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ARMÉE DU CIEL. Foy. Astres.
ARMÉNIENS , considérés par rapport à leur religion. C’est une secte des chrétiens d’Orient , ainsi appelés parce qu’ils habitoient autrefois l’Arménie.
On croit que la foi fut portée dans leur pays par l’apôtre saint Barthélemi ; mais la tradition commune des arméniens est que la plus grande partie de leur pays fut convertie , au commencement du quatrième siècle , par saint Grégoire, surnommé Yllluminateur. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’au commencement du quatrième siècle l’Eglise d’Arménie étoit très-florissante , et que l’arianisme y fit peu de ravages. Mais l’an .^3S , une grande partie de cette Eglise embrassa les erreurs et le schisme dés jacobites ou monophysites. Les arméniens étoient du ressort du patriarche de Constantinople ; ils s’en séparèrent avant le temps de Photius , aussi bien que les Grecs de ce même pays , et composèrent ainsi une église nationale , en partie unie à l’Eglise romaine, et en partie séparée d’elle ; car on en distingue de deux sortes , les francs arméniens et les schismatiques. Les francs arméniens sont catholiques et soumis à l’Eglise romaine. Ils ont un patriarche à Naksivan , ville d’Arménie , sous la domination du roi de Perse, et un autre à Kaminiek en Pologne. Leur liturgie a été imprimée à Rome dans leur ancienne langue , et on en a une traduction latine , que le père Lebrun a donnée avec des remarques.
Explic. des cérém. de la Messe, tom. 3. 10' dissert. Les arméméîis schismatiques ont aussi deux patriarches , l’un résidant au couvent d’Echmiazin, c’est-à-dire, les trois églises , proche d’Erivan , et l’aulres à Cis en Cilicie ou Caramanie.
Depuis la conquête de leur pays par Scha-Ahbas, roi de Perse, ils n’ont presque point eu de pays ou d’habitation lixe ; mais ils se sont dispersés dans quelques parties de l’Europe, particulièrement en Pologne. Leur principale occupation est le commerce, qu'ils entendent très-bien. Le cardinal de Richelieu , qui vouloil le rétablir en France, projeta d’y attirer grand nombre d’arméniens ; cl le chancelier Séguier leur
accorda une imprimerie à Marseille, pour multiplier à moins de frais leurs livres de religion, qui avant ce temps-là étoient fort rares et fort chers.
Le christianisme s’est conservé parmi eux, mais avec beaucoup d’altération parmi les arméniens schismatiques. Le père Galanus rapporte que Jean llermac, arménien catholique, assure qu’ils suivent l’hérésie d’Eutychès touchant l’unité de nature en Jésus - Christ; qu’ils croient que le Saint - Esprit ne procède que du Père; que les âmes des justes n’entrent point dans le paradis , ni celles des damnés en enfer, avant le jugement dernier; qu’ils nient le purgatoire , retranchent du nombre des sacrements la confirmation et l’extrême-onction , accordent au peuple la communion sous les deux espèces , la donnent aux enfants avant qu’ils aient atteint l’âge de raison , et pensent enfin que tout prêtre peut absoudre indifféremment de toutes sortes de péchés ; en sorte qu’il n’est point de cas réservés', soit aux évêques, soit au pape. Michel Lefèvre , dans son Théâtre de la Turquie, dit que tes arméniens sont monophysites, c’est-à-dire, qu’ils n’admetlciit en Jésus-Christ qu’une nature, composée de la nature divine et de la nature humaine, sans néanmoins aucun mélange. Le même auteur ajoute que les arméniens , en rejetant le purgatoire , ne laissent pas de prier et de célébrer des messes pour les morts, dont ils croient que les âmes attendent le jour du jugement dans un lieu où les justes éprouvent des sentiments de joie dans l’espérance de la béatitude, et les méchants des impressions de douleur dans l’attente des supplices qu’ils savent avoir mérités ; que d’autres s’imaginent qu’il n’y a plus d’enfer , depuis que Jésus- Christ l’a détruit en descendant aux limbes ^ et que la privation de Dieu sera le supi)licc des réprouvés ; qu’ils ne donnent plus l’extrême-onction depuis environ (leux cents ans, parce quelepeiq)le, croyant que ce sacrement avoit la vertu de remettre par lui-même tous les péchés , en avoit pris occasion de JU'gliger tellement la confession, qu’inscnsiblement elle auroit été tout à fait abolie ;
que quoiqu’ils ne reconnoissent pas la primauté du pape, ils l’appellent néanmoins dans leurs livres le pasteur universel et vicaire de Jésus-Christ ; qu’ils s’accordent avec les Grecs sur l’article de l’eucharistie, excepté qu’ils ne mêlent point d’eau avec le vin dans le sacrifice de la messe, et qu’ils s’y servent de pain sans levain pour la consécration, comme les catholiques.
