‹ Dictionnaire de théologieChapitre 96 sur 170 · ABI 180 ABI · texte numérisé non relu

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table polythéisme, puisque nous rendons à ces trois Personnes divines le même culte suprême. Entre les païens et nous , il n’y aura point de différence , sinon qu’ils admettoient un plus grand nombre de dieux que nous , et que nous savons déguiser notre polythéisme par des subtilités qui leur étaient inconnues. Dans ce cas le mahométisme, qui se borne au culte d’un seul Dieu , est une religion plus pure que le christianisme. Abbadie a porté cette conséquence jusqu’à la démonstration , dans son Traité de la divinité de Jésus-Christ. Elle est confirmée par le suffrage de tous les sociniens, qui ne cessent de nous reprocher le trithéisme , ou l’adoration de trois Dieux.

Est-il croyable que Dieu, qui, sous l’ancien Testament, s’est montré si jaloux du culte suprême exclusif ; qui rcpétoit continuellement aux Juifs : Je suis seul Dieu, il n’y a point d’autre Dieu que moi, ait permis que l’univers fût bouleversé pour établir une religion qui n’aboutît qu’à offusquer , par sa croyance et par son culte, le dogme capital de l’unité de Dieu, sans lequel il ne peut noint y avoir de vraie religion ?

'Dans ce même cas, les Juifs sont bien fondés à demeurer dans l’incrédulité. Le dogme de l’unité de Dieu est le bouclier que le juif Orobio ne cesse d’opposer aux arguments de Limborch; celui-ci, qui étoit socinien déguisé, en affectant de laisser de côté le dogme de la Trinité et celui de la divinité de Jésus-Christ , a évidemment trahi la cause du christianisme qu’il vouloit défendre. Voyez Philippi à Limborch arnica collatio cum erudito Judœo , troisième partie.

2“ Jésus-Christ a déclaré qu’il étoit venu dans le monde pour apprendre aux hommes à rendre à Dieu le culte d’adoration en esprit et en vérité. Joan., c. i , 2i. Or il veut (pie tous lionorcnt

le Eils comme ils honorent le Père, c. 5 ,

23. S’il n’est pas un seul Dieu avec le Père , ce culte est-il juste et légitime ? C’est une profanation et une impiété.

ISous prenons encore pour juges les sociiiicns. Y en a-t-il un seul qui se croie obligé de rendre à Jésus-Christ le même

culte suprême , la même adoration qu’il rend à Dieu le Père ? Ils ont beau cliercher des palliatifs, il s’ensuit toujours de leur opinion que Jésus-Christ, ..par cette funeste leçon , a voulu nous plonger dans une superstition grossière et inévitable , et que toute la chrétienté y est tombée en effet. Pendant que d’un CQté les sociniens affectent de prodiguer à Jésus-Christ les titres les plus pompeux , de l’autre ils nous donnent à conclure qu’il a été le moins sage de tous tes législateurs , et un usurpateur des honneurs de la Divinité.

3° Lorsque nous citons les paroles de saint Paul , Philip., c. 2 , ^. 6 : « Imitez » Jésus-Christ qui , étant dans la forme » de Dieu , n’a point regardé comme une » usurpation de s’égaler à Dieu, etc., * les sociniens nous disent que nous traduisons mal , qu’il y a dans le texte :

« Jésus-Christ qui, étant dans la forme j> de Dieu, n’a point fait sa proie de » s’égaler à Dieu , » ou ne s’est point attribué l’égalité avec Dieu.

Nous soutenons que celte explication socinienne est fausse. En premier lieu , il est faux que Jésus-Christ ne se soit pas égalé à Dieu ; il a dit : <i Mon Père et » moi sommes une même chose , » Joan., c. 10 , f. 31 ; a Celui qui me voit, » voit mon Père, » c. 1 4 , 9 ; « Tout ce

® qu’a mon Père est à moi , » c. 16 ,

15 ; a II veut que tous honorent le Fils » comme ils honorent le Père, » c. 5, f. 23. Vouloir être honoré comme Dieu , c’est certainement s’égaler à Dieu ; tel a été le crime et la folie de tous ceux qui se sont fait rendre les honneurs divins. En second lieu, si Jésus-Christ n’est pas égal à Dieu , où est l’humilité de ne pas y prétendre ? En avoir seulement la pensée , seroit une impiété. En troisième lieu , dans cette hypothèse , saint Paul et les autres apôtres sont des prévaricateurs : ils ont égalé Jésus-Christ à Dieu, puisqu’ils lui ont donné tous les attributs de la Divinité, l’existence avant tous les siècles, la toute-puissance, le pouvoir créateur , la science et la sagesse divine, le nom même de Dieu. Ils ont contredit l’exemple de Jésus-Christ, en exhortant les fidèles à l'imiter.

