‹ Dictionnaire de thérapeutique médicale et chirurgicaleChapitre 10 sur 731 · DES INFLUENCES MORALES DANS LA GUÉRISON DES MALADIES · texte numérisé non relu

DES INFLUENCES MORALES DANS LA GUÉRISON DES MALADIES

L’influence du moral sur le physique a plus besoin d’explication que de démons^ tration ; mais vouloir expliquer le rôle de l’âme sur le corps serait aborder une question de métaphysique qui nous éloignerait trop de notre sujet. Pour le moment, nos visées ne portent pas si loin. Si l’organisation crée les forces intellectuelles et morales, il faut convenir que ces forces acquièrent bientôt une telle puissance qu’elles usent singulièrement, et, dans beaucoup de cas, qu’elles brisent la matière d’où elles sont sorties. Mais, comme la lance d’Achille, elles guérissent les blessures qïi’elles ont faites et elles remédient aux désordres qu’elles ont pu produire. Au point de vue spécial où nous sommes placés, nous voulons- établir ce fait, que les influences morales dont l’action sur la production des maladies est si grande (1) , ont une influence tout aussi grande sur leur guérison, et qu’il est surprenant de voir que dans les traités de thérapeutique modernes, à côté de la médication antiphlogistique, purgative, astringente, etc.,iln’y eut jamais un chapitre consacré à l’étude des effets de la médication morale. Le désidératum que nous exprimons ici n’est pas un blâme, mais il a son importance ; car il amoindrit la thérapeutique en la réduisant à de simples pratiques de pharmacia et de chirurgie. H justifie les prétentions de la théurgie, du mysticisme et de l’homceopathie, qui ne reposent que sur l’influence toute-puissante du moral sur l’organisation. Dans notre pensée, la médecine morale joue un rôle presque aussi grand que la médecine physique, et loin de les exclure il faut que la thérapeutique utilise les ressources que lui fournit l’action des agents physiques sur la vie et celles que donne la force morale sur les mouvements organiques. Dans notre pensée, la médecine n’est si grande que parce que dans ses rapports avec les peuples et avec les individus elle règle les principes qui, physiquement et moralement, font la force des nations et la santé de chacun en particulier.

Pour ne parler que des individus, il est certain que les passions expansives ou

(1) Pathologie générale, p. 140, et Histoire des doctrines médicales, p. 72 et suivantes.

IXTRODUCTIOX.

dépressives, nobles ou vulgaires, el que la direction des idées vers les grandes ou vers les petites choses, ont une influence inarquéesurle développement physique, et en cas de maladie une action souvent heureuse sur la guérison. Qui a vécu au milieu d’une époque tourmentée par les révolutions politiques et sociales, au sein d’une civilisation agitée par la discussion des plus importants problèmes de la philosophie et de la science, par les luttes de l’industrie et de la routine, par les ambitions du progrès aux prises avec la paresse et la quiétude des satisfaits de ce monde, sait tout ce que souffrent moralement d’abord, physiquement ensuite, les réformateurs honnêtes qui succombent martyrs d’une idée qu’étouffe l’égoïsme des esprits subalternes dont le nombre fait la force. La foi el l’enthousiasme, le dévouement et l'amour, le bonheur et toutes les joies que donnent le triomplie d’une idée et le succès légitime de l’esprit, sont les passions par lesquelles vit el se guérit l’individu ; tandis que la peur, l’envie, la jalousie, l’avarice, la haine, etc., sont les sentiments par lesquels il s’étiole el ne tarde pas à succomber.

En lui-même, par son coeur, par son esprit et par ses passions' d’après leur nature, l’homme porte donc une ressource immense de longévité qui peut devenir pour le médecin un important moyen de thérapeutique. Cette ressource a pour nom V action morale et pour auxiliaires \' imagination^ Vespérance et Yimitation,

§ i , — De l’imagiiaation sur la production et sur la guérison dès maladies.

L’imagination a un pouvoir immense, non-seulement sur la conservation de la santé, mais encore sur l’apparition des maladies et sur leur guérison. Charron l’a ùiii {De la sagesse, XVllI) : « L’imagination est une puissante chose... Ses effets sont merveilleux et étranges,... elle fait perdre le sens, la cognoissance, le jugement, fait devenir fol et insensé,... fait deviner les choses secrètes et à venir, et cause les enthousiasmes, les prédictions et merveilleuses intentions, et ravit en extase, réellement tue et fait mourir. Bref, c’est d’elle que viennent la plupart des choses que le vulgaire appelle miracles, visions, enchantements. Ce n’est pas le diable, ni l’esprit, comme il le pense, mais c’est l’effet de l’imagination, ou de celle de l’agent qui fait de telles choses, ou du patient et spectateur qui peut voir ce qu’il ne voit pas. »

On sait, en effet, que la frayeur des épidémies dispose tout particulièrement: à l’apparition du mal ceux qui en redoutent vivement les atteintes, et que les médecins ne traversent si impunément les contagions que parce qu’ils n’en ont pas peur. L’appréhension d’une maladie la -fait quelquefois apparaître par suite des effets de la concentration de la pensée sur l’organe qu’on suppose malade et qui ne l’est pas encore.

De cette disposition d’esprit résulte, dans cet organe, un afflux de sang suivi de la maladie analogue ou semblable à celle qu’on redoutait. C’est ainsi que les étudiants en médecine, qui craignent une maladie de cœur ou une carie vertébrale, ont des palpitations fort incommodes ou un notable affaiblissement des membres inférieurs, avec des fourmillements paraplégiques.

Le mysticisme religieux produit de semblables phénomènes, et parmi eux, les plus étranges sont ceux qui sont connus sous le nom de stigmatisations.

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