Mais il paroît que Galanus et I^fèvrc attribuent aux arméniens schismatiques des erreurs dont ils ne sont pas coupables , ou du moins qui ne sont pas communes parmi eux. Le père Lebrun, avant de rapporter leur liturgie, prouve qu’à l’exception de l’hérésie des monophysiles ,on ne peutleur imputer aucune opinion absolument contraire à la croyance de l’Eglise catholique; qu’ils s’accordent avec nous sur le nombre et sur la nature des sacrements , sur la présence réelle de Jésus - Christ dans l’eucharistie , sur la transsubstantiation, sur le sacrifice de la messe, sur le culte des saints, sur la prière pour les morts , etc. Vainement les protestants ont cherché parmi eux leurs propres erreurs, ils n’en ont trouvé aucun vestige. Cepenclant les arméniens schismatiques sont séparés de l’Eglise romaine depuis plus de douze cents ans.
C’est sans fondement que Brerewood les a accusés de favoriser les opinions dos sacramentaires , et de ne point manger des animaux qui sont estimés immondes dans la loi de Moïse ; il n’a pas pris garde que c’est la coutume de toutes les sociétés chrétiennes d’Orient , de ne manger ni sang ni viandes étoufTées; en (]iioi, selon l’esprit de la primitive Eglise, il n’y a point de superstition. Ils sont grands jeûneurs, et, à les entendre, l'essentiel de la religion consiste à jeûner.
On compte parmi eux plusieurs monastères de l’ordre de saint Basile, dont les schismatiques observent la règle :
mais ceux qui se sont réunis à l’Eglise romaine ont embrassé celle de saint Dominique , depuis que les dominicains envoyés en Arménie par Jean X.VII, eurent beaucoup contribué à les réunir au saint siège. Cette union a été rompue et re-
nouvelée plusieurs fois , surtout au concile (le Florence , sous Eugène IV.
Les arméniens font l’ofïîce ecclésiastique en ancienne langue arménienne , différente de celle d’aujourd’hui , et que le peuple n’entend pas. lis ont aussi dans la même langue toute la Bible, traduite d’après la version des septante.
Ceux qui sont soumis au pape font aussi l’office en cette langue, et tiennent la même croyance que l’Eglise catholique, sans aucun mélange des erreurs que professent les schismatiques.
Nous remarquerons encore que le litre de verlahied, ou docteur, est plus respecté des arméniens que celui d’évêque ; ils le confèrent avec les mêmes cérémonies qu’on donne les ordres sacrés, parce que, selon eux, cette dignité représente celle de Jésus-Christ, qui s’appeloit rabbi , ou docteur. Ces vertabieds ont droit de prêcher assis, et de porter une crosse semblable à celle du patriarche , tandis que les évêques n’en ont qu’une moins distinguée , et prêchent debout : l’ignorance de leurs évêques a procuré ces honneurs aux docteurs. Galanus , Conciliât, de l’Eglise armén. avec l’Eglise rom. Simon, Ilisl.
des relig. du Levant.
