ARI 182 ARI
Nous ne relèverons pas Tindécence d .i nom de nicéniens , donné par mépris aux catholiques ; Mosheim pouvoit les appeler encore homoousiens , comme faisoientles ariens; mais nous demandons en quoi les catholiques ont violé la probité à l’égard de leurs adversaires. Que les ariens en général aient été de mauvaise foi , c’est un fait qui nous paroît incontestable ; mais les catholiques ont-ils employé comme eux les équivoques , les expressions captieuses , les fausses protestations de zèle pour le fond du dogme , les fausses promesses de paix, etc., dont se servoientles premiers pour parvenir à leurs fins? A la vérité Mosheim a trouvé bon d’accuser saint Ambroise et d’autres évêques d’avoir supposé de fausses reliques et de faux miracles pour en imposer aux fidèles et confondre les ariens; mais cette accusation est-elle prouvée? Quant au défaut de charité nous ne voyons pas en quoi les catholiques ont été coupables de se défendre tant qu’ils ont pu contre des hérétiques audacieux , violents , séditieux, qui abusoient de l’autorité des empereurs qu’ils avoient séduits et qui ont fait les plus grands efforts pour anéantir la foi de l’Eglise. Nous lisons que les ariens ont fait beaucoup de martyrs , mais il n’est écrit nulle part qu’il y en eut parmi eux ; il n’est donc pas vrai que les catholiques aient autant violé les règles de la modération que les ariens. Après soixante ans de tumulte , nous ne pouvons blâmer Théodose d’avoir porté des lois sévères contre ces derniers ; il ne fut pas obligé de répandre du sang pour les faire exécuter.
IV. La raison de cette partialité de Mosheim et des protestants en faveur de V arianisme , n’est pas difficile à découvrir ; c’est que l’on a vu au seizième siècle cette hérésie renaître des principes du ])rotestantisnie. Dès que Luther et Calvin eurent posé pour maxime, que la seule règle de foi est l’Ecriture sainte entendue comme il plaît à chaque particulier , il SC trouva des prédicanls qui pervertirent le sens des jjassages par lesquels on prouve la distinction des trois l’crsonnes de la sainte Trinité ,
leur coexistence éternelle , leur égalité parfaite , l’unité de la nature divine ; ainsi , la divinité de Jésus-Christ devint parmi eux un problème. Luther même et Calvin ont parlé de ce mystère dans des termes très-capables de faire douter de leur foi. Jlist. du Socinianisme , l" part., c. 3. Plusieurs anabaptistes , sortis de l’école de Luther, prêchèrent l’ananisme en Suisse, en Allemagne, en Hollande; Okin et Bucer en jetèrent, sous Edouard VI,îespremières semences en Angleterre. Servet voulut l’établir h Genève; Calvin le fit punir du dernier supplice. La crainte de subir le même sort écarta de Genève Gentilis, Blandatra, et d’autres qui soutenoient cette erreur ; ils se retirèrent en Pologne , où ils trouvèrent des protecteurs , et ils y fondèrent des sociétés ariennes. Les deux Socin, oncle et neveu , parvinrent à les réunir à peu près dans le même sentiment, et donnèrent ainsi leur nom à toute la secte.
Socinianisme. ‘
Les protestants , honteux de cette postérité sortie de leur sein , ont vainement fait tous leurs efforts pour l’étoufler; dans toutes les conférences et les disputes qu’ils ont eues avec les sociniens , ceux-ci leur ont fait voir qu’avec l’Ecriture sainte seule on ne les convaincroit jamais d’erreur ; et lorsque l’on a voulu employer contre eux la tradition , le sentiment des Pères , la croyance constante de l’Eglise chrétienne , ils ont reproche avec raison aux protestants de contredire le principe fondamental de la réforme, et de recourir à une arme à la- (juclle ils ont fait profession de renoncer. La voie d’autorité, les lois pénales , les supplices même dont les protestants ont usé plus d’une fois envers les nouveaux ariens, sont une inconséquence encore plus révoltante, puisqu’ils n’ont cessé de SC phiiiulrc eux-mêmes lorsque les catholitiues en ont fait usage contre eux.
Aussi tous ces moyens ont-ils produit très-peu d’cfl’ct; ils n’ont pas empêché les sociniens de pénétrer dans la Transylvanie , dans la Prusse , dans la Bassc- Allcmagnc, dans la Hollande et en Angleterre, et de s’y multiplier parmi les différentes sectes qui jouissent de la
tolérance civile. Dans le dernier siècle et dans celui-ci , Yarianisme mitigé , ou le semi-arianisme , y a trouvé beaucoup de partisans.
En eflfet , les nouveaux ennemis de la divinité de Jésus-Christ ont compris, comme ceux du quatrième siècle, que Yarianisme pur ne pourroit jamais faire fortune ; l’on ne persuadera jamais à ceux qui respectent l’Ecriture sainte , que le Fils de Dieu est une pure créature, tirée du néant dans le temps, et qui n’existoit pas avant la naissance du monde ; encore moins que Jésus-Christ n’est qu’un homme , quoique plus parfait que les autres. Fauste, Socin et d’autres ont osé le dire , et blâmer le culte rendu à Jésus-Christ ; mais ils ont eu peu de sectateurs sur ce point. Ceux d’aujourd’hui ont adopté le semi-arianisme^ tel à peu près qu’Eusèbe de Césarée et d’autres le soutcnoient; c’est pour cela qu’ils rejettent le nom de sociniens, parce qu’ils ne suivent pas à la rigueur les sentiments de Socin. Ils disent que le Verbe divin a été créé avant toutes choses; quelques-uns même sont allés jusqu’à dire qu’il a été créé de toute éternité ; d’autres , sans user du terme de création, disent que les trois Personnes divines sont égales en perfection, mais qu’il y a entr’clles une subordinalion dénaturé en fait d’existence et de dérivation. Ainsi s’exprime le docteur Clarke , accusé de semi-arianisme. Mosheim , Hist. cccle's. du dix-huitième siècle, à la fin, note du traducteur anglois. Nous ne sommes pas assez habiles pour entendre ce que signifient ces termes. En 1777, l’on a aussi soutenu le semi-arianisme à Genève , dans une thèse publique, et dans une brochure intitulée : Disserlatio historico-theologica , de Christi deitate. Les arminiens de Hollande et plusieurs théologiens anglicans passentpour être dans le même sentiment. 11 n’est donc pas étonnant que les protestants en général témoignent beaucoup moins d’aversion pour les sociniens que pour les catholiques.
Aux mots Fils de Dieu et Jesüs-Ciirist nous prouverons le dogme catholique opposé à toutes ces erreurs.