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Dès que les nouveaux ariens ont méconnu la divinité de Jésus-Christ , il leur a fallu détruire successivement tous les dogmes du christianisme, la Trinité, Tincarnation , la rédemption des hommes par Jésus-Christ, le péché originel, la nécessité du baptême pour les enfants, l’efficacité des sacrements , les œuvres salisfactoires , etc. Us ont fait consister la religion chrétienne à croire seulement l’unité de Dieu ; à regarder Jésus-Christ comme un envoyé de Dieu , sans s’informer de ce qu’il est personnellement; à prendre l’Evangile pour règle de foi et de conduite , sauf à l’entendre comme chacun le trouvera bon. C’est le déisme purT II n’est pas étonnant que celte licence ait fait éclore tous les systèmes possibles d’incrédulité.

Est-ce donc là le système sublime de religion que Dieu avoit préparé pendant quatre mille ans, pour l’établissement duquel il a opéré tant de prodiges, et changé la face de l’univers? Nous ne serons jamais assez insensés pour le croire.

On nous dit aujourd’hui qu’avant le concile de Nicée, la doctrine louchant les trois Personnes divines n’etoit point encore fixée; que l’on n’avoitrien prescrit à la foi des chrétiens sur cet article, ni déterminé les expressions dont on devoit se servir en parlant de ce mystère ; que les docteurs chrétiens avoient des sentiments différents sur ce sujet, sans que personne s’en scandalisât, etc. On croira peut-être que c’est un socinien qui s’exprime ainsi ; non , c’est Mosheim, /fist. ecclés. du quatrième siècle, 2<= part., c. 5, § 9. Bcausobre lui avoit donné l’exemple. Ilüt. du man., 1. 5 , cap. 7.

Cependant Rullus , dans sa Dc'fensc de la foi de Nicée, M. Bossuet , dans son sixième avertissement aux protestants, et d’autres, ont prouvé invinciblement qu’avant le concile de Nicée , les Pères des trois premiers siècles ont professé hautement l’éternité du Verbe et sa consubstantialité avec le Père. Une preuve positive de ce fait , c’est que jamais Arius ni scs partisans n’ont voulu s en rapporter au jugemcul des anciens

docteurs , et qu’ils prétendoient mieux entendre l’Ecriture que tous ceux qui les avoient précédés. Le patriarche d’Alexandrie, qui avoit condamné Arius, le leur reprochoit déjà. Théodoret, Hist. ecclés., 1. 1 , c. 4. Ils refusèrent de même dans le cinquième concile de Constantinople, sous Théodose, l’an 583, d’être jugés par le sentiment des anciens Pères. Socrate , Ifist. ecclés., 1. o , c. 10. fis étaient donc bien convaincus que les Pères des trois premiers siècles ne pensoient pas comme eux , elles catholiques le .soutenoient ainsi. Sait-on mieux au dix-huitième siècle qu’au quatrième ce qui en est ?

D’ailleurs , ou le dogme de l’éternité et de l’égalité parfaite du Verbe avec le Père est clairement et formellement révélé dans l’Ecriture sainte, ou il ne l’est pas. S’il l’est, donc il éloit cru dans les trois premiers siècles , et on ne pouvoit refuser de le croire sans être hérétique ; s’il ne l’est point , ce n’est pas plus aujourd’hui un dogme de foi pour les protestants , qn’il ne l’étoit avant le concile de Nicée , puisqu’ils ne reconnoissent pour dogme de foi que ce qui est clairement et formellement enseigné dans l’Ecriture sainte : ils ne peuvent donc, même aujourd’hui , regarder les sociniens comme des hérétiques. Ce n’est pas sans raison que nous leur reprochons leur connivence avec les ennemis de la divinité de Jésus-Christ.

Nous convenons que l’Eglise n’avoit pas encore consacré le mot consubstantiel pour exprimer ce dogme, mais il ne s’ensuit pas que ce dogme n’étoit pas encore cru , puisque l’on exprimoit par d’autres termes ce que celui-là signifie . en disant que le Fils ou le Verbe est éternel et parfaitement égal au Père.

Si les ariens avoient voulu s’exprimer de même , on ne les auroit pas condamnés.

Mosheim ajoute que si l’on considère les moyens qu’employèrent les nicéniens et les ariens pour défendre leurs opinions , on est en [)cine de décider lequel des deux partis excéda le plus les bornes do la probité , de la charité et de la modération. Ibid., § 15.

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