ARMES. Il n’est pas vrai , comme l’ont avancé quelques censeurs du christianisme , qu’il soit défendu à un chrétien de porter les armes. Saint Luc dans son évangile rapporte la leçon que lit saint Jean -Baptiste aux soldats : « Ne faites » violence à personne injustement; con- » tentez-vous de votre solde. * Luc., c. 3. 11 ne leur ordonna point de quitter les armes. Lorsque Jésus-Christ loua la foi du centurion, et lui accorda un miracle, il ne hlùma point sa profession. Malth., c. 7, y. 10, 13. Saint Paul veut que chacun demeure dans l’état de vie dans lequel il a été appelé à la foi ; les soldats ne sont pas exceptés. I. Cor., cap. 7,
20. Tcrlullien atteste que de son temps les camps et les armées étoient remplis de chrétiens qu’ils étoient bons soldats, puisqu’ils ne craignoient point la mort. Apol., ch. 37 et 42. Si dans son Traité de l’Idolâtrie, et dans celui de la Couronne, il décide qu’un chrétien ne doit
point embrasser l’état militaire, c’est qu’alors on exigeoit qu’un soldat fit son serment par les dienx de l’empire , et rendît un culte aux enseignes militaires chargées des images des dieux : c’est dans ce sens qn’il dit qu’il n’y a rien de commun entre le signe de Jésus- Christ et les enseignes du diable , de Idolol., c. 19; qu’un chrétien ne doit pas veiller pendant la nuit à la garde des dieux auxquels il a renoncé , de Coronâ, c. 9. Lorsque ce danger n’exista plus , le troisième canon du concile d’Arles ordonna d’excommunier ceux qui désertoient même pendant la paix. Constantin régnoit pour lors ; on ne tendoit plus de pièges aux soldats chrétiens pour les engager à trahir leur religion. L’horreur pour la profession militaire est une erreur des quakers , réfutée par Bellarmin , fom. II, Controv. de Laids.
ARMINIANISME, doctrine d’Arminius, célèbre ministre d’Amsterdam, cl depuis professeur en théologie dans l’académie de Leyde , et des arminiens ses sectateurs. Calvin, Bèze, Zanchius, etc., avoient établi des dogmes trop sévères sur le libre arbitre , la prédestination , la justification, la persévérance et la grâce ; les arminiens ont pris sur tous ces points des sentiments plus modérés, et approchant à quelques égards de ceux de l’Eglise romaine. Gomar , professeur en théologie dans l’académie de Groningue, et calviniste rigide, s’éleva contre la doctrine d’Arminius ; après bien des disputes commencées dès 1609, et qui menaçoient les Provinces - Unies d’une guerre civile , la matière fut discutée et décidée en faveur des gomarisles, par le synode de Dordrecht, tenu en ICI8 et 1619. Ontre les théologiens de Hollande, ce synode fut composé de députés de toutes les Eglises réformées, excepté des François , qui en furent empêchés pour des raisons d’état.
Pour bien comprendre l’état de la question qui étoit à décider, il faut savoir que les théologiens attachés aux sentiments de Calvin sur la prédestination , ne s’accordoient pas : les uns soutenaient , comme leur rntiitre, que Dieu, de toute éternité, et avant même de pré-
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voir le pdché d’Adam, avoit prédestiné une partie du genre humain au bonheur éternel , et une autre partie aux tourments de l’enfer ; qu’en conséquence Dieu avoit tellement résolu la chute d’Adam , et avoit disposé les événements de telle manière , que nos premiers parents ne pouvoient pas s’abstenir de pécher. Ces théologiens furent nommés sufralapsaires , parce qu’ils supposoient une prédestination et une réprobation absolues unie lapsum ou supra lapsum : sentiment horrible, qui peint Dieu comme le plus injuste et le plus cruel de tous les tyrans. D'autres disoient que Dieu n’a pas prédéterminé positivement la chute d’Adam, qu’il l’a seulement permise ; que, par celte chute, le genre humain tout entier étant devenu une masse de perdition et de damnation. Dieu a résolu d’en tirer un certain nombre d’hommes, et de les conduire par ses grâces au royaume éternel, pendant qu’il laisse les autres dans cette masse , et leur refuse les grâces nécessaires pour se sauver. Ainsi , selon ces théologiens , la prédestination et la réprobation se font suh lapsum ou infra lapsum; c'csl pour cela qu’ils furent nommés suilapsaires ou infralapsaires. Foyez ce mot. Ces deux partis se réunirent sous le nom de gomaristes, pour condamner les arminiens.
