn Dauphiné, religieux de l’ordre de saint Antoine de

Viennois, dans son Traité de l’arche de Noé écrit au seizième siècle , suppose (jue la coudée dont parle Moïse n’avoit que dix-huit pouces comme la nôtre ; cependant il ne laisse pas de trouver dans les dimensions données par Moïse tout l’espace nécessaire pour loger dans l’arche les hommes , les animaux et les provisions. Il pense que Yarche étoit composée de plusieurs sortes de bois gras et résineux , qu’elle étoit enduite du bitume dont l’xVssyrie abonde, qu’elle avoit la forme d’un parallélipipède, avec les dimensions que lui donne l’Ecriture , mesurées à notre coudée.

Il y suppose quatre étages , le premier de quatre coudées de hauteur , le second de huit, le troisième de dix, le dernier de huit; il destine le premier à servir de sentine, le second est pour les étables , le troisième pour les provisions, le plus haut pour la demeure des hommes , des oiseaux, des ustensiles, etc. Il place la porte à vingt coudées près du bout de l’un des côtés , la fait ouvrir et fermer en pont-levis ; il met la fenêtre au haut de l’appartement des hommes , et prétend que les animaux n’avoient pas besoin de lumière. Il élève le milieu du comble d’une coudée de hauteur dans toute sa longueur.

Dans le second étage , il met une allée de six coudées de large et de trois cents coudées de long , une autre qui la coupe à angles droits , et deux autres parallèles. Par celte distribution il forme quarante petites étables ou cellules, soixante grandes étables et quarante moyennes.

Or, en réduisant tous les animaux renfermés dans Yarche à la grandeur du boeuf, du loup et du mouton, il juge qu’ils étoient égaux à cent vingt bœufs, à quatre-vingts loups et quatre-vingts moutons. Il soutient que les étables , telles qu’il les suppose, pouvoient contenir soixante paires de bœufs , quarante paires de loups, et quarante paires de moutons. Pour nourrir les bêtes carnassières, il pense que trois mille six cent cinquante moulons pouvoient suffire pour leur en donner dix par jour, ou un à quatre.

Il perce toutes les étables par le bas.

pour que les ordures des animaux tombent dans la seniine et servent de lest; il y met des soupiraux qui remontent jusqu’au dernier étage , pour donner de l’air et prévenir l’infection.

En divisant le troisième étage comme le second , il trouve suffisamment d’espace pour placer toutes les provisions , toutes les commodités dont Noé et sa famille pouvoient avoir besoin , toutes les facilités pour soigner sans beaucoup de travail les différentes espèces d’animaux. Toute la capacité de Yarche, selon son calcul, et en prenant la coudée à dixhuit pouces , étoit de six cent soixantequinze mille pieds ; elle avoit quatre cent cinquante pieds de long, soixante-quinze de large , et quarante-cinq de haut.

Quelque ingénieuses que soient les idées du père Buteo , quelque exact que soit son calcul, M. Le PeÙetier trouve plusieurs difficultés dans son système.

1° La coudée dont parle Moïse étoit celle de Memphis , plus courte d’un septième que celle de Paris. 2° Un bâtiment plat et carré , plus long et plus large que haut , n’a pas besoin de lest pour l’empêcher de tourner , de quelque manière qu’on le charge. 3° Les animaux seroient mal placés entre des fumiers et des provisions ; ils auroient été sous l’eau, privés de la lumière , en danger d’être étouffés; on prévient ces inconvénients en les mettant au troisième étage. T® La pesanteur des animaux pouvant aller à soixantedix milliers , au lieu que celle des provisions pouvoit se monter à plus de dix millions de charge , il n’est pas convenable de placer les provisions au-dessus des animaux. 5° La porte , placée à un des côtés de Yarche, avec une allée vide dans toute la longueur, auroit rendu Yarche plus pesante d’un côté que de l’autre , et incommode dans sa totalité, etc.

Mais, comme le remarque dom Calmet, il y a peu d’auteurs qui , en traitant celle matière, ne soient tombés dans des inconvénients. Les uns ont fait Yarche trop grande , les autres trop petite, plusieurs peu solide; la plupart n’ont envisagé dans l’histoire du déluge que les difficultés qui peuvent concerner la capacité

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de V arche , sans faire attention à celles qui pouvoienl résulter de sa forme, de la distribution des appartements et des loges, de la manière dont il falloit donner aux animaux de la nourriture , du jour, de l’air, de la propreté. M. Le Pelletier les a éclaircies et prévenues dans sa Dissertation sur l’arche de Noé, c. 52.