La dispute pour lors se réduisoit à cinq chefs : le premier regardoit la prédestination; le second , l’universalité de la rédemption ; le troisième et le quatrième, qu’on traitoit toujours ensemble, regardoienl la corruption de l’homme et sa conversion ; le cinquième concernoit la persévérance.
Sur la prédestination, les arminiens disoienl , € qu’il ne faut reconnoîlre en » Dieu aucun décret absolu par lequel il » ait résolu de donner Jésus-Christ aux » seuls élus, ni de donner non plus à eux ® seuls , par une vocation elTicacc, la foi, » la justification , la persévérance et la » gloire; mais qu’il a donné Jésus-Christ » pour rédempteur commun à tout le » monde , et résolu par ce décret de jusp lilier et de stmver tous ceux qui croip ronlcn lui , et en même temps de leur
* donner à fous, les moyens suffisants > pour être sauvés ; que personne ne » périt pour n’avoir point ces moyens, P mais pour en avoir abusé ; que l’élecp tion absolue et précise des particuliers P se fait en vue de leur foi et de leur perp sévérance future , qu’il n’y a d’élection P que conditionnelle ; que la réprobation P se fait de même , en vue de l’infidélité P et de la persévérance dans le mal. > Ce système étoit directement opposé tant à celui des supralapsaires qu’à celui des infralapsaires.
Sur l’universalité de la rédemption , les arminiens enseignoient « que 1e prix P payé par le Fils de Dieu , n’est pas seup lement suffisant à tous , mais actuellep ment offert pour tous et un chacun ; P qu’aucun n’est exclu du fruit de la rép demption par un décret absolu, ni aup trement que par sa faute, p Doctrine toute différente de celle de Calvin et des gomaristes , qui posent pour dogme indubitable que Jésus-Christ n’est mort en aucune sorte que pour les prédestinés , et nullement pour les réprouvés.
Sur le troisième et quatrième chefs, après avoir dit que la grâce est nécessaire à tout bien , non - seulement pour l’achever , mais encore pour le commencer , ils ajoutoient que la grâce n’est pas irrésistible , c’est-à-dire qu’on peut y résister ; ils soutenoient qu’encore que la grâce soit donnée inégalement, « Dieu P en donne ou en offre une suffisante à P tous ceux à qui l’Evangile est annoncé, P meme à ceux qui ne se convertissent P pas , et l’offre avec un désir sincère et P sérieux de les sauver tous : 11 est inp digne de Dieu , disoient - ils , de faire P semblant de vouloir sauver , et au fond P de ne le vouloir pas ; de pousser sep crètement les hommes aux péchés qu’il P défend publiquement, p deux opinions monstrueuses qu’avoicnl introduites les premiers réformateurs. Sur le cinquième, c’est-à-dire , sur la persévérance , ils décidoicnl que « Dieu donne aux vrais fidèles , régénérés par sa grâce , des p moyens pour se conserver dans cet p étal; qu’ils peuvent perdre la vraie foi p justifiante , et tomber dans des péchés p incompatibles avec la justification ,
s même dans les crimes atroces, y per- » sévérer , y mourir même , s’en relever » par la pénitence, sans néanmoins que » la grâce les contraigne à le faire. » Par ce sentiment ils détruisoient celui des calvinistes rigides ; savoir, que l’homme une fois justifié ne peut plus perdre la grâce, ni totalement, ni finalement; c’est-à-dire , ni tout à fait pour un certain temps ; ni pour jamais et sans retour. Les arminiens sont aussi appelés remontrants, par rapport à une requête ou remontrance 'qu’ils adressèrent aux états généraux des Provinces - Unies en 161 1 , et dans laquelle ils exposèrent les principaux articles de leur croyance^ Leurs cinq articles de doctrine furent solennellement condamnés par le synode de Dordrecht; eux-mêmes furent privés de leurs places de ministres et de leurs, chaires ; il fut décidé qu’à l’avenir personne ne seroit admis à la fonction d’enseigner sans avoir souscrit à cette con^ damnation. Les gomaristes supralapsaires firent tous leurs efforts pour faire approuver par le synode leur sentiment touchant la prédestination , mais ils ne purent pas en venir à bout; les théologiens anglois et d’autres s’y opposèrent : ainsi la doctrine établie à Dordrecht est celle des infralapsaires. Mosheim, Hist.