6® Dans quel lieu s’arrêta V arche après le déluge? Quelques-uns ont cru que c’étoit près d’Apamée , ville de Phrygie , sur le fleuve Marsyas , parce que cette ville éloit surnommée l’Arche , et porloit une arche dans ses médailles. Mais il est très-probable que cette ville éloit nommée xiSutôs, Arche, parce qu’elle étoit située dans un vallon très-étroit, et renfermée comme dans un coffre ; il paroît que c’est même la signification du nom propre Apamée. On lit dans les vers sybillins que le mont Ararat , où s’arrêta V arche , est sur les confins de la Phrygie, aux sources du fleuve Marsyas : c’est une erreur. Tout le monde sait que celte montagne est en Arménie ; Josèplie ITiislorien , parlant d’Izales , fils du roi de l’Abdiabène , dit que son père lui donna dans l’Arménie un canton nommé Kaeron, où l’on voyoit des restes de l’arche de Noé. Il cite Bérose , historien chaldéen , qui dit que de son temps on voyoit des restes de Marche sur les montagnes d’Arménie. Antiq., liv. 1 , c. 5 ; liv. 20 , c. 2.

Nicolas de Damas, saint Théophile d’Antioche, saint Isidore de Séville, citent la même tradition ; Jean Sluys, dans ses voyages , dit qu’en 1G70 un ermite de ce canton lui assura encore ce fait ; c’est une fable. M. de Tournefort, qui a été sur les lieux , atteste que la montagne d’Ararat est inaccessible , que depuis le milieu jusqu’au sommet elle est couverte de neiges qui ne fondent jamais, et au travers desquelles il n’est ])as possible de s’ouvrir un passage. Les Arméniens eux-mêmes tiennent jiar tradition qu’à cause de cet obstacle personne depuis Noé n’a pu monter sur celle montagne ni donner des nouvelles des restes de l'arche ; e’esl sans aucune preuve et sur de simitlcs bruits populaires que quelques voyageurs ont dit

que l’on en voyoit encore des débris.

Voyez la Dissertation de dom Calmet; celle de M. Le Pelletier de Rouen se trouve dans les Mém. de Trévoux, de l’année 1702.

Quelques incrédules, qui ne pouvoienl rien opposer de solide aux ouvrages que nous venons d’extraire , se sont bornés à les tourner en ridicule : c’est leur dernière ressource. Mais quoique les divers systèmes sur la structure de l’arche ne soient que des conjectures , elles démontrent cependant que les commentateurs qui ont travaillé à éclaircir la narration des livres saints , ont eu en général plus de capacité, de lumières, d’érudition, de jugement , que ceux qui font profession de mépriser les anciens monuments, sans pouvoir en donner aucune raison.

T oyez parmi les planches de l’histoire ancienne la figure de l’arche de Noé.

ARCIIONTIQUE , adjçclif , mot formé du grec apyuv , au pluriel üpyo-jzci, principautés ou hiérarchies d’anges. On donne ce nom à une secte d’hérétiques qui parurent sur la fin du second siècle, parce qu’ils attribuoient la création du monde , non pas à Dieu , mais à diverses puissances ou principautés , c’est-à-dire, à des intelligences subordonnées à Dieu, et qu’ils appeloient archontes. Ils rejetoient le baptême et les saints mystères, dont ils faisoient auteur Sabaolh , qui étoit, selon eux, une des principautés inférieures. A les entendre , la femme étoit l’ouvrage de Satan , et Pâme devoit ressusciter avec le corps. On les regarde comme une branche de la secte des Valentiniens ou des marcosiens. Tillemont, t. 2 , p. 295.

AUÉOPAGITE. Toyez S. Dexys.