codés . du dix-septième siècle, scct. 2, part. 2, c. 2, § W. Les décrets de l’assemblée de Dordrecht furent reçus et adoptés par les calvinistes de France, dans un synode national tenu à Charenton en 1623 : nous verrons dans un moment quels en furent les fruits.
Depuis leur condamnation , les arminiens ont poussé leur système beaucoup plus loin que n’avoit fait Arminius lui^ même ; ilssont tombés dans le pélagianisme, et se sont fort approchés des sociniens, surtout lorsqu’ils avoient pour chef Simon Episcopius. Quand les calvinistes les accusent de renouveler une ancienne hérésiedéjàcondamnéedanslespélagicns et les semi-pélagiens, ils répliquent que la simple autorité des hommes ne peut passer pour une preuve légitime que dans l’Eglise romaine ; que les calvinistes eux-mêmes ont introduit dans la religion une toute autre manière d’en
décider les différends ; qu’il ne suffit pas de faire voir qu’une opinion a été condamnée, mais qu’il faut montrer qu’elle a été condamnée à juste titre. Sur ce principe , que les calvinistes ne sont pas en état de réfuter, les arminiens retranchent un assez grand nombre d’articles de religion que les premiers appellent fondamentaux; parce qu’on ne les trouve point assez clairement expliqués dans l’Ecriture. Ils rejettent avec mépris les catéchismes et les confessions de foi auxquels les calvinistes veulent qu’on s’en tienne. C’est pourquoi ceuxci , dans le synode de Dordrecht , s’attachèrent beaucoup à établir la nécessité de décider les différends de religion par voie d’autorité , et revinrent ainsi aux principes des catholiques, contre lesquels ils ont tant déclamé. Les arminiens furent d’abord proscrits en Hollande, où on les tolère cependant aujourd’hui.
Ils ont abandonné la doctrine de leur premier maître sur la prédestination et l’élection faites de toute éternité, en conséquence de la prévision des mérites ; Episcopius a imaginé que Dieu n’élit les fidèles que dans le temps , et lorsqu’ils croient actuellement. Ils pensent que la doctrine de la Trinité n’est point nécessaire au salut, et qu’il n’y a dans l’Ecriture aucun précepte qui nous commande d’adorer le Saint-Esprit. Enfin, leur grand principe est qu’on doit tolérer toutes les sectes chrétiennes ; parce que, disent-ils , il n’a point été décidé jusqu’ici qui sont ceux d’entre les chrétiens qui ont embrassé la religion la plus véritable et la plus conforme à la parole de Dieu.
On a distingué les arminiens eu deux branches, par rapport au gouvernement et par rapport à la religion. Les premiers ont été nommés arminiens politiques, et l’on a compris sous ce titre tous les Hollandois qui se sont opposés en quelque chose aux desseins des princes d’Orange, tels que MM. Barnewelt et de Witt , et plusieurs autres réformés , qui ont été victimes de leur zèle pour leur patrie. Les arminiens ecclésiastiques sont ceux qui , professant les sentiments des remontrants , n’ont point de part
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flans l’administration de l’dtat : ils ont d’abord été vivement persécutés par le prince Maurice; mais on les a ensuite laissés en paix, sans toutefois les admettre au ministère ni aux chaires de théologie, à moins qu’ils n’aient accepté les actes du synode de Dordrecht. Outre Simon Episcopius, les plus célèbres entre ces derniers ont été Etienne de Courcelles et Philippe de Limborch , qui ont beaucoup écrit pour exposer et soutenir les sentiments de leur parti.
Le célèbre Jean Leclerc l’avoit aussi embrassé. Il est fort douteux , dit Mosheim , si la victoire remportée sur les arminiens par les gomaristes fut avantageuse à l’église reformée en général.