ARIANISME , ARIENS. Arius , prêtre d’Alexandrie, premier auteur de l'hérésie à la(iuelle il a donné son nom, commença de la publier l’an 519. Mécontent d’une explication qu’Alcxandre, son évêque, avoit donnée du mystère de la sainte Trinité dans une assemblée de prêtres, il soutint que le Fils de Dieu , ou le Verbe divin, éloit une créature tirée du néant, que Dieu le Père avoit [)roduile avant tous les siècles , et de laquelle il s’éloit servi pour créer le monde ;

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qu’ainsi le Fils de Dieu étoit d’une nature et d’une dignité très-inférieure au Père ; qu’il n’étoit appelé Dieu que dans un sens impropre. Condamné d’abord par son évêque dans un concile d’Alexandrie, et dans un second tenu l’an 521 , il se retira dans la Palestine; il écrivit aux évêques les plus célèbres , pour se plaindre de la rigueur avec laquelle il étoit traité ; il sut déguiser sa doctrine et rendre odieuse celle d’Alexandre, aussi bien que sa conduite : il gagna ainsi plusieurs partisans , surtout Eusèbe de Nicomédie, dont le crédit étoit grand pour lors , soit à la cour , soit dans l’Eglise. Alexandre , de son côté , rendit compte des erreurs d’Arius et des motifs de sa condamnation ; la dispute commença dès ce moment de s’échauffer de part et d’autre.

r. L’empereur Constantin , qui en prévit les suites , tâcha vainement de concilier ou de calmer les deux partis , et de leur imposer silence. Voyant qu’il ne pouvoit y réussir , il assembla, l’an 32S, un concile général à Nicée en Dithynie , auquel se trouvèrent trois cent dix-huit évêques , tant de l’Orient que de l’Occident. Après un sérieux examen , dans lequel Arius et ses partisans furent entendus , le concile condamna leur doctrine; il décida que « Jésus-Christ, Fils » unique de Dieu , est né du Père avant » tous les siècles , Dieu de Dieu , lumière » de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, » engendré et non fait , consubstantiel à » son Père , et que par lui toutes choses » ont été fai tes. » C’estle symbole de la foi que l’Eglise répète encore aujourd’hui dans sa liturgie. Arius , ayant refusé de souscrire à sa condamnation , fut exilé en Illyrie ; dix-sept évêques firent d’abord le même refus , ensuite ils se réduisirent à cinq , et enfin à deux , qui furent aussi exilés.

Mais l’anathème prononcé contre l’erreur ne la détruisit pas ; la plupart de ceux qui n’avoient signé la décision du concile que pour éviter l’exil, demeurèrent attachés au parti d’Arius. Constantin lui-même, séduit par un prêtre arien , que Constantia sa sœur lui avoit recommandé en mourant et qui avoit

gagné sa confiance, consentit à rappeler Arius de son exil en 528 ; et cet hérétique , réuni à ses partisans , recommença de semer ses erreurs avec encore plus de chaleur qu’auparavant. Mais saint Athanase , qui avoit succédé au patriarche Alexandre dans le siège d’Alexandrie , refusa constamment de recevoir Arius à sa communion, et par cette fermeté il encourut l’indignation de Constantirk.

Dès ce moment , les ariens devinrent un parti redoutable ; ils tinrent plusieurs conciles dans lesquels ils se trouvèrent les maîtres ; ils parvinrent à faire exiler plusieurs des évêques les plus attachés à la foi de Nicée, en particulier saint Athanase et saint Eustache, évêque d’Antioche. Ils s’appliquèrent à interpréter dans un mauvais sens la doctrine du concile de Nicée, surtout le terme consubstantiel; ils prétendiren tque ce mot pouvoit faire confondre la Personne du Fils avec celle du Père , et renouveler l’erreur de Sabellius, et ils eurent grand soin de le retrancher dans toutes les professions de foi qu’ils dressèrent. Mais leurs disputes , leurs variations dans ces confessions de foi sur lesquelles ils ne pouvoient s’accorder, et qu’ils changèrent au moins vingt fois , ne prouvèrent que trop la nécessité d’un terme qui coupoit la racine à tous leurs subterfuges.

Constantin lui-même ne put faire consentir Alexandre , évêque de Constantinople , à recevoir Arius dans sa communion ; cet hérétique mourut d’une manière tragique dans cette circonstance même, l’an 536; ceux qui accusent les catholiques de l’avoir empoisonné , les calomnient sans fondement et par pure malignité.