Pour nous, il nous paroîtqu’elle a couvert la prétendue réforme d’un opprobre éternel. 1» Après avoir posé pour maxime fondamentale de cette réforme , que l’Ecriture sainte est la seule règle de foi , le seul juge des contestations en fait de doctrine, il étoitbien absurde déjuger et de condamner les arminiens j non par le texte seul de l’Ecriture sainte , mais par les gloses, les commentaires, les explications qu’il plaisoit aux gomaristes d’y donner. Quand on jette les yeux sur les passages allégués par ces derniers dans le synode de Dordrecht , on voit qu’il n’y en a presque pas un seul à la lettre duquel ils n’ajoutent quelque chose , et que la plupart peuvent avoir un sens tout différent de celui qu’y donnent les gomaristes. Les arminiens en alléguoient de leur côté, auxquels leurs adversaires ne répondent point; de quel front peut-on dire qu’ici c’est l’Ecriture sainte qui décide la contestation , pendant que c’est le fond meme sur lequel on dispute?
2“ L’on a peine ii retenir son indignation, quand on voit le synode de Dordrcclit se fonder sur la promesse que Jésus-Christ a faite à son Eglise d’être avec elle jusqu’à la consommation des siècles ' pendant que tous les protestants font |>rofession de croire que ce divin Sauveur a abandonné cette même Eglise immédiatement ajtrès la mort des apôtres ; que, pendant quinze cents ans, il y a laissé introduire les erreurs les ])lus monstrueuses et les superstitions les plus
grossières, de manière que cette Eglise n’étoit plus l’épouse de Jésus-Christ, mais la prostituée de Dabylone , de laquelle il a fallu se séparer au seizième siècle pour pouvoir faire son salut. Que penser encore quand on voit les docteurs de Dordrecht rappeler l’exemple et la méthode des anciens conciles, de condamner les erreurs , et que l’on se souvient des déclamations fougueuses que les protestants se sont permises contre tous les conciles ? Pour comble de ridicule, ils citent la conduite des princes et des souverains qui ont protégé l’Eglise contre les attaques des hérétiques , après avoir cent fois blâmé les empereurs qui se sont mêlés des disputes de religion; ils félicitent l’Eglise belgique d’être délivrée de la tyrannie de l’antechrist romain, et de l’horrible idolâtrie du papisme, pendant qu’eux-mêmes exercent contre leurs frères un des principaux actes de cette prétendue tyrannie , en se rendant juges et arbitres de la croyance, etc.
5° Aussi les arminiens ne manquèrent pas de faire à leurs adversaires tous les reproches que les protestants ont faits contre le concile de Trente qui les a condamnés. Ils dirent que ceux qui s’arrogeoient le droit de les juger, étoient leurs accusateurs et leurs parties; qu’un synode devoit être libre ; que les accusés dévoient y être admis à se défendre et à se justifier ; que leurs prétendus juges se rendoient arbitres de la parole de Dieu , etc. On n’eut aucun égard à leurs plaintes ni à leurs clameurs. Il est constant aujourd’hui que le synode de Dordrecht ne fut autre chose qu’une farce polili(iuc jouée par le prince Maurice de Nassau, prince d’Orange, pour se défaire de quelques ré[)ublicains qui lui faisoiciit ombrage. Foyez Gomahistf.s.
4° Mosheim nous fait observer que les décrets de Dordrecht, loin de détruire la doctrine d’Arminius , ne servirent qu’à la répandre davantage et à indisposer les esprits contre les opinions rigides de Galvin. Les annimetis, dit-il, attaquèrent leurs adversaires avec tant d'esprit , de courage et d’éloquence , qu’une multitude de gens fut persuadée de la justice de leur cause. Quatre provinces de llol-
lande refusèrent de souscrire au synode de Dordrecht; ce synode fut reçu en Angleterre avec mépris , parce que les anglicans témoignoient du respect pour les anciens Pères , dont aucun n’a osé mettre des bornes à la miséricorde divine. Dans les Eglises de Brandebourg et de Brème , à Genève même jVarminianisme a prévalu. Mosheim ajoute que les calvinistes de France s’en rapprochèrent aussi, afin de ne pas donner trop d’avantage aux théologiens catholiques contre eux ; mais il oublie l’acceptation formelle des décrets de Dordrecht faite dans le synode de Charenton en 1625. Ou celte acceptation ne fut pas sincère , ou les calvinistes ont rougi dans la suite de l’aveuglement de leurs docteurs.