Après la mort de Constantin , arrivée l’an 337 , le parti des ariens fut tantôt plus fort et tantôt plus foible, selon qu’ils furent protégés ou proscrits par les empereurs. Sous Constance , qui les fuvorisoit , ils remplirent tout l’Orient de troubles, de séditions, de violences; mais Constantin le jeune et Constant qui régnaient sur l’Occident, empêchèrent Varianisnie d’y faire beaucoup de progrès. En 3S1 , Constance , devenu maitre

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de tout l’empire par la mort de scs deux frères , protégea l’hérésie encore plus hautement qu’auparavant ; il y eut plusieurs conciles tenus en Italie , dans lesquels les ariens dominèrent; d’autres dans lesquels les catholiques reprirent le dessus , condamnèrent Arius et ses partisans , et confirmèrent la foi de Nicée. Au concile d’Arles en 355 , à celui de Milan tenu en 355 , â Rimini en 359 , plusieurs évêques , vaincus par violence, souscrivirent à la condamnation de saint Athanase,et signèrent des confessions de foi dans lesquelles le mot de consubstantiel étoit supprimé. Ceux qui ont conclu de là que ces évêques avoient signé Varianisme, ont abusé des termes : les professions de foi auxquelles ils souscrivirent, n’exprimoient pas assez expressément le dogme catholique , mais elles n’exprimoient pas non plus l’erreur d’Arius , puisqu’elles portoient ou que le Fils est semblable au Père, en substance, ou qu’il lui est semblable en toutes choses , ou qu’il lui est semblable selon les Ecritures , etc. Ce ne sont pas là des hérésies , quoique les ariens abusassent malicieusement de ces expressions vagues pour semer leur erreur.

Il en fut de même de la formule que le pape Libère signa par foiblesse dans son exil , l’an 357. Foyez Libère. 11 est constant d’ailleurs que , pendant toutes les disputes des évêques, les peuples, qui n’y comprenoientrien, conlinuoient à croire et à professer le dogme de la divinité de Jésus-Christ. Les évêques ariens eux-mêmes n’osoient pas prêcher en public , comme Arius , que le Fils de Dieu est une créature tirée du néant ; qu’il est inférieur en nature à son Père ; qu’il n’est pas Dieu dans toute la rigueur du terme. Comment donc peut-on soutenir que, dans le temps dont nous parlons , Varianisme avoil étouffé la foi catholique , et dominoil dans l’F.glise?

Julien, parvenu à l’empire l’an 5G2, laissa disputer les ariens et les catholiques : son règne ne dura que deux ans, celui de Jovienne fut que de quelques mois. Valons, maître de l'Orient l’an 30 i, favorisa et embrassa Varianisme ; Valentinien , son frère , travailla

efficacement à l’extirper en Occident.

Graticn , et ensuite Théodose , le proscrivirent dans tout l’empire, de manière que vers l’an 380, celte hérésie, après soixante ans de tumulte , n’osa presque plus se montrer. Au commencement du cinquième siècle, les Goths, les Bourguignons et les Vandales , qui en étoient infectés, voulurent la rétablir dans les Gaules et en Afrique ; ils exercèrent beaucoup de violences , et firent un grand nombre de martyrs ; les Visigoths la portèrent en Espagne : c’est où elle a subsisté le plus longtemps sous la protection des rois qui l’avoient embrassée ; mais ceux-ci l’ayant enfin abjurée, elle s’y éteignit, aussi vers l’an 660. Nous la verrons renaître de ses cendres au seizième siècle.

IL II est probable que Varianisme auroit subjugué l’Orient tout entier, si ses partisans avoient pu s’accorder ; mais , comme tous les hérétiques , ils se divisèrent promptement. Les deux factions principales furent celle des purs ariens et celle des semi-ariens. Les premiers disoient sans détour, comme Arius , que le Fils de Dieu étoit une créature , par conséquent très-inférieur et dissemblable à son Père : c’est ce qui les fit nommeranowécJis, dissemblables.

On les appelle encore acaciens, eudoxiens, eusébiens , aétiens , eunomiens , ursaciens, etc.; parce que Acacc, évêque de Césarée , Eudoxe , évêque d’Antioche , Eusèbe de Nicomédie , Aétius, Eunomius, Ursace, évêque de Tyr ou de Sigediin , furent successivement à leur tête ; mais il ne paroît pas que ce parti ail été le plus nombreux ; leur hérésie proposée ainsi sans déguisement révolloitles esprits.

Les semi-ariensj qui pensoient peutêtre de même dans le fond , dissimuloienl leurs vrais sentiments. Nous ne pouvons mieux connoîlrc leurs artifices et leurs détours, qu’en examinant la conduite d’Eusèhe de Césarée , qui paroil avoirélé constamment dans ce parti. Il ne faisoit point de diflicullé de dire, comme le concile de Nicéc,quc Jésus- Christ est le Verbe , la raison ou la sagesse divine, Dieu de Dieu , lumière de

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lumière, engendré du Père avant tous les siècles , et qui a fait toutes choses ; mais il n’aroiioit pas que ce Verbe fût engendré de toute éternité et coéternel au Père ; il prétendoit, comme font encore les sociniens, que le Père avoit donné l’cfre au Fils avant la création ; et quand il disoit que ce n’est pas une créature, il entendoit que ce n’est pas une créature semblable aux autres , mais d’une nature beaucoup plus parfaite , et autant semblable à Dieu qu’une créature peut l’être. C’est pour cela même que les semi-ariens, aulieu du mot homoousios, consubstantiel, substituoient celui de Iiomoiousios , semblable en substance.

Eusèbe , en professant, môme dans le symbole de Nicée, que le Fils est consuistantiel au Père, entendoit que le Fils est sorti du Père non par division ou par retranchement, comme un corps qui faisoit partie d’un autre corps, mais sans changement et sans diminution de la substance du Père ; ainsi , par consuistantiel, il n’entendoit toujours qu’une ressemblance imparfaite dans la substance, et non une parfaite égalité avec le Père. Il ne refusoit pas de condamner Arius, ni de dire anathème à tous ceux qui enseignoient que le Verbe est sorti du néant, ou de ce qui n’éloit pas ; qu’il a été un temps où il n’étoit pas encore, parce que, disoit-il, ces expressions ne sont pas dans l’Ecriture sainte. C’est ainsi qu’il s’explique dans la lettre qu’il écrivit au peuple de Césarée après le concile de Nicée.

Socrate, I/ist. ecclés., 1. I , c. 8. Dans ses autres ouvrages , il a nié plus d’une fois l’éternité du Verbe et son égalité avec le Père. Petau, Z?ojm. théol. t. 2, 1. 1 ,c. H et 12. Plusieurs sociniens se servent encore aujourd’hui des mêmes artifices, pour pallier l’impiété de leur sentiment touchant la divinité de Jésus- Christ. Voyez Sf..mi-Ahianis.me.

Cet abus continuel des termes, ces explications subtiles pour altérer le sens des paroles de l’Ecriture sainte, ces expressions ambiguës dans les professions de foi des ariens, ces disputes toujours renaissantes parmi eux , démontroient assez la duplicité de leur caractère cl la

fausseté de leur opinion. Ils croyoient avoir remporté une grande victoire, lorsque par fourberie ou par violence ils étoient venus à bout de faire signer aux évêques catholiques une profession de foi dans laquelle le mot consuistantiel étoit retranché. Quelle différence entre cette marche tortueuse de l’hérésie, et la conduite franche et ferme de l’Eglise catholique ! Le concile de Nicée, du premier coup et d’un seul mot, fixa la croyance d’une manière irrévocable. Le mol consubstantiel rendait toute l’énergie et le vrai sens des c«pressions de l’Ecriture sainte; il prévenoit toutes les équivoques et les subtilités des ariens; l’Eglise , après l’avoir une fois adopté , ne l’abandonna plus; il fut conservé dans toutes les professions de foi et dans les divers conciles où les catholiques furent libres d’exposer leur croyance; malgré toutes les attaques de l’hérésie , après quatorze siècles, la consubstantialité du Verbe est encore la foi de cette même Eglise. V. Consubstantiel, Divinité de Jésüs-Ciirist , Fils de Dieu.

III. Un des artifices dont se sont servis les fauteurs de {'arianisme, a été de représenter ces disputes comme des contestations indifférentes au fond du christianisme , qui ne valoient pas la peine de faire tant de bruit; de prétendre que l’on peut être bon chrétien sans souscrire à la décision du concile de Nicée. Les incrédules n’ont pas manqué d’appuyer cette prétention , afin de couvrir de ridicule les Pères du quatrième siècle, et de rendre le zèle de religion responsable des troubles que Varianisme a causés dans le monde. Nous soutenons au contraire que la divinité de Jésus-Christ, fondée sur la consubstantialité du Verbe, est le dogme fondamental du christianisme; que si ce dogme n’est pas vrai , Jésus-Christ a établi une religion fausse.

1“ Il est clair que si les trois Personnes divines, le Père, le Fils elle Saint-Esprit, ne sont pas un seul Dieu dans le <ons le plus exact et le plus rigoureux , le christianisme, tel qu’il subsiste dans toutes les communions qui ne sont pas ariennes ou socinicnnes , est un véri-

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