Nous ne finirions pas , si nous suivions en détail toutes les absurdités , tes erreurs , les traits de duplicité et de passion que l’on voit dans ces mêmes décrets.
Ils se trouvent dans le recueil des confessions de foi des églises protestantes.
Bossuet, Histoire des Fariat., liv. 14, § 25, etc.
Les luthériens, non plus que les anglicans, n’ont pas pu se dissimuler que la censure portée à Dordrecht contre l’arminianisme retomboit directement sur eux. Mosheim a fait une dissertation, dans laquelle il prouve , 1® que les cinq articles de doctrine condamnés par ce synode, sont le sentiment commun des luthériens et de la plupart des théologiens anglicans. 2“ Que le synode , loin de condamner la conduite abominable de Calvin, qui représente Dieu comme auteur du péché, l’a plutôt adoptée et confirmée. 3® Que les décrets de Dordrecht ont été exprès conçus en termes ambigus, pour laisser la liberté de les entendre comme on voudra. 4® 11 réfute les sophismes et les subterfuges par lesquels plusieurs théologiens calvinistes ont voulu prouver que la censure de ce synode n’intéressoit point les luthériens. 5® Il montre le ridicule des éloges outrés qu’ils ont faits de cette assemblée et de ses décrets, et l’opprobre dont les calvinistes se sont couverts en usant de violence envers les arminiens, parce qu’ils les ont regardés comme hérétiques. 6® Il
conclut que cette conduite est le plus grand obstacle que les calvinistes aient pu mettre à leur réunion avec les autres protestants , et le plus sûr moyen qu’ils aient pu trouver de rendre la division éternelle. De auctoritate Concilii Borderai., paci sacrœ noxiâ, in-4®, Ilelmstad, 1726.
ARNALDISTES ou ARNAUDISTES, hérétiques ainsi nommés d’Arnaud de Bresse , leur chef. Ils parurer t dans le douzième siècle ; ils invectivèrent hautement contre la possession des biens ecclésiastiques qu’iîs traitoient d’usurpation. Ils rejetoient le baptême des enfants , le sacrifice de la messe , la prière pour les morts , le culte de la croix, etc. Ils furent condamnés au concile de Latran sous Innocent II, en 1159. Arnaud, après avoir excité des troubles à Bresse et à Rome , fut pendu et brûlé dans cette dernière ville, en 115S,etses cendres furent jetées dans le Tibre. Quelquesuns de ses disciples, qu’on nommoit aussi pullicains ou poplicains, étant passés de France en Angleterre vers l’an 1166, y furent arrêtés et dissipés. Celte seele devint ensuite une branche de l’hérésie des albigeois.
Mosheim , apologiste déclaré de tous les hérétiques , dit qu’Arnaud de Bresse éloit un homme d’une érudition immense et d’une austérité étonnante, mais d’un caractère turbulent et impétueux ; qu’il ne paroît avoir adopté aucune doctrine incompatible avec l’esprit de la véritable religion ; que les principes qui le firent agir ne furent répréhensibles que parce qu’il les poussa trop loin, et qu’il les exécuta avec un degré de véhémence qui fut aussi criminel qu’imprudent; qu’à la fin il fut la victime de la vengeance de ses ennemis :
que l’an lloS il fut crucifié et jeté au feu. Hist. ecclés. du douzième siècle, 2® part., c. 5, § 10.
Mosheim a sans doute oublié qu’Arnaud de Bresse étoit moine et disciple d’Abailard , et qu’il n’a laissé aucun ouvrage qui prouve son érudition; il ne falloit donc pas lui en supposer, apres avoir peint tous les moines de ce tempslà comme des ignorants. Celui-ci coa-